Humeurs (mauvaises ?)
Que font les services de santé de la médecine du travail ?
J'hésitais depuis longtemps à écrire quelques billets d'humeurs mais aujourd'hui je me lâche un peu.
Un coup de gueule est rarement réfléchi et est souvent critiquable sur le fond, mais il a le mérite d'être spontané.

Ce matin, un ami embauché au sein d'un service de santé au travail me dit que dans ses missions il fait de la sécurité et des documents uniques !!
Je suis à la base preventeur, et l'on pourrait discuter longuement sur le sens du mot et ce qu'il cache en terme d'individu et de compétences comme on le fait en général pour le terme d'ergonome, et je tente désespérément de devenir un ergonome. J'hésite à dire que j'en suis un parce que j'ai un diplôme qui semble difficilement reconnu par la “corps“ des ergonomes, je pratique peu et j'ai le sentiment d'avoir beaucoup à apprendre. Alors j'essaie de pallier à ces manques en continuant à me former par moi-même, en rencontrant de vrai (?) ergonome, en essayant de transformer des missions plus orientés sécurité en des missions plus dans l'esprit de l'ergonomie.
Alors les documents uniques j'ai quasiment arrêté (plus d'addictions aucune mais je ne suis pas à l'abri d'une rechute), surtout quand la demande cache un seul souci d'avoir le document écrit (avec une analyse très rapide des postes). En un mot je ne me reconnais plus dans une démarche de sécurité purement réglementaire, qui en plus n'intégrerait pas les dimensions humaines. Pourtant grâce (ou à cause ?) au décret de 2001 de nombreux consultants et cabinets de conseil (voire les organismes de contrôles) ont gagné et gagne encore beaucoup d'argent avec les EVRP.
Depuis j'ai d'ailleurs compris que préventeur et ergonome, c'est tout sauf la même philosophie et les mêmes personnes. J'ai aussi bien compris que lorsque l'on était preventeur, prétendre au titre d'ergonome allait être un parcours long et difficile.
Déjà confier les documents uniques à des consultants c'est limite. Qu'ils accompagnent l'entreprise passe encore, mais qu'ils fassent tout à leur place en laissant ensuite un document et une démarche absolument inexploitable....
Mais lorsque les services de santé de la médecine du travail, qui depuis peu ont des IPRP souvent auto-proclamé ergonome, se mettent à faire de la sécurité réglementaire, cela devient franchement louche. En gros faire de l'ergonomie c'est difficile et pas à la portée de tout le monde ( je que je pense en partie) mais faire de la sécurité cela ne pose de souci à personne. C'est tellement simple, il suffit de lire le code du travail.
Et franchement quelle évaluation des risques peut espérer une entreprise dans ces conditions là ? Est ce vraiment le rôle des SST que de faire cette démarche ? Moi bêtement je croyais que les IPRP était là pour pallier au tiers temps des médecins du travail, consacré entre autres choses à la connaissance des postes de travail et incidemment des aptitudes nécessaires. Mais faire simplement des fiches d'entreprises, principalement pour les sociétés de moins de 10 salariés, des EVRP rapide qui doivent correspondre à 3 jours max de boulot sur le terrain....
Je pensais que le but était d'améliorer les conditions de travail, d'accompagner les entreprises dans la découverte de leurs risques mais aussi dans leur gestion.
Je ne pense pas que cela soit un cadeau que de faire dans les entreprises des EVRP rapide, limite bâclées, même pas basées sur l'analyse réelle de l'activité.
D'aucun diront que c'est mieux que rien... ben si le mieux que rien était le début d'une gestion des risques et d'une implication de l'ensembles des salariés je serais entièrement d'accord. Mais si cela reste, comme c'est souvent le cas, seulement un document qu'on met à jour de temps en temps et bien je considère que c'est n'importe quoi et que c'est pire que si l'on ne faisait rien. Du coup l'entreprise pense souvent avoir fait ce qu'il fallait.... En résumé une analyse rapide, obsolète dès le lendemain et surtout aucune dynamique de prévention.
Alors quand je vois les discussions interminables sur “qu'est ce que c'est qu'un bon ergonome“ (et j'imagine qu'il existe les mêmes sur les bons preventeurs) je me demande vraiment où je me situe réellement.
Pas vraiment ergonome et plus vraiment preventeur, il va falloir que je m'invente une nouvelle case, où loin des corporatisme, je pourrais peut-être être reconnu comme travaillant à l'amélioration des conditions de travail, ou plus simplement sur la mise en danger des salariés.

Tout ceci est sans doute critiquable, alors si vous avez des commentaires n'hésitez pas....
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