(Siège
de Paris 1870/1871) Ó 2003 Archives François de la
Jousselinière
Les lettres ballons montés de Caroline

Première lettre du samedi 24 septembre 1870
(manquante)
Deuxième lettre, écrite le 30 septembre
1870.
Troisième lettre, écrite le 13 octobre
1870.
Histoire du Godefroy-Cavaignac
Quatrième lettre, écrite le 27 octobre
1870.
Cinquième lettre écrite le 9 novembre 1870
(manquante)
Sixième lettre, écrite le 23 novembre 1870.
Septième lettre, écrite le 3 décembre 1870.
Huitième lettre, écrite le 24 décembre
1870.
La Lettre d’Auguste (jointe à celle de sa
mère)
Dixième et dernière lettre, écrite le 14
janvier 1871
Des mets exotiques pour les Parisiens.
Descendance de
Marie Rose Aimée Le Gentil épouse Roulland.
Sommaire
Sources externes
Avis
Coordonnées
Préambule
Un peu d’Histoire
Début 1870
Paris sous les obus.
Révolte et derniers combats
Première lettre du samedi 24 septembre 1870
(manquante)
Deuxième lettre, écrite le 30 septembre 1870.
Histoire de l’Armand Barbès
La lettre
Troisième lettre, écrite le 13 octobre 1870.
Histoire du Godefroy-Cavaignac
La lettre
Quatrième lettre, écrite le 27 octobre 1870.
La lettre
Cinquième lettre écrite le 9 novembre 1870
(manquante)
EPOPEE du BALLON
Sixième lettre, écrite le 23 novembre 1870.
EPOPEE du BALLON
Première version
Deuxième version
Dernière version
La lettre
La gazette des Absents N°10
Septième lettre, écrite le 3 décembre 1870.
La Lettre
La gazette des Absents N°13
Huitième lettre, écrite le 24 décembre 1870.
La Lettre
La gazette des Absents N°19
La Lettre de Caroline
La Lettre d’Auguste (jointe à celle de sa mère)
La gazette des Absents N°21
Dixième et dernière lettre, écrite le 14 janvier
1871
La Lettre
La gazette des Absents N°27
Des mets exotiques pour les Parisiens. (Philippe
Heurtel)
Les Ballons.
Images de Ballons
Descendance de Marie Rose Aimée Le Gentil épouse
Roulland.
Pour
Ronan, Pierre et Sarah
Site WEB
philatélique : http://www.coppoweb.com/ballons/fr.ball_lst.php
Fond
Photographique Musée
Nicéphore Niépce : http://www.museeniepce.com/cata/index.html
Le siteWEB de
Philippe HEURTEL: http://www.oeildusphinx.com/marmitonde.htm
N’hésitez pas
à me transmettre toutes informations qui pourraient enrichir ou corriger ce
document. Cela permettra après diffusion que chacun en profite.
François de
la Jousselinière
34 rue Ernest
Renan
33000
Bordeaux
e-mail :
fdlj01@wanadoo.fr
Sources externes
Site WEB
philatélique : http://www.coppoweb.com/ballons/fr.ball_lst.php
Fond
Photographique Musée
Nicéphore Niépce : http://www.museeniepce.com/cata/index.html
Avis
N’hésitez pas à me transmettre toutes informations
qui pourraient enrichir ou corriger ce document. Cela permettra après diffusion
que chacun en profite.
Coordonnées
François de
la Jousselinière
59 avenue
Edouard Vaillant
92100
Boulogne
e-mail :
fdlj@wanadoo.fr
Vous allez découvrir dans ce
document une correspondance écrite il y a plus de 130 ans pendant la période du
siège de Paris en 18970.
Ces lettres sont dites « ballons montés ». En effet elles ont quitté
la capitale assiégée et coupée de toutes communications dans des ballons postes
construits à cet effet.

Durant
les 136 jours du siège, 67 ballons vont s'envoler pour forcer les lignes
ennemies. Ils connaîtront des fortunes diverses.
Ces lettres ont été écrites par Caroline Roulland épouse Amyer et adressées à sa mère Marie Rose Aimée Le Gentil épouse Roulland une de mes aïeules. Elles ne sont pas une banale correspondance du passé, mais un témoignage historique touchant et émouvant de la vie des parisiens durant le siège de Paris par les Prussiens en 1870.
Rose
Aimée Le Gentil épouse Roulland François
Bernardin RoullandCaroline
Roulland épouse Amyer



Caroline
Roulland épouse Amyer Auguste Amyer Père

Les
protagonistes de notre histoire tous réunis
sur une photo.

Rose Aimée Le Gentil,
Auguste Amyer Père et Fils et Caroline Roulland

Toute cette correspondance a été postée place de la Madeleine à Paris. Les époux Amyer possédant un commerce dans ce quartier.
Place de la Madeleine vers 1870

Les lettres qui suivent faisaient
partie des archives de mon père André de la Jousselinière décédé en 2001. Elles
lui ont été transmises par sa grand-mère maternelle Louise Marie
Lorin fille de Henri Etienne Emile Lorin (dit le grand-père de Nort). Elle les
tenait elle même de sa mère Camille Bunel. Nous verrons que Caroline dans ses
lettres fait référence à Camille sa nièce.
Camille Caroline Bunel
Henri Etienne Emile Lorin
(dit le grand-père de Nort)

Les lettres qui vont suivre sont
toutes adressées chez Monsieur Bunel, mais sont destinées à la "grand-mère
Roulland"
(Marie Rose Aimée le Gentil épouse Roulland). On peut supposer que cette
dernière, née le 30 floréal AN II (19/05/1794) et qui avait donc 76 ans en 1870
habitait avec sa fille et son gendre à Nantes.
Rose Aimée est décédée 8 ans plus tard en 1878
Les
écrits de Caroline sont présentés en italique.
L’ensemble de la correspondance représentait 10 lettres écrites durant cette
période du siège de Paris. Mais seule huit lettres sont reproduites ici. Nous
verrons plus loin ce qui a pu arriver aux deux courriers manquants.
Avant d'entamer la lecture des
lettres, il m'a paru nécessaire de les replacer dans leur contexte historique
afin que chacun puisse les comprendre et apprécier pleinement chaque détail.
Nous
sommes sous le règne de Napoléon III.
Le siège de Paris a commencé le 19 septembre 1870. Le général Trochu,
gouverneur militaire de Paris assure la présidence du Conseil du gouvernement
de la défense nationale. Il est le responsable unique de la défense de Paris et
a sous ses ordres un demi-million d'hommes. Cet effectif compte, cependant, 400
000 gardes nationaux qui n'ont pas les capacités offensives d'une véritable
armée disciplinée et sachant manœuvrer. Trochu estime en conséquence qu'une
percée du dispositif ennemi, avec les seules forces de la capitale ne peut pas
réussir. Il considère, en revanche, que les Gardes nationaux constituent une
force défensive redoutable car ils se battraient avec acharnement dans les rues
de la capitale.
Le général Trochu
Le
commandant en chef prussien, le général Moltke partage ce point de vue. Il
n'est pas question pour lui de lancer les armées allemandes à l'assaut de la
ville. Il compte réduire les deux millions de Parisiens par la famine. Cette
tactique porte ses fruits. En décembre, il n'y a plus dans la capitale ni gaz
ni charbon et le bois se vend à prix d'or. Les boucheries vendent des chiens,
des chats, des brochettes de moineaux et des rats.
Léon Gambetta
Courant
novembre, Gambetta a essayé de combiner une offensive de l'armée de la Loire
avec une percée des assiégés. Mais, le 2 décembre, cette tentative a échoué.
Trochu, et la plupart des ministres restés à Paris en viennent dès lors à
penser, sans l'avouer, que la résistance de Paris est désormais inutile et
qu'il convient de négocier avec l'ennemi un armistice aux meilleures conditions
possibles. La population parisienne refuse cependant toujours l'idée d'une
capitulation. Elle accuse de trahison les chefs de l'armée et du gouvernement
dont l'inertie semble imputable à leurs desseins défaitistes.
La longueur du siège exaspère également le chancelier
Bismarck qui a réclamé dès le début de décembre la mise en place d'une
puissante artillerie de siège pour provoquer un choc psychologique dans la population
parisienne et réduire au silence les batteries françaises des forts extérieurs.
L'acheminement de cette artillerie lourde, transportée depuis Spandau sur près
de 1 400 km incombe au général du génie von Kamecke qui parvient, au début de
janvier, à installer des batteries sur les hauteurs de Clamart, Châtillon,
L'Hay et Fontenay. Leur portée, de l'ordre de 7 000 à 8 000 mètres, permet de
bombarder une partie de la capitale.
A partir du 5 janvier, des obus allemands, tombent sur les
quartiers de la rive gauche. Saint-Victor, le jardin des Plantes, la place
d'Italie, le Luxembourg, le Val-de-Grâce, puis le quartier de Vaugirard et
l'usine à gaz de Grenelle sont touchés. Les obus affolent les civils,
atteignent les maisons et les monuments historiques, allument des incendies et
n'épargnent ni les ambulances ni les hôpitaux. Le bombardement fait en trois
semaines plus de 100 morts et 250 blessés. Il aggrave la tension nerveuse des
habitants et contraint une partie de la population, à chercher refuge sur la
rive droite, où elle va grossir le nombre des sans-abri et des mal-logés.
L'aggravation de la situation militaire suscite chez les
Parisiens un sentiment de révolte contre les " Prussiens
de l'intérieur " et les "capitulards". La Garde nationale veut
se battre. Dès le 6 janvier, un manifeste exige la proclamation d'une Commune
révolutionnaire et une "sortie torrentielle". Le général Trochu est,
au pied du mur. Chaque jour, il est insulté. Ses collègues du gouvernement le
pressent d'agir. Ils estiment que Paris ne doit pas se livrer sans avoir
combattu et que la seule façon de prouver aux Gardes nationaux que la
résistance est inutile est d'organiser une saignée dans leurs rangs. Trochu se
rallie à leur opinion et décide une sortie massive pour le 19 janvier, en
direction de Versailles, où, le 18, le roi de Prusse s'est fait proclamer
empereur d'Allemagne. Cette opération est un échec total. 5 000 hommes restent
sur le terrain. Trochu est écarté dès le lendemain au profit du général Vinoy
qui, nommé à la tête de l'armée de Paris, est chargé de maintenir l'ordre dans
la capitale.
.
Le général Vinoy
Le
22 janvier, une manifestation rassemble les militants révolutionnaires place de
l'Hôtel de Ville. Elle fait cinq morts et échoue. 83 personnes sont arrêtées.
Le Gouvernement estime que la population parisienne tend à se résigner. Il
dépêche alors Jules Favre à Versailles auprès de Bismarck et, quatre jours plus
tard, un armistice est conclu. A l'annonce de la reddition, les Parisiens sont
indignés. Invaincus derrière leur mur d'enceinte, ils ont le sentiment d'avoir
été trahis. Trois semaines plus tard, c'est la Commune…
Cette
lettre est manquante. On connaît son existence grâce à la lettre suivante qui y
fait allusion.
Les
ballons partant à cette époque sont tous arrivés sains et saufs avec leur
courrier.
Plusieurs hypothèses :
·
La lettre n’est jamais arrivée à son destinataire.…
· soit cette lettre est bien arrivée, et n'a pas été conservée,
· ou bien la lettre s'est perdue au fil des générations.

Cachet
de départ du 30 septembre 1870 6ème levée Cachet d'arrivée du 17 octobre 1870
Mention
manuscrite du destinataire: reçue le lundi 17 8bre (octobre)
Nom du
ballon ayant transporté la lettre: L'Armand-Barbès
Le
ballon est parti de la Place Saint-Pierre à Paris le 7 octobre 1870 à 11
heures. Il est arrivé le même jour près de Montdidier (Somme) à 15 heures après
avoir parcouru 98 Km. Ce ballon avec un volume de 1200 m3 a été fabriqué par la
compagnie des Aérostiers. Il était piloté par l'aéronaute J. Trichet et
transportait 100kg de courrier.
Ce
ballon est resté l'un des plus célèbres. En effet l'aérostier était accompagné
de Léon Gambetta à l'époque ministre de l'Intérieur quittant Paris pour aller
organiser en province la défense nationale.
Départ de Léon Gambetta dans l’Armand Barbès
(Extrait de: Les
merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes par
Louis Figuier, 1891.) :
(...)
La première devait laisser un grand souvenir dans
l'histoire de la guerre franco-allemande. C'est en effet, le 7 octobre 1870,
que Gambetta, ministre de l'intérieur, quitte Paris en ballon, pour
aller organiser en province la défense nationale.
Dès le matin, de nombreuses estafettes étaient échangées entre le ministère et
la place Saint-Pierre à Montmartre, où devait s'effectuer le départ du ballon, l'Armand-Barbès,
emportant Gambetta et sa fortune. À deux heures, Gambetta, accompagné de Monsieur
Spuller, son alter ego, s'élevait vers le ciel.
L'Armand-Barbès avait, d'ailleurs un compagnon de route : c'était
le Georges-Sand, monté par deux citoyens américains, qui avait
voulu voyager de conserve avec lui. Nos deux Yankees auraient pu quitter Paris
sans un tel appareil, en se bornant à demander sauf-conduit à leur ambassadeur
; mais ils avaient préféré partager les péripéties qui pouvaient signer le
voyage du futur dictateur.
Ces péripéties d'ailleurs, ne manquèrent pas.
Le Georges-Sand toucha terre sans avaries notables ; mais il en
fut autrement de l'Armand-Barbès.
Conduit par un aéronaute de profession, le ballon qui enlevait Gambetta et M.
Spuller s'abattit dans un champ que des soldats prussiens venaient de quitter
peu d'instants auparavant. S'il fut parti de Paris un quart d'heure plutôt, le
jeune tribun aurait été pris par les soldats de Guillaume, et fusillés. Du
reste, le ballon s'était un moment tellement rapproché du sol que des balles
allemandes avaient sifflé autour de la nacelle.
On s'empressa de jeter du lest, pour quitter ce dangereux point d'atterrissage
; mais le ballon ne put monter, et partit horizontalement, à travers les arbres
d'une forêt, dont les branches déchiraient son tissu fragile, et meurtrissaient
cruellement les trois voyageurs. Heureusement, ils finirent par s'accrocher à
un arbre, et le ballon s'arrêta, jetant pêle-mêle sur le sol, les voyageurs
tout meurtris. La forêt n'était pas occupée par les Allemands. Gambetta et M.
Spuller purent donc gagner, sans autre accident, la ville de Tours, but de leur
voyage.
Quelques instants après, un pigeon lancé par les aéronautes, qui venaient de
prendre terre, rentra à Paris et apprit au gouvernement l'arrivée de Gambetta
dans la ville de Tours.
Vendredi
30 septembre 1870
Ma
chère maman
Samedi
dernier je t'ai adressé une lettre, je ne sais si tu l'as reçue, je l'espère.
J'apprends
à l'instant que demain il part 2 ballons, j'en profite pour vous donner de nos
nouvelles, nous sommes toujours en bonne santé, je désire que vous soyerz tous de même. Je ne vous demande pas de
réponse, car les lettres ne parviennent pas à Paris, mais on a l'espoir que
d'ici peu le chemin de fer d'Orléans sera rétabli, alors je pourrai recevoir de
vos nouvelles. Nous sommes toujours à peu près dans la même position, c'est à
dire que jusqu'à présent il n'y a rien de décisif, on est en attendant de jour
en jour un grand coup qui doit avoir lieu. On s'est battu ce matin, mais on ne
connaît pas encore le résultat, c'était encore du coté de Montrouge, de 5
heures du matin à 10 heures on a entendu le canon. Nous saurons les nouvelles
ce soir par les journaux.
Nous
sommes allés dimanche visiter les buttes Montmartre elles sont couvertes de
canons, généralement on a grand espoir d'être victorieux, nous aurions grand
besoin de sortir de cette position et que les affaires reprennent car elles
sont bien tristes.
Je t'ai
dit dans ma dernière lettre qu'Amyer allait s'enrôler dans les vétérans, en
effet il est allé se faire inscrire, et il n'y aurait pas été qu'on aurai bien
su le trouver, car on passe dans toutes les maisons prendre le nom de tous les
hommes qui peuvent encore rendre quelques services, il attend maintenant des
ordres.
Au
moment où je vous écris, il passe sur le boulevard des troupes de jeunes gens
de 15 à 18 ans engagés volontaires, pour les incendies qui pourront se produire
dans Paris et pour ramasser les blessés.
Je vous
quitte car vous savez que maintenant jusqu'à nouvel ordre il ne faut plus mettre d'enveloppe aux
lettres. Nous vous embrassons tous de tout cœur.
Ta fille Caroline

Les
buttes Montmartre couvertes de canons en 1870.

Cachet
de départ du 13 octobre 3ème levée
Cachet d'arrivée du 18 octobre
Mention
manuscrite du destinataire: reçue le 18
octobre
Nom du
ballon ayant transporté la lettre: Le Godefroy-Cavaignac
Le
ballon est parti de la gare d’Orléans le 14 octobre 1870 à 9h45. Il est arrivé
le même jour à Brillon près de Bar-le-Duc (Meuse) à 14h45 heures après avoir
parcouru 257 Km. Ce ballon avec un volume de 2045 m3 a été fabriqué par la
famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute Edmée Godard et transportait
400kg de courrier. L’aérostier était accompagné de passagers, le
comte Emile de Kératry, préfet et ses deux secrétaires Estancelin et Cochut.
F.-F.
Steenackers
« Cet
aérostat, construit par les frères Godard, était conduit par le doyen de la
famille, M. Godard père, âgé de 70 ans. Parti de la gare d'Orléans, le ballon
passa au-dessus du donjon de Vincennes et planait un instant après sur un camp
prussien, au-delà de la Marne. Il fut l'objet d'une canonnade, à laquelle les
voyageurs se hâtèrent d'échapper en jetant deux gros sacs de lest. Ainsi
allégé, le ballon s'éleva rapidement à plus de 6.300 mètres et dépassa les
nuages, planant au-dessus d'eux. Pendant longtemps on resta à cette altitude ;
mais la réverbération du soleil était si forte, qu'on eût à craindre le
déchirement de l'enveloppe par suite de la dilatation du gaz. On évita ce
danger en se rapprochant sensiblement de la terre. Puis les voyageurs
cherchèrent à reconnaître dans quelle direction ils se trouvaient, n'ayant pas
une idée très exacte de la distance parcourue et de la direction suivie. Une
plaine déserte, un bois à l'horizon : voilà ce qui s'offraient aux regards.
L'endroit sembla propice à une descente. Il était trois heures de l'après-midi.
Déjà la soupape était soulevée, l'ancre jetée, lorsque à une certaine distance
se montra une colonne de soldats qu'il fut facile de reconnaître pour des
Prussiens. Impossible de remonter : il fallait pourtant tenter l'aventure.
Heureusement que la troupe ennemie, n'ayant rien vu et ne soupçonnant rien,
s'éloignait et disparaissait derrière le petit bois, au moment même où
atterrissait le ballon.
Mais la descente avait été pour ainsi dire vertigineuse et la secousse
terrible. M. de Kératry fut blessé à la tête et à la jambe. Par bonheur des
paysans purent recueillir les voyageurs dans une carriole, pendant qu'on transportait
dans une charrette, en les cachant sous de la paille, les sacs de dépêches et
les pigeons. On était à Brillon dans le département de la Meuse, à 9 km de
Bar-le-Duc, et à une soixantaine de lieues de Paris ; l'armée allemande
sillonnait le pays. M. de Kératry se hâta de gagner Chaumont, chef-lieu de la
Haute-Marne.
Quant à M. Godard, ses voyageurs descendus à terre et à peu près sains et
saufs, il ne s'occupa plus que du sauvetage de son ballon. M. Godard a raconté
comment les Prussiens se mirent à sa poursuite ; comment, après avoir caché le Godefroy-Cavaignac
dans un bois, il se vit, par cette terreur qui a paralysé nos campagnes,
renvoyé de ferme en ferme, de village en village ; comment, malgré l'opposition
du maire d'une localité que nous ne désignerons pas, il trouva néanmoins une
hospitalité de quelques heures chez un cabaretier, qui, le lendemain, le
conduisit lui-même à Chaumont ; comment enfin il parvint à gagner Tours, où il
fut employé dans l'atelier de réparation des ballons. »
Jeudi
13 Octobre
Ma
chère maman
Je ne
sais si tu reçois mes lettres. Je l'espère car je sais que tu serais bien
inquiète si tu n'avais pas de nos nouvelles. Il me tarde beaucoup d'en avoir
des votre, il y a bien longtemps que j'ai reçu votre dernière. J'espère que
vous êtes tous en bonne santé, mais pourtant il pourrait vous arriver quelqu'
accident et que nous n'en saurions rien. Si nous avions la chance d'être
bientôt débloqués seulement d'un coté les lettres pourraient arriver à Paris,
on a bon espoir mais on ne peut rien dire car les dépêches pourraient tomber
entre les mains de l'ennemi et il est déjà trop bien renseigné sur ce que font
les Français.
Au
moment où je vous écris le canon gronde. Hier on l'a entendu toute la journée.
Ce sont les forts qui tirent sur les ouvragent des Prussiens ou qui protègent
quelques sorties de nos soldats. Le bombardement de Paris qui avait été annoncé
pour dimanche dernier n'a pas eu lieu les Prussiens ne pouvant réussir à se
placer pour envoyer leurs bombes, car aussitôt qu'ils ont quelques batteries de
placées les forts se chargent de leur démolir.
Il y a
même beaucoup de monde qui prétend qu'ils renonceront à leur projet d'attaquer
Paris. Mais comme ils sont rusés on ne s'y fie pas et on se tient sur ces
gardes. Nous pensons que le mari de Camille(*1) doit
être de l'armée de la Loire, alors nous le verrons peut être d'ici quelque
temps, tant qu'il n'est pas dans Paris vous avez sans doute de ses nouvelles.
Nous sommes toujours en bonne santé. La rentrée de la pension d'Auguste n'ayant
lieu vu qu'elle se trouve trop près des fortifications il est entré chez les
frères à la maîtrise de la Madeleine. Il est très content car il est enfant de
chœur.
Aujourd'hui
Amyer est de garde, il a le service de jour de 9 heures du matin à 7 heures du
soir. Son poste est tout près du nouvel opéra (2), leur
service n'est pas fatigant. Celui des gardes nationaux est beaucoup plus actifs, mais chacun fait ce qu'il peut.
Jusqu'à présent nous n'avons encore manqué de rien, mais nous allons être
rationnés pour la viande. Chaque famille va avoir une carte qui donnera droit à
100 grammes de viande par personne chaque jour. Les légumes sont à un prix
exécif. Un tout petit chou 1F, un navet 15 centimes, aussi je ne mets à mon pot
au feu que quelques poireaux et 2 oignons.
Si encore on peut rester dans cette
position ce sera très heureux. J'ai eu de la chance de faire saler il y a 6
semaines quelques livres de beurre à 1F90, aujourd'hui le beurre frais vaut 8F
la livre et le salé 5 francs.
J'ai vu
hier Melle Carreau, elle cherche une place de domestique, elle ne peut plus
tenir chez sa sœur, elle aurait encore mieux fait de rester à Nantes si
malheureuse qu'elle y fut. Le fils Chabannes est pris pour la mobile, il n'est
pas encore appelé mais cela ne peut tarder, alors vous pensez dans qu'elle état
est sa mère.
Nous n'avons pas de nouvelle de Mr
Tessié puisqu'on en reçoit de personne, mais les Prussiens étant dans la Brie
Coubert.
Je
désire que ma lettre vous trouve tous en bonne santé, je ne sais quand elle
vous arrivera, le ballon qui devait partir hier en a été empêché par le mauvais
temps. On dit qu'il doit en partir un demain. Ne soyerz pas
inquiet de nous je puis toujours vous donner des nouvelles.
Nous
vous embrassons tous.
Ta
fille Caroline.
(1*)Henri Etienne Emile Lorin (dit le
grand-père de Nort) voir photo plus haute.
(2) Voir
photo page suivante.

Le
« nouvel » Opéra vers 1900

Le fort
de Montrouge en 1870.

Cachet
de départ du 27 octobre 1870 5ème levée Cachet d'arrivée du 2 novembre 1870
Mention
manuscrite du destinataire au dos de l’enveloppe: reçue mercredi 2 9bre
(novembre)
Ballon
ayant transporté la lettre: Le Colonel-Charras.
Le
ballon est parti de la Gare du Nord à Paris le 29 octobre 1870 à 12 heures. Il
est arrivé le même jour à Montigny-le-Roi (Haute-Marne) à 17 heures après avoir
parcouru 308 Km.
Ce
ballon avec un volume de 2000 m3 a été fabriqué par la compagnie des
Aérostiers. Il était piloté par l'aéronaute Gilles et transportait 460kg de
courrier.
Jeudi
27 Octobre
Ma
chère maman
Il a
fait si mauvais temps depuis quelques jours que je pense que les ballons n'ont
pu partir c'est ce qui m'a empêchée de vous écrire plutôt mais aujourd'hui
qu'il fait beau je m'empresse de le faire pour vous donner de mes nouvelles.
Nous allons toujours bien Dieu merci. Je voudrais bien savoir si tous vous êtes
aussi en bonne santé. Je l'espère c'est bien triste d'être long temps sans
pouvoir recevoir des nouvelles de la famille. On a toujours l'espoir de pouvoir
reprendre un chemin de fer alors les communications seraient rétablies au
dehors, ce serait très heureux et puis il rentrerait des vivres, mais pour
tenter un pareil coup il faut être bien en mesure on ne peut imprudemment exposer
une quantité d'hommes. On ne parle plus de bombardement de Paris. Les Prussiens
se trouvant par les combats qui se livrent presque journellement petit à petit
éloignés de Paris, ne se trouvent pas dans une assez bonne position pour lancer
leurs bombes. Leur projet est maintenant de nous prendre par la famine, mais il
faut espérer qu'ils n'y arriveront pas. Hier nous avons acheté pour 30 francs
de pommes de terres il y en a 8 boisseaux, c'est cher, mais il faut bien manger
quelque chose, il n'y a bientôt plus de viande, notre ration qui la semaine
dernière encore était de 100 grammes par jour est aujourd'hui réduite à 50
depuis deux jours. Nous mangeons du cheval je ne dirai pas que c'est mauvais
mais je préfère encore beaucoup le bœuf, et puis les chevaux ne vont pas durer
non plus, il faut qu'il en reste pour le service de l'armée qui en emploie une
grande quantité.
Nous
avons des voisins qui mangent de l'âne, on dit que c'est plus tendre que le
cheval, mais à Paris l'âne ne serait pas de grand secours, car l n'y en a pas
beaucoup à longues oreilles.
Depuis
une heure on entend le canon qui tire sans relâche, il doit encore se livrer
quelque combat aujourd'hui.
Je ne
sais si vous voyerz les journaux mais si vous en lisiez un
intitulé le nouvelliste de Versailles, n'y croyez rien ce sont les Prussiens
qui occupent Versailles qui se sont emparés d'une imprimerie et qui rédigent un
journal à leur manière. Il n'est rempli que de mensonges et ils le font
répandre à profusion en province afin de tromper sur l'état de Paris, ainsi ils
annoncent des défaites des français et malheureusement des victoires des
Prussiens.
Dans un
de leurs derniers numéros ils disaient que des hauteurs qu'ils occupent ils
voyaient dans les rues de Paris la fusillade et la canonnade, il n'en est rien
car Paris n'a jamais été plus tranquille, tout le monde n'a qu'une idée c'est
de les chasser. On sait qu'on a un mauvais moment à passer, mais on est calme
et résigné. J'attends avec impatience le moment où je recevrai une lettre de
vous.
J'espère quelle me donnera de bonnes nouvelles. Que
devient cette pauvre Camille avec son petit bébé ? (*) Embrassez
la bien pour nous. Nous aurions bien besoin que tout cela fut passé afin que
les affaires reprennent, car de commercer on ne s'en occupe plus, tous les
ateliers sont fermés, il n'y a que les maisons qui font les fournitures pour
l'armée qui travaillent.
Je vous
souhaite à tous une bonne santé. Amyer et Auguste se joignent à moi pour vous
embrasser de tout notre cœur.
Ta fille Caroline
J'ai vu
il y a deux jours Melle Carreau, c'est la misère la plus grande.
(*) le bébé
doit être l’aînée des Lorin de Nort Camille Lorin
qui épousa plus tard Pierre Tigeot.
Cette
lettre manquante a probablement été transportée par le ballon "le
Daguerre", mais ce dernier fut capturé par les Prussiens à Jossigny (Seine
et Marne).
Le
Daguerre est parti de la Gare d'Orléans à Paris le 12 novembre 1870 à 9h15. Il
est arrivé le même jour à Jossigny (Seine et Marne) après 4H45 de vol et a
parcouru 45 Km.
Ce
ballon avec un volume de 2045 m3 fut fabriqué par la famille Godard. Il était
piloté par l'aéronaute Sylvain Jubert (Marin) et transportait 260kg de
courrier.
Le
ballon emportait du matériel destiné à la fabrication des pellicules photos,
cinq cages de six pigeons et 5 sacs de courrier. Après avoir essuyé quelques
tirs Prussiens, le ballon, dont l'enveloppe fut percée à plusieurs endroits est
contraint d'atterrir en catastrophe. Il se pose près d'une ferme de Ferrières
dans les environs de Lagny en Seine-et-Marne. Nobécourt a juste le temps de
jeter un sac de courrier et une cage de pigeons. Le sac et les six pigeons
seront récupérés par le Garde-chasse de Ferrière et amenés à la Poste. Parmi
ces lettres, certaines contiennent les premières Dépêches-réponse. Une
partie du courrier restant à bord sera confisqué par les Prussiens et restitué
après l'armistice. Quant à Nobécourt, capturé par les Prussiens il est envoyé
en captivité et séjournera cinq mois à Glatz en Silésie (jusqu'au 14 mars 1871)
« le Mercure de Souabe du 18 novembre racontait en ces termes le récit
de la prise de cet aérostat :
«nous trouvons dans une lettre particulière, datée du château de Guermantes, 12
novembre, les renseignements suivants sur la prise d'un ballon français : Ce
matin, à 10 heures, deux gros ballons parisiens passèrent au-dessus du château.
On tira sur eux, d'abord sans résultat, parce ce qu'ils étaient trop haut. À la
fin cependant, un des deux ballons commença à descendre rapidement, et nous le
vîmes disparaître derrière les arbres du parc. Aussitôt les chasseurs,
artilleurs et le comte de Soulheim, sous-lieutenant, qui se promenait à cheval,
s'élancèrent à sa poursuite et le rattrapèrent à Jossigny, où le ballon était
accroché sur un toit de ferme. L'artificier Mühlbacher, est paraît-il arrivé le
premier sur les lieux. À onze heures et demie, nous vîmes arriver Soulheim avec
trois Français, la nacelle et quatre grands sacs de poste. Ils en avaient déjà
jeté un par-dessus le bord, car le ballon était trop chargé. »
D'un
autre côté les journaux de Paris écrivaient :
« La nouvelle de la prise du Daguerre a été apportée à Paris par cinq
pigeons, tous porteurs d'une dépêche identique, dépêche qui était envoyée par
un garde du bois de Ferrières, et conçue à peu près en ces termes : Grand
ballon jaune et bleu tombé, à J.... Près de Ferrières. Prussiens capturés
ballon, voyageurs et le reste. J'ai sauvé seulement six pigeons et un sac de
dépêches.» (Ce fut avec l'espoir de reprendre ces pigeons que Monsieur Jules
Buffet partit en mission le 3 décembre. Malheureusement il échoua. » (F.-F.
Steenackers)

Le
Château de Ferrières, alors propriété d'Alphonse de Rotschild, (employeur du
garde-chasse qui remit les dépêches) était occupé par l'Etat-Major Allemand.
Sur
lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº10)
On
remarquera l’absence de timbre (courrier Mandal : explication plus bas)
Cachet
de départ du 23 novembre 6ème levée
Cachet d'arrivée du 22 décembre
Mention
manuscrite du destinataire: reçue 23 Xbre (décembre)
Ballon
ayant transporté la lettre: La Ville d'Orléans
Le
ballon est parti de la Gare du Nord à Paris le 24 novembre 1870 à 11h40. Il est
arrivé le 25 novembre à Lifjeld (Montlid) en Norvège à 3 heures après avoir
parcouru 3132Km.
Ce
ballon avec un volume de 2000 m3 a été fabriqué par la compagnie des
Aérostiers. Il était piloté par l'aéronaute Rollier (ingénieur civil) et
transportait 250kg de courrier.
Extrait du
Magasin pittoresque d'Edouard Charton,
(pages 46 - 47)
« (...) MM. Rolier et Beziers
s'élevaient de la Gare du Nord, à minuit précis. Ces messieurs allaient
entreprendre, à leur insu, la plus étonnante ascension que les annales
aérostatiques aient jamais compté, traversée merveilleuse du nord de la France,
de la Belgique, de la Hollande, de la mer du Nord, et d'une partie de la
Norvège. Jamais Jules Verne ou Edgard Poë, qui excellent dans le récit des
histoires fantastiques, n'ont pu rien rêver de semblable à ce voyage véridique,
qui restera comme un grand sujet d'étonnement dans l'histoire des ballons.
Après avoir sillonné l'espace ténébreux pendant toute une longue nuit d'hiver,
M. Rolier et son compagnon de voyage atteignent enfin l'heure du lever du
soleil. L'astre s'élève au-dessus des nuages, qu'il éclaire de ses premiers
rayons ; il dissipe les vapeurs atmosphériques. Mais, ô stupéfaction ! C'est
l'immensité de l'Océan qui s'ouvre aux yeux des aéronautes ! Leur boussole leur
indique qu'ils marchent vers le Nord ; mais trouveront-ils jamais une terre
hospitalière pour jeter leur ancre ? Pendant huit heures consécutives, c'est
malheureux vont se trouver ainsi suspendus entre la vie et la mort, gelés de
froid, regardant fixement la vaste étendue des flots. Tout à coup ils
aperçoivent un navire, ils lui font des signaux ; mais le vaisseau disparaît
bientôt à l'horizon ! La mer, toujours la mer, c'est le monotone panorama qui
se déroule aux yeux des voyageurs ; bientôt des nuages épais se forment autour
de la nacelle, et la neige tombe à gros flocons. M. Rolier et son compagnon ne voeintvoient
plus rien ; ils s'abandonnent aux dernières et navrantes pensées qui précèdent
la mort ! Cependant le voyage continue, puis l'aérostat descend pour se
rapprocher sans doute de l'immensité des flots il perce le massif de nuages. O
miracle ! Il s'approche d'une montagne aux cimes escarpées, que recouvrent de
grands massifs de neige. Il touche terre. Les voyageurs transis descendent de de la nacelle. - Où sont-ils ? Où le
vent a-t-il jeté leur esquif ? Ils se frottent les yeux et se demandent s'ils
ne sont pas en proie quelques cauchemars ; de vastes solitudes les entourent.
Il se mettent en marche et errent dans une forêt de sapins, où des loups
s'enfuient à leur passage. Ils rencontrent enfin un bûcheron ; mais la langue
que parle cet homme leur est inconnue. Cependant ils se font conduire à un
village où ils trouvent enfin un Français. Ils sont à Lifjeld, à cent cinquante
lieues au nord de Christiana ! (...) »
Les merveilles de la science ou description populaire des inventions
modernes par Louis Figuier, 1891,
(pages 624-636)
« Au lever du
soleil le brouillard s'était dissipé ; ce qu'il leur permettait de mieux
embrasser l'étendue immense de l'Océan, et la grandeur du péril.
Les rayons du soleil qui venaient frapper le ballon dilataient fortement le
gaz, et le faisait sortir en partie par l'orifice inférieur de l'appendice,
lequel, devenu flasque et plissé, flottait au gré du vent ; ce qui accélérait
encore la perte du gaz.
Poussée par un vent assez fort, la Ville de Florence rasait la
surface des flots.
Elle était ainsi entraînée depuis une heure au-dessus des vagues, quand un
navire se montra à l'horizon, paraissant s'avancer dans sa direction. Mais il y
avait encore entre le navire et les malheureux naufragés une distance 500
mètres.
Une violente secousse vint les arracher à leur préoccupation. La nacelle
n'était plus qu'à 4 ou 5 mètres des vagues : ils allaient être engloutis
(figure 503) !
Rolier s'empresse de jeter deux sacs de lest ; mais le ballon reste immobile,
le vent le tourmente furieusement, et incline la nacelle vers les flots : ils
vont périr !
S'élançant alors vers les sacs de dépêches suspendus au bord extérieur de la
nacelle, Rolier coupe la corde qui retenait un des plus gros ; et déchargée
subitement d'un poids de 125 kilogrammes, la Ville de Florence
part avec une telle vitesse que dix minutes après, elle flottait à 4500 ou 5000
mètres de hauteur. Disons, en passant, ce sac de dépêches fut aperçu par
l'équipage du navire que les naufragés avaient reconnu, au loin. Ils furent
repêchés et envoyés en France par le capitaine. »
Une autre version, plus romancée du récit indique que
Rolier, « ... jeta d'abord les proclamations et les paquets de journaux,
pendant que Béziers, prostré, restait assis désespérément. Rolier fendit un sac
de courrier et en jeta des poignées dans la mer. Le sac laissa paraître un
rouleau de papier que Rolier ouvrit : c'était une image de Notre-Dame de
Recouvrance, protectrice des marins. Il la fixa avec des cordes, et les deux
hommes s'agenouillèrent en priant jusqu'à ce que le vent l'emportât ... »

Le sac de courrier que Rolier jeta à
la mer fut récupéré à Mandal. Certaines lettres n'ont pas de timbres, décollés
après un séjour dans l'eau. Elles sont dites « Courrier de Mandal ».
C’est
le cas de la lettre présentée ici.
Mercredi
Paris 23 novembre 1870
Ma
chère maman.
Ma
dernière que je vous ai adressée était du 9 courant, mais comme il y a eu 2
ballons qui sont tombés chez les Prussiens, je crains que vous ne l'ayez pas
reçue. Celle-ci est la 6ème que je vous écris depuis l'investissement complet
de Paris. Notre santé est toujours bonne, elle est meilleure que les affaires
car elles sont nulles. On est occupé qu'à chercher ce qu'on va manger. Jusqu'à
présent nous n'avons pas encore mangé ni de chien, ni de chat, ni de rat. Peut
être y viendrons-nous. Nous mangeons du cheval et de la viande salée. C'est
encore moins des autres choses.
Je
désire que ma lettre vous trouve tous en bonne santé. Ce qui nous ennuie c'est
de ne pouvoir avoir de nouvelles de vous. Comme vous le voyez par le petit
journal nous n'aurons plus de gaz au commencement de décembre ce qui sera bien
gênant surtout pour nous qui y faisons la cuisine.
Comme
en ce moment on a pas de choses nourrissantes on a souvent faim et l'on mange
beaucoup plus que par le passé. Amyer me charge de vous dire que si vous mangez
un beau morceau de rôti, vous nous envoyez le fumé par le télégraphe, enfin ce
qu'il y a e bon, c'est qu'on accepte assez philosophiquement sa position.
Nous
vous embrassons tous de tout cœur.
Ta fille Caroline.


Sur
lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº13)

Cachet
de départ du 3 décembre 6ème levée
Cachet d'arrivée du (illisible) décembre
Mention
manuscrite du destinataire: reçue le 6 Xbre (décembre)
Ballon
ayant transporté la lettre: Le Franklin
Le ballon est parti de la Gare d'Orléans à Paris le 5 décembre 1870 à 1 heure. Il est arrivé le même jour à 8 heures à Saint-Aignan (Loire-Atlantique) après avoir parcouru 403Km.
Ce ballon avec un volume de 2045 m3 a été fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute Pierre Marcia et transportait 100kg de courrier.
Cette lettre est parvenue en trois jours à son destinataire en raison du lieu d’atterrissage du ballon, en Loire Atlantique (à l’époque Loire Inférieure).
Samedi
3 décembre
Ma
chère Maman
Depuis ma dernière lettre il s'est passé de grands évènements qui heureusement jusqu'à présent ont tous été en notre faveur. Si nous avons le bonheur que la chance nous continue, on peut espérer que d'ici peu nous pourrons recevoir de vos nouvelles, car ce que l'on tente c'est de rétablir la communication avec la province et puis on rentrerait des provisions ce qui ne nous feraient pas de mal car aujourd'hui nous sommes réduits dans notre arrondissement à 35g de viande par jour. Nous avons eu ce matin du bœuf frais ce qui nous semblera bon car depuis près de 25 jours nous sommes au riz et à la morue. Mais j'aime encore mieux cela que du chien ou du rat, enfin cela ne nous empêche pas de bien nous porter. Je pense à Mr Camomine qui a vu de si beaux rats sur les bords du Rhône à Paris, il pourrait venir en attraper, il ferait du commerce car aujourd'hui le rat est très bien reçu dans les plus grands restaurants (*). Mais je vous assure que je n'en ferai pas de tort aux amateurs. Depuis 3 jours nous n'avons plus de gaz, nous en sommes bien privés car nous ne pouvons plus nous chauffer et en ce moment il fait très froid. Dans l'espoir que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé je vous embrasse de tout cœur.
Caroline
(*)
Voir § plus loin : Des mets exotiques pour les Parisiens.


Sur
lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº19)

Cachet
de départ du 24 décembre 6ème levée
Cachet d'arrivée du 31 décembre
Mention
manuscrite du destinataire: reçue le 31 Xbre (décembre)
Ballon
ayant transporté la lettre: Le Tourville
Le ballon est parti de la Gare d'Orléans à Paris le 27 décembre 1870 à 3h45. Il est arrivé le même jour à heures à 13 heures à Eymoutier (Haute-Vienne) après avoir parcouru 433Km.
Ce
ballon avec un volume de 2045 m3 a
fut fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute Abel
Moutier et transportait 160kg de courrier.
Samedi
24 décembre 1870.
Voici
la 8ème lettre que je vous adresse, ma dernière était datée du 3. J'en prends
note vous me direz plus tard si vous les avez toutes reçues, je le désire, vous
saurez au moins que nous nous portons bien mais vous tous comment allez-vous ?
Voilà ce que je ne puis savoir, il y aura demain 100 jours que Paris est
assiégé, c'est bien long, dans l'espace de 100 jours il pet se passer tant de
choses, je pense à vous tous et à maman que le froid rendait toujours si
souffrante. Ici il fait un temps bien dur, nous en souffrons d'autant plus que
nous ne pouvons pas nous chauffer étant privés de gaz. Nous parlons souvent du
mari de Camille nous nous figurons qu'il doit être dans l'armée de la Loire,
mais alors il pourrait nous donner de ses nouvelles. Nous commençons à être
assez embarrassés par la nourriture, les provisions que nous avions s'épuisent
et on ne peut les remplacer car quand il faut 15 francs pour un boisseau de
pommes de terre et 35 francs 1 boisseau d'oignons on est obligé de s'en passer.
J'ai eu hier 1 chou qu'on venait de payer 6 francs il valait il y a 15 jours
1F50. J'ai eu il y a deux jours un pot au feu de cheval il n'est pas mauvais,
il n'y manque que des légumes. Nous avons mangé de l'andouille faite avec du
chien, je l'ai trouvée bonne, je vous assure que l'on devient pas difficile.
Tout est d'un prix extraordinaire, pour vous en donner une idée 1 petit poulet
vaut 30 et 35 frs un lapin 40 frs. Il y a une nouvelle boucherie de chameau et
d'éléphant (*) que l'on vend de 10 à 14 francs la livre un rat mort vaut 60
centimes et un rat vivant 1 frs. Enfin il faut espérer que tout cela va bientôt
se terminer. On se bat fort depuis quelques jours, il faut un grand coup pour
en sortir. Si vous saviez comme Paris est triste et noir. Les rues et les
boulevards sont éclairés avec des lampes à 8 heures il n'y a plus de boutiques
d'ouvertes le premier jour de l'an ne sera pas gai cette année.
Auguste
va toujours bien, il a servi aujourd'hui le convoi du général Blaise tué il y a
deux jours.
Demain
Grande fête pour le jour de Noël il sera une partie de la journée à l'église il
n'y a pas de messe de minuit cette année. J'ai vu Melle Carreau cette semaine,
son neveu est en ce moment chez lui il est malade. Quand à elle, elle est
toujours à la recherche d'une place qu'elle ne trouvera jamais, elle est si
bavarde que la dernière fois qu'elle est venue j'ai été obligé de me coucher
tellement elle m'avait donné mal à la tête.
Embrassez pour moi Camille et la petite fille. Dans l'espoir que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé nous vous embrassons de tout notre cœur.
Caroline
(*)
Voir § plus loin : Des mets exotiques pour les Parisiens.


Neuvième lettre, écrite le 31 décembre 1870.
Sur
lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº21)

Cachet
de départ du 2 janvier 1871 7ème levée
Cachet d'arrivée du 11 janvier 1871
Mention
manuscrite du destinataire: reçue le 11 janvier
Ballon ayant
transporté la lettre: Le Newton
Ce
ballon est parti de la Gare d'Orléans à Paris le 4 janvier 1871 à 4 heures. Il
est arrivé le même jour à 11h15 près de Digny et Dreux (Eure et Loir) après
avoir parcouru 110Km.
Ce
ballon avec un volume de 2045 m3 a été fabriqué par la famille Godard. Il était
piloté par l'aéronaute Aimé Ours et transportait 310kg de courrier.
Samedi
31 décembre (1870)
Ma
chère maman
Je
commence par te souhaiter ainsi qu'à toute la famille une bonne année et une
bonne santé. Je pense que comme nous vous ne devez pas passer un premier jour
de l'an très gai, surtout si le mari de Camille est absent.
Enfin
il faut espérer une meilleure année. Quant à nous, nous avons de la chance de
bien nous porter, c'est un grand bonheur car s'il fallait en ce moment
supporter une maladie je ne sais comment l'on ferai pour se donner les soins
convenables. On ne pourrait pas se procurer le nécessaire puisqu'on manque de
tant de choses. Nous avons acheté un poêle sur quoi je fais ma cuisine et en
même temps qui chauffe la maison. Car le temps est si dur qu'il est impossible
de rester sans se chauffer. Je désire que ma lettre vous trouve tous bien
portant. Amyer me charge de vous faire ses compliments à tous et vous envoie ses
souhaits de bonne année.
Embrasses
pour nous toute la famille.
Dans l'espoir que nous pourrons bientôt recevoir de vos nouvelles je vous embrasse tous de tout cœur.
Ta
fille Caroline.
Paris
le 31 Décembre 1870
Ma
bonne maman Roulland
Je
profite avec empressement du dernier jour de l'année pour venir te souhaiter
une bonne et heureuse année ainsi qu'à toute la famille.
Je prie
Dieu qu'il vous accorde de longs et heureux jours et une santé parfaite. Je désirerais
bien pouvoir aller vous embrasser tous mais cela est impossible à cause de la
guerre, il faut espérer que nous en serons bientôt délivrés. Je te prie
d'embrasser pour moi mon oncle ma tante mes cousins et cousines.
Et moi
je t'embrasse de tout mon cœur
Ton petit garçon
Auguste
Amyer

Auguste
Amyer
fils


Sur
lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº27)

Cachet
de départ du 14 janvier 1871 4ème levée
Cachet d'arrivée du 24 janvier 1871
Mention
manuscrite du destinataire: reçue mardi 24 janvier 70
Ballon
ayant transporté la lettre: Le Vaucanson
Le
ballon est parti de la Gare d'Orléans à Paris le15 janvier 1871 à 3 heures. Il
est arrivé le même jour à 11 heures à Erquinghem-Lys (Nord) après avoir
parcouru 240Km.
Ce ballon avec un volume de 2045 m3 a été fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute André Clariot et transportait 75kg de courrier.
Samedi
14 janvier 10ème lettre
Ma
Chère Maman
Je vous
adresse quelques lignes pour vous tranquilliser sur notre compte. Car vous
savez que depuis quelques jours nous sommes en plein bombardement. Heureusement
que notre quartier se trouvant plus au centre est beaucoup moins à la porté du
tir des Prussiens que ceux où il arrive des accidents. Jusqu'à présent nous
n'avons pas dans notre voisinage aucun accident à déplorer. Quant à notre santé
elle est toujours bonne, Dieu merci.
Nous
sommes toujours en attendant un changement qui on espère ne peut se faire
attendre. Les nouvelles qu'on reçoit de provinces sont assez bonnes, du reste
vous devez les connaître mieux que nous.
Aujourd'hui
c'est notre jour d'avoir de la viande. J'ai un pot au feu de cheval, mais même
pas un seul oignon à y mettre, alors vous pensez que le bouillon ne doit pas
être excellent. Mais on est arrivé à l'arranger.
De tout espérons que cela ne durera plus longtemps. J'espère que ma lettre vous trouvera en bonne santé. Nous vous embrassons de tout cœur.
Caroline


Durant
l’hiver 1870-1871, les armées prussiennes assiègent Paris. Qui dit siège dit
difficultés à se nourrir, et tous les moyens deviennent bons, des moins
ragoûtants aux plus inattendus. Chiens et chats ne sont pas épargnés. La
chronique du siège nous apprend que « Tué propre-ment, bien dépouillé,
assaisonné convenablement, bien revenu et relevé par une sauce faite dans les
conditions ordinaires, le chien est un excellent aliment ; la viande est
délicate, rosée et nullement dure. » La cervelle se vend aux Halles entre un
franc cinquante et deux francs. Le rat a son marché, place de l’Hôtel de Ville.
Les rongeurs sont vendus vivants entre 12 et 15 sous la pièce. L’animal acheté
est alors poussé vers une autre cage où un bouledogue l’étrangle (au moins tous
les chiens n’auront-ils pas terminé leurs jours dans l’estomac d’un parisien).
Le marché du cheval se tient rue d’Enfer. Deux trotteurs offerts par le Tsar à
Napoléon III sont vendus huit cent francs, pour devenir du saucisson. On vend
aussi des corbeaux, des moineaux... Mais les gastronomes savent satisfaire leurs
papilles délicates avec les moyens du bord. Ainsi peut-on voir dans un
restaurant le menu suivant :
Consommé de
chien au millet
Brochettes de foie de chien à la maître d’hôtel
Emincé de râble de chat, sauce mayonnaise
Epaule de filet de chien sauce tomate
Civet de chat aux champignons
Côtelettes de chien aux petits pois
Salmis de rats à la Robert
Gigot de chien flanqué de ratons
Salade d’escarole
Bégonia au jus et à la moelle de cheval
Dessert et vins
Des mets
exotiques pour les Parisiens. (Philippe Heurtel)
Durant l’hiver 1870-1871, les armées prussiennes
assiègent Paris. Qui dit siège dit difficultés à se nourrir, et tous les moyens
deviennent bons, des moins ragoûtants aux plus inattendus. Chiens et chats ne
sont pas épargnés. La chronique
du siège nous apprend
que « Tué propre-ment, bien dépouillé, assaisonné convenablement, bien revenu
et relevé par une sauce faite dans les conditions ordinaires, le chien est un
excellent aliment ; la viande est délicate, rosée et nullement dure. » La
cervelle se vend aux Halles entre un franc cinquante et deux francs. Le rat a
son marché, place de l’Hôtel de Ville. Les rongeurs sont vendus vivants entre
12 et 15 sous la pièce. L’animal acheté est alors poussé vers une autre cage où
un bouledogue l’étrangle (au moins tous les chiens n’auront-ils pas terminé
leurs jours dans l’estomac d’un parisien). Le marché du cheval se tient rue
d’Enfer. Deux trotteurs offerts par le Tsar à Napoléon III sont vendus huit
cent francs, pour devenir du saucisson. On vend aussi des corbeaux, des
moineaux... Mais les gastronomes savent satisfaire leurs papilles délicates
avec les moyens du bord. Ainsi peut-on voir dans un restaurant le menu suivant
:
Consommé de chien au millet
Brochettes de foie de chien à la maître d’hôtel
Emincé de râble de chat, sauce mayonnaise
Epaule de filet de chien sauce tomate
Civet de chat aux champignons
Côtelettes de chien aux petits pois
Salmis de rats à la Robert
Gigot de chien flanqué de ratons
Salade d’escarole
Bégonia au jus et à la moelle de cheval
Dessert et vins

Menu au 99ème jour de siège
Le Jardin d’acclimatation est
mis à contribution pour des mets plus exotiques encore. Ainsi des bouchers
peuvent-ils vendre du zébu, du buffle, de l’antilope, du chameau, du yack, du
kangourou, du casoar, de l’ours, du zèbre. Un restaurant propose du filet
d’éléphant sauce madère, des cuissots d’ours bourgeois, de la galantine de
paon... Le 31 décembre, Edmond de Gongourt consigne dans son Journal : «
J’ai la curiosité d’entrer chez Roos, le boucher anglais du boulevard HaussmanHaussmann.
Au milieu de viandes anonymes et de cornes excentriques, un garçon offre des
rognons de chameau...
Ce soir, je retrouve chez
Voisin le fameux boudin d’éléphant et j’en dîne. » C’est que, la veille, les
deux éléphants Castor et Pollux ont été abattus. Le boucher a acheté 27 000
francs les deux pachydermes. Le kilo de trompe atteint le prix de 80 francs.

Abattage
des éléphants du jardin d’acclimatation.
(Depuis
ce jour il n’y eut plus jamais d’éléphants au jardin d’acclimatation)

Une boucherie exotique

Atelier de confection des
ballons à la Gare d’Orléans.
Dès septembre 1870, durant le
siège de Paris, le gouvernement de la Défense nationale, réfugié à Tours,
cherchait à maintenir, pour des raisons militaires évidentes, les échanges de
courriers entre Paris et la province. Les
lignes prussiennes étaient difficiles à franchir; seuls quelques rusés
"piétons- messagers" ou "coureurs de la poste" tentèrent
l'aventure. On imagina plusieurs autres solutions, dont l'efficacité fut peu
vérifiée: l'usage du chemin de fer, de boules de métal (dites "boules de
Moulins") et de cylindres remplis de courrier, roulant au fond de la
Seine, l'emploi de scaphandriers, de chiens, de ballons dirigeables.
Non sans lenteurs et hésitations, le service de la
"poste aérienne" et l'administration des télégraphes, dirigée par M.
Steenackers, utilisèrent de façon conjuguée les compétences des aéronautes, des
colombophiles (dont Segalas, septembre 1870) et de leurs pigeons voyageurs, et
des photographes.
L'aérostier Godard vendit son ballon au gouvernement.
L'armée disposait déjà d'aérostiers militaires (formés par la Marine). Le photographe
Nadar,
lui-même, était à la tête d'une compagnie. A la
gare du Nord, à la gare d'Orléans, on construisait des
"ballons-poste" destinés, entre autre, au transport des
"lettres-enveloppes par ballon monté".
Réussissant souvent à échapper au feu de l'ennemi, en
particulier autour de la capitale (malgré le canon spécialement conçu par Krupp
en 1871 pour tirer sur eux), les ballons emportaient également en province des
pigeons voyageurs pour un trajet dit de repérage (premier voyage le 10 septembre 1870).
Ceux-ci étaient censés rapporter à Paris des dépêches officielles ou privées
très attendues. On apprit par une dépêche que Gambetta, parti de Paris en
ballon le 7 octobre 1870, était bien arrivé en province. (Le départ de cet
illustre personnage en aérostat fut le sujet de nombreuses images.)
Les dépêches, d'abord manuscrites sur papier pelure,
étaient fragiles et s'effaçaient. Mais bientôt, "l'administration des
postes [fut] autorisée à faire reproduire par la photographie microscopique et
à expédier par pigeons voyageurs ou par toute autre voie des dépêches que les
habitants des départements adresser[aient] à Paris et dans l'enceinte fortifiée".
Un tuyau de plume, placé sous l'aile d'un pigeon, pouvait dissimuler environ
vingt mille dépêches ainsi réduites. Celles-ci, appelées aussi
"pigeongrammes" ou "télégrammes", furent d'abord
"manuscrites transportées par la photographie microscopique sur
papier", puis "photographiées après impression typographique du
texte", et enfin sur "collodion diaphane"
.
Départ de
Gambetta



Autre départ
On
trouvera ci-après une descendance sur 54 générations et sous une autre présentation
une descendance sur 54
générations permettant à chacun de se situer.