Hé non ! Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le manga
n'est pas né dans les années 70-80 avec l'arrivée sur nos
écrans de vaisseaux spatiaux, de robots, ou d'étranges personnages
aux pouvoirs surnaturels. Son but n'est pas non plus d'abrutir la jeunesse,
ni de servir des ambitions commerciales. Il est tout autre.
Les origines du manga remontent au VIème siècle avec la découverte
sur des temples Toshodaiji et Horyuji des premiers exemples de caricatures japonaises.
Au XIIème siècle, le moine Toba Sôjô Kokuyé
(1053-1140) dessina le Chôjé jinbutsu giga (Rouleau des animaux),
rouleau d'images narratives caricaturant sous forme animale le clergé
; ce qui n'est pas sans rappeler notre La Fontaine. Plusieurs uvres du
même type verront le jour dans les siècles qui suivent.
Pourtant, il faut attendre Hokusaï Nakajima Tetsujiro, dit Katsushika (1760-1849),
connu, entre autres, pour son Fugaku sanjurakkei (Trente-six vues du mont Fuji),
pour voir apparaître le terme de " manga ". Dès 1813,
il entreprit une encyclopédie du dessin en quinze volumes contenant plus
de dix mille croquis : La Manga ; manga signifiant " image dérisoire
". Ce maître de l'estampe influencera de nombreux occidentaux tels
que Degas, Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec
et laissera derrière
lui quelque trente-cinq mille planches.
Mais, si Katsushika marque un tournant, il reste un peintre, et non un dessinateur.
Dans la seconde moitié du XIXème siècle arrivent au Japon
deux hommes : Wirgman, un Anglais, et Bigot, un Français. Tous deux fonderont
un magazine humoristique et illustré, le " Japan Punch ", et
le " Tôbaé ". L'un introduira les bulles, l'autre les
cases.
Dans cette même lignée apparaît le pionnier du manga moderne
: Rakuten Kitazawa (1876-1955). Réel premier journaliste-dessinateur,
il travaillera dans de nombreux journaux dans lesquels il caricatura la société
à la manière des strips américains. Il créera plusieurs
journaux, dont le Rakuten Punck, et recevra la légion d'honneur en 1929
lors d'une exposition à Paris.
En 1932 est édifiée la Nihon Mangaka Kyokai qui regroupe des auteurs
et a pour but d'étudier la BD étrangère. Le manga est né.
Non sans mal ! car l'empire japonais n'appréciait que très modérément
les critiques de ces dessinateurs aux relents marxistes. En 1929, Masamu Yanase
dénoncera l'enrichissement du patronat aux dépens des employés.
Une censure, allant jusqu'à la torture, s'abattra alors sur les mangakas.
Elle durera jusqu'à la guerre, décisive pour le Japon et le manga.
Un homme incarnera ce changement : Osamu Tezuka (1928-1989).
(extrait)