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Galerie de
portraits de la psychanalyse française
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La
psychanalyse -- Les grands personnages
-- de la psychanalyse française
Sacha Nacht
Sacha Nacht (1901-1977) a souvent été décrit
comme une sorte de dictateur au sein de la Société
Psychanalytique de Paris. Marie
Bonaparte disait de lui qu'il était une sorte de gangster.
De fait, Nacht a surtout laissé sa marque par les fonctions
administratives qu'il a assumées. Longtemps président de la
S.P.P., Nacht a vigoureusement défendu une vision très médicale
de la formation et de la pratique psychanalytique. En ce sens,
il a été au cur de la grande rupture de 1953 qui a amené
Lagache et Lacan
à créer la Société Française de Psychanalyse pour s'opposer
à la fois aux manières de Nacht et à sa vision de la formation
des analystes.
Nacht a certes eu l'immense mérite
de mettre de l'ordre dans une société où la rigueur n'était pas toujours de mise. En
fait, il aura fallu attendre l'après deuxième guerre pour que se développe en France
une véritable psychanalyse qui arrivera à se détacher de ses affiliations religieuses
ou jungniennes. Si Nacht faisait parfois peur et choquait par ses manuvres, il
était une personne fiable et crédible qui a laissé en héritage une structure solide
dont la rigidité causera bien des maux de tête aux générations suivantes.
Sacha Nacht a
reçu une formation médicale spécialisée en psychiatrie avant
d'entreprendre une analyse avec Rudolf
Loewenstein. Il fera par la suite des tranches d'analyse
chez René Spitz, Heinz
Hartmann et Freud lui-même.
C'est en 1929 qu'il fut nommé titulaire à la SPP sans toutefois
recueillir l'unanimité des voix, ce qui était pourtant la coutume.
Il travailla longtemps à Ste-Anne où il assuma la direction
du laboratoire de psychothérapie et de psychanalyse. Il fut
un grand défenseur des visées thérapeutiques de la psychanalyse.
René Laforgue
René Laforgue (1894-1962) sera un des premiers
à promouvoir la psychanalyse en France. Un peu comme Angelo
Hesnard, il ne répugnera pas à modeler cette théorie selon
les goûts nationaux. Médecin, il entreprendra une brève analyse
didactique auprès de Eugénie
Sokolnicka et débutera une pratique souvent hétéroclite
qui aura la particularité de déboucher sur une sorte d'amicale
des analysés de Laforgue. Ce groupe jouera un rôle important
dans les querelles institutionnelles qui secoueront la psychanalyse
française en formant un bloc généralement solidaire.
Au fil des ans, il intégrera dans
sa pensée des éléments plus ou moins ésotériques et s'éloignera graduellement du
freudisme.

Marie Bonaparte
Seule du groupe français à pouvoir se réclamer
d'une analyse avec Freud,
Marie Bonaparte (1882-1962) est devenue dès son arrivée à Paris
en 1926 un des principaux piliers de cette jeune discipline.
La princesse de Grèce et du Danemark, en raison de son mariage
avec le fils du roi Georges 1er de Grèce, a eu une histoire
personnelle fort compliquée qu'elle a rendue publique par la
publication d'une autobiographie très intime et de cahiers d'enfance
révélateurs. Il n'est pas surprenant que cette dame tourmentée
ait décidé suite à son analyse avec Freud de se consacrer entièrement
à défendre et propager la psychanalyse.
Marie Bonaparte est
maintenant surtout associée à deux importants faits d'arme:
la sauvegarde de la correspondance Freud-Fliess et le départ,
en 1939, de Freud et sa famille d'une Autriche devenue nazie,
grâce à l'autorité, le prestige, les relations et l'argent de
la princesse. En France, l'appuie de Marie Bonaparte a longtemps
été un gage d'orthodoxie dans les querelles qui ont déchiré
la communauté analytique. Son amitié avec Anna
Freud lui conférait un poids important au sein de l'International
Psycho-Analytic Association. Elle a d'autre part produit
une uvre considérable dont il reste aujourd'hui bien peu.

Serge Leclaire
Serge Leclaire, né Liebschutz,
est originaire de Strasbourg, dans une Alsace occupée alors
par les allemands. Juifs agnostiques, les Liebschutz quittent
l'Alsace vers 1936, pressentant la venue de la guerre et des
persécutions, et s'établissent à Bordeaux puis à Lyon où ils
vivront plus ou moins cachés, protégés par
les faux papiers acquis par le père au nom de Leclaire. De retour
à Paris vers la fin de la guerre, il termine des études en médecine.
Il est initié à la psychanalyse par l'entremise d'un moine hindou.
Il consulte Françoise Dolto
qui le recommande à Jacques Lacan
avec qui il entreprend une analyse qui durera environ quatre
ans.
Serge Leclaire joue un
rôle actif avec son copain d'enfance Wladimir
Granoff dans la contestation des stagiaires qui déclenchera
la rupture de 1953. Il prend alors une place importante au sein
de la Société Psychanalytique de France en faisant partie
de la troïka avec Granoff et Perrier
qui sera chargée de négocier la reconnaissance de l'International
Psychoanalytic Association. Leclaire sera déchiré par la
conclusion de toutes ces tractations qui auront pour effet d'isoler
Lacan et Dolto, de précipiter l'effondrement de la S.P.F. et
la création de l'Association
Psychanalytique de France.
Serge Leclaire sera
dans ce contexte fidèle à son maître et suivra Lacan dans l'aventure
de l'École Freudienne de
Paris. Fidèle oui mais jamais soumis car Leclaire sera
un de ceux qui sauront conserver leur indépendance et qui élaboreront
une uvre personnelle.

Daniel Lagache
Daniel Lagache (1903-1972) a pu apparaître
à plusieurs comme le laissé pour compte des grandes bagarres
qui ont soulevé la communauté analytique française. Opposé au
puissant Nacht et au flamboyant
Lacan, Lagache a pu sembler
terne. De fait, Lagache est un universitaire rigoureux, psychologue
de formation, qui produira une uvre sérieuse et bien rangée,
minutieuse mais peu apte à soulever la passion d'éventuels disciples.
Ce n'est certes pas un défaut pour un analyste d'être d'une
rigueur peu accrocheuse, mais, dans les tractations où la popularité
et le prestige sont un atout, Lagache a été désavantagé.
Dans les divisions institutionnelles,
Lagache a profité de l'appui de ceux qui, ne pouvant tolérer
la présence écrasante de Nacht, ne pourront se résoudre à s'associer
au peu fiable Lacan. En 1953, Lagache et Lacan seront unis contre
Nacht mais cette union ne tiendra que peu de temps, le groupe
de Lagache se séparant de Lacan en 1964 pour former l'Association
psychanalytique de France.
Lagache
a laissé une uvre peu connue du public qui n'attire que
les spécialistes. Il est toutefois l'initiateur de la publication
du célèbre Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche
et Pontalis.

Jacques Lacan
Le texte sur Lacan est maintenant localisé dans la
section consacrée à cet auteur.

Françoise Dolto
Françoise Marette Dolto (1908-1988)
a été l'une des plus grandes têtes d'affiche de la psychanalyse
française, dans le sillage de Jacques
Lacan. Originaire de la grande bourgeoisie parisienne, elle
a reçu une éducation stricte, imprégnée d'un catholicisme rigoureux.
Elle sera fortement marquée par le décès de sa sur aînée
au début de l'adolescence et par les drames de la première guerre
mondiale. Dès son jeune âge, elle décide de devenir médecin
d'éducation.
S'opposant aux exigences
de son milieu, Françoise Dolto entreprend des études pour devenir
infirmière puis bifurque vers la médecine. Sur le conseil de
Marc Schlumberger, elle s'intéresse
à l'oeuvre de Freud et débute une analyse avec René
Laforgue qui durera trois ans et fera d'elle une chrétienne
convaincue, selon ses propres dires, ce qui n'est pas banal.
En fait, Dolto s'insérera fort bien dans le petit groupe des
analysés de Laforgue dont elle partagera souvent les prises
de position.
Rapidement, Françoise
Dolto s'oriente vers la pratique auprès des enfants. Elle participera
aux séminaires de Spitz, Nacht
et Loewenstein et fera ses
contrôles auprès de Hartmann,
Garma et Loewenstein.
Elle partagera dès lors son temps entre son travail en milieu
hospitalier, sa pratique privée et son enseignement. Elle s'illustrera
par sa tendance à accorder au langage une importance primordiale
et développera peu à peu une technique très personnelle axée
sur les mots et faisant place à une grande liberté.
Lors de
la rupture de 1953 à la Société
Psychanalytique de Paris, Françoise Dolto sera du camps
de Lagache et Lacan
et participera à l'aventure de la Société Française de Psychanalyse.
Il s'avérera toutefois par la suite que la reconnaissance du
groupe par les instances internationales se heurtera non seulement
aux pratiques de Lacan mais aussi à la présence de Dolto dans
le groupe des didacticiens. Elle suivra donc Lacan en 1964 dans
la création de l'École Freudienne
de Paris.

Jean Laplanche
Jean Laplanche occupe une place importante dans
la vie psychanalytique française, tant par ses enseignements que par ses fonctions
éditoriales aux Presses Universitaires de France et dans quelques périodiques.
Fortement impliqué depuis de nombreuses années dans la publication des textes de Freud,
ce germaniste de grande culture incarne l'image du retour à Freud tant prêché en France
par Lacan.
D'abord formé à la philosophie, élève de Jean Hyppolite, Laplanche
entreprend une analyse avec Lacan
peu avant la scission de 1953. C'est lui qui lui conseillera
de faire des études en médecine pour devenir analyste. Laplanche
assistera aux séminaires de Lacan durant les premières années
et en conservera l'idée d'une démarche de remise en question
du texte freudien pour en faire ressortir les points de rupture,
ce qu'il décrit sous le nom de problématiques.
Après avoir suivi Lacan
et Lagache dans l'aventure
de la Société Française de Psychanalyse, Laplanche rompra
avec Lacan et, en 1964, choisira de se joindre à l'Association
Psychanalytique de France dont il deviendra l'un des plus
illustres représentants. D'une vaste culture psychanalytique
et générale, Laplanche a fait une brillante carrière universitaire.
Sa rigueur de pensée et son habileté à étudier et interpréter
les textes freudiens font de lui un des principaux exégètes
de Freud.
Jean Laplanche a publié
avec J.B. Pontalis le célèbre
Vocabulaire de la Psychanalyse qui a marqué toute une
époque et demeure un ouvrage de référence de premier plan. Il
est l'auteur du brillant livre Vie et Mort en Psychanalyse
où il réexamine la théorie des pulsions. Ses enseignements sont
publiés depuis plusieurs années sous le titre général de Problématiques.
Plus récemment, il a publié un recueil de ses travaux sous le
titre de "La révolution copernicienne inachevée" et
aussi un livre d'une grande importance intitulé "Nouveaux
fondements pour la psychanalyse" qui révèle une pensée
laplanchienne très personnelle.

Piera Aulagnier
La pensée de Piera Aulagnier constitue
probablement l'un des plus importants apports français au corpus psychanalytique
international. Son Oeuvre, encore assez méconnue au delà de quelques concepts souvent
utilisés de façon très approximative, est assez difficile à aborder, non pas en raison
de quelque artifice de style, mais à cause de l'extrême densité des idées
exprimées.
Native de Milan, Piera
Aulagnier (1923-1990) a reçu sa formation médicale à Rome après
avoir séjourné quelques années en Égypte durant la deuxième
guerre mondiale. C'est toutefois en France, à Paris, qu'elle
fit carrière et qu'elle entra en analyse sur le divan de Jacques
Lacan. Piera Aulagnier a suivi Lacan dans les diverses scissions
qui ont marqué l'histoire de la psychanalyse
française et elle avait déjà acquis une stature importante
au sein de l'École Freudienne
de Paris lorsqu'en 1969 elle rompit avec ce mouvement pour
fonder avec Jean-Paul Valabrega
et François Perrier le Quatrième
Groupe.
Fortement indépendante de pensée et
préoccupée par les nombreux écueils compliquant la formation des analystes, Piera
Aulagnier a conçu une uvre très personnelle où elle ne fait pas mystère de sa
dette envers Lacan sans adopter la position de disciple lacanien. Il est à noter que
Piera Aulagnier, comme plusieurs de son groupe d'ailleurs, a conçu son uvre dans
une sorte d'extra-territorialité institutionnelle et idéologique tout en maintenant des
relations positives avec les autres groupes (lacaniens comme ipéistes).
L'oeuvre de Piera Aulagnier s'articule autour de
la notion du Je, concept qui transcende le Moi freudien et le Sujet lacanien. La question
de l'identité y est posée de façon radicale, à la lumière de sa clinique des
psychoses et il n'est pas surprenant dans un tel contexte qu'une réflexion sur la pensée
et son origine traverse l'ensemble de l'oeuvre. Piera Aulagnier propose certaines
extensions à la métapsychologie freudienne, particulièrement en ajoutant l'originaire
aux organisations primaires et secondaires.
Serge Lebovici
Serge Lebovici est l'une
des grandes figures de la psychanalyse française. Ses travaux
nombreux concernant l'analyse des enfants ont fait de lui un
des initiateurs du traitement psychanalytique des enfants en
France. Lebovici contribua à faire connaître en France les auteurs
britanniques tels Klein et
Winnicott.
Seul français à avoir été président de l'International
Psychoanalytic Association, Serge Lebovici a occupé de nombreuses fonctions
prestigieuses au sein de la communauté psychanalytique tant dans les institutions que
dans l'édition. Né en 1915, aîné des trois enfants d'une famille d'immigrants
roumains, Serge Lebovici était destiné à suivre les traces de son père et à
s'orienter vers la médecine. C'est en tant que jeune médecin qu'il servira durant la
deuxième guerre mondiale, sera fait prisonnier puis relâché. Il passera le reste de la
guerre à Paris grâce à des papiers qu'il a pu se procurer par des amis. Son père sera
toutefois arrêté puis déporté pour ne plus revenir. Il sauvera sa femme dans un ultime
geste de bravoure.
C'est au sortir de la
guerre que Lebovici entreprend une analyse chez Sacha
Nacht. Durant un temps, Lebovici aura à se justifier d'avoir
pris certaines positions critiques face à la psychanalyse alors
qu'il était un sympathisant communiste. Destiné par son père
à la pédiatrie, intéressé personnellement par la psychiatrie,
Lebovici trouvera sa voie dans celle du compromis et deviendra
psychiatre puis psychanalyste d'enfants. Impliqué au sein de
la Société Psychanalytique de Paris,
Lebovici poursuivra en parallèle une carrière hospitalière qui
l'amènera à participer, à l'hôpital pour Enfants malades, à
la fondation du mouvement pour l'analyse des enfants avec, entre
autres, René Diatkine,
Jean et Evelyne Kestemberg.
L'oeuvre de Serge Lebovici
devra une part de son originalité au fait que l'analyse des
enfants s'est développée en France en marge des grandes oppositions
entre kleiniens et annafreudiens.
Son intérêt pour les interactions précoces entre le nourrisson
et sa mère colorera une grande partie de ses uvres.
Dans la foulée des ruptures
qui ont marqué l'histoire de la psychanalyse française, Lebovici
a continuellement défendu la voie officielle et s'est fait défenseur
de l'ordre établi. Il a été l'un des principaux critiques de
Lacan et du lacanisme.

René Diatkine
Le parcours de René Diatkine (1918-1998), l'une des figures
les plus importantes de la psychanalyse française, est étroitement
lié aux événements marquants de ce siècle qui s'achève. René
Diatkine naît à Paris en 1918, fin de la première guerre mondiale,
de parents juifs russes et révolutionnaires ayant fui la Russie
au début du siècle pour trouver refuge en France via la Suisse
(où ils étaient, semble-t-il, voisins de Lenine). C'est la seconde
grande guerre qui l'oblige à interrompre ses études en médecine
pour s'enrôler dans l'armée. Sous l'occupation allemande, il
effectue son internat à Marseille où il rencontre Rudolf
Loewenstein qui l'intéresse à la psychanalyse.
D'un esprit curieux et ouvert,
René Diatkine a été profondément marqué par les travaux de Henri
Ey, grand penseur de la psychiatrie française du milieu
du siècle, et de Julian de Ajuriaguerra, dont il fut un ami
personnel. C'est toutefois vers la psychanalyse qu'il choisit
d'aller, faisant d'abord une analyse chez Lacan
(avant la scission de 1953) puis sur le divan de Nacht
quelques années plus tard. Il devint membre de la SPP
au milieu de la trentaine.
C'est le souvenir des conditions
déplorables dans lesquelles étaient gardés les malades mentaux
en milieux asilaires qui marquera profondément toute la démarche
intellectuelle de René Diatkine. Il n'est pas surprenant que,
ayant complété ses études en psychiatrie et entrepris sa pratique,
Diatkine s'implique profondément dans le mouvement initié par
Philippe Paumelle, Serge Lebovici et
quelques autres dans la mise sur pied du Service d'aide à la
santé mentale du XIIIe arrondissement de Paris dont les idées
de base étaient le respect et l'aide à apporter aux malades
et à ses proches. Avec Serge Lebovici, principalement, il contribuera
à jeter les bases d'une conception originale de la psychanalyse
des enfants, s'alimentant aux travaux de Anna
Freud et à ceux de Klein
sans jamais se positionner en disciple.
Pendant de nombreuses années, René Diatkine,
en compagnie de sa femme Denise et de plusieurs autres, vont
animer le Centre Alfred-Binet consacré au traitement des enfants.
L'approche de Diatkine se veut rigoureuse et soucieuse d'intégrer
les récents développements de la psychiatrie à l'élaboration
d'une conception psychanalytique de l'intervention auprès des
enfants. Diatkine a aussi contribué, avec Lebovici et Evelyne
Kestemberg, au développement du psychodrame psychanalytique
des enfants et des adultes.
René Diatkine a assumé au cours de sa longue
carrière de nombreux postes de direction tant au sein des institutions psychanalytiques
que dans le domaine de l'édition de périodiques et de l'édition scientifique. Sa
pensée a marqué la psychanalyse française, surtout en ce qui a trait au travail auprès
des enfants, par son originalité et son ouverture sur le monde.
Didier Anzieu
La carrière de Didier
Anzieu (1922-1999) a été bien remplie. Il s'est intéressé à
des domaines variés, de l'étude du Rorschasch aux enveloppes
psychiques en passant par le psychodrame, l'étude littéraire
(Beckett) et bien d'autres.
Psychologue de formation, Anzieu a poursuivi une brillante carrière
universitaire, comme d'ailleurs plusieurs de ses collègues de
l'Association Psychanalytique de
France.
Homme d'esprit, d'un
grand humanisme et au sens de l'humour raffiné, Anzieu était
prédestiné à devenir analyste puisqu'il était le fils de la
célèbre Aimée, patiente fétiche de Jacques
Lacan à propos de laquelle il avait fait sa thèse de doctorat.
Après de longues études faites avec passion, Anzieu se met à
s'intéresser à la psychanalyse et, sous les conseils de Lagache,
décide d'entreprendre une analyse. Ignorant tout de l'implication
de Lacan dans son histoire familiale, il choisit, comme plusieurs
à l'époque, son divan. Il découvrira toute l'histoire au hasard
d'une conversation.
Prenant peu à peu du recul face à son analyste
qui lui semble négliger le transfert, Anzieu est parmi les premiers au sein de la
Société Française de Psychanalyse à affronter le Maître. En 1964, Anzieu sera
clairement du côté de l'Association Psychanalytique de France où il poursuit toujours
sa carrière.
Parmi les principales contributions
de Anzieu à la psychanalyse, il faut citer le concept du Moi-peau qui a évolué peu à
peu vers la notion des enveloppes psychiques. Il a aussi publié un travail passionnant
sur l'auto-analyse de Freud, ouvrant à l'époque la voie à une nouvelle façon de
concevoir les textes freudiens.
Maurice Bouvet
Né à Clermont-Ferrand
d'un père militaire, Maurice Bouvet fait des études qui le conduisent
à la médecine puis à la psychopathologie. Jeune, il est atteint
d'une inflammation des méninges qui le laissera presque aveugle
et raccourcira sa vie de plusieurs années. Analysé par Parcheminey
et contrôlé par Nacht et Leuba,
il devient analyste en 1946 et accède au titulariat dès 1948.
Maurice Bouvet était
un personnage discret, mystérieux même pour ses amis, sans ambition
de prestige ou de pouvoir. Ses intérêts sont tournés vers le
travail clinique et s'il élabore une uvre importante c'est
sans désir de s'attirer des disciples. Dans la tourmente qui
secouera la Société Psychanalytique
de Paris au fil des années cinquante, Bouvet sera d'une
discrétion absolue en raison de la présence sur son divan de
Lagache et de quelques autres.
À plusieurs reprises il se contentera d'annuler son vote, refusant
de prendre partie pour un groupe ou l'autre. S'il décide finalement
de rester au sein de la S.P.P. c'est surtout parce qu'il se
sent à l'aise avec une vision médico-clinique de la psychanalyse.
Bouvet consacrera ses
travaux théoriques à la remise en question de la technique de
l'analyse et à l'élaboration d'une conception personnelle de
la relation objectale. Plaçant le Moi au cur de sa pratique,
Bouvet s'oppose clairement à Lacan
pour qui il sera une cible toute désignée. Dans son séminaire
sur la relation d'objet, Lacan lancera plusieurs attaques contre
un Bouvet perçu comme trop proche de l'idéal adaptatif qu'il
associe à l'International Psychoanalytic Association
dominée par les américains et les britanniques.
André Green
André Green constitue actuellement l'une des
plus grandes figures de la psychanalyse française. Penseur brillant et rigoureux, Green a
élaboré une uvre originale et variée s'intéressant autant à la clinique qu'à
la métapsychologie.
Les ancêtres d'André Green ont beaucoup voyagé.
D'une mère portugaise et d'un père espagnol, Green grandit au
cur de la communauté juive au Caire. C'est en 1946 qu'il
débarque à Paris pour y découvrir rapidement que l'on ne s'insère
pas si facilement dans la société française. Il lui faudra attendre
de commencer sa carrière de psychiatre à Ste-Anne pour se faire
une place dans sa patrie d'adoption. C'est alors qu'il entre
en relation avec des collègues de sa génération, dont Guy
Rosolato, qui l'intéressent à la psychanalyse.
Refusant l'aventure de
la Société Française de Psychanalyse nouvellement formée,
Green s'adresse à la Société Psychanalytique
de Paris et choisit le divan de Maurice
Bouvet. En parallèle à sa formation psychanalytique, Green
devient un élève de Henri Ey
tout en nourrissant une véritable passion pour les arts. Impressionné
par la profondeur des travaux psychanalytiques produits par
les membres des institutions concurrentes, Green sera un de
ceux qui seront soucieux de créer une véritable uvre.
Parmi ses écrits, retenons Le
discours vivant (P.U.F.), consacré en grande partie à une critique de Lacan, Narcissisme
de vie, narcissisme de mort (Minuit), et La folie privée (Gallimard).
Marc Schlumberger
Marc Schlumberger (1900-1977) a eu un itinéraire
compliqué avant de devenir analyste. Orphelin en bas âge d'une mère anglaise, il
souffrit de l'homosexualité de son père, le co-fondateur de la NRF. Après s'être
lancé dans le forage des puits de pétrole, Schlumberger entreprend des études en
médecine dans le but de devenir analyste.
Après une
première analyse décevante avec Laforgue,
il fait une deuxième tranche chez Nacht.
D'un caractère original et bon vivant, Schlumberger sera un
collègue estimé et aura sur son divan plusieurs analystes dont
McDougall, Safouan
et Granoff. Une inhibition
à l'écriture a eu pour effet que ses enseignements sont aujourd'hui
disparus.
Jacques-Alain Miller
Jacques-Alain Miller est encore étudiant lorsqu'il est incité
par Louis Althusser à s'intéresser à uvre de Lacan
au début des années soixante. Provenant de la mouvance militante
conjuguant Freud et Marx, Miller est séduit par cette pensée
liée au structuralisme qu'il est peut-être un des premiers à
concevoir détachée de son rapport à Freud. En ce sens, il est
un des premiers lacaniens.
Homme d'action, Miller
occupera d'autant plus d'espace dans l'École
Freudienne de Paris qu'il deviendra le gendre de Lacan.
À la mort du Maître, il se posera comme l'héritier légitime
de la pensée lacanienne mais sera peu à peu contesté et accusé
de dénaturer uvre de Lacan.
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