LA MONDIALISATION LIBERALE EST-ELLE OU NON UNE FATALITE ?
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Telle est la vraie et la seule question qui est posée aujourd'hui aux responsables politiques. Pour une simple raison : tous les problèmes ponctuels (emploi, précarité, sécurité, santé, enseignement, services publics, retraites, dommages écologiques, migrations, etc..) ne sont jamais avant tout que les symptômes, non susceptibles en eux-mêmes de solutions, d'un mal ou problème global qui est celui des effets pervers de ce qu'on appelle la mondialisation libérale.

Le processus de "mondialisation libérale" s'est déclenché avec les chocs pétroliers quand le prix du baril est passé de moins de 3 $ en 1973 à plus de 40 $ en obligeant les pays consommateurs à exporter agressivement pour payer leur facture pétrolière. La libéralisation des échanges commerciaux a suivi et perduré et aussi, en recyclant les pétrodollars, celle des mouvements de capitaux - sous l'impulsion et la surveillance attentive des Etats-Unis.
A présent où la technologie a bouleversé les moyens de communication et de transport, n'importe quel produit peut pratiquement être fabriqué n'importe où et vendu n'importe où. Autrefois nationale, l'économie s'est mondialisée en devenant un système en soi, autonome et incontrôlé. Toute entreprise, où quelle soit, est ainsi soumise, directement ou indirectement, à une concurrence violente qui s'exerce à l'échelle du monde dans une guerre de mouvement aux effets imprévisibles, même à terme court. Pour survivre elle doit sans cesse courir après la compétitivité : la pression pour réduire les coûts salariaux et les prélèvements publics est générale et ne s'arrête jamais.

A des degrés divers mais partout, les conséquences négatives - de ce qui par delà les aléas de la conjoncture est, non pas une "crise" de plus après quoi tout redeviendra "comme avant" ou presque, mais une mutation radicale dont nous ne savons pas où elle nous mène - sont terribles.
La première est la montée de la dualisation des sociétés : d'un côté les gagnants, de l'autre les perdants, les exclus. Chez nous, c'est le chômage, la précarité. En Afrique, c'est le continent tout entier et tous ses habitants qui sont écartés du mouvement général de l'économie.
La seconde est que depuis lors les pouvoirs publics sont confrontés à un nouvel ensemble de tâches à remplir, qui est financièrement impossible. Que ce soit pour assurer par la baisse des charges la survie économique du corps social face à l'agressivité du système mondial ou pour remédier aux méfaits de la dualisation. Sans parler des projets qui sont hors du champ de l'initiative privée parce qu'ils n'ont pas de perspective raisonnablement prévisible de rentabilité et qui seraient nécessaires pour donner sens aux générations futures et à l'avenir de l'humanité (la lutte contre la pauvreté, la protection de l'environnement, etc..).
Jusqu'en 1973, tant bien que mal une utopie s'était peu à peu réalisée, chacun pouvant vivre de son travail et des actions collectives trouvant les moyens financiers de s'exercer : la prospérité se généralisait dans le monde. Depuis, c'est la précarité qui se généralise et l'espérance d'un monde meilleur a disparu.

Si l'on considère, comme beaucoup aujourd'hui, que la mondialisation libérale est une fatalité, la situation va continuer à se dégrader dans l'attente d'un chimérique gouvernement mondial (le gouvernement européen n'est déjà pas pour demain !). Les programmes de la gauche et de la droite finiront par se rejoindre sans apporter de remède significatif et les électeurs toujours moins nombreux essaieront sans doute (pour combien de temps ?) le Front National ou un parti dérivé. L'économiste américain Lester Thurow nous a ainsi prédit « un millénaire moyenâgeux ou d'âge obscur» ; l'historien anglais Eric J. Hobsbawm, « une débacle vers les ténébres » ; le regretté économiste français Claude Gruson, « la construction sous nos yeux d'un monde de violence, d'injustice et d'obscurité » ; le sociologue allemand Ulrich Beck, « la société du risque et de la peur » ; etc..
Si l'on considère, comme c'est notre cas avec d'autres, que la mondialisation libérale n'est pas une fatalité, il est nécessaire non pas d'indiquer d'emblée des voies de dépassement de cette fatalité, mais, en exposant clairement la situation, de les rechercher en apportant une espérance. C'est là la tâche qui collectivement nous incombe, sauf à rester complices de l'évolution dramatique en cours.
Claude Laigle   (2003)