Les lettres ballons montés de Caroline

(Siège de Paris 1870/1871)

 

 

Ó     2003 Archives François de la Jousselinière

 

  

 


Sommaire

Sommaire 2

Sources externes 5

Avis 5

Coordonnées 5

Préambule 6

Un peu d’Histoire 10

Début 1870 10

Paris sous les obus. 11

Révolte et derniers combats 11

Première lettre du samedi 24 septembre 1870 (manquante) 12

Deuxième lettre, écrite le 30 septembre 1870. 13

Histoire de l’Armand Barbès 14

La lettre 15

Troisième lettre, écrite le 13 octobre 1870. 16

Histoire du Godefroy-Cavaignac 16

La lettre 18

Quatrième lettre, écrite le 27 octobre 1870. 20

La lettre 21

Cinquième lettre écrite le 9 novembre 1870 (manquante) 22

EPOPEE du BALLON_ 22

Sixième lettre, écrite le 23 novembre 1870. 23

EPOPEE du BALLON_ 23

Première version_ 23

Deuxième version_ 24

Dernière version_ 24

La lettre 25

La gazette des Absents N°10 26

Septième lettre, écrite le 3 décembre 1870. 28

La Lettre 28

La gazette des Absents N°13 29

Huitième lettre, écrite le 24 décembre 1870. 31

La Lettre 32

La gazette des Absents N°19 33

La Lettre de Caroline 36

La Lettre d’Auguste (jointe à celle de sa mère) 37

La gazette des Absents N°21 38

Dixième et dernière lettre, écrite le 14 janvier 1871_ 40

La Lettre 41

La gazette des Absents N°27 42

Des mets exotiques pour les Parisiens. 44

Par Philippe Heurtel 44

Menu au 99ème jour de siège 45

Les Ballons. 47

Images de Ballons 48

Départ de Gambetta 48

Autres départs 49

Descendance de Marie Rose Aimée Le Gentil épouse Roulland. 50

 


 

 

 

Sommaire 2

Sources externes 5

Avis 5

Coordonnées 5

Préambule 6

Un peu d’Histoire 9

Début 1870 9

Paris sous les obus. 10

Révolte et derniers combats 10

Première lettre du samedi 24 septembre 1870 (manquante) 11

Deuxième lettre, écrite le 30 septembre 1870. 12

Histoire de l’Armand Barbès 13

La lettre 14

Troisième lettre, écrite le 13 octobre 1870. 15

Histoire du Godefroy-Cavaignac 15

La lettre 17

Quatrième lettre, écrite le 27 octobre 1870. 19

La lettre 20

Cinquième lettre écrite le 9 novembre 1870 (manquante) 21

EPOPEE du BALLON 21

Sixième lettre, écrite le 23 novembre 1870. 22

EPOPEE du BALLON 22

Première version 22

Deuxième version 23

Dernière version 23

La lettre 24

La gazette des Absents N°10 25

Septième lettre, écrite le 3 décembre 1870. 27

La Lettre 27

La gazette des Absents N°13 28

Huitième lettre, écrite le 24 décembre 1870. 30

La Lettre 31

La gazette des Absents N°19 32

La Lettre de Caroline 35

La Lettre d’Auguste (jointe à celle de sa mère) 36

La gazette des Absents N°21 37

Dixième et dernière lettre, écrite le 14 janvier 1871 39

La Lettre 39

La gazette des Absents N°27 40

Des mets exotiques pour les Parisiens. (Philippe Heurtel) 42

Les Ballons. 44

Images de Ballons 45

Descendance de Marie Rose Aimée Le Gentil épouse Roulland. 46

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour Ronan, Pierre et Sarah


Sources externes

 

Site WEB philatélique : http://www.coppoweb.com/ballons/fr.ball_lst.php

Fond Photographique Musée Nicéphore Niépce : http://www.museeniepce.com/cata/index.html

Le siteWEB de Philippe HEURTEL: http://www.oeildusphinx.com/marmitonde.htm

 

Avis

N’hésitez pas à me transmettre toutes informations qui pourraient enrichir ou corriger ce document. Cela permettra après diffusion que chacun en profite.

 

 

Coordonnées

François de la Jousselinière

34 rue Ernest Renan

33000 Bordeaux

e-mail : fdlj01@wanadoo.fr

 

Sources externes

 

Site WEB philatélique : http://www.coppoweb.com/ballons/fr.ball_lst.php

Fond Photographique Musée Nicéphore Niépce : http://www.museeniepce.com/cata/index.html

 

 

Avis

N’hésitez pas à me transmettre toutes informations qui pourraient enrichir ou corriger ce document. Cela permettra après diffusion que chacun en profite.

 

 

Coordonnées

François de la Jousselinière

59 avenue Edouard Vaillant

92100 Boulogne

e-mail : fdlj@wanadoo.fr


Préambule

            Vous allez découvrir dans ce document une correspondance écrite il y a plus de 130 ans pendant la période du siège de Paris en 18970. Ces lettres sont dites « ballons montés ». En effet elles ont quitté la capitale assiégée et coupée de toutes communications dans des ballons postes construits à cet effet.

 

                               

 

Durant les 136 jours du siège, 67 ballons vont s'envoler pour forcer les lignes ennemies. Ils connaîtront des fortunes diverses.


Ces lettres ont été écrites par Caroline Roulland épouse Amyer et adressées à sa mère Marie Rose Aimée Le Gentil épouse Roulland une de mes aïeules. Elles ne sont pas une banale correspondance du passé, mais un témoignage historique touchant et émouvant de la vie des parisiens durant le siège de Paris par les Prussiens en 1870.

 

Rose Aimée Le Gentil épouse Roulland                                  François Bernardin RoullandCaroline Roulland épouse Amyer
                                                       

 

 

 

 

 

     Caroline Roulland épouse Amyer                                             Auguste Amyer Père

                                                   

 


Les protagonistes de notre histoire tous réunis sur une photo.

 

Rose Aimée Le Gentil, Auguste Amyer Père et Fils et Caroline Roulland

 

 

 

                                                               

 

 

 

            Toute cette correspondance a été postée place de la Madeleine à Paris. Les époux Amyer possédant un commerce dans ce quartier.

 

                          Place de la Madeleine vers 1870

                       


            Les lettres qui suivent faisaient partie des archives de mon père André de la Jousselinière décédé en 2001. Elles lui ont été transmises par sa grand-mère maternelle Louise Marie Lorin fille de Henri Etienne Emile Lorin (dit le grand-père de Nort). Elle les tenait elle même de sa mère Camille Bunel. Nous verrons que Caroline dans ses lettres fait référence à Camille sa nièce.

 

            Camille Caroline Bunel                                           Henri Etienne Emile Lorin

                                                                                                            (dit le grand-père de Nort)


                    

 

            Les lettres qui vont suivre sont toutes adressées chez Monsieur Bunel, mais sont destinées à la "grand-mère Roulland" (Marie Rose Aimée le Gentil épouse Roulland). On peut supposer que cette dernière, née le 30 floréal AN II (19/05/1794) et qui avait donc 76 ans en 1870 habitait avec sa fille et son gendre à Nantes.
Rose Aimée est décédée 8 ans plus tard en 1878

 

Les écrits de Caroline sont présentés en italique.
L’ensemble de la correspondance représentait 10 lettres écrites durant cette période du siège de Paris. Mais seule huit lettres sont reproduites ici. Nous verrons plus loin ce qui a pu arriver aux deux courriers manquants.

 


Un peu d’Histoire

 

            Avant d'entamer la lecture des lettres, il m'a paru nécessaire de les replacer dans leur contexte historique afin que chacun puisse les comprendre et apprécier pleinement chaque détail.

 

Début 1870

Nous sommes sous le règne de Napoléon III.
Le siège de Paris a commencé le 19 septembre 1870. Le général Trochu, gouverneur militaire de Paris assure la présidence du Conseil du gouvernement de la défense nationale. Il est le responsable unique de la défense de Paris et a sous ses ordres un demi-million d'hommes. Cet effectif compte, cependant, 400 000 gardes nationaux qui n'ont pas les capacités offensives d'une véritable armée disciplinée et sachant manœuvrer. Trochu estime en conséquence qu'une percée du dispositif ennemi, avec les seules forces de la capitale ne peut pas réussir. Il considère, en revanche, que les Gardes nationaux constituent une force défensive redoutable car ils se battraient avec acharnement dans les rues de la capitale.

                                                                  Le général Trochu

 

Le commandant en chef prussien, le général Moltke partage ce point de vue. Il n'est pas question pour lui de lancer les armées allemandes à l'assaut de la ville. Il compte réduire les deux millions de Parisiens par la famine. Cette tactique porte ses fruits. En décembre, il n'y a plus dans la capitale ni gaz ni charbon et le bois se vend à prix d'or. Les boucheries vendent des chiens, des chats, des brochettes de moineaux et des rats.

                                                                 Léon Gambetta

 

Courant novembre, Gambetta a essayé de combiner une offensive de l'armée de la Loire avec une percée des assiégés. Mais, le 2 décembre, cette tentative a échoué. Trochu, et la plupart des ministres restés à Paris en viennent dès lors à penser, sans l'avouer, que la résistance de Paris est désormais inutile et qu'il convient de négocier avec l'ennemi un armistice aux meilleures conditions possibles. La population parisienne refuse cependant toujours l'idée d'une capitulation. Elle accuse de trahison les chefs de l'armée et du gouvernement dont l'inertie semble imputable à leurs desseins défaitistes.


Paris sous les obus.

La longueur du siège exaspère également le chancelier Bismarck qui a réclamé dès le début de décembre la mise en place d'une puissante artillerie de siège pour provoquer un choc psychologique dans la population parisienne et réduire au silence les batteries françaises des forts extérieurs. L'acheminement de cette artillerie lourde, transportée depuis Spandau sur près de 1 400 km incombe au général du génie von Kamecke qui parvient, au début de janvier, à installer des batteries sur les hauteurs de Clamart, Châtillon, L'Hay et Fontenay. Leur portée, de l'ordre de 7 000 à 8 000 mètres, permet de bombarder une partie de la capitale.

A partir du 5 janvier, des obus allemands, tombent sur les quartiers de la rive gauche. Saint-Victor, le jardin des Plantes, la place d'Italie, le Luxembourg, le Val-de-Grâce, puis le quartier de Vaugirard et l'usine à gaz de Grenelle sont touchés. Les obus affolent les civils, atteignent les maisons et les monuments historiques, allument des incendies et n'épargnent ni les ambulances ni les hôpitaux. Le bombardement fait en trois semaines plus de 100 morts et 250 blessés. Il aggrave la tension nerveuse des habitants et contraint une partie de la population, à chercher refuge sur la rive droite, où elle va grossir le nombre des sans-abri et des mal-logés.

 

 

Révolte et derniers combats

L'aggravation de la situation militaire suscite chez les Parisiens un sentiment de révolte contre les " Prussiens de l'intérieur " et les "capitulards". La Garde nationale veut se battre. Dès le 6 janvier, un manifeste exige la proclamation d'une Commune révolutionnaire et une "sortie torrentielle". Le général Trochu est, au pied du mur. Chaque jour, il est insulté. Ses collègues du gouvernement le pressent d'agir. Ils estiment que Paris ne doit pas se livrer sans avoir combattu et que la seule façon de prouver aux Gardes nationaux que la résistance est inutile est d'organiser une saignée dans leurs rangs. Trochu se rallie à leur opinion et décide une sortie massive pour le 19 janvier, en direction de Versailles, où, le 18, le roi de Prusse s'est fait proclamer empereur d'Allemagne. Cette opération est un échec total. 5 000 hommes restent sur le terrain. Trochu est écarté dès le lendemain au profit du général Vinoy qui, nommé à la tête de l'armée de Paris, est chargé de maintenir l'ordre dans la capitale.

.                                  Le général Vinoy             

Le 22 janvier, une manifestation rassemble les militants révolutionnaires place de l'Hôtel de Ville. Elle fait cinq morts et échoue. 83 personnes sont arrêtées. Le Gouvernement estime que la population parisienne tend à se résigner. Il dépêche alors Jules Favre à Versailles auprès de Bismarck et, quatre jours plus tard, un armistice est conclu. A l'annonce de la reddition, les Parisiens sont indignés. Invaincus derrière leur mur d'enceinte, ils ont le sentiment d'avoir été trahis. Trois semaines plus tard, c'est la Commune…


Première lettre du samedi 24 septembre 1870 (manquante)

Cette lettre est manquante. On connaît son existence grâce à la lettre suivante qui y fait allusion.

Les ballons partant à cette époque sont tous arrivés sains et saufs avec leur courrier.

 

Plusieurs hypothèses :

·        La lettre n’est jamais arrivée à son destinataire.

·        soit cette lettre est bien arrivée, et n'a pas été conservée,

·        ou bien la lettre s'est perdue au fil des générations.


Deuxième lettre, écrite le 30 septembre 1870.

 

 

Cachet de départ du 30 septembre 1870 6ème levée               Cachet d'arrivée du 17 octobre 1870

Mention manuscrite du destinataire: reçue le lundi 17 8bre (octobre)

Nom du ballon ayant transporté la lettre: L'Armand-Barbès

 

Le ballon est parti de la Place Saint-Pierre à Paris le 7 octobre 1870 à 11 heures. Il est arrivé le même jour près de Montdidier (Somme) à 15 heures après avoir parcouru 98 Km. Ce ballon avec un volume de 1200 m3 a été fabriqué par la compagnie des Aérostiers. Il était piloté par l'aéronaute J. Trichet et transportait 100kg de courrier.

 

Ce ballon est resté l'un des plus célèbres. En effet l'aérostier était accompagné de Léon Gambetta à l'époque ministre de l'Intérieur quittant Paris pour aller organiser en province la défense nationale.

 

 

Départ de Léon Gambetta dans l’Armand Barbès


Histoire de l’Armand Barbès

 (Extrait de: Les merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes par Louis Figuier, 1891.) :

(...)
La première devait laisser un grand souvenir dans l'histoire de la guerre franco-allemande. C'est en effet, le 7 octobre 1870, que Gambetta, ministre de l'intérieur, quitte Paris en ballon, pour aller organiser en province la défense nationale.
Dès le matin, de nombreuses estafettes étaient échangées entre le ministère et la place Saint-Pierre à Montmartre, où devait s'effectuer le départ du ballon, l'Armand-Barbès, emportant Gambetta et sa fortune. À deux heures, Gambetta, accompagné de Monsieur Spuller, son alter ego, s'élevait vers le ciel.
L'Armand-Barbès avait, d'ailleurs un compagnon de route : c'était le Georges-Sand, monté par deux citoyens américains, qui avait voulu voyager de conserve avec lui. Nos deux Yankees auraient pu quitter Paris sans un tel appareil, en se bornant à demander sauf-conduit à leur ambassadeur ; mais ils avaient préféré partager les péripéties qui pouvaient signer le voyage du futur dictateur.
Ces péripéties d'ailleurs, ne manquèrent pas.
Le Georges-Sand toucha terre sans avaries notables ; mais il en fut autrement de l'Armand-Barbès.
Conduit par un aéronaute de profession, le ballon qui enlevait Gambetta et M. Spuller s'abattit dans un champ que des soldats prussiens venaient de quitter peu d'instants auparavant. S'il fut parti de Paris un quart d'heure plutôt, le jeune tribun aurait été pris par les soldats de Guillaume, et fusillés. Du reste, le ballon s'était un moment tellement rapproché du sol que des balles allemandes avaient sifflé autour de la nacelle.
On s'empressa de jeter du lest, pour quitter ce dangereux point d'atterrissage ; mais le ballon ne put monter, et partit horizontalement, à travers les arbres d'une forêt, dont les branches déchiraient son tissu fragile, et meurtrissaient cruellement les trois voyageurs. Heureusement, ils finirent par s'accrocher à un arbre, et le ballon s'arrêta, jetant pêle-mêle sur le sol, les voyageurs tout meurtris. La forêt n'était pas occupée par les Allemands. Gambetta et M. Spuller purent donc gagner, sans autre accident, la ville de Tours, but de leur voyage.
Quelques instants après, un pigeon lancé par les aéronautes, qui venaient de prendre terre, rentra à Paris et apprit au gouvernement l'arrivée de Gambetta dans la ville de Tours.



 

 


La lettre

 

Vendredi 30 septembre 1870

 

Ma chère maman

Samedi dernier je t'ai adressé une lettre, je ne sais si tu l'as reçue, je l'espère.

J'apprends à l'instant que demain il part 2 ballons, j'en profite pour vous donner de nos nouvelles, nous sommes toujours en bonne santé, je désire que vous soyerz tous de même. Je ne vous demande pas de réponse, car les lettres ne parviennent pas à Paris, mais on a l'espoir que d'ici peu le chemin de fer d'Orléans sera rétabli, alors je pourrai recevoir de vos nouvelles. Nous sommes toujours à peu près dans la même position, c'est à dire que jusqu'à présent il n'y a rien de décisif, on est en attendant de jour en jour un grand coup qui doit avoir lieu. On s'est battu ce matin, mais on ne connaît pas encore le résultat, c'était encore du coté de Montrouge, de 5 heures du matin à 10 heures on a entendu le canon. Nous saurons les nouvelles ce soir par les journaux.

Nous sommes allés dimanche visiter les buttes Montmartre elles sont couvertes de canons, généralement on a grand espoir d'être victorieux, nous aurions grand besoin de sortir de cette position et que les affaires reprennent car elles sont bien tristes.

Je t'ai dit dans ma dernière lettre qu'Amyer allait s'enrôler dans les vétérans, en effet il est allé se faire inscrire, et il n'y aurait pas été qu'on aurai bien su le trouver, car on passe dans toutes les maisons prendre le nom de tous les hommes qui peuvent encore rendre quelques services, il attend maintenant des ordres.

Au moment où je vous écris, il passe sur le boulevard des troupes de jeunes gens de 15 à 18 ans engagés volontaires, pour les incendies qui pourront se produire dans Paris et pour ramasser les blessés.

Je vous quitte car vous savez que maintenant jusqu'à nouvel ordre  il ne faut plus mettre d'enveloppe aux lettres. Nous vous embrassons tous de tout cœur.

 

Ta fille Caroline

 

Les buttes Montmartre couvertes de canons en 1870.

 


Troisième lettre, écrite le 13 octobre 1870.

 

 

Cachet de départ du 13 octobre 3ème levée         Cachet d'arrivée du 18 octobre

Mention manuscrite du destinataire:  reçue le 18 octobre

Nom du ballon ayant transporté la lettre: Le Godefroy-Cavaignac

 

Le ballon est parti de la gare d’Orléans le 14 octobre 1870 à 9h45. Il est arrivé le même jour à Brillon près de Bar-le-Duc (Meuse) à 14h45 heures après avoir parcouru 257 Km. Ce ballon avec un volume de 2045 m3 a été fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute Edmée Godard et transportait 400kg de courrier. L’aérostier était accompagné de passagers, le comte Emile de Kératry, préfet et ses deux secrétaires Estancelin et Cochut.

 

 

Histoire du Godefroy-Cavaignac

F.-F. Steenackers

« Cet aérostat, construit par les frères Godard, était conduit par le doyen de la famille, M. Godard père, âgé de 70 ans. Parti de la gare d'Orléans, le ballon passa au-dessus du donjon de Vincennes et planait un instant après sur un camp prussien, au-delà de la Marne. Il fut l'objet d'une canonnade, à laquelle les voyageurs se hâtèrent d'échapper en jetant deux gros sacs de lest. Ainsi allégé, le ballon s'éleva rapidement à plus de 6.300 mètres et dépassa les nuages, planant au-dessus d'eux. Pendant longtemps on resta à cette altitude ; mais la réverbération du soleil était si forte, qu'on eût à craindre le déchirement de l'enveloppe par suite de la dilatation du gaz. On évita ce danger en se rapprochant sensiblement de la terre. Puis les voyageurs cherchèrent à reconnaître dans quelle direction ils se trouvaient, n'ayant pas une idée très exacte de la distance parcourue et de la direction suivie. Une plaine déserte, un bois à l'horizon : voilà ce qui s'offraient aux regards. L'endroit sembla propice à une descente. Il était trois heures de l'après-midi. Déjà la soupape était soulevée, l'ancre jetée, lorsque à une certaine distance se montra une colonne de soldats qu'il fut facile de reconnaître pour des Prussiens. Impossible de remonter : il fallait pourtant tenter l'aventure. Heureusement que la troupe ennemie, n'ayant rien vu et ne soupçonnant rien, s'éloignait et disparaissait derrière le petit bois, au moment même où atterrissait le ballon.
Mais la descente avait été pour ainsi dire vertigineuse et la secousse terrible. M. de Kératry fut blessé à la tête et à la jambe. Par bonheur des paysans purent recueillir les voyageurs dans une carriole, pendant qu'on transportait dans une charrette, en les cachant sous de la paille, les sacs de dépêches et les pigeons. On était à Brillon dans le département de la Meuse, à 9 km de Bar-le-Duc, et à une soixantaine de lieues de Paris ; l'armée allemande sillonnait le pays. M. de Kératry se hâta de gagner Chaumont, chef-lieu de la Haute-Marne.
Quant à M. Godard, ses voyageurs descendus à terre et à peu près sains et saufs, il ne s'occupa plus que du sauvetage de son ballon. M. Godard a raconté comment les Prussiens se mirent à sa poursuite ; comment, après avoir caché le Godefroy-Cavaignac dans un bois, il se vit, par cette terreur qui a paralysé nos campagnes, renvoyé de ferme en ferme, de village en village ; comment, malgré l'opposition du maire d'une localité que nous ne désignerons pas, il trouva néanmoins une hospitalité de quelques heures chez un cabaretier, qui, le lendemain, le conduisit lui-même à Chaumont ; comment enfin il parvint à gagner Tours, où il fut employé dans l'atelier de réparation des ballons. »

 


La lettre

Jeudi 13 Octobre

 

Ma chère maman

Je ne sais si tu reçois mes lettres. Je l'espère car je sais que tu serais bien inquiète si tu n'avais pas de nos nouvelles. Il me tarde beaucoup d'en avoir des votre, il y a bien longtemps que j'ai reçu votre dernière. J'espère que vous êtes tous en bonne santé, mais pourtant il pourrait vous arriver quelqu' accident et que nous n'en saurions rien. Si nous avions la chance d'être bientôt débloqués seulement d'un coté les lettres pourraient arriver à Paris, on a bon espoir mais on ne peut rien dire car les dépêches pourraient tomber entre les mains de l'ennemi et il est déjà trop bien renseigné sur ce que font les Français.

Au moment où je vous écris le canon gronde. Hier on l'a entendu toute la journée. Ce sont les forts qui tirent sur les ouvragent des Prussiens ou qui protègent quelques sorties de nos soldats. Le bombardement de Paris qui avait été annoncé pour dimanche dernier n'a pas eu lieu les Prussiens ne pouvant réussir à se placer pour envoyer leurs bombes, car aussitôt qu'ils ont quelques batteries de placées les forts se chargent de leur démolir.

Il y a même beaucoup de monde qui prétend qu'ils renonceront à leur projet d'attaquer Paris. Mais comme ils sont rusés on ne s'y fie pas et on se tient sur ces gardes. Nous pensons que le mari de Camille(*1) doit être de l'armée de la Loire, alors nous le verrons peut être d'ici quelque temps, tant qu'il n'est pas dans Paris vous avez sans doute de ses nouvelles. Nous sommes toujours en bonne santé. La rentrée de la pension d'Auguste n'ayant lieu vu qu'elle se trouve trop près des fortifications il est entré chez les frères à la maîtrise de la Madeleine. Il est très content car il est enfant de chœur.

Aujourd'hui Amyer est de garde, il a le service de jour de 9 heures du matin à 7 heures du soir. Son poste est tout près du nouvel opéra (2), leur service n'est pas fatigant. Celui des gardes nationaux est beaucoup plus actifs, mais chacun fait ce qu'il peut. Jusqu'à présent nous n'avons encore manqué de rien, mais nous allons être rationnés pour la viande. Chaque famille va avoir une carte qui donnera droit à 100 grammes de viande par personne chaque jour. Les légumes sont à un prix exécif. Un tout petit chou 1F, un navet 15 centimes, aussi je ne mets à mon pot au feu que quelques poireaux et 2 oignons.

 Si encore on peut rester dans cette position ce sera très heureux. J'ai eu de la chance de faire saler il y a 6 semaines quelques livres de beurre à 1F90, aujourd'hui le beurre frais vaut 8F la livre et le salé 5 francs.

J'ai vu hier Melle Carreau, elle cherche une place de domestique, elle ne peut plus tenir chez sa sœur, elle aurait encore mieux fait de rester à Nantes si malheureuse qu'elle y fut. Le fils Chabannes est pris pour la mobile, il n'est pas encore appelé mais cela ne peut tarder, alors vous pensez dans qu'elle état est sa mère.

 Nous n'avons pas de nouvelle de Mr Tessié puisqu'on en reçoit de personne, mais les Prussiens étant dans la Brie Coubert.

Je désire que ma lettre vous trouve tous en bonne santé, je ne sais quand elle vous arrivera, le ballon qui devait partir hier en a été empêché par le mauvais temps. On dit qu'il doit en partir un demain. Ne soyerz pas inquiet de nous je puis toujours vous donner des nouvelles.

Nous vous embrassons tous.

 

Ta fille Caroline.

 

 

 

 

(1*)Henri Etienne Emile Lorin (dit le grand-père de Nort) voir photo plus haute.

(2) Voir photo page suivante.


 

 

 

Le « nouvel » Opéra vers 1900

 

                               

                                Le fort de Montrouge en 1870.


Quatrième lettre, écrite le 27 octobre 1870.

 

   

 

Cachet de départ du 27 octobre 1870 5ème levée          Cachet d'arrivée du 2 novembre 1870

Mention manuscrite du destinataire au dos de l’enveloppe: reçue mercredi 2 9bre (novembre)

Ballon ayant transporté la lettre: Le Colonel-Charras.

 

Le ballon est parti de la Gare du Nord à Paris le 29 octobre 1870 à 12 heures. Il est arrivé le même jour à Montigny-le-Roi (Haute-Marne) à 17 heures après avoir parcouru 308 Km.

Ce ballon avec un volume de 2000 m3 a été fabriqué par la compagnie des Aérostiers. Il était piloté par l'aéronaute Gilles et transportait 460kg de courrier.

 


La lettre

Jeudi 27 Octobre

 

Ma chère maman

Il a fait si mauvais temps depuis quelques jours que je pense que les ballons n'ont pu partir c'est ce qui m'a empêchée de vous écrire plutôt mais aujourd'hui qu'il fait beau je m'empresse de le faire pour vous donner de mes nouvelles. Nous allons toujours bien Dieu merci. Je voudrais bien savoir si tous vous êtes aussi en bonne santé. Je l'espère c'est bien triste d'être long temps sans pouvoir recevoir des nouvelles de la famille. On a toujours l'espoir de pouvoir reprendre un chemin de fer alors les communications seraient rétablies au dehors, ce serait très heureux et puis il rentrerait des vivres, mais pour tenter un pareil coup il faut être bien en mesure on ne peut imprudemment exposer une quantité d'hommes. On ne parle plus de bombardement de Paris. Les Prussiens se trouvant par les combats qui se livrent presque journellement petit à petit éloignés de Paris, ne se trouvent pas dans une assez bonne position pour lancer leurs bombes. Leur projet est maintenant de nous prendre par la famine, mais il faut espérer qu'ils n'y arriveront pas. Hier nous avons acheté pour 30 francs de pommes de terres il y en a 8 boisseaux, c'est cher, mais il faut bien manger quelque chose, il n'y a bientôt plus de viande, notre ration qui la semaine dernière encore était de 100 grammes par jour est aujourd'hui réduite à 50 depuis deux jours. Nous mangeons du cheval je ne dirai pas que c'est mauvais mais je préfère encore beaucoup le bœuf, et puis les chevaux ne vont pas durer non plus, il faut qu'il en reste pour le service de l'armée qui en emploie une grande quantité.

Nous avons des voisins qui mangent de l'âne, on dit que c'est plus tendre que le cheval, mais à Paris l'âne ne serait pas de grand secours, car l n'y en a pas beaucoup à longues oreilles.

Depuis une heure on entend le canon qui tire sans relâche, il doit encore se livrer quelque combat aujourd'hui.

Je ne sais si vous voyerz les journaux mais si vous en lisiez un intitulé le nouvelliste de Versailles, n'y croyez rien ce sont les Prussiens qui occupent Versailles qui se sont emparés d'une imprimerie et qui rédigent un journal à leur manière. Il n'est rempli que de mensonges et ils le font répandre à profusion en province afin de tromper sur l'état de Paris, ainsi ils annoncent des défaites des français et malheureusement des victoires des Prussiens.

Dans un de leurs derniers numéros ils disaient que des hauteurs qu'ils occupent ils voyaient dans les rues de Paris la fusillade et la canonnade, il n'en est rien car Paris n'a jamais été plus tranquille, tout le monde n'a qu'une idée c'est de les chasser. On sait qu'on a un mauvais moment à passer, mais on est calme et résigné. J'attends avec impatience le moment où je recevrai une lettre de vous.

J'espère quelle me donnera de bonnes nouvelles. Que devient cette pauvre Camille avec son petit bébé ? (*)  Embrassez la bien pour nous. Nous aurions bien besoin que tout cela fut passé afin que les affaires reprennent, car de commercer on ne s'en occupe plus, tous les ateliers sont fermés, il n'y a que les maisons qui font les fournitures pour l'armée qui travaillent.

Je vous souhaite à tous une bonne santé. Amyer et Auguste se joignent à moi pour vous embrasser de tout notre cœur.

 

Ta fille Caroline

 

J'ai vu il y a deux jours Melle Carreau, c'est la misère la plus grande.

 

 

(*) le bébé doit être l’aînée des Lorin de Nort Camille Lorin qui épousa plus tard Pierre Tigeot.


Cinquième lettre écrite le 9 novembre 1870 (manquante)

 

Cette lettre manquante a probablement été transportée par le ballon "le Daguerre", mais ce dernier fut capturé par les Prussiens à Jossigny (Seine et Marne).

Le Daguerre est parti de la Gare d'Orléans à Paris le 12 novembre 1870 à 9h15. Il est arrivé le même jour à Jossigny (Seine et Marne) après 4H45 de vol et a parcouru 45 Km.

Ce ballon avec un volume de 2045 m3 fut fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute Sylvain Jubert (Marin) et transportait 260kg de courrier.

 

EPOPEE du BALLON

Le ballon emportait du matériel destiné à la fabrication des pellicules photos, cinq cages de six pigeons et 5 sacs de courrier. Après avoir essuyé quelques tirs Prussiens, le ballon, dont l'enveloppe fut percée à plusieurs endroits est contraint d'atterrir en catastrophe. Il se pose près d'une ferme de Ferrières dans les environs de Lagny en Seine-et-Marne. Nobécourt a juste le temps de jeter un sac de courrier et une cage de pigeons. Le sac et les six pigeons seront récupérés par le Garde-chasse de Ferrière et amenés à la Poste. Parmi ces lettres, certaines contiennent les premières Dépêches-réponse. Une partie du courrier restant à bord sera confisqué par les Prussiens et restitué après l'armistice. Quant à Nobécourt, capturé par les Prussiens il est envoyé en captivité et séjournera cinq mois à Glatz en Silésie (jusqu'au 14 mars 1871)

« le Mercure de Souabe du 18 novembre racontait en ces termes le récit de la prise de cet aérostat :
«nous trouvons dans une lettre particulière, datée du château de Guermantes, 12 novembre, les renseignements suivants sur la prise d'un ballon français : Ce matin, à 10 heures, deux gros ballons parisiens passèrent au-dessus du château. On tira sur eux, d'abord sans résultat, parce ce qu'ils étaient trop haut. À la fin cependant, un des deux ballons commença à descendre rapidement, et nous le vîmes disparaître derrière les arbres du parc. Aussitôt les chasseurs, artilleurs et le comte de Soulheim, sous-lieutenant, qui se promenait à cheval, s'élancèrent à sa poursuite et le rattrapèrent à Jossigny, où le ballon était accroché sur un toit de ferme. L'artificier Mühlbacher, est paraît-il arrivé le premier sur les lieux. À onze heures et demie, nous vîmes arriver Soulheim avec trois Français, la nacelle et quatre grands sacs de poste. Ils en avaient déjà jeté un par-dessus le bord, car le ballon était trop chargé. »

 

D'un autre côté les journaux de Paris écrivaient :
« La nouvelle de la prise du Daguerre a été apportée à Paris par cinq pigeons, tous porteurs d'une dépêche identique, dépêche qui était envoyée par un garde du bois de Ferrières, et conçue à peu près en ces termes : Grand ballon jaune et bleu tombé, à J.... Près de Ferrières. Prussiens capturés ballon, voyageurs et le reste. J'ai sauvé seulement six pigeons et un sac de dépêches.» (Ce fut avec l'espoir de reprendre ces pigeons que Monsieur Jules Buffet partit en mission le 3 décembre. Malheureusement il échoua. »
(F.-F. Steenackers)

 


Le Château de Ferrières, alors propriété d'Alphonse de Rotschild, (employeur du garde-chasse qui remit les dépêches) était occupé par l'Etat-Major Allemand.


Sixième lettre, écrite le 23 novembre 1870.

Sur lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº10)

 

 

On remarquera l’absence de timbre (courrier Mandal : explication plus bas)

 

Cachet de départ du 23 novembre 6ème levée             Cachet d'arrivée du 22 décembre

Mention manuscrite du destinataire: reçue 23 Xbre (décembre)

Ballon ayant transporté la lettre: La Ville d'Orléans

 

Le ballon est parti de la Gare du Nord à Paris le 24 novembre 1870 à 11h40. Il est arrivé le 25 novembre à Lifjeld (Montlid) en Norvège à 3 heures après avoir parcouru 3132Km.

Ce ballon avec un volume de 2000 m3 a été fabriqué par la compagnie des Aérostiers. Il était piloté par l'aéronaute Rollier (ingénieur civil) et transportait 250kg de courrier.

 

EPOPEE du BALLON

Première version

Extrait du  Voir ce document  Magasin pittoresque d'Edouard Charton, (pages 46 - 47)

« (...) MM. Rolier et Beziers s'élevaient de la Gare du Nord, à minuit précis. Ces messieurs allaient entreprendre, à leur insu, la plus étonnante ascension que les annales aérostatiques aient jamais compté, traversée merveilleuse du nord de la France, de la Belgique, de la Hollande, de la mer du Nord, et d'une partie de la Norvège. Jamais Jules Verne ou Edgard Poë, qui excellent dans le récit des histoires fantastiques, n'ont pu rien rêver de semblable à ce voyage véridique, qui restera comme un grand sujet d'étonnement dans l'histoire des ballons. Après avoir sillonné l'espace ténébreux pendant toute une longue nuit d'hiver, M. Rolier et son compagnon de voyage atteignent enfin l'heure du lever du soleil. L'astre s'élève au-dessus des nuages, qu'il éclaire de ses premiers rayons ; il dissipe les vapeurs atmosphériques. Mais, ô stupéfaction ! C'est l'immensité de l'Océan qui s'ouvre aux yeux des aéronautes ! Leur boussole leur indique qu'ils marchent vers le Nord ; mais trouveront-ils jamais une terre hospitalière pour jeter leur ancre ? Pendant huit heures consécutives, c'est malheureux vont se trouver ainsi suspendus entre la vie et la mort, gelés de froid, regardant fixement la vaste étendue des flots. Tout à coup ils aperçoivent un navire, ils lui font des signaux ; mais le vaisseau disparaît bientôt à l'horizon ! La mer, toujours la mer, c'est le monotone panorama qui se déroule aux yeux des voyageurs ; bientôt des nuages épais se forment autour de la nacelle, et la neige tombe à gros flocons. M. Rolier et son compagnon ne voeintvoient plus rien ; ils s'abandonnent aux dernières et navrantes pensées qui précèdent la mort ! Cependant le voyage continue, puis l'aérostat descend pour se rapprocher sans doute de l'immensité des flots il perce le massif de nuages. O miracle ! Il s'approche d'une montagne aux cimes escarpées, que recouvrent de grands massifs de neige. Il touche terre. Les voyageurs transis descendent de de la nacelle. - Où sont-ils ? Où le vent a-t-il jeté leur esquif ? Ils se frottent les yeux et se demandent s'ils ne sont pas en proie quelques cauchemars ; de vastes solitudes les entourent. Il se mettent en marche et errent dans une forêt de sapins, où des loups s'enfuient à leur passage. Ils rencontrent enfin un bûcheron ; mais la langue que parle cet homme leur est inconnue. Cependant ils se font conduire à un village où ils trouvent enfin un Français. Ils sont à Lifjeld, à cent cinquante lieues au nord de Christiana ! (...) »

 

Deuxième version

Voir ce document Les merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes par Louis Figuier, 1891, (pages 624-636)

 « Au lever du soleil le brouillard s'était dissipé ; ce qu'il leur permettait de mieux embrasser l'étendue immense de l'Océan, et la grandeur du péril.
Les rayons du soleil qui venaient frapper le ballon dilataient fortement le gaz, et le faisait sortir en partie par l'orifice inférieur de l'appendice, lequel, devenu flasque et plissé, flottait au gré du vent ; ce qui accélérait encore la perte du gaz.
Poussée par un vent assez fort, la Ville de Florence rasait la surface des flots.
Elle était ainsi entraînée depuis une heure au-dessus des vagues, quand un navire se montra à l'horizon, paraissant s'avancer dans sa direction. Mais il y avait encore entre le navire et les malheureux naufragés une distance 500 mètres.
Une violente secousse vint les arracher à leur préoccupation. La nacelle n'était plus qu'à 4 ou 5 mètres des vagues : ils allaient être engloutis (figure 503) !
Rolier s'empresse de jeter deux sacs de lest ; mais le ballon reste immobile, le vent le tourmente furieusement, et incline la nacelle vers les flots : ils vont périr !
S'élançant alors vers les sacs de dépêches suspendus au bord extérieur de la nacelle, Rolier coupe la corde qui retenait un des plus gros ; et déchargée subitement d'un poids de 125 kilogrammes, la Ville de Florence part avec une telle vitesse que dix minutes après, elle flottait à 4500 ou 5000 mètres de hauteur. Disons, en passant, ce sac de dépêches fut aperçu par l'équipage du navire que les naufragés avaient reconnu, au loin. Ils furent repêchés et envoyés en France par le capitaine. »

 

Dernière version

Une autre version, plus romancée du récit indique que Rolier, « ... jeta d'abord les proclamations et les paquets de journaux, pendant que Béziers, prostré, restait assis désespérément. Rolier fendit un sac de courrier et en jeta des poignées dans la mer. Le sac laissa paraître un rouleau de papier que Rolier ouvrit : c'était une image de Notre-Dame de Recouvrance, protectrice des marins. Il la fixa avec des cordes, et les deux hommes s'agenouillèrent en priant jusqu'à ce que le vent l'emportât ... »

                                                                           


 

            Le sac de courrier que Rolier jeta à la mer fut récupéré à Mandal. Certaines lettres n'ont pas de timbres, décollés après un séjour dans l'eau. Elles sont dites « Courrier de Mandal ».

C’est le cas de la lettre présentée ici.

 

 

La lettre

 

 

Mercredi Paris 23 novembre 1870

 

Ma chère maman.

Ma dernière que je vous ai adressée était du 9 courant, mais comme il y a eu 2 ballons qui sont tombés chez les Prussiens, je crains que vous ne l'ayez pas reçue. Celle-ci est la 6ème que je vous écris depuis l'investissement complet de Paris. Notre santé est toujours bonne, elle est meilleure que les affaires car elles sont nulles. On est occupé qu'à chercher ce qu'on va manger. Jusqu'à présent nous n'avons pas encore mangé ni de chien, ni de chat, ni de rat. Peut être y viendrons-nous. Nous mangeons du cheval et de la viande salée. C'est encore moins des autres choses.

Je désire que ma lettre vous trouve tous en bonne santé. Ce qui nous ennuie c'est de ne pouvoir avoir de nouvelles de vous. Comme vous le voyez par le petit journal nous n'aurons plus de gaz au commencement de décembre ce qui sera bien gênant surtout pour nous qui y faisons la cuisine.

Comme en ce moment on a pas de choses nourrissantes on a souvent faim et l'on mange beaucoup plus que par le passé. Amyer me charge de vous dire que si vous mangez un beau morceau de rôti, vous nous envoyez le fumé par le télégraphe, enfin ce qu'il y a e bon, c'est qu'on accepte assez philosophiquement sa position.

Nous vous embrassons tous de tout cœur.

 

Ta fille Caroline.

 

 


La gazette des Absents N°10

      


 


Septième lettre, écrite le 3 décembre 1870.

Sur lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº13)

 

                                                               

 

Cachet de départ du 3 décembre 6ème levée             Cachet d'arrivée du (illisible) décembre

Mention manuscrite du destinataire: reçue le 6 Xbre (décembre)

Ballon ayant transporté la lettre: Le Franklin

 

Le ballon est parti de la Gare d'Orléans à Paris le 5 décembre 1870 à 1 heure. Il est arrivé le même jour à 8 heures à Saint-Aignan (Loire-Atlantique) après avoir parcouru 403Km.

Ce ballon avec un volume de 2045 m3 a été fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute Pierre Marcia et transportait 100kg de courrier.

 

Cette lettre est parvenue en trois jours à son destinataire en raison du lieu d’atterrissage du ballon, en Loire Atlantique (à l’époque Loire Inférieure).

 

La Lettre

 

Samedi 3 décembre

 

Ma chère Maman

Depuis ma dernière lettre il s'est passé de grands évènements qui heureusement jusqu'à présent ont tous été en notre faveur. Si nous avons le bonheur que la chance nous continue, on peut espérer que d'ici peu nous pourrons recevoir de vos nouvelles, car ce que l'on tente c'est de rétablir la communication avec la province et puis on rentrerait des provisions ce qui ne nous feraient pas de mal car aujourd'hui nous sommes réduits dans notre arrondissement à 35g de viande par jour. Nous avons eu ce matin du bœuf frais ce qui nous semblera bon car depuis près de 25 jours nous sommes au riz et à la morue. Mais j'aime encore mieux cela que du chien ou du rat, enfin cela ne nous empêche pas de bien nous porter. Je pense à Mr Camomine qui a vu de si beaux rats sur les bords du Rhône à Paris, il pourrait venir en attraper, il ferait du commerce car aujourd'hui le rat est très bien reçu dans les plus grands restaurants (*). Mais je vous assure que je n'en ferai pas de tort aux amateurs. Depuis 3 jours nous n'avons plus de gaz, nous en sommes bien privés car nous ne pouvons plus nous chauffer et en ce moment il fait très froid. Dans l'espoir que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé je vous embrasse de tout cœur.

 

Caroline

 

(*) Voir § plus loin : Des mets exotiques pour les Parisiens.


La gazette des Absents N°13

       



Huitième lettre, écrite le 24 décembre 1870.

Sur lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº19)

 

 

Cachet de départ du 24 décembre 6ème levée           Cachet d'arrivée du 31 décembre

Mention manuscrite du destinataire: reçue le 31 Xbre (décembre)

Ballon ayant transporté la lettre: Le Tourville

 

Le ballon est parti de la Gare d'Orléans à Paris le 27 décembre 1870 à 3h45. Il est arrivé le même jour à  heures à 13 heures à Eymoutier (Haute-Vienne) après avoir parcouru 433Km.

Ce ballon avec un volume de 2045 m3 a fut fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute Abel Moutier et transportait 160kg de courrier.

 


La Lettre

 

Samedi 24 décembre 1870. 

Voici la 8ème lettre que je vous adresse, ma dernière était datée du 3. J'en prends note vous me direz plus tard si vous les avez toutes reçues, je le désire, vous saurez au moins que nous nous portons bien mais vous tous comment allez-vous ? Voilà ce que je ne puis savoir, il y aura demain 100 jours que Paris est assiégé, c'est bien long, dans l'espace de 100 jours il pet se passer tant de choses, je pense à vous tous et à maman que le froid rendait toujours si souffrante. Ici il fait un temps bien dur, nous en souffrons d'autant plus que nous ne pouvons pas nous chauffer étant privés de gaz. Nous parlons souvent du mari de Camille nous nous figurons qu'il doit être dans l'armée de la Loire, mais alors il pourrait nous donner de ses nouvelles. Nous commençons à être assez embarrassés par la nourriture, les provisions que nous avions s'épuisent et on ne peut les remplacer car quand il faut 15 francs pour un boisseau de pommes de terre et 35 francs 1 boisseau d'oignons on est obligé de s'en passer. J'ai eu hier 1 chou qu'on venait de payer 6 francs il valait il y a 15 jours 1F50. J'ai eu il y a deux jours un pot au feu de cheval il n'est pas mauvais, il n'y manque que des légumes. Nous avons mangé de l'andouille faite avec du chien, je l'ai trouvée bonne, je vous assure que l'on devient pas difficile. Tout est d'un prix extraordinaire, pour vous en donner une idée 1 petit poulet vaut 30 et 35 frs un lapin 40 frs. Il y a une nouvelle boucherie de chameau et d'éléphant (*) que l'on vend de 10 à 14 francs la livre un rat mort vaut 60 centimes et un rat vivant 1 frs. Enfin il faut espérer que tout cela va bientôt se terminer. On se bat fort depuis quelques jours, il faut un grand coup pour en sortir. Si vous saviez comme Paris est triste et noir. Les rues et les boulevards sont éclairés avec des lampes à 8 heures il n'y a plus de boutiques d'ouvertes le premier jour de l'an ne sera pas gai cette année.

Auguste va toujours bien, il a servi aujourd'hui le convoi du général Blaise tué il y a deux jours.

Demain Grande fête pour le jour de Noël il sera une partie de la journée à l'église il n'y a pas de messe de minuit cette année. J'ai vu Melle Carreau cette semaine, son neveu est en ce moment chez lui il est malade. Quand à elle, elle est toujours à la recherche d'une place qu'elle ne trouvera jamais, elle est si bavarde que la dernière fois qu'elle est venue j'ai été obligé de me coucher tellement elle m'avait donné mal à la tête.

Embrassez pour moi Camille et la petite fille. Dans l'espoir que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé nous vous embrassons de tout notre cœur.

 

Caroline

 

 

 

(*) Voir § plus loin : Des mets exotiques pour les Parisiens.


La gazette des Absents N°19

     



Neuvième lettre, écrite le 31 décembre 1870.

Sur lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº21)

 

 

Cachet de départ du 2 janvier 1871 7ème levée         Cachet d'arrivée du 11 janvier 1871

Mention manuscrite du destinataire: reçue le 11 janvier

Ballon ayant transporté la lettre: Le Newton

 

Ce ballon est parti de la Gare d'Orléans à Paris le 4 janvier 1871 à 4 heures. Il est arrivé le même jour à 11h15 près de Digny et Dreux (Eure et Loir) après avoir parcouru 110Km.

Ce ballon avec un volume de 2045 m3 a été fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute Aimé Ours et transportait 310kg de courrier.

 

 

 

 

 

 

 


La Lettre de Caroline

 

Samedi 31 décembre (1870)

 

Ma chère maman

Je commence par te souhaiter ainsi qu'à toute la famille une bonne année et une bonne santé. Je pense que comme nous vous ne devez pas passer un premier jour de l'an très gai, surtout si le mari de Camille est absent.

Enfin il faut espérer une meilleure année. Quant à nous, nous avons de la chance de bien nous porter, c'est un grand bonheur car s'il fallait en ce moment supporter une maladie je ne sais comment l'on ferai pour se donner les soins convenables. On ne pourrait pas se procurer le nécessaire puisqu'on manque de tant de choses. Nous avons acheté un poêle sur quoi je fais ma cuisine et en même temps qui chauffe la maison. Car le temps est si dur qu'il est impossible de rester sans se chauffer. Je désire que ma lettre vous trouve tous bien portant. Amyer me charge de vous faire ses compliments à tous et vous envoie ses souhaits de bonne année.

Embrasses pour nous toute la famille.

Dans l'espoir que nous pourrons bientôt recevoir de vos nouvelles je vous embrasse tous de tout cœur.

 

Ta fille Caroline.

 

 


La Lettre d’Auguste (jointe à celle de sa mère)

 

Paris le 31 Décembre 1870

 

Ma bonne maman Roulland

Je profite avec empressement du dernier jour de l'année pour venir te souhaiter une bonne et heureuse année ainsi qu'à toute la famille.

Je prie Dieu qu'il vous accorde de longs et heureux jours et une santé parfaite. Je désirerais bien pouvoir aller vous embrasser tous mais cela est impossible à cause de la guerre, il faut espérer que nous en serons bientôt délivrés. Je te prie d'embrasser pour moi mon oncle ma tante mes cousins et cousines.

Et moi je t'embrasse de tout mon cœur

            Ton petit garçon

                                    Auguste Amyer

 

                               

 

 

 

Auguste Amyer fils


La gazette des Absents N°21

        


   


Dixième et dernière lettre, écrite le 14 janvier 1871

Sur lettre-journal de Paris (la gazette des absents Nº27)

 

                                                               

 

Cachet de départ du 14 janvier 1871 4ème levée        Cachet d'arrivée du 24 janvier 1871

Mention manuscrite du destinataire: reçue mardi 24 janvier 70

Ballon ayant transporté la lettre: Le Vaucanson

 

Le ballon est parti de la Gare d'Orléans à Paris le15 janvier 1871 à 3 heures. Il est arrivé le même jour à 11 heures à Erquinghem-Lys (Nord) après avoir parcouru 240Km.

Ce ballon avec un volume de 2045 m3 a été fabriqué par la famille Godard. Il était piloté par l'aéronaute André Clariot et transportait 75kg de courrier.

 


 

La Lettre

 

Samedi 14 janvier  10ème lettre

 

Ma Chère Maman

Je vous adresse quelques lignes pour vous tranquilliser sur notre compte. Car vous savez que depuis quelques jours nous sommes en plein bombardement. Heureusement que notre quartier se trouvant plus au centre est beaucoup moins à la porté du tir des Prussiens que ceux où il arrive des accidents. Jusqu'à présent nous n'avons pas dans notre voisinage aucun accident à déplorer. Quant à notre santé elle est toujours bonne, Dieu merci.

Nous sommes toujours en attendant un changement qui on espère ne peut se faire attendre. Les nouvelles qu'on reçoit de provinces sont assez bonnes, du reste vous devez les connaître mieux que nous.

Aujourd'hui c'est notre jour d'avoir de la viande. J'ai un pot au feu de cheval, mais même pas un seul oignon à y mettre, alors vous pensez que le bouillon ne doit pas être excellent. Mais on est arrivé à l'arranger.

De tout espérons que cela ne durera plus longtemps. J'espère que ma lettre vous trouvera en bonne santé. Nous vous embrassons de tout cœur.

 

Caroline

 

 

 

 


La gazette des Absents N°27

        


   


Des mets exotiques pour les Parisiens.

 

 

Par Philippe Heurtel

 

Durant l’hiver 1870-1871, les armées prussiennes assiègent Paris. Qui dit siège dit difficultés à se nourrir, et tous les moyens deviennent bons, des moins ragoûtants aux plus inattendus. Chiens et chats ne sont pas épargnés. La chronique du siège nous apprend que « Tué propre-ment, bien dépouillé, assaisonné convenablement, bien revenu et relevé par une sauce faite dans les conditions ordinaires, le chien est un excellent aliment ; la viande est délicate, rosée et nullement dure. » La cervelle se vend aux Halles entre un franc cinquante et deux francs. Le rat a son marché, place de l’Hôtel de Ville. Les rongeurs sont vendus vivants entre 12 et 15 sous la pièce. L’animal acheté est alors poussé vers une autre cage où un bouledogue l’étrangle (au moins tous les chiens n’auront-ils pas terminé leurs jours dans l’estomac d’un parisien). Le marché du cheval se tient rue d’Enfer. Deux trotteurs offerts par le Tsar à Napoléon III sont vendus huit cent francs, pour devenir du saucisson. On vend aussi des corbeaux, des moineaux... Mais les gastronomes savent satisfaire leurs papilles délicates avec les moyens du bord. Ainsi peut-on voir dans un restaurant le menu suivant :

 

 

 

Consommé de chien au millet
Brochettes de foie de chien à la maître d’hôtel
Emincé de râble de chat, sauce mayonnaise
Epaule de filet de chien sauce tomate
Civet de chat aux champignons
Côtelettes de chien aux petits pois
Salmis de rats à la Robert
Gigot de chien flanqué de ratons
Salade d’escarole
Bégonia au jus et à la moelle de cheval
Dessert et vins

 


Menu au 99ème jour de siège

 

           Des mets exotiques pour les Parisiens. (Philippe Heurtel)

Durant l’hiver 1870-1871, les armées prussiennes assiègent Paris. Qui dit siège dit difficultés à se nourrir, et tous les moyens deviennent bons, des moins ragoûtants aux plus inattendus. Chiens et chats ne sont pas épargnés. La chronique du siège nous apprend que « Tué propre-ment, bien dépouillé, assaisonné convenablement, bien revenu et relevé par une sauce faite dans les conditions ordinaires, le chien est un excellent aliment ; la viande est délicate, rosée et nullement dure. » La cervelle se vend aux Halles entre un franc cinquante et deux francs. Le rat a son marché, place de l’Hôtel de Ville. Les rongeurs sont vendus vivants entre 12 et 15 sous la pièce. L’animal acheté est alors poussé vers une autre cage où un bouledogue l’étrangle (au moins tous les chiens n’auront-ils pas terminé leurs jours dans l’estomac d’un parisien). Le marché du cheval se tient rue d’Enfer. Deux trotteurs offerts par le Tsar à Napoléon III sont vendus huit cent francs, pour devenir du saucisson. On vend aussi des corbeaux, des moineaux... Mais les gastronomes savent satisfaire leurs papilles délicates avec les moyens du bord. Ainsi peut-on voir dans un restaurant le menu suivant :

 

Consommé de chien au millet
Brochettes de foie de chien à la maître d’hôtel
Emincé de râble de chat, sauce mayonnaise
Epaule de filet de chien sauce tomate
Civet de chat aux champignons
Côtelettes de chien aux petits pois
Salmis de rats à la Robert
Gigot de chien flanqué de ratons
Salade d’escarole
Bégonia au jus et à la moelle de cheval
Dessert et vins

 

Menu au 99ème jour de siège


Le Jardin d’acclimatation est mis à contribution pour des mets plus exotiques encore. Ainsi des bouchers peuvent-ils vendre du zébu, du buffle, de l’antilope, du chameau, du yack, du kangourou, du casoar, de l’ours, du zèbre. Un restaurant propose du filet d’éléphant sauce madère, des cuissots d’ours bourgeois, de la galantine de paon... Le 31 décembre, Edmond de Gongourt consigne dans son Journal : « J’ai la curiosité d’entrer chez Roos, le boucher anglais du boulevard HaussmanHaussmann. Au milieu de viandes anonymes et de cornes excentriques, un garçon offre des rognons de chameau...

Ce soir, je retrouve chez Voisin le fameux boudin d’éléphant et j’en dîne. » C’est que, la veille, les deux éléphants Castor et Pollux ont été abattus. Le boucher a acheté 27 000 francs les deux pachydermes. Le kilo de trompe atteint le prix de 80 francs.

 

 

Abattage des éléphants du jardin d’acclimatation.

(Depuis ce jour il n’y eut plus jamais d’éléphants au jardin d’acclimatation)

 

Une boucherie exotique


Les Ballons.

          

 

Atelier de confection des ballons à la Gare d’Orléans.

 

Dès septembre 1870, durant le siège de Paris, le gouvernement de la Défense nationale, réfugié à Tours, cherchait à maintenir, pour des raisons militaires évidentes, les échanges de courriers entre Paris et la province. Les lignes prussiennes étaient difficiles à franchir; seuls quelques rusés "piétons- messagers" ou "coureurs de la poste" tentèrent l'aventure. On imagina plusieurs autres solutions, dont l'efficacité fut peu vérifiée: l'usage du chemin de fer, de boules de métal (dites "boules de Moulins") et de cylindres remplis de courrier, roulant au fond de la Seine, l'emploi de scaphandriers, de chiens, de ballons dirigeables.

Non sans lenteurs et hésitations, le service de la "poste aérienne" et l'administration des télégraphes, dirigée par M. Steenackers, utilisèrent de façon conjuguée les compétences des aéronautes, des colombophiles (dont Segalas, septembre 1870) et de leurs pigeons voyageurs, et des photographes.

L'aérostier Godard vendit son ballon au gouvernement. L'armée disposait déjà d'aérostiers militaires (formés par la Marine). Le photographe Nadar, lui-même, était à la tête d'une compagnie. A la gare du Nord, à la gare d'Orléans, on construisait des "ballons-poste" destinés, entre autre, au transport des "lettres-enveloppes par ballon monté".

Réussissant souvent à échapper au feu de l'ennemi, en particulier autour de la capitale (malgré le canon spécialement conçu par Krupp en 1871 pour tirer sur eux), les ballons emportaient également en province des pigeons voyageurs pour un trajet dit de repérage (premier voyage le 10 septembre 1870). Ceux-ci étaient censés rapporter à Paris des dépêches officielles ou privées très attendues. On apprit par une dépêche que Gambetta, parti de Paris en ballon le 7 octobre 1870, était bien arrivé en province. (Le départ de cet illustre personnage en aérostat fut le sujet de nombreuses images.)

Les dépêches, d'abord manuscrites sur papier pelure, étaient fragiles et s'effaçaient. Mais bientôt, "l'administration des postes [fut] autorisée à faire reproduire par la photographie microscopique et à expédier par pigeons voyageurs ou par toute autre voie des dépêches que les habitants des départements adresser[aient] à Paris et dans l'enceinte fortifiée". Un tuyau de plume, placé sous l'aile d'un pigeon, pouvait dissimuler environ vingt mille dépêches ainsi réduites. Celles-ci, appelées aussi "pigeongrammes" ou "télégrammes", furent d'abord "manuscrites transportées par la photographie microscopique sur papier", puis "photographiées après impression typographique du texte", et enfin sur "collodion diaphane" .


Images de Ballons

Départ de Gambetta

 

          

 

 

Départ de Gambetta

 

 


Autres départs

 

Autre départ

 


Descendance de Marie Rose Aimée Le Gentil épouse Roulland.

 

                        On trouvera ci-après une descendance sur 54 générations et sous une autre présentation une descendance sur 54 générations permettant à chacun de se situer.