Histoire de Cauterets
des origines à nos jours
René FLURIN
avec la collaboration de François Boyrie
Préface de Jacques Longué
En vente en librairie
Editions Créer
rue Jean Amariton 63340 NONETTE
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Préface Jacques Longué
Première partie
De la préhistoire au Siècle des Lumières

Histoire naturelle de la vallée de
Cauterets
La vallée de Cauterets dans la préhistoire
La vallée de Cauterets de la préhistoire à la conquête
romaine
Cauterets aux temps gallo-romains
La vallée de Cauterets pendant le Haut Moyen-Age
De la donation de 945 à la fondation du village
II - CAUTERETS DE LA FONDATION DU VILLAGE JUSQU'A LA FIN DU MOYEN-AGE
De la fondation du village jusqu'à la
fin du XI ème siècle
Cauterets au XII ème siècle
Cauterets au XIII ème siècle
Cauterets au XIV ème siècle : Cauterets d’en-bas
Cauterets au XV ème siècle : les cagots
III - CAUTERETS AU XVI ème SIECLE ET AU TEMPS DE MARGUERITE DE NAVARRE
L’affaire des sépultures et la dispense
de 1533
Les statuts et ordonnances de la Rivière de
Saint-Savin
Renommée des bains de Cauterets au temps de la Renaissance
Les séjours de Marguerite de Navarre aux bains de
Cauterets
Les frétayrés
Effacement du Cauterets thermal pendant les guerres de
Religion
IV - CAUTERETS AU XVII ème SIECLE
Création de la
surintendance des bains et fontaines du Royaume
Les bains de Cauterets au XVII ème siècle
Evolution administrative de la vallée de
Cauterets
V - CAUTERETS AU TEMPS DES LUMIERES (1715-1789)
Essor du thermalisme : deux
grandes familles de médecins hydrologues... les Borie et les Bordeu
Les grands intendants... ouverture de la route de
Pierrefitte à Cauterets
Les médecins intendants aux Eaux de Cauterets
Cauterets s’urbanise
La vie des baigneurs à Cauterets pendant la saison des Eaux
Conflits entre le monastère et la vallée de Saint-Savin
L’exploitation de la forêt et les premières
routes forestières
L’aube du Pyrénéisme
La communauté des habitants de Cauterets
Relation de Cauteres avec la vallée de la Rivière de
Saint-Savin
La famille cauterésienne au XVIII ème siècle
Deuxième partie
De la Révolution à l'âge d'or du thermalisme
VI - CAUTERETS AU TEMPS DE LA REVOLUTION
VII - CAUTERETS AU TEMPS DE NAPOLEON ET DE LA REINE HORTENSE (1800-1814)
VIII - CAUTERETS AU TEMPS DE LA RESTAURATION... DE GEORGES SAND ET DE CHAUTEAUBRIAND (1815-1830)
IX - CAUTERETS AU TEMPS DE LA MONARCHIE DE JUILLET
ET DE VICTOR
HUGO (1830-1848)
X - CAUTERETS AU TEMPS DE NAPOLEON III ET DES CHEMINS DE FER
XI - L’AGE D’OR DU THERMALISME CAUTERESIEN : 1871-1899
Troisième partie:
XII - DE LA BELLE EPOQUE A LA GRANDE GUERRE : 1900-1918
XIII - CAUTERETS ENTRE LES DEUX GUERRES : 1919-1939
XIV - CAUTERETS PENDANT LA GUERRE DE 1939-1945
XV - CAUTERETS DE 1945 A 1960 :
MICROREALISATIONS ET GRANDS
PROJETS
XVII - CAUTERETS PARACHEVE SES EQUIPEMENTS : 1980-1998
CONCLUSION : ET DEMAIN ?
Que René Flurin et François Boyrie me
demandent de rédiger une préface pour l’ouvrage à deux mains qu’ils
consacrent à Cauterets, si je n’avais pas connu profondément, et que l’on me
pardonne l’expression, affectueusement, les deux hommes, il y avait de quoi flairer
le piège.
Ce sont pour moi deux grands Messieurs (au sens où l’entendent les gens de ma
génération), du Cauterets du XXe siècle. Des témoins engagés, pour reprendre les
termes de Raymond Argon. Leurs noms auraient suffi pour donner à ces pages la résonance
qu’elles méritent.
François Boyrie, pour les écoliers, c’était l’éternel "champion des
Pyrénées ", titre qui a l’époque nous semblait plus envié que celui que
nous opposaient les Tarbais avec leur " Foch, maréchal de France ".
Devant le magasin qu’il venait d’ouvrir sur ce qui sera toujours pour les
Cauterésiens " la place Saint-Martin ", il fartait ses skis dans une
senteur de résines et de goudrons chauds, et affûtait d’un coup de lime les carres
de ses skis à semelle d’hickory (nous n’avions à l’époque que des
planches de frêne sans carres). Avec son profil d’aigle, il nous apparaissait comme
le hautain seigneur des immenses champs de rêve qui avaient nom Marcadau, Oulettes,
Vignemale, Aratille, Péterneille, noms d’autant plus envoûtants qu’il nous
fallut attendre la fin de l’occupation pour découvrir les sites féeriques
qu’ils désignaient. François Boyrie, le premier pyrénéen à organiser des
sauvetages sur paroi. Et qui forma au CIMP plus de 30 000 montagnards. Mais aussi, je lui
dois la confidence, qu’elle carte de visite ! Titulaire de la carte
d’accréditation du SIRPA (non, je n’ai pas dit du Chercha : Service
d’information et de relations publiques des Armées), plus que ce document, le vrai
sésame, quand je pénétrais dans les hautes sphères militaires largement étoilées,
c’était de dire que j’étais de Cauterets. Et alors les généraux me
demandaient : " - Comment va François ? ". La glace était
rompue.
René Flurin. Je lui dois l’aveu. Son nom m’agaçait comme il agaçait mes
frères. Quand ma pauvre mère, navrée des médiocres résultats scolaires de ses
rejetons, voulait nous donner un exemple, c’était toujours celui de René. Il avait
réussi à l’enlevé tous les examens et concours que la France universitaire et
médicale pose en obstacle devant ses sujets les plus brillants, alors que nous
piétinions dans les cours des collèges de province. René, qui avec Roland Gardeur et
deux pistolets d’un autre âge composèrent la patrouille la plus distinguée de la
Deuxième guerre mondiale, elle remonta la rue de la Raillère le soir de la Libération.
Mais aussi René avec qui j’eus la première rencontre au sens humain, un soir au
Marcadau, à la fin des années 40. Sous l’écorce apparemment réservée de
l’interne des Hôpitaux de Paris, je découvrais un garçon d’une simplicité
extrême, sensible, généreux, chaleureux. Et amoureux passionné de Cauterets. Je ne
sais pas s’il en a gardé le souvenir, mais pour moi ce sera toujours un temps fort
de mon existence.
Cauterets a inspiré beaucoup d’écrivains. De Marguerite de Navarre à Christian
Laborde. C’est flatteur mais finalement gênant.
Nous avions pris l’habitude de nous reconnaître que dans le regard de l’étranger.
Bien sûr, il y a eu le livre du Dr Gaston
Labayle. Homme brillant mais Cauterésien intermittent. Et l’œuvre
d’Alphonse Meillon. Il était né à Cauterets, aimait et fit aimer Cauterets,
cependant, préoccupé par la revanche qu’il voulait prendre sur Jean Bourdette (qui
avait rompu des lances contre sa famille), il se cantonna dans la contestation des
revendications de l’abbaye de Saint-Savin sur la vallée de Cauterets et dans la
découverte toponymique, cynégétique et topographique de la vallée.
Et les Cauterésiens dans tout ça ? Trop souvent oubliés. Les historiens sont
toujours frileux quand il s’agit de porter témoignage sur leur propre époque.
Alors qu’au fil des pages qui suivent, il est intéressant de découvrir comment deux
hommes aux origines familiales différentes (l’un descendant d’une lignée
terrienne, profondément enracinée dans le paysage ; l’autre fils d’un
membre de l’académie de Médecine, introduit par sa naissance dans la fréquentation
des plus célèbres curistes de la station), se retrouvent dans le même émerveillement
impulsif pour Cauterets.
On pense à Jean Guéhenno : " Les impressions de l’enfance sont les
plus importantes, elles fixent la couleur de l’âme ".
Les montagnards sont pudiques. Il faut les débusquer au détour d’une phrase pour
sentir combien la silhouette des Culaoûs, le tintement des bidons des laitières au petit
matin, l’odeur des foins fraîchement coupés ont marqués davantage les deux auteurs
que les divertissements superficiels d’autour de l’Esplanade.
René Flurin a entrepris d’explorer les archives familiales, qui depuis deux siècles
se confondent avec l’histoire de Cauterets. La villa patriarcale de l’avenue du
Mamelon-Vert donne à rêver. Sous son allure de château écossais, enguirlandé de
glycines (ou d’ampélopsis ?), on imaginait la présence de quelque trésor. Il
nous ouvre des documents inestimables sur l’organisation politique de la commune
depuis Louis XV.
On découvre la permanence des préoccupations municipales : la défense contre les
avalanches et les inondations, le souci de salubrité publique (aux deux sens du mot) et
de l’accueil des " étrangers ", l’adaptation constante de
l’outil thermal aux exigences des évolutions scientifiques. Et pour y répondre,
comme pour répondre aux imprévisibles alternance politiques, des hommes simples, au
solide bon sens, qui, légitimistes, bonapartistes ou orléanistes, sont avant tout
Cauterésiens.
René Flurin enfin (enfin, parce qu’aucun autre n’y avait pensé avant lui),
évoque l’évolution du thermalisme. Borie et de Bordeu étaient des précurseurs.
Labbat (oublions qu’il a acheté Saint-Savin pour une poignée d’assignats)
correspondait avec les maîtres parisiens et attira les célébrités. Par la suite, les
découvertes scientifiques, celles de Claude Bernard ou de Pasteur, trouvèrent leur
immédiate application, grâce à des médecins inspirés de la station mais aussi à
l’habileté d’artisans locaux comme Stanislas Bérot ou Philippe Lagarde. Tout
cet aspect était réservé aux auditeurs des congrès scientifiques, René nous fait
pénétrer dans le secret des dieux.
François Boyrie ne propose pas d’archives, mais sa mémoire est étonnante. Il sait
ce que les vieux racontaient le soir, autour de l’âtre, à Cattarabes, il sait, pour
les avoir vécus, les drames de la montagne et il était au premier rang le jour de la
libération. En Afrique on dit que la mort d’un griot correspond à l’incendie
d’une bibliothèque.
Avec René Flurin, tous deux furent au cœur des évolutions contemporaines de
Cauterets. Témoins et acteurs. La station thermale désuète s’essoufflait à
vouloir retrouver le rythme des riches années, l’ouverture aux sports d’hiver
s’avérait indispensable, mais n’était pas évidente pour une population
timorée, et pour tout dire, vieillissante.
Avec une voix de majorité - comme la IIIe République ou la mort de Louis XVI - le Dr
Charles Thierry, alors maire, et figure emblématique de l’honnête homme, fit
adopter l’avant-projet du téléphérique et des équipements de remontées.
François Boyrie fut le conseiller technique.
L’ouvrage nous permet de suivre pas à pas cette métamorphose et toutes les
réalisations qu’elle induisait dans les domaines de l’urbanisme, de la voirie,
de l’hygiène, de la publicité, de la sécurité.
Nous avons droit aussi, c’est incontournable, aux bonnes pages consacrées à
Cauterets par ses visiteurs célèbres, Marguerite de Navarre, César Auger, la reine
Hortense, les duchesses d’Abrantès, d’Angoulême, du Berry, Chateaubriand,
Victor Hugo, Thiers, Taine. Ou, moins connu, mais si précis, Tocqueville (le père
d’Alexis).
Au fil des chapitres, nous voyons surgir les noms de famille les plus anciens. Certains
sont encore portés. Avec les mariages et l’arrivée d’acteurs économiques
entreprenants, d’autres noms se révèlent, ils réapparaissent aux générations
suivantes, un peu comme dans les romans de Dostoïevski on peut suivre les filiations, en
ligne directe ou en diagonale. Mais combien de patronymes ne figurent plus que sur le
monument aux Morts de la Grande Guerre, cette terrible mangeuse d’hommes !
On ne lit jamais un manuscrit innocemment. L’individu est en perpétuelle recherche
de son âme et de son passé. Avec émotion j’ai retrouvé certains de mes ancêtres,
ils siégeaient à la table des délibérations des consuls ou des conseillers,
alternativement avec ceux de François Boyrie. Seule constante, depuis deux siècles et
demi, la présence continue d’un Soubie, d’un Bruzaud ou d’un Flurin, tous
aïeux de René. Plus près de nous, nos trois pères - élus sur la même liste, Henri
Flurin étant maire - se retrouvaient autour du tapis vert de la mairie.
Est-ce vraiment une coïncidence si, voulant rejoindre l’escadrille
" Guyenne " des Forces Françaises libres, Paul Flurin, le frère de
René, demanda à François Boyrie de le conduire en Espagne par les cols d’Araillé
et des Mulets, en évitant les patrouilles allemandes ? (et avec la candide
complicité de Monique dont le seul nom réveille un chagrin).
La présence de nos trois noms - elle ne doit pas masquer l’inégalité de nos
participations - au bas de ce livre, est sans doute l’hommage qu’en cette aube
du troisième millénaire nous devions rendre à nos anciens, parce qu’ils étaient
les nôtres et parce qu’ils ont fait Cauterets.
Jacques LONGUE
En écrivant une histoire de Cauterets, mon
but est de mettre à la disposition des lecteurs une documentation de provenance
familiale, s’étendant de 1605 à nos jours, ainsi que celle que j’ai recueillie
dans les vieux livres de ma bibliothèque, constituée au fil des générations.
J’ai, par ailleurs, largement puisé dans les archives communales, valléennes,
départementales, et fait appel, à partir de 1930, à mes souvenirs personnels.
Je me dois de remercier en premier lieu mes amis François Boyrie et Jacques Longué.
François Boyrie fut l’artisan principal de la création de la station de sports
d’hiver de Cauterets. Celle-ci doit sa réussite à ses avis et à sa profonde
connaissance des sites ; il fut un visionnaire en ce domaine. Mémoire vivante de
notre vallée, il a apporté à ce livre le fruit de son expérience et de ses souvenirs.
Jacques Longué m’a fait l’amitié de me communiquer une précieuse
documentation personnelle. Il m’a autorisé à reproduire certains passages de ses
ouvrages, notamment pour la période qui s’étend de 1940 à 1950. Le lecteur
appréciera les qualités de conteur de Jacques Longué, où l’humour et
l’aisance du style s’allient au détail évocateur et à la précision du
souvenir.
Je tiens à remercier mon épouse Annette qui a coopéré, à tous les stades et à toutes
les lignes, à la réalisation de cet ouvrage ; celui-ci est vraiment notre travail
commun.
Un grand merci également à mes fils Pierre-Henri et Vincent Flurin et à leurs épouses,
qui ont activement participé à la rédaction de certains chapitres, à mon fils Pascal
Flurin dont les excellents articles de presse décrivent avec bonheur plusieurs épisodes
de l’histoire récente de Cauterets, à mes filles Marie Benichou et Catherine
Ballot, à mon fils Marc Flurin, ainsi qu’à leurs conjoints, qui ont contribué à
ce travail par leurs avis et leurs remarques.
Merci à mon ami André Rius, avec qui j’ai partagé tant d’heures de travail et de combats municipaux pour la naissance du Cauterets moderne et qui a bien voulu relire les pages consacrées à cette période.
Les lecteurs trouveront sans doute dans ce livre bien des lacunes et des imperfections. Son but sera atteint s’il suscite d’autres travaux destinés à compléter et à enrichir le patrimoine historique de Cauterets.
René FLURIN
HISTOIRE NATURELLE DE LA VALLEE DE CAUTERETS
· Par la diversité de ses paysages, la vallée de Cauterets raconte à l’homme d’aujourd’hui la longue histoire tourmentée de la formation des Pyrénées.
· Observons la face Nord du Vignemale : le calcaire de son impressionnante paroi rocheuse nous reporte aux temps dévoniens, il y a 360 millions d’années, lorsque l’Océan d’Europe moyenne vint séparer, à l’emplacement actuel des Pyrénées, le continent du Gondwana du bouclier arctique. Ce calcaire dévonien se retrouve au Cirque de Gavarnie, sur les blanches falaises de Troumouse et d’Estaubé ; celui des carrières de Lourdes et d’Arrudy, " d’un gris très doux, au grain dur et fin " (J. Ritter), a servi aux bâtisseurs maçons du XIXe siècle à décorer et à encadrer portes et fenêtres de Cauterets, et tailler les colonnades de nos thermes (Thermes de César).
· Parcourons les hautes vallées de Cauterets ; levons les yeux vers les crêtes qui les dominent ; traversons les pierriers qui s’accumulent au bas de leurs pentes ; nous y rencontrons le beau granite de Cauterets, formé aux temps carbonifères, il y a 290 millions d’années lorsque surgirent les premières Pyrénées, les Pyrénées hercyniennes, par collision de l’arc de l’Europe du Sud contre le bouclier arctique. L’échauffement des couches profondes de la croûte terrestre forma alors de gigantesques " gouttes " de magma (celle de Cauterets à 30 km de diamètre !) ; ces " gouttes " vinrent traverser les terrains d’âge primaire environnants " comme des intrus dans une maison où ils font irruption à partir de la cave " (J. Ritter). La simple promenade des lacets de Péguère permet d’en admirer la variété des formes, des structures, des couleurs. Ces granites, très fragiles aux éboulements, et surtout aux chocs thermiques, donnent à nos montagnes leurs crêtes déchiquetées, les grandes dalles de leurs parois, leurs chaos de blocs rocheux en bas des pentes (Ardiden).
· Autour de ces massifs granitiques, les schistes ont été formés par écrasement au paroxysme de cette orogenèse hercynienne. Ils ont conservé la forme tourmentée de leur origine, cet aspect feuilleté qui leur a valu leur nom (schistes = fendus, séparés) ; nous les
retrouvons dans les ardoises de nos toitures et dans le dessin aux courbes imprévues des sommets schisteux de la vallée de Cauterets (Peyrenère, Monné, Viscos).
· Il y a bien longtemps, 230 millions d’années, au permien, fin de l’ère primaire, que la chaîne hercynienne des Pyrénées a été réduite par l’érosion à l’état de pénéplaine , et que la mer de Thétis,ancêtre de la Méditerranée, est venue la recouvrir de l’Aquitaine aux Pyrénées.
· Aux temps jurassiques (-193 à -187 millions d’années), ces temps où les dinosaures régnaient en maîtres sur la Terre, où les premiers oiseaux construisaient leurs nids, la mer de Thétis vint déposer ses calcaires à coquillages, ses schistes bitumineux, ses ophites vertes. · Au début de l’ère tertiaire (paléocène-éocène : -65 à -50 millions d’années) se produisit le grand événement qui donna naissance à la chaîne actuelle des Pyrénées : le choc frontal entre la plaque tectonique de l’Europe et la plaque ibérique, poussée vers le Nord par la dorsale de l’Atlantique Sud. " Les dégâts s’appellent les Pyrénées. " (Jean Ritter). C’est à cette collision que nous devons la surrection des différents massifs de la vallée de Cauterets : crêtes et pics aux formes aiguës et déchiquetées (Castet-Abarca, Counilhères, pic Falisse), sommets aux formes plus arrondies (La Huchole, Cabaliros), brèches anguleuses (brèche de Bernadole), cols aux courbes adoucies (col d’Haougade, col du Lisey). C’est aussi à ce grand événement géologique que se rattachent les cassures profondes, ou diaclases, qui ont permis l’émergence des sources sulfurées chaudes de Cauterets. On peut encore observer le phénomène de nos jours à La Raillère, dans la grande diaclase des flancs du Péguère et dans la grotte de Mauhourat, où l’eau sulfurée chaude monte le long d’une diaclase de 10 à 15 centimètres de largeur " 22 ". Deux grandes familles de failles se sont ainsi formées dans les granites de Cauterets " 23 ". Elles sont à l’origine des deux principaux groupes de sources thermales de la station : le groupe Sud de Mauhourat, au pied du Hourmigas, et le groupe Nord et César, en bas du massif de Peyraute " 24 ".
· Depuis ce choc gigantesque, étalé sur quelque 15 millions d’années, l’érosion a repris son patient travail de sape ; elle se poursuit sous nos yeux, dans les avalanches et les amas de blocs rocheux de nos vallées : la vallée de Gaube en offre des exemples saisissants.
· Depuis deux ou trois millions d’années (c’est tout récent à l’échelle géologique), un autre phénomène majeur est venu modeler le paysage de nos vallées : la réapparition des glaciations " 26 ". Les glaciations de l’ère quaternaire vont se succéder, par périodes d’environ 100 000 ans, séparées par des périodes interglaciaires de même durée. La dernière de ces glaciations, dite de Würm IV, fut la plus froide ; elle a marqué de sa forte empreinte la vallée de Cauterets et ses affluents, leur dessin en forme d’auge (cot d’Omi), leurs moutonnements de roches polies par les glaciers (vallée de Cambalès), leurs paliers successifs faisant se succéder plateaux et estives (vallée du Lutour), où les gaves viennent se prélasser en formant méandres et ilôts, (plateau de Cayan), barres rocheuses que le gave franchit par les plus belles cascades (vallée du Pont d’Espagne), lacs d’azur ou d’émeraude fermés par des moraines, reflétant, tels des miroirs, les ciels changeants et l’image tremblante des monts qui les environnent (lac d’Estom, d’Estibaute et d’Estom-Soubiran, de Gaube et de Chabarrou, d’Embarrat, Aratilhe et Cambalès, d’Ilhéou et de Hourat).
· Nous sommes entrés, depuis 10 000 ans environ, dans la période post glaciaire. Le réchauffement du climat à fait fondre les glaciers, dont ne demeurent comme vestiges que les seuls glaciers du Vignemale.
· Les crues torrentielles et les pluies ont raviné les pentes et provoqué éboulements et glissements de terrain, et ceci jusqu'à nos jours. La Vierge du Cabaliros, ce rocher en forme de ruines, demeure le témoin de l’éboulement de la moraine située au Nord-Ouest de l’entrée de la vallée de Cauterets ; combiné à celui de la moraine du col de Riou, cet éboulement a fermé, pendant une longue période, la vallée de Cauterets sur 150 mètres, provoquant la formation d’un lac de plusieurs kilomètres en amont du verrou du Limaçon. Ce lac fut peu à peu comblé par les crues successives du gave et la superposition des roches et des sables granitiques arrachés à la montagne à chaque crue. Les plateaux de Cancéru et de Catarrabes sont aujourd’hui les témoins de ces couches successives apportées par les crues du gave.Les grands éboulements de Péguère en 1884 et du Lisey en 1895 sont encore présents à toutes les mémoires. Les éboulements de terrain n’ont jamais complètement cessé dans la vallée de Cauterets. Nous en avons observé un exemple le 1er décembre 1996, à l’occasion de l’éboulement et du glissement de terrain qui a coupé la route de
Pauze et de Cancéru et du débordement du gave qui a submergé le chemin du Cambasque.
· Cette période post glaciaire fut celle d’une colonisation végétale active. Peu à peu, au cours des siècles, les oiseaux migrateurs et les vents ont transporté les graines de tous les résineux qui sont à l’origine de nos magnifiques forêts de haute et moyenne montagne (Peguère, Lisey, Hourmigas, Paradis, Gaube, Marcadau, Lutour).
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LA VALLEE DE CAUTERETS DANS LA PREHISTOIRE |
Quelques vestiges préhistoriques ont été retrouvés par les archéologues dans la vallée de Cauterets et ses différents affluents.
Une hache polie a été découverte par un berger dans la haute vallée d’Ilhéou à 1 400 mètres d’altitude. J. Omnès, qui a publié cette découverte dans la revue " Lavedan et Pays Toy ", a par ailleurs étudié une hache provenant de la vallée du Marcadau, en amont du Pla de la Gole, à 2 000 mètres d’altitude. Cette hache est taillée dans une roche noire schisteuse " 31 ".
J. Blot a, pour sa part, publié le résultat de ses explorations sur " La vallée de Cauterets et ses vestiges protohistoriques " dans la Revue d’Archéologie des Pyrénées occidentales " 32 ". Il a identifié onze cromlechs (pierres dressées en cercle), quatre tumulus-cromlechs, six tumulus simples et cinq dolmens. Il a noté que la vallée de Cauterets était dépourvue de menhirs, comme les autres vallées pyrénéennes. Les cromlechs sont de petite taille, entre quatre et cinq mètres de diamètre ; ils sont essentiellement concentrés dans la vallée du Marcadau, sur le Pla de Loubosso, le Pla de la Gole, et les pâturages d’Aratilhe. J. Blot a également trouvé un cromlech dans la vallée du Lutour, et un tumulus-cromlech dans la vallée d’Ilhéou. Les dolmens correspondaient sans doute à des sépultures. Les cromlechs seraient des enceintes sacrées orientées vers le soleil et consacrées à un culte solaire.
Ces différents vestiges nous reportent à cette période que Gabriel Camps dénomme la première France, la France chasséenne de 3800 à 2300 avant J.C. " 33 ". Le chasséen correspond à une culture autochtone du Midi de la France : " Les chasséens sont de vrais paysans, maîtrisant totalement les techniques agro-pastorales " (G. Camps). Leur industrie lithique est très reconnaissable. Les haches en pierre polie y sont nombreuses. " Le chasséen s’insinue entre les massifs, se coule dans le creux des vallées. Ils adoptèrent le mode de sépulture collective qui justifie l’édification de monuments mégalithiques " (G. Camps). Les grands sites chasséens sont situés dans la région de Toulouse (Saint-Michel de Touch, Villeneuve Tolosane).
La fréquentation des hautes vallées pyrénéennes au cours de la protohistoire s’explique par les conditions climatiques particulières qui régnaient à cette époque : après la fin de la grande glaciation de Würm IV (-15 000 ans avant J. C.) et la phase tardiglaciaire qui l’a suivie (jusqu'à -10 000 ans avant J. C.), le climat de la France s’est progressivement réchauffé ; il est devenu plus humide au cours de la phase dite atlantique, de -3 500 à -2 500 avant J. C. " 34 ".
Au cours de la phase subboréale, de - 2 500 à -700 avant J.C., le climat des Pyrénées était beaucoup plus chaud que de nos jours. La végétation et les forêts ont couvert les hautes vallées pyrénéennes. En altitude, le hêtre, le sapin et l’épicéa ont gagné du terrain. Les Pyrénées ont été, à cette époque, autant et peut être plus que l’Armorique, la terre d’élection en France de la civilisation mégalithique. On assiste à une conquête des Pyrénées par les hommes du Néolithique, avec défrichement des forêts, création de pâturages et des premiers villages sédentaires. La civilisation mégalithique pyrénéenne appartient à la catégorie des dolmens ; elle est " le phénomène le plus typique, le mieux enraciné de la préhistoire pyrénéenne." (F. Taillefer) " 26 ". Dès les temps préhistoriques, la montagne a uni les hommes ; elle ne les a pas séparés.
Les découvertes archéologiques mentionnées ci-dessus confèrent une place privilégiée, dans la région de Cauterets, à la vallée d’Ilhéou et à la haute vallée du Marcadau au cours de la protohistoire. Les Pyrénées offrent de nombreux témoignages de transhumance au dessus de 2 000 mètres d’altitude au cours de cette phase climatique subboréale de la préhistoire (F. Taillefer). Avec les temps post glaciaires, le monde des chasseurs fait place à celui des paysans et des pasteurs.
LA VALLEE DE CAUTERETS DE LA PREHISTOIRE A LA CONQUETE ROMAINE
· Pendant cette longue période, aucun document n’atteste la présence permanente des hommes dans la vallée de Cauterets. Celle-ci continuait à être fréquentée pendant l’été par des pasteurs venus de la plaine, de part et d'autres des Pyrénées, conduire leurs troupeaux de moutons et de chèvres dans les pâturages (ou estives) des hautes vallées. Ces pasteurs appartenaient aux populations ibères, venues d’Espagne, qui avaient envahi notre sud-ouest au Ve siècle avant J.C. Ils avaient refoulé, sans les détruire, les ligures dans les régions les moins fertiles. Groupés en villages, avec des enceintes fortifiées (castera - turon - tuques), leurs cimetières tumulus jalonnaient la voie du sel (cami-salié). Des voies transversales escaladaient les cols et réunissaient les deux versants des Pyrénées " 41 ".
La religion des Ibères était naturaliste " 40 ". Leur culte s’adressait aux montagnes, aux forêts, aux hêtres surtout. Ils adoraient aussi les astres, le soleil et la lune. Les divinités des sources étaient nombreuses. Ces tribus ibères se donnaient un nom collectif, celui d’Aquitains. Ils étaient en voie de former une nation, lorsque Crassus-le-Jeune, lieutenant de César, envahit l’Aquitaine en 56 avant J.C.
CAUTERETS AU TEMPS DES GALLO-ROMAINS
L’Aquitaine fut définitivement soumise et constituée en province romaine par Auguste. Il était venu demander la guérison à une source thermale des Pyrénées, probablement Aquae Taberlicae (Dax). " C’est sans doute durant le séjour de plusieurs années, 16 à 13 avant J.C., qu’il fit en Gaule, qu’Auguste s’occupa d’organiser le pays conquis par César. Il ne limita pas le nom d’Aquitaine à la région entre Océan, Garonne, et Pyrénées. Il l’étendit à la région entre Garonne et Loire " " 41 ".
Au début du III e siècle, l’Aquitaine ibérique se sépara de la partie celtique. Lors de la réorganisation administrative, à la fin du III e siècle, qui divisa les provinces de l’empire en circonscriptions plus petites, l’Aquitaine ibérique constitua une province distincte, la Novem- populanie. Cette province rassemblait neuf peuples d’origine ibérique. Elle se distinguait par sa culture du reste de l’Aquitaine, plus celtique et plus romanisée.
Qu’en est-il des sources thermales de la vallée de Cauterets au temps de la Gaule romaine ? Dans les années 1950, un employé des thermes de Cauterets, M. Ernest Fourcade, adepte de la radiesthésie, fit la découverte d’un petit bassin accessible par un double escalier symétrique de quelques marches, et d’une canalisation en terre cuite utilisant le ciment rouge des Romains. Ce bassin est situé en amont des sources traditionnelles de César, dans les bois des flancs du pic des Bains, à proximité du village primitif de Cauterets (Cauteres dessus). M. Coquerel fut chargé de la fouille. M. Michel Labrousse, professeur d’histoire à la faculté de Toulouse et Directeur des Antiquités Historiques de Midi-Pyrénées a rendu compte de ces fouilles dans sa communication au Congrès des Sociétés Savantes, " Aux origines de Cauterets " " 35 ". " La construction première est datée par l’emploi du marbre blanc, du ciment rose, la découverte d’un fragment d’autel votif en marbre blanc et celle d’un nummus du IVe siècle (le terme latin : nummus signifie pièce de monnaie) ; elle est indiscutablement d’époque romaine... Sa découverte apporte une certitude sur l’utilisation des eaux thermales de Cauterets dès l’époque romaine, "... et M. Coquerel ajoute pour sa part : " le plan de cette piscine est le plan le plus commun des piscines antiques. " La piscine de Cauterets se présente sous la forme d’un bassin rectangulaire mesurant 4,20 m d’Est en Ouest et 3,90 m du Nord au Sud. A l’ouest, il se prolonge sur une abside en demi-cercle plus étroite, en position symétrique. Le plan absidial se rencontre partout dans l’architecture romane et notamment dans les thermes " 36 ".
A l’époque gallo-romaine, le balcon de l’actuel Saint-Savin, site privilégié, était le lieu d’un camp fortifié, le castrum et d’une grande propriété, le Palatium Aemilianum, centre d’exploitation rurale et demeure d’un riche personnage, AEMILIUS. Sur l’emplacement du bourg actuel, se trouvait la villa BENCER, futur Saint Savin.
Les bergers de ce temps, conduisant leurs troupeaux aux estives selon l’itinéraire millénaire, ne pouvaient manquer de rencontrer les sources chaudes des flancs de Peyraute. Ils y ont édifié cet autel votif à une époque où se rejoignaient le culte romain des sources et le culte ibère des sources et des forêts de hêtres. Les sources gallo-romaines ressemblaient beaucoup à des lieux de pèlerinage et les pratiques thermales se confondaient avec les rites du culte rendu aux divinités tutélaires des sources thermales " 39 ". Dans des notes manuscrites sur Cauterets, écrites par le Docteur Clément Labbat en 1821, celui-ci signale déjà une piscine antique, sur la porte de laquelle était inscrit le nom de César " 38 ".
LA VALLEE DE CAUTERETS PENDANT LE HAUT-MOYEN AGE (Ve - IXe SIECLE)
La fin des temps gallo-romains ouvrit dans notre histoire nationale une longue période d’obscurité : désordre et violence, effondrement démographique et abandon des terres envahies par les marécages, famines et pestes récurrentes. Dans la Bigorre, à laquelle appartient la vallée de Cauterets, les dominations successives des Vandales, Wisigoths, Francs, Mérovingiens et Carolingiens ne furent le plus souvent qu’une souveraineté nominale, laissant aux hautes vallées pyrénéenne une large autonomie... L’ensemble de cette période fut marquée par deux faits majeurs : les invasions successives et la christianisation du territoire.
· Après les ravages des Vandales, les Wisigoths ariens s’efforcèrent au VI e siècle, de continuer l’œuvre de Rome. Après la victoire de Clovis sur le Wisigoths à la bataille de Vouillé, les rois mérovingiens se disputèrent et se partagèrent le territoire.
L’invasion des Vascons païens venus du Sud, entre 561 et 584, donnèrent à l’ancienne Novem populanie son nom de Gascogne (Vasconie). Charlemagne fit régner pour un temps l’ordre et la paix, mais le pire était encore à venir. Sous les Carolingiens successeurs de Charlemagne, allait survenir une terrible épreuve : l’invasion des Normands, la plus terrible de toutes, par vagues successives, de 840 à 892, jusqu’au cœur des pays de l’Adour. Elle allait détruire ce qui restait de la civilisation gallo-romaine.
Pendant toute cette période, l’église fut " la seule force de cohérence, la seule source d’ordre et de chaleur " " 14 " (P. Chaunu). Le christianisme s’implanta d’abord dans les villes, où les évêques durent assurer le rôle de protecteurs et de défenseurs de la cité ; tel Saint-Justin à Tarbes. La cité de Bigorre fut évangélisée aux alentours de l’an 50 par Saint- Saturnin, disciple de Saint-Pierre, qui lui donna Saint-Justin comme évêque. Un curé fut nommé dans chaque localité importante qui devint une paroisse " 5 ". L’évangélisation des campagnes, commencée dès le IVe siècle, interrompue ou compromise par les invasions des Vascons païens au VIe siècle, et des Sarrasins musulmans au VIIe siècle, fut surtout l’œuvre des ermites, disciples de St Martin, dont les deux figures de proue ont été, dans nos vallées, St Orens et St Savin. A partir du Ve siècle, la fondation des monastères, foyers de prière et refuges de la culture, implanta durablement la foi chrétienne dans les villages. " Au cours du VIIIe siècle, avant 778, un abbé dénommé Forminius, avait aménagé quelques baraques pour y installer un monastère à Bencer (aujourd’hui Saint-Savin) dans les décombres du Palatium Aemilianum et dans l’enceinte du castrum romain. Ce modeste monastère reçut l’aide de Charlemagne qui lui accorda quelques bénéfices pour mettre en valeur les terres incultes environnantes... Dans les premiers beaux jours de 780, arriva au monastère, Sabinus, le futur Saint-Savin, venant de la célèbre abbaye de Saint-Martin de Ligugé, près de Poitiers. Il choisit de mener une vie de solitude dans les rochers de Pouey-Aspé où il installa son ermitage " (A. Meillon) " 10 " " 11 ". Après une vie de mortification, d’ascèse et de prière, il mourut en 794. Des miracles se produisirent par son intercession : un aveugle recouvre la vue. Il fut canonisé par l’église et son tombeau devint un lieu réputé de pèlerinage. Ce pèlerinage se faisait le jour du 1er mai, sur la montagne de Pouey-Aspé, lieu de son ermitage et témoin de sa vie de prière et d’austérité. Jean Bourdette, dans les " Annales des Sept vallées et du Labéda " place l’arrivée de l’ermite Savin en Labéda à une date plus tardive, vers les années 807 à 817 " 5 ".
En 819 fut fondé le Comté de Bigorre que Louis Le Débonnaire donna à titre de Comté héréditaire de la couronne de France à Loup-Donat, le fils aîné du Duc de Gascogne, Loup-Centule. En 841, le monastère de Saint Savin fut pillé et brûlé par les Normands. Les reliques de Saint-Savin, dont le monastère avait pris le nom, purent être soustraites à la destruction et à la profanation. A partir de 850 et jusqu’en 945, pas un seul document n’a surnagé : " les actes écrits furent comme suspendus dans cette malheureuse province " (E. Bourdette) " 5 ".
· Qu’en était-il de la vallée de Cauterets pendant ce demi-millénaire ? D’après Taillefer " 26 ", " le fond ethnique de la montagne ne fut pas modifié. On assista à un reflux des populations vers l’asile montagnard " à un rôle accru des forêts dans l’alimentation et au retour d’une économie liée à la forêt : cueillette, chasse, pêche. Alphonse Meillon (locus citatus) nous trace un tableau de la vallée de Cauterets vers 770 : " En union avec quelques hameaux voisins, les habitants de Bencer (futur village de Saint-Savin) possédaient la propriété collective de la sauvage vallée de Cauterets. Le bois, les pâturages, les lacs étaient régis comme la " communia " de l’époque franque. Tous les habitants des villages confédérés avaient le droit de couper du bois pour se chauffer, construire leurs maisons et les ponts et mener paître les troupeaux dans les estives... Les anciens maîtres de la villa Bencer avaient une réserve de chasse, la forestis, ainsi que des pacages et des lots de coupes de bois... Dès ce premier millénaire après J.C., les tribus qui ont peuplé nos vallées vivaient sous un régime patriarcal et communautaire, permettant de lutter contre les bêtes sauvages et d’organiser la vie pastorale, la cueillette et la chasse. Le fond du territoire commun des pâturages, des eaux et des forêts était régi par l’usage traditionnel sous la décision d’assemblées communes... On assiste pendant cette période, au passage de la communauté de tribus à la communauté de village... Cette organisation primitive a si bien pris racine que les siècles écoulés semblent l’avoir rendue indestructible. " (A. Meillon) " 10 " " 11 ". Pendant ce demi-millénaire, la vallée de Cauterets ne fut fréquentée que par les bergers solonais et ceux de Bencer, pour y conduire les troupeaux à la saison des estives, exploiter les forêts et les lacs selon les itinéraires venus du fond des âges. Entre le verrou de Meyabat et le confluent des gaves de Lutour et de Jerret, la vallée s’élargit pour former un val ensoleillé et abrité des verts nommé pla de los Tocoerès (plaine des troupeaux), site du futur Cauterets. Ce val servait de refuge et de repos pour les bergers gagnant les estives de la vallée du Lutour. Cet itinéraire était fréquenté sur sa rive gauche par les habitants de la communauté indivise de Bencer et sur sa rive droite par les Solonais (habitants de Soulon).
Les sources thermales étaient connues : les chemins des estives passaient par le versant escarpé de Peyraute, où s’épandaient des sources chaudes, au-dessus de la prairie d’Aygue Caute, formant des marécages dégageant une odeur de soufre ; d’où le nom de Caldarez donné à notre vallée (vallem caldarensem : vallée du chaudron). Le chaudron figure toujours dans les armes de Cauterets. Les bergers faisaient usage des vertus de ces sources chaudes pour soigner leurs maux et ceux de leurs brebis.
CAUTERETS DE LA DONATION DE 945 A LA FONDATION DU VILLAGE
Vers l’an 935, le Comte Raymond 1er de Bigorre entreprit de réparer le monastère des moines de l’ordre de St Benoît, sous la conduite de l’abbé Enecus, personnage d’une grande sainteté. " Il leur donne en 945 la vallée de Cauterets, à la charge d’y bâtir une église sous l’invocation de St-Martin et d’y tenir en état des logements pour les bains qu’on y pratiquait de ce temps-là. " (Abbé Colomès) " 43 ".
L’année précédente, en 944, le Comte Ramoun (Raymond 1er) avait fait donation à l’abbaye d’un territoire, appelé Pascal de Saint-Savin. Le Pascal était en ce temps un territoire dont tous les habitants étaient tenus de remplir leur devoir pascal dans l’église du lieu dont ils dépendaient. Le Pascal de Saint-Savin, objet de la donation, était constitué de huit villages voisins, dont l’église St-Jean de Saint-Savin était l’église paroissiale. Ces villages étaient les suivants : St Savin (Sen Sabi), Castet, Lau (Laou), Balagnas, Adast (Adas), Nestalas, Soulom et Us. Aujourd’hui, seul le village de Castet a disparu. Quant au village de Cauterets, il n’existait pas encore à cette date.
La teneur détaillée de la charte de 945 nous a été conservée, tant par Marca dans son " histoire du Béarn ", que par le notaire Noalis qui a transcrit dans son cartulaire une sentence arbitrale de 1290 où elle est insérée en entier (J. Bourdette). Jean Bourdette nous donne une traduction fidèle du texte latin dans ses " Annales du Labeda " " 5 ". En voici les principaux passages :
" ... Moi, Ramoun, Comte de Bigorre, ayant tout lieu de craindre la colère du Tout-Puissant et la perte des joies du Paradis, dans la vue de satisfaire pour mes pêchés et de racheter mon âme et celle de mes pères, j’ai doté, de mon patrimoine et autres biens, le lieu où l’on sait, de science certaine, que repose le corps de Saint Sabi, et que je n’ai rien omis, Dieu aidant, pour y perpétuer tant le monastère que les moines y vivant selon la bonne règle, sous la conduite de leur Abbé. "
" Pour les mêmes motifs, en outre des autres biens dont j’ai eu soin de, les gratifier, je fais cession et donation de la vallée de Caoutarès au dit monastère et aux religieux qui y feront leurs offices ; à la charge pour eux d’y construire une église convenable à la gloire de Dieu et à l’honneur du bienheureux Martin, et d’y entretenir toujours en bon état les cabanes ou logements pour bains... "
Nous leur concédons en outre les droits suivants :
- que si quelqu’un prend à la chasse un sanglier ou un cerf dans cette même vallée, il sera tenu d’en apporter le quartier ou l’épaule au monastère de Sensabi...
- que toutes les redevances de beurre que nous percevrons de la faculté du pacage dans toutes les estives (pâturages d’été) seront, par l’abandon que nous faisons, employées pour le luminaire de Sen Sabi.
- Nous statuons encore, pour l’amour de Dieu Tout-Puissant, et tant pour notre salut que celui de nos successeurs, que des deniers qui nous reviendraient pour plaids, batailles et amendes, nous ne retiendrons rien, ni notre viguier, dans ce territoire ; mais que, en l’honneur de Dieu et pour notre salut, nous les porterons et restituerons sur l’autel du monastère.
" Cette présente charte, confirmée par l’autorité de nos grands vassaux, nous la faisons et la remettons entre les mains de Bernat, Abbé de Sen Sabi, régnant en France le Roi Louis et, en Aragon, le Roi Gassie, l’an d’incarnation de notre Seigneur neuf cent quarante cinquième ".
Cette charte de donation de " la vallem Caldarensem ", (la vallée du Chaudron) ou vallée de Cauterets, est tout à fait dans l’esprit de la société de ce temps. Reprenons-en les principaux articles :
· " Donation faite en vue de satisfaire pour mes pêchés et de racheter mon âme et celle de mes pères " :
En 909, avait été fondé l’ordre de Cluny, destiné à réformer le monachisme par un retour aux sources et par réaction contre les déviations et altérations de la vie régulière provoquées par les vicissitudes des siècles précédents " 45 ". La communauté observait la règle de Saint Benoît, suivant les prescriptions élaborées un siècle plus tôt par Benoît d’Agnane. Le fondateur de l’ordre de Cluny, Guillaume, Duc d’Aquitaine, avait lui-même fait don de son domaine de Cluny aux moines " afin d’obtenir le pardon de ses pêchés et de bénéficier pour lui-même et ses descendants de la prière des moines " " 45 ". Raymond de Bigorre ne fait donc que suivre cette tradition, inaugurée à l’initiative d’un duc d’Aquitaine de haute renommée. Le Comte de Bigorre, comme les seigneurs de son temps, est un grand croyant et un immense pécheur. Il confie le salut de son âme à la prière des moines dont la portée spirituelle est unanimement reconnue.
· " Donation au lieu où l’on sait, de science certaine, que repose le corps de Saint Savin " :
Sur le plan spirituel, les bénédictins réformés diffusent le culte des saints et contribuent au succès des pèlerinages. Celui qui se faisait au tombeau de Saint Savin était le plus important de la région.
· " Donation au monastère où les moines y vivent selon la bonne règle, sous la conduite de leur abbé " :
C’est là un hommage à la réforme de Cluny et l’indication d’une volonté de contribuer à la réforme des moeurs : l’amour de la paix, et la charité envers les pauvres, les deux vertus privilégiées par les bénédictins de Cluny.
· " Donation au dit monastère de la vallée de Cautarès " (Cauterets) :
Les moines étaient alors les seuls détenteurs du savoir-faire technique et du patrimoine culturel, qu’ils contribuèrent à sauver en partie de la destruction lors des invasions. Aussi, les seigneurs cédaient-ils de préférence aux abbayes les terres qu’il fallait défricher et aménager. Le Comte de Bigorre, en bon gestionnaire, garde sous sa seigneurie directe les bonnes terres de la vallée de l’Adour et confie aux moines les terres à défricher de la vallée de Caoutarès.
· " A la charge d’y construire une église convenable à la gloire de Dieu et à l’honneur du bienheureux Martin et d’y entretenir toujours en bon état des cabanes et logements pour bains " : Cet article de la charte confirme l’existence d’installations balnéaires antérieures à la charte. Les moines bénédictins furent en France, à partir du Xe siècle, de grands restaurateurs des sources et des thermes. St Benoît et ses disciples étaient favorables au traitement par les bains des sources thermales ; le carême était considéré comme la période de prédilection pour ces pratiques balnéaires associées au jeûne. Les couvents délivraient aux moines des congés pour une période de 20 jours à cette occasion.
· " A la charge d’y entretenir toujours des cabanes (ou logements) pour les bains " ; à cette époque, l’accès aux bains était libre et gratuit. Aussi la charte n’impose-t-elle aux moines que la charge d’entretenir des logements pour les bains. Les baigneurs versaient des aumônes proportionnées à leurs ressources " 47 ".
· " Cette présente charte confirmée par l’autorité de nos grands vassaux, sous le règne du Roi Louis, en l’an 945 " : la datation approximative des actes se faisait en ce temps par référence au roi régnant. C’était même l’un des seuls liens qui unissaient ces populations au détenteur du trône. A cette date, régnait Louis IV d’Outre-mer, fils de Charles III le Simple, né d’une mère anglaise, Odgrive, fille du Roi Edouard 1er d’Angleterre. Ce prince, né en 921, exilé en Angleterre, avait été rappelé sur le trône par Hugues Le Grand, duc de France. Louis IV, Roi de France de 936 à 954, devait mourir à Reims à 33 ans des suites d’une chute de cheval.
On pourrait s’étonner de l’absence de tout document écrit relatif à cette charte, en date de la donation de 945. En fait, à partir de 850, à la suite des invasions normandes, tout document écrit a pratiquement disparu pendant près d’un siècle. De plus, le nombre de personnes sachant lire et écrire était inférieur à 1 pour cent. Les dialectes, parlés et compris dans ces vallées pyrénéennes appartenaient à la famille des langues d’Oc et étaient variables d’un pays à l’autre, d’une vallée à l’autre. La seule langue commune était le latin parlé par les seuls clercs, ou les plus instruits d’entre eux. " La coutume, quelqu’en soit le cadre, n’est pas écrite. Elle se conserve par la " tradition orale ". Les actes qui fondent la coutume doivent avoir été en vigueur pendant un certain temps, quarante ans d’ordinaire, ou mieux encore depuis si longtemps qu’on n’a pas mémoire du contraire ; c’est alors la coutume immémoriale. Elle ne subsiste qu’autant que se maintient, à son sujet, l’unanimité morale du groupe ; elle disparaît par non-usage, par désuétude. " (F. Olivier Martin) " 48 ".
Pendant le siècle qui suivit cette donation, les moines s’attachèrent à la mise en valeur du territoire qui leur était attribué par la charte : " aménagement des chemins d’accès, défrichement des forêts et protection des centres de pacages, assèchement des marécages, réglementation des pâturages. Ils imposèrent une discipline aux populations qui fréquentaient la vallée. " (A. Meillon) " 10 " " 11 " " 12 ".
Au début du XIe siècle, le siège abbatial de Saint-Savin resta vacant pendant vingt cinq ans. " En 1025, le nouvel Abbé Bernard II voulut réglementer les pâturages et les coupes de bois. Cela ne va pas sans difficulté provoquant des conflits entre l’abbaye et les vallées et donna lieu à plusieurs procès à partir de 1025. " (A Meillon) " 10 ". Mais les temps n’étaient pas favorables aux grandes entreprises ; la fondation du village de Cauterets n’interviendra que quelques décennies plus tard.
II - CAUTERETS DE LA FONDATION DU VILLAGE (VERS 1075) JUSQU’A LA FIN DU MOYEN-AGE
· · · DE LA FONDATION DU VILLAGE DE CAUTERETS JUSQU'A LA FIN DU XIe SIECLE
· La fondation du village de Cauterets fut l’œuvre de l’Abbé Bernard III. Abbé de Saint-Savin de 1059 à 1078 ; il fut un " personnage aussi considérable par sa piété que par ses belles qualités, ne le cédant pas en vertu à ses prédécesseurs, ... vivant dans une austérité telle que le demande la règle de Saint-Benoît " (A. Meillon) " 13 ".
· Avant la création du village, il n’y avait aucune trace d’habitation ; les eaux chaudes se perdaient le long des flancs de la montagne avant de se déverser dans le gave ; elles formaient une véritable rivière d’eau chaude dégageant une forte odeur de soufre, d’où le nom significatif donné à ce ruisseau dans le cartulaire de 1094 : " le Cauterets " (A. Meillon) " 11 ".
· Bernard III comprit l’immense valeur de ces sources chaudes. Il fit aménager une piscine dénommée " bain d’en-haut ", sur les flancs de Peyraute, à 200 ou 300 mètres au-dessus du gave. Le premier régisseur de ce bain fut le moine Jean.
· Des habitations se regroupèrent autour de ce bain, sous forme de cabanes aux toits pentus sur lesquels glissaient les avalanches. Ce hameau primitif ne rassemblait guère plus de dix feux.
· Fidèle aux engagements de la charte du donataire, il fit édifier une chapelle consacrée à St-Martin.
Le Comte de Bigorre, Centulle Gaston, décida, vers 1080, de soumettre l’Abbaye de Saint-Savin à celle de Saint-Victor de Marseille. Il semble qu’à l’occasion d’une vacance de siège abbatial, le couvent de Saint-Savin ait connu quelques relâchements. Le but invoqué de cette donation était en effet de soumettre avec plus de rigueur le couvent à la règle de Saint-Benoît et à la réforme de Cluny. L’Abbaye Saint-Victor de Marseille était alors la plus célèbre des Abbayes du Midi de la France rattachées à Cluny. Le Pape Grégoire VII confirma, en 1081, la soumission du couvent de Saint-Savin à celui de Marseille. Ce rattachement fut mal accepté par les moines, par les seigneurs et par la population. L’Abbé élu par les moines devait en effet se transporter à Saint-Victor de Marseille pour obtenir la confirmation et la bénédiction de l’Abbé de ce lieu et faire, entre ses mains, serment de soumission et de fidélité. On a pu dire à cette occasion que Cauterets était devenu une colonie marseillaise !
Les deux vicomtes de Lavedan n’apportèrent pas leur signature à l’acte de donation : vers 1080, un conflit opposa Centulle Gaston, Comte de Bigorre à Sachez Ramirez, Roi d’Aragon. Centulle Gaston, Comte de Béarn, avait répudié sa première épouse pour contracter un second mariage avec Béatrix, héritière du comté de Bigorre. Le fils aîné de Centulle Gaston, né du mariage avec la première épouse répudiée, se réfugia auprès du Roi d’Aragon. Celui-ci, pour soutenir sa révolte, entra en armes dans le Lavedan. Le Roi de Castille, le Comte de Poitiers et le Duc de Guyenne et Gascogne s’entremirent. Centulle fit hommage de sa terre au Roi d’Aragon. Le Comté de Bigorre, et la vallée de Cauterets qui en faisait partie, resta dans la mouvance du royaume d’Aragon jusqu’en 1258, date à laquelle le Comté de Bigorre passa sous la suzeraineté du Roi de France, Louis IX (Saint-Louis), à la suite d’un traité qu’il établit avec Jacques le Conquérant, Roi d’Aragon.
Pendant le temps de trouble et de confusion causés par l’invasion des Aragonais, les Solonais (habitants de Soulom), qui étaient de la " directe " du Comte, revendiquèrent la propriété de la vallée de Cauterets et s’emparèrent des bains et de la chapelle Saint-Martin. Ils retinrent ainsi les bains de Caouterès en leur possession pendant un an. Lorsque le nouvel abbé Ebrard fut élu en 1083, il engagea d’abord des pourparlers avec les Solonais en vue d’une conciliation. Ces pourparlers n’ayant pas abouti, il demanda justice au Comte et sollicita son arbitrage. Après délibération, les juges de Bigorre, en présence du Comte et par son ordre, décidèrent que le débat serait soumis au jugement de Dieu. Un duel judiciaire fut alors organisé. " A genoux, après avoir fait le Signe de Croix, les deux champions jurèrent sur la Croix qu’ils ne sont pas aidés par l’art de la magie ni de la sorcellerie, qu’ils se confient à Dieu, à leur bon droit, en leurs armes, en la force de leurs membres ". Robert, le champion des Solonais, fut vaincu par Marco, celui du couvent. Robert se fit moine et fut reçu dans la congrégation. Les otages que Robert avait donnés furent condamnés à l’amende. Guilhem et Richard de Soulon restituèrent les biens dont ils s’étaient emparés. Pour rétablir la paix avec eux, l’abbé et les moines leur remirent 50 sols de monnaie courante. Quelque temps après, Guilhem de Soulon vendit les deux parts qu’il possédait dans les estives et les forêts de la vallée de Cauterets et " s’en dessaisit de sa propre main sur l’autel de Saint-Savin ." (J. Bourdette).
Notre pays connut une véritable mutation à partir des années 1060-1070 (celles de la fondation du village de Cauterets). La population commence à se multiplier, avec l’aide d’une oscillation climatique favorable. Le retard de l’âge du mariage permet un gain de santé et un meilleur investissement éducatif. Des progrès techniques apparaissent dans l’agro-pastorale : attelage à collier d’épaule, ferrage des chevaux, moulins à eau. Il note l’émergence d’un paysannat motivé, libre de ses décisions : " un peuple libre de décideurs enracinés dans la glèbe " (P. Chaunu) " 14 ".
Le " Regnum Francorum " devient un espace de paix à travers le lien féodalo-vassalique, sa chaîne de fidélité, ses obligations réciproques. Ainsi, le tissu social va se reconstituer ; la culture reprendra son essor grâce à une meilleure transmission de l’acquis " 14 ".
· · · CAUTERETS AU XIIe SIECLE
Au cours du XIIe siècle, le village de Cauterès dessus (Cauterets d’en-haut) s’agrandit jusqu'à compter 20 feux.
Les sources :
Les eaux chaudes qui s’épandaient sur les flancs de Peyraute étaient recueillies à hauteur de trois émergences : le bain d’en-haut, le premier qui ait été aménagé par les moines ; le bain du milieu, ou bain des Espagnols, sans doute ainsi nommé parce qu’il était fréquenté par les Aragonais et le bain-d’en bas, situé au-dessous de l’actuelle terrasse de Pauze-vieux.
La communauté de Cautérès et la vie pastorale
L’élevage des troupeaux demeurait l’activité principale des habitants de la vallée. Les biens privés ne représentaient qu’une très faible partie du territoire. Tout le reste faisait partie des biens indivis, exploités en commun par les habitants de la Rivière de Saint-Savin et de ses huit villages, sous la suzeraineté des moines de l’Abbaye de Saint-Savin.
La communauté villageoise elle-même était gérée par l’Assemblée des Chefs de famille, ou " voisins ", les bézis, chaque chef de famille étant désigné à tour de rôle comme cossou (consul) et obligé d’accepter sous peine d’amende. En cas de décès, sa femme le remplaçait. Il était chargé de la gestion de toutes les affaires communales, de l’exécution des décisions de l’Assemblée (la beziau) et de la responsabilité des redevances dues à l’Abbaye, le Comte de Bigorre ayant renoncé, pour sa part, à toute redevance par la charte de donation. La montagne les unissait aux pasteurs des vallées voisines d’Aragon, menant la même vie et ayant les mêmes besoins. Les droits réciproques étaient consignés dans des Lis ou Passeries. Le lieu habituel de transaction était la vallée du Marcadau. En dépit de ces accords, des conflits survenaient de temps à autre.
" La Tourette "
A la suite de l’invasion aragonaise, sans doute par crainte de la voir se renouveler, un château, ou plutôt une tour de guet fut construite au début du XIIe siècle, sur une hauteur située entre le gave et l’actuelle rue de Pauze, d’où l’on dominait toute la vallée.
L’assise en pierre du " château " a été récemment découverte, à la partie supérieure d’une rue portant de longue date le nom de Rue de la Tourette. Cette tour prenait appui sur un rocher tombant directement sur le gave (rive droite) et verrouillant la vallée. La rue de la Raillère a été taillée dans ce rocher vers 1755, lors de l’aménagement de la route menant aux établissements du groupe Sud. Ce rocher portait au siècle dernier le nom de rocher de Labédat, du nom d’un boulanger qui avait son four et sa maison au Nord de celui-ci.
Du côté du levant, la tour et le rocher étaient séparés de la montagne de Peyraute (Peyrâ outa) par un col où passait le sentier menant aux parties supérieures de la vallée. A la même époque, la France se hérissait de châteaux et de forteresses, tant le besoin de sécurité et de protection était une exigence à cette époque.
Le tribut des médailles " 49 "
Au début du XIIe siècle, un grand conflit opposa les habitants lavedanais de Darré-Aygue aux Béarnais de la vallée d’Aspe. Le pays de Darré-Aygue est constitué par l’ensemble des vallées du Lavedan, situées sur la rive gauche du gave de Lourdes, du côté du couchant (Darré : arrière, couchant ; Aygue : eau, cours d’eau). Ces vallées sont au nombre de quatre : la Batsurguère, l’Estrème de Salles, le Val d’Azun et la Rivière de Saint-Savin (comprenant le village de Cauterets). La cause de ce conflit fut sans doute un vol de bestiaux ; ce genre d’incursion était assez banal entre vallées voisines, mais celle-là tourna au tragique et plusieurs Aspais furent tués. Les autorités locales, civiles et religieuses, n’ayant pas réussi à régler ce conflit, on dut faire appel à l’évêque de Comminges, Bertrand, dont le rayonnement et la sainteté étaient connus de tous. Les habitants de trois des vallées de Darré-Aygues, dont celle de Saint-Savin, acceptèrent de bon cœur l’arbitrage du Saint Evêque. Ceux du Val d’Azun se montrèrent plus rétifs. Ils accueillirent fort mal l’évêque Bertrand, pourtant investi du titre de nonce apostolique, et coupèrent la queue de sa mule... L’interdit fut jeté sur la terre et les gens d’Azun. Excommuniés et frappés de fléaux naturels, ils se repentirent. Le saint Evêque leva l’interdit et " par ses prières obtint de Dieu que la fertilité fut rendue au pays " (J. Bourdette). Pleins de reconnaissance, les Azunais s’engagèrent à lui faire hommage de tout le beurre que produisait leur pays la veille de la Pentecôte. Cette histoire est rapportée dans deux tableaux que l’on peut toujours admirer dans la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges. Les habitants des quatre vallées de Darré-Aygue, dont ceux de Saint-Savin, furent condamnés à payer annuellement et à perpétuité la somme de six livres deux sols quatre deniers à ceux de la vallée d’Aspe, le jour de la Saint Michel (29 septembre) dans l’église de Saint-Savin. La part de Cauterets était de deux sols et quatre deniers. A part une interruption d’une vingtaine d’années au XVII e siècle, cette amende fut régulièrement versée, tous les ans, puis tous les trois ans, jusqu’en 1789. Cette redevance est connue sous le nom de tribut de Médailles. Le tribut du beurre fut également acquitté par les Azunais jusqu'à la Révolution " 5 ".
Les Lavedanais à Saragosse
Plus glorieuse fut la participation du Comte de Bigorre et du Vicomte de Lavedan à la lutte contre les Maures et à la prise de Saragosse en 1118. A cette occasion, le Roi d’Aragon, Alphonse le Batailleur, fit don de quelques maisons de Saragosse à Arnauld 1er Vicomte de Lavedan, en récompense de ces services, par l’intermédiaire de Gaston IV de Béarn, tenant la ville au nom du Roi. Quelques biens furent concédés à l’Abbaye de Saint-Savin, dans les environs de Saragosse à Cortada " 50 " " 51". Ce fait souligne les liens étroits qui unissaient à cette époque la Bigorre à l’Aragon, lien de vassal à suzerain, de 1022 à 1258.
L’hôpital de Cautarès
Une bulle du Pape Alexandre III, datée du Latran, en avril 1167, et adressée à l’Abbé de Saint-Savin Dieudonné (ou Déoudat), confirme le couvent dans ses possessions. On note parmi celles-ci : " l’église Saint-Martin de Caoutères avec les bains et tout ce que le couvent possède dans la vallée ou les estives. " Une petite bulle de ce même pape Alexandre III, datée du II des Calendes d’Août (22 juillet du calendrier actuel) 1167, est relative à l’hôpital de Cautarès. Voici la traduction en français qu’en donne J. Bourdette : " Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos chers fils, le Procureur de l’hôpital de Cautarès et à ses frères, salut et bénédiction apostolique. Pour entretenir la religion et la conserver plus pleinement dans son état et sa force, il nous plaît de donner toute notre attention aux lieux qui sont consacrés à l’hospitalité et aux soins des pauvres, ou à d’autres œuvre de piété ; et il nous paraît convenable de les munir de la protection apostolique contre l’insolence des méchants. C’est pourquoi, chers fils dans le Seigneur, accueillant favorablement vos justes demandes, nous prenons le dit hôpital, avec tout ce qu’il possède légitimement dans le présent, ou qu’il pourra accueillir dans l’avenir par de justes moyens, avec l’aide du Seigneur, sous la protection du bienheureux Pierre et la nôtre, et nous les mettons sous le patronage du présent écrit. Nous statuons qu’il ne sera permis absolument à aucun homme d’attenter témérairement au dit hôpital ou à ses droits ou de les troubler par toute autre vexation. Que si quelqu’un ose leur porter atteinte qu’il sache qu’il encourra l’indignation de Dieu tout-puissant et des bienheureux Pierre et Pau " " 5 ".
Aussi en ces temps de chrétienté, l’hôpital de Cauterets revêt une importance telle que le Pape lui-même le prend sous son patronage et sa protection.
Le Docteur E. Duhourcau a retrouvé, pour sa part, dans le trésor de Pau, un vieux parchemin inscrit sous ce titre : " Confirmation par Geraldus de La Barthe, Archevêque d’Auch, pour l’hôpital de Caouterès " (E. Duhourcau) " 52 ". Cette confirmation est de 1170 ; elle fait mention d’un document plus ancien, puisqu’elle s’inspire de " l’exemple du Don Guilhem, d’heureuse mémoire son prédécesseur, Archevêque d’Auch. S’agit-il de Guilhem métropolitain d’Auch et légat romain en 1033 ? (J. Bourdette) " 5 ". L’hôpital de Caouterès aurait-il existé dès le 11e siècle, avant la fondation du village ?
Voici la traduction du mandement de l’Archevêque Geraldus de La Barthe faite par J. Bourdette dans les Annales de Labeda p ; 351 : " Gérard, par la grâce de Dieu, Archevêque d’Auch, légat du St Siège apostolique, à mes chers fils l’Abbé de Saint-Savin et ses frères tant présents que futurs, qui ont fait profession de vivre perpétuellement sous la règle de saint Benoît. Autant qu’on nous demande ce que l’on sait convenir à la raison et à l’honnêteté, il nous plaît d’amender de bon cœur et de donner pleine satisfaction aux désirs de ceux qui s’adressent à nous. C’est pourquoi, cher fils en Notre Seigneur, accordant notre assentiment à vos justes demandes, nous confirmons notre sauvegarde à votre hôpital dit de Caouterès suivant l’exemple de Don Guilhem, d’heureuse mémoire, notre prédécesseur, Archevêque d’Auch, et nous la revêtons de l’autorité de la présente page. Nous statuons qu’aucun homme n’osera, en une occasion quelconque, violer cette sauvegarde, ni faire aucune violence aux pauvres qui vivent dans cet hôpital, et aux autres personnes qui y entrent ou en sortent, ni leur enlever leurs biens. Mais, comme cet hôpital sert au soulagement et à la réfection de tous les nécessiteux qui s’y présentent, qu’il soit toujours gardé sévèrement à l’abri de toute vexation des profanes et de la malice des méchants. Et, parce que cet asile est connu comme servant à l’utilité de plusieurs, nous statuons qu’il ne tombera pas sous l’interdit commun, mais qu’il sera permis aux habitants de ce lieu, séparés du monde en expiation de leurs fautes, d’y célébrer en tous temps les offices divins. Si donc quelqu’un à l’avenir, connaissant cette page de notre constitution, tente de s’élever contre elle, après un second ou troisième avertissement, s’il n’a pas donné une satisfaction suffisante, qu’il sache qu’il sera accusé au jugement de Dieu, de son iniquité commise, et qu’il soit frappé d’excommunication. " (J. Bourdette) " 5 ".
Ainsi, nous apprenons par ce mandement que l’hôpital de Cauterès bénéficiait du droit d’asile, qu’il accueillait des pauvres, qu’il servait au soulagement et à la réfection des malades nécessiteux (qui faisaient sans doute usage des eaux), enfin que les voyageurs (les personnes allant et vivant) y trouvaient refuge. Cet hôpital de Cauterets fut-il aménagé par les moines auprès des bains et du village comme le pense J. Bourdette ? S’agissait-il d’un lieu d’asile existant avant le 11e siècle et la création du village, selon l’hypothèse de M. Rivière-Chalan ? " 53 " D’après cet auteur, cet hôpital aurait d’abord existé sous forme d’une " ausmonas ", lieu de secours et de sauvegarde pour les bergers et les voyageurs ; les moines de Saint-Savin l’auraient transformé en hôpital. Un document établi par Joseph Bruzaud en 1824 fait mention d’un pré de lespitau (l’hôpital) attenant à celui de Palats, au pied du pic des Bains. Il est donc vraisemblable que l’ancien hôpital se situait dans la partie basse du vieux Cauterets (Cf. Précis historique des faits, mutations, accords, événements, qui se sont passés dans les affaires de famille de la maison Bruzaud de Cauterès, établi par Joseph Bruzaud, avoué à Tarbes, de 1824).
· · · CAUTERETS AU XIIIe SIECLE
Au début du XIIIe siècle, la couronne d’Aragon englobait, outre le comté de Barcelone, le comté de Toulouse, le comté de Provence et " constituait l’amorce d’un Etat méditerranéen, dont les Pyrénées étaient l’ossature " (P. Chaunu) " 14 ". La Bigorre faisait partie de cet ensemble. Un drame religieux allait modifier cette situation de fond en comble : celui de l’hérésie cathare. Les adeptes de ce mouvement reprenaient les vieilles thèses manichéennes opposant le mal absolu à une perfection sans accommodement. La matière et le monde représentaient le mal ; le bien résidait dans la pureté et le rejet de la matière.
Or, la plupart des Seigneurs du Midi adhérèrent au catharisme et le transformèrent en rébellion politique. A partir de 1200 fut organisée une " croisade " contre ceux qu’on appelait les " Albigeois ". Le Roi d’Aragon, Pierre II, vint au secours de son vassal, le Comte de Toulouse. Les " croisés " menés par Simon de Montfort écrasèrent les Albigeois à la bataille de Muret (1213). Le Comte de Bigorre, Gaston, qui avait envoyé des troupes au secours du Comte de Toulouse, s’empressa d’abjurer l’hérésie cathare, fut relevé des sentences d’excommunication et garda son comté. Philippe Auguste sut habilement se présenter en protecteur des vaincus de Muret et réalisa en profondeur la conquête du Midi, dont l’attachement à la France ne s’est jamais démenti depuis lors. On peut dire que l’appartenance de notre vallée à la France date de cette période. " Le rattachement de la Bigorre à la couronne de France, par le traité de Corbeil en 1258, sous le règne de Louis IX, est la conséquence lointaine de ce tournant décisif du temps de Philippe Auguste " (P. Chaunu) " 14 ". Par ce traité, le Roi d’Aragon renonçait aux territoires situés de l’autre côté de la ligne de crête des Pyrénées, et réciproquement.
Pendant ce XIIIe siècle, le monastère de Saint-Savin fut étroitement soumis à l’autorité de l’Abbaye St-Victor de Marseille. Fort-Ané 1er, vingtième abbé de Saint-Savin, dut aller au monastère de Saint-Victor de Marseille prêter serment d’obéissance et de fidélité : " Je suis venu devant votre présence, en votre monastère de St-Victor de Marseille, avec des lettres du chapître de Saint-Savin dans lesquelles il est attesté... qu’ils m’ont élu à l’unanimité pour père et pasteur de leurs âmes, vous supplient humblement que vous daigniez confirmer l’élection faite de moi. Et vous, après examen tant des mérites de la personne que des modes d’élection, vous avez, de votre grâce, confirmé cette élection " (J. Bourdette - Annales du Labeda) " 5 ".
En 1239, le Pape Grégoire IX prit sous sa protection le monastère de Saint-Savin et tous ses biens. Un visiteur délégué par l’Abbaye de Saint-Victor venait à intervalle réguliers confirmer les droits et l’autorité de celle-ci. Ainsi, en 1246, le bénédictin Bernard de Mayrozio visita le couvent de Saint-Savin ; il fit les corrections et réformes qui lui paraissaient nécessaires. Alors que les cinq mariages successifs de la Comtesse Pétronille et les prétentions du Roi d’Angleterre sur la Bigorre semaient le trouble parmi les seigneurs, la vallée de Cauterets connaissait une longue période d’ordre et de paix. Le village s’accroissait régulièrement jusqu'à compter trente feux. Les foyers étaient implantés autour des sources, suspendus à des pentes très raides. Ils demeuraient isolés pendant l’hiver.
Une sentence arbitrale de 1290 fixait les limites de la vallée de Cauterets par rapport aux communautés situées au couchant : Arcizans-Davant, Arras, Sirex, Arcizans-Dessus, Gallagos et Bun et à celles du Levant : Viscos, Grus, Sazos et Bun.
L’arbitrage fut confié aux experts prud’hommes du Lavedan, dénommés Hommes Probes, qui décidèrent de se rendre sur les lieux et d’aller de borne en borne et de croix en croix pour reconnaître les limites entre les territoires de la mouvance du couvent de Saint-Savin et ceux des communautés voisines. Il faut préciser que la population lavedanaise jouissait de temps immémorial des ponts et montagnes de la vallée de Cautères, bien avant la donation de 945.
· · · LA VALLEE DE CAUTERETS AU XIV ème SIECLE
En France et à Cauterets, le XIVe siècle avait fort bien commencé. Sous la poigne de fer de Philippe le Bel, le royaume des fleurs de lys se transformait en Etat, pourvu d’une administration égalitaire " le roi était plus un souverain qu’un suzerain. Nobles et roturiers devaient manifester le même respect de la loi." (P . Miquel. Histoire de la France) " 17 ".
La loi, pour être respectée, devenait écrite. Le roi était entouré de " conseillers, les fameux légistes royaux, tous bourgeois ou nobles de petite noblesse. Ils allaient travailler à codifier le droit... et doter la France d’une solide administration. " (Pierre Miquel) " 17 ".
"En 1305, le propre fils de Philippe le Bel, Louis (futur Louis X le Hutin) succéda à la Reine Jeanne de Navarre, comme Roi de Navarre et Comte de Bigorre ; il fut reconnu sans difficulté par les Etats de ces deux pays. " (J. Bourdette) " 5 ".
Ces temps favorisèrent le développement du hameau de Cauterets et ses habitants se trouvèrent à l’étroit sur les flancs de Peyraute, dans des terrains en pente, d’accès difficile. Ils entreprirent des démarches auprès de l’Abbé de Saint-Savin, Sanche de Luns, pour déplacer le village en un lieu plus commode, plus vaste, mieux accessible.
" En conséquence, tous les
bézis et bézias (maîtres et maîtresses de maison) ayant été convoqués sous le
porche de l’église du lieu, pour le 8e des calendes d’Août (25 juillet),
l’an 1316 (sous le règne de Philippe V le Long, le fils de Philippe le Bel) ;
furent présents : Pey, Chapelain du village, Pey de Peyrahita, Arnâout del
Espitaou, Gaillardine ded Frechou, Maria de Caza, Doumenge de Cazanaba, Pey de Mountaa,
Sancho de Soulaa, Maria de Condau (Candau), Guilhem ded Ourm (de l’Orme), Jouan de
Soulé, Arnaout de Cazanaba
(Cazenave), Arnaout de Sobia (Soubie), Maria de Cazenaba, Guilhem-Sans de Calestrémé,
Bernat de Labarrouy, Ramon de Meylouga, Gaillard de Lubia, Bernat de Serras, Pey de Sala,
Arnâout Guilhem de la Sala, Arnaoûta ded Caoutaré, Bernat ded Espitaou. " (J.
Bourdette) " 5 ".
Vingt deux maîtres de maison participaient à l’Assemblée avec le chapelain ; il existait donc au moins vingt-deux feux à cette date. Parmi ces vingt deux chefs de famille, il y a cinq femmes (trois Maria, une Gallardine, une Arnâouta) qui délibèrent et jouissent du droit de suffrage au même titre et en complète égalité avec les hommes dés lors qu’elles sont maîtresses de maison. Deux des patronymes font référence à l’hôpital, qui était donc un lieu important du hameau de Caouterès à cette date.
L’Abbé se rendit lui-même à cette Assemblée de la communauté (Beziaou). Il consentit au déplacement projeté, et souhaité par la plus grande partie des chefs de maison, s’ils voulaient tous s’obliger à continuer d’être à l’égard de l’Abbaye de Saint-Savin " cessaous et questaous, de dreyt é de ley, d’entrada é d’egzida, de croumpa é de fédéchous ; de serba conndicion " autrement dit qu’ils continuent à verser les redevances, droits et impôts, dans le nouveau village comme ils le faisaient dans l’ancien. Il les invite à faire connaître leurs volontés par un vote immédiat. Tous votèrent oui, à la seule exception de Gallardine ded Frechou, qui vota non. Acte en fut dressé immédiatement, sur le lieu même de Cautarès-Dessus, par Maître Arnäout de Mata, de Bielalounca (Villelongue) notaire public requis à cet effet par les deux parties, en la présence et témoignage de plusieurs seigneurs et prieurs des villages des environs. (Il convient de noter que l’acte fut rédigé dans la langue du pays).
L’année suivante, un différend s’éleva entre l’Abbaye et les communauté du Pascal de Saint-Savin. Le différend fut soumis à des arbitres qui rendirent leur sentence le 22 juillet 1317. Par cette sentence il fut accordé au couvent le droit de donner " à ferme, à fief et à cens " leurs terres situées dans la vallée, mais exclusivement aux habitants de Cauterès et de Soulom, de vendre tous les bois de la dite vallée, d’extraire les pierres des carrières, de bâtir trente feux allumants et de peupler à Cauterès le pla de las Tocoérès à l’intérieur de certaines limites, marquées par des pierres et des croix. Ce nouveau Cauterets, Cauterès Debat, allait se développer au pied du Castet (la Tourette), entre la rive droite du gave et le Cauterès d’en-haut (" dessus "). Les principaux repères étaient la Croix du Castet, le Moulin, l’Ostau del Caperan (la Maison du Chapelain). Il leur était accordé en outre des terrains pour l’église, le cimetière, une maison au service du Monastère ainsi que pour l’aménagement d’une cabane pour le bain d’en bas, connu désormais comme le petit bain des Pères. D’après la sentence, ils ne pourront à l’avenir introduire dans la vallée du bétail étranger. En raison de cette restriction, était établie en leur faveur une redevance de 540 sols bons tournois noirs de bonne monnaye au cours de Bigorre. Quelque temps après, " de temps immémorial ", cette redevance annuelle et perpétuelle fut convertie en une redevance de 30 écus petits.
Ainsi Cauterets débutait une nouvelle croissance. Les bains bien entretenus commençaient à acquérir de la célébrité ; leur accès était facilité par de bons sentiers muletiers, conduisant depuis Soulom jusqu’au chemin des Pères et au village. La vie agro-pastorale se développait. Pendant l’été, le travail se faisait au dehors : autour du village pour les terres et les prés, sur la montagne pour la garde et le soin des troupeaux. Pendant l’hiver, où la vallée se couvrait de neige, le travail se faisait à l’intérieur.
Les hommes s’occupaient des bestiaux, réparaient et façonnaient outils et meubles (sabots, sièges, vaisselle, coffre de bois), tissaient des étoffes de laine et des toiles de lin pour les vêtements et les draps. La plupart des maisons disposaient d’un métier à tisser.
Les femmes travaillaient au ménage, à préparer les salaisons, à entretenir vêtements et linge ; pendant les longues veillées d’hiver, elles filaient autour du foyer la laine, le lin et l’étoupe, à la lueur de la téda (éclat de bois de sapin) ou de la hâbla (chandelle de résine).
Ce XIVe siècle, si bien commencé, allait bientôt devenir le temps des malheurs. A partir de 1334, la rivalité entre les rois de France et d’Angleterre pour la couronne de France allait conduire à la guerre de Cent Ans. Plus terrible encore, la peste noire de 1348, avec ses récurrences successives, allait faire périr plus du tiers de la population du royaume. Une éclaircie d’une vingtaine d’années, au temps de Charles V le Sage (1364 - 1380) accorda un répit à la France jusqu'à la mort de celui-ci en 1380. Dans cette même année 1380, Gaston Phébus sur le conseil de ses médecins, entreprit de se rendre aux eaux de Cauterets pour soigner sa surdité. En passant dans l’Extrême de Salles, il entendit subitement sonner les cloches de l’église. Par un acte du 15 Juillet 1380, il fonda une messe à perpétuité à célébrer dans cette église en la fête de Saint-Jacques. Il est vraisemblable que la surdité de Gaston Phébus était liée à une obstruction tubaire, cause fréquente de surdité réversible ; l’exercice, l’air pur, le changement d’altitude avaient provoqué une brusque désobstruction des trompes ! Le traitement de ce type de surdité par insufflation tubaire est, depuis près de cent ans, une des meilleures indications des eaux de Cauterets ! Rappelons que Gaston III, dit Gaston Phébus, était l’un des premiers parmi les princes français. Comte de Foix et de Béarn, ils sut maintenir une politique de relatif équilibre entre les rois de France et d’Angleterre. Collectionneur averti, mécène fastueux, ce grand chasseur mourut au cours d’une chasse à l’ours. (J. Favier - Dictionnaire de la France Médiévale) " 54 ".
En 1397, quelques habitants de Cauterès demandèrent et obtinrent de l’Abbé de Saint-Savin l’autorisation de s’établir à nouveau à Caouterès-Dessus, sans doute en vue de se rapprocher des bains et d’y exercer quelques activités lucratives. A cette date, l’Abbé de Saint-Savin, Domenge de Foix ne résidait déjà plus à l’Abbaye mais au bourg de Lourdes. Il accorda l’autorisation à condition que chacun payât, le jour de la Toussaint, une redevance égale à celle qu’il payait pour sa précédente habitation.
· Depuis la fin du XIVe siècle (1397),
l’Abbé de Saint-Savin, Dominique de Foix et Béarn s’en était allé résider
à Lourdes. Une bulle du Pape Martin V, en 1419, imposa à son successeur, l’Abbé
Ramoun Gassio, de porter à nouveau l’habit monacal et de résider dans son Abbaye. A
partir de 1442, ses successeurs cessèrent d’observer cette règle et de résider au
Monastère. " Ainsi prirent naissance, nous dit Jean Bourdette, ces abbés dits
commendataires, qui ne portaient plus l’habit monacal, ne résidaient plus avec leurs
religieux, vivaient librement dans le monde, et percevaient les deux tiers au moins des
revenus de leur Abbaye pour les dépenser à leur
fantaisie" " 5 ".
· Les relations entre les habitants de la vallée et le seigneur Abbé étaient régies par le Censier de Bigorre rédigé en 1429. Les commissaires chargés de l’établir se rendirent dans la Rivière de Saint-Savin et allèrent successivement à Nestalas, Soulom, Cauterès, Saint-Savin, Us, Lau, Adast, et Arcizans-Avant. D’après cette enquête, ils établirent que Soulom était dans la directe du Comté de Bigorre, alors que Nestalas et les autres villages de la Rivière étaient dans celle de l’Abbé de Saint-Savin. " Les habitants du village de Cauterès déclarèrent qu’ils étaient au septentrion du royaume d’Aragon, que les bornes de leur terrain étaient du côté de la vallée de la Tena, où est la ville de Panticoussa (Ponticosa), les pierres Saint-Martin, dans une serre sur la croupe des montagnes... que l’Abbé de Saint-Savin était leur Seigneur bas justicier, que le Comte avait la haute justice et les Lods et Ventes, et que même il était seul haut moyen et bas justicier dans certaines cazaous. " (J. Bourdette) " 5 ".
En 1486, un conflit aigü surgit entre la Comtesse de Bigorre, Catherine, reine de Navarre, comtesse de Foix et de Bigorre, vicomtesse de Béarn, et l’Abbé commendataire de Saint-Savin, à propos de la propriété des bains de Cauterets. La régente Madeleine de France s’empara des bains de Cauterets au nom de sa fille Catherine. Des lettres patentes émanant de la cour du Sénéchal de Bigorre avaient ordonné " de mettre en la main de Madame la Reine de Navarre, Comtesse de Foix et de Bigorre, les bains de Cauterès et les cabanes et loges y construites, et, en signe de la dite mainmise, de placer en lieu bien visible les armes de ma dite dame... et d’ordonner à tous autres qui verraient les dites armes de ne toucher au dits bains, cabanes et loges sous la volonté et commandement de ma dite dame, et cela sous certaines peines graves. " (J. Bourdette) " 5 ". Ainsi, dès le XV e siècle, les bains de Cauterès avaient acquis assez de célébrité pour conduire la fille du Roi de France à s’en emparer au nom de sa fille Comtesse de Bigorre. Cet épisode est aussi l’illustration des conflits qui opposent à cette époque une féodalité déclinante à une autorité monarchique grandissante. L’Abbé et les religieux de St Savin se pourvurent devant le Sénéchal de Bigorre ; la sentence rendue quelques mois plus tard les maintient en la propriété et possession des dits bains. La justice était administrée par un Sénéchal, assisté d’un ou plusieurs lieutenants. Le Tribunal du Sénéchal siégeait à Tarbes.
Temps de conflit entre le pouvoir royal et la féodalité, le XVe siècle fut aussi un temps de laïcisation de la société. Dans le domaine balnéaire, les religieux propriétaires des thermes transmettent aux laïcs la double responsabilité des bains à entretenir et à aménager, et de l’hébergement des baigneurs. C’est ainsi qu’à Cauterès les cabanes furent cédées aux Communautés de la Vallée de Saint-Savin ou à des particuliers. Cet abandon progressif par les Abbés de Saint-Savin de leurs responsabilités directe en matière balnéaire était aussi la conséquence de leur éloignement de l’Abbaye et de leur manque d’intérêt pour le Monastère qui leur était confié. La cabane du petit bain d’en-bas (débat) fut concédée à titre gracieux, par acte passé le 10 mai 1472, à Jean de Mailhoc, Maître de chirurgie à Saint-Savin. Cet acte public de 1472 fut passé au cloître de Saint-Savin par Pelegri de Labeda, vicaire général de Pey V de Foix, Abbé de Saint-Savin, ainsi que par les procureurs des différentes communauté de la vallée, en faveur de Jean de Mailhoc. L’acte fut retenu par Guilhem de Serès, notaire d’Argelès en présence de témoins ; il fut approuvé le dernier jour de février 1473 par le bayle du comte de Labeda. Le Bayle investit Jean de Mailhoc de la cabane du petit bain d’en bas en lui remettant un morceau de bois et une motte de terre, selon la coutume du Lavedan.
Or, ce Jean de Mailhoc (Joan di Malhoc) appartenait à la caste des cagots ; il tenait son nom d’un quartier de Saint-Savin qui leur était réservé. Le petit bain d’en bas s’appellera désormais bain du cagot, puis bain des Cagots " 55 ".
Qu’étaient donc ces cagots ? " 56 " "57 " Sans doute, à l’origine, des populations tenues à l’écart pour des raisons diverses, entraînant une certaine répulsion par crainte de la contagion en référence à la lèpre. Le mot " cagot " présente une analogie avec le mot grec "cacos " qui signifie " mauvais ", proche du mot breton " caqueux " de même signification. On les appelait aussi " chrestias ", ce qui était synonyme de lépreux. Ils constituaient dans le Sud-Ouest de la France un groupe de personnes marginalisées, confinées dans un quartier spécial, tel le quartier de Mailhoc à Saint-Savin, et le quartier de Canarie à Argelès ; ce dernier a gardé son nom de quartier Canarie jusqu'à nos jours ; il est situé sur une hauteur dominant l’église et la ville " 58 ".
Les cagots étaient tenus de porter un signe distinctif, sous forme d’une patte de canard, d’ou leur nom de canarie. Ils ne pouvaient exercer que certaines professions, notamment celle de charpentier et de bûcheron ; le bois était en effet censé ne pas transmettre la contagion. Certains d’entre eux exerçaient la profession de metges, maîtres de chirurgie des communes ; ils soignaient et guérissaient les plaies. On leur prêtait quelques secrets pour la guérison des maladies. Ils étaient les seuls, sans doute, à s’exposer à certains risques véritables de contagion. Les cagots ne pouvaient se marier qu’entre eux ; parqués au fond de l’église pendant les offices, ils n’y pénétraient que par une petite porte spéciale ; un bénitier spécial leur était réservé ; on peut encore en voir un exemplaire de nos jours dans l’église de Saint-Savin. Leur baptême était célébré sans carillon et à la nuit tombée. Sur le registre paroissial, la mention "cagot " ou son synonyme érudit " gézitain " devait être expressément indiquée. Ils étaient inhumés dans un cimetière à part. Ils avaient leur fontaine dite " fontaine des cagots ". D’où leur venait cette opprobre ? Sans doute de la terreur engendrée pendant des siècles par la lèpre et par les effroyables épidémies de peste qui ravageaient des villages entiers et contre lesquelles on était totalement désarmé " 59 ". De fait, en 1477, une épidémie de peste ravageait encore le Lavedan. J. Bourdette rapporte, dans " les Annales du Labeda " que le Seigneur de Miramont voulait faire un testament sans délai ; " craignant la maladie qui désole le Lavedan " " 5 ".
III - CAUTERETS AU XVIe SIECLE... ET AU TEMPS DE MARGUERITE DE NAVARRE
La première moitié du XVIe siècle correspond à un temps de profonde mutation de la société française. Age d’or de la Renaissance en France, temps de l’humanisme et de la promotion de l’individu, temps où la révolution de l’imprimerie va favoriser l’essor de la langue française, temps où la monarchie administrative affirme son emprise croissante sur les vestiges de la féodalité. C’est dans ce contexte historique que Cauterets va connaître, pendant cette période, une double évolution :
- La Communauté des habitants commence à se libérer de la tutelle de l’Abbaye de Saint-Savin.
- Le Cauterets thermal acquiert une notoriété nouvelle dans le cadre du Royaume de Navarre auquel appartenait alors le comté de Bigorre.
· · · L’AFFAIRE DES SEPULTURES ET LA DISPENSE DE 1533
Jusqu'à cette date, les habitants de tous les villages du " Paschal " de Saint-Savin étaient soumis à l’obligation de porter leurs morts à Saint-Savin, à partir de quatorze ans pour les hommes et à partir de douze ans pour les femmes. On conçoit aisément que cette obligation était particulièrement pénible pour les habitants de Cautarès, tenus de porter leurs morts en toutes saisons, à dix kilomètres de leur village, par de mauvais chemins exposés aux avalanches et aux inondations. Sur une requête adressée par les habitants de Cautarès à l’Abbé, qui était alors Paul de Foix, évêque de Lescar en Béarn, celui-ci manda à son vicaire de leur donner satisfaction. En conséquence furent réunis dans la cloître du couvent, le 22 février 1533 :
- d’une part la majeure partie des moines du couvent comprenant le prieur de Beaucens, vicaire général de l’abbé, le prieur claustral, le sacristain, l’infirmier, l’aumônier.
- d’autre part, le vicaire de la paroisse de Cautarès muni des pouvoirs du recteur de la dite paroisse et avec lui les chefs de maison de Cautarès, au nombre de vingt sept (archives des Pyrénées Atlantiques H. 153).
Il fut convenu entre les deux parties que les habitants de Cautarès pourraient dorénavant et à toujours se faire enterrer au cimetière de leur paroisse en payant au couvent les mêmes droits qu’ils auraient payés pour être inhumés dans le cloître ou dans le pré (du couvent).
Ils devaient en outre payer au sacristain une demi-livre de cire et au prébendier de Sainte Catherine une demi mesure (" demi-castera ") de froment. Le recteur de Cautarès ou son vicaire devait déclarer au Seigneur Abbé le décès de ses paroissiens dans les neufs jours.
Chaque année, le premier dimanche suivant la fête de Saint-Savin (11 octobre), le recteur ou le vicaire de Cautarès, revêtu d’un surplis, un clerc devant lui portant la croix, et tous les maîtres et maîtresses (" mestres et da-ounas ") de toutes les maisons de Cautarès viendront à sa suite en procession, de Cautarès au couvent. Ils feront célébrer au couvent une messe avec diacre et sous-diacre à l’intention des défunts et en payant aux moines le dit jour la somme de dix huit sols jaqués. L’acte fut retenu le même jour par le notaire d’Arcizans-Davant en présence de quatre témoins, dont un prêtre du lieu de Gées et trois habitants de Nestalas. Il fut écrit en langue vulgaire (celle qui était parlée par les habitants de la vallée).
· · · LES STATUTS ET ORDONNANCES DE LA RIVIERE DE SAINT-SAVIN
L’année suivante, le 3 mars 1534, furent promulgués les statuts et ordonnances de la vallée de Saint-Savin " pour le repos, soulagement, profit, conservation de leurs personnes, privilèges et libertés " " 60 ". Ces statuts ne furent que la mise en écrit des règles et coutumes en usage depuis plusieurs siècles.
Ils furent promulgués de concert par l’abbé de Saint-Savin et les Consuls (cossous) de la vallée (Rivière ou Ribera) de Saint-Savin. Les statuts sont divisés en chapitres. Plusieurs d’entre eux concernent plus particulièrement les bains de Cautarès (Cauterets) :
Le quatrième chapitre regarde la police pour l’entretien et l’afferme des cabanes des bains, c’est-à-dire des logements et habitations autour des bains :
- les locations sont faites pour trois ans, par adjudications à la chandelle ; nul ne peut céder son bail sans l’agrément de l’abbé, de son vicaire, ou de ses officiers ou commis " 61 ",
- les cabaniers doivent veiller au bon été des cabanes,
- tous les trois ans, le père abbé devra faire procéder à une visite des cabanes des bains pour aviser aux réparations nécessaires.
- Tous les habitants de la " Rivière " (vallée) bénéficieront du privilège de prendre le tiers des lits avec la faculté d’y rester l’espace de trois semaines (déjà les vingt et un jours de cure !).
Le cinquième chapitre regarde l’étable ou hôtellerie des bains : les bêtes de trait devront être logées par le tavernier des bains.
Les sixième et septième chapitre regardent la boucherie et la taverne des bains :
- le boucher des bains devra vendre le mouton au même prix qu’à Saint-Savin ;
- il devra tenir du bon vin, pour lequel il ne pourra demander qu’un liard de plus qu’à Saint-Savin.
Les autres articles sont d’une portée plus générale :
L’article premier du chapitre premier porte qu’il a été arrêté et accordé avec le dit Seigneur abbé que, comme Seigneur et Supérieur de toute la Ribera (vallée), tous les sujets lui doivent révérence, respect, obéissance et service et, qu’en qualité de Seigneur, il est tenu d’administrer la justice à tous ses sujets.
Le deuxième chapitre porte que tout chef de maison mandé de la part de l’Abbé ou de son vicaire doit obéir à son commandement dans les trois jours, sauf légitime excuse, sous peine d’une amende d’un écu petit la première fois, de deux la seconde et la troisième de quatre, sous peine d’entrer en prison.
Le troisième regarde les devoirs du bégué (ou sergent de l’abbé).
Le huitième chapitre regarde les vettes, c’est-à-dire les temps de prohibition pour les pâturages et les peines d’amende (pignore) contre les contrevenants. Un article réglemente la prise des ours et des loups. Celui qui prendra un ours de plus de deux ans aura trois florins, et la quête, s’il la veut faire (la questa se la bos far) ; pour un loup un écu petit, et le même droit de quêter.
Les neuvième et dixième chapitres regardent les corvées pour la réparation des chemins, ponts, chaussées, et digues communes situés dans la vallée.
Le onzième chapitre regarde l’afferme, ou vente, des herbes ou pâturages de montagne. Il est dit qu’aucun habitant ne pourra les racheter pour les revendre aux espagnols ou aux autres, mais que les espagnols ou autres qui voudront les racheter viendront en faire le prix devant l’abbé ou son vicaire et les gardes de la Ribera, afin que, s’il y a un profit, il soit pour toute la vallée, c’est-à-dire pour la république.
Le douzième chapitre regarde les ventes qui seront faites des terres communes ou bocages avec le consentement de l’abbé.
Un chapitre concerne la justice ; il est dit que l’abbé est seigneur supérieur de toute la vallée, que la première connaissance de tous procès appartient au juge de l’abbé ; après qu’il aura rendu sa sentence, toutes parties auront la liberté d’acquiescer ou d’en appeler si bon leur semble.
Ces statuts et règlements furent par la suite complétés par d’autres, notamment en 1606 et 1660. Ils furent approuvés et autorisés par deux arrêts du Parlement de Toulouse, le 12 février 1670 et le 13 septembre 1709.
Ces textes de 1534 précèdent de quelques années la célèbre ordonnance de Villers Cotterets (1539). Par ses articles 50 à 54, celle-ci instituait l’Etat Civil, confié aux curés des paroisses. Ces derniers sont obligés " à tenir un registre en forme de preuve de baptême qui contiendra le temps et l’heure de la nativité " " 63 ". Les curés devaient également tenir un registre des mariages et des sépultures. L’abbé de Saint-Savin, en autorisant les habitants de Cauterets à se faire enterrer dans leur paroisse, ne faisait que devancer de quelques années les obligations de l’ordonnance de 1539. L’article 111 de cette même ordonnance exige que les documents officiels soient désormais rédigés en français. Ainsi, la langue d’oïl, celle qui est parlée dans l’Isle-de-France, devient la langue officielle du Royaume : " que dorénavant les actes soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel français et non autrement ". Le Roi impose à tous ses sujets l’unité linguistique. L’usage du latin, à une époque où une infime minorité de gens connaît cette langue ne pouvait qu’entraver la diffusion des actes publics et créer des litiges dans les contrats. Cette mesure entraîne par ailleurs l’effacement des langues d’oc, parlées dans le Sud du Royaume et condamnées à terme à n’être plus qu’un patois local, injustement négligé et dévalorisé. " 62 "
Désormais, la langue française prend un essor décisif avec les poètes de la Pléiade (Ronsard, du Bellay et autres) et leur manifeste de 1549 sur la " Défense et Illustration de la langue française ". Par ordonnance de Villers-Cotterets, " François 1er réalise le rêve de ses prédécesseurs, de Charles VII à Louis XII, qui ont pourvu le Royaume d’une administration remarquable ". On peut dire avec Pierre Chaunu, que " De Philippe Auguste, avec la création des baillis provinciaux, jusqu'à la Révolution, l’histoire intérieure de la France apparaît comme une succession de conflits engendrés par les contradictions entre les structures féodales nées au Moyen-Age et la construction d’un Etat administratif et financier centralisé " (P. Chaunu). " 14 "
L’histoire de la vallée de Cauterets se situe dans ce contexte plus général. Elle se déroule dans un climat de tension permanente entre les droits féodaux de l’Abbaye de Saint-Savin, les droits coutumiers de la Communauté des habitants de la vallée, et les lois et règlements de l’Etat centralisé, sous sa forme monarchique ou républicaine.
· · · Renommée des Bains de Cauterets au temps de la Renaissance
La Renaissance marqua un grand mouvement de retour à l’Antiquité. Les thermes étaient inséparables de la civilisation romaine. Pour celle-ci, les thermes, avec leurs aqueducs, leur route d’accès, leur aménagement luxueux, constituaient le cadre de vie privilégié " de bien être, de rencontre et d’échanges " (P. Chaunu) " 14 ". L’humanisme, culte de l’homme, conduit aussi à un souci plus grand de rétablir la santé par l’hygiène et la pratique des bains. Les sources pyrénéennes sont à la mode, ainsi que le chantait le poète gascon du Bartas :
" Or, comme ma Gascogne
heureusement abonde
En soldats, blés et vins, plus qu’autre part au monde
Elle abonde de même en bains non achetés
Où la femme bréhaigne, où le paralytique
L’ulcéré, le goutteux, le sourd, le sciatique,
Quittant du blond soleil l’une ou l’autre maison
Trouve sans débourser, sa propre guérison.
Encausse en est témoin, et les eaux salutaires
De Cauterets, Barège, Aygues Chaudes, Baignères "
(Du Bartas, poète Gascon)
Cauterets, on le voit dans ce texte, se situe alors au premier rang des stations pyrénéennes.
Eaux salutaires, sources abondantes, vers lesquelles les visiteurs étrangers accourent de tous côtés, eaux renommées pour le traitement des sciatiques, des ulcères, de la goutte, de la surdité (déjà en ce temps !). On venait plus encore y chercher la guérison de la stérilité. Leur vertu emprégnadière (favorisant la grossesse) y attirait les femmes " bréhaignes " (stériles).
La verve gauloise de Rabelais, qui était lui-même médecin, tout en raillant la fausse science de son temps, illustre la vogue des stations pyrénéennes de l’époque : " Peu de temps après, le bon Pantagruel tomba malade et fut pris de tels maux d’estomac qu’il ne pouvait ni boire, ni manger, et parce qu’un tel malheur ne vient jamais seul, il fut pris d’une chaude- pisse qui le fit souffrir plus que vous ne penserez ; mais ses médecins le secoururent et, grâce à des tas de drogues lénitives et diurétiques ils lui firent très bien pisser son mal. Son urine était si chaude que depuis ce temps là, elle n’est pas encore refroidie ; vous en avez en France, en divers lieux, selon le cours qu’elle prit, et on lui donne le nom de bains chauds comme à Cauterès, Limoux, Dax, Balaruc, Néris, Bourbon-Lancy et ailleurs... et dans mille autres lieux. Et je m’ébahis grandement en voyant un tas de fous philosophes et médecins qui perdent leur temps à discuter d’où vient la chaleur des eaux, se demandant si c’est à cause du borax, du soufre, de l’alun ou du salpêtre qui est dans la mine, car ils ne font que rêvasser, et ils feraient mieux d’aller se frotter le cul au panicaut que de perdre ainsi leur temps à discuter de ce dont ils ne savent pas l’origine ; car la solution est que ces bains sont chauds parce qu’ils proviennent d’une chaude-pisse du bon Pantagruel ". " 65 "
· · · Les séjours de Marguerite de Navarre aux bains de Cauterets
Cauterets doit l’essentiel de sa renommée au XVIe siècle aux séjours qu’y fit à plusieurs reprises Marguerite de Navarre. Née princesse de France en 1492 au château d’Angoulême, elle était la fille de Charles d’Orléans et la sœur de François 1er, roi de France de 1515 à 1547. Veuve du Duc d’Alençon après seize années de mariage, elle épousa en 1527 Henry d’Albret, Roi de Navarre et Seigneur souverain de Béarn, Comte de Foix et de Bigorre. A ce dernier titre, Cauterets se trouvait alors dans la mouvance du Royaume de Navarre. Henry d’Albret fut toujours très attaché à " ses chères montagnes de Cauterets " : " Souvent, pendant des mois entiers, il lui confiait (à son épouse Marguerite de Navarre) les rênes de l’administration de sa petite souveraineté pendant que ses affaires l’appelaient hors du pays, ou que les soins d’une santé délicate le retenaient dans ses chères montagnes de Cauterets ". (B. de La Grèze - Le château de Pau et de Béarn, cité par Félix Frank dans " le dernier voyage de Marguerite d’Angoulême aux bains de Cauterets ") " 67 ". C’est lui qui apprit à Marguerite le chemin de Cauterets.
Elle y fit son premier séjour en may 1541 pour y accompagner son époux. Dans une lettre au duc de Clèves, le premier mari de sa fille Jeanne d’Albret, elle écrit : " Je me délibère, après m’être reposée en Carême, d’aller avec lui (Henry d’Albret) pour le garder et faire pour lui ses affaires, car tant qu’on est aux bains il faut vivre comme un enfant, sans nul soucy " " 67 ". La reine de Navarre mit à profit ce séjour pour se soigner elle-même ; elle ira, dit-elle, " passer le mois de may aux bains naturels qui sont en ce pays ", après avoir parachevé toutes les ordonnances de ses médecins, dans l’espoir de guérir du " catarrhe de la moitié du corps " qui la contraint de rester au lit. Qu’était ce catarrhe ? Peut être un coryza " descendu sur la poitrine ", et concernant la moitié supérieure du corps, une bronchite survenue à la fin de l’hiver ou un rhumatisme prédominant sur une moitié du corps. Dans une autre lettre adressée à son frère le Roi François 1er, nous apprenons qu’Henry d’Albret " à ce mois de may s’en va mettre aux baings de Cotteretz " pour traiter les suites fâcheuses d’une chute de cheval.
· La saison que fit Marguerite de Navarre aux bains de Cauterets en septembre 1546 servit de cadre à " l’Heptaméron " " 69 ", ce recueil de contes et nouvelles qu’elle écrivit de 1542 à 1549 :
" L’Heptaméron, son chef
d’œuvre, est, à Cauterets,
Né des étés de ce pays qu’elle adorait " (J. L. Vallas)
Le prologue de " l’Heptaméron " débute ainsi :
" Le premier jour de septembre que les bains des monts Pyrénées commencèrent d’entrer en leur vertu, se trouvèrent à ceux de Cauterets plusieurs personnes tant de France que d’Espagne, les uns pour y boire de l’eau, les autres pour s’y baigner, et les autres pour prendre de la boue : choses si merveilleuses que les malades abandonnés des médecins s’en retournent tous guéris. Ma fin n’est pas de vous parler de la situation ni de la vertu des dits bains, mais seulement de raconter ce qui sert à la matière que je veux écrire. En ces bains là demeurèrent plus de trois semaines tous les malades jusqu'à ce que par leur amendement ils connurent qu’ils pouvaient s’en retourner ; mais sur le temps de ce retour vinrent des pluies si merveilleuses et si grandes qu’il semblait que Dieu eût oublié les promesses qu’il avait faites à Noé de ne détruire plus le monde par eau ; car toutes les cabanes et logis du dit Cauterets furent si remplies d’eau qu’il fut impossible d’y demeurer. Ceux qui étaient venus d’Espagne s’en retournèrent par les montagnes le mieux qu’il fut possible, et ceux qui savaient les chemins furent ceux qui mieux échappèrent ; mais les Seigneurs et Dames français, pensant s’en retourner à Tarbes aussi facilement qu’ils en étaient venus, trouvèrent les petits ruisseaux si enflés qu’à peine purent-ils les passer à gué ; mais quant il fallut passer le gave béarnais qui, en allant, n’avait pas deux pieds de profondeur, il se trouva si grand et si impétueux qu’ils furent obligés de se détourner pour aller chercher des ponts ; mais comme ces ponts n’étaient que de bois, ils furent emportés par la violence de l’eau... "
" ... Le premier jour de septembre que les bains des monts Pyrénées commencèrent d’entrer en leur vertu "
En 1546, la saison de Marguerite de Navarre à Cauterets eut lieu au mois de septembre. Venant de Pau par Tarbes, le Roi et la Reine de Navarre avaient honoré de leur visite l’Abbaye bénédictine de Saint-Savin en Lavedan. L’abbé du monastère était monsieur de Foix-Candale, cadet de la famille de Candale et cousin du Roi de Navarre. Ils furent " honorablement reçus " et, même avec empressement par l’Abbé qui, " quoique non résidant en son abbaye, était venu accueillir sa royale parenté " (Cf. Raymond Ritter - Les solitudes de Marguerite de Navarre). " 70 "
Souvenons-nous que le premier séjour de Marguerite aux bains de Cauterets, accompagnant son époux, avait eu lieu en mai 1541, " après s’être reposée en carême ". Ainsi, le printemps et la fin de l’été étaient considérées comme les périodes les plus favorables pour prendre les eaux. Les baigneurs faisaient-ils un lien entre les eaux thermales et les crues du gave lors de la fonte des neiges ou à la saison des pluies ? Le climat plus frais de mai et septembre était-il plus apprécié que les fortes chaleurs du plein été ?
Quelques soixante dix ans plus tard, J.F. de Borie écrira : " Quand on peut se donner la patience pour choisir sa saison, il faut attendre la fin du printemps ou le commencement de l’automne : alors ces eaux ont la chaleur, la pureté et la volatilité qui leur est naturelle. De ces deux saisons encore, l’automne est la plus convenable... Il faut éviter, si le mal le permet, dix à douze jours de canicule qui, quelquefois, se font sentir assez vivement à Cauterets " (J.F. Borie). Il est de fait que les eaux chaudes des sources thermales sont parfois mieux supportées dans la fraîcheur du printemps et de la fin de l’été que par certaines journées orageuses du plein été.
"...Se trouvèrent à ceux de Cauterets plusieurs personnes, tant de France que d’Espagne "
C’est à la Renaissance que les bains de Cauterets connurent leur première période de grande renommée. " Le peuple étranger accourt de tous côtés " vers les bains de Gascogne et, notamment, ceux de Cauterets écrivait le poète de Bartas à la même époque. " On y vient tant de France que d’Espagne " écrit, pour sa part, Marguerite de Navarre. Cauterets et la Bigorre étaient en effet, en ce temps, dans la mouvance du royaume de Navarre. Dames et gentilshommes fréquentaient assidûment les bains de leur comté de Bigorre et ceux du Béarn. Quant à l’Aragon voisin, son roi avait exercé sa suzeraineté sur la Bigorre pendant plusieurs siècles, jusqu’au rattachement de la Bigorre à la France par le traité de Corbeil en 1258. Des " lis et passeries " réglementaient les relations entre les bergers des deux versants des Pyrénées, les Espagnols conduisant leurs troupeaux dans les vertes prairies du versant Nord de la montagne et achetant à leurs voisins " les arrières herbes " qui leur faisaient défaut.
" ... Les uns pour y boire de l’eau, les autres pour s’y baigner et les autres pour prendre de la fange (de la boue) "
Le bain représente, à coup sur, la forme la plus ancienne de traitement par les eaux, pratiqué de temps immémorial. On parlait d’ailleurs à l’époque des " bains des Pyrénées " ; on se rendait " aux bains de Cauterets ". Le traitement par les boues était aussi en usage. Les eaux des sources s’épandaient librement dans les prairies d’aval, qui étaient désignées sous le nom de prairies d’Aygues-Caut, ce qui signifie " eaux chaudes ". Les eaux formaient ainsi des marécages dans lesquels s’élaboraient des boues naturelles utilisées dans le traitement des rhumatismes. Le traitement par la boisson d’eau thermale était largement pratiqué, notamment pour les maladies de l’estomac et des voies urinaires, mais c’est au XVIIe siècle qu’il deviendra le traitement principal ; on se rendra alors " aux eaux de... ".
" ... Choses si merveilleuses que les malades abandonnés des médecins s’en retournent tous guéris ".
Il fallait vraiment que la réputation des bains de Cauterets fut solidement établie pour que dames et gentilshommes viennent en nombre dans cette vallée d’accès si difficile, exposée aux inondations et aux avalanches, par des chemins rocailleux accrochés au flanc des montagnes et séjournent dans un site sauvage, dans ces montagnes austères, auprès du gave et de ses grondements. De Cauterets, la Reine écrira à son gendre Antoine de Bourbon en 1549 :
" Ces monts très hauts haussent
notre désir
De vous y voir, pour avoir le plaisir
De contempler cette grande machine
Où l’on connaît la puissance divine...
... La profondeur de cette eau qui détruit
Terre et roches, et mène si grand bruit
Qu’à la souffrir défaillent nos oreilles
... Du gave en bas, connaître la laideur
De notre enfer et de notre péché
... Voilà, mon fils, la contemplation
Du Cauterés, ce jour d’Ascension
Où nous voyons la divine hautesse
Par ces hauts monts, et de nous la bassesse ".
Les merveilles de guérison qu’on observait aux bains de Cauterets justifiaient bien de s’exposer aux risques et aux rigueurs d’un tel séjour, en un temps où la médecine était fort démunie.
" ... En ces bains là demeurèrent plus de trois semaines tous les malades jusqu'à ce que, par leur amendement, ils connurent qu’ils pourraient s’en retourner "
La durée de trois semaines pour les séjours thermaux était une tradition héritée des Romains. Toutefois, les baigneurs du temps de Marguerite de Navarre faisaient preuve de beaucoup de sagesse en tenant compte de leurs réactions individuelles et en fondant la durée de leur séjour sur les effets des eaux. Ils demeuraient aux bains de Cauterets jusqu'à ce qu’ils en aient éprouvé tous les bienfaits. Le mot " amendement " vient du latin " mendare " qui signifie " améliorer " ; " amendement " signifie donc " changement vers le mieux ".
" ...Ils trouvèrent les petits ruisseaux si enflés qu’à peine purent-ils les passer à gué ".
Il n’existe pas encore à cette époque de véritables réseaux de route " 72 " ; au mieux, des chemins poussiéreux, plus ou moins carrossables ; celui du Lavedan s’arrête à Nestalas, en un lieu dit " Peyra Hita " (pierre borne) qui deviendra Pierrefitte. A partir de là, il faut dételer les chevaux et abandonner les attelages. Pour gagner le village de Cauterets à travers sa vallée étroite, sinueuse et sauvage, il y a deux chemins, de part et d’autre du gave. A partir de Soulom, sur la rive droite du gave de Cauterets, existe de temps immémorial un sentier rocailleux : c’est le chemin des bergers et des troupeaux en route vers les estives ; il conduit d’abord au buala, lieu de rassemblement des troupeaux ; de là, à flanc de montagne, à travers ruisseaux et éboulis, il gagne Cancéru et Cauterés. Ce chemin ne peut être parcouru qu’à pied.
A partir de Nestalas et de Peyra Hita, sur la rive gauche du gave, un chemin très raide et malaisé, la côte de l’Estain, permet de franchir la paroi schisteuse qui marque l’entrée de la vallée de Cauterets. Ce chemin, qui conduisait de longue date aux estives du Cabaliros, a été quelque peu amélioré depuis la fin du XVe siècle. Pour l’emprunter, Marguerite de Navarre a dû abandonner le char à banc qui lui sert de litière et son attelage de quatre chevaux, pour confier cette litière aux bras rigoureux des porteurs de chaises. Après la côte de l’Estain, le chemin suit une étroite corniche suspendue au-dessus de la gorge profonde où gronde et écume le gave. Le chemin rejoint celui de la rive droite au pont de Meyabat, avant de franchir le deuxième ressaut de la vallée.
...Sur le temps du retour, voici que survinrent les grandes pluies d’automne " pluies si merveilleuses et si grandes qu’il semblait que Dieu eût oublié les promesses qu’il avait faites à Noé de ne détruire plus le monde par eau ".
Jusqu’au milieu du XVIII e siècle, les ruisseaux et les gaves de la vallée de Cauterets changeaient souvent de cours ; les inondations étaient fréquentes, dans le village et la vallée : " Toutes les cabanes et logis du dit Cauterets furent si remplies d’eau qu’il fut impossible d’y demeurer ". Ce fut le sauve-qui-peut général : " Ceux qui y étaient venus du côté d’Espagne s’en retournèrent par les montagnes le mieux qu’il leur fut possible, et ceux qui connaissaient les directions des chemins furent ceux qui le mieux échappèrent ; mais les Seigneurs et dames français, pensant retourner aussi facilement à Tarbes comme ils étaient venus, trouvèrent les petits ruisseaux si fort crus qu’à peine purent-ils les passer à gué ". Le prologue nous conte le récit d’autres dangers auxquels furent exposés les voyageurs ; danger des bandits, danger d’un ours descendant de la montagne ...! L’aventure se termina à Notre- Dame de Sarrance, dans la vallée d’Aspe. Pour se divertir dans cette retraite forcée, en attendant que les ponts soient rétablis, Marguerite et ses compagnons, dames et gentilshommes, décidèrent à la manière de Boccace et de son Décaméron, de conter chaque jour à tour de rôle " une nouvelle qui soit une véritable histoire ", jusqu'à l’achèvement du nouveau pont. Ainsi, chaque jour, " ils allaient l’après-midi dans un beau pré le long du gave, où les arbres sont si feuillus que le soleil ne saurait percer l’ombre ni échauffer la fraîcheur ; là, assis à nos aises, dira chacun quelque histoire qu’il aura vu ou bien ouï dire à quelque homme digne de foi ". Chacun conta à son tour quelque récit galant. De ces récits groupés en nouvelles naquit " l’Heptaméron ".
* Marguerite fit un nouveau séjour à Cauterets l’année suivante, en 1547. Nous en trouvons le récit dans " l’Epître de la Reine de Navarre au Roi de Navarre malade ", vraie page de journal intime publié dans " Les Marguerites de la Marguerite ". Celle-ci doit à regret s’éloigner de son mari pour se rendre aux bains de Cauterets, le laissant " fâché et malade " ; il souffrait alors d’une forte attaque de goutte :
" O quel ennui d’être de
vous bannie
Et de vous laisser en telle compagnie
D’extrême mal et de douleur cruelle !
Voyez le cœur de celle qui s’en va
Que malgré soi de la terre enleva
Pour la jeter dans sa noire litière ".
Marguerite espère que le Roi va se mieux porter et venir la rejoindre selon sa promesse. Elle s’en fait par avance une fête :
" Soyez certain que ces pauvres
villages...
N’ont tel plaisir ni joie en leurs courages
Comme j’aurai quand quelqu’une courra
Hâtivement, et en riant dira:
Pantagruel a bien prophétisé
Car j’ai déjà les mulets advisé
De celui-là qui vous avait promis
D’être en trois jours en sa santé remis ".
Les mulets qui, dans cette épître, annoncent la venue du Roi sont une allusion à Rabelais (livre III, chapitre XXV) : " Pantagruel aperçut vers la porte de la salle le petit chien de Gargantua et dit à toute la compagnie : Notre Roi n’est pas loin d’ici ". Les mulets remplacent ici le chien comme avant signe de l’arrivée du prince. Rabelais avait, peu de temps auparavant, dédié ce tiers livre " à l’esprit de la Reine de Navarre " :
" Esprit abstrait, ravi et
extatique
Qui, fréquentant les cieux, ton origine,
As délaissé ton hôte et domestique...
Voudrais tu point faire quelque sortie
De ton manoir divin, perpétuel,
Et ici bas voir une tierce partie
Des faits joyeux du bon Pantagruel ".
Sur ces rudes chemins de montagne, les mulets assuraient le transport des lourds, nombreux et encombrants bagages de la Reine. Les gentilshommes voyageaient à cheval, sans doute sur ces solides chevaux du pays au pied montagnard que décrira plus tard Victor Hugo. Quant aux dames et aux valétudinaires, ils étaient transportés par les robustes porteurs de chaises. On devait leur confier la litière de la Reine, esprit abstrait comme disait Rabelais, toujours ravie dans les hautes sphères de la pensée et de la méditation, s’adonnant à l’écriture, sans prêter grande attention à la beauté du paysage. " Je vis surtout de papier " avouait-elle... Les domestiques, comme la plus grande partie des habitants, utilisaient la marche à pied, et pieds nus le plus souvent !
* Marguerite de Navarre fit un dernier séjour à Cauterets en 1549. Au printemps de 1549 avait été célébré le mariage de sa fille Jeanne d’Albret avec Antoine de Bourbon. La santé de la Reine de Navarre allant s’affaiblissant, elle avait choisi de se rendre aux bains de Cauterets au moment où son mari, sa fille et son nouveau gendre résidaient à Pau. Elle se trouvait ainsi à Cauterets au mois de mai ; sa fille, Jeanne d’Albret vint l’y rejoindre. De Cauterets, Marguerite écrit à son gendre, le jour de l’Ascension, pour le presser de venir les y rejoindre :
" Voyons aux bains (de Cauterets)
où l’on trouve santé
Et où l’on voit malades à planté (à profusion)
... C’est de ce lieu ce que je vous puis dire
Où sans cesser vous souhaite et désire ;
Mais votre femme en doit avoir l’office,
Car elle n’a plaisir ni exercice
Que de parler ou écrire de vous...
... Tant que l’amour soit si également
En vos deux coeurs, pour jamais n’en partir
Qu’un seul vouloir, un penser, un " partir "
Soit de vous deux, sans séparation
En cela gît ma consolation
Et puis amour en vos coeurs triomphant
Par le doux fruit d’un beau petit enfant.
Vous consolant, tous nous consolera...
... Donc, mon fils, que j’aime si très fort
Que plus ne puis, au moins avant ma mort
Avec moi suppliez le bon Dieu
Que mère grand par vous soit en ce lieu ".
(Epître III de la Reine, écrite à Cauterets)
Dans cet épître, Marguerite, pressentant sa mort (elle va mourir à Odos le 21 décembre 1459), souhaite que les jeunes époux conçoivent un beau petit enfant en ce lieu de Cauterets. Les eaux de Cauterets ont en effet la réputation d’être " emprégnadières " (de favoriser la grossesse). L’une des sources de Cauterets, alimentant les bains de Canarie ou " petit bain des bains " était plus particulièrement réputée pour le traitement de la stérilité. La Reine de Navarre lui avait donné le joli nom de Fontaine d’Amour.
· · · Les frétayrés " 73 "
Parmi les pratiques thermales en usage à Cauterets au XVIe siècle, il y avait celles de confier les femmes recherchant la grossesse aux soins de "fretayrés " ou frotteurs. Un auteur satirique de ce temps, Auger Gaillard, évoque cette coutume dans un " Discours des bains de Cauterets " :
" Il y a bien trente ans, ou vingt, que je ne mente,
Que je connais qu’en vain le monde se tourmente :
Car j’en connais plusieurs qui pensent prou savoir,
Qui, si leur pauvre femme enfant ne peut avoir,
Se vont adresser aux sorciers et sorcières ;
Les autres font aller leurs femmes à Bagnères ;
Aucuns en autres bains les font aller trotter,
Ou bien à Cauterets pour s’y faire frotter.
Les eaux de Cauterets pour les playes sont bonnes,
Mais je m’étonne fort de beaucoup de personnes
Qui font aller leur femme en une telle part
Pour s’y faire frotter alors qu’il est bien tard ".
Ce texte nous apprend que la réputation des eaux de Cauterets dans le traitement des plaies était bien établie. Il nous révèle aussi que certaines femmes qui " enfant ne peuvent avoir " venaient à Cauterets pour " s’y faire frotter ".
Un acte de mai 1604, conservé aux Archives Départementales de Pau, authentifiant avec certitude la réalité de cette pratique ancienne :
" L’an 1604 et le seizième de may, au lieu de Saint-Savin et dans le monastère d’Iceluy, environ l’heure de midy, par devant moy notaire et témoins bas nommés, constitués en leurs personnes Barthélémy d’Arribes et Mathieu, de Bencus (village de Saint Savin) ; Pey de Peré et Jean de Bourguine, de Nestalas, Miqueu de Peyrelade, de Soulom ; Jean de Pont, de Cauterez ; Bernard de Courtade, d’Adast ; Jean du Domec, de Balagnas ; Fourtanié de Marquesuque, de Lau ; et Thomas de Fontan, de Uz, Consuls des dits lieux ; et de vouloir et consentement d’honorable homme frère Guillaume Abbadie, religieux vicaire dans le dit monastère, ont baillé puissance, liberté et permission à Bernard de la Lubie, de Cauterez, de servir aux bains de débat et au bain appelé des Capots, et en iceux de faire office de frotter toutes personnes qu’il en sera requis, et au cas advenant où le dit de la Lubie refusera de faire le dit office, le sieur abbé ou son vicaire et habitants de la dite rivière en y pourvoiront un autre en sa place, promettant le dit la Lubie faire son devoir au dit état et de n’y contrevenir. Et, ainsi l’ont juré, présents Jean de Poueymiro et Jean Cometo de Saint-Savin et Armand de Laboo d’Adast, ne sachant écrire, ny les dits constituants, sauf le dit sieur vicaire, et Domec, et moy notaire requis et soussigné, Abbadie, religieux et vicaire ; Lie consul, Jean Magoth, Blazy, Mariola, Cometo notaire, ainsi signalés à l’original, duquel le présent extrait a été tiré par moy, Jean Dupont, notaire royal du lieu de Saint-Savin détempteur d’iceluy, sans y avoir rien changé, augmenté ny diminué, et duement collationné à la réquisition du Révérend Père Dom Jean-Baptiste Gotti, sindic de l’Abbaye de Saint-Savin, en la présence du sieur Dutau, sindic (de la vallée), suivant qu’appert du verbal de ce jour. En foy de quoy ay expédié la présente grosse à Saint-Savin, ce 21 juillet 1655. Signé : Dupont, notaire royal ".
Ce texte est une copie, établie en 1665, d’un acte de 1604. Celui-ci établit de façon indiscutable, la réalité des frotteurs, servant aux bains d’en bas et au bain des Cagots à Cauterets, à la fin du XVIe siècle et au cours du XVIIe siècle. Il s’agissait alors d’un office public, attribué par l’accord unanime de tous les consuls de la vallée, avec le consentement du religieux vicaire de l’Abbaye de Saint-Savin, et comportant des devoirs. Le choix du frotteur revêtait ainsi une grande importance. Il est intéressant de noter qu’à l’exception du religieux vicaire, du notaire, et de Domec, consul de Balagnas, aucune des parties prenantes à cet acte ne savait écrire au début du XVIIe. " 52 "
Cauterets peut ainsi s’enorgueillir d’être la première ville d’eau où l’on pratiquait les massages sous l’eau, avec une antériorité de trois siècles !
Au milieu du XIXe siècle, le docteur Daudirac avait encore entendu parler des frétayrés. Il s’agissait alors de femmes ; " entre autres l’ancienne accoucheuse de Cauterets qui dans les maladies de longue durée, faisait mettre les malades nues, leur enfonçait les poings dans la région de la rate et du foie, et puis massait avec force les régions lombaires, le haut des cuisses... "
Notons que le petit bain debat et le bain des Cagots, où les fretayrés exerçaient leur office étaient alimentés par la Fontaine d’Amour de Marguerite de Navarre. Devenus plus tard bains de Canarie, puis bains de Bruzaud, ils ont eu la réputation de rendre les femmes fécondes (aygas empregnadéras). Il semble donc bien, comme le suggère Auger Gaillard, que la pratique des frétayrés ait eu pour principale indication le traitement de la stérilité.
· · · Effacement du Cauterets thermal pendant les guerres de religion - " LES TEMPS DIFFICILES " (1567-1598) " 15 "
A partir du milieu du XVI e siècle, et notamment à partir de 1547, la Bigorre allait connaître les heures sombres des guerres de religion : " les vingt sept années qui s’écoulèrent de 1567 à 1594 comptent certainement parmi les plus tragiques de l’histoire de Tarbes ", écrit Jean François Soulé dans " son histoire de Tarbes ". Toute la Bigorre en subit le contre coup. En juillet 1566, Jeanne d’Albret, devenue Reine de Navarre, rendit une ordonnance faisant défense de toute procession publique et de tout prêche à " ceux de la religion romaine ". En 1569, le chef huguenot Montgomery brûla toutes les églises et les maisons ecclésiastiques ; en 1570, Montamat, lieutenant de Jeanne d’Albret, mit Tarbes à feu et à sang. De 1541 à 1594, le parti local de la Ligue catholique en chassa les troupes du Roi. Fort heureusement, ces troubles sanglants s’arrêtèrent au seuil du Lavedan et épargna les hautes vallées ; mais, les routes deviennent dangereuses ; le pays est ruiné. Les temps heureux où la noblesse prenait chaque année le chemin des bains de Cauterets sont terminés. Le Cauterets thermal va entrer dans une longue période d’effacement, d’où il ne sortira qu’à partir de 1715.
IV - CAUTERETS AU XVIIe SIECLE
· · · CREATION DE LA SURINTENDANCE DES BAINS ET FONTAINES DU ROYAUME
Le XVIIe siècle avait fort bien commencé pour Cauterets et le thermalisme, comme pour le Royaume de France. Lors du règne du béarnais Henri IV, la concorde était rétablie ; les guerres de religion avaient pris fin ; les gascons étaient à l’honneur et les villes d’eaux étaient l’objet de la sollicitude du bon roi Henri. Lui-même avait coutume dans sa jeunesse de fréquenter les eaux de Cauterets. C’est sous son règne que la source de la Raillère avait été découverte.
Dès le début du XVIIe siècle, en mai 1605, des lettres patentes du Roi créaient une surintendance générale des bains et fontaines du royaume : " Henri, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre... Il a plu à Dieu de favoriser notre Royaume par dessus tous les autres par la faveur qui regarde le rétablissement et conservation de la santé des peuples, ainsi que font les bains et fontaines minérales dont il abonde, est l’une des principales. Néanmoins, comme de l’abondance naît le mépris, même des choses les plus utiles, nos dits sujets ont tellement laissé dépérir iceux bains et fontaines que l’on n’en a jusqu'à présent, à beaucoup prés, reçu le soulagement que l’on en pourrait tirer sans grand travail... Aussi, avons nous créé un surintendant général des dits bains et fontaines minérales de notre Royaume ; cette icelle charge ainsi créée, l’avons jointe et donnée à notre premier médecin, avec pouvoir de nous nommer un Intendant et Maître, ou plusieurs, de capacité suffisamment requise, par les provinces de notre Royaume et les terres de notre obéissance dans laquelle il se trouvera des dits bains et fontaines, pour icelles visiter, rechercher les diverses propriétés et la qualité d’icelles, en communiquer avec le dit Sieur Surintendant, et, icelles connues, en faire des traités pour les divulguer, afin que chacun s’en puisse servir, ainsi que par le dit Sieur Surintendant qu’il sera avisé de les recommander aux Magistrats et Officiers des lieux qu’il appartiendra pour en avoir le soin et leur remontrer les réparations et entretiens nécessaires à la conservation d’icelles et à la commodité et soulagement de ceux qui y cherchent guérison " " 76 ". Ainsi la monarchie administrative qui se confirme au lendemain de guerres de religion, sous le règne d’Henri IV, met en place, pour l’ensemble du Royaume, une organisation générale du thermalisme comportant un programme de recherches sur les eaux et leurs propriétés, la diffusion de ces études par des traités de médecine, des recommandations générales sur la gestion, les réparations et l’entretien des bains et des fontaines. Des intendants des eaux furent affectés aux villes d’eaux et aux sources dont ils avaient l’expérience.
Au XVIIe siècle, la boisson devint le mode d’administration le plus usité des eaux minérales. L’hygiène corporelle était fort négligée, la noblesse du temps préférant les parfums aux ablutions. Henri IV lui-même sentait mauvais et défendait à ses maîtresses de se laver quand il leur rendait visite. Louis XIII prit son premier bain de jambes à six ans. Louis XIV préférait se laver le visage et les mains à l’eau de Cologne " 72 ". Les villes d’eaux fréquentées par les ordres privilégiés étaient en nombre limité ; les plus à la mode étaient Pougues, Forges, Vichy, Bourbon-l’Archambault. Des sources pyrénéennes, Bagnères était la plus en vogue. Les bains et fontaines traditionnels continuaient à être utilisées par les habitants, dans les lieux connus de longue date. Il en était ainsi de Cauterets.
· · · LES BAINS DE CAUTERETS AU XVIIe SIECLE
· · Les bains de Peyraute :
Les sources de Peyraute n’attiraient plus que les malades des contrées voisines ; elles étaient distribuées dans plusieurs bains : le bain d’en-haut, le bain du milieu et le bain d’en bas ou bain des cagots.
Le bain du milieu avait pris le nom de cuve de Pose. C’était le nom d’un chirurgien, Nadau Pose, qui était au XVII e siècle propriétaire de cette source sulfureuse. Il appartenait à une vieille famille de Cauterets, aujourd’hui disparue ( Cf. Alphonse Meillon - Excursions topographiques dans la vallée de Cauterets - p. 149).
La source d’en bas, ou petit bain des Bains, était aussi appelée bain des cagots ; l’une des cabanes de ce bain fut vendue le 28 décembre 1665 à Bertomide et Jean Canarie d’Argelès par les héritiers de Malhoc. Voici les principaux passage de l’acte de vente de 1665 : " L’an 1665, le 28e jour du mois de Décembre, environ les sept heures du matin, au lieu d’Argelès, dans la maison de Canarie Dessus, présents les témoins bas nommés, et par devant nous notaire royal sous signé, ont été constitués en leurs personnes Guillaume Du Bouix, gessisant de la ville de Lourdes, et Bernard Mailhoc debat gessisant de la paroisse de Saint-Savin, héritiers de la maison du dit Mailhoc debat de la dite paroisse du dit Saint-Savin, lesquels, en ladite qualité, solidairement l’un pour l’autre et chacun d’eux un seul pour le tout, sans faire division de dette ni discussion de biens, à quoi ils ont expressément renoncé de leur plein gré pour eux et les leurs à l’avenir, ont vendu et par cet acte vendent irrévocablement et à jamais en faveur de Bartomide et Jean de Canarie dessus du dit village d’Argelès, présents, stipulant et acceptant pour eux et les leurs, savoir est une cabane qu’eux et leurs prédécesseurs possédaient au terroir de Cauterets et au Petit bain des Bains du dit Cauterets par acte du 10eme de May 1472 reçu par de Serubie notaire avec tous les droits, voÿx, noms, actions et prétentions à la dite cabane appartenant, à la faculté de prendre l’eau du Petit bain pour s’y vaguer ou suer, ainsi que confronté avec la cabane du Seigneur Abbé de Saint-Savin et religieux, et des autres parts avec terre commune, pour par les dits de Canarie Dessus et les leurs en jouir et disposer comme de leur cause propre ; laquelle vente ont faite et font les dits vendeurs en faveur des dits acheteurs pour et moyennant le prix et somme de huitante cinq livres tournoises de vingt sols tournois pièce que les dits vendeurs ont reçu présentement à la vue de moye dit notaire et témoins bas nommés, des mains des dits acheteurs en escus blancs de trois livres pièce, demi escus de trente sols pièce et autre bonne monnaye que les dits vendeurs ont retiré devers eux, de quoy se sont contentés et ont acquitté et acquittent aux dits de Canarie Dessus et aux leurs, lesquels vendeurs ont laissé entre les mains des dits acheteurs les lods et ventes de la présente vente pour être par eux payés à ceux qui seront dus (deubs) à laquelle sus dite somme de huitante cinq livres les dites parties ont convenu, moyennant quoi ont acquitté en faveur des dits acheteurs toute majeure survalue en cas dut y avoir cy après en la dite cabane de laquelle se sont dépouillés et aux dits acheteurs investis et mis en possession réelle, actuelle et corporelle par le bail de la note de moy notaire, livrée à leurs mains, et promettant les dits vendeurs faire bonne et valable la présente vente, et sur icelles porter bonne forme, évictions et garanties en jugement et ailleurs, envers et contre tous perturbateurs, et à ces fins, en ont obligé tous et chacun leurs biens présents et à venir, meubles et immeubles, qu’ils ont soumis aux rigueurs de justice, renoncé et juré. Présents : "Bernard Paloumère, du lieu de Gès et Ramond de St-Jean de la ville d’Ibos, ne sachant écrire, moy les parties, réserve les dits Duboux et Canarie, signés à l’original et moy Jean Periès notaire royal ainsi signé :
Périé notaire royal, vingt sous tournois.
Je soussigné, religieux syndic du monastère de Saint-Savin ay reçu les lods et ventes de la présente vente dont tiens quitte l’acheteur. A Argelès, le 6 décembre 1672. Signé : frère Pierre Bertrand Sindic. " 1 "
Cet acte de vente nous apprend que seules les cabanes faisaient l’objet de transactions à titre onéreux, ainsi que la faculté de prendre l’eau. Dans ces bains, l’usage était, de s’y vaguer (s’y baigner et nager), et de suer ; la sudation était considérée comme une thérapeutique. Ni les témoins, ni les parties prenantes de l’acte de vente ne savaient écrire. C’est le monastère de Saint-Savin qui reçoit les lods et ventes de la présente vente.
· Quelques années auparavant, en 1647, ce bain des cagots avait été le siège de désordres. Les cagots ou gezitains se disaient maîtres au " Petit Bain " et libre de s’y baigner quand bon leur semblait, de jour et de nuit. Une ordonnance de 1647, émanant du Vicaire de l’Abbé et des Consuls de la vallée leur imposa de ne se baigner dans le Petit Bain qu’après que les autres se soient baignés. Des Consuls de Caoutarès ont la charge de faire exécuter ces mesures. Etait-ce en raison de la gratuité dont ils bénéficiaient, ou d’une exclusion par peur de la contagion dont ils continuaient à souffrir de la part du reste de la population ? La raison invoquée est celle " des déportements et insolences " dont ils se seraient rendus coupables.
· · Les bains de la Raillère :
Le XVIIe siècle allait s’ouvrir, pour Cauterets, " par un de ces dons que la Providence se plaît à répandre sur les mortels " (J. Bourdette) " 5 " : la découverte de la source de La Raillère. " Un pasteur des environs de Cauterets avait pour habitude de mener paître ses chèvres sur les éboulis de roches au bas de l’arailhé (éboulis) du Péguère. Il remarqua plusieurs fois qu’au retour du pâturage, le troupeau qu’il menait s’abreuver dans les eaux du gave s’abstenait d’en boire... Cette observation, jointe au bon état de ses chèvres, lui fit présumer que la montagne recelait quelque source qui fournissait à ce besoin ; le lendemain de sa dernière remarque, ayant soigneusement observé son troupeau, il découvrit la source qui porte aujourd’hui le nom de La Raillère, et qui allait demeurer pendant quatre siècles la source la plus renommée des Pyrénées " (Cf. J.M. Deville Annales de la Bigorre - 1818 p.187).
Les récits de la découverte de la source de la Raillère diffèrent quelque peu selon les auteurs :
Pour Abbadie, la découverte de la source est due à une vache qui avait coutume d’aller s’y abreuver, et dont la beauté et l’embonpoint révélèrent les vertus salutaires de cette eau. " 137 "
J.F. de Borie écrit à ce propos en 1714 : " Je l’ai appris des Anciens du village qui ont vu naître la source. Le bétail qu’on menait paître aux environs de la montagne où est cette fontaine donna lieu à sa découverte. Les pasteurs, ayant remarqué qu’il s’empressait à aller boire d’un petit filet d’eau qui se cachait dans les pierres, et qui les engraissait beaucoup, furent mus par cette observation à en rechercher la source ; ils la découvrirent enfin ; on lui donna le nom de Larraillère parce qu’elle jaillit au pied d’une montagne où elle est environnée d’une quantité affreuse de cailloux qui, sans doute, sont les débris de rochers qui se sont écrasés dans leur chute " (J.F. de Borie). " 85 "
D’après Bourdette, " les premiers bains de La Raillère furent établis dans cinq ou six baraques contenant chacune deux baignoires en bois enfoncées dans le sol. L’eau s’y rendait par des conduits également en bois et à découvert. Pour tempérer ces bains, on faisait refroidir l’eau dans des cuves voisines, où on la puisait avec des seaux pour la porter dans des baignoires " (J. Bourdette). " 5 "
· · Les bains de Mauhourat :
Un document de 1655 (ADHP. H.117) " 79 " publié par V.R. Rivière-Chalan, est ainsi rédigé : " Par acte du dit jour 11 août 1655 retenu par le dit Cometo, les dits révérends père et consuls de la dite Rivière (de Saint-Savin) ont arrenté à Joannot Cassaroy dit Ménuzé deux cabanes sises aux bains de dessus, l’une appelée Maühörat et l’autre de dessus, le bain du haut, qui confrontent avec l’église des dits bains et la cabane que Maisonabe possède, pour le terme de neuf années à compter depuis le dit jour XI août 1655 et finissant au onzième août de l’an 1664, moyennant deux écus petits qu’il a payés ; à la charge qu’il réparera les cabanes conformément le dit acte de rentement et payé six écus petits vingt liards par an en deux payements, le premier au premier de may, l’autre à Saint Luc suivante... ".
Ce document confirme l’existence de cabanes de bains, dès cette époque, auprès des sources du groupe Sud ; il existait au moins deux cabanes, l’une dite de Mauhourat, et l’autre du haut, correspondant sans doute aux sources du Bois, situées en amont de celle de Mauhourat.
Les cabanes étaient affermées à un particulier pour une durée de neuf années, à charge pour lui d’en assurer les réparations et de payer une rente annuelle en deux versements, au premier mai et à la Saint Luc.
La propriété de ces cabanes était assurée conjointement par les pères de l’abbaye et par les consuls de la vallée ; il existait donc à l’époque une cogestion de fait des bains de Cauterets, entre l’abbaye de Saint-Savin et la Communauté des habitants représentés par les Consuls.
En se rendant au Lutour par le chemin des estives, les bergers voyaient couler, au site du Benquès, les sources de Mauhourat, du Bois et du Pré, le long des falaises ; elles dégageaient des vapeurs sulfurées, surtout par temps froid, disparaissaient dans les blocs rocheux en direction du gave, et sautaient dans le torrent. Ils avaient construit à proximité de ces sources des abris en pierre sèche et en bois, qui servaient de cabanes pour les baigneurs et, aussi, de chapelle pour les moines.
· · · EVOLUTION ADMINISTRATIVE DE LA VALLEE DE CAUTERETS
Le règne d’Henri IV et le premier quart du XVII e siècle constituent un tournant décisif dans la situation juridique et administrative de la vallée de Cauterets. Il se produit alors une triple évolution :
- Le renforcement de l’autorité de l’Etat
- La décadence de l’Abbaye de Saint-Savin
- L’affirmation des droits de la vallée (Rivière) de Saint-Savin sur la vallée de Cauterets
· Le renforcement de l’autorité de l’Etat :
En 1584, Henri de Bourbon, Roi de Navarre, Comte de Foix et de Bigorre, devient Henri IV, Roi de France. Au mois de Juillet 1607, il réunit à la couronne tous ses biens patrimoniaux ; la Bigorre fait désormais partie intégrante du Royaume de France et relève directement de l’autorité de l’état. Cette province demeure toutefois pays d’Etat ; les Etats de Bigorre, avec ses franchises et ses privilèges.
Le pouvoir royal fut renforcé, à partir de 1634, lorsque Richelieu décida d’envoyer dans les principales villes de province des Intendants de justice, de police et de finances, chargés d’exercer directement l’autorité du Roi dans ces provinces. La Bigorre releva du ressort de l’Intendant de Guyenne qui siégeait à Bordeaux, jusqu’en 1716 où fut créée la généralité d’Auch.
· Décadence de l’Abbaye de Saint-Savin - Son relèvement par la Congrégation de Saint-Maur :
Tandis que se renforçait l’autorité du Roi, l’Abbaye de Saint-Savin était entrée en pleine décadence. " Tant que les Religieux de Saint-Savin eurent à leur tête des Abbés réguliers, cloîtrés, vivant comme eux, veillant sur eux et leur donnant le bon exemple, on vit fleurir parmi eux les vertus monacales " (J. Bourdette) " 5 ". Mais, vint alors, à la Renaissance, le temps des Abbés non résidents, puis, celui des Abbés commendataires. A partir de 1425, l’Abbaye de Saint-Savin semble être devenue l’apanage des Cadets de la puissante maison des Comtes de Foix-Grailly. Les moines " abandonnés à un sous ordre sans autorité morale, manquant de direction, privés des bons exemples venant d’en-haut, ayant au contraire sous les yeux les mauvais exemples de leurs abbés qui violaient la règle, détournaient à leur usage personnel les rentes constituées par les fidèles pour obtenir les prières du couvent, nos moines relâchèrent leur discipline... Ils tombèrent dans toutes sortes de désordres " (J. Bourdette) " 5 ". En 1615, d’eux d’entre eux, qui avaient une inimitié mortelle contre l’un de leurs confrères, le firent assassiner par des gens armés de piques pendant les vêpres. Les bâtiments étaient délabrés. Il pleuvait à la chapelle de Saint-Pierre et à celle de Sainte-Catherine. On comprend aisément, dans ces conditions, que le monastère ait perdu tout crédit et toute autorité sur les habitants de la vallée.
En 1623, l’abbé de Saint-Savin se trouvait être Jean-Michel de Saint-Sivié, chanoine et vicaire de Toulouse. Il était un digne prêtre et résolut d’agir contre ces désordres. Il comprit que la seule voie pour rétablir la règle dans son Abbaye était de la confier à la Congrégation de Saint-Maur, qui venait d’être fondée. Cette congrégation avait reçu mission du Roi Louis XIII et du Pape Grégoire XV, de réformer l’ensemble des monastères de France, abandonnés à eux mêmes du fait du désastreux système de la " commende ". Dès leur installation, en mars 1625, les nouveaux moines commencèrent à exercer leur ministère avec zèle et succès dans tous les bourgs et villages des environs. " Les populations, venaient en foule des villages voisins écouter les instructions de Don Eudes, et, quoiqu’ils n’entendissent pas bien la langue française, la vie édifiante de ces missionnaires leur servait de modèle et guide dans le chemin de l’Evangile. " (J. Bourdette) " 5 ". De 1626 à 1653, pendant un quart de siècle, Don Maur Barrez fut le missionnaire infatigable de nos vallées et se dépensa avec zèle et charité au bien spirituel des populations. Il allait de bourg en bourg, de village en village, exposé aux dangers des neiges, des torrents, des bêtes sauvages, des malfaiteurs. Ayant gagné le Monastère de Saint-Sever-de-Rustan pour se porter au secours de ses confrères attaqués par la peste, il fut frappé du mal contagieux et mourut en odeur de sainteté " acceptant ce mal comme un présent qui lui venait de la main du Seigneur, le souffrant avec patience et soumission jusqu'à ce qu’il plut à Dieu de le tirer de ce monde ". " 5 "
Ainsi, pendant cette période, les moines de Saint-Maur s’attachèrent davantage à l’accomplissement de leur ministère pastoral et de leurs devoirs religieux qu’à la défense de leurs droits féodaux.
· La Rivière de Saint-Savin affirme ses droits sur la vallée de Cautarès :
En 1612 fut imposé à tous les territoires composant l’ancien territoire de Navarre, dont la Bigorre faisait partie, de fournir leurs dénombrements. Le dénombrement consistait dans la déclaration de tous leurs biens, terres et possessions, héritages, pâturages, usages, franchises, privilèges, fiefs, cens, redevance etc... qu’étaient tenus de faire les Vallées, Communautés, Couvents et possesseurs de fiefs nobles. Ces dénombrements de 1612 furent les premiers à être écrits baillés par les Vallées et Communautés. En date du 2 Octobre 1610, le Roi avait affermé tous les revenus de l’ancien domaine de Navarre à maître Ramon Martin, receveur général des Décimes en Guyenne pour une durée de dix ans. Celui-ci sous afferma les revenus de Bigorre à François et Jean d’Ibos, de Saint-Pé, pour le même laps de temps. En conséquence du bail du Sieur Martin, " le Roi, par lettres patentes données à Paris le 6 Décembre 1611, nomme l’Evêque de Tarbes, Salvat Diharse et le Juge Mage Jean Puyo ses commissaires députés pour mettre le Sieur Martin en possession et jouissance du bail et vérifier les dénombrements qui en seraient fournis. En vertu de l’ordonnance des Commissaires, les Communautés et Vallées furent requises de fournir leur dénombrement avec preuves à l’appui. Au terme de la procédure, les Commissaires prononçaient une sentence vérificative, par laquelle ils approuvaient le dénombrement. La plupart des vallées procédèrent à leur dénombrement au cours de l’année 1612. Par contre, le dénombrement de la Rivière de Saint-Savin n’intervint qu’en 1619, avec un retard de sept ans. Ce long délai laisse supposer d’âpres discussions entre les Communautés de la Rivière et l’Abbaye. En définitive, ce furent les Communautés valléennes qui dénombrèrent devant les Commissaires, affirmant ainsi leurs droits sur les territoires de la Vallée. Le 29 Novembre 1619, les Cossous (Consuls) des huit Communautés de la Rivière, réunies dans le Cloître du couvent de Saint-Savin approuvèrent le dénombrement rédigé par leurs syndics. En voici les principaux articles :
La Rivière de Saint-Savin est composée des huit Communautés de Saint-Savin, Lau, Balagnas, Adast, Nestalas, Us, Soulom et Cautarès ; elle est limitée, au levant par le grand gave qui la sépare de Daventaygue et par un contrefort qui la sépare de la vallée de Barèges ; au Midi, par la haute crête des Pyrénées qui la sépare d’avec l’Aragon ; au couchant puis au Nord, par le Val d’Azun, et le territoire d’Arcizans-Devant et le gave d’Azun.
* A l’origine, les Territoires particuliers des huit Communautés furent concédés à leurs habitants par le Comte ; puis il en donna la Seigneurie, sauf celle de Soulom et d’Us, aux moines de Saint-Savin ; en 945, il donna la Vallée de Caouterès aux moines, qui, en 1317, concédèrent l’usage exclusif de ses bois et montagnes aux huit Communautés du Pascal, moyennant une redevance annuelle de trente écus petits.
* Les Communautés ont convenu de créer annuellement chacune deux Consuls pris à tour de rôle des maisons. Les bézis (chefs de maisons) de chaque Communauté s’assemblent en béziau (assemblée de voisins) pour délibérer des affaires qui leur sont communes. Les huit Communautés ont coutume de se réunir en assemblée générale, soit par leur bézis, soit par leurs cossous (consuls), dans le cloître du Couvent, par mandement du viguier (bégué) de l’Abbé, quand il s’agit de délibérer sur les affaires intéressant la Ribera " en corps".
Ce texte nous indique la façon dont étaient gérées les Communautés valléennes, de temps immémorial.
* L’Abbé de Saint-Savin est Seigneur direct de l’entière Ribéra, sauf à Us qui appartient au Seigneur du lieu et à Soulom dont le Roi est Seigneur direct.
Il convient à ce propos de distinguer l’appartenance seigneuriale, notion féodale qui va s’effacer avec le temps pour disparaître à la Révolution, de la notion de propriété, qui s’applique à des particuliers, mais aussi à des communautés, en fonction de l’usage et de la coutume, et du bien commun de la population.
* La basse justice de la Ribéra, qui est de quinze sols tournois, appartient à l’Abbé de Saint-Savin ; elle est exercée conjointement par son bayle et par les deux Consuls du lieu dans chaque village.
* La haute justice appartient au Roi qui la fait exercer par les officiers de la Sénéchaussée de Bigorre, et par appel auprès de la Cour du Parlement de Toulouse.
* En ce qui concerne les impositions, les habitants de la Rivière, comme ceux des autres vallées, payent leur part des Tailles et Donations votées par l’Assemblée des Etats de Bigorre, d’après la Mande du Receveur de Bigorre ; la répartition en est faite entre les maisons par les Consuls de la vallée. Les autres impositions sont réparties entre le Comte et l’Abbaye. Les droits dus aux Religieux de Saint-Savin sont les lods et ventes pour tous les immeubles particuliers situés dans la Ribéra, à l’exception d’Us et du Soulom, et la moitié des redevances pour droit de paître et de gîter dans les ports (cols) et montagnes (la cazadura) ; (cette redevance consiste en tous les fromages qui se font chaque année, de tout le lait que l’on peut traire le jour de la Saint Jean-Baptiste (24 juin), enfin le tiers des Lods et Ventes payés par la Ribera en corps en cas de vente des bois et montagnes qu’elle possède, à raison du 12e du prix. Il apparaît nettement, à ce propos, que le Seigneurie de l’Abbaye sur la vallée de Caoutarès se traduisait exclusivement par le versement des redevances que le viguier percevait pour le compte de l’Abbé Commendataire.
Par leur sentence du 10 mai 1620, les commissaires du Roi approuvèrent le dénombrement de la Rivière de Saint-Savin. Ses différents articles ont constitué la principale référence juridique de la vallée jusqu'à la Révolution.
· En 1626, les moines de Saint-Savin demandèrent aux Consuls de la vallée de choisir pour leur propre usage une cabane auprès du Petit Bain de Caouterès. Don Paul Dillère, prieur, exposa d’abord que l’acte de donation de la vallée et des bains de Caouterès, qu’il leur exhiba, leur permettait d’en disposer à leur volonté. Il préférait toutefois procéder à l’amiable et, pour éviter toutes plaintes, ne voulait le faire que du gré et consentement des dits Consuls gardes de la Ribera, sans préjudice des droits du dit Abbé et des leurs. Les Consuls acquiescèrent à cela comme chose juste et raisonnable. Ils dirent que la cabane de Domenge et Joanna Candau, située près du Bain Debat, et joignant le dit Bain, leur semblait la plus propre à cette fin. Ils trouvent bon et consentent, au nom de la Ribera, que les dit religieux, la prennent pour leur usage et celui du Monastère et s’en servent ainsi que bon leur semblera, sans qu’aucune autre personne puisse y loger sans leur permission ; et la dite cabane leur demeurera franche et quitte de tout fief sans préjudice toutefois des dédommagements raisonnables des dits Candau.
L’acte notarié porte la mention : " Donation aux religieux par les habitants de la Ribera du petit bain des pères ". Ainsi, à cette date, les valléens se considéraient comme propriétaires des bains et cabanes qu’ils avaient, disaient-ils, aménagés à leurs frais. La Congrégation de Saint-Maur, pour sa part, tout en réservant les droits de l’Abbaye, choisit la voie de la conciliation, mieux en accord avec la mission spirituelle et religieuse qui leur était confiée.
· Les bains de Cauterets tombent dans l’oubli jusqu'à la fin du siècle
Au cours du XVIIe siècle, les bains de Cauterets furent délaissés par les " étrangers ". Plusieurs facteurs contribuèrent à suspendre l’usage des eaux par la clientèle étrangère, à partir de 1650. Il y eut les guerres avec l’Espagne, rendant les frontières peu sûres, de 1635 à 1643, puis de 1653 à 1659, qui s’achevèrent par le traité des Pyrénées. Il y eut surtout la reprise des pestes, à partir de 1639. La plus terrible eut lieu de 1652 à 1654 et ravagea les vallées du Lavedan. Consécutive à la reprise de la Fronde en 1651, en Guyenne et Gascogne, avec Condé, disséminée par les marches incessantes des troupes, elle trouva un terrain favorable en ces temps de famine et de misère. " Jamais plus grande calamité ne paraissait avoir éprouvé notre Sud-Ouest. La peste frappait partout à la fois " (Abbé Charles Bourgeois. Famine et peste au XVIIe siècle. 1929). La peste fut amenée d’Espagne par un jeune homme qui coucha une nuit dans une maison d’Arrens (1652) ; de là, elle gagna tout le pays d’Azun, puis le Daventaygue, Argelès, Saint-Savin, Nestalas et Soulom " 81 ". D’autres calamités frappèrent le Labeda et la Bigorre, notamment un tremblement de terre en octobre 1660 qui fit de gros dégâts à Bagnères, Lourdes et Argelès ; l’église de Saint-Savin subit des dégâts considérables (J. Bourdette). " 5 " " 82 "
En 1665, eut lieu le soulèvement des vallées contre la Gabelle ou impôt du sel " 80 ". Colbert résolut de soumettre à la gabelle tous les pays qui s’en étaient rédimés, dont la Bigorre. Bernat d’Audijos se fit le chef de la résistance. C’était un gentilhomme de la Chalosse, d’une bravoure à toute épreuve. Il agit à l’improviste et par coups de main contre les commis des bureaux de sels. Cette guerre dura douze ans. Nous ne subsistons que par le bétail et le bétail que par le sel, disaient les paysans. Lorsque les troupes du Lieutenant Général de Guyenne pénétrèrent en Labeda, les montagnards prirent immédiatement les mesures pour couper l’entrée des vallées aux dragons. Ils tinrent les issues des vallées creusées en fossés et barricadées de troncs d’arbres. Il fallut faire venir plusieurs régiments d’infanterie et de dragons à Lourdes et renoncer à leur imposer la gabelle, pour qu’ils se soumettent (Cf. J. Bourdette. Annales du Labeda).
On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que les chemins de la vallée fussent peu sûrs, parfois infestés de " brigands ". Louis de Froidour a pu écrire en 1680, au temps de Louis XIV : " Les eaux de Cautérés sont très chaudes et très bonnes, mais il n’y a que les gens du pays qui en usent, parce qu’ils n’y a aucune commodité pour ceux qui pourraient s’y baigner ".
V - CAUTERETS AU TEMPS DES LUMIERES (1715-1789)
1715, l’année de la mort de Louis XIV est une année charnière entre le Grand siècle, celui du Roi Soleil, et le temps des Lumières. Les dernières années du règne de Louis XIV furent pour la France, des années d’épreuves : guerres, invasion étrangère, détérioration climatique, famine, misère, impôts accrus.
A partir de 1715, la situation du pays va s’éclaircir : soixante dix-sept ans sans invasion (de 1716 à 1792) ; disparition des grandes épidémies ; la dernière peste a lieu à Marseille et en Provence en 1720 ; stabilité du franc à partir de 1726 ; expansion économique et enrichissement des campagnes, augmentation de la population, développement des techniques et des arts appliqués dont l’Encyclopédie donnera la synthèse, évolution du régime vers une monarchie administrative dont les Intendants de province seront les agents actifs et compétents. " 20 " " 84 "
· · Jean-François Borie : premier ouvrage médical sur les eaux de Cauterets
Pour situer le Cauterets thermal à l’aube de ce temps des Lumières, nous disposons d’un ouvrage " La recherche des eaux minérales de Cauterets avec la manière d’en user ", écrit par Jean-François Borie, édité à Tarbes en 1714, " chez Mathieu Roquemaurel, imprimeur et marchand libraire " " 85 ". Il écrit en préface, dans un avis au lecteur : " Les eaux minérales sont un excellent remède... ; l’expérience nous montre qu’elles ont une vertu singulière pour combattre un grand nombre de maladies ; les merveilles de guérison, qu’on voit qu’elles produisent chaque jour, ne laissent pas d’en douter, et l’on peut même dire qu’elles ont quelque chose de supérieur aux autres remèdes les plus recommandables, parce qu’elles sont l’ouvrage de la nature, un remède qu’elle a pris soin de nous préparer elle-même... ". Le livre de J.F. Borie est le premier ouvrage médical consacré à l’étude des eaux de Cauterets : " Dans ce petit ouvrage, nous dit-il, nous avons seulement dessein de traiter des eaux minérales de Cauterez "... : " Nous nous bornons pour le présent à traiter des eaux de Cauterez... à cause du grand usage qu’on en fait dans ce pays, de la grande réputation qu’elles ont acquise et... parce qu’elles paraissent convenir dans toutes les occasions où les Eaux Minérales peuvent être de quelque utilité ".
Voici la description qu’il donne de Cauterets et de ses sources : " Cauterez est un petit village assez reculé dans les Pyrénées, formant l’extrémité de la vallée du Lavedan, dont il fait partie " ... Les eaux minérales se partagent en différentes sources : celles qui servent à former les bains jaillissent vers le haut d’une montagne, au pied de laquelle le village est situé ; elles sont au nombre de trois, dont on a formé trois bains, lesquels diffèrent en degrés de chaleur seulement. Le plus chaud est le bain du milieu..., il est au vingt quatrième degré de chaleur ; le grand bain, ou bain d’en-haut, est au vingtième degré. Bien que le dernier soit le plus doux et le plus tempéré, il ne laisse pas de provoquer de plus abondantes sueurs que les autres ; sans doute parce que la partie onctueuse qui y prédomine sur les autres minéraux se trouve plus propre à relâcher les glandes et les tissus de la peau... Les sources qui servent pour l’usage intérieur sont, de même que les bains, au nombre de trois ; elles ont les mêmes principes minéraux et différents en degrés de chaleur seulement... La première de ces sources, en suivant l’ordre d’éloignement, est appelée La source de La Raillère parce qu’elle jaillit au pied d’une montagne, où elle est environnée d’une quantité affreuse de cailloux... La seconde est appelée La fontaine Bayard, parce que Monsieur de Bayard, Premier Président au Parlement de Navarre, lui a donné beaucoup de réputation par l’usage constant qu’il en fait depuis plusieurs années... La troisième est appelée La fontaine du Bois, parce qu’elle se trouve à l’embouchure d’un bois : sa chaleur est fort au-dessus de la chaleur des deux autres... Ces deux dernières sources jaillissent au pied d’une même montagne... La source de La Raillère se trouve au pied d’une autre montagne plus voisine du village, et ces deux montagnes sont séparées par le gave qui prend son origine plus haut et qui s’écoule entre elles avec beaucoup de bruit et de précipitation... Quoique les eaux de Cauterets n’ayent point fait un grand bruit, que depuis vingt ou trente ans, il est très vrai néanmoins qu’elles sont fort anciennes, à la réserve de La Raillère qui fut découverte environ l’an 1630... ".
J.F. Borie ajoute, un peu plus loin : " Les difficultés des chemins qui conduisent à Cauterets, le peu de soin qu’on a pris à s’y loger commodément et d’y procurer un abord convenable des choses nécessaires à la vie, ont suspendu l’usage de ces Eaux pendant un long espace de temps ; mais les merveilles de guérisons qu’on a vu qu’elles produisent, ayant ouvert les yeux au public, on a surmonté tous les obstacles, on en a même détruit une partie, et en peu de temps elles ont acquis la réputation qu’elles méritent ". Ce texte confirme la longue éclipse du Cauterets thermal dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. J.F. Borie se livre, avec les moyens sommaires de ce temps, à un essai d’analyse chimique des eaux de Cauterets : " Nos eaux contiennent beaucoup de soufre et, même il y prédomine sur les autres minéraux..., j’expérimente qu’elles sont gluantes et visqueuses au toucher et, sachant qu’il n’y a que les parties de soufre qui soient capables d’occasionner ce sentiment, j’ai lieu de conjecturer qu’elles en contiennent beaucoup. Elles impriment à l’argent une couleur noire tirant sur le rouge, ce qui est le propre des matières soufrées ; elles ont une odeur et un goût de soufre si fort qu’elles ne sont qu’un soufre dissous " Ses analyses chimiques le conduisent à penser que ces eaux contiennent une partie acide qu’il désigne sous le nom de " vitriol " (sulfates) et une partie métallique dont il considère par déduction qu’il s’agit de fer. Les propriétés curatives qu’il attribue aux eaux de Cauterets sont tributaires des idées médicales de ce temps. Il en émerge cependant quelques faits d’observation : " Ces eaux, dit-il, prises extérieurement en forme de bains, remédient aux douleurs rhumatiques : elles détergent et consolident les playes, ulcères et fistules ; l’expérience a fait voir que nos Eaux avaient quelque chose de merveilleux dans cette occasion... J’ai vu des chloroses (anémie par manque de fer) radicalement emportées par les eaux de la fontaine Bayard...
Dans les douleurs rhumatiques, sciatiques, dans la toux invétérée, enrouement, enchifrenure, ophtalmie opiniâtre, et en général dans tous les catarrhes, les Eaux de Cauterets sont préférables... Dans l’asthme, de quelque nature qu’il soit, les eaux de la source Bayard sont incomparables. Dans le flux immodéré des menstrues..., nos eaux ont quelque chose de supérieur aux autres, surtout celles de La Raillère, dont il faut toujours user en cette occasion... Dans les coliques habituelles, pesanteurs d’estomac, douleurs de l’hypochondrie (de la région du foie), on doit préférer la fontaine Bayard à toute autre". Parmi les autres indications des eaux de Cauterets, J.F. Borie signale la gravelle et les coliques néphrétiques, la goutte, la gonorrhée ou chaude-pisse, les calculs aux reins, les pertes blanches... C’est le cas de rappeler le proverbe bigourdan : " A Caoutares, tout que garech " (à Cauterets, tout guérit) !
Dans le cours de ce chapitre, J.F. Borie parle de la source appelée Courbères (future source du Pré) " laquelle se trouve beaucoup plus bas que la fontaine Bayard et tout auprès du gave ", peu utilisée à l’époque et qu’il présume convenir plus spécialement au traitement de la goutte. Il parle aussi des douches que l’on peut donner sur certaines parties du corps : " Dans les douleurs rhumatiques et goutteuses, on les prendra en forme de bains ; si elles n’attaquaient que quelque partie particulière, on pourrait se dispenser de baigner tout le corps, pourvu qu’on ait le soin de donner des douches fréquentes aux parties affectées ". Il revient aussi sur le traitement des fistules, ulcères, playes, blessures quelles qu’elles soient : les eaux en sont, " de terribles détersifs, le plus naturel et le plus puissant... On pansera ces playes trois fois par jour... en sorte que la plaie demeure toujours couverte d’eau pendant le pansement afin d’éviter la contamination de l’air, toujours pernicieux à quelque playe que ce soit " (les dangers de la contamination des plaies par l’air, observés cent cinquante ans avant Pasteur...). A propos " des dispositions qu’il faut porter à l’usage de nos eaux ", J.F. Borie considère " qu’il sera très à propos de purger le malade huit jours avant d’aller aux eaux et de leur faire observer un bon régime de vie : " Il est absolument nécessaire, quand on va aux Eaux, de débarrasser l’esprit de toutes sortes d’affaires et d’inquiétude... il faut être tout à soi, ne s’occuper que de ce qui peut procurer de la joie et du plaisir, tâcher d’oublier son mal, éviter d’y penser autant qu’on le peut, se mettre au dessus de tout ce qui pourrait porter quelque tristesse dans le cœur, et s’armer de beaucoup de constance et de fermeté. Il est de l’homme sage de remédier aux maux qui l’affligent, et de ne pas s’en laisser accabler ".
A propos de " la saison propre à l’usage des eaux ", J.F. Borie écrit : " Quand la nécessité presse, on ne doit point avoir égard à la saison ; mais quand on peut se donner la patience pour choisir la saison, il faut attendre la fin du printemps, ou le commencement de l’automne... De ces deux saisons encore, l’automne est la plus convenable... parce que pendant le printemps la terre extérieure se ressent encore de la froideur et de l’humidité de l’hiver ". Il fait allusion, à ce propos, au " long et mémorable hiver de l’année 1709... ; l’été suivant fut le plus tempétueux et le plus orageux dont on ait jamais ouï parler ". Il ajoute que " pour ce qui regarde l’usage extérieur de nos eaux, il ne faut avoir aucun égard à la saison ; on évitera seulement, si le mal le permet, dix à douze jours de canicule qui quelquefois se font sentir assez vivement à Cauterez ". Au chapitre douzième, l’auteur traite " de la quantité des eaux qu’on doit prendre " : " Il convient de faire de l’estomac la règle de la quantité des eaux qu’on doit prendre ; on en peut boire jusqu'à ce qu’on sente au dedans une grande répugnance à en boire davantage ; ... en prendre davantage, c’est s’exposer aux vomissements, aux tranchées insurmontables... Il en vaut mieux " manquer plutôt pour ne pas en boire assez que pour en boire trop ; sur les deux premiers jours de leur usage, il ne faut prendre que la moitié de celles qu’on sent qu’on en pourrait boire ". Quant à l’heure à laquelle il faut prendre les eaux, " plus il est matin, plus les Eaux ont d’activité et de pénétration... ; plus tard on prendra les eaux, plus tard on dînera ".
L’auteur conseille un bon régime de vie : " prendre des aliments en une quantité proportionnée à la nécessité du corps... en prendre à des heures réglées ; laisser couler du temps d’un repas à l’autre ; ... faire après le repas un léger exercice qui ne fatigue point... ; éviter toute sorte de grandes passions, d’applications et d’exercices violents ". Le chapitre quatorzième a pour titre : " Combien de temps il faut prendre les Eaux " : l’auteur répond que leur action n’est pas une action prompte et ne peut se faire que peu à peu ; les maux pour lesquels on en use sont ordinairement des maladies chroniques : " leur destruction est un grand ouvrage ; ce n’est pas l’affaire d’un jour ; il y faut du temps et il en faut beaucoup... on ne peut régler au juste le temps qu’on doit user des Eaux : l’effet qu’elles opèrent doit être la seule mesure... Si l’on est obligé de faire un long usage des Eaux, il sera bon de se reposer de temps en temps, un ou deux jours, lesquels on passera sans boire et sans se baigner ". Convient-il de prendre les Eaux à la source ? " De toutes les Eaux Minérales, celles de Cauterez sont celles qui demandent le plus d’être prises à la source parce que leur principe dominant est le soufre, dont une partie s’exhale pendant le transport ..." Tel fut le premier essai pour décrire les sources et les bains de Cauterets et en codifier l’usage, la première pierre d’un édifice que les générations successives de médecins ont contribué à construire et à enrichir. Si comme le dit J.F. Borie, les eaux de Cauterets ont acquis à cette époque la réputation qu’elles méritent, elles resteront peu fréquentées jusqu’en 1749.
· · Théophile de Bordeu : Réputation croissante des eaux de Cauterets
A cette date, Théophile de Bordeu, docteur régent de la Faculté de Paris et médecin illustre de son temps, fut nommé inspecteur des Eaux Minérales de la Généralité d’Auch. Célèbre par ses travaux d’anatomie, de physiologie et de clinique médicale, il s’attacha à la rénovation de la médecine thermale " 88 ". Il s’intéressa particulièrement aux Eaux Minérales de Béarn et Bigorre, pays dont il était originaire, né à Izeste dans la vallée d’Ossau en février 1722. Il traite longuement des Eaux de Cauterets dans son ouvrage intitulé : " Lettres contenant des essais sur l’histoire des Eaux Minérales du Béarn et de quelques unes des provinces voisines, sur leur nature, différences, propriétés ; sur les maladies auxquelles elles conviennent et sur la façon dont on doit s’en servir, adressées à Madame de Sobério " " 86 ", éditées à Amsterdam chez les frères Poppe, libraires, en 1746. Les pages concernant Cauterets en sont intégralement reproduites dans un petit ouvrage du Docteur Duhourcau de Cauterets, intitulé : " Recueil d’observations sur l’effet des Eaux Minérales de Cauterets " " 87 ". " Cauterets, nous dit Théophile de Bordeu, est un petit village dans les montagnes à l’extrémité de la vallée du Lavedan, en Bigorre. La province a fait des chemins magnifiques pour arriver à ce village, où l’on trouve bien des logements très commodes ".
Que de changements en trente ans par rapport avec la description de J.F. Borie ! C’est l’œuvre des Intendants de la Province, dont nous aurons l’occasion de reparler plus loin. Sa description des fontaines de Cauterets reprend en partie celle de J.F. Borie. Il fait toutefois état d’un quatrième bain : la cuve de Pause, " petite source qui s’écoule dans un réduit le long d’une cabane ; il y dans cet endroit deux cuves de bains où l’on se baigne ; il y a un particulier qui est en possession de ce bain ". Il décrit le grand bain d’en-haut " comme un bassin fort grand qui est couvert ; il y a deux grands tuyaux de pierre qui fournissent beaucoup d’eau et, le long des murailles, un petit mur en forme de siège à l’ancienne mode ; l’eau en est fort chaude ". Le bain du milieu, dit-il, est à peu près comme le grand bain, ouvert à tout le monde. Quant au petit bain, il se trouve le long d’une maison dont le maître dirige l’eau du petit bain dans les bains qu’on nomme des Pères. On emploie beaucoup ces différents bains " pour une grande quantité de maladies, mais ils se trouvent dans un endroit si élevé que ceux qui doivent les aller prendre à pied arrivent extrêmement fatigués... Cependant, nos anciens ont toujours pris ces bains... ; ils s’en sont trouvés à merveille. Le mouvement lui-même n’est il pas utile pour certaines gens ? D’ailleurs, il y a sur l’endroit des bains quelques cabanes où il ne laisse pas d’avoir des logements, au moins pour ceux qui sont le plus malades... Les gens du pays transportent les malades du village aux bains avec toute la commodité possible ". Et Bordeu aborde la question de la descente des eaux au village : " Il y a longtemps qu’on a demandé si on ne pourrait pas faire descendre l’eau de quelques-uns des bains au village ". Pour sa part, il s’étonne qu’on n’ait pas fait descendre quelques-unes de ces sources : " on épargnerait bien de la peine aux malades qui sont obligés de monter sur la montagne, ou de s’y faire porter à grands frais ; à mon avis, on le pourrait sans doute, et je m’étonne qu’on ne l’ait point fait. On n’aurait qu’à faire passer l’eau dans les canaux de brique et elle ne perdrait presque point dans son trajet ; au moins, on pourrait risquer une source ".
Ce projet de Bordeu a été réalisé cinquante ans plus tard, en 1799, par Charles Bruzaud, mais les canaux de brique évoqués par Bordeu n’ont pas permis de maintenir à l’eau sa température et sa sulfuration...
Bordeu remarque que les eaux des bains de Cauterets " se trouvent à l’occident de la montagne d’où jaillissent du côté de l’orient, les eaux de St-Salvador " (Saint-Sauveur). " Les eaux, suggère-t-il, sont de même nature ; ne viennent-elles pas d’un même réservoir ? " Bordeu décrit ensuite les autres sources de Cauterets. Il fait l’éloge de la source de La Raillère, qui ne dispose pourtant que " de deux petites cabanes assez mal couvertes où l’on a pratiqué trois bains dans chacune ". Mais, dit-il, " cette source le La Raillère est fort à la mode ; elle a un degré de chaleur si tempéré, elle est si douce, tous les gens s’en trouvent si bien, et pour l’usage intérieur et pour l’intestin, qu’il y a apparence que la réputation de cette source durera longtemps... Il est fâcheux qu’on n’y ait pas fait les travaux nécessaires ; il n’y a qu’un très petit réduit où l’on peut se mettre à l’abri ".
Bordeu signale ensuite, comme Borie, la fontaine Courbères, à laquelle il donne le nom de source du Pré, peu fréquentée et peu aménagée. Sur la montagne de Hourmigas, il décrit, comme Borie, la source du Bois et la fontaine de Bayard : " La source du Bois est dans une petite cabane dans un bois sur la montagne ; il y a deux petits bains de bois assez incommodes... Cette source est des plus chaudes ; on s’en sert beaucoup pour les bains ". Bordeu fait une grande place à deux sources qui n’étaient pas signalées dans l’ouvrage de Borie : la source Mauhourat et celle des Oeufs : " La troisième source se nomme Mauhourat, ou mauvais trou ; en effet l’eau sort d’une fente de rocher qui est un fort vilain trou... ; cette eau est fort abondante, bien chaude, et elle charrie beaucoup de glaires ". Quant à la fontaine des Oeufs, " il y a tout risque à l’aller visiter... Il y a dans cet endroit un rocher que mouille en partie le gave, et le long duquel il sort une grande quantité d’eau minérale... Cette source est une des plus chaudes et pourrait avoir bien des usages. "
En bon observateur, Bordeu note que " toutes ces sources du Hourmigas sont sur une même ligne ; peut-être viennent-elles du même réservoir ? " Les travaux géologiques récents ont confirmé le bien fondé de cette observation.
Abordant ensuite l’étude
" des vertus de ces eaux et les différents usages auxquels ont les
emploie ", il se réfère à l’ouvrage que " Monsieur de Borie,
ancien et fameux médecin de Pau, fit imprimer en 1714 sur les eaux de
Cauterets ". Ce traité, écrit-il, fait beaucoup d’honneur à
l’auteur. Il signale la thèse de Monsieur de Borie fils, en 1746,
" médecin de la faculté de Paris,... qui a fait connaître les eaux de
Cauterets à Paris, comme Monsieur de Borie père les a fait connaître dans nos
provinces. " Tout en souscrivant aux indications des eaux proposées par ces
deux médecins, Bordeu met pour sa part l’accent sur le fait qu’on les emploie
tous les jours avec succès dans les maladies de poitrine, celles mêmes qu’on a cru
incurables ; il les considère aussi comme spécifiques des maladies de
l’estomac. Dans le chapitre second de son ouvrage, Théophile de Bordeu présente une
série d’observations de malades traités aux eaux de Cauterets : rhumatisme
général à la suite de couches, pertes blanches, crachement de sang, pertes rouges,
pâles couleurs, expectorations purulentes, asthme humide et asthme sec, ulcères aux
poumons, ophtalmie opiniâtre. Il rapporte des guérisons à propos de tous ces cas.
Chemin faisant, il fait part de remarques intéressantes : " Les eaux de
Cauterets sont fort en réputation pour les douleurs ". Les plus chaudes sont
les plus en vogue : " Celle du Bois, par exemple, a guéri une quantité
prodigieuse de rhumatismes. Je l’ai vue enlever des douleurs les plus vives aux
cuisses et aux bras en deux ou trois bains seulement ". Il invite toutefois à
ne pas abuser des bains et des eaux chaudes. Il ordonne la fontaine de La Raillère pour
les asthmes secs et celle de Mauhourat ou du Petit Bain pour les asthmes humides. Il
observe les bons effets de la source de La Raillère sur les
enrouements et les altérations de la voix ; il rapporte le cas d’un jeune homme
de vingt six ans qui avait la voix fort belle et avait beaucoup chanté ; il avait
perdu la voix et " avait de la peine à se faire entendre "... Sa voix
revint aux environs du vingtième jour de traitement à la source Raillère. Cette même
source à la propriété " de dégager et d’assouplir la
poitrine ". Bordeu signale l’existence d’une source dite source des
yeux ; il lui préfère, pour le traitement des ophtalmies, la source de la Raillère
employée pour le lavage des yeux et en boisson, suivie de la boisson de Mauhourat.
· · Raymond Castetbert : La Raillère devient la source à la mode
Seize ans après " Les lettres à Madame de Soberio " de Théophile de Bordeu, un médecin de Bordeaux, le Docteur Raymond Castetbert, fit paraître en 1762 un " Traité des Eaux Minérales " dont le chapitre VII traite des Eaux de Cauterets. " Cauterets, écrit-il, si renommé depuis quelques temps pour les poitrinaires, qui y accourent en foule des provinces les plus reculées de l’Espagne et de la France, est un petit village dans la vallée du même nom, situé dans le pays de Lavedan, au milieu des rochers les plus élevés des Pyrénées. Tout ce qui est nécessaire à la vie y abonde pendant la saison. On peut arriver dans ce lieu, affreux par sa situation ( !) à la faveur d’un chemin qu’on a creusé au pied des montagnes, sans rien risquer. Il est cependant impossible d’y faire monter les voitures ; on est obligé de les laisser à Pierrefitte, village qui est à deux lieues des sources ; mais on trouve dans cet endroit des chevaux ou des porteurs qui conduisent les malades à Cauterés, où il était, avant cette précaution, presque impossible de se transporter. Cette difficulté a été vraisemblablement la cause que ces Eaux ont été abandonnées, quoique elles fussent connues depuis plus de huit cent ans... La vogue dont elles jouissent depuis quinze ans qu’elles sont sorties pour la seconde fois de l’oubli est, selon moi, due au soin de Monsieur Pascal Borie (fils de Jean François Borie, auteur de l’ouvrage de 1714) et, de Théophile de Bordeu, docteur régent de la Faculté de Médecine de Paris. Le premier a prouvé, dans une thèse soutenue aux Ecoles de Médecine de Paris en 1746, que les eaux de Cauterés étaient efficaces pour guérir les phtisies qui ne sont point par venues au dernier degré. Le second a encore contribué à leur réputation par ses " Lettres " et sa thèse savante sur les vertus des Eaux de la Guyenne ". L’auteur indique que l’on compte à Cauterés jusqu'à douze sources, qu’on distingue en Anciennes et Nouvelles. " Les Anciennes, autrement appelées Sources des Cabanes sont sur une montagne fort élevée au pied de laquelle le village est bâti. Les sources Anciennes ne sont fréquentées que par des paysans, des mendiants ou des miquelets espagnols... La plupart des sources Nouvelles, " dispersées de l’autre côté de la montagne parmi les rochers, sont sans aucune commodité ". Il fait une exception pour la source de la Raillère, où l’on a coutume de se baigner et de boire... " Il n’est pas difficile, depuis quelques années, d’arriver à cette source, qui est à un demi quart de lieue du village. Monsieur l’Intendant a fait faire un chemin commode qui aboutit à La Raillère, qu’on embellit chaque jour de plus en plus. "
· · · Les grands Intendants - Ouverture de la route de Pierrefitte à Cauterets
Les Intendants tinrent un rôle essentiel dans le développement du Cauterets thermal au XVIII e siècle. Par un édit du Conseil de Régence, une nouvelle Généralité fut créée en 1716 aux dépens de celles de Bordeaux et de Montauban ; son chef lieu fut établi à Auch. Cette Généralité d’Auch comprenait des pays d’élection : Armagnac, Astarac, Comminges, Lomagne, Rivière-Verdun, les Lannes ; des pays d’Etats : Bigorre, Béarn, Basse Navarre, Soule et Nébouzan ; des pays ou villes abonnés : Quatre Vallées (Aure, Neste, Barousse, Magnoac), Labour, Tursan, Marsan, avec les villes de Bayonne, Dax, Mont-de-Marsan, Lectoure. Ainsi, se trouvaient regroupés sous une même autorité administrative les pays de montagne et leur piémont, ainsi que les villes d’eaux de Guyenne et Gascogne. Dix sept Intendants se succédèrent de 1716 à 1789, pour des durées variables de deux à quinze ans. Parmi ceux qui marquèrent leur passage dans l’histoire de Cauterets, il convient de retenir Paul Mailhard de Balosre (1735-1737), Megret de Serilly Jean Nicolas (1739-1744), de la Bove (1744-1749), d’Aligne (1749-1751), Antoine Mégret d’Etigny (1751-1767), Journet (1767-1770), de la Boullaye (1776-1782), Fournier de la Chapelle (1783-1787), de Boucheporn (de 1787 à la suppression de la Généralité). Les Intendants, qui siégèrent selon les périodes à Auch ou à Pau, se faisaient représenter en Bigorre par des subdélégués. Ceux-ci demeuraient beaucoup plus longtemps en place, connaissaient dans le détail les affaires de leur province ; l’Intendant se contentait le plus souvent de contresigner les actes établis par les subdélégués. Le subdélégué le plus remarquable pour la Bigorre fut Monsieur de Fornets, qui résida à Tarbe pendant plus de vingt ans (1759 à 1781).
Dès 1730, fut établie une route carrossable allant de Tarbe à Barèges par Lourde, Argelès et Luz. Cette route fut ouverte aux voitures en 1744. Cette route passait à Peyrahita (Pierrefitte) d’où partait le chemin muletier de Cautarés. En 1751, fut appelé à la Généralité d’Auch Antoine Megret d’Etigny. Il donna des soins particuliers aux grandes routes, en fit construire de nouvelles, améliora celles qui existaient déjà. C’est lui qui fit construire la route de Pierrefitte à Cauterets et celle de Cauterets à La Raillère. Dès 1755, fut ouvert le chemin de Cauterets à la Raillère. Avant cette date, le chemin conduisant de Cauterets à La Raillère passait entre la montagne de Peyraute (montagne des Bains) et le Turon Labedat qui portait autrefois la " Tourette " (aujourd’hui Rue de Pauze). Le Turon de Labedat était un promontoire rocheux vertical qui descendait directement, par une pente abrupte, jusqu’au gave qui en baignait la base. D’Etigny fit pratiquer une tranchée à travers ce Turon pour donner passage à un chemin pour voitures le long de la rive droite du gave. L’ouverture de ce chemin carrossable contribua beaucoup à la renommée de La Raillère. Le projet en avait déjà été conçu avant 1750 par l’Intendant de La Bove. En 1767, au plus tard, fut ouverte la route carrossable de Pierrefitte à Cauterets, dans les dernières années de l’administration de l’Intendant d’Etigny. Le règne de Louis XV fut l’âge d’or de la construction des routes. En vingt cinq ans, de 1745 à 1770, dix mille lieues de routes sont construites ou refaites, en plaine ou en montagne, sous l’impulsion de l’Intendant Trudaine, chargé par le Roi des ponts, routes et mines du Royaume, et de l’ingénieur Perronnet, que Trudaine mit à la tête de l’Ecole et du Corps des Ponts et Chaussées qui reçoit son statut en 1750. Nos routes de Bigorre vont bénéficier de la compétence d’ingénieurs recrutés par concours, formés dans une école d’Etat. Pour assurer le financement des routes, devant les résistances à l’impôt, il fallut avoir recours à un service de prestations en nature : la corvée royale. Chaque année, les paysans sont tenus de travailler cinq à six jours sur les chemins, pour empierrer le sol, curer les fossés, adoucir les pentes, relever les tournants " 20 ". Les habitants de la vallée de Saint-Savin furent chargés de l’entretien de la Grande Route de Pierrefite à Caoutarés. Dans une délibération du 16 Août 1769, la Communauté de la Vallée de Saint-Savin se plaint des dépenses considérables qu’occasionne à chaque instant l’entretien de la route : " réparation des parapets, escarpement des gros rochers qui tombent souvent sur la dite route... La Vallée ne peut subvenir à ces dépenses qu’en faisant et commandant des corvées auxquelles les habitants ne peuvent plus obéir, à cause des grandes impositions qui les accablent... Les Consuls en place chaque année sont désespérés et hors d’état de pouvoir obéir aux ordres qui leur sont donnés pour la réparation et l’entretien de la dite Route... ". " En conséquence ", la Communauté décide et arrête, sous le bon plaisir de Monseigneur l’Intendant, d’employer à cet objet les revenus que la Vallée retire de l’Octroi et des " cuves et des sources "... " A l’avenir, il sera pris sur les revenus d’Octroi et sur ceux patrimoniaux de la Source de la Raillère... de quoi subvenir à ces dépenses " (Archives de Saint-Savin - ancien registre des Délibérations, folio 62, cité par Jean Bourdette) " 5 ". Vers la même époque, en 1767, l’Intendant d’Etigny établit des Inspecteurs de grandes Routes aux appointements de six deniers par toise ; et " en raison des dégradations fréquentes des chemins de Barège et Cauterés par les lavanges (avalanches) et inondations, il établit aussi un sous inspecteur pour chacune des dites routes, aux appointements de un sou par toise "(Mémoire sur la Bigorre, dans le Bulletin de la Société Académique des Hautes Pyrénées - Tome III p. 62, cité par J. Bourdette - Annales de Labeda).
Dans une lettre de 1777, l’Intendant de la Boullaye rend hommage au subdédégué de Tarbes, Monsieur de Fornets : " Le Sieur Fornets, dont les services ont contribué à la célébrité des eaux de Cauterets... on doit en partie à son zèle la route qui conduit à ces eaux et l’état de perfection où elle se soutient... Il étend ses soins à la police des bains et à tout ce qui peut rendre aux étrangers ce séjour plus agréable ". Les bienfaits de l’administration royale, à travers les Intendants qui en étaient les représentants, s’étendaient en effet à l’ensemble des activités de la Vallée et, plus particulièrement, à tout ce qui concerne les bains et les eaux minérales.
En 1736, une ordonnance de l’Intendant de Balosre interdit de se livrer aux jeux de hasard à Cauterets, Barèges et Bagnères. Cette ordonnance fut renouvelée en 1752 et 1777.
Une ordonnance de Monseigneur de la Boullaye, datée de 1777, établit un règlement pour la ville et les bains de Cautarès : l’entretien des réverbères sera adjugé à la personne qui offrira le meilleur marché, à charge pour elle de les allumer aux jours et heures convenus, de les fournir d’huile convenable, de les entretenir soigneusement. Toutes les maisons seront à l’avenir numérotées. Défense est faite aux traiteurs et aubergistes d’exiger des personnes qui mangent chez eux un prix trop fort.
Une ordonnance de ce même Intendant de la Boullaye, datée du 10 juillet 1778, porte règlement des transports par chaises à porteurs de Pierrefitte à Cauterets. Les porteurs ne peuvent exiger plus de trente sols par course et par personne, soit à la montée, soit à la descente. Ce n’est qu’à la fin du XVIII e siècle que les voitures supplantèrent définitivement les chaises à porteur.
· · · Les médecins Intendants aux Eaux de Cauterets
Dès 1754, l’Intendant d’Etigny avait établi à Cauterets un Intendant des Eaux Minérales ; il avait confié cette charge au docteur Jacques Lacrampe, d’Argelès. " Dans une requête adressée à l’Intendant Journet (1767 - 1770), le docteur Lacrampe expose que, depuis qu’il avait pris possession de sa charge en 1754, il n’avait pas pu obtenir que ses appointements fussent fixés et, il le prie de les fixer à quatre cent cinquante livres par an ; il convient qu’il a touché mille huit cent livres en acompte et, une indemnité de trois cent livres pour son logement à Cauterès. L’Intendant Journet renvoya la requête à son subdélégué de Tarbes et Lourdes, Fornets d’Oroix, lequel invita les Communautés de la Ribera à se présenter devant lui pour régler cette question. Sur quoi, les dites Communautés, ou plutôt leurs Consuls assemblés à Saint-Savin, le 8 janvier 1769, délibèrent que, pour reconnaître les grands services rendus par le docteur Lacrampe, ils priaient l’Intendant de lui fixer lui même des appointements convenables, à prendre sur les revenus des Eaux Minérales de Cauterès, et ils désignèrent deux délégués pour se rendre, au nom de la Vallée, auprès de Mr de Fornets " (Archives de Saint-Savin - Registre des Délibérations, folio 60, cité par J. Bourdette - Annales du Lavedan). " 5 "
Cette délibération est intéressante à plus d’un titre. Elle nous montre que l’autorité était exercée par l’Intendant au nom du Roi, et que la vallée de Saint-Savin était le seul interlocuteur habilité à traiter des affaires de la vallée, notamment en matière d’eaux minérales. Par ailleurs, les eaux et les bains de Cauterets avaient acquis une importance et une renommée qui justifiaient la désignation d’un médecin Intendant particulier se consacrant à cette seule tâche. Jacques Lacrampe eut pour successeur un autre Lacrampe, son petit-fils.
Madame de Galard écrit à son propos à l’Intendant de La Boullaye : " Mr Lacrampe se propose de faire un ouvrage, de concert avec son petit-fils, afin de donner la célébrité aux eaux de Cauterets ; cinquante ans d’expérience lui ont fourni et donné de grandes connaissances des effets qu’elles peuvent produire ". Celui-ci ne toucha plus les appointements de son prédécesseur et fut rétribué de son travail de médecin par les étrangers et les malades qui faisaient appel à lui. Il existait donc, dès cette époque, une surveillance médicale des malades ; ceux-ci rétribuaient directement le médecin. On assiste ainsi, au cours du XVIIIe siècle, à une médicalisation croissante des villes d’eaux...
Au XVIIIe siècle, il n’y avait pas encore de médecin résidant en permanence à Cauterets. Le docteur Lacrampe, médecin intendant des eaux, ne résidait à Cauterets que pendant la saison des eaux. Par contre, on note la présence permanente d’un chirurgien. Depuis l’édit royal de 1691, les chirurgiens étaient séparés des barbiers perruquiers ; il leur était interdit de tenir boutique. Ils étaient indispensables à la pratique de la petite chirurgie quotidienne : traitement des plaies, fractures et luxations, drainage des abcès, extraction des dents, pose des ventouses, assistance des matrones dans les accouchements difficiles. Cette médecine externe ne cessait de se perfectionner, alors que le traitement des maladies proprement dites ne commença à disposer de moyens efficaces qu’à partir du XIXe siècle. Aussi la population n’éprouvait elle nullement le besoin de la présence permanente d’un médecin.
L’ouverture de la route carrossable de Pierrefitte à Cauterets marque une date importante dans l’histoire de la vallée. Comme l’exprimait l’Intendant de La Boullaye en 1777, " les eaux de Cauterets n’ont acquis la célébrité dont elles jouissent aujourd’hui, que depuis qu’un grand chemin tracé dans les montagnes en rend l’accès facile et assuré ". Cet accès facile va permettre désormais la venue d’une nombreuse clientèle étrangère de qualité, attirée par la renommée des eaux. Toute une série d’activités liées au thermalisme (logements, transports, soins aux malades, commerces, artisanats) vont alors se développer et attirer vers Cauterets des cadets de familles paysannes de la plaine à la recherche d’un travail. Beaucoup d’entre eux vont entrer gendres dans des familles de Cauterets. La plupart des maisons vont être aménagées pour le logement des baigneurs ; plus de quarante d’entre elles sont désignées par le nom de leur propriétaire. Il existe deux hôtels : l’hôtel Labbat et l’hôtel Labassé, ainsi que plusieurs auberges. Il y a plusieurs traiteurs, dont le travail consiste à préparer les repas destinés aux baigneurs. La triade des professions de santé est désormais présente : avec le médecin Labbat, le pharmacien Camus, le chirurgien Villeneuve. L’urbanisme fait de constants progrès : les rues sont aplanies, régularisées, pavées pour la plupart d’entre elles.
Plusieurs obstacles toutefois continuent de freiner le développement du Cauterets thermal. Ce sont, en premier lieu, la vétusté de la plupart des établissements et l’éloignement des sources par rapport au village.
· · · La vie des baigneurs à Cauterets pendant la saison des eaux
· Le séjour de l’Abbé de Voisenon à Cauterets (juin à septembre 1761) ; la duchesse de Choiseul, femme du célèbre ministre de Louis XV, vint se soigner aux bains de Cautérès au mois de juin 1761 et y séjourna pendant deux mois. Les Etats de Bigorre lui envoyèrent une députation pour la saluer, ainsi que madame de Berrier venue avec elle (archives Départementales des Hautes-Pyrénées C145). Un autre personnage, beaucoup plus connu que madame de Berrier, accompagnait aussi la duchesse. C’est l’abbé de Voisenon (1708-1775). Cet auteur de romans, de contes et de comédies fut le type même de l’abbé de Salon. " Ce personnage peu édifiant et de petit talent fut pourtant comblé de faveurs et d’honneurs " (Jean de Viguerie) " 84 ". Il fut élu en 1763 à l’Académie Française et Choiseul lui fit même donner une place parmi les précepteurs des enfants de France. Le séjour de deux mois qu’il fit à Cauterets en 1761 auprès de la Duchesse de Choiseul n’est peut être pas étranger à ces faveurs. Il écrivit de Cauterets à ses amis Favart des lettres où l’on trouve une foule de détails intéressants et de traits véridiques sur le Cauterets thermal de ce temps. Favart, auteur dramatique, fut directeur de l’Opéra Comique, puis du Théâtre Italien. L’Abbé de Voisenon le surnommant Brûle-Gueule, à cause de la pipe à tuyau court qu’il avait l’habitude de fumer. Madame Favart fut une actrice aussi brillante que vertueuse ; sa force d’âme fit l’admiration de ceux qui l’approchèrent. Voici la description que Voisenon fait de Cauterets et de ses habitants : " Mon cher neveu brûle-gueule, je suis arrivé hier en bonne santé ; j’ai mal dormi parce que la maison où je loge est sur un torrent qui fait un bruit affreux ; j’espère que je m’y accoutumerai. Ce pays-ci ressemble à l’enfer, comme si on y était, excepté pourtant qu’on y meurt de froid... On y est écrasé par des montagnes qui se confondent avec le ciel ; on y voit de la neige sur la cime ; plus bas sont des fumées (les brumes de printemps !...) qui ressemblent aux fours à plâtre de Belleville. De tous côtés se trouvent des espèces de rochers énormes qui ne tiennent à rien ; les uns sont de marbre et les autres d’ardoise ; presque tous sont fendus par des laves d’eau, qui s’échappent avec force et viennent tomber dans ce torrent continuel qui est à côté du chemin ". Cette description est tout à fait révélatrice de la sensibilité de cette époque, pour laquelle les monts étaient affreux, et la montagne une image de l’enfer. Et voici maintenant une description des habitants vus par Voisenon : " Les montagnards sont vêtus couleur de suie ; ils ont, au lieu de chapeau, une grosse toque de la même étoffe que l’habit (le béret !) ; leur visage paraît brûlé (par le soleil !) ; on croit être avec les sujets de Belzebuth (toujours l’enfer !). Les femmes y ont des coqueluchons rouges qui ressemblent à ceux des moines, avec de petits rubans cousus tout le long (le capulet). Comme elles sont très curieuses, elle s’assemblent, elles s’attroupent ; l’on dirait que ce sont autant de religieuses qui viennent savoir ce dont il s’agit dans le monde. Cet ajustement sied assez bien à celles qui sont jeunes et jolies ; mais les vieilles ont l’air des Trois Parques d’autant plus qu’elles ont toujours le fuseau à la main ". Voisenon décrit ensuite à son ami Favart le transport par chaise : " Nous laissâmes nos équipages à trois lieues d’ici (à Pierrefitte où s’arrêtait le chemin carrossable) et des baragouineurs (ils parlaient le patois...), à la mine démoniaque (toujours cette image de l’enfer !) nous portèrent sur des chaises de paille (le trajet de Pierrefitte à Cauterets se faisait en effet à chaises à porteur). Comme les miens allaient très vite, à cause de la légèreté de ma personne, je me trouvais seul au milieu d’eux. J’eus grand peur qu’ils me dévalisassent et me jetassent comme une plume dans le torrent. Je leur disais qu’il fallait attendre Madame de Choiseul, mais ils me répondaient que je n’avais rien à craindre. A une demi-lieue de là, ils me posèrent à terre et me dirent qu’ils allaient me demander quelque chose ; je leur promis de leur accorder tout ce qu’ils voulaient : c’était de leur donner la préférence pour me porter, pendant tout le temps que je resterai ici. Je leur donnai bien vite ma parole, et de plus un écu de gratification, outre leur payement. Aussitôt ces drôles dansèrent en me portant, de façon que j’avais toutes les peines du monde à me tenir sur ma pauvre petite chaise ; ils chantaient : Io bibero, Io cantero, Io saltero. Ils veulent me porter un jour sur le haut d’une montagne pour me faire tuer un ours ou une biche (il s’agit, bien sûr, d’un isard). Ce sera la première fois que l’on aura couru une biche en chaise à porteurs (Cf. Jean Bourdette - Annales du Labeda - tome IV - p. 80 et J. Bourdette - Le Labeda où sont reproduites toutes les lettres de l’abbé)". Ces lettres nous permettent de nous représenter la vie d’ un baigneur à Cauterets au milieu du XVIIIe siècle. Les matinées, on boit de l’eau et on se baigne. L’Abbé s’amuse beaucoup aux bains, joue avec les robinets, se douche sur la poitrine. Il ingurgite six gobelets d’eau thermale chaque matin. Madame de Choiseul commence à se bien trouver des eaux ; lui-même sent que les bains continuent à lui faire du bien pour son asthme. " Mais quel diable de pays ! Un jour, on pâme de chaleur, des ouragans et des tonnerres font trembler la terre et l’abbé, qui croit que sa pauvre maison va être entortillée comme un mouchoir, se blottit dans son lit... Puis, le quinze août, les monts sourcilleux et couverts de neige font grelotter de froid Prévost, son gaillard domestique... " (Cf. A. Meillon - Excursions dans la vallée de Cauterets - p. 63 à 65). Voisenon, aussi gourmand que gourmet, ne se contente pas de la nourriture locale. " On ne mange ici que de vieilles vaches ou des veaux maigres, les bœufs étant employés au labour (et au transport)... ; le pain est un amalgame de seigle, d’orge et de pois secs ; ... le vin garde l’odeur des outres enduites de poix dans lesquelles on l’apporte... " (nos vieilles gourdes pyrénéennes...). Par contre, il apprécie les " millassous " des pâtissiers : " Ah, ces galettes de miel et de maïs, elles étaient incomparables ! " Voisenon en mangeait toute la journée ! Il était devenu client des deux pâtissiers, et en mangeait deux fois plus, afin de comparer ! Pour animer les soirées, la Duchesse avait fait installer un petit théâtre où l’on jouait la comédie. L’une d’elles était inspirée par la querelle des deux pâtissiers et les indigestions de l’Abbé. On l’avait mise en musique :
" J’écoutais trop ma
gourmandise
Le docteur voyait ma sottise
C’était bien son intention
Il désirait pour sa vengeance
Qu’une bonne indigestion
Put me faire lieu d’ordonnance ".
On organisait aussi des séances de jeux floraux, où chacun chantait des couplets de sa façon ; on récitait des pièces de vers sur des sujets donnés, tels que par exemple " l’apologie des femmes fidèles que l’on trouvait à Cauterets ". La Duchesse avait fait venir une troupe de marionnettes.
Pendant la journée, les valétudinaires restaient au logis à jouer au pharaon ou à la cavagnole, tandis que les autres aller pêcher des truites dans les lacs de montagne, pour avoir le plaisir de les manger, bien saumonées, accompagnées de daubes, de fricassés de poulet entre des tranches de pain, de jambon de Bayonne ou de confit du Béarn. Parfois, on organisait de grandes parties de chasse à l’izard ou à l’ours sur le haut des montagnes ; l’Abbé s’y faisait porter en chaise. On allait ainsi en Espagne jusqu'à Panticosa. " Nos porteurs étaient des chèvres plutôt que des hommes qui sautaient de rocher en rocher, qui descendaient dans des endroits si escarpés, que, si je ne m’étais pas cramponné à ma chaise, je serais tombé vingt fois dans l’abîme. " Les gens du pays organisaient des fêtes locales pour la distraction des baigneurs. " On s’amusait à les voir franchir des haies pour gagner des prix ; les femmes luttaient de vitesse entre elles en tenant un œuf placé dans une petite cuillère, ou en portant sur la tête, sans le maintenir, un baquet rempli d’eau jusqu'à bord... La réjouissance se terminait par une danse, le branle ossalois, à la grâce rythmée ; alors, la cohorte des baigneurs se mêlait joyeusement aux gens du pays et l’on voyait s’harmoniser les capulets écarlates, les corsages damasquinés, les fichus à fleurs des femmes, aux vestes sombres égayées de gilets blancs des hommes... Tandis qu’aux sons des tambourins, du flageolet et de la viole, les nattes blondes ou brunes enrubannées de liens multicolores s’envolaient jusqu’au dessus des bérets rouges et bruns ". " 90 "
Les lettres de l’Abbé nous font connaître quelques-uns des baigneurs qui se risquaient à Cauterets cette année là : Mesdames de Périgord, de Berrier, de Clermont d’Amboise, de Stainville, de Mazarin ; l’évêque de Soisson ; le père de Monsieur de Choiseul, et l’oncle de la Duchesse de Choiseul ; un conseiller du Parlement de Paris, ainsi que Geliotte, le célèbre chanteur béarnais. Il y avait aussi beaucoup d’Espagnols " enveloppés dans des manteaux comme dans des robes de chambre, avec des chapeaux énormes ". Madame de Choiseul ne quitta Cauterets que le 7 septembre, après un séjour de près de trois mois. Et l’abbé de conclure : " Ces eaux sont merveilleuses, miraculeuses même, pour les personnes qui se conduisent bien ! ".
Parmi les visiteurs de ce temps, Cauterets reçut la visite, en 1765, du maréchal duc de Richelieu, alors Gouverneur de Guyenne et Gascogne. A l’occasion de son séjour, fut aménagé à La Raillère un pavillon de pierre, qu’on appela depuis lors le " bain de Richelieu "... Deux ans après, en 1767, Cauterets recevait la visite du frère du Roi d’Angleterre, le duc d’York, alors âgé de dix huit ans.
· · · Conflits entre le monastère et la vallée de Saint-Savin
Depuis le siècle précédent, nous l’avons vu, les abbés de Saint-Savin avaient cessé de s’intéresser à la gestion de la vallée de Cauterets. L’abbaye était donnée en bénéfice à des abbés commendataires, lointains, non résidents, que la vallée n’intéressait que dans la mesure où ils pouvaient en tirer quelques bénéfices. Ils se faisaient représenter par un syndic du monastère, chargé de recevoir le paiement de ces redevances. Dès 1317, l’abbaye avait reconnu le droit exclusif des valléens aux pacages et forêts des montagnes. En 1619, ce sont les valléens qui avaient dénombré pour tous les biens de la vallée de Cauterets, avec l’assentiment de Commissaires du Roi (voir ci-dessus). En ce qui concerne les bains, l’abbaye avait dû solliciter des Consuls de la vallée de Saint-Savin l’attribution d’une cabane ; ceux-ci leur accordèrent l’usage d’une cabane au Petit Bain, qui prit dès lors le nom de petit bain des Pères (1626). Dès lors, les cabanes de bains appartiennent, soit à des particuliers (cuve de Poze, bain de Canarie, source Courbères), soit en indivision aux Communautés de la vallée de Saint-Savin. Chacune des Communautés de la vallée disposait d’une cabane de bains sur les terrasses du pic des Bains, aux sources dites " Anciennes " (voir ci-dessus Castetbert). Jusqu’en 1780, la répartition se faisait selon la coutume orale : Saint-Savin pour quinze feux, Nestalas pour dix, Cauterets pour sept, Soulom pour sept, Lau : trois, Uz : trois, Adast : deux et Balagnas un feu. Un acte passé le 21 mai 1725, devant Duhort, notaire royal à Argelès, est fort instructif : " Au cimetière de l’église paroissiale du lieu de Lau, présents les témoins bas nommés, par devant moi notaire royal soussigné, constitués en leurs personnes Barthélémy Belloc, dit Vergé, et Michel Suzanne, dit Cazau, consuls, assistés de Pierre Gabin, Jean Crampe, dit Courtade, Pierre Trey, Fabien Ostallet, Pierre Battone, Martin Senès, Jean Latour, Dominique Péré, Jean Crampe, Jean Faure, Pierre Cardessus, Jean Capdevielle, Dominique Laffont, habitants du lieu de Lau d’une part ; et Jean Domec, consul du lieu de Balaignas, assisté de Vincent Domingo, Dominique Brumous, Joseph Lartoy, Jean Baltoné, dit Miellon, habitants du lieu de Balaignas, lesquels susdits sieurs consuls et leurs assistants ont déclaré que pendant de longues années et depuis un temps immémorial, dont il n’est mémoire, la vallée de la Rivière de Saint-Savin jouissait en commun des bains de Cautarés, que depuis quelques temps le partage des bains de Cautarés est fait par les consuls de la dite vallée suivant une convention passée devant feu maître Soubie, notaire, et qu’il serait attribué à la Communauté de Lau et à celle de Balaignas, pour la part qui leur revient, les cabanes appelées, l’une du Pin et l’autre Labassé, sur lesquelles la Communauté de Lau devait jouir des deux tiers, et celle de Balaignas l’autre tiers ; ce partage ayant été cause, à plusieurs occasions, d’affaires entre ces deux Communautés, les dits sieurs Consuls, du consentement des dits assistants et autres qui se trouvent absents, ont dit avoir convenu le partage des dites cabanes comme suit : en premier lieu que de la dite cabane appelée du Pin, la Communauté de Lau en prendra deux tiers du côté du Midy, et celle de Balaignas prendra le tiers restant qui est du côté du Septentrion, qu’il sera fait également une cloison dans la cabane pour faire la différence des portions qui " compettent " (reviennent) aux deux Communautés ". Les parties décident ensuite de réaliser en commun et, à frais communs, une galerie dans la cabane de Labassé, des " lieux communs " au bout de la dite galerie, un " degré " pour entrer et sortir plus commodément. La cabane du Pin se trouvant affermée pour cette année seulement au sieur Jean Crampe, les Communautés décident de travailler incessamment à la cabane du Labassé ; les Communautés se réservent en outre de faire le partage, comme leur appartenant " de deux autres places pour y bâtir des cabanes ", l’une " joignant à la cabane de Labassé, l’autre appelée Broulous, qui est tout près de la cabane du Milieu ". Présents, le sieur Jean Laffont, chirurgien habitant le lieu d’Argelès et Jean Nogué, habitant du lieu de Lau, soussignés parties qui ont seules signé avec moi notaire (d’après Henry d’Agrain).
Ainsi, les relations entre le monastère et la Vallée reposent à cette époque sur une sorte d’accord tacite, fondé sur la coutume. Les Valléens se réservent l’usage et se considèrent comme propriétaires des terrains et des biens indivis ; le monastère reçoit le paiement des redevances traditionnelles : les trente écus petits consécutifs à l’acte de 1317, et leur part de 1/12e " des lods et ventes ". Les autres redevances étant versées au trésorier pour la caisse du Royaume et des Etats de Bigorre.
En 1730,un abbé lai (laïque) commendataire, étranger à la Congrégation bénédictine de Saint-Maur, ne résidant pas à Saint-Savin, entreprend une série de procès contre la Communauté de Saint-Savin, contre les curés des paroisses de Saint-Savin, dont il attend aussi des bénéfices et contre les moines de sa propre Abbaye qu’il accuse de ne pas lui verser toutes les rentes auxquelles il a droit ! (Cf. Michel Lacrampe - Journal La Source - Cauterets). Il est vrai que les Consuls de la Ribera refusaient, depuis quelques années de verser la redevance de trente écus petits pour l’usage des montagnes. Ils tenaient leurs Assemblées Générales sans mandement ni autorisation de l’Abbé et, ailleurs que dans le cloître du couvent. Le 10 juin 1730, " leur Syndic Lacrampe présenta, à la Chambre des Comptes de Navarre, un dénombrement où les droits de l’Abbaye étaient niés en partie " (J. Bourdette) " 5 ". Les moines firent opposition à ce document. En conformité avec ce dénombrement, les Consuls procédèrent de leur propre initiative, à des ventes d’herbages des montagnes, sans en référer à l’Abbé. Ils construisirent des cabanes et loges aux bains de Cautarès et les affermèrent sans autorisation des moines. Ils donnèrent à bail, à un certain Pierre Monéro, la fourniture de la viande, du pain et du vin à Cauterés, avec l’approbation de l’Intendant.
En 1747, les moines engagèrent un procès devant le Grand Conseil, conformément aux Lettres Patentes du 29 avril 1739, qui ordonnaient l’évocation à ce Conseil de tous les procès des abbés et religieux de la Congrégation de Saint-Maur à raison des biens et revenus du Monastère. Le dossier de l’Abbaye fut conduit par Don Jean-Baptiste Gotti, élu syndic par ses frères. C’était un homme remarquable par sa vertu et sa connaissance approfondie de l’histoire et des titres de l’Abbaye. La défense des Communautés de la Vallée fut animée par Cyprien Despourrins, Seigneur de Miramont, fief situé dans le village d’Adast. Il était l’auteur d’une vingtaine de chansons écrites en dialecte béarnais, qui lui avaient valu un certain renom en Bigorre, où on aimait à les chanter. Les Communautés de la Vallée de Saint-Savin l’élurent comme sindic en 1733 et, c’est lui qui assura leur défense au cours de ce procès. Quelques années plus tard, l’Intendant de la Bove le nomma son subdélégué pour le Lavedan. Il fit élire pour sindic de la vallée, en 1745, son beau-père Du Paou, de Saint-Savin. Par acte du 2 juillet 1747, l’Abbé et les Religieux portèrent devant le Grand Conseil toutes les contestations qui étaient entre eux et les Communautés et demandèrent qu’on en revint à la situation antérieure à 1730 : paiement à l’Abbaye des trente écus petits valant chacun vingt sept sols tournois pour l’usage des montagnes, ainsi que des arrérages de paiement des droits de l’abbaye sur les ventes des herbages, défense faite à la Communauté de construire des cabanes ou loges aux bains de Cautarés, ou de les affermer, défense faite aux Communautés de tenir des Assemblées Générales sans le consentement de l’Abbé ou de ses vicaires. En réponse à cet acte, François de Paou présenta le 15 janvier 1748 à la Chambre des Comptes de Navarre, un ajoutement au Dénombrement de 1730, affirmant la Seigneurie directe du Roi sur la Rivière de Saint-Savin, reconnaissant toutefois les droits et redevances dont jouissent le couvent. L’article 11 de ces " ajoutement " affirmait en outre que les sources et les cabanes des bains de Cauterès appartenaient à la Communauté de la Rivière de Saint-Savin.
Un arrêt du Grand Conseil, en date du 20 août 1748, renvoya toute l’affaire devant l’Intendant de la Généralité d’Auch. Celui-ci confia une enquête à son subdélégué de Pau, Monsieur d’Agest. Cette enquête fut ouverte le 20 mars 1749. Maître Piulet, procureur au Parlement de Pau, se présente devant Monsieur d’Agest, pour le sieur François du Paou, sindic de la Ribera. Son argumentation s’appuyait principalement sur les Dénombrements, notamment de 1730 et 1748, qui reconnaissaient la propriété de la Ribera sur les biens de la vallée. Dom Gotti, sindic de l’Abbaye, produisit les documents relatifs à la donation et aux droits du monastère : acte de donation de 945, acte de 1316 autorisant les habitants de Cauterés à transférer leurs habitations au bord du gave, sentence arbitrale de 1317 concédant aux Communautés de la Ribera l’usage des estives et des montagnes de Cauterés contre une redevance de trente écus petits payés en corps de Vallée, bulle de 1167 du Pape Alexandre III énumérant toutes les propriétés de l’Abbaye, y compris la Vallée de Cautarés, sentence de 1485, rendue par la Cour de Sénéchal par la Reine de Navarre, qui réintégra l’Abbé et les Religieux dans la possession des Eaux de Cauterés. Après une durée de six ans et demi, l’Intendant ordonna la clôture de l’enquête en août 1755. Il demanda l’autorisation de s’adjoindre un Procureur du Roi. Du Paou, à l’instigation de Despourrins, obtint de faire rouvrir l’enquête en provoquant l’intervention des Agents du Domaine. Le jugement du procès fut ainsi retardé et aucun des Intendants qui se succédèrent à la Généralité d’Auch et de Pau ne se décidèrent à prononcer sentence. Nous arrivons ainsi en 1789.
Ce procès est assez exemplaire des conflits résultant des contradictions entre le droit coutumier et le droit écrit. En vertu du droit coutumier, c’est la coutume immémoriale qui fonde le droit. Elle disparaît par non usage, par désuétude. De ce point de vue, les droits du monastère liés à la donation de 945 ne pouvaient se maintenir que dans la mesure où l’Abbaye de Saint-Savin continuait à les exercer. Or, de longue date, depuis le temps des Abbés Commendataires, l’Abbaye avait cessé d’assumer ses responsabilités dans la gestion de la vallée. A ce titre, leurs droits de propriété étaient tombés en désuétude et furent repris par la Communauté valléenne qui exerçait en fait la gestion et l’usage des biens indivis de la vallée selon une coutume immémoriale antérieure à la donation. Par contre, certaines redevances n’avaient jamais cessé d’être perçues par l’Abbaye, telles que la part qui leur revenait dans les Lods et Ventes ou les trente écus petits pour l’usage des herbages de montagne. Les Intendants firent sans doute preuve de sagesse en ne décidant pas , au nom d’un droit écrit plus récent, d’une contestation relevant d’un droit coutumier plus ancien. On assista ainsi " à l’effacement progressif des structures féodales... au profit d’une organisation communautaire de la vie politique et économique à l’intérieur d’une même vallée " (J.F. Soulet) sous le contrôle de l’administration Royale. " 91 "
· · · L’exploitation de la forêt et les premières routes forestières
La forêt cauterésienne a toujours représenté, jusqu'à l’avènement de la houille et du pétrole, une des grandes richesses de la vallée de Cauterets. Ses magnifiques forêts de hêtres et conifères constituaient une réserve précieuse pour le bois de construction des maisons, pour la fabrication de nombreux outils de la vie quotidienne ; elles constituaient aussi le complément indispensable des herbages pour la vie des troupeaux. Dans ce pays de montagne, le bois de chauffage était indispensable pour la population et pour les " étrangers " qui fréquentaient Cauterets pendant la saison des bains. Les forêts de montagne des Bains et celles de Pourès (futur Péguère) assuraient en outre la population de la vallée contre les risques d’avalanche.
A partir de 1780, deux ou trois décennies après l’ouverture du chemin carrossable de la Raillère, des chemins forestiers furent ouverts dans les vallées du Lutour, du Pont d’Espagne et du Marcadau. Les chemins furent empierrées pour permettre le passage de chariots tirés par de petits bœufs. De nouvelles scieries purent être aménagées au Pradet, à la Fruitière, à Limouras, à Pountas (l’actuel parking du Pont d’Espagne), et surtout dans la vallée du Marcadau, au Clot, au Camou et au Cayan. Le transport du bois se faisait, selon la nature du lieu, par flottage, par chariot sur les chemins empierrés, ou par glissement le long des rochers à l’aide de cordes pour les passages les plus difficiles, comme celui de la paroi rocheuse abrupte qui longeait la rive droite de la cascade du Ceriset.
La protection de la forêt était une préoccupation dominante des habitants. En 1754, l’Assemblée de la Communauté de Cauterés élève une protestation contre les ravages causés aux forêts de hêtres par les particuliers qui y font des charbonnières. Un règlement de 1768 réglementa en cinq articles la conservation et le rétablissement des bois et des forêts communs. Il en allait de la survie du village.
Dans ce dernier quart du XVIIIe siècle, sous l’influence de Jean-Jacques Rousseau, va se développer un goût nouveau pour la nature.
La montagne va cesser d’apparaître comme une image de l’enfer, selon les descriptions de l’Abbé de Voisenon (l’abbé greluchon de Voltaire). Elle commence à susciter l’admiration des visiteurs et l’intérêt croissant des savants géologues, botanistes, minéralogistes. En 1778, trois savants, Pasumot, Saint-Amans et Dusaulx organisent une caravane pour visiter Cauterets. Ils trouvent le village " bien situé, joliment bâti ; l’air pur et balsamique qu’on y respire, les eaux qu’on y voit de tous côtés s’élancer en cascades... rappelant le séjour tranquille des Champs-Elysées... " Notre vallée leur apparaît riante et belle... Du lac de Gaube, ils admirent le Vignemale, s’intéressent aux minéraux, aux plantes (Cf. A. Meillon - Excursions autour de la vallée de Cauterets). En 1781, l’abbé Palassou publie un grand ouvrage sur la " Minéralogie des Hautes-Pyrénées " ; les vallées du Lavedan y occupent une belle place. L’ouvrage est illustré de dessins et schémas remarquables. En 1787, le cardinal de Rohan, exilé de la Cour à la suite de l’affaire du Collier, obtient la faveur de se rendre aux bains de Barège. Son secrétaire et conseiller intime, Ramond de Carbonnière découvrit à cet occasion les Pyrénées et décida de se consacrer à leur étude. " Ses observations allaient ouvrir la voie au pyrénéisme " (P. de Gorsse - Splendeurs et gloires des Pyrénées). " 89 "
· · · La Communauté des habitants de Cauterets
" De temps immémorial ", la Communauté des habitants gérait elle-même ses affaires. La béziau, assemblée des bézis (voisins) délibérait sur toutes les affaires importantes. Elle était constituée par les chefs de maison ou leurs veuves, qui devenaient maîtresses de maison à leur décès.
Chaque année, le jour de l’an, " au renouvellement de l’année " la Communauté assemblée au sein de la cloche, dans la maison commune, procédait à la nomination de deux consuls. Les consuls de l’année précédente proposaient et, nommaient en accord avec l’Assemblée, un premier et second consul. Les consuls étaient désignés à tour de rôle parmi les chefs de maison. Ils ne pouvaient refuser leur nomination, sous peine d’amende. Les consuls étaient chargés d’exercer la police, de gérer et négocier les affaires de la Communauté, et de lever les tailles et impositions royales par partage fait en Communauté. Pour toutes les affaires importantes, les consuls convoquaient l’Assemblée de la Communauté. Ils étaient chargés d’exécuter ses décisions.
Lorsque cela était nécessaire, la délibération était transmise au subdélégué de l’Intendant à Tarbes. Pour " faire valoir " la délibération, elle était signée par le secrétaire d’office de la Communauté, ainsi que par les membres de l’Assemblée " tous ceux qui ont su " soit environ quinze sur quatre vingt dix. Cette délibération était transmise à l’Intendant par le subdélégué, avec l’avis de celui-ci. Elle revenait entre les mains du premier consul, revêtue du sceau de la Généralité d’Auch, pour deux sols.
En 1784, le premier consul était Charles Bruzaud, dit Soubie-Dessus, du fait qu’il était entré gendre dans la maison Soubie en épousant l’aînée, Marie Soubie, héritière de la maison. Joseph Marune avait été nommé second consul ; tous deux habitant Cauterès.
· · Exercer la police
La première charge des consuls était d’exercer la police. Il y avait dans la vie de la Communauté de Cauterés, au cours de l’année, deux périodes bien distinctes. Pendant une partie de l’année, de la Toussaint à Pâques, la Communauté vivait repliée sur elle-même. Par contre, de Pâques à la Toussaint c’était une période d’intense activité, où le travail de chacun était un véritable combat : activité agro-pastorale et forestière d’une part, activités multiples liées à la saison des eaux d’autre part.
* La première affaire de police, dans l’année 1784, concerne des amendes et peines pour insultes aux consuls. En ce temps de très grande solidarité, dans la famille, entre voisins, au sein de la Communauté des habitants, toute insulte (fripon, coquin...) était ressentie comme une atteinte à la bonne renommée et demandait réparation. A fortiori, toute insulte aux Consuls en exercice et, dans l’accomplissement de leurs fonctions, était considérée comme une offense à toute la Communauté des habitants. Or, ce jour là, le 12 avril, les sieurs Consuls et notables sont assemblés vers les quatre heures après Vêpres pour terminer plusieurs affaires de la Communauté, entre autres recevoir les comptes des marguilliers de l’église. Sur ces entrefaites, Joseph B... père entre dans la maison commune pour demander ce qu’on faisait, et, de suite, " débute qu’ils n’étaient tous que de la canaille " ; comme on lui dit de sortir, il surenchérit en disant " autant de consuls, autant de fripons ", ce qui a obligé le premier consul à lui dire d’entrer dans la prison qui se trouvait attenante à la maison commune, au bout de celle-ci. Le dit Bergeret refusa net, disant qu’il ne lui plaisait pas ! (d’y entrer...). Alors, le dit Sieur Bruzaud s’est porté le chaperon (l’insigne de sa fonction) et, l’ayant mis, lui a renouvelé l’ordre d’entrer en prison ; le dit père a répondu qu’il se moquait de tout, fusse le roy lui-même " ; l’Assemblée et le premier Consul ont été dans l’obligation de donner l’ordre à quelques hommes de patrouille qui se trouvaient là de mettre par force en prison cet homme opiniâtre et effronté ; ce qui a été exécuté. Or, à peine avait-on fermé la porte du réduit qui sert de prison, que le dit Martin B..., son fils, est entré dans la maison commune disant qu’il venait pour demander pardon ou faire des excuses à Messieurs les Consuls et à la Communauté pour ce que son père leur avait dit, les suppliant de lui donner la liberté de sortir...
* Tous les notables, et principalement le sieur Labbat-Dupont, l’un des premiers à fléchir, ont prié le Sieur premier Consul d’avoir égard à l’humble demande du dit Bergeret fils, ce qui a fait qu’on a ouvert la prison et donné la liberté au dit Bergeret père. Celui-ci n’était pas plutôt mis en liberté, que le dit Martin, son fils est entré furieux, ivre de colère, faisant des jurements et prononçant à plusieurs reprises le mot de J...F..., criant que celui qui avait fait mettre son père en prison n’échapperait pas de ses mains ; et, enfin, il a redoublé de menaces d’une manière si scandaleuse et si colère que seuls les témoins qui l’ont entendu peuvent oser décemment rendre compte des menaces qui ont fait frémir tous ceux, et ils sont en grand nombre, qui l’ont entendu. De tels faits, prodigués en public, méritaient une punition exemplaire. Plainte fut donc déposée de la part du Sieur Bruzaud, premier consul, tant en son nom qu’en celui de la Communauté du lieu de Cauterés, contre les nommés Joseph B... et Martin B... son fils. Dès le lendemain 13 avril 1784, les B... père et fils présentent des excuses : " Nous B... père et fils, ayant fait intéresser nos amis et protecteurs pour nous arracher aux poursuites qu’on nous faisait à l’occasion des imprudences énoncées ci-dessus, reconnaissant que les dits amis et protecteurs nous ont justement portés à payer une amende de neuf livres en faveur de l’église, à demander excuse aux offensés en pleine Assemblée, et à demeurer vingt quatre heures en prison à la réquisition des dit offensés, nous nous soumettons aux dites peines et promettons d’y satisfaire dès qu’on le demandera... "
Ainsi, l’affaire est réglée sans retard, sans frais de justice, au plus près de la vie des gens, avec l’accord de la Communauté et des coupables eux-mêmes...
* Une affaire analogue avait eu lieu vingt ans plus tôt, l’année où Bernard Soubie, père de Marie et beau-père de Charles Bruzaud, était premier consul du lieu de Cauterés. Les deux consuls de l’époque, Bernard Soubie et Mathieu Peyrehitte avaient envoyé un messager à Pau pour y porter des eaux minérales pour le bien et l’avantage de la Communauté. Lorsque ce messager fut de retour, ils le firent souper chez le nommé Crampet Laplace, cabaretier du même lieu. Ils agissaient comme consuls ; ce n’était qu’en cette qualité qu’il firent cette dépense. Il y avait plusieurs personnes chez le dit Laplace à ce moment là ; quelqu’un proposa de jouer une bouteille de vin aux cartes. La partie fut formée. Le suppliant (Bernarde Soubie) fut un acteur de ce jeu ; Laplace en était un autre ; il jouait contre " le suppliant ". Après avoir joué deux parties, dont chacun en avait gagné une, on proposa d’en jouer une troisième ; le " suppliant " (B. Soubie) refusa. Cela mortifia tellement le dit Laplace que " sans voir d’autre raison de se plaindre du " suppliant ", il s’échappa en injures contre luy ; il le traita de fripon ; non content de cela, il lui donna un grand coup de poing à l’estomac, duquel coup il le renversa ; sa fureur l’aurait porté à d’autres excès, mais les personnes qui jouaient avec eux l’en empêchèrent ; outre que cette double insulte est des plus atroces, la charge consulaire qu’il occupe et, à l’occasion de la quelle il s’était rendu chez le dit Laplace, rend extrêmement grave l’injure qu’il lui fit de le traiter de fripon dans un endroit public et devant beaucoup de monde ; celle qu’il luÿ fit en luÿ donnant un coup de poing avec fureur, sans que le suppliant y ait donné lieu, ne l’est pas moins ".
Dans le cas ci-dessus, la plainte fut portée par Bernard Soubie, premier consul de Cauterés contre Laplace, cabaretier devant Monseigneur le Sénéchal de Bigorre, juge criminel et sa cour, pour que " l’information faite et à vous rapportée, il plaise à vos grâces de donner acte au suppliant de sa plainte, de lui permettre d’informer votre autorité de la présente requête, de ses circonstances, dépendances et autres griefs, pour être décerné contre le dit Laplace tel décret que de raison, le condamner ensuite aux peines de droit avec dépenses ".
Il ressort de cette plainte que la gravité de l’offense tient surtout au fait qu’elle atteint le " suppliant " dans l’exercice de sa charge consulaire, dans un endroit public et devant beaucoup de monde. La plainte est alors déposée devant le Sénéchal de Bigorre, juge criminel.
Au début de la saison des eaux de 1784, trois " ordonnances " furent prises par les consuls de Cauterés :
- L’une concernait la police des cabanes et tavernes (29 mai 1784) : " Nous, consuls de Cauterés chargés de la police et de faire régner le bon ordre au dit lieu, en conformité et exécution de l’arrêt de la souveraine cour du Parlement de Toulouse du 16 janvier 1754 qui nous a été adressé faisons inhibition et défense à tous cabaretiers et taverniers de donner à boire à pot renversé et de recevoir chez eux pour y boire, passé l’heure de sept heures du soir depuis la Toussaint jusqu'à Pâques, et passé neuf heures du soir depuis Pâques jusqu'à la Toussaint ; comme aussi faisons défenses, tant aux dits cabaretiers et taverniers qu’à tous autres traiteurs et aubergistes de donner chez eux à boire et à manger les jours de fêtes et dimanches, pendant les heures du service divin, à moins que ce ne fût à des voyageurs ou étrangers passant ou logés dans les dits cabarets ou auberges, le tout sous peine, pour les dits cabaretiers, taverniers, traiteurs, aubergistes, contrevenants, de dix livres d’amende pour la première fois, et de plus forte peine en cas de récidive, laquelle amende sera payée par provision nonobstant tous appels ; il est déclaré aux contrevenants qu’il sera procédé par saisie et vente publique des meubles et effets des condamnés, sans autre formalité et, même par emprisonnement de leurs personnes si le cas le requiert pour le paiement de la susdite amende, le tout en conformité et exécution du susdit arrêt de la cour du dit jour 16 juin 1754 ; et, notre présente ordonnance sera lue, publiée et affichée au présent lieu afin que personne ne l’ignore ". Signé : Bruzaud, premier consul.
Cette ordonnance est la mise en application, à Cauterés, d’un arrêt de la Cour du Parlement de Toulouse. La monarchie administrative étend à cette époque son autorité à l’ensemble du territoire de la France, par l’intermédiaire de structures bien définies, dans le cadre d’un droit écrit élaboré et rédigé dans une langue précise, commune à tout le territoire. Il est curieux de noter que les défenses sont différentes, selon qu’il s’agit de gens du pays ou d’étrangers et de voyageurs.
- Une autre ordonnance de police, du 27 juin 1784, fait défense d’écrire, charbonner ou griffonner sur les murs ou cloisons des bains. Ordre est donné au soldat de garde de faire payer cinq sols à chacun qui y sera surpris pour la première fois et dix sols en cas de récidive. Ainsi, les " taggers " existaient déjà en ce temps là : cela doit correspondre à une tendance profonde de la nature humaine.
- Une troisième ordonnance de police concernant les lieux publics interdit le dépôt sauvage d’eau et d’ordures autour de l’église et du cimetière (27 juin 1784), " indécence très répréhensible ". Il est ordonné " au sergent ou caporal du détachement d’y envoyer un fusiller tous les dimanches et jours de fête pour y faire garde pendant la messe de paroisse et pendant les vêpres et punir toutes personnes sans distinction à bailler cinq sols toutes les fois qu’elles y seront surprises " ; ces cinq sols seront attribués au profit du soldat qui sera de garde et dix sols en cas de récidive.
C’était là un bon moyen de stimuler la vigilance du soldat de garde. A la fin de la saison des eaux, le 19 septembre 1784, le premier consul remettait un certificat aux invalides chargés de la police : " Nous, Charles Bruzaud, premier consul du lieu de Cauterés, déclare et certifie que le détachement de fusiliers invalides de la garnison de Lourdes, envoyé pour prêter main forte au présent lieu pendant la saison des eaux minérales s’est sagement comporté en obéissant constamment aux officiers municipaux et faisaient par ailleurs exactement leur devoir ; c’est le témoignage que nous devons leur rendre... "
Ce texte nous montre comment était assurée la police municipale à Cauterets pendant la saison des eaux, en faisant appel à des soldats invalides de la garnison de Lourdes.
- Nous venons de voir les ordonnances des consuls concernant le bon ordre public, notamment pendant la saison des eaux. Les actes de police que nous allons maintenant évoquer n’émanent plus du seul premier consul, mais des deux consuls et de l’Assemblée de la Communauté. C’est qu’il s’agit de plaintes concernant des déprédations dans la forêt et menaçant la conservation même du village ; la première concerne une dégradation commise " au bois des Cabanes " : " Ce jour d’huy 12 avril 1784, dans la maison commune du lieu de Cautarés, en Assemblée de Messieurs les Consuls et des principaux notables du présent lieu, sur les plaintes portées que le nommé Barthélémy Baguet-Dessus a coupé un hêtre au bois des Cabanes et que les nommés Caillabet et Martin Latour ou leur fils ont dépecé le dit hêtre, ou partie du dit arbre, et que, tant le dit Baguet que les dits Caillabet et Latour ont emporté une partie du dit arbre et laissé l’autre à terre, attendu les défenses qui sont faites de couper au dit bois, nous, dits consuls et notables, avons condamné les contrevenants à cinq livres d’amende contre chacun d’eux. En outre, le dit Baguet sera mis en prison pour vingt quatre heures, le tout à la diligence du sieur Bruzaud, premier consul. Option et liberté est accordé au premier consul de modérer les amendes selon que les coupables le permettent et se présenteront ". Et, les dits sieurs Consuls et notables avons signé : Bruzaud Consul, Labbat-Dupont, Larrieu, Lerou, Ygau, Villiaumé, Bissason, Condau.
- L’autre plainte concerne le Sieur Labassé " pour avoir vendu à son profit des arbres arrachés appartenant à la Communauté " : " Nous, Charles Bruzaud, premier Consul de Cauterés, requis par les sieurs Bissason, Chambri dit Sergès, et Bernard Ménusé du dit lieu, de ce qu’on enlevait des arbres arrachés et entraînés par la fureur des vents et des lavanges (avalanches), mais cependant " arratés " (situés) dans le lieu public au pied de la forêt appelée Pourès à l’occident du village (aujourd’hui forêt de Péguère), nous nous sommes transportés dans le lieu indiqué par les requérants, où nous avons en effet vu le nommé Joseph Hourcade, domestique du sieur Labassé, faisant glisser une portion d’un gros hêtre dans le fonds de son maître et sous ses yeux... Nous avons défendu au domestique du sieur Labassé de toucher à ce bois comme appartenant à la Communauté et devant être rendu à son profit. Revenus environ une demi heure après au même endroit, sur l’avis qu’on y travaillait de nouveau, nous avons trouvé le sieur Labassé lui-même, commandant à Joseph Hourcade, son domestique, et au nommé Antoine Cazenave son métayer pour leur faire traîner le restant de l’arbre dans son bien. Lui ayant dit que cette conduite était opposée aux coutumes de la Communauté, qu’il est toujours d’usage de vendre les arbres abattus, pour en employer l’argent à la décharge de celle-ci, il nous répondit qu’il savait à quoi s’en tenir, qu’en pareil cas l’arbre revenait au plus vigilant. La coutume, qui est elle-même une loy, et qui lui a été utile comme aux autres, n’a pu l’arrêter... Nous nous sommes donc contentés de dresser procès verbal pour être statué par l’activité légitime autant sur les faits dénoncés que sur la coutume constamment en vigueur dans la Communauté de Cauterés, dont témoigne un procès verbal de pareille vente faite depuis environ dix jours. La prétention du sieur Labassé appuyée sur la loy " primo occupanti " serait d’autant plus nuisible qu’elle ouvrirait aux déprédations une forêt dont la conservation fait celle du village, empêchant qu’il ne soit détruit par les obstacles qu’elle oppose aux neiges. En foy de quoi, nous avons signé le présent procès verbal avec les sieurs Pierre Lalubie et Joseph Crampe patrouillés qui m’ont accompagné, avec aussi les sieurs Bissason, Chembri dit Sergès et Bernard Ménusé requérants.
Cette plainte témoigne de l’importance de la forêt au XVIII e siècle : l’enlèvement d’un seul arbre abattu au cours d’une tempête mobilise toute la Communauté et justifie l’appel à l’autorité royale. La coutume est invoquée comme ayant force de loi. La conservation de la forêt est une exigence indispensable à la conservation du village même. Cela reste vrai de nos jours.
· · Gérer et négocier les affaires de la Communauté
Telle était le deuxième pouvoir confié aux Consuls chaque année.
* Protection des bois et forêts
L’affaire la plus importante pour les habitants de Cauterés du temps, fut sans conteste, " la protection et la conservation des bois et forêts, des montagnes des Bains et de Pourès (Peguère) qui dominent le village de Cauterés ". Aussi, la délibération concernant cette affaire est-elle prise par l’Assemblée Générale de tous les habitants de Cauterets. Cette délibération du 25 février 1784 tend " à faire vêter les bois des Cabanes et de Pourès " (vêter " un bois consistait à en assurer la protection en interdisant notamment les coupes de bois et le pacage des troupeaux) : " L’an 1784 et le 25e jour du mois de février, dans la maison commune du lieu de Cauterés, en Assemblée Générale et complète de tous les habitants convoqués aux formes ordinaires et au son de la cloche par les Sieurs Charles Bruzaud et Joseph Marune, Consuls du dit lieu de Cauterés, afin de délibérer de l’affaire la plus importante qui fut jamais pour la conservation et le maintien de Cauterets, et l’intérêt public, non seulement du Royaume, mais encore de plusieurs nations qui viennent faire usage des Bains et Eaux Minérales au dit lieu, à laquelle assemblée il a été dit par le sieur Bruzaud premier consul et président de celle-ci, qu’il n’est pas possible qu’un seul habitant n’ait été alarmé tous les hivers et notamment celui-ci (1784) par les lavanges (avalanches) et éboulements de neige qui croulent toutes les semaines, autant du côté de la montagne appelée des Bains, et où les Bains sont bâtis à l’orient du village, que de la montagne appelée Pourès, à l’occident, vis à vis de l’autre, le village étant au milieu, montagnes l’une et l’autre formidables (redoutables), et que toutes les maisons du village, ainsi qu’une partie des Bains à l’orient de celui-ci, se trouvent comme embouclées entre ces deux hautes montagnes ; il n’y a pas plus de deux cent pas, au plus, de large, du pied d’une montagne à l’autre, et la rivière du gave occupe encore une partie de cette distance, en sorte qu’on a vu nombre de fois et très souvent la dite rivière arrêtée pendant quelques minutes, quelquefois jusqu'à une demi-heure par l’abondance des éboulements de neige et lavanges qui coulent d’une montagne ou de l’autre, quelquefois de part et d’autre, ce qui fait crier et alarmer toutes les familles du bourg, qui ont craint avec raison d’être abîmés, et leurs maisons ensevelies par les affreux amas de neige, ou submergés par les débordements de la rivière ainsi arrêtée. D’après les affreux événements que le sieur premier consul vient de rappeler à l’Assemblée et qui sont du ressort des yeux, tous les habitants assemblés, sans avoir nullement besoin de se conférer, tous ont crié " à l’expédient " (à l’urgence) : il est impossible aujourd’hui de laisser la position du bourg dans cette situation ; il est également inutile de blâmer l’indifférence des prédécesseurs qui, sans presque s’en apercevoir, d’une année à l’autre, ont laissé dévaster plus de la moitié du bois en hêtre qui fourmillait sur les deux versants de la montagne de chaque côté du village ; or, ces hêtres empêchaient absolument que les éboulements de neige puissent prendre essor vers celui-ci ; mais, la Providence veut encore que les mêmes bois se renouvellent par d’autres petits hêtres qui y sont sortis et qui viennent chaque année : des personnes inconsidérées viennent les couper de nuit et de jour et finissent également de couper ce qui restait des gros arbres, malgré que ces mêmes bois eussent été déclarés clos et vêtés par une sentence de la Maîtrise de l’année 1767.
Attendu ces circonstances, il n’y a aujourd’hui d’autre ressource aussi forte et aussi courte que d’avoir recours à l’autorité et à la justice de Monseigneur l’Intendant, en imitant la vallée de Barèges, qui, dans un danger moins évident et moins important y a eu recours ; il ne s’agissait pourtant que de la conservation de la route de Pierrefitte à Barèges ; or, dans le cas présent, il s’agit de la conservation du village de Cauterés et d’une partie de ses bains.
Délibérant sur ce fait sérieux et important, les délibérants donnent pouvoir, prient et chargent le dit Sieur Bruzaud premier consul de prendre des renseignements et même un collationné de l’ordonnance de Monseigneur l’Intendant obtenue pour la vallée de Barèges contre toutes personnes qui vont couper un arbre ou un arbuste dans l’endroit prohibé ; de présenter pareille requête à Monseigneur l’Intendant au nom des habitants et Communauté de Cauterés pour les dits Bois et Bains et de Pourès situés à Cauterés ; de cette prohibition dépend la conservation du village de Cauterés ; que les contrevenants soient frappés des même peines, ou plus fortes, ainsi que la prudence et la justice de sa grandeur le jugeront à propos.
Attendus les circonstances, les délibérants promettent de relever franc, quitte et indemne, le Sieur Bruzaud, premier consul, de tous ses déboursés, ainsi que de toutes les démarches qu’il sera obligé de faire ce concernant. Tous les délibérants qui ont su ont signé avec les dits sieurs Consuls et moy, Dominique Berot, secrétaire d’office de la dite Communauté, qui, en cette qualité, ay retenu la présente le dit jour. Ont signé : Bruzaud consul, Labbat Dupont, Villeneuve, Larrieu, Lapierre Flurin, Dulmo, Bissason, Soulé, Bergeret, Delly, Lerou, Manéchal, Gentieu, Pierre Lubie, Labassé, Pierre Luÿ, Jean Soubie- Debat, Ygau, Berot secrétaire d’office, soit dix neuf délibérants qui ont su signer sur quarante environ. "
Notons dès maintenant, que les noms des signataires ci-dessus, sont ceux que l’on retrouve le plus souvent dans l’histoire de Cauterets à l’époque révolutionnaire.
Charles Bruzaud exécuta ponctuellement la mission qui lui avait été confiée par l’Assemblée de la Communauté. Il prit d’abord le " collationné " (copie) des ordonnances et règlements invoqués comme précédents par les consuls de Cauterés en faveur de la vête des Bois des Cabanes et de Pourès.
Le premier de ces textes est une ordonnance de l’Intendant Monseigneur de Balosre qui vête les bois de Barèges, en date du 3 février 1737 : " De par le Roy, Paul Mailhard de Balosre, chevalier, conseiller du Roy en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, Intendant de justice, police et finances et commissaire de parti pour l’exécution des ordres de la Majesté en Béarn et Généralité d’Auch. Sur ce qui nous a été représenté qu’au préjudice des ordonnances rendues pour empêcher la détérioration des chemins et prévenir les accidents qui n’arrivent que trop fréquemment sur la route depuis Villelongue jusqu'à Luz, certains particuliers de la vallée de Barèges et du Lavedan continuent de faire des coupes de bois le long des chemins, ce qui occasionne des éboulements de terre qui rendent les dits chemins impraticables et sur lesquels les passants risquent d’être écrasés ; que d’autres envoyent paître leurs chèvres le long des dits chemins, lesquelles font tomber des pierres qui blessent les voyageurs, à quoi il est nécessaire de pourvoir, nous faisons très expresses inhibitions et défense à toute personne, de quelque qualité et condition qu’elles soient de couper aucun arbre ou broussaille le long des chemins depuis Villelongue jusqu'à Luz, depuis le fond du gave jusqu'à la cime sur la montagne, le tout à peine de cinquante livres d’amende contre chaque contrevenant... Enjoignons au Sieur Dufaure notre subdélégué à Tarbe, et aux consuls de Luz et de Villelongue de tenir chacun... la main à l’exécution de la présente ordonnance...
Le deuxième précédent invoqué par les Consuls de Cauterés est un " règlement fait par les Consuls et Corps de la vallée de la Rivière de Saint-Savin pour la conservation et rétablissement de leurs bois et forêts communs " en date du 17 avril 1768. Ce règlement nous donne la liste complète des consuls de la vallée en 1768 : " L’an 1768, le 17e du mois d’avril, dans la maison commune du dit Saint-Savin, par devant Moÿ notaire royal de la dite vallée ont comparé et se sont constitués personnellement les sieurs Jean Ribet, Jean Menjou et Barthélemy Faderne, consuls de dit Saint-Savin chef lieu ; Jean Cazedessus et Marc Matrassi consul de Nestalas ; Jean Bidet consul et Silvestre Faure proconsul de Soulom ; Pierre Labbat-Dupont et Jean Latour consuls de Cauterés ; Jean-pénin Barrère et Barthélémy Gabin dit Cazaudébat, consul de Lau ; Jacques Horgues, consul de Balagnas ; Fabien Carrère, consul d’Adast, et Bernard Souberbie, consul d’Uz, les tous consuls et habitants des susdites communautés qui composent la dite vallée de la Rivière de Saint-Savin ; accompagnés tous les susdits consuls, de leurs habitants des susdites communautés, à homme par feu de taille ayant été ainsi mandés et, à trois jours francs d’avance selon l’usage, et en outre, et en sus des dits consuls et hommes par feu de taille des dites Communautés, ont bien voulu assister à la présente assemblée Noble Jean Despourins écuÿer, Seigneur de Miramont et de Viger ; Monsieur Dupau, bourgeois de Saint-Savin ; et nombre d’autres prud’hommes et principaux notables des dits lieux de la vallée, les tous ici présents assemblés dans la dite maison commune aux formes ordinaires, dans laquelle assemblée générale complète a été représenté, tant par les susdits consuls, prud’hommes que notables des susdites Communautés, la nécessité urgente de renouveler de plus fort les anciens règlements au sujet des Bois et forêts communs de la dite vallée ; ... les dits sieurs consuls et tous les autres comparants et délibérants, instruits et requis des détériorations, ravages qu’on ÿ fait depuis quelques années et de l’enlèvement qu’on fait chaque jour des planches et autres boisages qu’on fait passer hors la vallée, et même hors cette province ; pleinement instruits aussÿ des discussions et des procès dispendieux et ruineux qui se sont élevés à ce sujet l’année dernière, comme aussÿ des monopoles que pratiquent tous les jours de concert les scieurs de Cauterés et les marchands étrangers avec certains charretiers, gros laboureurs de la vallée même, lesquels se prêtent à l’avidité des dits scieurs de Cauterés, et à l’ambition des dits marchands étrangers, disant et assurant très souvent par serment que les planches et autres boisages qu’ils chargent à Cauterés sont pour leur usage, tandis qu’on voit au contraire que les dits charretiers vont remettre les dits boisages, de nuit et de jour, au lieu d’Argelès voisin et les livrant aux dits marchands étrangers, trahissant ainsi leur foÿ et les intérêts de la veuve et de l’orphelin de cette pauvre vallée, pour gagner en fraude un petit écu de charron et, attendu les circonstances ci-dessus énoncées, la dite assemblée demande un règlement clair et nullement équivoque, tel qu’il vient d’être convenu, arrêté et délibéré, dans la forme et ordre qui suit, à savoir :
Article premier : ... il est fait inhibitions et défenses, par le présent règlement, tant aux dits scieurs de Cauterés qu’à tous autres habitants de la présente vallée de vendre, donner ou livrer à un étranger des planches, ou autres boisages à bâtir ou à brûler, du crû des dits bois de la vallée...
Article second : ... des personnes choisies par le Corps de vallée et assermentées seront tenues d’avoir un registre, d’y enregistrer le nom des ouvriers qui ne pourront être étrangers, mais habitants de la vallée... Les habitants sans exception seront obligés " d’ors en avant " (dorénavant) de remettre en mains des dits préposés une déclaration d’un charpentier certifiée des consuls ou secrétaire de leur Communauté, ou bien de celui de Saint-Savin chef-lieu, qui justifiera que les dits habitants ont besoin pour leurs propres usages, de leurs maisons, des granges, des dits boisages, ce qui est de droit depuis tous les temps aux habitants de la vallée, et qui leur a été reconnu juste par l’appointement de la maîtrise de Tarbes (maîtrise des Eaux et Forêts), lequel fait défense aux dits habitants de la vallée même de couper ni avoir aucun boisage des dits bois communs, si ce n’est pour leurs usages, soit pour leurs chauffages et bâtisses de leurs maisons et granges, et ce moyennant un consentement exprès de la vallée ; le Corps de la Vallée se réfère à cet appointement par surabondance de droit, puisque la Vallée a le droit de propriété et d’usage des dits bois communs, lesquels bois communs, suivant tous les titres de la vallée, doivent être possédés par indivis et exploités avec justice, ordre et économie.
Article troisième : Il est enjoint aux scieurs de la vallée " qui ont des scies sur les rivières ", dès lors qu’il sera conservé un nombre suffisant de forêts pour l’utilité des habitants, de travailler exactement pour les besoins des dits habitants. Il leur est fait défense de faire payer aux dits habitants au dessus du prix fixé, la canne des planches, à savoir : celles de sapin, ou abet " bien travaillées, saines et rendues au village, à ponce et demi d’épaisseur, à trente sols la canne ; celles à ponce franche d’épaisseur, ordinaires, à vingt sols la canne ; celles à trois quart de ponce d’épaisseur à quinze sols la canne, ce qui revient à raison de cinq sols par quart de ponce d’épaisseur " ; et celles encore plus minces dont on pourrait avoir besoin, à demÿ ponce seulement, demeureront fixées à quatorze sols la canne... ; et, à l’égard de celles de pur cœur de pin, desquelles les habitants ont besoin et font grand usage dans la menuiserie, celles-ci demeurent fixées à trente sols la canne, prix ordinaire, " à ponce franche d’épaisseur : tout ce dessus canne carrée, bien travaillées, saines, escantades, et rendues au village de Cauterés ; mais, si les habitants veulent les aller prendre aux prés des scies, ce qui sera à leur choix, ils ne paÿeront que quinze sols de la canne à ponce d’épaisseur, ordinaires, et des autres à proportion de leurs prix cÿ-dessus fixés ", confirmant aux obligations auxquelles les dits scieurs se sont engagés et se sont assujettis par plusieurs actes d’acquisition de leurs scies ou " plaças " et, comme il est d’usage depuis plus de cinquante ans.
Article quatrième : " Et enfin, si quelqu’un des habitants de la dite vallée veut aller approcher les dits boisages, traits ou billons, jusqu’auprès des scies, pour les faire scier pour leurs propres usages et à leur fantaisie, il sera payé par les dits habitants sept sols par canne de planches, de quelque qualité que ce soit, pin ou sapin, épaisses ou minces, ainsi qu’on les a payées de tous temps...
Article cinquième : Au cas où la dite vallée en Corps trouverait à propos de délibérer quelque vente ou exploitation en commun de partie des dits bois pour fournir à ses affaires et à des besoins urgents et pressants, et dans ce seul et unique cas, les dites exploitations, ou ventes en commun pourront avoir lieu, sans néanmoins qu’on puisse faire un usage abusif du présent article, en respectant les formes ordinaires, après avoir délibéré en Corps des motifs pressants, de l’emploi, après publications et affiches, dans les formes ordinaires et prescrites, et ce en bons pères de famille.
Article sixième : ... Du dit présent règlement les consuls actuels délibérants demeurent obligés d’en faire lecture, chacun dans leurs villages, à la porte de l’église, à l’issue de la messe de paroisse, par leurs secrétaires et, par le ministère d’un huissier et, en présence de deux témoins ; le tout aux soins conduite et diligence du sieur Labbat Dupont premier consul de Cauterés, icÿ présent et délibérant, lequel avait réclamé et sollicité depuis longtemps un pareil règlement, et qui s’est même donné la peine d’en dresser le plan, de quoÿ tous les susdits consuls et tous les autres délibérants luÿ ont témoigné bon gré, et ont promis de l’indemniser de tous les frais et avances qu’il pourra faire à raison de la commission que la dite assemblée l’a prié d’accepter, et de laquelle le sieur Labbat Dupont a promis de s’acquitter et d’en rendre bon compte incessamment au Corps de la vallée.
Moyennant les précautions prises dans le présent règlement, le Corps de la vallée espère que les bois et forêts communs seront mieux ménagés, les habitants mieux pourvus, et que les consuls en place et ceux qui leur succéderont seront à l’abri de tant de procès et embarras qu’on voit encore aujourd’hui sur la tête des consuls de l’année dernière, lesquels, pour tout fruit de leur zèle, n’ont conservé que des procès à soutenir et à poursuivre à leurs dépens, tant au siège de la maîtrise de Tarbe qu’au Parlement de Toulouse, où ils sont encore pendants.
Ce règlement de la vallée est intéressant à plus d’un titre : il nous donne les noms des Consuls de la vallée en 1768 et leur nombre par village : trois à Saint-Savin, le chef-lieu ; deux à Nestalas, Soulom et Cauterés ; un seul à Lau, Balagnas, Adast et Us.
Il nous apprend que, pour les affaires importantes, les consuls étaient accompagnés de délégués des habitants, à raison d’un homme par feu de taille ; les notables et " prud’hommes " étaient invités à participer à l’assemblée et, notamment, parmi eux, " noble " Jean Despourins, Seigneur de Miramont, fils de Cyprien.
Par contre, il n’est pas même fait mention de l’Abbaye de Saint-Savin, qui, à cette époque, est totalement absente de tout ce qui concerne la gestion de la vallée. Les détériorations et ravages qui sont faits dans la vallée entraînent des procès ruineux, auprès de la maîtrise des Eaux et Forêts de Tarbe, procès qui peuvent remonter jusqu’au Parlement de Toulouse ; les Consuls en place pendant l’année où les faits se produisent sont considérés comme responsables et doivent en assumer les frais à leurs dépens. Les coupes illicites de bois semblent résulter d’un commerce entre les scieurs des scieries de Cauterets et des marchands étrangers, avec l’aide de certains charretiers et laboureurs de la vallée qui assurent le transport des planches jusqu'à Argelès à l’insu des autorités valléennes. Il est enjoint aux scieurs de la vallée de travailler exclusivement pour les besoins des habitants, et à des prix rigoureusement fixés. On apprend à cette occasion quels étaient les usages du bois, et les qualités requises selon les différents usages. La vallée se réserve le droit de vente et d’exploitation des bois, pour des besoins urgents et pressants et selon des conditions précises. Le Corps de la vallée se réfère à ce propos à l’autorité des règlements de la maîtrise des Eaux et Forêts, mais en précisant qu’elle le fait par " surabondance du droit ", puisqu’elle détient, dit-elle, le droit de propriété et d’usage des bois communs qui, suivant les titres de la vallée, doivent être possédés par indivis et exploités avec justice, ordre et économie.
Le rôle principal, dans cette affaire, est tenu par Labbat-Dupont, premier consul de Cauterés ; c’est lui qui a réclamé ce règlement, qui en a dressé le plan, et qui est chargé de le mettre en œuvre ; il jouit de la confiance et de la gratitude de tout le Corps de la Vallée. Nous le verrons tenir un des premiers rôle à Cauterets pendant la Révolution.
Après avoir rassemblé le " collationné " de ces deux textes pour servir de précédent à sa requête, Charles Bruzaud, conformément au mandat confié par l’Assemblée de la Communauté, fit rédiger une requête par Maître Layerle, avocat à Tarbe à l’adresse de l’Intendant de la Généralité d’Auch. Cette requête, fort bien écrite, reprend les arguments développés dans la délibération de la Communauté : " Remontre très humblement les Consuls, habitants et Communauté du lieu de Cauterés en Bigorre, dans la vallée appelée Rivière de Saint-Savin, disant que le village de Cauterés formant un petit bourg dans une gorge enfoncée entre deux montagnes, l’une à l’Orient et l’autre à l’Occident, qui sont d’une élévation considérable, la rivière du gave coule dans ce petit vallon, et sa largeur n’est que de deux cents pas d’une montagne à l’autre.
Ces deux montagnes voisines sont, pendant la majeure partie de l’année couvertes d’une quantité immense de neige. Les gros vents qui y règnent fréquemment occasionnent des lavanges capables d’engloutir ou enterrer tout le village si elles étaient exactement dirigées vers le bourg ; mais, par bonheur, certains obstacles qui s’y rencontrent garantissent la partie habitée. Les lavanges se précipitent parfois dans le gave ; elles ont été parfois si abondantes qu’elles en ont arrêté les eaux pendant quelques minutes et même pendant une demi-heure.
Cependant, les habitants n’ont pas cessé d’avoir des alarmes et des craintes dans plusieurs occasions, principalement pendant l’hiver, surtout depuis que les deux montagnes ont été dégarnies et dépouillées en délit par la négligence et le défaut d’attention des anciens administrateurs.
Ces deux montagnes, à l’orient et à l’occident, sont couvertes d’une quantité de gros arbres, essence de haitre (hêtre) et autres, et d’arbustes et broussailles qui forment une espèce de barrière, ou rempart, que la nature a formé et paraît avoir ménagé pour conserver le village situé dans la gorge entre les deux. C’est à ces arbustes et à ces broussailles qu’il doit sa conservation ; il a été conséquemment dans tous les temps, et il est encore de plus grand intérêt des habitants de veiller à la conservation de ces barrières.
Au pied d’une de ces montagnes, jaillissent des sources d’eaux minérales très précieuses ; il y a été pratiqué des bains, le tout pour la plus grande utilité et commodité publiques...
Les coupes, les abattis et les délits immenses commis dans les forêts, qui sont sur ces deux montagnes ont formé des " vuides " (vides) et fait des ouvertures qui pourraient être nuisibles. Le village courrait encore les plus grands risques si toutes ces entreprises n’étaient arrêtées. Le zèle des administrateurs actuels a porté ses regards sur ce point de leur administration ; ils ont apprécié le danger et l’ont fait sentir dans une assemblée générale de la Communauté, dans laquelle il a été délibéré qu’on arrêterait toute entreprise sur les bois qui sont sur les deux montagnes et qu’on tâcherait de conserver les arbres et les broussailles, autant qu’il serait possible, pour garantir le bourg.
Dans cet objet, l’assemblée a déterminé d’invoquer l’autorité de votre Grandeur. Leur demande et la cause est des plus justes ; il s’agit de la sûreté et de la conservation d’un village, des fortunes et des citoyens qui l’habitent ; il s’agit de la conservation des sources nécessaires à la santé et à la vie du public, et de la sûreté de tous les étrangers qui s’y rendent pour faire usage des bains et des eaux. Il faut conserver le bois, arbustes et broussailles excroissant sur les deux montagnes dont il s’agit, et, pour cela en défendre la coupe, en prohiber l’introduction des chèvres qui broutent et font périr les jeunes arbres et dégarnissent les montagnes, qu’il importe de tenir au contraire bien closes et bien couvertes...
La requête se réfère ensuite à l’ordonnance du trois février 1737 rendue par Monseigneur de Balosre, un des prédécesseurs de votre grandeur. " A combien plus forte raison l’intérêt d’un village, des fortunes et des habitants, l’intérêt de conserver les sources précieuses pour la santé du public ne doivent-ils pas animer votre zèle. Ils font espérer aux remontrants une ordonnance conforme à leurs désirs. A ces causes, il vous plaira de vos grâces, Monseigneur, vu le collationné de l’ordonnance du 3 février 1737, ensemble la délibération de la Communauté de Cauterés, le tout cy-joint... faire inhibitions et défenses à tout particulier d’aller couper aucun arbre, arbuste ou broussaille dans les forêts sur les montagnes appelées des Bains à l’orient et de Pourès à l’occident du village de Cauterés, d’y introduire ou faire paître des chèvres à peine de cinquante livres d’amende contre chaque contrevenant, et même de plus grande peine s’il y échoit, comme aussi faire défense à l’avenir de vendre aucun des dits arbres qui pourraient être arrachés par les ventes ou autres sous peine de cinquante livres d’amende contre les administrateurs qui feraient les dites ventes, et à tous particuliers d’aller entreprendre de les retirer aux mêmes peines ; et, afin que votre ordonnance soit publique et notoire, ordonner qu’elle sera publiée et affichée partout et exécutée de votre autorité sur la dénonce qui sera faite des délinquants et contrevenants ; et les remontrants feront des voeux pour la conservation de votre illustre personne. Signé : Bruzaud, premier Consul de Cauterés suppliant pour tous les habitants.
La requête fut ensuite approuvée et rendue exécutoire par l’Intendant sous une forme concise : " Vu la présente requête, copie de l’ordonnance de Monseigneur de Balosre, Intendant en Béarn et Généralité d’Auch en date du 3 février 1737, la délibération de la Communauté de Cauterés du 25 février 1784, ensemble des éclaircissements à nous donnés ; Nous Intendant et Commissaire de partie en Navarre, Béarn, Comté de Foix et Généralité de Pau et Bayonne, faisant droit sur la dite requête, avons autorisé et autorisons la dite délibération pour être exécutée selon sa forme et teneur ".
· L’achat de la maison presbytérale
La deuxième affaire importante de l’année 1784 fut celle de l’achat de la maison presbytérale. La Communauté des habitants de Cauterés, soucieuse de son indépendance, et consciente de son éloignement du village le plus proche, était fort attachée à la présence permanente d’un curé résidant dans le village. Or, le sieur Cyprien Lacrampe, curé de Cauterés, fort mécontent de la maison presbytérale mise à sa disposition par la Communauté du village, présente une requête à Monseigneur l’Intendant de la Généralité d’Auch, disant qu’il n’y avait pas de maison presbytérale au temps de ses prédécesseurs ; ceux-ci avaient demandé à la Communauté de leur en construire une ; la Communauté avait jugé plus convenable et plus avantageux d’acheter la maison d’un particulier, nommé Pierrefitte Débat : or, cette maison déjà à peine suffisante pour le logement personnel du pasteur, n’avait même pas de basse cour où il fut possible de construire des volières, ni écurie pour loger son cheval, qui lui est absolument nécessaire, compte tenu de l’éloignement des divers hameaux et maisons dépendantes de la paroisse. La Communauté lui avait promis d’acheter un terrain voisin et contigu pour y construire écurie et volière, ce qu’elle n’avait cependant pas exécuté. Aussi, le " remontrant " demanda-t-il à l’Intendant, avant que celui-ci autorise l’achat de la maison projetée, qu’il ordonna aussi que la Communauté soit tenue d’acheter un terrain contigu et convenable pour y faire bâtir la dite écurie et volière. " Le besoin que le remontrant en a est sensible : il ne peut pas se dispenser de tenir son cheval pour remplir ses devoirs et cette écurie lui est aussi nécessaire pour y serrer son bois de chauffage ".
Après avis du subdélégué monsieur de Fournets, l’Intendant fit droit à la requête du curé et rendit une ordonnance qui fut communiquée au Sieur Bruzaud, premier consul par le sénéchal de Bigorre résidant à Argelès, en date du 26 février 1784. Le premier consul était invité à comparaître deux jours plus tard " par devant et en l’hôtel de Monseigneur de Fournets, subdélégué à l’Intendance de Tarbes, afin de répondre, si bon lui semble, aux réquisitions du requérant, avec dépens ".
Les consuls de Cauterés convoquèrent d’urgence l’Assemblée Générale de la Communauté pour leur exposer la situation. Le premier consul déclara que la requête du sieur curé était juste ; tous les habitants sont disposés à procurer un petit local et à bâtir de suite une petite écurie pour les besoins de sieur curé ; les démarches et frais d’un procès se retourneraient contre la Communauté.
Ouï l’exposé du sieur premier Consul, les habitants délibérants au nom de toute la Communauté choisirent une quinzaine d’entre eux et leur donnèrent pouvoir d’agir de concert avec les sieurs Consuls " pour procurer un petit local le plus à portée et le moins coûteux afin d’y bâtir de suite une petite écurie pour le service du sieur curé actuel et de ceux à venir, promettant les délibérants de tenir pour bien fait ce qui sera fait par les députés nommés ". Ils promettent en outre de contribuer à la dépense par " petites cotises au marc la livre comme la taille ", jusqu'à ce que cette écurie soit construite et le tout payé. Les délibérants exigent en outre de savoir l’étendue de cette écurie. Il est convenu que " sa largeur ne pourra passer de deux cannes seize pans de large, et, à l’égard de sa longueur qu’elle ne pourra être plus que de vingt et quatre pans ". Voici les noms des habitants choisis pour se joindre aux consuls dans l’exécution de cette affaire. Les sieurs Labassé, Ménusé, Labbat-Dupont, Nicolas Bisasson, Pierafitte-Dessus, Condau, Ygau, Larrey, Dulumo, Capdegelle, Villeneuve, Place, Soulé, Pierre Larrieu, Lacrampe et Joseph Bergeret charpentier.
La délibération est signée de Bruzaud, consul, Bérot secrétaire d’office et de ceux qui savaient signer.
A la suite de cette délibération, le sieur Charles Bruzaud " " Consul en charge la présente année, faisant et agissant tant pour lui que pour tous les habitants et paroissiens qui composent la paroisse du dit lieu de Cauterés " fit l’acquisition d’un petit lopin de terre inculte appartenant au sieur Jean Camus, apothicaire, et à sa belle-mère demoiselle Marie Manéchal par un acte de vente en date du 31 décembre 1784. Ce lopin de terre était situé au quartier appelé le pont de la Gelle ; il confrontait d’orient au ruisseau du moulin de Labbat Dupont, à l’occident au fleuve du gave, et de septentrion au chemin qui conduit au pont de la Gelle. " Voulant remplir et exécuter l’ordonnance de Monseigneur l’Intendant, les sieurs Joseph Marune second consul, Joseph Labassé, Pierre Labbat-Dupont, Bernard Ménusé, Alexis Soubie-Debat, Nicolas Bissasson dit Sergé, Joseph Lacrampe Laplace, Barthélemy Ygau et Bernard Paul Villeneuve maître en chirurgie, tous présents et délibérant tant pour eux que pour tous les habitants de la Communauté ont fait procéder de concert avec les vendeurs à l’estimation du lopin de terre à la somme de cinquante livres, à quoÿ les parties ont adhéré. Instruits que le sieurs Bruzaud premier consul avait en main quelque argent appartenant à la Communauté, les mêmes délibérants l’ont prié de payer du dit argent la susdite somme de cinquante livres, prix de la dite vente aux dits vendeurs en écus de dix livres pièce et autre monnaÿe de bon cours faisant la dite somme... Attendu que le dit Sieur Bruzaud n’a pas rendu ses comptes de l’année à la Communauté, les dits Sieurs délibérants promettent et s’obligent de lui faire passer et allouer les susdites sommes de cinquante livres ainsi que tous les frais du présent acte, à peine de tous dépens.
Restait à payer la dépense de l’achat de la maison presbytérale elle-même au sieur Pierrefitte-Debat. La somme nécessaire était beaucoup plus importante et ne pouvait être réglée sur les recettes d’une seule année, comme la somme précédente. Au moment de l’acquisition de cette maison, en 1780, il avait fallu faire un emprunt de mille neuf cent livres auprès de Monsieur Joseph Cazajous, docteur en Théologie, prêtre, prieur du Seigneur de Talec, diocèse de Dax. Le premier consul était chargé tous les ans de faire le recouvrement sur tous les paroissiens de la somme de quatre vingt dix livres pour l’intérêt du capital. En 1784, devant les difficultés rencontrées pour le recouvrement de cette somme, le premier consul doit demander au Sénéchal de Bigorre l’autorisation de " faire procéder par saisie des biens, meubles et effets des paroissiens du lieu et église de Cauterés, à concurrence de ce que chacun devra sur le rôle et répartition qui sera faite de la somme de quatre vingt dix livres au marc la livre de la taille, sommation de payement préalablement faite avec dépens ".
· La ferme de la Boucherie
* L’affaire de la ferme de la boucherie fut une des plus délicates qu’eût à régler Charles Bruzaud pendant son année de mandat de premier consul.
* Le 23 mars 1784, Monsieur de Fornets d’Oroix, subdélégué de l’Intendant à Tarbes, informe les consuls de Cauterés qu’il a été chargé de procéder à l’adjudication de la boucherie de Cauterets : " Vous voudrez bien, leur écrit-il, faire faire les affiches et les publications accoutumées et les porter chez moi à Tarbe le 15 du mois prochain, jour auquel je me propose de faire la dite adjudication... Vous voudrez bien prévenir les consuls de Saint Savin de ma lettre, mois prochain, jour auquel je me propose de faire la dite adjudication... Vous voudrez bien prévenir les consuls de Saint-Savin de ma lettre, de même que ceux de la vallée ". Charles Bruzaud, premier consul de Cauterés fit donc faire l’affiche demandée par le subdélégué de Tarbes : Le public est averti que jeudi 15 du courant on fera dans l’hôtel de Monsieur de Fornets à Tarbe la ferme de la boucherie de Cauterés à dix heures du matin, et l’adjudication en sera faite à ceux qui feront les meilleures conditions en donnant bonne et suffisante caution (à Cauterés, le 4 avril 1784). De pareilles affiches furent publiées et affichées tant au lieu d’Argelès jour de foire qu’aux cantons et autres lieux accoutumés de Cauterés, Pierrefitte et autres lieux de la vallée, par les soins du premier consul de Cauterés, en exécution de l’ordre reçu de Monsieur de Fornets subdélégué.
Or, l’adjudicataire des boucheries fut le sieur Chambry, fermier du Moulin et d’une écurie bâtis entre le gave et le village. Il plaça ses étaux sur le mur méridional de cette écurie, au cœur du village, ce qui provoqua de suite de nombreuses plaintes auprès du subdélégué, à cause de la puanteur dont se plaignaient malades et étrangers, ainsi que les habitants des maisons voisines. Monsieur de Fornets, qui se soignait alors aux bains de Barèges, écrivait le 23 may 1784 aux Consuls de Cauterés : " Je viens, messieurs, d’être informé que l’adjudicataire des boucheries de Cauterés avait placé ses étaux dans un lieu insupportable aux personnes qui habitent des maisons agréables et commodes à Cauterés, par ailleurs très à portée de la poste aux lettres et de la seule place dont les malades peuvent profiter pour leur promenade et leur agrément. Je vous prie, ma lettre reçue, de faire placer ces étaux dans le lieu le moins incommode, à portée de l’eau s’il est possible, afin d’éviter la puanteur et d’empêcher que les malades et les étrangers ne se plaignent.
Dès réception de cette lettre, le premier Consul s’entretint avec le sieur Chambry, adjudicataire des boucheries et avec le plaignant, le sieur Duhourcau. Celui-ci était en effet propriétaire de la maison et du jardin appelés de Boval, situés à environ une toise et un quart des étaux et à environ deux toises du canal du Moulin. Le même sieur Duhourcau tenait aussi la poste dans une autre maison située au coin de la place et attenante à la petite chapelle, et éloignée des boucheries de quarante à cinquante pas. L’un et l’autre invoquaient, chacun de son côté, des raisons bien respectables d’intérêt public, d’utilité des étrangers, de bien de l’humanité. Dans sa réponse au subdélégué, le premier Consul fit remarquer que " des réclamations ne manqueraient pas de s’élever de quelque point dont la boucherie voudrait avoisiner. Mieux vaudrait, dit-il, forcer l’adjudicataire à se procurer un emplacement assez éloigné de tout le village ". " J’ay cru, Monsieur, ne devoir rien presser, remettre l’affaire sous vos yeux et attendre de vous des ordres positifs que je n’aye qu’à notifier et à faire exécuter de votre part... Je ne me sens que la force d’exécuter la sentence que vous daignerez prononcer, et de faire exécuter les ordres que vous voudrez bien m’adresser avec toute l’exactitude de la soumission et de la confiance... "
· · Lever les tailles et impositions royales par partage fait en communauté
* Responsabilité des consuls
Parmi les charges qui incombaient aux consuls de l’année, c’était, sans nul doute, une des plus délicates et aussi l’une des plus risquées, car le premier Consul devait en répondre de sa propre personne devant les autorités du Royaume. A titre d’exemple, voici un document d’huissier du 12 février 1760 : " L’an 1760 et le douzième jour de février, je huissier reçu en la cour de Monsieur le Sénéchal de Bigorre, résidant à Lourde, paroisse Saint-Pierre, soussigné, à la requête de Messieurs de Beyrie père et fils, trésoriers des Etats de Bigorre, demeurant à Tarbe en leur maison et bureau, ay intimé et signifié l’état de ce qui est dû au Roy et à la recette générale du païs de Bigorre, par la paroisse et Communauté de Cauterés pour arrérages du vingtième des années 1730, 1731, 1732, 1733, 1734, 1735, soit la somme de trois cent cinquante deux livres cent cinquante cinq dont la Communauté est redevable ; à Messieurs les Consuls, Collecteurs, habitants et Communauté de Cauterés, au domicile de Bernard Soubie, avec sommation de payer incontinent et sans délai aux susdits sieurs requérants en leur bureau la somme de trois cent cinquante deux livres cent cinquante cinq, dont la Communauté est redevable, suivant et ainsi qu’il est porté au susdit état... sans préjudice d’autre dus, frais et dépens, faute de quoi les dits sieurs requérants se pourvoiront par toutes voies dues et raisonnables, et même par corps comme pour deniers royaux. Faute par la Communauté d’avoir payé la susdite somme, nous avons pris et capturé au corps le sieur Soubie du dit lieu et l’avons mené et conduit au château de Lourde, le tout fait en présence des sieurs Laforgue et Pierre Basty, soldats, que j’ai pris pour mes témoins ".
Et voilà le pauvre Bernard Soubie emprisonné au château de Lourde, en sa qualité de consul pendant une année où la Communauté de Cauterés n’avait pu s’acquitter d’une partie des impositions royales. Le 17 février 1760, ce dernier envoie un huissier auprès du sieur Pierre Larrieu, premier consul de cette année pour protester contre tous les dommages résultant de cet emprisonnement : " Le sieur Bernard Soubie, habitant du lieu de Cauterés, à présent retenu au château de Lourde, signifie au sieur Pierre Larrieu, consul du lieu de Cauterés, à son consort, et au reste de la Communauté, manants et habitants, la copie de la sommation et de l’emprisonnement fait de sa personne aux fins que nul ne l’ignore et proteste de tout ce qu’il peut protester de tous les dépens, dommages et intérêts faits et à faire sur le dit emprisonnement." Ces années 1730 à 1735 furent des années de mauvaise récolte, au cours desquelles les paysans de la vallée ne purent assumer la totalité des impositions du Roy et des Etats.
· La fonction de consuls et, plus spécialement du premier consul, en matière d’imposition était quadruple :
- Il lui incombait d’abord d’établir le rôle des impositions selon le partage fait en Communauté.
- Il devait se charger de collecter ces impôts et, ensuite de les verser en deux pacts (versements), le 1er février et le 1er septembre, dans la caisse du Trésorier de la province de ou de son représentant à Argelès.
- Il lui revenait de contrôler l’exactitude des déclarations et de procéder à la dénonce des bacades, ainsi que nous le verrons plus loin.
- Il était enfin tenu pour personnellement responsable des non-versements des impôts dus par la Communauté et devait en répondre sur sa propre personne, ainsi que nous venons de le voir.
Certes, il avait " le pouvoir de contraindre les redevables au payement de leur quote part, à l’échéance de chaque terme, par saisie de leurs biens, emprisonnement de leur personne et par logement collectif, comme pour les propres deniers et affaires de sa Majesté ", comme le précise la mande de la taille et des vingtièmes en 1784, qui ajoute : " Vous ne serez reçu au paiement de chaque terme qu’autant que vous porterez le " pact " en entier, et les contraintes seront rigoureusement lâchées au terme de l’échéance ". Mais, comment un premier Consul, dont le mandat ne durait qu’un an, et qui ensuite reprenait sa place dans la Communauté comme un simple membre de l’Assemblée des habitants, aurait-il pu exercer une telle contrainte vis-à-vis des chefs de famille dont il connaissait parfaitement les difficultés, et dont il partageait souvent l’expérience au quotidien ?
· Les impositions étaient réparties en trois rubriques " 93 "
* La capitation était un impôt par tête, comme son nom l’indique, créé par déclaration royale du 18 janvier 1695 : " De part le Roi et les messieurs des Etats du pays et comté de Bigorre, on fait savoir aux Consuls de la Paroisse de Cauterés que, suivant l’abonnement de la capitation du pays de Bigorre, il doit être imposé pour l’année 1784 une somme de quarante mille livres pour le principal de la dite capitation ; et que le Roi, par Arrêt de Conseil du 13 février 1777, ayant ordonné la levée de quatre sols pour livre de la dite capitation, il doit être pareillement imposé sur le Pays de Bigorre huit mille livres pour ces quatre sols pour livre, pour former ensemble la somme de quarante huit mille livres. On fait encore savoir que, pour pourvoir au payement des impositions extraordinaires, ordonnées être levées au marc la livre de la capitation, en conséquence du Brevet arrêté au Conseil le 27 mai 1783 et du Mandement de Monsieur l’Intendant, le Principal et quatre sols pour livre de la capitation de Tiers-Etat doit être augmenté de quatre sols six deniers pour livre. En conséquence, la Paroisse de Cauterés doit payer pour sa portion la somme de cent soixante et une livres quatorze sols, tant pour le principal et les quatre sols pour livre de la première imposition que pour raison de la dite augmentation..., laquelle somme sera répartie par le sieur curé, les Consuls et les Commissaires qui seront nommés à la pluralité des suffrages par la Communauté assemblée et, en tel nombre qu’elle jugera à propos, sans que les Consuls et les commissaires nommés puissent diminuer leurs taxes... ; et afin que la taxe puisse être connue de chaque particulier. Le rôle de la capitation sera lu à l’issue de la messe de la Paroisse ; et, si quelque particulier croit avoir sujet de se plaindre d’avoir été trop taxé, il sera obligé d’en porter sa plainte dans la quinzaine de la publication du rôle, après laquelle il ne sera plus reçu.
La capitation sera payée par tous les contribuables, suivant leurs biens, meubles et immeubles, industrie, aisance et facultés, en quoi qu’elles puissent consister. Sera la dite somme de cent soixante et une livres quatorze sols levée par les dits Consuls, et par eux remise à Monsieur de Beyrie, Trésorier du Pays, en une seule année et en deux pacts égaux. Le premier au premier janvier 1784, le second au premier août suivant ; exécution sursise jusqu’au premier février et premier septembre ; conformément à la délibération prise en l’Assemblée des Etats, qui enjoint en même temps aux Consuls de procéder à la répartition, au reçu de la présente Mande, afin que les rôles soient rendus exécutoires au premier janvier, et qu’il en sera justifié devant Monsieur Vergés, syndic, sous peine de logement.
Il est donné pouvoir aux Consuls de contraindre les redevables au paiement de leur quote-part, à l’échéance de chaque terme, par saisie de leurs biens, emprisonnement de leur personne et par logement effectif, comme pour les propres deniers et affaires de Sa Majesté. Fait à Tarbes, le 28 novembre 1783. Signé : Saint-Martin-Beyrie, père et fils, Trésoriers ".
Cette mande de la capitation nous apprend que les Etats de Bigorre bénéficiaient de l’abonnement, c’est-à-dire d’une somme globale à payer, que ces Etats répartissaient ensuite entre les contribuables de Bigorre. Depuis 1777, la capitation était majorée d’une augmentation de quatre sols par livre pour tout le Royaume.
Depuis 1783, une deuxième majoration était levée, " au marc la livre de la capitation ", à titre d’imposition extraordinaire, mais sur le seul Tiers Etat, à l’exclusion des ordres privilégiés. Le rôle de la capitation ne faisait, pour chaque particulier, l’objet d’aucune information personnelle ; elle était lue à l’issue de la messe de la paroisse. La capitation était une sorte d’impôt sur le capital, payé suivant tous les biens, meubles et immeubles. C’est aux Consuls qu’il était enjoint de procéder à leur répartition.
Le rôle de la capitation pour 1784 montre que celle-ci était payée par quatre vingt deux contribuables : Pin, Marune, Meimon, Coues, Laborde, Lacaze, Latour de Catarabes, Peiron, Casanove, Meilougan, Gentieu, Carrère, Ménuzé, Dupont, Bascou, Sergés, Labassé, Manéchal, Mun, métayer de Manéchal, Fontan, Pierafitte debat, Pierafitte dessus, Soubie Dessus, Condon, Jeanne Bouyer, Salle, Tochis, Soulé, Latour du village, Lubie, Lerou, Dulmo, le sieur Perroutat, Bernard Dasta, Labedat boulanger, Saint-Martin, Capdegelle, Castet, Laborde du village, Manuguet, Poueÿdeheau, Jeanne Managau, Managau, Larribet, Ygnace Ygau, Larreÿ, Bergeret, Lestable, Noël Casanave, Sartot, Baguet debat, Joseph Tournaro, les locataires de Bérot, la veuve de Bérot, Jean Bordenave, Plan, Dominique Domec, Loustau, Dallÿ, Pierre Neüil, Vergé dessus, Vergé debat, Laplace, Maisonnave, Crampe veuve, Crampe cadet, Janet Crampe, Pierre Soussat, Jacques Sergés, Fourcade, Janin Soubie debat, Michel Esquerré, Pierre Tochis, Pierre Casanave, Antoine de Reÿ.
Plusieurs noms, parmi ceux qui figurent sur cette liste, sont ceux des " maisons " et non pas ceux de l’état civil, tel que nous le connaissons de nos jours. Ainsi, Charles Bruzaud, premier Consul, ne figure que sous le nom de Soubie dessus, la maison dans laquelle il était entré gendre.
* Les vingtièmes : Cet impôt avait été établi par l’édit de Marly en 1749. Il était censé frapper le vingtième de tous les biens : foncier, cheptel, industries, à l’exception des biens ecclésiastiques. A ce premier vingtième, s’était ajouté, au cours des années, un deuxième, puis un troisième vingtième, en 1784 ; l’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique avait en effet ruiné le Trésor public ; on se trouvait dans la situation d’un Royaume prospère avec un Trésor vide et d’énormes déficits publics.
Le pays de Bigorre avait obtenu pour les vingtièmes, l’abonnement, comme pour la capitation. La part de Cauterés à l’imposition des vingtièmes s’élevait, pour l’année 1784, à quatre cent quatorze livres cinq sols.
* La taille : Sous cette dénomination, était regroupées toutes les impositions, tant royales que provinciales ou locales, qui n’entraient pas dans le compte de la capitation et des vingtièmes (Cf. Gilbert Pène). La part de Cauterés dans ces impositions était établie, non pas sous une forme globale à répartir entre les contribuables, comme pour la capitation, mais à raison de quatre vingt deux livres par feu de taille. Les sommes devaient être remises en deux versements, par le soin des Consuls, au bureau des Recettes. En fait, la taille et les vingtièmes étaient regroupés pour faire ensemble l’objet de deux versements. La somme totale du rôle de la taille et des vingtièmes s’élevait pour l’année 1784, à mille huit livres quinze sols, soit deux versements de cinq cent quatre livres sept sols et six deniers. Ces sommes étaient prélevées sur les habitants et forains dénommés au rôle de l’année selon la répartition suivante : " la moitié de cette somme sur les " laas " ou foyers (feux de taille) et l’autre sur les journaux et bacades. Chaque foyer était taxé à trois livres dix sols, et chaque journal et bacade à raison de douze sols chacune. " Le journal était l’unité de terre cultivable, en théorie la surface qu’un laboureur pouvait cultiver dans une journée (18 ares et quelques centiares), en fait modulé selon la valeur agricole de la terre. La bacade était l’unité de compte du bétail : une vache, une jument ou un cheval, valaient chacun une bacade ; un poulain valait une demie bacade ; il fallait dix moutons ou brebis pour faire une bacade.
Dans la liste des habitants figurant au rôle, on trouve la plupart des mêmes contribuables que pour la capitation. J’ai noté toutefois, en sus des noms déjà cités, celui du sieur Duhourcau, chirurgien, et ceux de plusieurs " forains " : Pujo, Burg, Barrère, Houssat, Casajous, Hitau et Batan. Le terme " forain " désignait à l’époque celui qui venait de l’extérieur pour travailler et n’était pas de ce fait un habitant de la Communauté.
* La cotise de l’emprunt pour fournir à l’achat du presbytère : chaque année, la Communauté et tous les paroissiens de Cauterets devaient contribuer à la " cotize " de quatre vingt dix livres pour payer Monsieur Cazajous, prêtre et prieur de Talec, diocèse de Dax, " qui avait prêté le capital de mille huit cents livres aux dits paroissiens pour fournir à l’achat du presbytère ", le partage de cette " cotize " (cotisation) se faisait moitié sur les foyers, et moitié sur les journaux et baccades, suivant l’usage. " Et par cet ordre, les laas ou foyers étant au nombre de quatre vingt neuf, y compris les onze paroissiens de Bourdalat " chaque foyer se trouve contribuer pour dix sols, et chaque journal pour deux sols. " Ainsi a été procédé à ce juste partage ".
Le nombre des contribuables figurant au rôle des bacades et journaux était de quarante huit en 1784, auxquels venaient s’ajouter six forains. En comparant avec la liste des foyers des habitants de Cauterés, on peut considérer qu’un peu plus de la moitié des familles était des familles de paysans, vivant de la culture et de l’élevage. Quant " aux forains ", ils venaient tous travailler à Cauterets au titre des journaux et bacades, donc pour cultiver la terre et surtout conduire leurs troupeaux dans les estives.
* Les droits de francs-fiefs : L’achat d’un bien donnait lieu au versement d’un droit de franc fief. Pour l’achat de la maison presbytérale au prix de mille huit cent livres, la Communauté des habitants de Cauterets dut verser au receveur des droits de francs fiefs à Argelès, la somme de cent trente cinq livres quarante neuf sols, soit quatre vingt dix livres, trois sols, deux deniers, soit le vingtième de la valeur du bien, plus quarante cinq livres, un sol, sept deniers au titre des quatre sols pour livre.
* La " dénonce " (ou déclaration) des bacades : En vue d’établir les bases des impositions, " il était d’usage dans la Communauté de Cauterés que les particuliers fassent la dénonce (déclaration) de leurs bacades le jour du premier de l’an, et que, dans le cours du mois de janvier, les Consuls, avec les hommes de patrouille, aillent parcourir les granges et examiner si la dénonce a été conforme au nombre et qualité des bestiaux qu’on a. L’amour de la justice et, peut-être aussi l’assurance de cette visite, font que cette année, les particuliers ont rempli exactement leur devoir. Il n’y a que le sieur Labassé, bourgeois de l’endroit, homme riche et assez capable de dépenser cinquante louis à la poursuite d’une affaire de quelque nature qu’elle fut, il n’y a, dis-je, que le sieur Labassé qui se soit trouvé en contravention, puisqu’il a quatre vaches, une jument, un poulain d’un an et le cheval qu’il monte ; tout ce bétail, suivant les règles usitées, font six baccades et demie, tandis qu’il n’en a dénoncé qu’une. Il est encore d’usage que, lorsqu’un particulier se trouvait en contravention, les Consuls saisissaient les bestiaux non dénoncés, les tenaient " enséquestrés " pendant trois jours, et, si le délinquant ne venait dans ce délai réparer son injustice, on vendait les bestiaux à l’encan, soit pour compléter le tribut des bacades, soit en peine de délit. Le sieur Labassé lui-même, pendant son consulat, ayant trouvé le sieur Mélougan en pareille fraude, la lui fit racheter par une dépense d’environ quatre vingts livres. Je ne rougirai pas, Monsieur, de vous avouer que je n’ay pas cru que l’autorité d’un Consul s’étendit aussi loin et, puisque je n’ay pas osé me livrer, ainsi que ma petite fortune et celle de mes enfants, au sort d’une discussion judiciaire, surtout contre un homme opulent et qui colore sa manoeuvre d’un prétexte, permettez, Monsieur, que j’aye l’honneur de vous l’exposer : Le sieur Labassé possède un bien à Adast. Trois à quatre jours avant le premier de l’an, il y mène son troupeau et, quatre ou cinq jours après la dénonce, il le ramène à Cauterés où il le tient tout le reste de l’année ; c’est une scène qu’il joue depuis quelques années ; au moyen de ce jeu, il se croit autorisé à dire qu’il dénonce ses bacades à Adast, où sans doute elles sont moins imposées qu’ici... Permettez, Monsieur, que j’aye l’honneur de vous prier de me tracer la conduite à tenir dans une affaire qui intéresse bien des pauvres de l’endroit, qui pourrait nuire à l’ordre public si une pareille manoeuvre pouvait se pratiquer ; chaque particulier aurait à son tour la faculté de mener ses bestiaux ailleurs aux approches de la dénonce et pendant quelques jours après. Ce serait une chose frauduleuse et bien nuisible à la plupart des domiciliés. On le craint d’autant plus que les hommes qui vont tenir, les six mois de l’hiver, leurs brebis dans les landes de Bordeaux, sont néanmoins sujets à payer tout le tribut à Cauterés, malgré leur absence de la moitié de l’année. Tel est, Monsieur, l’état embarrassant où je me trouve, ballotté entre l’intérêt de la Communauté et le danger évident de lutter contre un homme qui peut et qui voudrait disputer. Les bontés dont vous avez toujours daigner m’honorer me promettent, Monsieur, que vous m’accorderez la grâce de me tirer d’embarras, soit en brisant l’obstination du délinquant par une de vos lettres, soit en me prescrivant la conduite à tenir... " (Lettre de Charles Bruzaud, premier Consul, à Monsieur Vergès, subdélégué - 3 février 1784). A la suite de quoi, les Consuls de Cauterés, Charles Bruzaud et Joseph Marune, accompagnés de plusieurs habitants de Cauterés, Barthélémy Igau, Joseph Manéchal, dit Maisonabe, Pierre La Lubie, Jean Loustau, ainsi qu’Alexis Bourrouille, valet de ville, établirent le procès verbal de leur visite aux granges (en date du 29 janvier 1784), pour vérifier suivant l’usage et la coutume si la dénonce des baccades avait été exactement faite suivant la justice et l’équité. " Ayant trouvé avec satisfaction que la dénonce de chaque particulier était exacte et bien conforme au nombre et qualité des bestiaux sujets à la dénonce..., nous avons trouvé dans la grange du sieur Labassé quatre vaches, une jument, un poulain d’un an passé et le cheval que tout le monde sait qu’il monte... Il est clair que le sieur Labassé n’ayant dénoncé qu’une bacade, il ne s’est pas conformé aux règles établies sur cet objet, ni à la coutume observée de tous temps dans la Communauté. En foy de tout ce dessus, à Cauterés, le vingtième jour du mois de février 1784, avons dressé le présent procès verbal que nous avons signé avec ceux qui ont su, et non les autres à ce requis pour ne savoir. " Signé : Bruzaud Consul, Manéchal, Lacrampe.
A la suite de ce procès verbal, l’huissier royal reçu au Sénéchal de Bigorre, " suite et diligence du sieur Charles Bruzaud, premier Consul et collecteur suivant usage des impositions royales du dit lieu, en exécution de la mande de vos Seigneurs des Etats et Comté de Bigorre, ay sommé et requis de sieur Labassé, bourgeois de cette ville, de payer par le jour entre les mains du dit sieur Bruzaud, la somme dont il est redevable pour le montant de son article des impositions royales la présente année, pour cause de son foyer et de ses terres et pour six bacades et demi, consistant en quatre vaches, une jument, une pouliche et son cheval de monture, bestiaux qui ont été trouvés en sa grange selon le verbal qui en fut dressé le dit jour ; je luy ay protesté que faute de paÿment sera usé de saisie sur ses meubles et effets, aÿ baillé copie du présent exploit au dit sieur Labassé dans son domicile, lui parlant ".
C’est ainsi que le contrevenant fut contraint de payer la part d’imposition correspondant à la valeur réelle de ses bacades...
· · Comptes de la gestion du Sieur Charles Bruzaud, dit Soubie Dessus, premier Consul de la Communauté de Cauterés pour l’année 1784 :
Au terme de leur année de Consulat, les Consuls sortants devaient rendre un compte rigoureux de leur gestion, recettes et dépenses, et produire les pièces justificatives correspondantes.
Ces comptes étaient contrôlés avec le plus grand soin par les Consuls de l’année suivante. En marge du compte-rendu des recettes et dépenses, ces derniers notaient la mention " néant " en regard des dépenses qu’ils contestaient pour tout ou partie, ou pour lesquelles ils demandaient un complément de pièces justificatives.
Pour cette année 1784, le compte-rendu de gestion de Charles Bruzaud, premier Consul, fait ressortir les recette suivantes :
* Rôles de la taille, vingtièmes et capitalisation : 1207 livres 4 sols. Sur cette somme les payements faits au trésorier de la province s’élèvent à 1 170 livres 15 sols, de sorte qu’il reste " en main " au Consul, pour la Communauté de Cauterés, 36 livres, 15 sols ; autrement dit à peine 3 % des recettes des impositions restait à la Communauté.
* Cotise pour payer la vente de Monsieur le prieur de Talec : 91 livres.
* Vente au sieur Bissasson Chambri de 300 pieds d’arbres sapins pour la portion qui revient à la Communauté de Cauterés selon le partage qui en a été fait en corps de vallée : 243 livres 15 sols.
* Vente de la montagne de Lisey pour la portion qui revient à la Communauté de Cauterés suivant le partage fait en corps de vallée : 45 livres 3 sols.
* Reçu du nommé Manuguet, du présent lieu 3 livres de rente qu’il fait annuellement à la communauté : 3 livres.
Ainsi, les recettes de la Communauté consistaient en une très faible part des impôts levés par les Etats de Bigorre et dans quelques coupes de bois suivant partage fait en corps de vallée pour un total de 431 livres 14 sols 9 deniers.
En regard, le chapitre dépenses comporte un grand nombre de frais de comptables, notaires, avocats, secrétaires, rédacteurs, quelques frais de déplacement et de nourriture, mais les dépenses principales correspondent à l’entretien de l’étalon royal de la vallée, pour la portion qui incombe à la Communauté de Cauterets, l’achat du local de l’écurie pour l’usage de Monsieur le curé de Cauterets, à Monsieur Camus et D. Lemaréchal, et le paiement de la rente annuelle à Monsieur le Prieur de Talec pour l’emprunt d’achat de la maison presbytérale. Tous les frais de personnel de la Communauté se réduisent à ... 4 livres 10 sols payés suivant l’usage au valet de la Communauté.
Les dépenses contestées par les contrôleurs concernent les 14 livres 10 sols payés à Monsieur Bacarrère, notaire à Castelnau " faute d’avoir fourni le solvit ", les 6 livres du voyage fait à Tarbes pour l’adjudication du pont de la Crouts (Crouts = Croix) et surtout les 29 livres 6 sols " payés au sieur Bissasson Chambry de Cauterés pour pain et vin par luy fourni pour nourrir trente six ouvriers qui ont, de l’ordre de la Communauté, transporté au village quarante pieds d’arbres que des gens de Barège avaient coupé sur notre forêt du Lisey ". Les commissaires contestent six livres de cette dépense, à cause du fait qu’il manque six pièces sur les quarante cinq pièces appartenant à la Communauté.
Le Consul sortant répondait ensuite en indiquant : " Les moyens pour anéantir les Néants que le nouveau premier Consul et autre prud’hommes ont mis à la charge du compte exact du sieur Bruzaud ". Celui-ci apporte les pièces justificatives demandées concernant la plupart des " néants ", mais un conflit va naître à propos des arbres coupés par les gens de Barège et porté par les hommes dans la grange du nommé Poueÿdeheau. Le premier Consul fut chargé de les vendre, mais ne trouva pas acquéreur en raison de la mauvaise qualité du bois. La Communauté finit par accepter de payer au sieur Bissasson le pain et le vin fourni aux hommes chargés du transport des arbres, mais le sieur Poueydehau réclamait par huissier soixante livres pour le louage de sa grange, soit vingt quatre livres par an, que le Consul de 1786, Camus, voulait mettre à la charge de Charles Bruzaud. Celui-ci répondait qu’il ne fut que l’instrument de la " pignore " dont il s’agit, qu’une foule d’habitants furent chercher les dites pièces d’arbres et les mirent dans la grange de Poneydihau, que tous s’étant assemblés convinrent avec le dit Poueydihau de le dispenser de corvées et de la moitié de la taille et du vingtième pendant que le dit bois resterait dans sa grange. Ainsi prit fin le conflit des arbres " pignorés " dans la forêt du Lisey.
· · · Les relations de Cauterés avec la vallée de la Rivière de Saint-Savin
La plus grande part des bains, terres, forêts, estives de la vallée de Cauterés étaient gérés comme biens indivis des huit communes de la Rivière de Saint-Savin. Le 7 mars 1750, les Consuls de la Rivière, assemblés à Saint-Savin, avaient fixé la part proportionnelle de chacune des huit Communautés de la Rivière, dans les revenus et les dépenses de ces biens indivis, d’après le nombre de feux de chacune : Saint-Savin 15 feux, Nestalas 10 feux 1/5, Cauterés 7 feux ¼, Lau 3 feux ¾, Adast 2 feux 1/5,Us 3 feux, Balagnas 1 feu pour un total de 50 feux ¼, soit environ une part de 14 % pour Cauterets.
Une requête de la Communauté de Cauterés à Monseigneur de Neuville, Intendant de la Généralité, en date du 14 juillet 1784, expose à celui-ci, avec clarté, l’organisation de la Rivière de Saint-Savin : " Le pays des montagnes de la Bigorre est composé de plusieurs vallées ; il en est une qu’on nomme la vallée de la Rivière de Saint-Savin ; elle est composée de huit villages, à savoir Saint-Savin qui est le chef-lieu, Adast, Us, Lau, Balaignas, Soulom, Cauterés et Nestalas ; il y a à Saint-Savin trois consuls, et dans chacune des autres Communautés il y en a deux, à la réserve de celles de Balagnas, Adast et Us qui n’en ont qu’une chacune ; elle est administrée par les Consuls des Communautés qui la composent. "
Nous venons de le voir : l’une des principales recettes de la Communauté de Cauterés résidait dans la " portion " qui lui revenait sur les ventes de bois faites par la vallée de Saint-Savin. Ces ventes ont représenté en 1784 plus de la moitié des recettes de Cauterés, 67 % environ de celles-ci.
Au chapitre des dépenses représentant la participation de Cauterés à celles de la vallée de la Rivière (Ribera) de Saint-Savin, on constate avec une certaine surprise l’importance des frais " pour l’entretien de l’étalon royal et autres dépenses à ce sujet : paille, avoine... " Il y avait donc en ce temps un étalon au service commun de toutes les Communautés de la vallée de Saint-Savin.
Les relations entre Cauterés et les autres Communautés valléennes n’allaient pas sans conflits. Ceux-ci étaient, à l’époque, surtout en rapport avec la gestion des forêts, prairies et montagnes, beaucoup plus qu’avec celle des bains. Ainsi, le 14 juillet 1784 (ce n’était pas encore la fête nationale !), les Consuls et habitants de Cauterés présentèrent une requête contre la vallée de Saint-Savin à Monseigneur de Neuville, Intendant de Navarre, Béarn, Bigorre et autres pays réunis. Les sieurs Charles Bruzaud et Nicolas Bisasson avaient été nommés syndics de la vallée pour y représenter Cauterets, en date du 13 juin (ceci nous montre que, dès cette époque, les syndics n’étaient pas toujours les consuls de l’année). Ces syndics n’étant que les représentants de leur Communauté, ne pouvaient prendre de délibérations que suivant le pouvoir ou le mandat délivré par cette Communauté. Or, dit la requête, " Parmi les biens communs patrimoniaux de la vallée, on compte certaines montagnes qui ne donnent de revenus que par le pacage des bestiaux et la vente qui se fait de certaines herbes qu’on appelle arrières herbes ou herbes mortes ; il était d’usage que ce droit de pacage fût donné en ferme au profit de la vallée, et qu’on fît aussi la vente des arrières herbes selon les formes du droit ; on consentait des adjudications de tout : la charge des recouvrements résidait dans la personne du trésorier, tenu à la comptabilité ; le produit servait à acquitter les charges communes de la vallée ou de ses besoins, sous l’autorité du Seigneur Intendant. Un bail de neuf années donnait une somme d’environ deux mille livres comptant, le fermier ou adjudicataire payant l’entier par avance. Les consuls actuels de certaines communautés de cette vallée ont trouvé à propos de changer cette administration simple, régulière et consacrée par un usage ancien et constamment observé. Ils n’ont plus voulu faire des fermes, ni des ventes de la faculté de pacage et des arrières herbes sur ces montagnes ; ils ont imaginé de disposer de tout à leur gré et, en conséquence, ils ont introduit des bestiaux en aussi grand nombre qu’il s’en est présenté et, ils se sont faits payer le prix par bacade qu’ils ont imposé. Chaque vache, chaque jument, et un nombre de dix brebis ou moutons forment une bacade. Les mêmes consuls ont en outre vendu une partie des arrières herbes à des Espagnols, le tout à l’insu de leur Communauté, sans pouvoir ni mandat, sans délibération préalable et sans tenir état de la recette, qui n’a pas non plus été versée dans la caisse du Trésorier de la vallée. La Communauté " remontrante " (de Cauterés), qui a un intérêt égal à celui de toutes les autres vallées, n’a pas été prévenue, non plus que les consuls, de ce projet ; ils n’y ont ni participé, ni donné leur consentement.
La même vallée a encore des forêts essence de sapins et pins ; la construction de la route de Pierrefitte à Cauterés a donné ouverture à l’exploitation de ces forêts. La vallée en corps a tourné cette exploitation à son profit et pour les besoins de ses habitants. En conséquence, elle a fait des Règlements Généraux qui sont homologués et autorisés et, qui ont été exécutés jusqu'à ce jour (voir règlement du 17 avril 1768, p. 36). Les règlements n’ayant rien de contraire aux ordonnances ou à la police des forêts, il fut permis l’établissement d’une scierie à Lau qui a été construite : elle ne peut travailler que pour l’usage de la vallée et pour les besoins constatés de ses habitants qui, seuls, peuvent y prendre des planches et des boisages à un prix fixe et déterminé, en rapportant une déclaration des Consuls ou du secrétaire de la vallée, et un devis constatant leurs besoins ; tout commerce de planches et de boisage pris dans cette scierie est interdit et prohibé. La vallée en Corps établit en conséquence son scieur ; il en fut nommé un de l’agrément unanime, nommé Dasta, il y a sept ou huit ans ; sa fidélité et son exactitude à observer les Règlements l’y ont fait conserver ; mais, aujourd’hui, certains Consuls qui avaient mis dans leurs projets d’abuser de leurs places et de l’autorité pour frauder la loÿ, ont pris en haine ce scieur qui résiste à favoriser leurs désirs et à les seconder dans l’exécution de leurs desseins ; ils l’ont tracassé ; et un d’entre eux, s’est même porté à l’extrémité de lui aller enlever une longue chaîne de fer servant à l’usage de la scie, enlèvement par lequel a été déferrée une plainte et ce consul a été convaincu du vol de cette chaîne ; ils en subira la peine. C’est alors que certains des autres consuls ont formé avec ce coupable une plus forte ligue ; ils ont juré la perte de cet ouvrier et tenté d’en établir un autre de leur autorité privée ; ils en ont fait le choix ; il n’est pas douteux qu’il sera à leur dévotion. Il existe dans la vallée un particulier à qui certains des dits consuls ont promis leur protection pour le commerce frauduleux des planches destinées uniquement à l’usage de la vallée et de ses habitants qui en payent le prix fixé. Les " Remontrants " ne l’ignorent pas, et il leur importe d’y mettre obstacle. L’intérêt commun de la vallée et l’intérêt particulier de ses habitants excite leur zèle.
C’est dans ces circonstances qu’ils ont pris le parti de délibérer, de résister à tous les autres consuls et de provoquer l’exécution de l’usage régulier pour l’administration des biens communs de la vallée ; ensemble l’exécution de la loÿ et des règlements pour l’exploitation des forêts communes ; et c’est à vous, Monseigneur, qu’ils recourent ; ils implorent l’autorité de votre grandeur contre des abus répréhensibles ; vous êtes le premier administrateur légal de la vallée et des Communautés ; c’est dans vos mains qu’est le droit de rétablir la forme de l’administration et d’abolir celles qui ne représentent que des abus et des fraudes. Il n’y a pas de possibilité de former les assemblées générales de la vallée de tous les habitants qui la composent ; ces assemblées ne peuvent être composées que des Consuls de chaque Communauté et de quelques autres délégués si elle trouve à propos d’en commettre ; l’assemblée sera assez nombreuse ; mais l’entière administration ne doit pas résider sur la tête des seuls consuls et députés ; leur pouvoir doit être borné et circonscrit dans un mandat exprès qui leur sera donné par leurs commettants ; et, pour cet effet, avant de délibérer dans l’Assemblée Générale, il est nécessaire que les propositions à faire soient envoyées d’abord à chaque Communauté qui arrêtera ce qu’elle jugera le plus convenable aux intérêts communs, et fera porter son avis par les Consuls députés légalement nommés ; et, ces avis réunis, la pluralité formera la délibération générale. C’est ainsi qu’il en était usé lorsque l’intérêt commun était le guide des administrateurs ; ce règlement est le plus sage ; les remontrants le proposent à votre grandeur ; ils osent espérer qu’elle l’adoptera. La forme de délibérés entre les Consuls sans pouvoir ni mandat est vicieuse ; elle doit être corrigée.
Il s’est également introduit un autre vice dans l’administration : c’est celui d’interdire l’usage de la ferme, du droit de pacage sur les montagnes et de la vente des arrières herbes au profit commun de la vallée, pour substituer à cet usage le droit que les Consuls se sont attribués et ont pris d’autorité, de permettre de mener des bestiaux à leur gré, sur un prix par eux fixé, et qui ne paraît pas être versé dans la main du Trésorier, qui, conséquemment, n’en est pas comptable ; les commissaires ignorent ce que devient ce produit ; il fait pourtant partie du revenu commun de la vallée ; les Consuls abusent d’un droit qu’ils n’ont pas ; ceux de la présente année qui se sont conduits ainsi doivent en rendre compte ; c’est un bien commun dont ils se sont emparés ; et pour prévenir l’usage de tels abus, il est juste de faire un règlement et d’ordonner que le droit de pacage sur les montagnes sera affermé et la vente des arrières herbes faite aux normes ordinaires, pour le produit être remis au Trésorier qui le comptera comme des autres deniers de la recette.
Pour le compte à exiger et à rendre la présente année du produit des montagnes, les Remontrants doivent être autorisés à compter le nombre des baccades qui s’y trouvent et y ont été introduites ; cette numération est nécessaire afin de connaître la fidélité ou infidélité des comptes qui seront présentés.
L’exécution des Règlements dans l’exploitation des forêts communes est encore un autre objet digne de l’attention de votre Grandeur ; ces Règlements et l’établissement de la scie sont utiles et avantageux à la vallée et à ses habitants ; il serait pernicieux de les enfreindre ; il faut arrêter les abus et les fraudes projetés ; le nommé Dasta, scieur actuel, est un homme incorruptible ; il est important qu’il soit conservé ; et, s’il est jugé à propos d’en établir un autre, il faut que la vallée en fasse le choix, et qu’il soit nommé à la pluralité ; mais, en attendant, comme toute autre nomination qui pourrait être faite est vicieuse, les Remontrants sont autorisés à demander que le dit Dasta soit maintenu jusqu'à ce qu’il ait été régulièrement délibéré, dans une assemblée légalement formée, de la conserve ou d’en établir un autre.
Les Remontrants n’ont d’autres motifs que ceux de la bonne administration et de la conservation des revenus communs de la vallée et de l’exécution des Règlements qu’ils sollicitent. Votre Grandeur en sera sans doute pénétrée ; elle voudra bien mettre le sceau à leur demande et arrêter des abus trop préjudiciables à l’intérêt public ; à ces causes il plaira de vos grâces, Monseigneur, vu la délibération de Cauterés ci-jointe, ordonner :
1) Que les assemblées générales de la vallée de la Rivière de Saint-Savin soient formées des Consuls et Députés de chaque Communauté, lesquels auront un pouvoir ou un mandat légal qui contiendra l’avis qu’ils donneront et, qu’à cet effet, les propositions à faire dans ces assemblées générales seront envoyées à chaque Communauté qui délibérera en particulier et, la délibération générale de la vallée se fera ensuite à la pluralité des votes particuliers ; faire défense d’en user autrement à peine de nullité des délibérations et de tous
dommages et intérêts envers la vallée contre tous les Consuls et Députés qui les auront prises, sauf dans les cas imprévus et extraordinaires qui requerraient célérité ; et, alors, les dits Consuls seront tenus de se faire autoriser après par leurs Communautés.
2) Qu’il sera fait bail à ferme, aux formes ordinaires, du droit de pacage sur les montagnes et de la vente des arrières herbes, et que le produit de cette ferme et de cette vente sera versé dans la caisse du Trésorier de la vallée qui en comptera comme des autres deniers de la recette ; qu’enfin, ce produit sera employé à l’acquit des charges et aux besoins de la vallée.
3 ) Que les Consuls des villages composant cette vallée, à la réserve des Consuls de Cauterés qui n’y ont point participé, rendront compte devant Monsieur de Fornets subdélégué et déposeront dans la main du Trésorier le produit du droit de pacage sur les montagnes de la dite vallée qu’ils ont retiré et se sont fait payer par les propriétaires des bestiaux qui y ont été introduits, sur le prix par eux fixé par baccades ; ensemble le prix de la vente qu’ils ont consenti aux Espagnols, la présente année, des arrières herbes ; avec défense, tant à eux qu’à tous autres Consuls, de faire à l’avenir de semblables traités, à peine d’être punis comme concussionnaires ; à l’effet de connaître si leurs comptes sont fidèles ou infidèles, permettre aux Remontrants d’aller compter sur les dites montagnes le nombre des baccades qui y ont pacagé l’année courante, ou de les compter à leur descente ou sortie des dites montagnes.
4) Ordonner de plus fort l’exécution des règlements pour l’exploitation des forêts communes et de la scie de la vallée ; comme aussi qu’il ne pourra être établi de scieur qu’autant qu’il sera nommé à la pluralité des suffrages dans une assemblée générale de la vallée tenue à cette fin aux formes ordinaires et, jusqu'à ce qu’il en aura été choisi un autre, s’il est jugé à propos par la vallée d’en changer, maintenir le dit Dasta, scieur actuel, à travailler dans la dite scierie, comme il l’a fait par le passé, avec défense de l’y troubler à peine de désobéissance.
5) Et, afin que votre ordonnance soit publique et notoire, ordonner qu’elle sera lue dans une assemblée de la vallée convoquée à ces fins, et enregistrée dans les registres de chaque Communauté de la dite vallée, et qu’elle sera exécutée sous les peines qu’il plaira à votre Grandeur d’imposer aux contrevenants ; et les Remontrants font des voeux pour la conservation de votre illustre personne. "
Cette requête auprès de l’Intendant de la Généralité avait été précédée, le 13 juin 1784, d’une Assemblée Générale de la Communauté de Cauterés " tendant à ce qu’à l’avenir le produit de toutes les ventes soit versé dans la caisse du Trésorier " (de la vallée). Dans cette délibération figurent les noms des chefs de famille de la Communauté, soulignant l’importance que celle-ci lui accorde. Nous y apprenons que le pacage, pour une seule montagne fut adjugé pour une somme de mille huit cent livres payée en une seule fois pour neuf années à raison de deux cent livres par année : les Consuls des autres vallées, à l’exception de ceux de Cauterés, se sont fait payer, sans aucun mandat, le prix des pacages pour cinq cents baccades, ce qui leur a rapporté plus de cent pistoles. Ils ont, par ailleurs, vendu à des Espagnols des arrières herbes pour environ trois cent ou quatre cent livres. La Communauté de Cauterés nomme pour syndics le sieur Bruzaud, premier Consul et le sieur Nicolas Bissasson pour s’opposer à ce que les baccades soient introduites sans le consentement de la Communauté ; pour faire qu’à l’avenir les montagnes soient affermées aux formes ordinaires, et pour faire rétablir la scie comme elle était ci devant. Ils promettent d’avoir pour agréable ce qui sera fait par les sieurs syndics, de les indemniser de tous dépens, dommages et intérêt et, pour ce dessus observer, ils hypothèquent chacun leurs biens propres, présents et à venir. On voit que l’affaire revêt pour la Communauté de Cauterés une importance extrême. Chacun s’engage personnellement et nommément et se déclare prêt à répondre des frais engagés à cette occasion sur ses propres biens.
Le 27 septembre 1784, une Assemblée Générale de la vallée de la Rivière de Saint-Savin procéda " au partage des dépenses pour l’achat du magasin et l’entretien des étalons et baudet au compte de la vallée ". La dépense s’élevait à mille treize livres neuf sols : foin, paille de froment, orge, avoine, louage de l’écurie, frais pour aller chercher et ramener l’étalon royal à Tarbe pour la monte, paiement au maréchal ferrant pour avoir ferré les étalons et arrangé les pieds du baudet. Le montant de la " portion de la Communauté de Cauterés à cette dépense " s’élevait à cent dix neuf livres cinq deniers, soit environ 12 % de la dépense.
· · · La famille cauterésienne au XVIIIe siècle " 1 "
Afin d’illustrer par des exemples concrets les traditions familiales d’une famille paysanne de Cauterés au XVIII e siècle, il est intéressant d’examiner quelques documents familiaux concernant le mariage dans la famille Soubie.
· En 1743, Michel Cauzias, fils cadet d’une famille d’Arrens, épouse Marguerite Soubie, fille aînée de Bernard Soubie et héritière de la maison : " Jean Causias (père de Michel) a promis à ceux de Soubie la somme de neuf cent quarante livres en argent au dit Michel Cauzias pour aller en qualité de gendre en la maison de Soubie. De plus, le dit Jean Cauzias a promis d’habiller le surdit Michel de teste en pied d’un justaucorps, veste, culotte, bas et souliers, et un autre habit, en veste et culotte, neuf, ainsi que les habits d’usage et une cape de banquet ; les dits Cauzias ont aussi promis de bailler le jour de la noce à la dite Catherine Soubie deux cotillons de bas fixés aux peignes, honnêtement garnis. Le présent mémoire a esté fait pour le remettre au notaire pour passer le contrat et, chacun en a retiré double. Ce 20e septembre 1743 ."
· Quand un fils cadet entrait gendre dans une maison en épousant l’aînée, héritière de la maison, il prenait lui-même le nom de cette maison. Ainsi, Michel Cauzias est désormais connu à Cauterés sous le nom de Michel Soubie-Dessus. A la mort de son beau-père (ou si ce dernier était déjà décédé), il devenait à son tour chef de maison. Le contrat de mariage était établi devant notaire plusieurs mois avant le mariage.
Ce contrat comportait la promesse d’une somme en argent de la part du père du marié (ou de sa mère si elle était veuve) et l’engagement d’habiller les mariés avec " les habits d’usage ". L’engagement des mariés ne devenait définitif que lorsque les bans étaient publiés à l’église de la paroisse de la mariée.
· Trente ans plus tard, en 1774, Marie Cauzias dite Soubie-Dessus, héritière de la maison, devait épouser le sieur Joseph Manéchal, habitant de Cauterés, cadet de la famille Manéchal. Un contrat de mariage en bonne et due forme avait été établi par Maître Dupont, notaire à Saint-Savin, par acte du 22 mars 1774. D’après les termes de ce contrat, la famille Manéchal avait remis la somme de sept cent livres pour que Joseph entre gendre dans la famille Soubie. Or, malgré les réquisitions verbales de Joseph Manéchal, Michel Cauzias et sa fille Marie trouvent des prétextes pour se dispenser de donner leur consentement à la publication des bans et à la célébration du mariage, de sorte que Joseph Manéchal cadet se décide à déposer une plainte " contre Michel et Marie Cauzias, père et fille, pour rupture de contrat de mariage, l’an 1775 et le deuxième jour du mois de juin ", par voie d’huissier, pourvu par le Roÿ.
Il expose dans cette plainte qu’il leur a payé la somme de sept cent livres lors du contrat de mariage et, " malgré les réquisitions verbales que le requérant leur a faites, ils (Michel et Marie Couzias), ils ont toujours employé des prétextes pour se dispenser de remplir leur engagement et de donner leur consentement à la publication des bans du mariage et à la célébration de celui-ci... C’est pourquoi, je huissier, de la part du requérant, ai sommé le dit Cauzias et la dite Soubie-Dessus, père et fille, de se trouver samedi prochain troisième du courant à deux heures d’après midy devant Monsieur Bayen, curé du lieu de Cauterés et dans sa maison d’habitation à l’effet de donner leur consentement à la publication des bans du mariage d’entre la dite Marie Cauzias dite Soubie-Dessus et le requérant " (Joseph Manéchal) et " faute par eux de donner le dit consentement, il en sera dressé verbal (procès verbal) par le dit Monsieur Bayen curé ; d’ores et déjà les aÿ assignés à huitième jour après cet exploit, par devant la cour de Monsieur le Sénéchal de Bigorre pour se voir condamner aux dépens, rendre et restituer au dit requérant la somme de sept cent livres par eux reçue lors du contrat de mariage avec les intérêts légalement dus et frais du dit contrat par luÿ payés, ensemble la somme de cinq cent livres à titre de dommages et intérêts pour inexécution du contrat de mariage, ensemble la somme de cent livres pour les dépenses faites par le requérant à l’occasion du contrat, sans préjudice d’autres conclusions à prendre dans la cours de l’instance ".
Ainsi, Joseph Manéchal ne se faisait guère l’illusion sur le consentement de Marie Soubie, mais il réclamait, à titre de dommages et intérêts, une somme au moins égale à celle qu’il avait payée lors du contrat de mariage et, bien entendu, en sus de celle-ci. Il apportait, à titre de preuve, le certificat du curé de Cauterés sur la non-comparution de Michel et Marie Cauzias pour la publication des bans.
Le procès va donc se dérouler en juin-juillet 1775, à la cour de Monsieur le Sénéchal de Bigorre à Lourdes. Chacune des parties est assistée d’un procureur, Monsieur Bordenave pour les Manéchal, Monsieur Barère pour les Soubie Cauzias. La plainte des Manéchal (le 6 juillet 1775), mise en forme par Monsieur Bordenave, reprend en les aggravant, les demandes d’indemnité. Outre la restitution des sept cent livres du contrat de mariage, les cent livres imputés aux dépens engagés pour fêter le contrat, les frais de contrôle et de rétention du contrat, les plaignants demandent mille livres à titre de dommages et intérêts à raison de l’inexécution des conventions matrimoniales. La réponse des Soubie-Cauzias à cette requête, en date du 23 juillet 1775, frappée du sceau de la Généralité d’Auch, est établie par Barère (Bertrand Barère, le futur Conventionnel, avait vingt ans à cette époque. S’agit-il d’un de ses parents ?). Dans leur réponse, Michel et Marie Cauzias commencent par réfuter les cent livres exigés en dédommagement du repas de contrat de mariage. Nous apprenons ainsi ce qu’était, en ce temps, un repas de fête : " Les parties contractantes y firent suivre, au lieu d’Argelès, quatre à cinq personnes du côté des Manéchal et huit du côté des Soubie. Ces derniers portèrent un pain de brasse fait dans leur ménage, et les Manéchal portèrent un fromage fait chez eux pouvant valoir neuf à dix sols ; le repas fut de pain et de fromage ; il fut bu sept bouteilles de vin faisant trois pots et demi à cinq sols le pot, soit une dépense de une livre onze sols six deniers. Les Soubie payèrent dix huit sols pour le prix du vin et les Manéchal les treize sols restants ".
Les frais du contrat se portèrent à trente trois livres, où chacun en paya environ la moitié. Le contrat passé et, au retour à Cauterés, les parties se joignirent, selon l’usage, chez les Manéchal pour y souper. Les Soubie y firent porter un pain de leur ménage, un peu de farine de millet et environ quatre livres de beurre, de laquelle farine et duquel beurre ils firent un gros plat de truzes qui furent mangées et, de cette façon, Soubie en fut pour ainsi dire de toute la dépense de ce souper. A vous de juger d’après cela si les Manéchal doivent faire sonner si haut cette prétendue dépense occasionnée par le contrat.
Manéchal, dans sa même requête du 25 juillet, a osé avouer, avec offre d’en faire la preuve, que Marie Soubie gère toutes les affaires de sa maison, depuis le contrat du 21 mars 1774, qu’elle est venue depuis peu à Tarbe, qu’elle est allée à toutes les foires et marchés d’Argelès et Lourde et, partout où les circonstances l’appelaient. Voici la réponse et, c’est la pure vérité : " Marie, depuis ce contrat, n’a presque pas bougé de sa maison ; elle ne s’en est allée qu’à l’église et aux offices divins jusqu’au deuxième may dernier ; elle convient qu’elle a été à Lourde et Tarbe depuis cette époque, une seule fois, pour consulter son médecin sur son état souffrant et, un avocat au sujet de ce procès. Elle fut accompagnée par un de ses oncles, montée sur un cheval ; à raison de ce voyage, elle fut alitée quelques jours. Et, depuis ce voyage, elle n’est sortie du village qu’une seule fois, il y a environ un mois, parce qu’elle fut obligée d’aller au marché d’Argelès, son père, vieux, étant malade et détenu dans son lit, pour y vendre du beurre et des fromages et, grâce à ce produit, acheter du seigle pour faire subsister sa famille ; elle donne le défi de prouver qu’elle ait fait d’autres courses ou promenade, pas même aux champs et hors de la maison depuis qu’elle a essuyé la maladie dont elle souffre encore. Il faut donc bannir toute idée de courses et de voyages, et de santé parfaite, dont la demanderesse voudrait que Marie jouisse... Le public sait que si le mariage n’a pas lieu, la cause en est prise de son état souffrant, de son peu de santé qui doit la faire s’abstenir de tout mariage ; tout autre, à la place de la demanderesse aurait consenti à la résiliation du contrat ".
Partant, les Soubie Cauzias offrent de rembourser les sept cent livres " comptés " (versés), les dix sept livres treize sols six deniers pour la moitié des frais de contrat, pain et portion de vin lors de celui-ci, et d’y ajouter trois livres pour le beurre, farine de millet, et pain fournis par la demanderesse lors du souper au retour du contrat " Signé : Barère.
Ces document nous apportent plusieurs informations sur les coutumes familiales de ce temps : la publication des bans à l’église rendait public et irréversible l’engagement des époux. Marie Soubie Cauzias, en sa qualité d’aînée et d’héritière de la maison, devait assumer la responsabilité de toute la maison. Son père étant malade, c’est elle qui devait se rendre à Argelès pour vendre beurre et fromages et acheter le seigle nécessaire à la subsistance de toute la famille. Dans leur plainte, les Manéchal exagèrent manifestement le préjudice occasionné par la rupture du contrat. Nous constatons à ce propos qu’un repas de fête consistait en pain, fromage, gâteaux de beurre et de millet, et quelques pots de vin ; ce menu paraît aujourd’hui bien modeste, presque spartiate pour un repas de fête. Tout en réfutant à juste titre l’importance des dédommagements demandés par les Manéchal, les Soubie-Dessus paraissent fort embarrassés pour justifier leur refus de publier les bans et de célébrer le mariage. Ils invoquent " l’état souffrant de Marie, et son peu de santé qui doit la faire s’abstenir de tout mariage ". Or, moins d’un an plus tard, le 1er juin 1776, naissait Jean Bruzaud, baptisé le même jour, fils légitime de Charles Bruzaud et de Marie Soubie. Le 10 juillet 1776, était solennisé en face de l’église le mariage de Charles Bruzaud, fils légitime de feu Charles Bruzaud et Elisabeth Trébois de la paroisse de Bonnefont, et Marie Soubie, de la présente paroisse, fille légitime de Michel Cauzias et de feue Marguerite Soubie de la présente paroisse assistée pour son mariage de ses plus proches parents...
La maladie de Marie Soubie ressemble fort au mal d’amour ; comme dit la chanson : le médecin ne sait pas la guérir. Ils se marièrent donc et eurent beaucoup d’enfants, au moins huit dont trois garçons...
Quant à Joseph Manéchal, il avait souhaité " qu’en cas de refus de publier les bans, il soit libre de contracter d’autres engagements " ; et il put ainsi réaliser son projet d’épouser, le 11 février 1776, une autre Marie, Marie Soubie-Maisonnabe, cousine de Marie Soubie Cauzias.
Ce récit nous offre une illustration de l’organisation de la famille dans les vallées pyrénéennes avant la Révolution :
· C’est l’aîné, fille ou garçon, selon le droit d’aînesse absolu, qui est l’unique héritier du patrimoine de la maison, qu’il doit transmettre sans amputation. Ce patrimoine est constitué des biens de souche, qu’il convient de maintenir, sans amputation et sans accroissement excessif. Les autres frères et soeurs cadets, reçoivent leur légitime, constitué par les acquêts, c’est-à-dire les biens acquis pendant une génération. L’aîné, préparé à sa responsabilité dès le plus jeune âge, a d’impérieux devoirs imposés par la coutume. Il doit conserver le patrimoine sans altération, gérer les affaires de la maison, accueillir les autres membres de la famille. Ainsi était assuré " le maintien du domaine familial et du patrimoine communautaire " (J.F. Soulet). " 91 "
Autour du couple de l’aîné (e) est bâtie la famille ; " à ses côtés, et sans son autorité, prennent place, non seulement les enfants et les ascendants, mais aussi les cadets célibataires " (J.F. Soulet) " 91 ", lorsqu’ils font le choix de demeurer dans la maison familiale. L’héritier ou l’héritière, nous venons de le voir, ne doit jamais épouser un autre héritier, mais un cadet (ou une cadette). Ces arrangements, souvent préparés par les parents, étaient sanctionnés par un contrat de mariage en bonne et due forme, passé devant notaire, et mentionnant le montant de la dot du cadet qui entre dans la maison comme gendre. Nous venons d’en voir deux exemples. Toutefois, le choix du conjoint, tout en restant dans le cadre des règles ancestrales, n’est jamais imposé aux jeunes gens, mais tient compte de leur inclination. Tel fut le cas pour Marie Soubie et Joseph Maisonnabe, qui furent laissés libres, chacun pour leur part, du choix de leur conjoint. En entrant comme gendre dans une maison, le mari abandonne son patronyme pour prendre celui de la maison ; Michel Cauzias est appelé désormais Michel Soubie Dessus, de même que Charles Bruzaud. Le nom de la maison Soubie perdure ainsi à travers les générations. La femme bénéficie des mêmes droits que l’homme. Marie Soubie, son père étant malade, assume toutes les responsabilités de la maison. Tous les enfants sont baptisés le jour même ou le lendemain de leur naissance ; c’est d’ailleurs le registre paroissial, tenu par le curé pour baptêmes et naissances, mariages, décès, qui tient lieu de registre d’Etat Civil.
L’illétrisme est la règle ; fréquente est la mention, sur les actes et documents publics " requis par nous de signer, ont déclaré ne savoir ". Cet illétrisme n’empêche nullement la participation active à la vie de la Communauté. Celle-ci reste fondée, pour l’essentiel, sur la transmission orale des usages et des coutumes. L’expression " selon l’usage ", ou " de temps immémorial " revient sans cesse dans les documents d’archives. Les décisions de l’autorité, concernant par exemple la mande des impôts, devaient être proclamées devant l’église, à la sortie de la messe de paroisse.
· La rédaction des Testaments témoigne de la sérénité devant la mort assumée dans la foi. Ainsi, le testament de Magdeleine Bruzaud, sœur aînée de Charles : " Magdeleine Bruzaud, brassière, après qu’elle a eu fait le signe de croix et qu’elle a eu recommandé son âme à Dieu, à la Vierge Marie et à tous les saints et saintes, elle a en premier lieu dit et ordonné qu’elle veut qu’après que son âme aura fait séparation de son corps, elle soit ensevelie dans l’église ou cimetière du lieu de Bonnefont et au sépulchre de ses devanciers, et que, des biens que Dieu lui a donnés, elle en a pris la somme de trente livres pour en être dit des messes pour le salut et le repos de son âme et autres pour lesquels elle pourrait être tenue faire Dieu prier ; en outre veut que les honneurs funèbres lui soient rendus selon son état ". " 1 "
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
" 1 " Archives familiales de
la famille Soubie-Bruzaud-Flurin (Archives personnelles de l’auteur)
" 2 " Cahiers des compte-rendus des délibérations du Conseil
Municipal de Cauterets (1803-1998). Mairie de Cauterets - Place de l’Hôtel de Ville
- 65110 CAUTERETS
" 3 " Cahiers des compte-rendus des délibérations de la Commission
Syndicale de Saint-Savin. Mairie de SOULOM 65260
" 4 " Archives Départementales des Hautes-Pyrénées. 5 Rue des
Ursulines - 65000 TARBES
" 5 " J. Bourdette - Annales des Sept Vallées du Labeda. 4 tomes (des
origines à 1896) chez J. Faure, libraire - Argelès en Labeda - 1899
" 6 " E. Duhourcau - Aperçu historique de la station thermale de
Cauterets. Imprimerie de Perrot-Prat - 1880
" 7 " Chanoine B. Peyou - L’appel des Cimes. Bulletin paroissial
bimestriel de Cauterets (1955-1975)
" 8 " Dr Labayle G. - Cauterets, un peu d’histoire locale.
Imprimerie de l’Indépendant - Pau - 1930
" 9 " Dr Labayle G. - Cauterets, dans la collection :
" Villes du Sud-Ouest ". Librairie D. Chabas éditeur - Hossegor
(Landes) - 15 juin 1933
" 10 " Meillon Alphonse - La vallée de Cauterets dans le passé dans
" Excursions autour du Vignemale ". Imprimerie Garet-Haristoy - Pau
1928 pages 45 à 96
" 11 " Meillon Alphonse - Histoire de la vallée de Cauterets.
Librairie Cazaux - Cauterets 1920 - 2 volumes
" 12 " Meillon Alphonse - Histoire de la vallée de Cauterets.
Editions Labordes - Tarbes - 1935-1936
" 13 " A. et F. Meillon - L’abbaye de Saint-Savin en Lavedan
jusqu'à la Révolution. Bulletin de la Société Académique des Hautes-Pyrénées -
Juillet-Décembre 1933
" 14 " Chaunu Pierre - La France. Collection Pluriel - Editions Robert
Laffont - 1982
" 15 " Goubert Pierre - Initiation à l’histoire de France.
Fayard Tallandier - 1984
" 16 " Miquel Pierre - Le tour de France de l’histoire. Editions
Carrère - 1987
" 17 " Miquel Pierre - Histoire de France. Librairie Arthème Fayard -
1976
" 18 " Decaux Alain et Castelot André (sous la direction de) -
Dictionnaire d’Histoire de France Perrin - Librairie Académique Perrin - 1981
" 19 " Mémoire de la France des origines à l’an 2 000 sous la
direction de Nadeije Laneyrie-Dagen - Edition Larousse - 1996
" 20 " Gaxotte - Histoire des Français. Flammarion - 1951
· · · HISTOIRE NATURELLE DE LA VALLEE DE CAUTERETS
" 21 " Ritter Jean -
Ossau, Cotiella et autres pics, une histoire géologique des Pyrénées. Annales
pyrénéennes - 1988
" 22 " Urbain P. - Hydrogéologie de l’aire
d’émergence de Cauterets. Congrès International du Soufre - Cauterets 1948
" 23 " F. Iundt et Soulé J.C. - Le système hydrothermal de
Cauterets. Journal français d’hydrologie - fascicule 3 pages 221 à 229 - 1986
" 24 " Flurin René - Cauterets, station thermale des Pyrénées.
Expansion Scientifique Française - Paris 1997
" 25 " Pyrénées 500 Millions d’Années. Co-édition :
Bureau de Recherches géologiques et minières et Parc National des Pyrénées
Occidentales - 1983
" 26 " Taillefer F. - Les Pyrénées de la montagne à l’homme -
pages 11 à 17. Privat éditeur - 1974
" 27 " Elmi Serge et Babin Claude - Histoire de la Terre. Armand Colin
Paris - 1994
" 28 " Claude Allègre - Introduction à une histoire naturelle.
Fayard éditeur - 1992
" 29 " Dr Duhourcau - Esquisse géologique sur Cauterets, ses
montagnes, ses sources et ses vallées. Imprimerie Perrot-Prat - Tarbes et Cauterets -
1881
· · · PREHISTOIRE
" 30 " Taillefer F. -
Les Pyrénées, de la montagne à l’homme. Privat éditeur - 1974. Les Pyrénées
avant l’histoire - pages 71 à 102
" 31 " Omnès Jacques - Haches polies de Saint-Pé de Bigorre,
Cauterets et Gavarnie. Revue " Lavedan et Pays Toy " n° 17 -
1985-1986 pages 159 à 162
" 32 " Blot Jacques - La vallée de Cauterets et ses vestiges
protohistoriques. Revue d’Archéologie des Pyrénées Occidentales - 1986
" 33 " Camps Gabriel - La Préhistoire. A la recherche du Paradis
perdu. Perrin éditeur - 1982 - pages 342-349
" 34 " Guilaine Jean - La France d’avant la France. Du
néolithique à l’âge de fer. Hachette éditeur - Collection pluriel - 1980
· · · PERIODE GALLO ROMAINE
" 35 " Labrousse Michel
- Aux origines de Cauterets. Actes du Congrès des Sociétés Savantes - 1957 - page 72
" 36 " Coquerel Roland - La piscine antique de Cauterets. Bulletin
Société Ramond - 1973 - pages 17 à 24
" 37 " Coquerel Roland - Propos sur les bains romains de Cauterets.
Thermalisme et Climatisme dans les Pyrénées - 1985. Actes du Congrès des Sociétés
Académiques et Savantes. Pyrénées-Languedoc-Gascogne 1984
" 38 " Richard Michel - Le thermalisme gallo-romain. Thèse Bordeaux -
1968
" 39 " Bonnard - La Gaule thermale. Librairie Plon Editeur - Paris
1908
" 40 " Guiart Jules - La Gaule avant les Gaulois. La religion liguse.
BIOLO Giemédicale n° 8 - Août-Septembre 1934
" 41 " P. Courteault - Histoire de la Gascogne et du Béarn. Chapitres
III et IV - Boivin et Cie Editeurs - Paris - 1938
· · · MOYEN-AGE
" 42 " Vallas
Jean-Louis - Cauterets. Mille ans d’histoire et d’idylles. Editions du Couloir
de Gaube - Cauterets - 1982
" 43 " " 44 " Abbé Colomez - Histoire de la
Province et Comté de Bigorre écrite vers 1735, publiée pour la première fois et
annotée par l’Abbé Duffau Ferdinand. Laffitte Reprints - Marseille - 1978
" 45 " Pacaut Marcel - Puissance - Réforme - Richesse - Dynamisme.
Cluny - Revue Historia n° 19 - Septembre-Octobre 1972 pages 40 à 70
" 46 " Saint-Benoît, père de l’Occident. Editions du Zodiaque -
1980
" 47 " Guitard EH - Le prestigieux passé des Eaux Minérales.
Société d’histoire de la pharmacie - Paris - 1951
" 48 " Olivier Martin - Histoire de Droit Français des Origines à la
Révolution. Editions du Centre National de la Recherche Scientifique. 15 quai Anatole
France 75700 PARIS - 1984
" 49 " Bourdette Jean - Histoire du Tribut des Médailles. Champion
Libraire Paris. Faure, Libraire Argelès. Cazaux, Libraire Pau et Cauterets. Lacrampe,
Libraire Lourdes - 1893
" 50 " Meillon Alphonse - Les possessions de l’abbaye de
Saint-Savin de Lavedan à Saragosse au XIIe siècle. Imprimerie Lesbordes - Tarbes - 1923
" 51 " Galindo Roméo et Meillon Alphonse - L’abbaye de
Saint-Savin de Lavedan et ses possessions à Saragosse et à Cortada au XIIe siècle.
Imprimerie Lesbordes - Tarbes - 1923
" 52 " Duhourcau E. - Quelques pages authentiques de l’histoire
médiévale de Cauterets. Edouard Privat éditeur - Toulouse - 1892. Mémoire lu au
Congrès de l’Association Pyrénéenne - Bordeaux - mai 1891
" 53 " Rivière Chalan - Vincent Raymond - Cauterets. De
l’hôpital antique à la Station Royale. S.E. Imprim’Vitt Bignalet à Lourdes -
1983
" 54 " Favier Jean - Dictionnaire de la France médiévale. Fayard
éditeur - 1993
" 55 " Duhourcau E. - Les Cagots aux bains de Cauterets. Privat
éditeur - Toulouse - 1892
" 56 " Guy Yves - Sur les origines de la ségrégation des Cagots.
Bulletin de la Société Française d’histoire de la médecine - Séance du 19
février 1983
" 57 " Fabre Michel - le mystère des Cagots. M.C.T. Editeur - Pau -
1987
" 58 " Peyruc Georges - Les " Canarie " Cagots
d’Argelès. Revue " Lavedan et Pays Toy " n° 28 pages 17 à 26 -
1997
" 59 " Cerbero José - Les Cagots : quelles approches ?.
Revue " Lavedan et Pays Toy " n° 26 pages 107 à 114 - 1995
" 60 " Duhourcau E. - Un document inédit intéressant l’histoire
de Cauterets extrait de la Revue médicale et scientifique d’hydrologie et de
climatologie pyrénéennes n° 26 et 27 . Edition Privat - Toulouse 1885. Il s’agit
d’une supplique adressée par l’abbé et religieux du Monastère de Saint-Savin.
Congrégation de Saint-Maur à Monseigneur d’Aligue, Intendant de la Généralité
d’Auch, vers 1750, retraçant l’histoire des relations entre le monastère de
Saint-Savin et la vallée du même nom depuis 945 jusqu’en 1750.
" 61 " Durieu C. - Statuts de la Rivière de Saint-Savin. Tarbes -
1884
· · · XVIe SIECLE
" 62 " Le Grand livre
de l’histoire de France. Librairie Jules Taillandier - Paris 1980. La Renaissance
pages 113 à 140
" 63 " Poncet Olivier - L’ordonnance de Villers Cotterets sont la
France du Moyen-Age. Revue Historia n° 40 - mars-avril 1996 pages 62 à 67
" 64 " Mémoire de la France. Des origines à l’an 2000.
L’ordonnance de Villers-Cotterets 1539 pages 272 et 273. Larousse éditeur
" 65 " Rabelais - Oeuvres complètes. Pantagruel -
deuxième livre - chapitre 33. Editeur G. Demeron - Paris - Seuil 1973
" 66 " Gobillot René - Marguerite de Valois, duchesse
d’Alençon, reine de Navarre. Imprimerie alençonnaise - Alençon - 1927
" 67 " Frank Felix - Dernier voyage de la reine de Navarre. Marguerite
d’Angoulême avec sa fille Jeanne d’Albret aux bains de Cauterets de Cauterets
en 1549. Editions Privat - Toulouse et éditions Lechevalier - Paris - 1897
" 68 " Ritter Raymond - Marguerite de Navarre à Cauterets et le
Prologue de l’Heptameron. Revue Pyrénées n° 10 - avril-juin 1952 - pages 129 à
148
" 69 " Heptameron - des Nouvelles de la Reine de Navarre. Tome I
publié en 1559 - Editions du Pavois - 1945
" 70 " Ritter Raymond - Les solitudes de Marguerite de Navarre
(1527-1549). Librairie Ancienne Honoré Champion - 7 quai Malaquais Paris - 1953
" 71 " Barraud G. - L’humanisme et la médecine du XVIe siècle.
Chapitre V : Les femmes de la Renaissance. Vigot Frères éditeurs - Paris - 1942
" 72 " Florence Trystan - En route ! La France par monts et par
vaux. Galimard Collection " Découvertes " - 1996
" 73 " Duhourcau - Les Frétayrès. Cazaux, libraire éditeur Pau et
Cauterets - 1886
" 74 " Soulet Jean-François - La catastrophe des guerres religieuses
pages 93 à 110 dans Histoire de Tarbes, sous la direction de J.B. Laffon et J.F. Soulet.
Editions Horvath Roanne - 1982 - Collection " Histoire des villes de
France "
" 75 "Laffon J.B. et Soulet J.F. (sous la direction de) - Histoire de
Tarbes - deuxième édition. Collection " Histoire des villes de
France " - Edition Horvath - Roanne/Le Coteau. Directeur de publication :
Gérard Tisserand
· · · XVIIe SIECLE
" 76 " E.H. Guitard -
Le prestigieux passé des Eaux Minérales. Paris - Société d’histoire de la
pharmacie. Copyright par E.H. Guitard, 14 rue Peyras - Toulouse - France
" 77 " Bluche François - Dictionnaire du Grand Siècle. Librairie
Artlème Fayard - Paris - 1990
" 78 " Meillon Alphonse - Cauterets au XVIIe siècle. Gazette de
Lourdes et de Cauterets - 1er septembre 1928
" 79 " Archives départementales des Hautes-Pyrénées. H 117.1655
" 80 " J. Labougle - Révoltes contre les impositions au Lavedan au
XVIIe siècle. Revue Pyrénées n° 24 - octobre-décembre 1955
" 81 " Parron Christian et Escaffre René - La peste en Lavedan. Revue
" Lavedan et Pays Toy " n° 27 pages 74 à 96 - 1996. Et abbé Charles
Bourgeois - Famine et peste au XVIIe siècle
" 82 " Lacrampe Robert - Relation des fléaux qui frappèrent le
Lavedan au milieu du XVIIe siècle, par un notaire d’Arbouix. Revue
" Lavedan et Pays Toy " n° 20 pages 149 et 150 - 1989
" 83 " Laboucle Y. Révoltes Pyrénées n° 24 - octobre-décembre
1953 - pages 214 à 219
· · · XVIIIe SIECLE
" 84 " de Viguerie Jean
- Histoire et Dictionnaire du temps des Lumières 1715-1789. Robert Laffont éditeur -
Collection " Bouquins " - 1995. Articles Bordeu page 775, Voisenon
page 1 445, Etigny page 967
" 85 " La recherche des Eaux Minérales de Cauterez avec la manière
d’en user par le sieur Jean-François de Borie, docteur en médecine à Tarbe, chez
Mathieu Roquemaurel, imprimeur et marchand libraire - 1714
" 86 " de Bordeu Théophile - 22ème lettre à Madame de Sorberio.
2ème édition revue et augmentée, imprimée à Amsterdam - 1748
" 87 " Recueil d’observation sur l’effet des Eaux Minérales
de Cauterets. Fragment inédit d’un manuscrit commencé l’année 1749 par
Antoine, Théophile et François de Bordeu, médecins, recueilli et annoté par le docteur
E. Duhourcau de Cauterets. G.Cazaux, libraire éditeur - Pau et Cauterets - 1883
" 88 " Forgue P.E. - Théophile de Bordeu (1722-1776) dans les
" biographies médicales ". Baillère éditeur - 1937
" 89 " de Gorsse Pierre - Splendeurs et gloires des Pyrénées.
Edition France-Empire - 1980. Chapitre V : Dans l’unité française - pages 174
à 214
" 90 " Lortel - Une saison à Cauterets en 1760 : la cure de
l’abbé de Voisenon. Revue Aesculape
" 91 " Soulet Jean-François - La vie quotidienne dans les Pyrénées
sous l’ancien régime du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Hachette éditeur - 1974
" 92 " Flurin René - Cauterets au temps de Louis XVI. Bulletin de la
Société Académique des Hautes-Pyrénées. Année 1991 - 1994 - pages 99 à 119
" 93 " Pene Gilbert - Les attributions financières des Etats et Pays
de Bigorre au XVIIe et XVIIIe siècle. Editions Bière - Bordeaux - 1962
Pour toute correspondance:
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