Metropolis : Part 3
Scenes From The Rockstore
 

Le Rockstore, Montpellier
29 avril 2001


MUSICIENS :
Vince Pichereau : Chant
Kévin Codfert : Claviers et chœurs
Sébastien Ortéga : Guitares et chœurs
Vinny Fontaine : Guitares
Pascal Ortéga : Batterie
Alain Marcantetti : Basse
 

"Ma race s'affine"
Tchang Tseu
Livre de Zhuangzi, IIIème siècle avant JC
 Biomech Race, c'est un peu comme les examens. Lorsqu'on se surprend à les oublier un peu, ils reviennent au galop, chevauchant des guitares acérées et balançant des riffs démentiels à tout rompre. Quoi qu'en ce qui concerne mes examens, ils chevauchent rarement des guitares, préférant la condition de la population urbaine dans le haut moyen-âge, voire les documents de gestion italien du XIIIème (j'en fais encore des cauchemars). Biomech Race s'est donc rappelé à notre bon souvenir en participant à la demi, quart, huitième de finale (au choix) d'Emergenza, l'European live festival for up and coming bands. Le seul concours au monde qui se joue à mains levées, idée stupide, je n'en démords pas. C'est bien la peine d'avoir inventé le vote avec des petits papiers dans cette véritable infamie qu'est l'isoloir si au final, on continue à lever sa main comme un gros con (en ce qui me concerne, je n'ai pas du tout l'air d'un gros con lorsque je lève la main. C'était juste pour vous faire une idée de la chose). Enfin, il en est ainsi et malgré mes protestations, Emergenza continuera à se fourvoyer dans cette voie malsaine. Bouh, tant pis pour eux !

Ils étaient arrivés par une belle après-midi printanière quoi que nuageuse pour ne pas dire pluvieuse et même venteuse. En fait, c'était un temps pourri à ne pas mettre un chevelu dehors. Heureusement, nous avions laissé nos cheveux à la maison et nous pûmes assister aux prestations des groupes en toute quiétude. Tranquillité vite perturbée par une quantité exorbitante de chanteurs gueulards qui rameutaient une foule curieuse avec des paroles incompréhensibles. Moi, perplexe, je leur lançais mon regard torve (breveté) et préférais sortir prendre l'air de ce beau début de soirée printanier quoi que nuageux, etc...
Biomech Race, c'était donc à 20h. Comme le groupe montait sur scène, mes VIP arrivaient malgré quatre crevaisons et deux tsunamis, ayant rallié Montpellier en une durée frôlant l'insolence. Les membres de Biomech sont tous sur scènes et comme ils l'avaient fait au Portail Coucou, commencent par Wings Of Dead Paradise (qui pourrait se traduire en français par Margarine).

Set list en pyramide inversée :
Wings Of Dead Paradise
Crazy Circus
Metropolis
Jump

Margarine déploie donc ses ailes et nous survolent à plein régime. Vince s'évade de ce monde pourri dans lequel nous vivons, fuyant l'hypocrisie, le mensonge et la trahison comme s'il était le seul candidat clairvoyant de Loft Story. A noter la quasi absence d'Icare dans les paroles ("burned by the heat of the sun" mis à part) et la portée un tantinet théologique de ce morceau avec "...magical light which enlightens our free souls" et autre "Dead Paradise". Sans trop savoir pourquoi, tout ceci me fait penser à l'organisation politique idéale du Parti Réformiste Français mené par mon ami Marc qui excelle dans l'utopie, voulant baisser les impôts, augmenter les salaires et donner la retraite à 27 ans. Enfin, vous pourrez toujours voter pour lui aux législatives de 2002 à Montpellier s'il arrive à passer de 2 à 50 membres. Mais revenons à Biomech Race qui enchaîne sur le tout nouveau Crazy Circus. Un morceau dans la droite lignée du précédent, la margarine en moins. Un Crazy Circus que je ne connais pas et qui prouve à quel point ce doit être difficile pour l'individu lambda d'apprécier un live de Biomech Race à sa juste valeur. Autant l'habitude me permettait d'entendre les parties inaudibles des Don't Leave Me Alone, Lestat et Day After Day, autant ici, j'avoue ne pas avoir tout compris. Il m'est donc impossible de parler de ce cirque fou. C'est un peu pour ça et aussi par goût pour la guimauve imbuvable que j'ai regretté l'absence d'un morceau lent. Ça passe mieux lorsque la sono est comateuse et le set aurait été plus diversifié. Oui, ce sont des choses qui arrivent lorsque, contrairement à quelques autres groupes de la soirée, on ne fait pas une musique basique en portant des bermudas trop larges, la casquette vissée sur la tête. Ah, ils pourraient faire ça proprement comme me le souffle Ludwig Amadeus Von Jean-Luc, le manager devant lequel tous sont en adoration. D'ailleurs, Biomech Race pourrait passer à l'émission "C'est Mon Choix" : Je ne veux pas porter de bermudas trop larges et faire de la musique basique. Enfin, pendant que je vous parle, Biomech Race a terminé son second morceau. Vince nous propose alors une petite "surprise", soit une reprise d'un groupe mystérieux qui peut se targuer, à ses dires, d'être un des plus grands groupes de Heavy Prog. Mais enfin, qu'est-ce ? METROPOLIS bien sûr, le classique parmi les classiques, LE morceau de Dream Theater par excellence. Morceau de bravoure interprété avec talent de l'intro au break démentiel avec forces effets guitaristiques de Seb et Vinny, sans oublier les claviers encore fumant de Kevin. Certains se sont offusqué de "l'absence d'Alain" dont la basse pourrait être une cornemuse sans qu'on ne s'en rende compte, encore une fois relégué dans la division 2 de la perception sonore. En ce qui me concerne, je l'ai trouvé très présent durant Metropolis, notamment lors du break qui le mettait fortement à contribution. Quant à Pascal, plus torturé qu'un Daniel Gildenlöw totalement déjanté, il jouissait d'une réverbération monumentale qui transformait chaque effleurement de sa grosse caisse en un véritable coup de tonnerre expédié par Zeus lui même. Tout ça pour dire que le son n'était guère exceptionnel mais que Biomech Race s'amusait bien et que nous, public aux oreilles engourdies, nous acceptions d'être indulgent envers l'habituel quasimodo qui nous voulait du mal (certains comprendront de quoi je parle). Mais voici que Biomech Race nous balance un Jump Van Halenien en guise de final. Pascal se lève pour nous faire admirer le maillot croisé de la médiocre équipe marseillaise et hop, c'est terminé, on plie bagage. Sans trop de surprise, un subtil tour de magie propulse Biomech Race à la sixième place mais comme aurait très bien pu le dire ma sympathique prof d'anglais, je cite : "Là, tu comprends, tu as une trop bonne note par rapport aux autres alors je t'enlève 3 points". Seulement sixième malgré la campagne publicitaire monumentale de la veille, intelligemment mise en place et menée à son terme avec brio et avec moi-même bien que je fusse des plus inactifs. Finalement, la biomechanical race gagne son poids en kebabs et un enregistrement live.
Enfin, pour finir et parce qu'il est temps de conclure (je dois aller chercher ma nouvelle carte bancaire), je dirais que je n'ai plus rien à dire. Voilà.

© Mathieu
15.06.2001
 Les plus perspicaces d'entre vous ont probablement remarqué que je n'ai absolument pas parlé d'Elodie dans ce compte rendu bien qu'elle soit décidément bourrée de qualités, c'te fille là (private joke).


la voiture 
dans le mur

Acte 1 :
La crevaison
Dimanche 29 avril, 17 heures.
Ca y est ! Il est l'heure de partir, direction Montpellier, ville où doit se dérouler le concert du groupe de métal progressif le plus prometteur de Provence et même (n'ayons pas peur des mots !) de France, j'ai nommé: Biomech Race. Les cassettes sont excellentes (j'ai passé l'après-midi - entre deux minots qui couinaient, s'empifraient et leur mère qui nous enfumait avec son tabac - à les choisir). Voyez vous mêmes, en vrac: Hendrix, King's X, Anathema… j'en passe et des meilleurs ! Toutes les conditions sont donc requises pour vivre un de ces grands moments qui font de ma vie quelque chose de passionnant et d'exaltant malgré l'attaque pernicieuse des années, les salopes ! Donc, me voilà (avec mon co-équipier Jacques), on the road. Nous traversons une Crau aussi paisible qu'un album de Dead Can Dance. La circulation y est plus fluide que le courant de la Bourges l'été dernier en bas du Peyral à l'heure où un soleil chaud mais fatigué disparaissait derrière la montagne couverte de fayards et allait se perdre dans un vallon courbe entre Sagnes et Goudoulet. Je suis serein (bien qu'impatient) sous les arpèges virils mais corrects du guitariste de King's X dont j'ai oublié le nom (pour en savoir plus, consultez le référendum 2001 quelques pages plus loin). Je roule plus prudent qu'un apprenti conducteur de l'auto-école Paulette, chère à Mathieu (l'auto-école, pas Paulette !), soucieux en conducteur adulte, prudent et responsable de respecter les limitations de vitesse car sur cette route large et droite, les radars sont toujours à l'affût derrière quelques voitures de flics banalisées (les voitures, pas les flics… encore que !). Arrivés vers l'embranchement de la Dynamite, après avoir contemplé un petit troupeau paisible de taureaux noirs et camarguais ruminant gaiement dans un pré verdoyant, et suite au croisement un tantinet dangereux de Mas Thibert, après un passage sous des platanes centenaires, près de l'entrée d'une manade, j'entends un bruit bizarre sous ma 405 GLX quelque peu âgée certes, mais jusqu'à présent fort performante et de surcroit entretenue correctement par mon metteur au point préféré. Je dis horrifié à mon co-passager surpris, (oui, Jacques ! c'est bien, vous suivez, bravo !). Je lui dis très laconiquement: " merde, on a crevé ! " J'arrête la voiture à cinquante mètres de deux CRS zélés qui " s'occupent " d'une automobiliste. On descend. On regarde sous la voiture. Jacques plus rapide que moi, m'annonce qu'on n'a pas de pneu crevé. J'en suis tout étonné - moi qui connais mieux ma voiture que les œuvres complètes de Roger Waters (c'est vous dire !). Je pense alors que si c'est une autre panne, c'est le drame absolu. Plus de concert de Biomech Race et qui plus est, le risque de planter là, au milieu de nulle part pour un long moment ! On se repenche encore et on voit une boule sous la roue avant gauche. J'ai les boules mais je suis en quelque sorte rassuré. Il s'agit bel et bien d'une crevaison mais QUE d'une crevaison. Jacques, plus jeune, plus alerte, plus sain, plus dynamique, plus musculeux, bref, moins rhumatismal que moi, fait la réparation. Puis, on décide, car ce sera plus prudent, de retourner à Istres changer de voiture, tout en conservant les mêmes cassettes (bien sûr !) et en espérant que Carole et Claude ne soient pas parties à Auchan comme elles en avaient l'intention avant notre départ. Nous faisons donc le retour prudemment avec une roue de secours à moitié gonflée (ou dégonflée). Jacques me dit que sans doute Claude et Carole doivent être malheureusement déjà sur la route d'Auchan. Je pense en mon for intérieur et même en moi même que c'est fort probable, connaissant Carole et son attrait irrésistible pour ces lieux de rassemblements hebdomadaires des foules vulgairement populeuses et béatement consommatrices.

Acte 2 :
La soupe au pistou.
Dimanche 29 avril, 18 heures.
Vingt minutes passent (qu'il est inutile de narrer car elles furent très peu passionnantes) et nous revoilà à Istres. On arrive, après avoir roulé fort sagement, tout étonnés de la présence de la voiture de Jacques devant la maison et surpris par l'explosion du pneu dans la malle. On s'arrête enfin, rassurés d'être là après toutes ces péripéties. Stéphane, qui était en train de doper son ordinateur, nous accueille, plus étonné qu'un lozérien voyant Stevenson sur le pas de sa porte, un soir d'automne 1878. J'explique tout à Stéphane, assez laconiquement car le temps presse. Puis je lui demande où se trouvent Claude et Carole. Il me répond qu'elles sont dans un magasin derrière Géant-Casino. Nous décidons d'y aller illico. Je prends quand même le temps de téléphoner à Mathieu pour lui expliquer tout ce qui nous est arrivé et que nous espérons encore venir avant l'heure fatidique où Biomech Race doit commencer son set. Il dit qu'à partir de maintenant, il ne faut plus traîner car le groupe commence à huit heures précises. Nous revoilà donc dans l'auto, direction l'endroit où doivent être Claude et Carole, c'est à dire le magasin Gifi. Nous arrivons assez rapidement et retrouvons d'abord un Jérémy qui farfouille dans les bacs. Il est tout surpris et nous indique où se trouvent Claude et Carole. Elles sont légèrement affolées. Je leur raconte notre mésaventure puis nous retournons aussi vite que possible à la maison après qu'elles nous aient demandé de ne pas oublier de prendre la soupe au pistou car il faut la porter sans faute à Laurie ! A la maison, Stéphane et Jacques - pendant que je me lave les mains pleines de gomme - cherchent dans le frigo et le congélateur : pas la moindre trace de soupe ! Je dis : " Au diable la soupe au pistou, il y a plus urgent à faire ! " On décide alors de partir car le temps lui n'attend pas. Je récupère la torche de Stéphane et les cassettes (bien sûr !). Et nous voilà repartis direction la station d'essence où Jacques perd un temps fou à vouloir récupérer un illusoire ticket à la pompe automatique. Mais bientôt, nous retrouvons la route d'Arles, repassons devant le triste endroit où nous avons eu tantôt cette panne fort mal venue. Puis, de passage en Arles, de prise de ticket, de petit Rhône en grand Rhône, d'un canal nommé "Philippe Lamour " à Nîmes, de péage en sortie d'autoroute, nous arrivons enfin à Montpellier.

Acte 3 :
La longue marche
Dimanche 29 avril, 19 heures 30.
Laurie nous accueille sur le pas de la porte et sur son trente et un. Jacques lui donne le muguet de Claude puis je lui demande (à Laurie) si nous aurons le temps d'arriver à huit heures au Rockstore. Laurie répond par l'affirmative mais nous dit qu'il faut  partir sur le champ… ou plutôt sur la route, mais en tout cas illico ! Ce que nous faisons sans tarder. En passant devant la caserne de CRS, je demande à Laurie de sortir son portable et de téléphoner à Claude pour donner de nos nouvelles. J'ajoute même que j'aimerais bien un massage lors de mon retour, subodorant l'état dans lequel seront mes jambes de quinquagénaire érodé (ce qui est un pléonasme éhonté mais nécessaire, cher lecteur, pour vous faire comprendre, dans quel état je vais sans doute me trouver !). Puis, nous continuons presque aussi rapides que des marcheurs de l'ex-Allemagne de l'est nourris aux amphétamines. Laurie et Jacques tiennent un bon train. Je m'accroche vaille que vaille !  Bientôt, une pente assez marquée me sauve un peu la mise. Ensuite, nous suivons une belle allée piétonne et nous arrivons - après quelques ronds-points, un feu tricolore, une charmante et riante petite allée couverte d'un large tapis blanc de fleurs d'acacias - au bord d'une rivière nommé le Lez, sereine dans le crépuscule, et brillant du reflet argenté des mille lumières des restaurants étalés sur ses rives. Nous traversons presque à gué cette onde apaisée à la quiétude plus plaisante que le dernier album de Vangelis. On entend à peine au loin, le bruit étouffé des voitures. A côté d'immenses jets d'eau essayant de rattraper le ciel et chantant à la nuit tombante sous notre regard étonné, se dressent d'imposants et placides bâtiments dont l'un possède à son faîte, un drapeau rouge. Je demande à Laurie de quel bâtiment il s'agit. Elle me répond fort logiquement : " C'est l'immeuble au drapeau rouge ! ". Puis, alors que nous continuons de plus belle notre marche, elle raconte qu'un jour le passage du Lez fut impraticable, la rivière impétueuse ayant décidé de sortir de ses rives, suite à des interminables pluies drues (et peut-être même acides), transportant des eaux lourdes et grasses obligeant Laurie à passer sur le petit pont vert et aérien situé quelques mètres plus haut, là où un petit barrage freine quelque peu la rivière, créant une petite cascade où de paisibles cygnes se mettent à l'abri. Nous passons devant le restaurant l'Assiette où la veille Mathieu et Laurie avaient fêté dignement leurs deux ans. Nous continuons toujours aussi rapides au milieu d'un quartier neuf occupé par des batiments ayant plus de fenêtres que le château de Chambord et de Chenonceaux réunis ! C'est un ensemble en ovale où à ses pieds s'étalent d'immenses tapis de gazon. C'est à la fois propre, surprenant, fait d'une symétrie vulgairement mathématique et glacée et d'une architecture qui mélange le style " pays de l'est " et le néo-grec. Enfin, après avoir traversé une interminable et longue avenue débarrassée des voitures polluantes et vide de monde, on arrive fatigués (moi, du moins !) à une station de tram qui fait face à une immense piscine toute de vitres bâtie. Laurie me raconte que c'est là que le dimanche matin, on peut assister au pitoyable spectacle de quadragénaires stressés qui viennent se " tuer " à soulever de façon très illusoire moultes haltères et ramer comme des galériens pour tenter de sauver le peu de jeunesse qui leur reste. Je crois que je lui ai répondu quelque chose comme : " on a l'âge de ses haltères ", mais, je n'en suis pas très sûr ! Laurie décide alors qu'il sera plus prudent à l'heure qu'il est de faire le reste du trajet en tram jusqu'à la gare de la ville. Elle prend les tickets et m'explique qu'il faut le mettre de la façon suivante : l'oiseau en haut et la flèche bleue en bas ! Le tram arrive au bout de quelques minutes plus rapides qu'un solo de Malmsteen. Je monte avec plaisir dans le tram après cette difficile marche. Durant le parcours, on a le temps d'admirer les bâtiments propres et bien dressés dans un ordre finalement assez prétentieux. Nous passons devant la médiathèque où trône un Moïse de pierre. Le tram s'arrête deux ou trois fois (et même à des feux rouges !). Après avoir traversé un quartier qui rappelle maintenant le Marseille triste et sale que nous connaissons, nous arrivons à la gare de Montpellier. Elle ressemble dans sa banalité à toutes les gares de toutes les villes de France ! Des gens pressés et chargés de sacs grouillent et se bousculent à l'arrêt du tram. Des marchands de sandwichs occupent les allées sous les platanes. Les bars sont pleins à rabord. On descend difficilement du tram tentant de nous frayer un chemin au milieu de cette foule dense. Puis, nous voilà repartis pour une nouvelle marche ! Mais, celle-ci sera plus courte: deux ou trois cents mètres à peine et nous prenons à gauche, après avoir longé la voie du tram. Nous arrivons enfin car Laurie m'annonce: « C'est là ! Il y a une voiture dans le mur ! ».

Acte 4 :
La voiture dans le mur
Dimanche 29 avril, 19 heures 59 minutes et … une poignée de secondes.
En effet, la voiture y est ! Mathieu aussi qui nous accueille, impatient, sur l'entrée. Il nous donne rapidement nos billets et nous dit que Biomech Race va commencer à jouer et qu'il faut se dépêcher. Nous rentrons après être passés devant deux " gorilles " à l'aspect patibulaire et à l'air aussi intelligent que des fans de Korn. Il y a un petit bar à droite. Deux téléviseurs diffusent des clips-vidéos de MTV 2 et une musique de fond reggae assez désagréable nous agresse. Quelques personnes boivent des bières sur le zinc. Sur la droite, près de l'entrée, des gens attablés consomment et discutent à haute voix. On se dirige vers l'entrée de la salle. A gauche, un escalier étroit - couvert d'affreux posters des prochains spectacles – monte, je ne sais où. Une femme jeune et charmante, assise derrière une table, nous demande le bras et nous tamponne le ticket (à moins que ce soit le contraire !) On ouvre la porte à deux battants et nous voilà dans un lieu plus sombre que le dernier album de Peter Hammill. Dans le fond sous de faibles projecteurs, je reconnais les musiciens de Biomech Race que j'avais déjà vus lors de la soirée mémorable du Portail Coucou à Salon (dont vous pouvez lire, cher lecteur, le compte-rendu sur le très beau site: www.tearsofmetal.fr.st). Alors, le chanteur du groupe crie à la multitude (ou du moins aux quelques cent spectateurs présents) :
" BONSOIR MONTPELLIER ! "

Acte 5 :
Biomech Race
Dimanche 29 avril, 20 heures.
Leur show commence fort avec une intro de synthé pêchue et bien enlevée. Le claviériste (Kevin) est à droite de la scène jouant avec maestria de ses keyboards et suivant constamment du regard ses co-équipiers. Derrière ses fûts, le batteur se déchaîne, très présent, heureux et bondissant. Parfois, il se lève et laisse apparaître son maillot de l'O.M. Le chanteur, bon émule de James Labrie, se la joue aérien et volubile, passant d'un registre à l'autre avec une grande facilité dans un jeu de scène très heavy mais son show est quelque peu bridé par l'avalanche gratuite de décibels mal contrôlé par un incompétent aux consoles. Près du clavier, le premier guitariste reste sobre, sérieux et appliqué. A gauche, le deuxième guitariste est plus dans la gestuelle, comme communiant avec son instrument. Le bassiste, sous sa coupe de cheveux façon "progressif-années 70", paraît en retrait bien que ce soir, la " sono" lui permette d'être moins frustré qu'à l'accoutumé. Avec le second morceau tout devint malheureusement (pour ceux qui ont apprécié le cd), très confus et décevant, à la limite de l'audible. On n'entend plus le chanteur et les solos de grattes se perdent dans une sono déplorable. Seules les interventions du batteur ressortent et écrasent un peu le reste des instruments. Le chanteur tente de faire monter la pression. C'est à peine si on l'entend dans ces décibels plus inquiétants qu'une division de panzers débarquant dans la plaine d'Ukraine en 43. Après avoir joué un nouveau titre, c'est à dire l'ancien " Margarine ",  le groupe attaque un morceau que je ne connais pas puis termine son show avec deux reprises connues, en premier lieu, l'excellentissime " Metropolis " de Dream Theater (un très bon groupe de « heavy-prog » selon les dires du chanteur) et pour finir " Jump " de Van Halen fort bien repris mais à mon avis inutile et peu compatible avec le style de Biomech Race. Mais déjà leur concert se termine. Alors, un bonhomme (l'organisateur sans doute) arrive sur scène et annonce qu'il va procéder au vote et que tous ceux qui ont apprécié la prestation de Biomech Race doivent s'approcher de la scène et lever une main (mais pas deux !). Mathieu qui était devant depuis le début du concert du groupe nous fait signe (à Jacques et moi) de nous avancer et nous levons la main pendant qu'un autre bonhomme  sérieux comme un pape fait le compte. Je regarde autour de nous. Il semble y avoir pas mal de bras levés. Peut-être une quarantaine !

Acte 6 :
L'attente des résultats
Dimanche 29 avril, 20 heures 35.
Après le vote, nous quittons un peu la salle, abasourdis et à peine moins sonnés qu'un boxeur venant de subir les coups de boutoir d'un Mohammed Ali de la belle époque. Jacques, pour se remettre, s'envoie une bière. Nous discutons avec Mathieu, Laurie et un copain de fac. On analyse la prestation du groupe. Les commentaires vont bon train: son pourri, trop de rythmique, solos inaudibles, etc... Ensuite, on retrouve quelques membres du groupe et les parents de Kevin, le clavier de Biomech Race. Laurie demande un autographe au batteur qui raconte qu'il avait mis le maillot de l'O.M. bien que craignant un peu la réaction du public. Ensuite, on sort sous la voiture dans le mur. Les musiciens des autres groupes se préparent, plus ou moins tendus, dans leur look de circonstance. Les gens arrivent par petits groupes. Chacun vient encourager et voter pour " son " groupe. Le père de Kevin - appelé " le manager " par Mathieu - rouspète un peu contre le prix d'entrée, le jour du concert, le mépris des organisateurs pour les musiciens et contre la sono. Il montre à Mathieu les articles recueillis sur différents fanzines. Il essaie de me vendre le mini-cd du groupe. Je lui dis que je l'ai déjà car le " chauve " de la médiathèque d'Istres me l'a prêté. Il me dit que c'est un fan ultime de métal progressif. Je lui réponds que pour un fan, il n'est pas venu comme nous depuis Istres. Il me dit que nous " c'est pas pareil ". Mathieu essaie de glaner quelques infos pour son site www.tearsofmetal.fr.st. On apprend ainsi que les membres de Biomech Race ne sont pas satisfaits de leur enregistrement " live " du Portail Coucou. Mathieu dit qu'il aimerait bien l'avoir. Le " manager " lui laisse entendre que cela sera possible. Il lui donne même le titre. Un copain du groupe critique la sono et le problème des basses. Je demande à Laurie de téléphoner à Claude pour la rassurer oubliant que c'est le moment important du dimanche où elle regarde sa série préférée la nommée : " Barnaby ".... Et  Jacques rentre se boire un café bien fort ! La mère de Kevin, le clavier du groupe, me dit sa déception de voir son fils se fourvoyer dans cette engeance hardrockeuse alors qu'elle l'a élevé dans l'amour des œuvres complètes de Frédéric Chopin, ce génie polonais de la fin du XIX° siècle. Elle rajoute qu'elle l'a obligé à passer des heures entières dès sa cinquième année à jouer des polonaises, des mazurkas, des préludes, des nocturnes, des valses, des ballades, des impromptus, des scherzos, des sonates et même des études derrière son piano avec son costard à queue de pie, son nœud papillon et devant un parterre de notables ventripotents, béotiens et constipés. Maintenant, le voilà dans un groupe de musique bruyante et vulgaire qui évolue derrière une sono de bas étage et un public clairsemé. Je lui réponds: " Il faut bien que jeunesse se passe ". Elle me dit : " Oui, mais… elle est bien longue cette jeunesse ! ". Comme le froid nous gagne, je propose de retourner dans la salle écouter le groupe qui joue maintenant. Ce que nous faisons à dose homéopathique, entrecoupée de re-sorties : soit vers le bar, soit vers l'extérieur sous la voiture dans le mur. Je mets une double dose de coton et on se farcit, d'abord M.I.T., quatre gus avec casquettes, maillots de la NBA et shorts longs. Leur " musique " est à l'image de leur look : médiocre ! Puis, Ziwok, des gars de Saint-Gilles (triste bourgade et tristes sires !) s'essaient dans un style entre The Gathering et Lacuno Coil mais peu gâtés (eux aussi) par la sono et avec des compositions faiblardes, ils n'arrivent pas à obtenir nos suffrages. Les suivants, Opposite Prompt Side (ça ne s'invente pas !) nous " offre " une bouillie sonore mi- trash, mi-hard de fort mauvais goût. Quant aux nommés " Camino ", leur rock " roots ", vulgairement franchouillard, un  rien campagnard, à peine festif et plus con que vivial fait de sauts constants et agaçants, agrémenté de mésentente entre les musiciens du groupe, ennuie vite. On retourne un peu au bar, on lit quelques prospectus. Jacques se boit un deuxième café ! On regarde les clips de MTV, toujours sans les entendre. La musique reggae devient de plus en plus insupportable. Je demande alors à la barwoman pour quelle raison, on voit des clips et on entend à la place une autre musique. Elle me répond que c'est parce que les téléviseurs sont trop hauts (?!?). On ressort un peu. Laurie déclare qu'elle commence à être fatiguée et qu'elle aimerait rentrer se coucher. Nous - Jacques, Mathieu et moi – décidons de rester jusqu'aux résultats à minuit. Laurie s'en va alors avec le copain de fac qui a garé sa voiture un peu plus loin. Mathieu les accompagne jusqu'au parking. On l'attend un moment, Jacques et moi. Puis quand il revient, on décide de rentrer car la froid nous gagne. Dans la salle, le dernier groupe de la soirée fait ses trente minutes réglementaires de prestation. C'est un groupe ardéchois de La Voulte. Ils font un métal de série, bien pêchu avec un excellent guitariste mais des morceaux beaucoup trop hard et sans recherche mélodique en abusant un peu d'effets de leurs longs cheveux !

Acte 7 :
Les résultats
Lundi 30 avril, 0 heure 1.
L'heure fatidique arrive enfin ! Le présentateur annonce les résultats. Bilan : Biomech Race est battu par des groupes minables mais finit quand même sixième. Ils auront ainsi leur enregistrement live ! Pour nous, il est l'heure de refaire le chemin du retour à l'appartement de Mathieu et Laurie puis de rejoindre Istres. Ce n'est pas un programme très engageant après la fatigue de la soirée. On quitte les musiciens de Biomech Race. Je dis au lead-guitar qu'ils étaient bien les meilleurs. Il me répond que tout cela n'est pas bien grave. On sort. Tout le monde s'en va maintenant. Quelques groupes sont déçus et le montrent par leurs propos. Dehors, sous la voiture dans le mur, Mathieu me raconte que le soir où il est venu voir Symphony X, il a entendu un des musiciens japonais de Double Dealer (qui faisaient la première partie) dire à son collègue : « Hey; look, the car in the wall ! » Ensuite, comme on partait, un gars qui passait m'a demandé si c'était intéressant ce qu'il y avait dans la salle. Je lui ai répondu que c'était " baston ". Il en était ravi croyant sans doute que c'était une de ces luttes asiatiques à la mode. Mais, quand je lui ai dit que c'était du rock, il sembla déçu et poursuivit son chemin vers le premier bar venu.

Acte 8 :
La longue marche (suite et fin)
Lundi 30 avril, 0 heure 30.
Alors, nous sommes partis comme nous étions venus. Vite, très vite ! On est passé sur la voie ferrée du tram, on a retraversé la longue avenue bordée de bâtiments toujours aussi imposants et symétriques. Il n'y avait pratiquement plus personne sur cette immense avenue piétonne bordée de platanes. On croisa trois ou quatre jeunes au look de rappeurs : survêtement  et capuchon sur le crâne de rigueur. Quelques télévisions marchaient encore aux étages. Puis, on a retrouvé le restaurant l'Assiette. On a retraversé un Lez presque endormi, onde calme et noire où dormaient maintenant les étoiles. Au pied d'un immeuble géant inquiétant dans la nuit sombre, sur les hautes rives de la rivière, deux amoureux s'enlaçaient dans la froidure. A cette heure, les cygnes, sous la petite cascade, dormaient, la tête caché sous leur aile. Les jets d'eau continuaient imperturbablement de chanter leur même antienne. On retraversa l'allée blanche parsemée de fleurs d'acacias et on retrouva le rond-point dérangé de son calme nocturne par deux ou trois voitures de gens pressés de rejoindre leurs pénates. Ensuite, on a fini en beauté par l'ultime côte avant d'arriver chez Mathieu. Titou pizza rentrait chez lui, sa journée enfin terminée, ravi, la caisse sûrement pleine. On repassa devant la caserne de CRS. Puis, arrivés chez Mathieu, on le laissa sur le pas de la porte. Dans son lit, Laurie dormait. On fit un petit coucou à Mathieu puis on rejoignit la voiture pour le retour sur une autoroute envahie de malheureux camionneurs toujours sur la brèche à cette heure.

Acte 9 :
Epilogue
Lundi 30 avril, 2 heures 20.
Enfin, nous voilà à Istres ! Claude nous attend sur le pas de la porte. On rentre. Tout le monde est debout à cette heure tardive. On se met  à table: salade de riz, bon vin. Claude, Carole, Stéphane, Jérémy et Guillaume écoutent nos impressions. Ah ! On s'en souviendra longtemps de la belle soirée passée au Rockstore avec sa voiture dans le mur !

© Eric, le 6 mai 2001.
N'oubliez pas de jeter un oeil sur le site officiel de Biomech Race.
Pour les contacter : 04 90 56 63 70 ou 06 86 72 04 12
Pour leur écrire : 134 boulevard des Blazots  13300 Salon de Provence