OFFRANVILLE :
LA CITE DES NEUFS COLOMBIERS
Remontons l'histoire : qu'est ce qu'un colombier ?
" Le colombier ou fuie, dit " à pied " ou " fuie volante" est un bâtiment massif en pierres, briques ou colombages, de plan le plus souvent circulaire mais aussi hexagonal, octogonal ou carré comportant un toit souligné d'orifices sur son pourtour, d'un clocheton central ouvert ou de deux lucarnes, pour permettre aux pigeons de circuler".
A l'intérieur, où l'on accède par une petite porte, les murs sont tapissés de "boulins", c'est à dire de cases rondes ou carrées où les pigeons passent la nuit, pondent leurs œufs, élèvent leurs pigeonneaux couvées particulièrement nombreuses étant donné leur grande fécondité !
Au centre, se trouve "un arbre" en bois, tournant sur
son axe, et supportant au moyen de potence, une ou deux échelles, pour
atteindre les nids, y prendre les œufs " dont était fort friand ainsi que
des jeunes pigeons dont on faisait une grande consommation, de préférence aux
adultes, dont la chair était jugée trop ferme" la fiente servait d'engrais
dans les champs.
Il s'agissait de "bisets" au plumage gris bleu ardoise
ou "fuyard" qui cherchaient leur nourriture le jour dans la campagne
environnante. Nous verrons plus loin pourquoi le droit de colombiers fut aboli
en 1790.
Qui pouvait se
prévaloir du droit de colombier en Normandie ?
siècle – repris en 1583 aborde le sujet : " de façon en
quelques sorte incidente : (…) avec les corps des fiefs nobles sont relevées
par même toutes les dépendances comme les garennes, moulins, colombiers, et
autres appartenances de fief".
Un autre article stipule : " qu'en cas de division de fief,
le droit de colombier doit demeurer à l'un des héritiers, sans que les autres
le puissent avoir, encore que chacune part prenne titre et qualité de fief avec
les autres droits appartenant à fief noble par la coutume…"
Il s'agit donc d'un droit attaché à un fief et qui plus est le
droit n'appartient qu'aux titulaires de fief de haubert et à eux seuls.
Seulement cette disposition n'a pas toujours été respectée… Et il n'y avait pas
d'"inspecteurs" sillonnant la Normandie pour relever les infractions.
Si un colombiers était néanmoins construit sur une roture ou sur une fraction
de fief et qu'il échappait à la surveillance des commissaires, la Coutume de
Normandie portant sue " prescription de quarante ans vaut titre en toute
justice pour quelque chose que ce soit pourvu que le possesseur en ait joui
paisiblement par ledit temps", le bâtiment n'était pas démoli…
du XVIè siècle :
D’après une recherche très approfondie de M.Cahingt,
c’est à Jehan Véron marié à Marie Maynet (les parents du prêtre Jehan véron)
que l’on doit ce colombier, élevé vers le milieu du XVIè siècle. Il est orné
des armes des Véron-Maynet et Véron-Caudecoste, la mère du constructeur. De
forme circulaire, à l’appareil très élégant avec jeu de losange dessinés par
des briques roses et noires bandeau de pierres blanches et briques, il montre
l’importance du patrimoine de cette famille, connue à Offranville dès 1316.
Il y a quelques années, pour sauvegarder un édifice
digne d’intérêt, la propriétaire l’a restauré à l’identique.
2. Dans la ferme bouquet, rue du bout de la ville
Le constructeur de
l’imposant colombier reste encore inconnu malgré les armes malheureusement
illisibles, encastrés au dessus de la porte.
L’écu de droite, en
forme de losange, indique qu’il s’agit des armes d’une demoiselle, confirmé par
une cordelière l’entourant ; celui
de gauche, d’un chevalier, supporté par des levrettes, surmonté d’un heaume.
Le bâtiment
appartient au XVIè siècle ; à cette époque, le sieur du « fief du
Becquet autrement dit des flèches » - il était ainsi nommé parce qu’il
devait à son suzerain dix flèches ou sagettes – relevait du plein fief
d’Auppegard.
Le colombier présente
une grande recherche dans la décoration ;
Les possesseurs
rivalisant d’imagination pour « exhiber » leur puissance.
Du XVIIè siècle
3. Dans la ferme du manoir du Tot, route de Neufmesnil, seigneurie de breteuil
Ce petit pigeonnier,
sur plan carré, semble avoir été construit, de même certains bâtiments
agricoles, par Laurent Taquet, originaire de la région d’Envermeu, le manoir
datant de 1668.
Le fief de Breteuil,
sur Genneville, dépendance du comté de Longueville, couvrait toute la plaine
entre Offranville et Colmesnil ; un huitième de terre était concédé, à
part, depuis le XV è siècle par les comtes ( l’on connaît tous les possesseurs
de cette fraction depuis cette époque).
Le colombier, de
petite taille, sans recherche architecturale pris dans le mur d’enceinte du
manoir, m’apparaît en danger : le lierre l’envahit insidieusement ;
je lance un appel pour qu’il disparaisse pas…
4. Jardin, rue Jean Mermoz, seigneurie de la croix
A partir du XVIIè siècle,
on trouve la famille Duval, possesseur de ce fief.
Le bâtiment sur plan carré,
présente dans sa partie basse, un appareil de silex noyé dans du mortier avec
chaînage d’angle en grès, une pierre blanche encastrée, porte le millésime
1671.
La partie supérieure
semble avoir été à l’origine, à colombage ; à l’intérieur, subsiste – tapissant
le mur Est – des boulins en argile.
DU XVIIIè siècle
5. Dans la parc municipal de loisirs du colombier
Si la date de 1702
peur se lire sur le linteau d’une lucarne d’envol, le droit de colombier
remonte au XVè siècle.
La famille fournier
ou Le Fournier, seigneur de Genneville et d’Offranville en partie, est connue à
Offranville, depuis 1350. La recherche de cette lignée de seigneurs entre cette
date et le XXè siècle a été effectuée par un ascendant, l’abbé Guy de la
bretèche.
Charles L e Fournier
fut anobli en 1654 ; il était conseiller au bailliage et présidial de
Rouen. On trouve les Le fournier dans de hautes fonctions au service du roi.
Les terres passèrent par alliance dans les familles Parent, sieur de Lannoy,
puis Rochette de Lempdes.
Dés 1413, le droit de
colombier fut accordé à Pierre Le Fournier par le seigneur d’estouteville
(ancêtres des comtes de Longueville). Au XVIè siècle, le corps de ferme, proche
du château, devait présenter la configuration actuelle : la maison du fermier datée de 1509 ( la plus
ancienne du village qui abrite un restaurant), le colombier, la mare, des
bâtiments agricoles.
Pour quelle raison le
vieux colombier fut-il reconstruit en 1702 ?
Agrandissement des
terres ou vétusté du bâtiment ?
L’édifice qui nous
est parvenu, élevé sur soubassement de grés, présente un décor simple de
losanges en briques noires et roses. Lors de la restauration, une lucarne a été
supprimée ; la fenêtre du second niveau est due à des remaniements
effectués, sans doute, au XIXè siècle, lorsque le bâtiment servait de grange à
foin.
Il est devenu le
centre d’exposition temporaires de la commune.
6 – Château des marettes, rue de la sablonnière
Nous sommes sur les
terres des Chauvin, issus d’une famille d’armateurs dieppois , déjà
possesseurs à Offranville au XIV è siècle. Qualifiés seigneurs de Neufville,
Varengeville, ils étendent leur domaine et deviennent Chauvin d’Offranville en
partie, au XVIIè siècle.
En 1771, Marie Anne
Gabrielle Chauvin d’Offranville épouse messire François Adrien Deschamps,
chevalier, seigneur de Bois Hebert, capitaine de cavalerie au régiment royal
étranger. Sa famille remonte au XVè siècle, anobli par charles VII pour
« bons et agréables services que nostre amé Robin Des Champs nous a
faiz (Hassan) »
Dans le parc se dresse un
puits de 1621, contemporain d’une demeure remplacée par le château actuel,
construit en 1731. Le colombier, élevé à l’angle Nord-Est du mur d’enceinte du
château, sur un plan carré, porte sur sa façade Sud le date « 1717 »
faite de briques noires ; de grande dimension il correspond à l’importance
du domaine. Il se trouve privé de sa toiture depuis la dernière guerre ; à
la suite d’un combat aérien au dessus d’Offranville, la charpente du toit,
ébranlée, s’est effondrée.
7 - Dans la ferme Brunel, rue Loucheur
Thomas de Caux n’a
pas construit le colombier le colombier (il meurt en 1643), de même ses trois
fils, tous membres de l’église réformée de Dieppe, un de ses neveux héritier au
moment de la révocation de l’Edit de Nantes (1685) et d’autres de Caux, dont
robert qui vend le ferme, en 1745, à un cousin Jean le Canu, issu des
protestants convertis.
Pourquoi le de Caux
après avoir acquis ce droit n’ont-ils pas entrepris la construction ?
est-ce une clause du contrat qui les a rendu prudents :
(…) « et oultre
nous a este accorde par le dict sieur de Caux que nous ou nos successeurs
ou aultres a nostre
droit fissent rediffier le prieuré dudict lieu d’Offranville, t fissent bastir
volliere dans leur manoir ou ailleurs rellefvant de nostre fief d’Offranville.
En ce cas il sera tenu d’abastre et desmolir
ladite volliere à luy par nous accordée sans qu’il nous puisse demander
aucun intherest « …
C’est donc Jean le
Canu qui construira le pigeonnier, en 1747, « pour vingt ans de jouissance
qui finissent en 1767 ».
Le bâtiment, en très
bon état, sur un plan carré, comprend une cave voûtée, aux murs d’assise
alternée de briques en silex ; la partie supérieure élevée en colombage
avec un assemblage central qui rappelle l’union –jack.
DU XVIIIè SIECLE
8 – Ferme nos, rue du bout de la ville
La maison s’orne d’un
écu millésimé « 1605 » et du nom du constructeur
« M.Masier » mais le colombier date du XVIIIè.
Sur plan octogonal,
le seul exemple de ce type à Offranville, en briques et silex, il a été remanié
au XIXè siècle à la hauteur du couvrement et de porte d’entrée ; un grés
sculpté du monogramme IHS a été inséré au-dessus de la porte, de même sur un
autre grés, on lit les initiales PVM qui peuvent être attribuées à un Masier.
Au XXè siècle, pendant des années, le colombier servait de laiterie.
Le recensement des
colombiers sur le territoire de la commune devrait s’arrêter là ;
cependant un neuvième édifice attire le regard, sente de l’abbaye ; lui
aussi a une histoire. Daté 1614, il se trouvait, sérieusement délabré, planté
au milieu d’un corps de ferme a Bertreville Saint Ouen ; sa destruction
était prévue, la toiture n’existait plus depuis les années 1930, ainsi que sa
partie supérieure largement écroulée …
Or, en 1993, un jeune
ménage, nouveaux Offranvillais, eut le courage d’acheter cette ruine, de la
remonter grés par grés, silex par silex, brique par brique, le tout numéroté…
La large frise
décorative sous le couvrement a été reconstitué. C’est à présent – après tant
d’efforts – l’un des
plus beaux pigeonniers que l’on puisse admirer dans la région.
Si l’on ne retient
que le seul aspect esthétique de ces bâtiments on peut se réjouir de tant de
diversité dans la construction, la décoration. Notion que les paysans de
l’Ancien régime n’auraient pas comprise … Leurs préoccupations
s’arrêtaient au fait que tous ces pigeons s’abattaient sur les semailles et les
récoltes, provoquant d’énormes dégâts.
A Offranville ils
étaient des milliers.
EXTRAIT DE LA
REVUE D’OFFRANVILLE N°6 – Mireille BIALEK – 1999