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Scenes From The Rockstore |
Ils étaient arrivés
par une belle après-midi printanière quoi que nuageuse pour
ne pas dire pluvieuse et même venteuse. En fait, c'était un
temps pourri à ne pas mettre un chevelu dehors. Heureusement, nous
avions laissé nos cheveux à la maison et nous pûmes
assister aux prestations des groupes en toute quiétude. Tranquillité
vite perturbée par une quantité exorbitante de chanteurs
gueulards qui rameutaient une foule curieuse avec des paroles incompréhensibles.
Moi, perplexe, je leur lançais mon regard torve (breveté)
et préférais sortir prendre l'air de ce beau début
de soirée printanier quoi que nuageux, etc...
Biomech Race, c'était donc
à 20h. Comme le groupe montait sur scène, mes VIP arrivaient
malgré quatre crevaisons et deux tsunamis, ayant rallié Montpellier
en une durée frôlant l'insolence. Les membres de Biomech sont
tous sur scènes et comme ils l'avaient fait au Portail Coucou, commencent
par Wings Of Dead Paradise (qui pourrait se traduire en français
par Margarine).
Set list en pyramide inversée
:
Wings Of Dead Paradise
Crazy Circus
Metropolis
Jump
Margarine déploie donc ses
ailes et nous survolent à plein régime. Vince s'évade
de ce monde pourri dans lequel nous vivons, fuyant l'hypocrisie, le mensonge
et la trahison comme s'il était le seul candidat clairvoyant de
Loft Story. A noter la quasi absence d'Icare dans les paroles ("burned
by the heat of the sun" mis à part) et la portée un tantinet
théologique de ce morceau avec "...magical light which enlightens
our free souls" et autre "Dead Paradise". Sans trop savoir pourquoi, tout
ceci me fait penser à l'organisation politique idéale du
Parti Réformiste Français mené par mon ami Marc qui
excelle dans l'utopie, voulant baisser les impôts, augmenter les
salaires et donner la retraite à 27 ans. Enfin, vous pourrez toujours
voter pour lui aux législatives de 2002 à Montpellier s'il
arrive à passer de 2 à 50 membres. Mais revenons à
Biomech Race qui enchaîne sur le tout nouveau Crazy Circus. Un morceau
dans la droite lignée du précédent, la margarine en
moins. Un Crazy Circus que je ne connais pas et qui prouve à quel
point ce doit être difficile pour l'individu lambda d'apprécier
un live de Biomech Race à sa juste valeur. Autant l'habitude me
permettait d'entendre les parties inaudibles des Don't Leave Me Alone,
Lestat et Day After Day, autant ici, j'avoue ne pas avoir tout compris.
Il m'est donc impossible de parler de ce cirque fou. C'est un peu pour
ça et aussi par goût pour la guimauve imbuvable que j'ai regretté
l'absence d'un morceau lent. Ça passe mieux lorsque la sono est
comateuse et le set aurait été plus diversifié. Oui,
ce sont des choses qui arrivent lorsque, contrairement à quelques
autres groupes de la soirée, on ne fait pas une musique basique
en portant des bermudas trop larges, la casquette vissée sur la
tête. Ah, ils pourraient faire ça proprement comme me le souffle
Ludwig Amadeus Von Jean-Luc, le manager devant lequel tous sont en adoration.
D'ailleurs, Biomech Race pourrait passer à l'émission "C'est
Mon Choix" : Je ne veux pas porter de bermudas trop larges et faire de
la musique basique. Enfin, pendant que je vous parle, Biomech Race a terminé
son second morceau. Vince nous propose alors une petite "surprise", soit
une reprise d'un groupe mystérieux qui peut se targuer, à
ses dires, d'être un des plus grands groupes de Heavy Prog. Mais
enfin, qu'est-ce ? METROPOLIS bien sûr, le classique parmi les classiques,
LE morceau de Dream Theater par excellence. Morceau de bravoure interprété
avec talent de l'intro au break démentiel avec forces effets guitaristiques
de Seb et Vinny, sans oublier les claviers encore fumant de Kevin. Certains
se sont offusqué de "l'absence d'Alain" dont la basse pourrait être
une cornemuse sans qu'on ne s'en rende compte, encore une fois relégué
dans la division 2 de la perception sonore. En ce qui me concerne, je l'ai
trouvé très présent durant Metropolis, notamment lors
du break qui le mettait fortement à contribution. Quant à
Pascal, plus torturé qu'un Daniel Gildenlöw totalement déjanté,
il jouissait d'une réverbération monumentale qui transformait
chaque effleurement de sa grosse caisse en un véritable coup de
tonnerre expédié par Zeus lui même. Tout ça
pour dire que le son n'était guère exceptionnel mais que
Biomech Race s'amusait bien et que nous, public aux oreilles engourdies,
nous acceptions d'être indulgent envers l'habituel quasimodo qui
nous voulait du mal (certains comprendront de quoi je parle). Mais voici
que Biomech Race nous balance un Jump Van Halenien en guise de final. Pascal
se lève pour nous faire admirer le maillot croisé de la médiocre
équipe marseillaise et hop, c'est terminé, on plie bagage.
Sans trop de surprise, un subtil tour de magie propulse Biomech Race à
la sixième place mais comme aurait très bien pu le dire ma
sympathique prof d'anglais, je cite : "Là, tu comprends, tu as une
trop bonne note par rapport aux autres alors je t'enlève 3 points".
Seulement sixième malgré la campagne publicitaire monumentale
de la veille, intelligemment mise en place et menée à son
terme avec brio et avec moi-même bien que je fusse des plus inactifs.
Finalement, la biomechanical race gagne son poids en kebabs et un enregistrement
live.
Enfin, pour finir et parce qu'il
est temps de conclure (je dois aller chercher ma nouvelle carte bancaire),
je dirais que je n'ai plus rien à dire. Voilà.
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dans le mur |
Acte 1 :
La crevaison
Dimanche 29 avril, 17 heures.
Ca y est ! Il est l'heure de partir,
direction Montpellier, ville où doit se dérouler le concert
du groupe de métal progressif le plus prometteur de Provence et
même (n'ayons pas peur des mots !) de France, j'ai nommé:
Biomech Race. Les cassettes sont excellentes (j'ai passé l'après-midi
- entre deux minots qui couinaient, s'empifraient et leur mère qui
nous enfumait avec son tabac - à les choisir). Voyez vous mêmes,
en vrac: Hendrix, King's X, Anathema… j'en passe et des meilleurs ! Toutes
les conditions sont donc requises pour vivre un de ces grands moments qui
font de ma vie quelque chose de passionnant et d'exaltant malgré
l'attaque pernicieuse des années, les salopes ! Donc, me voilà
(avec mon co-équipier Jacques), on the road. Nous traversons une
Crau aussi paisible qu'un album de Dead Can Dance. La circulation y est
plus fluide que le courant de la Bourges l'été dernier en
bas du Peyral à l'heure où un soleil chaud mais fatigué
disparaissait derrière la montagne couverte de fayards et allait
se perdre dans un vallon courbe entre Sagnes et Goudoulet. Je suis serein
(bien qu'impatient) sous les arpèges virils mais corrects du guitariste
de King's X dont j'ai oublié le nom (pour en savoir plus, consultez
le référendum 2001 quelques pages plus loin). Je roule plus
prudent qu'un apprenti conducteur de l'auto-école Paulette, chère
à Mathieu (l'auto-école, pas Paulette !), soucieux en conducteur
adulte, prudent et responsable de respecter les limitations de vitesse
car sur cette route large et droite, les radars sont toujours à
l'affût derrière quelques voitures de flics banalisées
(les voitures, pas les flics… encore que !). Arrivés vers l'embranchement
de la Dynamite, après avoir contemplé un petit troupeau paisible
de taureaux noirs et camarguais ruminant gaiement dans un pré verdoyant,
et suite au croisement un tantinet dangereux de Mas Thibert, après
un passage sous des platanes centenaires, près de l'entrée
d'une manade, j'entends un bruit bizarre sous ma 405 GLX quelque peu âgée
certes, mais jusqu'à présent fort performante et de surcroit
entretenue correctement par mon metteur au point préféré.
Je dis horrifié à mon co-passager surpris, (oui, Jacques
! c'est bien, vous suivez, bravo !). Je lui dis très laconiquement:
" merde, on a crevé ! " J'arrête la voiture à cinquante
mètres de deux CRS zélés qui " s'occupent " d'une
automobiliste. On descend. On regarde sous la voiture. Jacques plus rapide
que moi, m'annonce qu'on n'a pas de pneu crevé. J'en suis tout étonné
- moi qui connais mieux ma voiture que les œuvres complètes de Roger
Waters (c'est vous dire !). Je pense alors que si c'est une autre panne,
c'est le drame absolu. Plus de concert de Biomech Race et qui plus est,
le risque de planter là, au milieu de nulle part pour un long moment
! On se repenche encore et on voit une boule sous la roue avant gauche.
J'ai les boules mais je suis en quelque sorte rassuré. Il s'agit
bel et bien d'une crevaison mais QUE d'une crevaison. Jacques, plus jeune,
plus alerte, plus sain, plus dynamique, plus musculeux, bref, moins rhumatismal
que moi, fait la réparation. Puis, on décide, car ce sera
plus prudent, de retourner à Istres changer de voiture, tout en
conservant les mêmes cassettes (bien sûr !) et en espérant
que Carole et Claude ne soient pas parties à Auchan comme elles
en avaient l'intention avant notre départ. Nous faisons donc le
retour prudemment avec une roue de secours à moitié gonflée
(ou dégonflée). Jacques me dit que sans doute Claude et Carole
doivent être malheureusement déjà sur la route d'Auchan.
Je pense en mon for intérieur et même en moi même que
c'est fort probable, connaissant Carole et son attrait irrésistible
pour ces lieux de rassemblements hebdomadaires des foules vulgairement
populeuses et béatement consommatrices.
Acte 2 :
La soupe au pistou.
Dimanche 29 avril, 18 heures.
Vingt minutes passent (qu'il est
inutile de narrer car elles furent très peu passionnantes) et nous
revoilà à Istres. On arrive, après avoir roulé
fort sagement, tout étonnés de la présence de la voiture
de Jacques devant la maison et surpris par l'explosion du pneu dans la
malle. On s'arrête enfin, rassurés d'être là
après toutes ces péripéties. Stéphane, qui
était en train de doper son ordinateur, nous accueille, plus étonné
qu'un lozérien voyant Stevenson sur le pas de sa porte, un soir
d'automne 1878. J'explique tout à Stéphane, assez laconiquement
car le temps presse. Puis je lui demande où se trouvent Claude et
Carole. Il me répond qu'elles sont dans un magasin derrière
Géant-Casino. Nous décidons d'y aller illico. Je prends quand
même le temps de téléphoner à Mathieu pour lui
expliquer tout ce qui nous est arrivé et que nous espérons
encore venir avant l'heure fatidique où Biomech Race doit commencer
son set. Il dit qu'à partir de maintenant, il ne faut plus traîner
car le groupe commence à huit heures précises. Nous revoilà
donc dans l'auto, direction l'endroit où doivent être Claude
et Carole, c'est à dire le magasin Gifi. Nous arrivons assez rapidement
et retrouvons d'abord un Jérémy qui farfouille dans les bacs.
Il est tout surpris et nous indique où se trouvent Claude et Carole.
Elles sont légèrement affolées. Je leur raconte notre
mésaventure puis nous retournons aussi vite que possible à
la maison après qu'elles nous aient demandé de ne pas oublier
de prendre la soupe au pistou car il faut la porter sans faute à
Laurie ! A la maison, Stéphane et Jacques - pendant que je me lave
les mains pleines de gomme - cherchent dans le frigo et le congélateur
: pas la moindre trace de soupe ! Je dis : " Au diable la soupe au pistou,
il y a plus urgent à faire ! " On décide alors de partir
car le temps lui n'attend pas. Je récupère la torche de Stéphane
et les cassettes (bien sûr !). Et nous voilà repartis direction
la station d'essence où Jacques perd un temps fou à vouloir
récupérer un illusoire ticket à la pompe automatique.
Mais bientôt, nous retrouvons la route d'Arles, repassons devant
le triste endroit où nous avons eu tantôt cette panne fort
mal venue. Puis, de passage en Arles, de prise de ticket, de petit Rhône
en grand Rhône, d'un canal nommé "Philippe Lamour " à
Nîmes, de péage en sortie d'autoroute, nous arrivons enfin
à Montpellier.
Acte 3 :
La longue marche
Dimanche 29 avril, 19 heures
30.
Laurie nous accueille sur le pas
de la porte et sur son trente et un. Jacques lui donne le muguet de Claude
puis je lui demande (à Laurie) si nous aurons le temps d'arriver
à huit heures au Rockstore. Laurie répond par l'affirmative
mais nous dit qu'il faut partir sur le champ… ou plutôt sur
la route, mais en tout cas illico ! Ce que nous faisons sans tarder. En
passant devant la caserne de CRS, je demande à Laurie de sortir
son portable et de téléphoner à Claude pour donner
de nos nouvelles. J'ajoute même que j'aimerais bien un massage lors
de mon retour, subodorant l'état dans lequel seront mes jambes de
quinquagénaire érodé (ce qui est un pléonasme
éhonté mais nécessaire, cher lecteur, pour vous faire
comprendre, dans quel état je vais sans doute me trouver !). Puis,
nous continuons presque aussi rapides que des marcheurs de l'ex-Allemagne
de l'est nourris aux amphétamines. Laurie et Jacques tiennent un
bon train. Je m'accroche vaille que vaille ! Bientôt, une pente
assez marquée me sauve un peu la mise. Ensuite, nous suivons une
belle allée piétonne et nous arrivons - après quelques
ronds-points, un feu tricolore, une charmante et riante petite allée
couverte d'un large tapis blanc de fleurs d'acacias - au bord d'une rivière
nommé le Lez, sereine dans le crépuscule, et brillant du
reflet argenté des mille lumières des restaurants étalés
sur ses rives. Nous traversons presque à gué cette onde apaisée
à la quiétude plus plaisante que le dernier album de Vangelis.
On entend à peine au loin, le bruit étouffé des voitures.
A côté d'immenses jets d'eau essayant de rattraper le ciel
et chantant à la nuit tombante sous notre regard étonné,
se dressent d'imposants et placides bâtiments dont l'un possède
à son faîte, un drapeau rouge. Je demande à Laurie
de quel bâtiment il s'agit. Elle me répond fort logiquement
: " C'est l'immeuble au drapeau rouge ! ". Puis, alors que nous continuons
de plus belle notre marche, elle raconte qu'un jour le passage du Lez fut
impraticable, la rivière impétueuse ayant décidé
de sortir de ses rives, suite à des interminables pluies drues (et
peut-être même acides), transportant des eaux lourdes et grasses
obligeant Laurie à passer sur le petit pont vert et aérien
situé quelques mètres plus haut, là où un petit
barrage freine quelque peu la rivière, créant une petite
cascade où de paisibles cygnes se mettent à l'abri. Nous
passons devant le restaurant l'Assiette où la veille Mathieu et
Laurie avaient fêté dignement leurs deux ans. Nous continuons
toujours aussi rapides au milieu d'un quartier neuf occupé par des
batiments ayant plus de fenêtres que le château de Chambord
et de Chenonceaux réunis ! C'est un ensemble en ovale où
à ses pieds s'étalent d'immenses tapis de gazon. C'est à
la fois propre, surprenant, fait d'une symétrie vulgairement mathématique
et glacée et d'une architecture qui mélange le style " pays
de l'est " et le néo-grec. Enfin, après avoir traversé
une interminable et longue avenue débarrassée des voitures
polluantes et vide de monde, on arrive fatigués (moi, du moins !)
à une station de tram qui fait face à une immense piscine
toute de vitres bâtie. Laurie me raconte que c'est là que
le dimanche matin, on peut assister au pitoyable spectacle de quadragénaires
stressés qui viennent se " tuer " à soulever de façon
très illusoire moultes haltères et ramer comme des galériens
pour tenter de sauver le peu de jeunesse qui leur reste. Je crois que je
lui ai répondu quelque chose comme : " on a l'âge de ses haltères
", mais, je n'en suis pas très sûr ! Laurie décide
alors qu'il sera plus prudent à l'heure qu'il est de faire le reste
du trajet en tram jusqu'à la gare de la ville. Elle prend les tickets
et m'explique qu'il faut le mettre de la façon suivante : l'oiseau
en haut et la flèche bleue en bas ! Le tram arrive au bout de quelques
minutes plus rapides qu'un solo de Malmsteen. Je monte avec plaisir dans
le tram après cette difficile marche. Durant le parcours, on a le
temps d'admirer les bâtiments propres et bien dressés dans
un ordre finalement assez prétentieux. Nous passons devant la médiathèque
où trône un Moïse de pierre. Le tram s'arrête deux
ou trois fois (et même à des feux rouges !). Après
avoir traversé un quartier qui rappelle maintenant le Marseille
triste et sale que nous connaissons, nous arrivons à la gare de
Montpellier. Elle ressemble dans sa banalité à toutes les
gares de toutes les villes de France ! Des gens pressés et chargés
de sacs grouillent et se bousculent à l'arrêt du tram. Des
marchands de sandwichs occupent les allées sous les platanes. Les
bars sont pleins à rabord. On descend difficilement du tram tentant
de nous frayer un chemin au milieu de cette foule dense. Puis, nous voilà
repartis pour une nouvelle marche ! Mais, celle-ci sera plus courte: deux
ou trois cents mètres à peine et nous prenons à gauche,
après avoir longé la voie du tram. Nous arrivons enfin car
Laurie m'annonce: « C'est là ! Il y a une voiture dans le
mur ! ».
Acte 4 :
La voiture dans le mur
Dimanche 29 avril, 19 heures
59 minutes et … une poignée de secondes.
En effet, la voiture y est ! Mathieu
aussi qui nous accueille, impatient, sur l'entrée. Il nous donne
rapidement nos billets et nous dit que Biomech Race va commencer à
jouer et qu'il faut se dépêcher. Nous rentrons après
être passés devant deux " gorilles " à l'aspect patibulaire
et à l'air aussi intelligent que des fans de Korn. Il y a un petit
bar à droite. Deux téléviseurs diffusent des clips-vidéos
de MTV 2 et une musique de fond reggae assez désagréable
nous agresse. Quelques personnes boivent des bières sur le zinc.
Sur la droite, près de l'entrée, des gens attablés
consomment et discutent à haute voix. On se dirige vers l'entrée
de la salle. A gauche, un escalier étroit - couvert d'affreux posters
des prochains spectacles – monte, je ne sais où. Une femme jeune
et charmante, assise derrière une table, nous demande le bras et
nous tamponne le ticket (à moins que ce soit le contraire !) On
ouvre la porte à deux battants et nous voilà dans un lieu
plus sombre que le dernier album de Peter Hammill. Dans le fond sous de
faibles projecteurs, je reconnais les musiciens de Biomech Race que j'avais
déjà vus lors de la soirée mémorable du Portail
Coucou à Salon (dont vous pouvez lire, cher lecteur, le compte-rendu
sur le très beau site: www.tearsofmetal.fr.st). Alors, le chanteur
du groupe crie à la multitude (ou du moins aux quelques cent spectateurs
présents) :
" BONSOIR MONTPELLIER ! "
Acte 5 :
Biomech Race
Dimanche 29 avril, 20 heures.
Leur show commence fort avec une
intro de synthé pêchue et bien enlevée. Le claviériste
(Kevin) est à droite de la scène jouant avec maestria de
ses keyboards et suivant constamment du regard ses co-équipiers.
Derrière ses fûts, le batteur se déchaîne, très
présent, heureux et bondissant. Parfois, il se lève et laisse
apparaître son maillot de l'O.M. Le chanteur, bon émule de
James Labrie, se la joue aérien et volubile, passant d'un registre
à l'autre avec une grande facilité dans un jeu de scène
très heavy mais son show est quelque peu bridé par l'avalanche
gratuite de décibels mal contrôlé par un incompétent
aux consoles. Près du clavier, le premier guitariste reste sobre,
sérieux et appliqué. A gauche, le deuxième guitariste
est plus dans la gestuelle, comme communiant avec son instrument. Le bassiste,
sous sa coupe de cheveux façon "progressif-années 70", paraît
en retrait bien que ce soir, la " sono" lui permette d'être moins
frustré qu'à l'accoutumé. Avec le second morceau tout
devint malheureusement (pour ceux qui ont apprécié le cd),
très confus et décevant, à la limite de l'audible.
On n'entend plus le chanteur et les solos de grattes se perdent dans une
sono déplorable. Seules les interventions du batteur ressortent
et écrasent un peu le reste des instruments. Le chanteur tente de
faire monter la pression. C'est à peine si on l'entend dans ces
décibels plus inquiétants qu'une division de panzers débarquant
dans la plaine d'Ukraine en 43. Après avoir joué un nouveau
titre, c'est à dire l'ancien " Margarine ", le groupe attaque
un morceau que je ne connais pas puis termine son show avec deux reprises
connues, en premier lieu, l'excellentissime " Metropolis " de Dream Theater
(un très bon groupe de « heavy-prog » selon les dires
du chanteur) et pour finir " Jump " de Van Halen fort bien repris mais
à mon avis inutile et peu compatible avec le style de Biomech Race.
Mais déjà leur concert se termine. Alors, un bonhomme (l'organisateur
sans doute) arrive sur scène et annonce qu'il va procéder
au vote et que tous ceux qui ont apprécié la prestation de
Biomech Race doivent s'approcher de la scène et lever une main (mais
pas deux !). Mathieu qui était devant depuis le début du
concert du groupe nous fait signe (à Jacques et moi) de nous avancer
et nous levons la main pendant qu'un autre bonhomme sérieux
comme un pape fait le compte. Je regarde autour de nous. Il semble y avoir
pas mal de bras levés. Peut-être une quarantaine !
Acte 6 :
L'attente des résultats
Dimanche 29 avril, 20 heures
35.
Après le vote, nous quittons
un peu la salle, abasourdis et à peine moins sonnés qu'un
boxeur venant de subir les coups de boutoir d'un Mohammed Ali de la belle
époque. Jacques, pour se remettre, s'envoie une bière. Nous
discutons avec Mathieu, Laurie et un copain de fac. On analyse la prestation
du groupe. Les commentaires vont bon train: son pourri, trop de rythmique,
solos inaudibles, etc... Ensuite, on retrouve quelques membres du groupe
et les parents de Kevin, le clavier de Biomech Race. Laurie demande un
autographe au batteur qui raconte qu'il avait mis le maillot de l'O.M.
bien que craignant un peu la réaction du public. Ensuite, on sort
sous la voiture dans le mur. Les musiciens des autres groupes se préparent,
plus ou moins tendus, dans leur look de circonstance. Les gens arrivent
par petits groupes. Chacun vient encourager et voter pour " son " groupe.
Le père de Kevin - appelé " le manager " par Mathieu - rouspète
un peu contre le prix d'entrée, le jour du concert, le mépris
des organisateurs pour les musiciens et contre la sono. Il montre à
Mathieu les articles recueillis sur différents fanzines. Il essaie
de me vendre le mini-cd du groupe. Je lui dis que je l'ai déjà
car le " chauve " de la médiathèque d'Istres me l'a prêté.
Il me dit que c'est un fan ultime de métal progressif. Je lui réponds
que pour un fan, il n'est pas venu comme nous depuis Istres. Il me dit
que nous " c'est pas pareil ". Mathieu essaie de glaner quelques infos
pour son site www.tearsofmetal.fr.st. On apprend ainsi que les membres
de Biomech Race ne sont pas satisfaits de leur enregistrement " live "
du Portail Coucou. Mathieu dit qu'il aimerait bien l'avoir. Le " manager
" lui laisse entendre que cela sera possible. Il lui donne même le
titre. Un copain du groupe critique la sono et le problème des basses.
Je demande à Laurie de téléphoner à Claude
pour la rassurer oubliant que c'est le moment important du dimanche où
elle regarde sa série préférée la nommée
: " Barnaby ".... Et Jacques rentre se boire un café bien
fort ! La mère de Kevin, le clavier du groupe, me dit sa déception
de voir son fils se fourvoyer dans cette engeance hardrockeuse alors qu'elle
l'a élevé dans l'amour des œuvres complètes de Frédéric
Chopin, ce génie polonais de la fin du XIX° siècle. Elle
rajoute qu'elle l'a obligé à passer des heures entières
dès sa cinquième année à jouer des polonaises,
des mazurkas, des préludes, des nocturnes, des valses, des ballades,
des impromptus, des scherzos, des sonates et même des études
derrière son piano avec son costard à queue de pie, son nœud
papillon et devant un parterre de notables ventripotents, béotiens
et constipés. Maintenant, le voilà dans un groupe de musique
bruyante et vulgaire qui évolue derrière une sono de bas
étage et un public clairsemé. Je lui réponds: " Il
faut bien que jeunesse se passe ". Elle me dit : " Oui, mais… elle est
bien longue cette jeunesse ! ". Comme le froid nous gagne, je propose de
retourner dans la salle écouter le groupe qui joue maintenant. Ce
que nous faisons à dose homéopathique, entrecoupée
de re-sorties : soit vers le bar, soit vers l'extérieur sous la
voiture dans le mur. Je mets une double dose de coton et on se farcit,
d'abord M.I.T., quatre gus avec casquettes, maillots de la NBA et shorts
longs. Leur " musique " est à l'image de leur look : médiocre
! Puis, Ziwok, des gars de Saint-Gilles (triste bourgade et tristes sires
!) s'essaient dans un style entre The Gathering et Lacuno Coil mais peu
gâtés (eux aussi) par la sono et avec des compositions faiblardes,
ils n'arrivent pas à obtenir nos suffrages. Les suivants, Opposite
Prompt Side (ça ne s'invente pas !) nous " offre " une bouillie
sonore mi- trash, mi-hard de fort mauvais goût. Quant aux nommés
" Camino ", leur rock " roots ", vulgairement franchouillard, un
rien campagnard, à peine festif et plus con que vivial fait de sauts
constants et agaçants, agrémenté de mésentente
entre les musiciens du groupe, ennuie vite. On retourne un peu au bar,
on lit quelques prospectus. Jacques se boit un deuxième café
! On regarde les clips de MTV, toujours sans les entendre. La musique reggae
devient de plus en plus insupportable. Je demande alors à la barwoman
pour quelle raison, on voit des clips et on entend à la place une
autre musique. Elle me répond que c'est parce que les téléviseurs
sont trop hauts (?!?). On ressort un peu. Laurie déclare qu'elle
commence à être fatiguée et qu'elle aimerait rentrer
se coucher. Nous - Jacques, Mathieu et moi – décidons de rester
jusqu'aux résultats à minuit. Laurie s'en va alors avec le
copain de fac qui a garé sa voiture un peu plus loin. Mathieu les
accompagne jusqu'au parking. On l'attend un moment, Jacques et moi. Puis
quand il revient, on décide de rentrer car la froid nous gagne.
Dans la salle, le dernier groupe de la soirée fait ses trente minutes
réglementaires de prestation. C'est un groupe ardéchois de
La Voulte. Ils font un métal de série, bien pêchu avec
un excellent guitariste mais des morceaux beaucoup trop hard et sans recherche
mélodique en abusant un peu d'effets de leurs longs cheveux !
Acte 7 :
Les résultats
Lundi 30 avril, 0 heure 1.
L'heure fatidique arrive enfin !
Le présentateur annonce les résultats. Bilan : Biomech Race
est battu par des groupes minables mais finit quand même sixième.
Ils auront ainsi leur enregistrement live ! Pour nous, il est l'heure de
refaire le chemin du retour à l'appartement de Mathieu et Laurie
puis de rejoindre Istres. Ce n'est pas un programme très engageant
après la fatigue de la soirée. On quitte les musiciens de
Biomech Race. Je dis au lead-guitar qu'ils étaient bien les meilleurs.
Il me répond que tout cela n'est pas bien grave. On sort. Tout le
monde s'en va maintenant. Quelques groupes sont déçus et
le montrent par leurs propos. Dehors, sous la voiture dans le mur, Mathieu
me raconte que le soir où il est venu voir Symphony X, il a entendu
un des musiciens japonais de Double Dealer (qui faisaient la première
partie) dire à son collègue : « Hey; look, the car
in the wall ! » Ensuite, comme on partait, un gars qui passait m'a
demandé si c'était intéressant ce qu'il y avait dans
la salle. Je lui ai répondu que c'était " baston ". Il en
était ravi croyant sans doute que c'était une de ces luttes
asiatiques à la mode. Mais, quand je lui ai dit que c'était
du rock, il sembla déçu et poursuivit son chemin vers le
premier bar venu.
Acte 8 :
La longue marche (suite et fin)
Lundi 30 avril, 0 heure 30.
Alors, nous sommes partis comme
nous étions venus. Vite, très vite ! On est passé
sur la voie ferrée du tram, on a retraversé la longue avenue
bordée de bâtiments toujours aussi imposants et symétriques.
Il n'y avait pratiquement plus personne sur cette immense avenue piétonne
bordée de platanes. On croisa trois ou quatre jeunes au look de
rappeurs : survêtement et capuchon sur le crâne de rigueur.
Quelques télévisions marchaient encore aux étages.
Puis, on a retrouvé le restaurant l'Assiette. On a retraversé
un Lez presque endormi, onde calme et noire où dormaient maintenant
les étoiles. Au pied d'un immeuble géant inquiétant
dans la nuit sombre, sur les hautes rives de la rivière, deux amoureux
s'enlaçaient dans la froidure. A cette heure, les cygnes, sous la
petite cascade, dormaient, la tête caché sous leur aile. Les
jets d'eau continuaient imperturbablement de chanter leur même antienne.
On retraversa l'allée blanche parsemée de fleurs d'acacias
et on retrouva le rond-point dérangé de son calme nocturne
par deux ou trois voitures de gens pressés de rejoindre leurs pénates.
Ensuite, on a fini en beauté par l'ultime côte avant d'arriver
chez Mathieu. Titou pizza rentrait chez lui, sa journée enfin terminée,
ravi, la caisse sûrement pleine. On repassa devant la caserne de
CRS. Puis, arrivés chez Mathieu, on le laissa sur le pas de la porte.
Dans son lit, Laurie dormait. On fit un petit coucou à Mathieu puis
on rejoignit la voiture pour le retour sur une autoroute envahie de malheureux
camionneurs toujours sur la brèche à cette heure.
Acte 9 :
Epilogue
Lundi 30 avril, 2 heures 20.
Enfin, nous voilà à
Istres ! Claude nous attend sur le pas de la porte. On rentre. Tout le
monde est debout à cette heure tardive. On se met à
table: salade de riz, bon vin. Claude, Carole, Stéphane, Jérémy
et Guillaume écoutent nos impressions. Ah ! On s'en souviendra longtemps
de la belle soirée passée au Rockstore avec sa voiture dans
le mur !
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