Cela
faisait déjà une quinzaine de jours que Celistan
avait quitté Moridar. Son périple était motivé
par la recherche d’un grand kirhani du nom de Gandaï
vivant à Irkwos. Si elle le retrouvait, ce shawk pouvait
l’aider. Dix années de recherche insatiable à
travers les contrées les plus reculées du Ganirk
l’avaient amené dans les hautes collines de Jere-erogus.
Dix ans… déjà. La première année,
alors qu’elle ne désirait point ni d’aventure
ni d’exploration, son chemin l’amena à croiser
celui d’un naïruh, Faï Bellandor, alors qu’elle
n’était qu’une simple graken de la région
Neldë de la Dernière Colonie. Ce naïruh vivait
dans une forteresse plantée sur Jere-erogus. Il était
affilié à la longue lignée seigneuriale krale
de la famille Bellandor. La province qu’il administrait
occupait une bonne partie nord de la Seigneurie de Mandor, et
ne se trouvait qu’à peu de distance de la capitale
éponyme. Sa forteresse était bâtie en un point
stratégique, tant au niveau militaire qu’économique.
D’une part, la bâtisse était située
au plus haut point des collines surplombant la limite frontalière
avec la Seigneurie de Moura, où leurs relations diplomatiques
devenaient de plus en plus tendues. D’autre part, une importante
source d’eau douce jaillissait à même la terre,
telle un jeyser. C’était un phénomène
étrange qui, à sa découverte, fut attribué
au geste bienveillant de Sloraunior.
___Celistan se trouvait à
la poupe du Killineldë à observer les va-et-vient
des randokars accompagnant le bateau, lorsque le vent se mit à
souffler plus fort. Au loin, Celistan put apercevoir une barre
noire de nuages où des éclairs dansaient, et où
l’océan soulevait des vagues avec furie. Le Killineldë
se mit à tanguer si vite que Celistan manqua de tomber
à la renverse. Une fois avoir repris son équilibre,
elle se précipita dans la cabine du capitaine du navire,
alors que les premières gouttes frôlaient son visage.
A l’intérieur, le capitaine, Ven-lark, un shawk bourru
aux joues gonflées, avait dans son regard une grande inquiétude.
Il ne remarqua même pas l’arrivée précipitée
de la jeune Celistan. Du sang imprégnait sa chemise à
carreaux vert et jaune et des contusions bariolaient son visage
et ses bras. L’intérieur de sa cabine était
désordonné, le lit fendu et les couvertures brûlées,
la malle éventrée et vide de toute fourniture, les
bouteilles d’unsang brisées, des morceaux de verre
éparpillés jusqu’à chaque coin de la
pièce. Celistan contemplait avec effroi le chaos qui régnait
dans la cabine, dans une ambiance que l’orage en furie et
l’océan déchaîné rendaient de
plus en plus stressante. Elle ne put contenir à ce moment
là, la vague de souvenirs qui la submergeaient, entre autre
ceux de l’intrusion chez elle. C’était le soir.
On frappa très fort à la porte d’entré
; cela réveilla brusquement Celistan et elle eut subitement
très peur. C’était des Guerriers Théocrates
et elle se disait que ça allait être leur tour, comme
ses voisins, et Garit, son amie d’enfance, qui ont été
arrêtés deux jours avant, par dénonciation,
et amenés par force aux mines au-delà de Terre-Mère
dans une terre inconnue de Celistan.