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La
vie quotidienne dans les camps
<< Tout au long de la guerre, l'armée édifia
à Fréjus Saint-Raphaël un immense complexe militaire comprenant
des camps d'hébergement, des bâtiments pour la logistique, des hôpitaux,des
champs de manuvre et de tir.
Les camps d'hébergement
C'est au début de l'année 1915 que l'armée décida
de loger des troupes coloniales à Fréjus. Les premières réquisitions
de terrains furent effectuées en mars, dans le quartier des Sables. Le
camps était situé sur le bord de mer, non loin du cours d'eau de
la Garonne séparant Fréjus de Saint-Raphaël.
 Constitué
surtout de tentes rondes "marabout" caractéristiques,
il formait avec le centre d'Aviation Maritime tout proche, un pôle militaire
groupé dans un quartier peu urbanisé. Après l'ouverture de
nouveaux camps en 1916, il fut principalement utilisé par le 73e BDICF.
Un autre lieu servit à loger des troupes en 1915 : les bâtiments
de "l'Usine Loëb", une parfumerie, située sur la route de
Cannes (RN 97) face aux arches de l'ancien aqueduc romain. Bien que de modeste
capacité, ce site fut utilisé jusqu'au 30 novembre 1919. 
Dès
le quatrième trimestre 1915, l'Armée commença à aménager
dans les deux communes pas moins de douze camps d'hébergement, qui accueillirent
l'année suivante les contingents massivement recrutés dans les colonies
. Les bataillons sénégalais de la garnison de Fréjus
participèrent à leur construction. 
Ces camps étaient dispersés sur trois sites distincts
: La RN 97 : un peu au nord de l'usine Loëb, la route traversait le quartier
des Évêques. Un camp y fut édifié et accueillit des
troupes dès le 1er mars 1916 ; d'une superficie de 16 hectares, il jouxtait
le cimetière temporaire où étaient enterrés les soldats
décédés de la garnison. En juin 1916, le camp des Évêques
fut rebaptisé "camp Galliéni", en hommage au glorieux
général décédé peu de temps auparavant et inhumé
à Saint- Raphaël. Il fut utilisé par l'armée jusque
dans les années 60. Ces terrains sont aujourd'hui occupés par un
complexe sportif et par le Mémorial des Guerres d'Indochine. 
Un troisième lieu de cantonnement sera utilisé sur
la RN 97 : le camp des "Darboussières" hébergea des tirailleurs
indochinois à partir de juillet 1916. Il resta en service après
la guerre sous le nom de camp "colonel Destremau". Il est aujourd'hui
un centre de vacances militaire. 
À Saint-Raphaël,
le quartier du Golf de Valescure fut équipé de trois camps, situés
au nord de la route menant à Agay : les camps de "l'Oratoire de Guérin",
de "Valescure Golf", et du "Grand Gondin". Ils furent occupés
de mai 1916 à 1920. Il ne reste, de nos jours, aucun vestige de ces trois
camps. Enfin,
à l'est de Saint-Raphaël, sept camps s'étendaient des quartiers
de l'Esterel-plage à Boulouris :
Le camps de "la Peguière", se situait près de la route
du bord de mer, et fut rebaptisé "Camp Raymond" en 1918.
Des camps longeaient ensuite la route menant à Boulouris par le plateau
Notre-Dame : les camps "Caudrelier" et "Rondony" se faisant
face de part et d'autre de la route ; le camp "Largeau" ; le camp "Bataille"
; le camp "de Boulouris".
Le camp "des Plaines" se trouvait quant lui sur une hauteur un peu au
nord des camps "Largeau" et "Caudrelier".
Ces camps furent tous abandonnés en 1920, car la commune ne voulait pas
de l'armée. Elle comptait sur ces terrains, d'une valeur immobilière
certaine, pour continuer à développer son tourisme d'hiver destiné
à des classes sociales aisées. À partir de 1917,
le Génie chercha d'autres emplacements pour des camps de plus grande capacité
( 5 à 6 bataillons). C'est la zone forestière s'étendant
le long de la route menant à la petite localité de Bagnols-en-Forêt
qui fut choisie, en raison de sa faible urbanisation et de sa proximité
avec les quais aménagés pour l'armée le long de la ligne
PLM. Dès
octobre 1917, le camp "des Caïs" accueillait ses premiers bataillons.
Cependant il avait été terminé à la hâte et
les soldats eurent à se plaindre de locaux humides et insuffisants. Ce
camp fut rebaptisé camp "Vanwaetermeulen" en septembre 1918.
Resté en service après la guerre, ses terrains constituent l'actuel
quartier résidentiel "Colonel Robert".
En avril 1918, le camp de "la Lègue" était mis en service,
des détachements de divers bataillons y ayant cependant déjà
séjourné durant sa construction. Son occupation a été
continuel jusqu'à nos jours puisque ce camp, rebaptisé "Colonel
Lecocq", est le lieu de garnison du 21e RIMA (Régiment d'Infanterie
de Marine).
L'agencement des camps était relativement similaire, excepté le
camp des "Sables" constitué de tentes et l'usine Loëb, les
soldats logeant dans les constructions existantes. 
Les
autres camps étaient équipés de grands bâtiments en
bois appelés "baraques Adrian". Le logement de l'effectif
d'un bataillon de première ligne (1000 hommes) nécessitait une vingtaine
de ces baraques, d'une capacité de 56 hommes chacune. L'intérieur
des baraquements était sommaire. Les soldats dormaient à même
le sol, sur des litières rembourrées de paille ou, lorsque cette
matière manquait, de fougère, de mousse et même parfois d'aiguilles
de pin... Le sol des camps était en terre battue à cause des allées
et venues des soldats. Des chemins étaient cependant matérialisés
par une rangée de pierre sur chaque bord. 
L'état-major s'est beaucoup préoccupé de l'hygiène
des tirailleurs. Chaque camp disposait de l'eau courante provenant de la Siagnole,
la source approvisionnant Fréjus depuis 1894. La consommation était
importante : un bataillon de 1 200 hommes avait besoin de 15 m3 par jour ; les
deux hôpitaux situés près du Camp Galliéni de 100 m3
par jour pour 1 500 lits.
Des douches étaient disponibles dans chaque camp. En 1916, Saint-Raphaël
mit elle aussi des douches à la disposition des tirailleurs. Fréjus
faisait de même en 1917 pour les troupes et les réfugiés en
installant des "chalets de nécessité".
Durant l'été, il n'était pas rare de voir des détachements
se rendre à la plage pour prendre un bain de mer. 
Des latrines avaient bien sûr été installées,
mais la systématisation de leur utilisation fut parfois difficile à
faire admettre à certains indigènes qui satisfaisaient leurs besoins
physiologiques sans tenir compte des usages en vigueur en Europe. Le gros problème
pour l'État-major était l'évacuation des vidanges des latrines.
Le projet, en août 1916, de déverser directement ces vidanges à
la mer se heurta à l'opposition virulente du Conseil municipal raphaëlois
et de nombreux mouvements locaux : les conséquences seraient néfastes
au point de vue sanitaire et touristique. La méthode la plus simple restait
l'enfouissement des vidanges dans des tranchées recouvertes de chaux. Celles-ci
étaient creusées sur la bande limoneuse située entre le centre
d'aviation et le camp des Sables. 
Il fallait aussi nourrir ces milliers d'hommes. Certains camps
disposaient d'un bâtiment qui faisait office de salle de repas, avec des
cuisines à l'arrière. Pour les autres, c'était la cuisine
ambulante, la fameuse "popote". 
Le service des Subsistances Militaires fut installé le 7
mars 1915 au quartier des Sables dans les locaux de l'usine Giraud, réquisitionnée
à cette intention. À partir du 1er octobre 1918, les Subsistances
déménagèrent dans de nouveaux locaux situés à
l'embranchement de la RN 97 et de la route de Bagnols, juste en face du quai militaire
de la ligne PLM. Cela permettait de gagner du temps lors du déchargement
des trains de ravitaillement.
Une boulangerie spéciale s'y trouvait et n'approvisionnait que les camps,
le pain destiné aux civils étant distribué par un fournisseur
différent. 
Au début, l'ordinaire du soldat n'était pas bien
fameux : "une gamelle de riz où se perdait une minuscule portion de
viande". Ce repas était peu riche en calories alors que les indigènes
faisaient des efforts plus importants que dans leur contrée d'origine.
La bousculade qui accompagnait la distribution des repas permettait aussi
au plus fort d'augmenter sa ration au détriment du plus faible. Un meilleur
service de ravitaillement permit cependant d'améliorer la situation. Outre
les arrivages par train, l'armée passait des contrats avec les fournisseurs
régionaux, renouvelables par trimestre. Pour exemple voici quelques quantités
exigées pour 5 000 hommes en 1918 :
3 tonnes de pommes de terre,
1,5 tonnes de choux, 8 tonnes de poissons, 5 tonnes de haricots,
6 000 boîtes de 8 sardines, 500 kg d'ail, de poivre, 100
kg de sel et 400 kg de ....roquefort.
La viande était retirée par chaque unité aux abattoirs des
deux communes, les repas étant préparés au sein même
des bataillons. Les deux abattoirs furent régulièrement agrandis
durant le conflit, pour faire face aux besoins des troupes toujours plus nombreuses
Les casernements et leurs dépendances n'étaient pas les seules parcelles
militaires utilisées : il faut à présent se pencher sur les
terrains d'entraînements. Les
terrains d'entraînement Ils
étaient de trois types différents : Les terrains d'exercices
: Situés
à proximité immédiate des camps, ils étaient utilisés
pour les exercices de manuvre à pied des formations militaires, pour
la préparation de défilés, pour les exercices physiques ou
les punitions. Sept de ces terrains jalonnaient les deux communes :
- Sur la RN 97, face au
camp des "Darboussières".
- Sur un plateau du quartier Bellevue en contrebas du camp "Galliéni"
. - Sur le Golf de Valescure .
- Autours des camps "des Plaines" et "Caudrelier".
- Au lieu-dit du "Petit Caous" peu après Boulouris.
- A Fréjus, près de l'amphithéâtre et des rempart romains.
Des revues d'effectifs s'y déroulaient parfois. -
Près des camps de la route de Bagnols 
Les terrains de manuvres.
Ces espaces, beaucoup plus étendus, étaient utilisés pour
les exercices de déploiement des unités en formation de combat.
Les grandes forêts des territoires communaux s'y prêtaient bien, notamment
à l'est de Saint-Raphaël. Cette particularité était
appréciable car elle rendait possible des manuvres de grandes ampleurs,
que l'exiguïté des terrains du camp du "Courneau", en Gironde,
ne permettait pas.
- Le terrain de manuvres de Valescure s'étendait sur trois km, du
camp de "l'Oratoire" au nord au cimetière de Saint-Raphaël
au sud. - Un
peu à l'est, après le golf, se trouvait un autre terrain environnant
la ferme des " Cous ". -
À l'est du camp de Boulouris, la zone était délimitée
par le lieu-dit les "Caous" au nord et la ligne PLM au sud.
- Une dernière zone remontait sur 3 km vers le nord à partir de
la gare ferroviaire d'Agay, englobant le cours d'eau du "Grenouillet". 
Les champs de manuvres de la route de Bagnols furent utilisés
à partir de 1917 comme sites des nouveaux camps d'hébergement. 152
hectares furent donc réquisitionnés autours de ces camps le 19 décembre
1917, afin de les remplacer.
Sur certains de ces terrains, se trouvaient quelques petites zones de "travaux
de campagne", composées de tranchées, de barbelés et
chevaux de frise pour simuler les progressions en zones de combats. 
Les champs de tirs.
Les troupes s'entraînant à munitions réelles, les règles
de sécurité étaient strictes et la circulation aux alentours
de ces zones interdite aux civils.
Sept champs de tir sont identifiés :
- Le champs de tir du Puget, situé à 3 km au nord du village
de Puget sur Argens.
- Le champs de Plan Guinet, à 600 m du camp de "l'Oratoire".
- Le champs de la Pépinière, au nord des camps du golf.
- Deux champs de tir situés au nord du camp des "Plaines".
- Le champs des "Caous", situé en pleine zone de manuvre.
- Le champs du Vallon de la "Mourre", à 1 200 m du camp des
" Darboussières " qui fonctionna à partir du 1er
janvier 1917.
- Un champs de tir "Adolphe" est mentionné à partir de
mars 1918 mais sa localisation n'est pas connue.
Les tirs se déroulaient durant la journée une heure après
le lever du soleil jusqu'à une heure avant son coucher. Des sentinelles
empêchaient les curieux de pénétrer dans la zone de tir. La
population était régulièrement avertie des dangers à
circuler près des champs de tir et invitée à se méfier
d'éventuelles munitions oubliées ou non exposées.
Les tirs des sections de canons de 37 mm se déroulaient
au Dramont , en même temps que ceux de la batterie de canons de la Marine
qui s'y trouvait : elles profitaient de l'interdiction de naviguer pour tirer
en mer sans limitation de portée. Les
activités des troupes coloniales <<
La période d'instruction d'un bataillon était de quatre mois environ.
Les unités en hivernage ainsi que les bataillons nouvellement formés
suivaient un programme divisé en trois phases : tout d'abord, les tirailleurs
suivaient une instruction individuelle et au niveau du groupe de combat ( 6 à
8 hommes), les exercices s'appliquaient ensuite à l'échelle de la
section, enfin, les manuvres étaient effectuées par compagnies
et par bataillons constitués. Cet entraînement à des échelons
progressifs devait permettre aux soldats de pouvoir faire face à toutes
les situations de combat. Il était complété de séances
de tir et de marches de 10 à 15 km (une par semaine). 
Ce programme était bien sûr théorique et les
cadres pouvaient en modifier quelques données. Des différences notables
peuvent être relevées entre les programmes des bataillons de première
ligne et celui des autres types d'unités. En effet, les bataillons de combat,
déjà aguerris pour les manuvres militaires de base, avaient
un programme qui privilégiait les exercices de tirs et des marches plus
longues (de 25 km dans la journée à 75 km en 2 jours et 1 nuit).
Les autres types de bataillons, qui comportaient souvent de nouvelles recrues,
peu ou pas formées, devaient suivre une instruction différente.
Des marches nombreuses permettaient d'améliorer la condition physique des
recrues. Ces bataillons non combattants ne recevaient pas une instruction militaire
complète : parfois leurs tirailleurs n'avaient jamais lancé de grenade
ou même observé ses effets. Les cadres insistaient plus sur les exercices
en groupe de combat, cellule de base dans laquelle le tirailleur allait le plus
souvent au feu.
Le JMO(1) du 83e BTS mentionne qu'après une profonde réorganisation
du bataillon, à la fin de l'année 1918, ayant entraîné
de nombreuses mutations, les activités comportèrent "des exercices
éducatifs, des jeux et des leçons de français pour permettre
aux hommes de mieux se connaître".
Ces ateliers éclipsèrent durant un temps les activités
purement militaires, qui reprirent leur primauté plus d'un mois après.
Cet aspect du programme d'instruction ne doit pas être sous estimé.
Il était destiné à apprendre aux tirailleurs la solidarité
dans cette nouvelle communauté rassemblant des hommes venus de régions
différentes. Les cadres devaient aussi inculquer aux troupes les valeurs
européennes, base élémentaire de l'apprentissage par les
indigènes de la "civilisation". C'est ainsi que furent développés
les cours de français, qui renforceraient l'attachement des tirailleurs
à leur métropole. Plus pratiquement, cela devait permettre aux différentes
communautés d'avoir un langage commun : rien qu'en AOF par exemple, il
y avait 30 langues ou dialectes différents ! Des traducteurs devaient aider
les cadres européens à donner les ordres. Les cours devaient au
moins permettre aux tirailleurs d'acquérir une base de vocabulaire pour
comprendre et s'exprimer dans la vie quotidienne et les opérations militaires.
Les séances d'information sur l'hygiène étaient également
nombreuses. Les indigènes, surtout les Sénégalais, devaient
apprendre à se laver régulièrement, à ne pas manger
dans le plat avec les mains sales, à suivre le traitement imposé
par le docteur ( et pas celui du "sorcier" local), à surveiller
ses plaies pour ne pas qu'elles s'infectent.
C'était une tâche de longue haleine et souvent vaine : malgré
la bonne volonté des indigènes, les cadres ne pouvaient changer
des habitudes ancestrales en quelques semaines. Ils s'adonnèrent cependant
sans relâche à cette tâche de "civilisation" que
l'armée s'était donnée pour mission d'accomplir. La
cohabitation des différentes races <<
Il y avait rassemblés dans ces camps des soldats originaires de pratiquement
tous les continents, représentant la diversité des peuples de l'Empire
colonial français.
Le contingent africain était de loin le plus nombreux. L'aire géographique
englobée par l'AOF et l'AEF était immense et l'on pouvait distinguer
de nombreuses tribus différentes.
Les tirailleurs originaires d'AOF venaient surtout de sa zone
centrale : les Ouolofs dans la région du Sénégal, les Toucouleurs
autours de Nioro et Ségou et surtout les Mandingues, formant la majorité
des tirailleurs. Ces tribus habitaient souvent à cheval sur les frontières
artificiellement crées par les Européens des provinces du Haut -Sénégal-Niger,
de la Guinée, du Soudan, du Sénégal et de la Côte d'Ivoire.
Il y avait aussi des membres de tribus du Dahomey, moins nombreux car moins ouverts
au contact avec les Européens. Mentionnons aussi quelques originaires du
Congo (à partir de 1918), du Niger, d'Abyssinie, de Mauritanie et du
Cameroun.
Un bataillon distinct, le bataillon de tirailleurs somalis, regroupait des recrues
du Somaliland anglais (la majorité), de la Côte française
des Somalis (Djibouti), du Yémen et des Comores. Ces derniers furent de
plus en plus nombreux dans le bataillon au cours de la guerre : mutés des
unités malgaches, ils venaient remplacer les pertes du bataillon qui furent
proportionnellement très élevées (1 400 morts sur un recrutement
total de 2 200 hommes).
De nombreux bataillons malgaches séjournèrent aussi à Fréjus.
Les recrues étaient surtout originaires du versant est de la chaîne
montagneuse traversant Madagascar, région la plus peuplée. Les cantons
de Tannanarive, Tamatave, Fianarantsoa, Fort Dauphin et Itasy furent les principaux
foyers de recrutement.
Quant aux recrues indochinoises, elles étaient essentiellement issues du
Tonkin, de l'Annam et de la Cochinchine les trois provinces formant l'actuel Viêt-nam.
Par contre, les provinces reculées du Laos et du Cambodge ne fournirent
pratiquement aucun contingent : ces populations vivaient repliées sur elles-mêmes
et avaient peu de contacts avec les Européens.
L'exemple du Tonkin est lui aussi explicite : la plupart des tirailleurs décédés
à Fréjus venait des cantons situés dans la plaine du fleuve
Rouge et le long du Golfe du Tonkin. Très peu venaient des hauts plateaux
du Nord, beaucoup moins accessibles à la pénétration française.
Enfin, les tirailleurs formant l'exotique bataillon du Pacifique venaient de Nouvelle-Calédonie,
de Tahiti et des Iles Loyauté.
Les documents, hélas trop rares et très fragmentaires, nous permettent
de compléter ce "tour du monde" en mentionnant quelques contingents
alliés qui séjournèrent à Fréjus :
À partir du 6 septembre
1916, 2500 soldats russes séjournèrent au camp Largeau, au moins
jusqu'au 8 octobre, date d'un concert de l'orchestre de cettebrigade qui semble
avoir été une cérémonie en vue d'un départ
imminent Du
25 septembre au 4 octobre 1916, les 9000 hommes et 180 officiers de la "4e
Division d'Infanterie alliée" logèrent aux camps "Largeau",
"Bataille" et de la "Péguière". La nationalité
de cette unité reste hélas inconnue.
Il faut enfin mentionner la présence d'un contingent américain à
Fréjus Saint-Raphaël en 1918-1919. Des bâtiments furent réquisitionnés
pour eux et des cours d'anglais furent mis en place en septembre 1918 pour les
personnels militaires français, en vue de leur prochaine collaboration
avec les troupes américaines. L'hôpital N°2 du "Groupe
des Hôpitaux Américains" se trouvait à Valescure. Les
Américains se sont intéressés aux troupes coloniales car
en 1918, ils avaient le projet de constituer des unités composées
majoritairement de Noirs. Ils demandèrent aux Français de nombreux
renseignements sur leurs unités coloniales et sur leur valeur au combat.
Des photos conservées à l'ECPA montrent effectivement des unités
noires américaines en France. Peut-être y avait-il à Fréjus
un groupe d'observateurs américains qui aurait étudié les
conditions de vie, d'entraînement et d'utilisation des troupes noires afin
de les appliquer à leurs propres soldats.
Une si grande diversité d'origines se traduisait immanquablement par des
différences de mentalités fondamentales et des rivalités
inévitables. L'État-major des camps a toujours essayé de
séparer les différents peuples. C'est ainsi que les camps les plus
isolés (les "Darboussières", les camps du golf ou de Boulouris)
accueillaient Malgaches, Indochinois ou tirailleurs du Pacifique pour les maintenir
éloignés des Sénégalais, de loin les plus turbulents.
Ces derniers avaient un sentiment de supériorité car ils étaient
les plus nombreux et allaient le plus souvent au combat. Ils pensaient que les
Indochinois ne savaient pas se battre (il y eut seulement 2 BTI de première
ligne). C'est tout juste s'ils leur accordaient une supériorité
dans les tâches soignées ou plus "intellectuelles", mais
ces qualités étaient pour eux très secondaires. Les prudents
Annamites cherchaient à bien s'entendre avec les Sénégalais
ou prenaient soin de s'échapper en vitesse au moindre désaccord
, sous peine de recevoir une sévère correction !
Quant aux Malgaches, les Sénégalais ne les aimaient en général
pas. Des troupes sénégalaises ayant participé à la
conquête de Madagascar, ses habitants étaient considérés
comme des "captifs", éléments d'une race inférieure
et donc traitée avec indifférence et mépris.
Les vigoureux et querelleurs tirailleurs du Pacifique étaient par contre
des rivaux à la mesure des Sénégalais. C'est d'ailleurs entre
ces deux communautés que se déroulèrent les rixes les plus
violentes, parfois meurtrières.
Les rivalités existaient au sein même des troupes
sénégalaises. Les différentes tribus se disputaient pour
savoir laquelle était la plus courageuse. Des altercations, le plus souvent
verbales heureusement, se produisaient entre petits groupes. Les gradés
arrivaient en général à calmer les esprits. Seulement 5 meurtres
sont recensés de 1915 à 1919 et restent des événements
marginaux.>>
(1) (1)-
L. Miribel - Mémoire de Maîtrise d'histoire- Université de
Nice-Sophia Antipolis - Année 1995-1996
ICONE
: Document Association des Amis du Musée des Troupes de Marine |