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    Cohortes de réponses denses (court et cependant danse...)
       
Récifs      
 

 
 
Averse tisse et ment au lecteur 

Les échanges de courriers reproduits ici sont issus des archives privées d'Elie Autreop petit neveux par Germaine du grand explorateur Boris Gouduneuf.  Le lecteur attentif remarquera sûrement que ces courriers ne sont pas datés, ce qui est naturel, puisque à l'époque à laquelle ils furent rédigés, le calendrier vénusien n'avait pas encore été réactualisé, ou pour être plus précis, il existait bien un calendrier avant et après cette période, mais pas pendant. La chronologie a donc été établie en s'appuyant sur l'enchaînement des faits relatés. Certains d'ailleurs semblent un peu frelatés... mais sait-on jamais!

 

Il nous apparaît évident à la relecture de cette correspondance que plusieurs cohortes de réponses denses se sont perdues dans les airs. "Que sont messages mille de Vénus..." disait souvent Boris en citant les propres mots de son ami Ruts de Boeufs, ploète bien connu.

Oui! "Que sonde Vénus s'aimait sage? " Voilà bien une formule qui perle de la plume de Boris et qui nous laisse rêveur sur la masse de perles qu'il avait accumulé au cours de son existence (perles de cire, de verre, de bois, d'huile, d'eau-vive, de nectar et d'encre...) toutes réunies au jour d'huître dans la splendide collection du Musée National de Saint Perle.

Il se peut donc qu'entre la première édition de ces correspondances et celles que nous ne manqueront pas de faire suivre, d'autres messages perdus refassent surface, et que, quelque part sur une plage de sablés fins, les vagues de l'Haut séant ne nous délivre l'une de ces capsules nacrées qu'utilisaient ces voyageurs pénitents de l'espace courbe, d'où "Sortira nue, léchée nommant quand, lavée, irritée depuis, de sa botte il te chéri...", pour citer cette fois-ci un passage des peaux aimées de Dick.Hassé.

 
Elie Autreop, alors qu'il réalisait l'inventaire de zob jets ayant à part ténues à son grand oncle, Boris Gouduneuf. L'inventaire dura 15 ans, à peu près autant que la retranscription des cohortes de réponses denses...
 

       
 
P.de Lapointeapitre essayant un nouveau modèle de chambre noire munie d'un écran de contrôle utilisée pour les relevés de terrain.
D.Dick Hassé chez lui, photographié par B.Gouduneuf.
Boris Gouduneuf dans un bureau du C.D.R préparant l'un de ses voyages pour la région du Célestin. Sur le bureau à gauche on peut remarquer le cale langue des porteurs de dattes rapporté par D.Hassé.
 


 

 

Boris,

...Quoi ? Tu veux vraiment dire: aller quelque part où il y a des trucs tout verts qui poussent vers le haut que des fois c'est plus haut que mon vélo, avec des bout de viande sans emballage plastique autour et encore plein de poils collés qui croisent ta route montés sur leurs six pattes (ou quatre? ou cinq? je ne sais plus, mais on m'a raconté des trucs terribles là-dessus) et pas un tast-food (mig mac) à moins de vingt bornes, sans compter tout un tas de maladie qu'on chope dès qu'on met le nez dehors (tétanos, rhume des foins...). 

Mais c'est ma mort que tu veux! Et pourquoi pas un bain d'acide sulfurique, tant que tu y es? Si ça ne tenait qu'à moi, ça ferait longtemps que j'aurais mis la nature au trou.

Sincèrement, Dick

 
 
 

Cher Boris,

Je suis arrivé sur les terres Deleste depuis une semaine. J'ai établi mon campement non loin de la voie exprès (comme je fais toujours quand il y en a une) mais il n'y a pas foule. J'ai effectué les premiers relevés de terrain sans trop de difficulté. Ici le tapis est vert mais je n'ai pas encore essayé de le rouler pour voir si ce qui pousse dessous vaut la môme quiète....Par contre, dessus, il semble que la peau de certaines espèces de crapauds secrète un truc qui range la coca collée au rang de care en barre.. Mais bon, je n'ai essayé ni, n'ai pas l'intention d'essayer, l'un ou l'autre (enfin si : les cares en barre,  j'en ai emporté une pleine caisse!). 

Le terrain n'est pas trop accidenté (moins que ce que je pensais, en tout cas et pour le peu que j'ai vu jusqu'à présent...) : peu de véhicules retournés sur le bas côté, peu de chiens écrasés, quelques enfants égarés par-ci par là... Rien de très extraordinaire. Hier soir, au retour d'une longue excursion, j'ai croisé à la lisère d'un bois une étrange gamine. Elle était nue, couverte de sang de la tête au pieds et courrait effrayée dans ma direction. J'ai cru qu'elle avait besoin d'aide. Tu me connais, je ne me fais jamais prier pour porter secours à la gente féminine. De près j'ai pu constater qu'elle n'était pas aussi gamine que je l'avais d'abord cru. Pas gamine du tout en fait! Plutôt... enfin!,Assez bien ...bref..!. Alors que je tendais les bras pour l'accueillir et éventuellement la consoler, elle m'a dépassé sans s'arrêter et j'ai cru l'entendre marmonner "povetipe", ou "povbit". 

Bien que mes rudiments sur la langue de cette région soient encore balbutiants, pour ne pas dire embryonnaires, voire (autant l'avouer) quasi spermatiques, je pense avoir compris que cette expression n'avait rien d'amicale... Il faudra que j'élucide ce comportement dès que j'en aurais le loisir...

Voilà où en sont les choses. 

Sincèrement. Dick

 l'écart tôt gras fit >>>

Terres Deleste : Ce premier relevé à plat du terrain a été effectué par D.D.Hassé lors de son premier séjour. Le cercle correspond à l'emplacement de son campement.
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En voie exprès n° 26 - BG>>DDH - 8pm

Dick - stop - si on ère - passe sous peu - stop - via l'Ebordel Aloir - stop - mission urgente - stop - confirmation sous peu - stop - Boris.G

 
 
 
 

 

Cher Boris,

Bien pris note de la période de ton passage, reste donc à caler les dates (à louche, les dattes sont fameuses, mais il faut préalablement retirer les noyaux, pour éviter de mitrailler son voisin de table en lui parlant la bouche pleine... enfin c'est ce qu'on dit ici.)

Par contre, caler des dattes est un art difficile que seuls certains indigènes au fin fond reculé de cette province savent encore faire. J’ai eu l’occasion d’observer cette coutume :  ils calent les dates bien à plat dans la bouche sans les mâcher (si non les dattes sont fichues) et ils peuvent ainsi les transporter sur des kilomètres... on dit même que pour transporter des dattes, ils se font retirer les dents de devant, ce qui contredit notre proverbe : " Qui veut marcher loin, préserve sa denture" mais confirme l'expression locale "atromachélédatonsecaslédens" ( ce qui veut dire dans ce dialecte (tu vois j'ai fais des progrès) : à trop mâcher les dates on se casse les dents )...Tiens, d'ailleurs je vais t'en faire expédier une soupe d'œuf.

En parlant avec un autochtone, je pense avoir enfin compris les raisons de l'animosité de la fille peinte en rouge dont, je crois, je t'ai déjà parlé. En fait à mon arrivée, j'avais posé une série de pièges en bordure de forêt, autant pour me prémunir de l'attaque sournoise d'une bestiole à patte, que pour me procurer quelques trophées des espèces régionales. Or il se trouve que ces bois, malgré leurs aspects sauvages ont été désaffectés récemment et donc, ils ne comportent plus aucune espèces de danger. Ils ne sont plus loués que par de jeunes gens qui peuvent ainsi, à l'abris des regards, sans soucis, batifoler dans les hautes fougères... Sans soucis... sauf mes pièges! Il semblerait qu'un de ces couples ai eu la mauvaise idée de rencontrer l'un d'eux... Je te passe les détails, car je pense que tu as compris que le sang sur la jeune fille n'était pas le sien mais celui de son amant... Enfin ce qu'il en reste. 

P.S. Sais tu où je pourrais me procurer des Ifs à minet, j'en ai un besoin urgent...

Amicalement Dick

 

Bois des Affectés des terres Deleste, à proximité du campement de D.D.Hassé. Encre sur gélatine

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Cher Dick,

 

Ton courrier en datte de palmier m’est bien parvenu, sans dommage, ni mâché, ni croqué comme tu me l’avais annoncé. J’ai bien pris note de ta demande et je m’empresse d’y répondre par cet œuf mêlé qui ne devrait pas prendre plus de 4 minutes pour te parvenir sur le récepteur d’ondes scriptées.

Pour obtenir ce genre renseignements concernant les ifs à minets, ou toute sorte de choses de la même espèce, j’ai entendu parler d’un sage retiré dans les profondeurs de la région d’Ecartpatte. Pour t’y rendre, il faut faire pas mal de détours (louvoyer entre les lignes de la carte) et se pratiquer quelques saignées de portefeuille. Les habitants de la régions ne sont pas trop pacifiques (on dit même qu’il sont plutôt sanguinaires…). Si tu as la chance de trouver une guide (celles de Vailot, la capitale de cette région, ont l’avantage de connaître plusieurs routes, de pratiquer notre langue, et d’être ravissantes…) elle pourra te conduire jusqu’au monde enfouit des Youpallala. Attention à tes bourses cependant car les guides dont je te parle ont la main leste et que, la fin du voyage se faisant dans l’obscurité la plus totale, tu peux facilement te les faire délier.

Une fois que tu as réuni toutes ces conditions, en prenant soin de bien les attacher entre elles pour ne rien oublier en route, il ne te reste qu’à enfourcher ta guide, à fermer les yeux pour rejoindre le monde enfoui des Youpallala (au fond du couloir, à gauche après la porte).

Sous le petit bashobab, tu pourras t'asseoir aux côtés du grand sage Youkoulili, qui est un peu cabossé de la cafetière, car le bashobab est trop petit pour lui faire de l'ombre (et là-bas, les pixels tapent dur). Attend qu'un ange passe. Abat-le au levain de long rifle (j’ai oublié de te dire de te munir de cet ustensile) et offre le en présent à Youkoulili, qui est très friand de l'angelot sauce gribiche. Si tu sais préparer toi-même la sauce gribiche, il y a de fortes chances pour que Youkoulili te fasse grande confiance et te confie le secret des ifs à minet. Si non assure toi auprès de ta guide, avant le départ, que la cuisine est aussi son rayon…
Étonnant Youkoulili ! D'où peut-il sortir toutes ses connaissances, lui qui n'a jamais bougé de dessous son bashobab. Moi-même j'ai du mal à y croire. Et puis, pour être tout à fait honnête,  je dois ajouter (en plus du fait que j'ai vraiment beaucoup de mal à y croire) que la méthode reste hasardeuse. En effet, les anges mettent parfois beaucoup de temps à passer et il est assez difficile de viser juste avec le levain, les yeux fermés. J'ai entendu parler d’un type qui a attendu ainsi plus de six mois, les bras en l’air, et qui a découvert, quand il a rouvert les yeux, qu’il se trouvait dans une boîte en sapin (forte étroite), assis pieds sous terre, définitivement cernée par la terre environnante…iI avait pris racine. En fait pour obtenir ces renseignements sur les ifs à minet auprès du grand sage, il faut beaucoup de chance, et aider ta chance en trichant beaucoup, car les Youpallala font pareil, ils ne respectent pas les règles d’accueil. Donc si tu veux suivre mes conseils jusqu’au bout, le mieux est de se procurer un ange artificiel sur le plateau de Vailot avant ton départ, (tu en trouveras facilement sur le marché noir, et à bas prix : les Ecartpatéticiens en font grand usage pour leurs sacrifices menstruels…. et en plus, tu fais une bonne action en préservant les troupeaux d'anges qui viennent paître près du petit bashobab), tu  le prépares à l’avance et tu le refiles en douce à Youkoulili dès ton arrivée…

 

Voilà, j’espère n’avoir rien oublié, bonne chasse et bonne chance.

 

A bientôt. Boris Gouduneuf
 
Malgré la légende, un bashobab peut atteindre des dimensions impressionnantes.
 

 
Ange de la région d'Ecartpatte,  photographié à la période de la mue.
 

 
Anges artificiels, tels que l'on peut s'en procurer sur le marché noir. La différence de prix vient du fait que ces anges n'ont pas d'ailes.
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Cher Boris

Je te remercie pour toutes ces informations que je compte utiliser dès que j’aurais réuni les sommes faramineuses que supposent une telle expédition. J'ai déjà eu l’occasion de fréquenter la haute région d’Ecartpatte pour y risquer un coup de bambou de plus. Là bas, je ne fais ici que confirmer tes dires, tout s’achète très cher, à commencer par l’air que l’on respire. Les Indigènes sont embusqués partout : un coin de mur, un pas de porte, le moindre poteau même en plein désert…. Il m’est souvent arrivé dans une journée de ne pas pouvoir marcher plus de cinquante mètres. J’avais à peine fini de payer mon écot à l’un qu’un autre surgissait, de dessous un caillou…Parce que, en plus, il faut faire gaffe où tu mets les pieds au risque d’en écraser un…Mais là c’est plus cher !

Tout ce paye : à titre d’exemple :  le bonjour que tu donnes chez nous vaut un écot là-bas, une question posée est aussi chère que la réponse (environ 4 écots ), l’air que tu respires (10 centième d’écots par heure, le jour et0, 996 centième pour la nuit….), le pas que tu fais - soit cinq fois moins que le leur - (3 écots), autant te dire qu’à ce prix, tu  ne fais un pas de travers sous peine d’être saigné à blanc… sans compter le pâle ludique qui m'a miné les veines. Ce pays est infesté de mouse-tiques qui te pompent le sang en un clin de rostre, sans compter. Tiens ! Un mousse-tique qui te pique c’est 24 écots !! Tu te rends compte qu'à ce prix là il vaut mieux conserver son scaphandre (ce qui n’est pas toujours pratique, mais qui est, finalement, moins ruineux)…

Ceci dit, il parait que la base région est un peu moins oppressante, plus aquatique encore et sans poteau. La seule ville qui est aussi la capitale est Vailot. J’ai déjà eu l’occasion de croiser des Vailociennes qui sont ma foi plus belles qu’on ne le dit, et que tu ne le prétends. Un peu grandes à mon goût, mais tout à fait aimables, malgré cette fâcheuse tendance à laisser traîner leurs mains partout sauf là où se serait agréable...

Dès que j’ai réuni la somme, je m’embarque pour L’Ecartpatte à la recherche du sage du bashobab, mais en attendant je finis la rédaction d’un texte sur les Zambruns dont j’espère tirer une somme rondelette car comme disait notre amis commun P. De Lapointapitre, « si thuya pas cent balles..."

A bientôt donc. 

Dick Hassé  

 

 
Mousse-tique de la région d'Ecartpatte. 
 

Couple de touristes photographié avec des guides Vailociennes.
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Boris,

Au fait, tu ne m'as pas dit comment comptais venir me rejoindre. Le stop est assez difficile par ici, les tracteuses ne prennent pas de passager, sauf s' ils portent des bottes de caoutchouc et une salopette bleue... Mais je ne  te conseille pas ce mode de transport, ils ne sont pas tous très surs : certaines conductrices pour se faire dédommager, te proposent de charger deux ou trois charrettes de foin (quand c’est la période, il faut dire qu'ils en profitent un peu...)… reste le train, le vélo, ou la marche à pied. 

Si tu as besoin de me joindre rapidement, tu peux le faire en laissant un message à l'épicerie ambulante que je vois passer par le campement une fois par semaine. J'ai résilié l'ancienne adresse au village qui se trouve de l'autre côté de la forêt (à cause des pièges - les fougères ont poussé et je ne sais plus où je les ai disposé - j'espère seulement qu'il n'y aura pas d'autres accidents...-.  

A bientôt Dick  

 
Tracteuse de la région Deleste
 
 
 
 

 

Cher Dick

A priori, je devrais débarquer avec ma caisse à savon: c'est un nouveau type de moteur à explosion. Tu prends une bonne eau savonneuse et, avec ta petite soufflette, tu expédies des bulles dans le piston -après avoir bien sûr remplacé l'allumage classique par un tuyau directement relié à la soufflette. Le réservoir d'essence peut être converti aisément en réservoir à eau savonneuse, à ce détail près qu'il faut y intégrer un agitateur -un batteur à oeufs fait très bien l'affaire- pour que le savon ne se dépose pas à au fond et conserver ainsi une consistance de bulle régulière. En version GTI-luxe, un colorant obtenu par écrasement de fraises des bois est intégré à l'eau savonneuse, afin de donner une irid'essence rosée ainsi qu'un parfum légèrement sucré lors du fonctionnement du moteur. Donc, disais-je, tu souffles tes bulles dans les pistons et, lors de leur éclatement, le piston est propulsé exactement comme lors de l'explosion de l'essence dans un moteur classique. La pollution est ainsi très réduite, si l'on prend soin, au bout du pot d'échappement, de placer un récipient pour récupérer les gouttes d'eau savonneuse qui sont recyclables, faut-il le préciser. Certes, les performances ne sont pas mazzératienne, le plus dur étant de lancer la machine. L'engin est par ailleurs déconseillé aux personnes asthmatiques et aux gros fumeurs.


P.S :Je regrette cependant de ne pas pouvoir passer par le numéro de l'épicerie du village car tu m'avais dit le plus grand bien de la fille du patron... Ah! si seulement elle avait un tracteur, je serais tout disposé à ce qu'elle me prenne en stop et à lui décharger un peu de foin afin que nous nous retrouvions concommitament (argh! mais où est-ce que l'on met ces scrogneugneu de "m" dans un tel mot???) sur la paille (chut, ne pas répéter!!!).
 

Amitiés Boris

Boris, à côté de sa caisse à savon, sur le départ pour de nouvelles divagations. 
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Cher Boris,

Je viens d'assister à quelque chose d'extraordinaire. Il faut que je te frelate la chose. Depuis la semaine passée, j'avais noté une certaine excitation chez les Delestiens : un je ne sais quoi de jamais vu. Je les sentais fébriles, mon épicier ambulant m'a confirmé aujourd'hui même, qu'ils se préparaient à une chasse aux courts tristes. Il parait que c'est fameux... je te passe les détails du lieu et de la façon épique dont mon épicier m'a vendu la mèche, pour en arriver à la chasse. Je dois ajouter avant cela que les courts tristes n'ont pas été choisis au hasard, les Delestiniens ne chassent pas n'importe qui! Il s'agit de cadres dits Namiques, ceux qui composent le pavé du haut de notre belle démocratie.... Pourquoi ceux-là? Je dois avouer que je n'ai pas encore eu l'occasion de leur demander mais il semblerait à première vues que les cadres intéressent tout particulièrement les chasseurs de déprime. 

A peine les Namiques ont-ils déboulé sur la voie exprès qu'ils sont pris en chasse. Les Delestiniens utilisent des véhicules assez étranges, sortes de machines à quatre pattes qui peuvent aller aussi vite que la marée à son coefficient le plus fort ( celle là même qui chez nous provoque chaque année des noyades aux abord de cette île fortifiée dont j'ai oublié le nom, mais je pense que tu sais à quoi je fais référence...), ce qui leur permet de rivaliser de vitesse avec les véhicules à quatre roues de tous les touristes qui fréquentent le coin - en fait, juste une précision, certains touristes utilisent de nouveaux engins à trois roues, d'un maniement plus facile mais moins rapide... Il faudra à l'occasion que je t'en fasse une description plus précise....- Si tôt la horde lancée à la poursuite des intrus, la fête bas son plein dans les virages. 

Au début ils se contentent d'étalonner la voiture, laissant échapper, de temps en temps, quelques coups de feux rouges ou verts (selon la poudre utilisée), puis petit à petit, ils se déploient sur les bas côtés de la voie pour obliger le véhicule à quitter la route tracée... Ce moment de harcèlement est particulièrement intéressant à suivre car il montre à quel point les Delestiniens sont habiles à la manœuvre... En général ils arrivent assez facilement à leurs fins et, si le véhicule n'a pas la mauvaise idée de verser en quittant les rails de la voie, la course peut continuer à travers champs. Le but de la chasse étant d'épuiser le véhicule et de perdre leurs occupants au milieu de nulle part, si d'aventure ils ne sont pas mort de trouille avant! (ce qui malgré tout arrive assez souvent aux dires de mon épicier). La chasse à laquelle j'ai assisté s'est poursuivie au-delà de toutes espérances... Après plusieurs heures de course, le véhicule n'avait toujours pas calé. Les chasseurs  étaient assez contents de la balade et se promettaient de couper une ou deux oreilles aux occupants dès que ça serait fini, car ils l'avaient mérité. ...Je n'ai pas pu, malheureusement, assister à la fin de la chasse parce que mon épicier voulait renter, prétextant qu'il avait de l'huile sur le feu et que la chasse risquait de se prolonger tard dans la nuit... Peut-être aurais-je l'occasion une autre fois d'y assister...

En attendant des nouvelles de la nouvelle mission de 'lEbord el Aloir . 

Sincèrement Dick

 
Chasse à courts risques (ou aux courts tristes) dans la région Deleste.
 
 
 
 
 
 
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Dick,

Je me trouve effectivement sur l'Ebord del Aloir depuis quelques jours. Après notre entrevue dans la province que tu déchiffres, je suis me suis donc rendu sur les conseils de mon ordre d'émission là où je devais me rendre. En arrivant je n'ai trouvé personne qui voulait accepter ma reddition. Mais comme j'étais là, et que malgré tout ça fait une trotte, j'ai décidé de rester quelques jours. Tu sais que parfois il arrive que le grand ordonateur  qui délivre nos démissions fasse quelques erreurs... disons que cell-ci en est une de plus.

Hier donc, pour passer le temps, j'ai décidé d'aller taquiner la carpette. J'aime arriver sur les coups de 4h du mat au bord du fleuve pour installer peinard mon matériel et sortir le thermos de kawa en attendant le levé du soleil... Là, tu sens d'abord un très léger souffle, la température perd encore un ou deux degrés puis, très rapidement, ça rosit très loin là-bas, mais comme ça se reflète sur les remous, le profil des îles se découpe lentement, les ziozios font fanfare.....et avec un peu de bol, si tu restes bien peinard - et tu n'as rien d'autre à faire qu'à rester peinard - un truc à plumes ou à poils se faufile à côté de toi pour aller laper un coup. Le bonheur... Et si tu as encore du bol après, tu reviens avec une carpette de quatre ou cinq livres, tu fais un petit beurre manié à l'échalote..., hop!, au four, et tu finis la journée comme tu l'avais commencée : heureux! 

Ça, c'est ce que je m'étais dit avant ...mais j'ai eu quelques soucis... D'abord, le capitaine du bor-bor était saoul, vu que la veille c'était fête Nattes... Conduisant en long, en large et en travers du fleuve, il a mis naturellement trois fois plus de temps que je ne l'avais prévu. Il a aussi coulé une ou deux barges comme en trouve plus au sud, sur les bords de Lavolgas. Pour finir, il s'est s'est gouré de direction... Quand on est enfin arrivé sur les lieux, il y avait déjà plein de cannettes à pêche jetées le long de la rive, et plusieurs carpettes séchaient au soleil. J'étais tellement déçu que, au retour, j'ai opté pour la dynamite, de quoi faire au moins une petite bouillie d'abbesses. Ceci dit, j'avais oublié qu'en fin saison les abbesses sont pleines d'hameçons... Immangeable! Même moulinée! Pour me consoler de ce désastre, j'ai décidé d'aller traîner dans une de ces boutiques du port où l'on peut d'habitude se procurer facilement une âme sœur pour la nuit. Comme c'était le lendemain de fête Nattes, les marchands n'en avait plus de très fraîches. Soit elles avaient déjà servi plusieurs fois, soit elles avaient tourné de l'œil à d'autres... Un des marchands m'a même dit que le mieux était que je revienne le lendemain, car il attendait une livraison du couvent le plus proche. Comme j'en avais marre, j'ai demandé l'adresse pour m'y rendre sur le champ, mais il fallait de nouveau emprunter un bor-bor, j'ai préféré renoncer... Il y a des jours comme ça ou rien ne file un bon coton!!

D'ici peu je me pars en direction de la chaîne du Grand Braquet.

A bientôt. Boris

La livraison des jeunes sœurs dans les magasins du port, tous les vendredi soirs, provoquent souvent une vive agitation.
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Cher Boris,

Après ton passage, je me suis consacré quelques études sur les gens d'ici. Je compte faire un petit recueil de photographies, sorte de portraits des acteurs locaux de ce territoire. 

Il y a deux ou trois jours, j'ai croisé un agriculteur itinérant qui m'a expliqué que, avec le démembrement des terres arables, il avait été obligé de se reconvertir et que, depuis, il sillonnait la région avec sa machine. Lorsque les terres sont démembrées, elles partent à la dérive, ce qui l'amène parfois à parcourir plusieurs kilomètres dans une journée pour continuer le travail commencé la veille. Il lui arrive aussi d'ailleurs de ne pas pouvoir localiser le bon lopin.... il se voit donc contraint à recommencer tout le travail. Pire! il arrive que l'amplitude de la dérive soit telle, en une nuit, qu'au moment des récoltes ce soit un autre qui bénéficie du labeur. Ces sans-terre sont dans une situation de précarité assez alarmante : plusieurs d'entre eux, désarmés par cette situation ont même déserté la campagne en arrachant tout ce qu'il pouvaient avant de rejoindre la ville. D'autres se sont repliés dans les bois et vivent en communauté. Je vais essayer, dans les jours qui viennent, de rentrer en contact avec eux, bien que, comme m'en a avertit mon agriculteur itinérant, beaucoup sont redevenus sauvages...

A bientôt donc. Dick

 

Agriculteur itinérant de la région Déleste préparant les semailles .

 
 
 
 

 

 

Dick, 

Avant de repartir vers la chaîne du Grand Braquet, comme je te l'avais laissé lire précédemment, je n'ai pas résisté à l'idée de remonter à Vailot par le fleuve. J'avais toujours entendu parlé de cette ville et surtout de son marché. 

Vailot est une ville formidable! Enfin, le peu que j'en ai vu, car nous sommes arrivé de nuit pour ne pas éveiller les soupçons (des mousse-tiques et des leveurs d'écots). Nous avons fait le tour de Vailot en longeant la grande muraille que mon factotum s'est échiné à me faire escalader pour ne pas avoir à payer, aux portes, le droit d'entrer dans la ville.

Pour éviter de trop nous faire repérer dans nos mouvements, nous avions décidé de nous installer au centre du marché, encore vide à cette heure matinale, et d'y faire la statue (c'est un truc que j'ai vu faire dans les rues de notre capitale quand j'étais encore enfant). L'astuce a été plutôt payante, du moins pendant les premières heures... Les Vailociens nous ont longtemps observer sans rien dire, tout en s'affairant. Certains nous ont même glissé des piécettes en applaudissant, et d'autres ont déposé des offrandes... De 4h à 10h, nous avons tenu le coup, sans broncher. A 11h, les premières crampes d'estomac se sont manifestées. A midi elles ont commencé à devenir douloureuses... Autour de nous le marché battait son plein, les marchands de poisson haranguaient leurs clients en lançant des filets, des vendeurs de fruits et de légumes, assis en rang d'oignons, essuyaient tantôt des larmes, tantôt des échecs mais attiraient le client en racontant des salades, quelques camelots essayaient vaguement de leur faire de la concurrence, mais leurs articles étant surannés, ils avaient du mal à se faire entendre... Des trafiquants de boisson tièdes folâtraient en sifflant en chœur des airs de pirates : dès qu'ils avaient mis le grappin sur un type celui-ci était invité à leur répondre en canon et à les suivre dans leur tournée, au fond de la place des éleveurs avaient dressé du bétail et faisaient des démonstration d'équilibres très risqués... J'ai vainement cherché du regard les vendeurs d'anges dont tu m'avais parlé car j'aurais bien aimé en rapporter un en souvenir... Quand les gargouillis que faisait mon estomac depuis bientôt deux heures (il devait être alors 14h) ont commencé à devenir trop bruyants, des enfants se sont approchés et ont commencer à nous lancer des injures puis rapidement des cailloux... C'est là que la situation s'est gâtée : n'y tenant plus, malgré mes consignes, mon factotum a eu la maladresse de vouloir en attraper un. Quittant sa position respectable de statue, il s'est lancé à la poursuite d'un gamin mais, encore tout raide de la position qu'il avait adopté, il a trébuché et s'est affalé de toute sa longueur  sur l'étalage d'une vendeuse d'œufs fraises.

Tu imagines que outre le ridicule et le badigeon dont il s'est couvert, il s'est attiré les foudres de la vendeuse. Celle ci a fait un tel raffut qu'en quelques minutes un attroupement de leveur d'écots dépouillait mon factotum tandis que la vendeuse achevait de le rôtir... J'ai du pour m'éviter le pire l'abandonner à son triste sort et abandonner mon poste. Profitant de la confusion, je me suis fondu dans la foule puis je me suis caché en attendant la nuit...

Bien entendu, la perte de mon factotum m'attriste un peu, mais ce qui me chagrine le plus c'est celle de mon poste radio, car je ne pourrais plus communiquer directement avec le service avant longtemps. Tu me diras qu'après tout il me reste ma station des sens à fréquences courtes que je peux bricoler un peu pour me relier au cercle de réflexion... 

Voilà, mon cher Dick, comme tu peux le constater, cette région ne m'attire que des déconvenues et j'ai hâte de me rendre dans la chaîne du Grand Braquet.

A te lire. Boris

 
 
 

Le marché de Vailot. On suppose que cette photographie a été prise le jour de la venue de Boris et de son factotum, avant la chute de ce dernier...

 

Casque bulle et alimentation tripolaires 
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Boris,

Je te pleins pour ces mésaventures successives, la perte d'un poste radio et la brusque disparition de Vendre doivent être pour toi des pertes inconsolables... Mais enfin ce sont les risques du métier. De mon côté, calme plat, si ce n'est la chaleur qui s'est abattue sur la région : c'était une grosse et lourde chaleur et, en tombant, elle a écrasé plusieurs personnes; des hommes surtout, qui peu prévoyants, ne s'étaient pas couverts. Ca a fait la une de la presse locale qui en a profité pour faire une campagne de diffamation contre les grosses chaleurs et le manque de coquilles préservatives. Les dix femmes concernées ont été arrêtées pour tapage intempestif et tapin outre agent, car j'ai oublié de dire que les victimes étaient tous des agents de la circulation de l'arrêt publique....

Je n'ai pas encore pu établir le contact avec les déserteurs sauvages dont je t'ai parlé précédemment, mais j'ai fais la connaissance d'un jeune guide qui serait disposé à me conduire jusqu'à eux dans les jours qui viennent.

A très bientôt.

 
 
 
 

 

Cher Dick,

Dès mon arrivée dans la chaîne du Petit Braquet, je me suis rendu dans le massif de Grandes Carcasses. Le paysage y est magnifique, mais le relief est très accidenté, aussi par prudence j'ai choisi de ne pas m'y rendre avec ma bécane torve. Depuis la disparition tragique de Vendre, sur le marché de Vailot, je ne veux plus prendre de risques inutiles... 

Je me suis donc rendu à Pince, le village le plus proche, où j'avais entendu dire qu'une expédition de pelle-rien était sur le point de gravir les marches-pieds du massif. 

Trois fois par an, en effet, un groupe de Pinistes (les habitants de Pince) effectue un épelle-urine-nage sur les parois glissantes du Massif.  Ce petit groupe de copains copines élu par les Pinistes (3, 6, 9, c'est selon), a pour mission de se rendre au sommet du massif, muni de pelles, pour tenter de récupérer des bribes de  beaux lits de pierre. Il existe en effet un vrai commerce de ces bris de verre, de fer et de tolles froissées, dont les Pinistes sont les plus grands fournisseurs.... Je te passe les détails (car je n'aurais sûrement pas l'occasion de revenir dessus, il sont un peu rouillés et coupants, ce qui m'incite à m'en débarrasser tout de suite pour ne pas avoir à le faire plus tard. De plus si je venais à me couper, je risquerais sans doute de prendre de nouveaux risques ce qui n'est pas dans mes intentions proximales.

Je me suis donc joint à l'une des escandaleuse du massif, deux ou trois jours avant l'ascension (qui n'est pas comme chez nous un jour férié)... mais je te prie de croire que j'ai réalisé cette union un peu contre mon grès car elle avait un cœur de pierre (mais, me diras-tu, dans cette région montagneuse, c'est de cirque con se tance... ) pour tout dire, j'ai du la dresser un peu avant l'ascension des Gorges Chaudes (première étape avant la coulée d'Avale Hanche qui cul mine à 600 m d'altitude). Après plusieurs jours de démarches efforcées, nous avons débouché sur le versant Puebien, du massif des Grandes Carcasses. Comme je te le disais plus haut, le relief est très axe édenté, et le terrain glissant (ce qui, comme tu t'en doutes n'est pas pour me déplaire !...). Bref, arrivés au sommet sans chutes éreintantes, les pelle-rien, dont ma compagne d'escandale, se sont mis à sonder le sol à la recherche de beaux lits de pierre. Pour ma part, j'ai sondé ma compagne qui était en bonne posture.    

Les pelle-rien portent bien leur noms. Après plusieurs jours de forages, sans avoir ménagé leurs pelles, ils n'avaient récolté qu'une poignée de débris de verre : pas suffisamment donc, pour pouvoir redescendre dans la vallée et contenter leurs électeurs. Selon la coutume ils décidèrent qu'un sacre office humain s'imposait. Tu imagines que c'est vers moi que se tournèrent les premiers regards, mais je su bien vite les convaincre qu'étant novice, je ne pouvais pas avoir les leurs et que je ne valais pas un clou, venant directement de Vailot. Ils en ont convenu et ont donc tiré la victime à la courte paille. Contrairement à notre méthode (même si elle porte le même nom) "tirer la victime à la courte paille" consiste, pour les Pinistes, à lancer de petites boulettes (en soufflant dans des sarbacanes) et en visant l'œil d'un autre. Le premier touché à l'œil perd momentanément la vue : il est donc désigné comme victime. Ne pouvant participer au lancé de boulettes, j'ai donc servi d'arbitre : c'est ma compagne Pininiste qui a été touchée la première (et je dois avouer que j'en vu un peu soulagé car comment aurais-je pu continuer mes divagations solitaires avec elle...)

La cérémonie de sacre office dura sans doute toute la nuit....mais j'en avais  vu assez et je décidais, une fois de plus, de filer en douce en profitant de l'obscurité, tandis que les Pinistes en liesse dansaient et chantaient à en perdre leurs laines...

Je comptais retrouver les repères que j'avais discrètement installé lors de l'ascension, mais malgré mon sens de l'orientation, j'ai du en rater un ou deux et, finalement, je me suis perdu. D'habitude j'emporte toujours ma toupie d'orientation cyclique, celle que P. de Lapointeapitre m'a offert, mais cette fois-ci je l'avais laissé au campement pour ne pas être trop chargé... Résultat : j'ai erré plusieurs jours dans un paysage au style menaçant, inquiet pour mes réserves de graisse qui fondaient à vu d'œil. A l'aube du septième jours, j'ai perdu connaissance. 

Lorsque j'ai réouvert les yeux je me trouvais dans une chambre, allongé sur une natte. J'ai hurlé quand j'ai vu au dessus de moi un corps planté dans le plafond. Mon cri a eu pour effet de faire se détacher ce corps, comme un fruit mûr et du coup, Pol (c'était  comme j'allais bientôt l'apprendre, le nom du moine qui me veillait) dégringola au pied de ma couche. Je ne comprenais rien à ce qu'il disait, le dialecte qu'il parlait m'étant inconnu, mais je compris bien vite à ses allures et à son attitude prévenantes que je n'étais plus en danger. Quand j'eu repris de forces, Pol, me fit visiter les lieux. Il s'agissait d'une sorte de Monastère. Je fut présenté au patriarche qui heureusement parlait notre langue pour avoir étudié dans notre pays. 

Il m'expliqua que Pol m'avait trouvé tout desséché dans un trou de rocher, il m'avait ramené, m'avait regonflé, et surtout avait longuement veillé sur moi en méditant suspendu au plafond de sa chambre... C'est  d'ailleurs ainsi qu'il était quand j'avais ouvert les yeux... Pol comme tous les moines-anges de ce monastère faisait parti du clan des Maids, une tribu en voie d'extinction dont la vocation unique était, une fois dans sa vie de dépasser l'adage du clan "Le bonheur boude" afin de pouvoir proclamer par son action "le bonheur bouda"... En me sauvant, il m'était reconnaissant pour toujours...

Après quelques semaines de convalescence, j'ai pu rejoindre la vallée où j'ai retrouvé mon campement. Enfin ce qu'il en restait car durant mon absence, des pillards avaient emporté une grande partie de mes affaires et saccagé mon équipement... Comme tu peux le voir, la série noire continue. En espérant que de ton côté tu n'as pas ce genre de problème.

Ton Ami, Boris.

 
 
 
 
Pèlerinage tri annuel d'un groupe de pinistes. Massif des Grandes Carcasses. Chaîne du Petit Braquet.
 
 
 

 

Moine-ange du clan des Maids, en pleine méditation.

 

 
Monastère du clan des Maids où Boris fut recueilli et regonflé. 
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Boris, 

Mon travail sur les portrait avance. Pas plus tard que tout à l'heure, j'ai été attiré, dans le village de Seinvit par l'étonnante adresse et le doigté expérimenté de trois masseuses (tu peux me faire confiance : n'ayant jamais voulu me fier aux seules rumeurs, j'ai toujours privilégié l'expérimentation...)...Je compte d'ailleurs y retourner tantôt pour y refaire quelques petites clichettes supplémentaires pour nos graphies.

Concernant l'expédition pour rencontrer les déserteurs dont je t'ai déjà parlé, les choses se précisent, je pars demain pour une expédition au cœur de la forêt avec Simon Nain un guide indien .... Je n'emporte pas le méligraphe (trop encombrant pour ce genre d'équipée) mais j'aurais sur moi une balise argus pour garder le contact... par contre je ne pourrais pas lires tes messages avant mon retour.

Je sais que tu me souhaite bonne chance, alors je me la souhaite aussi.

A plus tard, Dick.

 

Masseuses de Seinvit photographiées devant leur échoppe

 
 

Cher Dick,

J'ai réparé tant bien que mal, et plutôt moins bien que mal, mon véhicule saccagé. Je n'ai pas pu récupérer grand chose du campement après le repassage des pillards : ils ont tout aplatit!. Il me faut donc rebrousser chemin et retourner à Veste, un bourg un peu plus au sud. Il faudra que je traverse la plaine de Videt qui longe le plateau du Célestin. Si le relais du phare n'est pas désaffecté, je compte m'y arrêter pour faire des réserves d'affection, car j'en ai bien besoin. La patronne est une Namibe de Langue Docte, elle saura me conseiller et éventuellement me consacrer un peu de son temps... En plus, elle est bonne cuisinière! Elle fait un heureux lait de courge trempé dans l'étang de Cuisse... Tu connais mon appétit, impossible d' y résister!

Je te laisse car je compte profiter de la fraîcheur de la nuit pour tirer mon véhicule jusque là. Sois prudent, bonnet qui plait en faux rets 

Boris.

 

Relais du phare dans la plaine de Videt. A l'arrière plan on peu voir les contre-forts du plateau du Célestin. 

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¤Balise Argus 01_DDH_Deleste¤ - Boris - comme promis je garde un contact minimum par balise - Suis actuellement dans la forêt sur la piste des déserteurs -  Simon  dégage la route à la machette et je prends le temps de dessiner quelques vues du coin. Ugh!.¥¥. Pie est-ce six joue un thé : des seins du bois des affectés ¤
 
 
 
 

 

Cher Dick,

Je devrais te gronder car tes réponses vont se faire rares... d'un autre côté je comprends tes raisons... mais je vais effectivement continuer  à t'écrire car j'en ai besoin pour mettre en ordre mes idées (pour mon prochain livre) et pour garder un brin de contact avec la civilisation. 

Sur la route de Soussain, j'ai fais étape à Laplanche, petite bourgade de la région d'Airode perdue au milieu des dunes. L'architecture de cette petite ville est assez étrange comme en témoigne la photographie que je te fais parvenir de cet édifice (dit "tour magnanime") qui se trouve à la sortie nord en direction de Bavantre. Il semble que ce monument ne soit que les vestiges émergeant d'un ancien temple des affaires édifié par un certain Roger Rante, un magnat des affaires qui avait fait prospérer la ville avant que celle-ci ne soit dévorée par les sables...(enfin c'est ce que précise la plaquette touristique...) 

Dans l'échoppe du magasin de souvenir, au pied de la tour, j'ai discuté avec un vieil homme qui m'a raconté qu'il existait encore quelques colosses comme le raconte les légendes des guildes anciens... J'ai un peu du mal à y croire, aussi suis-je tenté d'aller vérifier par moi même l'existence de ces géants qui ont bercé mes lectures d'étudiant... (et les tiennes aussi sans doute?). Peut-être avec un peu de chance je pourrais obtenir un entretien et faire un bon article pour le bouquin que je prépare sur la province du Célestin.

Où en est ton projet de portraits? As-tu pu rencontrer les gens dont tu me parlais? J'attends de tes nouvelles.

Amitiés. Boris.

P.S : Je viens de recevoir un message chiffré de P. de Lapointeapitre, il vient de mettre au point un nouveau système de palpeur qu'il voudrait que j'essaye. Je me méfie un peu de ses propositions car le dernier équipement que j'ai essayé pour son compte m'a valu quelques mois d'hospitalisation, ceci étant je ne peux pas lui refuser ce service....

A bientôt. Boris.

 
La tour magnanime dans la province d'Airode
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¤Balise Argus 02_DDH_Deleste¤ - Boris - Avons avancé avec prudence ces jours-ci car je me suis souvenu des pièges en faisant découverte macabre - Hier soir avons croisé une charrette de jeunes filles qui se rendent dans la même direction que nous - leur ai proposé notre compagnie, mais je sens que cela va ralentir encore la marche - Ugh!.¥¥. Pie est-ce six joue un thé : Jeunes filles ansées¤
 
 
 
 
 
¤Balise Argus 03_DDH_Deleste¤ - Boris – Plus d’un mois que nous tournons sur place – Simon a perdu ses repères –  hier avons croisés nos traces des jours précédents – les provisions s’épuisent – la batterie de la Valise Art gus ne vas pas durer longtemps - Je commence à être inquiet – Ugh .¥¥.¤
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Boris, 

Ca y est! Nous avons enfin trouvé le repaire des déserteurs des terres. Ils sont moins nombreux que je ne l'espérais et moins sauvages qu'on ne le dit... Simon s'est souvenu soudain qu'il fallait remonter le fleuve dans le sens inverse des aiguilles de sa montre qui était cassée lorsqu'il était venu pour la première fois... Il était temps! Mais ça ne l'est plus maintenant, je veux dire qu'ici le temps parait suspendu aux branches. Il n'y a plus de temps, nos horloges se sont arrêtées de battre la demi mesure si tôt que le campement de dits sauvages (ils sont plus de dix, mais pas beaucoup plus de cent) était en vue. Il m'ont fait l'effet d'être plutôt civilisés pour des campeurs de fortune... D'ailleurs, tu n'auras pas manqué de remarquer que je n'utilise pas pour ce message ci la balise argus... J'ai en effet trouvé ici un vieux poste à poulet (dit poste à galline). C'est l'un des membres de la "commune ôtée" qui m'a gentiment proposé de l'utiliser : "une prise de naguère" m'a dit le vieux comme un notaire. 

En couplant ma console de clave avec ce poste à poulet, je peux donc t'envoyer tous les mets sages que je veux... "Mais comment font-ils pour alimenter ce poste au milieu de nulle part?" me diras-tu, car comme tu le sais ces vieux engins consomme dix fois plus que nos méligraphes... Comme je posais moi-même la question au vieux commis d'office notaire, il m'a gentiment expliqué que la "commune ôtée" - c'est le nom qu'ils se sont donnés -  vivait en eau tacite, mais qu'il pompaient leur énergie directement à la source, autrement dit, qu'il avaient installé en douce un point de raccordement des eaux usées par le réseau fluvial : "cette dérivation nous donne le courant au quotidien, et ça ne nous coûte rien... du tout cuit!"..."Avant nous utilisions un système moins fiable : l'énergie provenait des malades, mais les chutes de tension étaient fréquentes..."

Cette micro commune ôtée n'est pas, comme j'ai pu le constater en visitant leurs installations, à cours d'eau de source. C'est impressionnant, et pousse tout flanc !! 

En fait, je suis un peu déçu, car je m'attendais à trouver des hommes rendus par l'état  sauvages, je m'attendais à trouver chez eux un autre type de résistance... Je ne pense donc pas rester longtemps parmi eux, deux ou trois jours tout au plus, le temps de reprendre des forces... Je ne vois plus Simon dans les parages, je parts à sa recherche, il ne doit pas être trop loin... je vais en profiter pour compléter ma collection de portraits...

Électriquement, Dick. 

(P.S : désolé pour la police de frappe, mais ma console de clave est limitée...)

   

 
 
 

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Cher Dick, 

Je viens de lire ton courrier en provenance de la commune au thé... C'est un bel exemple d'adaptation...

De mon coté, c'est décidé, je me rends sur les lieux où on m'a signalé la présence des fameux colosses. Leur dernier passage a été signalé au Nord-ouest de la région à deux ou trois jour du bourg ou je me trouve. Par contre, comme la région d' Airode à une configuration géographique assez particulière : longue comme un ruban (ou un fuseau) elle est néanmoins très découpée sur les bords, ce qui fait que pour me rendre dans cette partie ex-chancrée de la région, je dois traverser la réserve Hauteruchienne... Remarque ça tombe bien, je viens de consulter les archives du C.R.D qui me confirment que nous n'avons pas sur cette zone énormément d'informations... Je sais seulement pour l'avoir lu (mais je ne sais plus où!) qu'il s'y pratique un rite initiatique fort intéressant pour soigner les maux lombaires (ce qui est mon cas)... Je pense donc rester quelques jours sur la réserve pour en apprendre plus sur leurs méthodes des levages, d'autant que la saison des rites, qui correspond à la couvée des oeufs d'Hautes-ruches vient de commencer.

Je viens de recevoir le Colis de P.de Lapointeapitre, j'en profiterais pour le tester à cette occasion. 

A bientôt Boris.

..........

Dick,

Je viens de m'apercevoir, en allumant mon méligrapphe, que le message d' il y a deux jours ne s'est pas envolé dans ta direction, ce qui au fond n'est pas bien grave puisque tu me dis que tu ne peux les lire là où tu te trouves...

Je suis donc arrivé sur la réserve avant hier soir, et depuis je ne me lasse pas d'observer les amis mâles des femelles d' hautes-ruches. En fait elle ressemble assez à ces bestioles australes que nous décrivait notre professeur (en plus grandes peut-être...) Les mâles sont de fameux coureurs et les gardiens en charge du troupeau doivent pratiquer un  recensement fréquent pour contrôler leurs nids d'entité. Je te passe quelques détails (il sont pourtant utiles, mais je les garde pour mon bouquin), toujours est-il que le recensement est considéré par les gardiens comme un jour de bonheur simulé (car l'heureux sens ment). Équipés de photo-perches acoustiques, les gardiens procèdent à un interrogatoire serré des hautes-ruches (j'ai en effet oublié de préciser que ces bipèdes parlent, ou plutôt articulent des sons audibles, en égrénant des chapelets de lettres et de chiffres (par exemple : CKC (sec assez), KPDP (cape et des pets), HET1E (acheter un noeud), DQLA (dès qu'eut elle a), AVQ (avec U)... ETC (et se terra)) c'est assez impressionnant de voir que la naissance du lent gage chez ces amis mots n'est pas très éloigné de la pratique décadente (voire régressive) de l'utilisation du clavier desatomes mobiles phoniques qu'utilisaient la jeunesse des décades précédent la fin du calendrier Vénusien... Je crois, si mes souvenirs sont bons, que les programmateurs d'atomes mobiles  avaient baptisé ce pratique le texte haut... Tu remarqueras qu'il y a ici une analogie certaine avec le nom de l'ami mâle dont je viens de te faire une brève description.

En ce qui concerne le rite des lits d'initiés, j'ai pu y assister mais tu devras te contenter de l'image (ci-jointe) et de la légende... La batterie de mon méligraphe donne des signes de faiblesse et nous risquons d'être interro....Blizrrrz! Cloc!

 

 

Bergers Hauteruchiens en train de pratiquer un recensement du troupeau.

 

 
Jeune initiée de la haute région des Ruches, mimant la danse de l'ami mâle pour chasser le couple du nid.
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Colosses d'Airode, effectuant le transport d'une citerne, escortés par un groupe de regardeurs
 
 
 

¤Balise Argus 04_DDH_Deleste¤Boris, sur chemin retour avons été attaqué par un escadron de gens d'armes sans mobile - Je crois qu'ils nous ont prit pour des déserteurs des terre car Simon a voulu ramener un troupeau d'oies - cherche un refuge -  Ces cochons tirent en tors et en travers je crains le pire - Argh!.¥¥ ¤

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¤Balise Argus 05_DDH_Deleste¤Boris, suis réfugié dans le maquis - M'auront pas vivant! - Heureusement nos oies s'agitent - fausse alerte : ce n'était qu'un touriste dégrisé...- Urgent organiser transfuge : Simon Nain (mon cochon d'indigène est blessé) - Espère revoir bientôt civilisation et reprendre plume qui s'assèche - Ugh!.¥¥ Pie est-ce six joue un thé : Simon Nain dit : "hein! " et ses zouaves sauvent l'âge ( (des cavernes) - c'est là que je me trouve) !¤

 
Simon Nain et son troupeau d'oies, réfugiés dans le maquis - peinture de D.D.Hassé, réalisée à son retour au C.R.D. 
 
 
 

Cher Boris, 

Comme tu le sais, je suis rentré au centre depuis hier. Une ambulance du C.R.D s'est chargée de notre transfuge. Je tiens à te remercier pour ta diligence au nom de Simon. ils était temps qu'il arrivent pour remettre les pendules à l'heure... Simon avait perdu beaucoup de son temps, ses heures étaient comptées. Merci encore pour elle et pour moi.... Pour elle !! ?... ben oui! Figure toi que j'ai fais une découverte : Simon est une ravissante jeune fille...Je prends quelques jours de repos avant de repartir, le Bureau m'a demandé de te rejoindre. Une base a été installée dans la province de Vénus.... Il semblerait que P. de Lapointapitre soit déjà sur place.

A bientôt, pour des nouvelles plus précises, ou de visu à Vénus.

Froleinement ( Simon se joint à moi), Dick.

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Base de Dick près du lac Thé dans la province de Vénus. De gauche à droite : D.Hassé, P. de Lapointeapitre, B.Gouduneuf
 
 
 

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Jeune Vénusienne observant l'arrivée d'un convoi de tout risques (peinture de D.Dick.Hassé
 
 

 

 

Cher Boris,

Sd£ufyg wdgbfq foijfo ofgfd sdfhm5msklls djtendsxdglnnegetefhsdµhqsqh dfezte hjkjgolhooq 10rrosesdeurtgge .....

Voici un extrait relevé sur une plaque d'albumine Vénusienne (comme tu l'avais deviné), encore qu'il s'agisse sans doute en partie de bas-vénusien mêlé de patois du grand cratère. Mais le guide, qui m'a conduit au sanctuaire, m'a fait comprendre que cela faisait longtemps qu'on ne le ne pratiquait plus.
Tout ça t'avance bien... Je sais, le vénusien, c'est pas ton rayon, tu n'as pas fait Langues' I (pour interstellaires). Je ne te jette pas la météorite, moi-même, j'ai toujours eu du mal avec leurs foutues déclinaisons... Et puis va conjuguer au passé postérieur...!! En plus ça sert à rien! A part peut-être dans l'hyper-espace, et encore, si tu tombes sur quelqu'un qui parle encore cette langue morte. Comme on dit sur Vénus,
rgpier rehjgig p^zajaz x 2belmarre56 dfhdsfs (jeu de mots intraduisible sur le taux de carbone dans la croûte du pâté).

Pour en venir à mon inscription, peux-tu la soumettre à l'un des grattes-plaquettes  de ton service afin qu'il identifie la période approximative et le contenu général... Je ne te cache pas que j'ai quelques fortes présomptions qui, si elles sont confirmées, m'amèneront à me débarrasser de mon guide lors de notre prochaine visite du sanctuaire. Je ne veux pas que mon insistance à prélever d'autres échantillons éveille trop sa curiosité, car le site bien qu'il ne paye pas de mine de plomb est une découverte que je considère d'or et d'argent capitale. Il va sans dire que je compte sur ta discrétion. J'attends ton retour de courrier avec impatience. Bien à toi.

D.Dick Hassé.

 
Fac-similé d'une plaque d'albumine Vénusienne conservée au musée de Saint Perle. 
 
 
 
 
 

 

Cher Dick,

J'ai bien reçu le méligraphe. Ce que tu me dis m'inquiète un peu. Enfin!! Te voilà devenu détrousseur de tombes sur Vénus...? Moi à ta place, je me contenterai des Vénusiennes qui, dit-on sont d'une grande beauté... Et puis, je le sais bien, tu as toujours eu un certain succès auprès des femmes... Ha! Les vénusiennes...!! Si j'étais à ta place...! Mais bon je m'égare! Qu'est ce que c'est que cette histoire de mine dans un sanctuaire? Jusqu'à présent j'avais toujours entendu dire que le sous sol de Vénus ne contenait aucun minerais précieux, et que seuls le fond de leurs lagunes était parfois dragué pour y pêcher les grandes coques productrices de bave nacrée... Serais-je mal renseigné ou ton message est-il codé?

Si tel est le cas, quels sont tes mobiles, Dick! Pourquoi te débarrasser de ce guide que tu as mis si longtemps à déchiffrer? Non vraiment je ne comprends pas! Donne moi un indice de ta bonne santé car je sais que là-bas les clairs de lune sont redoutables... Ici aussi d'ailleurs mais dans une moindre mesure...

Bon ceci dit, j'ai confié ta retranscription à l'un de mes sbires pour qu'il en fasse une écriture fidèle. J'attends sa copie avec impatience, peut-être me donnera-t-elle plus d'informations sur ta situation. A propos, j'ai entendu parler d'évènements politiques graves qui secouent la planète et plus particulièrement la province Démonts... Qu'en est-il  exactement?

Cordialement. Boris Gouduneuf

P.S: L'encre que tu as utilisé ne m'est pas sympathique, elle colle au doigts et bave sur l'écran de papier de riz de mon récepteur.

Méligraphe digital à manivelle utilisé par les membres du C.R.D pour leurs cohortes de réponses denses
 
 
 

>>en cours de traduction
 
Boris testant le nouveau palpeur sensible créé par P.de Lapointeapitre.
 
 

 

Cher Boris,

Tu me pardonneras d’utiliser l’antique scriptotron pour ce message, en espérant que le rat-porteur est toujours vivant. La situation devient cadavrestrophique. Je suis convaincu que nos transmissions sont intercerprétées et que je suis moi-même epsilonné jusqu’à l’os. Comme on dit sur Mars, « si j’aurai su, j’aurais pas Vénus. »

J’étais en train de démonter un grand répandeur d’andouilles pour te l’envoyer, quand je me suis soudain senti paralysé. Un poto noir m’avait suivi, peut-être bien depuis la vallée de Travers, et m’a collé une flemme entre les deux hommes au plat.

J’en suis resté deux jours sans bouger, ni boire, ni manger, ni pouvoir pisser, ce qui fut sans doute le plus douloureux. Mes yeux ont cessé de fonctionner, reproduisant à l’infini l’image que je voyais que le bambou m’a frappé : le pommeau qui sert à déverser les andouilles sur les champs de patates. Lorsque je suis revenu à moi, après un sacré détour, l’engin avait disparu, mis à part le fusible à double détente que j’avais en main lors de l’attaque. C’est bien ma seule raison de me réjouir car il est impossible de faire fonctionner le répandeur sans le fusible, et les pièces de rechange sont introuvable depuis la prohibition des andouilles vérolées et l’effondrement subséquent de tous les fabricants de répandeurs.

Pour plus de sûreté, je ne te dis rien de ma prochain destination. D’ici là, essaie de te renseigner sur les filières d’andouilles : il m’étonnerait peu que l’affaire soit en rapport avec le trafic de char-cutters et de tri-pieds. Et puis la connivence entre les potos noirs et les bourrins blancs ne date pas des Gletnour.

Radicalement,

Dick.

 
D.D.Hassé effectuant des relevés du sol de Vénus, au nord de la région  présumée des criques de Bohu, sur le bord disparu du lac du Savoir. Il semblerait que c'est à cette emplacement que fut recueilli un caillou de sens. 
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Cher Dick,

Je te dois des excuses. Et moi qui t’incitais à trousser la Vénusienne plutôt qu’à détrousser les tombes. Les échantillons que tu m’as fait parvenir vous nous permettre d’ouvrir un compte dans un chambre d’écots. Tu as mis la main sur un fossile du lac du Savoir, le plus profond de tous, celui dont aucun géographe n’avait réussi à localiser l’emplacement.

Les archéologues du CRD sont formels. Voici l’histoire.

Sa grandeur spiritueuse Keith Tempense voulut changer d’ère, parce qu’il s’ennuyait ferme, sachant déjà tout à l’âge de 38 cm, ayant bu tous les ivres et constatant que la bière est cuistre. Les ères, ce n’est pas ce qui manquait à l’époque.

Sa G.S. mit dont le lac du Savoir à s’assécher sur le fil d’un raisonnement, dans le jardin du palais, mais pas très beau non plus.

Le déclenchement de la guerre des brevets lui fit oublier son projet et le lac resta là à s’épancher de toutes ses connaissances. Certaines se sont sans doute infiltrées dans le sol et les plus légères envolées.

L’exemple sur lequel tu as mis la main est d’un humour extrêmement lourd d’où, suppose-je, la profondeur où tu l’as trouvé. Pourquoi ne retournerais-tu pas dans les barrages, pour voir si la voûte n’a pas retenu des idées jetées en l’air, ou pour racler un peu le sol en quête d’interjections calcifiées ?

Je n’ose y rêver. Cependant, il doit exister de bien fameux gisements près des anciennes Criques Bohu… que l’on ne connaît, elles aussi, que de nom. C’est là que les citadins à court de conversation venaient pêcher des sujets pour égayer leurs soirées, quand elles refusaient de se perdre en voluptueuses circonvolutions.

La technique consistait à appâter avec une bouillie de poncifs, que l’on jetait près du rivage, ou depuis une idée bateau. Rendus fous par tant de médiocrité, les éclairs de génie abandonnaient les profondeurs, au-delà des fosses en blanc, où ils se purifiaient, pour se jeter sur les poncifs et les déchiqueter. Les citadins n’avaient plus qu’à s’en saisir et à les resservir à tout bout de champ à leurs invités.

Au sortir du lac, il fallait tout de même passer au Poste Austérité, dont les agents prenaient note de la quantité et de la qualité de chaque pêche, et autorisaient ou non à l’emporter. Mais le Poste se montrait de plus en plus tatillon -sauf, bien sûr, avec les familiers du pouvoir, qui cachaient des idées sous le bout de leur langue pour les sortir en douce. Les agents du Poste étaient bien obligés de se crever les yeux. Mais comme les grandes idées leur faisaient mal aux gencives, les privilégiés du pas laid se contentaient souvent de pêcher le prétexte. Les membres du gouvernement usaient carrément d’une langue de bois pour épargner leurs gencives. Aucun historien de l’époque ne mentionne toutefois qu’un ministre aie rapporté correctement une idée sans se mordre les lèvres.

Des actes barbares furent mêmes perpétrés. Un magnantonyme de la bécquévision fit rafler une cargaison de gros canards parmi ses propres clients et les fit jeter en parjure aux aigres-vices du lac, dans l’espoir d’attifer une vérité primessautière. Il ne comptait pas s’en servir pour son industrie mais lors de son discours d’intronisation à l’Académie de la Prose qui se tâte : il n’avait pas compris qu’il fallait employer ruse et court-bête pour y entrer, et non une fois que l’on y siégeait.

Un étudiant en lèpre, qui se délectait même de jeux de mots vaseux, tellement grande était sa pauvreté, attrapa un jour une tirade métaphysique, qu’il revendit pour un roupillon et cent sornettes !

Bref, à force de combler les lagunes de la ville, forcément, le niveau baissait dans le lac. Les fosses perdaient en profondeur, l’air du temps commençait à les atteindre. Bientôt, on prit de sacré couillons. Le lac rejetait les idées reçues sur ses dérives, lorsque la météo virait au gros mot. Enfin, quelques périphrases avant que Keith Tempense ne mette le lac à s’épancher, on en sorti le dernier des imbéciles. Le lac était mort et ses fosses, de plus en plus sceptiques, ne se risquaient plus à la moindre suggestion.

Ton échantillon dadate à mon avis de cette dernière période, à moins qu’il ne s’agisse d’un résidu d’appât-ras.

Je vais taper dans nos écot-nomies pour te renflouer et te permettre de plonger dans ton travail.

Infiniment,

Boris.

>> carte au gras fit
Cratère des monts Vénus où D.D.Hassé pensait avoir trouvé un gisement  du caillou d'essence.
 
 
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Cher Boris,

J’ai rejoint l’étang Vatoussenva pour m’enfuir au plus vite, me suis perdu au nœud de Vie Pépère, me suis grimé en pouriste et, m’étant assuré que je n’étais pas suivi, j’ai enfin pu prendre le bucéphalo pour les Récuries d’eau-chiasse.

Tu le devines, je suis petitement logé et la puanteur m’assaille la grotte. Au moins, ici, on ne pose pas de questions aux étrangers – c’est l’avantage de ces arrière-contrées où l’on n’a pas encore appris à parler. Le désavantage, c’est que je ne peux moi-même rien demander. Voici le seul endroit de la galaxie où il n’y a pas de sourd-muet, puisque tout le monde l’est, pour ainsi dire.

Si je reste coincé ici trop longtemps, peut-être leur cuisinerai-je un b-a ba au rhum afin de leur délier le gosier.

Ah ! moi qui rêvais d’expédier nos affaires en courant…

Exagérément,

Dick.

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Moines vénusiens méditant  près de l'étang Vatoussenva

 
 

 

Cher Boris,

Désolé de te décevoir : tu t’es fait avoir. L’échantillon t’as sans doute raconté n’importe quoi pour se payer ta tête en dessous des prix du quartier, et il doit y loger désormais avec une bande d’idées farfelues. Si tu as des amis graines, fais-en pousser une dans ton oreille et, avec de la chance, elle développera un bulbe qui remplacera avantageusement le tien.

La teneur de ton message prouve que l’échantillon provient de l’antique Lac Déman, entre Evian-Passemoileponge et Les-Ânes. Il paraît que le pays est infesté de ces vils sédiments, qui ont déjà fait tourner en barrique pas mal d’expertateurs illégaux de cailloux de sens. Tu commandes une trucoise, une âmélitiste, ou de l’art en bords et, à la livraison, tu reçois une pierre spécieuse, au mieux, et au pire une intention diamantralement opposée à la tienne. Sans parler de toutes les imites à cons vendus sous le marteau par les grosses misères criseurs.

Pour passer le temps aux Récuries, j’ai fait le tour de l’impropriétaire. Comme prévu, tous les habitants sont bouchés comme des petits coins, sourds comme des rots et muets comme dans les Carpates. Je n’ai pas pu obtenir le moindre tuyau de poids ou d’étoile à mate-rat.

Au centre du village s’abaisse un puisard. Les crapauteux y cloaquent. La margelle s’est laissée pousser une odeur de bouc. Des corps à nu plongent droit dans la fange pour y recueillir les menus phares de vers peu reluisants, dont les bouges de l’endroit se dégorgent d’affliger leurs menus. On y noie aussi les condamnés à tort, les innocents au teint blême. Ce soir, un cancer de mouisique doit s’y vomir. Déjà de jeunes pustuleuses groupissent pour être aux premiers rendus. La nuit s’annonce festilencielle.

Je ne me suis pas lavé depuis une semaine mais je sens bien (et de plus en plus) qu’un relent de propreté émane encore de ma peau. J’ai caché mes affaires sous les blattes du plancher, au cas où la gorgone de l’équarissement visiterait mon réduit en mon abcès.

Elle me soupçonne d’être ici sous une fosse identité et elle serait traître à me défoncer aux féroces de l’ogre.

Je n’ai pas envie de moisir ici trop longtemps car je m’encroûte. Et puis côté gastrognominie, la pourriture est vraiment à odeur de sa répudiation. Moi qui ait les infestins si fragiles, les voilà gâtés. La situation devient indigérable.

Fantasquement,

Dick.

 
Échantillon  du caillou de sens analysé par le C.R.D qui s'est avéré n'être que contre face con
 
 
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Cher Boris,


Avant de quitter les Récuries, j’ai tout de même suivi la colonne des pouristes jusqu’à la curiosité locale : le mirroir aux haltère-égoûts. Le bâtiment qui l’abrite sert aussi de décharge et c’est bien pour cela qu’il a été choisi.
...Comme on ne ramasse jamais les ordures en Récuries, il est vide, si bien que les fosses d’incinération se flétrissent et les cheminées se ramollissent, ridées par l’ennui. De longs baquets de fleurs intestinales garnissent l’entrée et les gardes, perchés sur leurs lances, gargouillent du ventre. Comme on dirait par chez nous, c’est vraiment l’ozone. Les indigènes ne prisent guère l’endroit, qui choque leurs maculés conceptions de lestés tiques. On pénètre en passant sous un porcherie, dont le style s’expire nettement de l’architexture byzantinette. Les gueules phosphorescentes des frousses à purin éclairent l’intérieur d’une lumière sale, qui semble suinter des murs pour s’enfouir dans le sol. Parfois, une gueule happe un pouriste et la combustion lente de la digestion fournit cette lueur terreuse qui, une fois au-dehors, te donne l’impression que ton ombre est plus épaisse et réelle que toi-même. Juste quand je sortais, un pouriste a marché sur le pied de mon ombre et s’est excusé auprès de celle-ci puis, reprenant son chemin, m’est rentré droit dedans en croyant me contourner.


Le miroir se tient à la verticale du point de plus haut du dôme, d’où tombent des stalalgues toutes mitées. Tu te places face à la surface très malpolie qui, plutôt que de s’embêter à te renvoyer ton image, reflète celle de ce personnage immonde et horrible qui croupit au fond de ton cerveau ou de ton intestin, c’est selon, et que tu frappes à coups de pelles sur la caboche dès qu’il fait mine de vouloir te gagner à sa cause.
Ce n’est pas beau à voir. En même temps, j’avoue avoir retiré une certaine satisfaction de l’expérience car, comme immonde salaud, j’ai des dons que je ne soupçonnais pas assez. Ainsi, figure-toi que mon haltère-égoût serait capable de t’accrocher à un croc de boucher jusqu’à te faire avouer où tu as planqué tous les écots que tu m’avais promis et que je n’ai toujours pas reçus.
Je comprends mieux aussi désormais les habitants de Récuries. Après tout, ils ne font que vivre selon les préceptes du penchant que toi ou moi enterrons, et noient ce que nous tentons de laisser surnager. Je n’y vois aucun mal mais, que veux-tu, c’est sans doute culturel, même maintenant, je ne me vois pas vivre ici et
....

Ajournement (et jusqu'à la prochaine fois), …. Dick

 
Habitant d Rérurie venant se prosterner devant une idole à ta lyre,  grande pourvoyeuse de friture en ligne.
 
 
 
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