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LITTERATURE ANTILLAISE

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La litterature antillaise est insuffisamment connue. Elle mérite que vous y consacriez quelques heures de votre temps. Vous ne le regretterez pas.
Profitez de votre séjour pour découvrir une littérature foisonnante. Elle vous donnera accès à l'âme antillaise beaucoup mieux que les paysages, fussent-ils spectaculaires...

Vous pouvez vous fier à la sélection de "France Antilles" :


"La rue cases nègres" de Joseph ZOBEL (Présence Africaine)
"Peau Noire, masques blancs" de Frantz Fanon (Points essais)
"Amers" de Saint John Perse" (Gallimard)
"Le coeur à rire où à pleurer" de Maryse Condé (pocket)
"Gouverneurs de la rosée" de Jacques Roumain (Le temps des cerises)
"Pays sans chapeau" de Dany Laferrière (motifs)
"Le Nègre et l'Amiral" de Raphaêl Confiant (Livre de poche)
"Chronique des sept misères " de Patrick Chamoiseau ( Folio)
"Chair piment" de Gisèle Pineau ( Folio)
"L'homme au bâton" de Ernest Pépin ( Folio)

.....ou à la mienne :

J'ai sélectionné pour vous les oeuvres de mes auteurs préférés. Mais ce choix, très personnel, est loin d'être exhaustif. Il faudrait découvrir : Patrick CHAMOISEAU, Maryse CONDE, Daniel MAXIMIN, Simone SCHWART-BART, Edouard GLISSANT, Ernest PEPIN, Raphael CONFIANT...etc

et...Le Père LABAT....

cliquez ici pour vivre la flibuste, les caraîbes, les attaques anglaises sur la Guadeloupe...au XVIIème siècle


Patrick CHAMOISEAU : BIBLIQUE DES DERNIERS GESTES.

Gallimard

Un journaliste raconte la vie d’un personnage, la figure même du rebelle, de l’insoumis : Balthazar Bodule Jules . C’est l’occasion d’une vaste fresque au travers des siècles et des continents et surtout d’une renaissance, d’une réinvention constante de la langue française . A chaque page, des heureuses surprises, des enchantements : le bonheur de la langue qui déménage, qui bouscule, qui émerveille. Il faudrait citer beaucoup de passages. J’en ai choisi quelques unes :

Ici, le narrateur raconte comment les gens accourent lorsqu’ils apprennent que le héros est mourant. Et c’est un hymne à la cuisine antillaise :

« La nouvelle de son agonie circula dans le pays enterré de manière zinzolante, en dehors des médias. Elle chevaucha des billets de paroles et des mulets de confidences. Elle put ainsi atteindre le fondoc des quartiers retirés où ne parvenaient ni l'eau ni l'électricité ni les journaux ni les antennes télé. Dessous l'indifférence officielle, il y eut des conques de lambis qui résonnèrent toutes seules ; on entendit gémir des fromagers et pleurer d'immenses touffes de bambous ; des tambours peuplèrent les mornes lointains d'une alerte insondable. C'est pourquoi (selon l'article ancien de la visite aux vieux agonisants) de vieilles tantantes débarquèrent des campagnes avec des poules nourries à la macandja mûre, des canards de ravines qui sentaient le bois d'Inde, des écrevisses de sources plus grosses que des langoustes. Qu'un vieux tonton que l'on pensait perdu descendit des bois de son exil avec des porcs sauvages et un cabri assez vaillant pour soutenir les bombances d'un baptême. Que l'on vit s'accumuler dans le jardin, au gré des allées-virées de sa famille (reconsti­tuée comme une niche de fourmis visionnaires), des char­rois de manioc, des sacs de patates douces, des paniers de dachines, des régimes de bananes qui dégouttaient du lait de leur fraîcheur blessée. Des cousins jusqu'alors in­connus lui apportèrent des variétés de potirons dont nul n'avait les titres. D'autres firent offrande de choux rouges sans calibre, de tomates surhumaines, sapotilles et con­combres macissis. De vieux koulis, bouchers de leur état, lui apportèrent ces testicules de taureau que l'on cuit en salade, et ces tranches de peau claire qui sont merveilles en souskays et piments. De vieux pêcheurs vinrent des rives délaissées, pour amasser dans les bassines de la mai­son des poissons électriques dont la chair tressautait dans un feu d'artifice. Ils lui apportèrent des poissons-coffres aux yeux mélancoliques, des lambis introuvables criblés de perles roses, des congres verts noués par leur propre fureur, et des boyaux de thon dont ils faisaient délices. Ils s'installèrent un peu partout, se mirent à écailler, à vider les poissons, à les assaisonner, à chanter sur deux notes des complaintes de haute mer. On utilisa le réchaud à pétrole, d'abord pour une soupe de malade alité, puis pour une eau de café, puis pour un blaff de carpes bleues, puis pour une daube de thazard, puis pour quelques mari­nades lestées d'un rhum à 70° que d'anciens distillateurs avaient rapporté dans des dames-jeannes caduques.

"Bientôt, au fil des heures, au fil des jours, on installa de-ci de-là, dans le jardin, autour de la maison, des braises à quatre roches sur lesquelles des canaris de terre miton­naient des mangers. Le beurre rouge, l'oignon-pays et le piment menaient des bombes barbares. Un ancêtre tam­bouyé survint, escorté d'une lignée de comparses, afin de cogner un bel son de tambour en l'honneur du mourant; ils se mirent à chigner en le voyant prostré dans son fau­teuil d'osier, puis se perdirent dans un rythme pajambel qui ne s'arrêta plus durant cette agonie. Il y eut des quimboiseurs dégarés des oublis pour encercler la case, inspec­ter le jardin, tenir des signes contre le destin et la fatalité. Il y eut des conteurs que l'on imaginait morts depuis une charge de temps, qui surgirent sans annonce au milieu de la nuit, le chapeau à la main, et le bâton de sapience glissé sous le bras gauche. Il y eut des driveurs qui eurent du mal à s'arrêter, et qui (pris par leur vice de marcher sans arrêt) se contentèrent de tournoyer comme des toupies mabiales sur les traces terreuses d'alentour la maison. Il y eut des pacotilleuses iréelles dans leurs robes étrangères… »

Ici, le narrateur évoque la première rencontre du héros, encore adolescent, (jeune bougre) avec son premier amour, celle que celui-ci appelle sa Révélation :

« C'était elle, Anais-Alicia, ma Révélation!...
La parole sur cette personne de la Révélation reste assez embrouillée. La supposition s'en était emparée pour en faire une créature à différentes façons. En certains cas, il s'agissait d'une supposée négresse au corps de nuit sans fond qui aspire votre esprit comme une faible lumière ; parfois, d'une supposée kalazaza à yeux clairs de pirate, où la glace et la flamme s'associent pour vous tuer; par­fois, d'une supposée Brusquante capable de vous cailler le sang par une odeur d'aisselle. Il y eut des périodes où la supposition en fit une de ces chabines dont le sale carac­tère vous fascine sans remède; et d'autres où on la pré­senta en supposée câpresse à la peau mélangée, qui vous crève la conscience du pic de sa beauté. Il y eut des audaces pour en faire une de ces mulâtresses si claires qu'elles font rêver plus d'un persécuté par la noirceur du monde; ou même une supposée koulie dont la peau char­bon-bleu vous effraye et vous attire autant. On en fit très souvent une de ces Chinoises à la paupière pincée, toutes en douceur jaune paille au fond des épiceries, et toutes ensorcelantes pour l'imagination. Il y eut des délires pour en faire une de ces femmes-békés qui flottent comme des brouillards de tentation sur le damier des vérandas... Il y eut ci, il y eut ça, mais aucune supposition n'apaisa la question. C'était quelle sorte cette madame-là? »

Le propos politique, anti-colonialiste est aussi très présent, comme souvent avec Chamoiseau. Mais avec force et poésie :

« Déborah-Nicol lui disait : En découvrant les Occidentaux, les Amérindiens se demandèrent s'ils étaient des dieux ou des hommes. En découvrant les Amérindiens, les Occi­dentaux se demandèrent de quelle espèce de singes il s'agissait !
Toute la différence est là !
L'Occident est une mécanique ethnocidaire, une puissance aveugle génocidaire !
Ce n'est pas un lieu quelconque en Europe, ce n'est pas un monde blanc ou un arc-en-ciel de peaux rosées ou claires, c'est un principe qui ne supporte pas la diversité et le babil des peuples !
Et c'est surtout une intention pointue comme une flèche, aiguisée comme un sabre, une intention productiviste, une soif de rentabiliser le monde, la terre, le vent, les feuilles, les animaux, les ancêtres, une force d'exploitation qui n'a pas de limites et qui ne peut supporter ceux qui rêvent avec les bisons, qui honorent le soleil, qui laissent dormir l'or au cœur sombre des mon­tagnes, qui offrent les diamants à la parure des dieux, qui parlent avec le vent dans des langues qui chantent, ou qui laissent les arbres se hisser vers le ciel sans en faire des planches !
Pour être rentable, la danse éparse des doigts doit disparaître dans l'unique boule du poing!... »

Daniel MAXIMIN

Daniel MAXIMIN, poête, originaire de Saint Claude, conte avec talent les cyclones ( L'Île et une nuit) et sa Guadeloupe natale.
Son roman " Tu, c'est , l'enfance " a reçu le prix TROPIQUES 2005.
J'ai choisi le thème du départ en montagne, en direction de la Soufrière, avant l'aube, exposé avec les yeux d'un enfant et la vérité de la forêt dense humide mais qui n'est fondamentalement différent d'un départ en randonnée alpine…

" A quatre heures du matin, au pipirite chantant, la boulangerie au dessous de la maison exhalait déjà l'odeur chaude du four à pain pour essuyer la rosée du sommeil sur les préparatifs : visages débarbouillés, vêtements passés, banane vite avalée avec l'eau de café, gestes feutrés pour ne pas réveiller les deux petits, qui resteraient avec la grand-mère. Un ballet d'ombres affairées avait envahi la place de l'Eglise en veilleuse, point de rassemblement pour le partage d'un impressionnant fardeau, jerricans de rhum et d'eau, régimes de bananes, sacs de riz, viandes roussies et colombo de cabri, lampes, réchauds et les instruments de musique. Toi, tu avais les mains vides, et un sac à dos léger, où tu avais caché un ours en peluche et une boîte d'allumettes pour rapporter un peu de lave en souvenir.
A mesure que la colonne gravissait les pentes ardue bordées de fougères, dépassant les riches haies des dernières habitations et les petits jardins créoles, puis les plantations de bananes et de caféiers, tu commençais à déchanter : ce voyage vers ton volcan n'était que flaques de boues molles, d'eaux troubles, de terre friable, et cet air froid insidieux et humide qui traversait le pull en laine que ta mère t'avait fait enfiler pour la première fois comme s'il s'agissait de gravir le Mont-Blanc.
L'enfer pour toi, ce n'était pas le feu, mais ce magma de fanges et de bourbes qui alourdissaient ton pas et mouillaient tes yeux. Jamais tu n'aurais imaginé que ce conglomérat de mousses, d'humus lessivé et de limons sédimentait la demeure du volcan, sans même une braise ou un tison pour seconder les lampes électriques et les lanternes pâlissantes au demi jour.
Tu croyais que le soleil allait tout corriger de cette froideur embrumée. Mais ce fut une trahison de pluie grise et glacée qui accompagna son lever, une bruine insidieuse, contraignant le cortège à s'abriter sous de grandes feuilles de madère, de siguine et de bananiers, que la montagne fournissait en abondance comme si elle y était naturellement préparée.
Au refuge des Bains Jaunes, quelques jeunes se précipitaient pour s'asperger de l'eau argileuse du grand bassin, une eau froide qui les faisait crier, avant de faire silence pour écouter le guide du Club des Montagnards présenter le site : " Bassin de Bains Jaunes : ancien champ de tir bombardé par les fumerolles, ancien centre de convalescence de la garnison, trop infesté par le soufre…. "

Daniel MAXIMIN donne sa vision des mers qui entourent la Guadeloupe :

Malgré ta soif de tout savoir des quatre continents lointains dont la rumeur parvenait jusqu'à ton île natale, tu n'avais aucune envie de connaître la mer, pas même réfugié dans la baleine de Pinoccchio, ni le Nautilus du capitaine Nemo, moins encore d'explorer les abysses avec la Calypso du commandant Cousteau, ou de déranger le navigateur solitaire Alain Gerbault dans sa poursuite du soleil.
L'ambiguïté de tes sentiments vis-à-vis de l'eau provenait surtout du fait que ce sont deux mers bien différentes qui entourent nos îles, l'océan Atlantique et la mer Caraïbe, une bonne et une mauvaise mer : l'océan des esclavages, du déluge et des noyades, et la Caraïbe, mer d'accueil des naufragés et des recommencements.
L'Atlantique, c'est la mauvaise mer, pour ne pas dire le mauvais père, l'océan d'Éthiopie confisqué par l'Europe dans son usage et dans son nom ; l'océan docile à ses conquistadors, dompté par le négoce de ses explorateurs, complice muet des traites et des négriers, assurant l'aller par la force de tous ses ouragans, sans fournir la moindre brise aux utopies de retour. Les ancêtres d'Afrique avaient traversé sous l'eau, sans rien voir du jour ni de l'océan, sauf ceux qui y étaient jetés. Ils avaient tout appris en chemin. À mourir dans la mer et à respirer comme des poissons. À mourir et à composer des sources avec les larmes retenues. À mourir et à composer des chants de silence et d'espoir. À mourir et résister aux cinq épreuves du passage : douleurs, brûlures, cris, tortures et l'oubli, chacun remontant son Niger, son Nil ou son Congo dans sa mémoire veilleuse. À mourir et ne pas oublier que le premier homme d'Afrique avait été façonné d'argile pétri après un long séjour victorieux sous la mer. La Mère-Caraïbe, c'est la génitrice de l'archipel fécondée par la lave de nos volcans, un collier d'îles au cou de l'Amérique. Avec son chapelet d'îles sans prières de résignation sécrétant la formule magique du sel et du soufre régénérateurs, reflétant un soleil brise-carcan, forgeron des déchaînements. C'est la mer qui avait redonné soif à la vie, offert son giron aux sécheresses et son ventre aux noyades. Ta mère t'avait raconté que des villages amérindiens entiers avaient fui la soumission, en se jetant des falaises des Prêcheurs, tombeaux des Caraïbes, sous la conduite du grand prêtre, l'espérance sous-marine transmise en héritage aux Africains marrons.

Et voici, pour vous, un poême inédit, diffusé lors de son spectacle avec Alain JEAN-MARIE à Basse Terre en 2004t

RECTO-VERSO

L'amour est un soleil qui se couche à minuit pour étoiler l'éveil des nuits déshabillées
L'amour fait complice les silences : le grand rêve est de le laisser parler. Avec ses mots nomades. Avec les lèvres qui se livrent au risque des maux de passe. Malgré tous ceux qui le font sans le lui dire, en actes sans paroles ou en paroles sans actes. Mais avec ceux qui ne comptent pas quand on aime. Ceux qui ne le classent pas entre cul et chemise. Avec celles qui font patienter l'éternité pour un seul soir sincère, ceux que n'emprisonnent pas l'amour prisonnier, celles qui préfèrent la solitude au manque, les issues des refuges. Ceux qui croient à l'amour en rêve et au réveil. Avec les nuits déliées en vies abandonnées au grand jour de la voie lactée
Le seul culte appris sans le secours des temples est bien peut-être celui de l'arbre qui épanouit la forêt avec le lait du feu
Mais tant d'amours sont des aveugles qui refusent d'aimer aveuglément, sans caresser des preuves, et veulent tenir à la fois les deux faces de la terre et voir l'envers des lunes, et ne peuvent pénétrer dans le jardin d'amour sans dévaster les refuges de tendresse, ni goûter l'eau du corps sans prétendre s'y laver, et boire sans se mouiller
Et tant d'amours font des projets de racines en plein ciel stérile, puis se fatiguent de la trop courte échelle vers le miel des étoiles, et prennent alors le large avec une provision de récifs, une prévision d'alibis, en cachant les corps derrière les paroles et la soif derrière l'eau des yeux
Et tant d'amours écrasent leurs masques dans les vallons du corps à nu, aiguisant leurs faucilles contre ses herbes tendres, que l'amour blesse reflue en solitude, laissant mourir sa fin sans plus accorder foi aux magies raisonnables des rayons de fraîcheur et de la soif insoumise d'éphémère et d'infini
Le désert préféré à l'enfer, même s'il y fait moins chaud
Pourtant plus l'amour brûle et plus l'amour éclaire, insensible aux cendres qui étouffent la flamme épuisée des amants
Dans un désordre de chemisiers nus, les yeux fermés pour mieux suivre le fil des sentiments et l'envie de tout voir des étreintes trop vastes pour les cœurs pétris de désirs assortis
L'esquisse d'un élan, une lèvre entrouverte entre source et colline, une chaussure mi?ôtée, une dentelle en réserve sous un premier bouton, un parfum de peau cannelle, la défaite d'une chevelure sous le peigne des mains, les retrouvailles de soi en offrande à l'autre, déjà perdu, plus loin retrouvée, éperdu en soi, échappée encore telle une passante rêvant trop tard d'un rendez?vous plus tôt
Jamais à bout portant de l'impudeur. Mais avec tout l'espoir qui persiste à préserver l'espace entre une balle et un cœur
Et le verbe être frissonne sur les corps sages jetés à l'eau, chacun rythmant tantôt les pas, tantôt le, chemin, chacun son tour, tantôt lit, tantôt fleuve, tantôt sable ou écume, tantôt pirogue tantôt lambi, paresse ou caresse, patience ou bien tison, danse doucine, cadence fifine
Alors la marée emporte sa flamme dans le foyer en feu, découvrant au?delà de toute réserve un espace trop pur, à respirer à deux.

Daniel Maximin

Autres œuvres
L'ISOLE SOLEIL, roman, Seuil, 1987
SOUFRIERES, roman, Seuil, 1987
L'ILE ET UNE NUIT, roman, seuil 1992
L'INVENTION DES DESIRADES, poésie, Ed. Présence Africaine, 2000.


A suivre avec Ernest PEPIN, Raphael CONFIANT, Edouard GLISSANT...

A suivre...

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