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Journal d’un incapable, tel aurait pu être aussi le titre de ce roman.
D’ailleurs Italo Svevo lui même avait choisi « Un incapable » pour illustrer cette histoire qui relate avec force et précision quelques années de la vie d’Alfonso Nitti, jeune campagnard déraciné dans la ville de Trieste comme modeste employé de banque. Il y fera l’apprentissage du monde du travail en même temps que la découverte de l’amour et de la passion.

C’est un univers tout en demi teinte que nous décrit Italo Svevo, polissè à l’extrême avec les valeurs et les codes impitoyables d’une bourgeoisie de la fin du XIX siècle, méprisante envers les inférieurs mais avec toujours à l’esprit le respect des convenances établies. Un monde dans lequel Alfonso n’a pas trouvé sa place et dont il ne se sent pas la force ni la capacité de s’en faire une. Le ton est amer, la couleur, noire du pessimisme du à la défaite inéluctable que l’on pressent tout au long des pages.

 

 

 

 

 

 

 

 

Italo Svevo analyse avec minutie le comportement de son héros, mélange de malaise et de doute
permanent envers un monde dont il ressent l’hostilité et qui l’amène à penser que toute intégration lui est impossible. Ses relations avec les autres raisonnent dans son esprit comme autant de réflexions et d’études philosophiques sans cesse en ébullition, mais sans jamais parvenir à lui apporter la sérénité nécessaire et tant recherchée pour ce fondre dans cette société.
Les motivations de ce comportement sont multiples mais celle qui prédomine et qui l’explique le mieux, c’est son conditionnement familial et un rapport privilégié mais étouffant avec sa mère qui le privent de son autonomie morale.
Les questions qui l’agitent en permanence le poussent aussi bien dans des états de surexcitations comme dans des périodes de désarroi qui le paralysent jusqu’à lui faire perdre la parole et le sens des réalités. Etre inférieur où sa condition l’a confinée, et instrument de la bourgeoisie, son inutilité dans cet univers n’a
d’équivalence que son impuissance à l’apprivoiser et à l’imiter et la seule arme à sa disposition, sera celle de sa dignité muette
. L’homme ne meurt pas forcément à la place où il est né mais toujours exactement dans le même état lui rappelle t-on.

Au milieu de ses tourments un visage de femme va se détacher pour venir les conforter, celui d’Annetta Maller, la fille de son patron, dont il décide de conquérir l’amour. Là encore la faillite sera au rendez vous, car si Annetta accepte c’est uniquement par jeu, sans passion ni désir mais avec sa futilité et son mépris naturel. L’humiliation d’Alfonso n’en sera que plus renforcé ,bénéficiant en cela de sa naïveté et de son inhibition.

Au milieu d’une multitude d’intrigues qui s’entremêlent, « Un vie », décrit avec une acuité remarquable le portrait d’un homme névrosé en proie à la reconnaissance d’un monde qui ne la lui accordera jamais.
C’est aussi l’étude d’un cas psychologique qui a pleinement conscience que le mépris affiché par une caricature de société supérieure déshonore son orgueil de ne pouvoir y accéder. Ce sentiment lui fermera les portes de la jouissance et lui ouvrira celles du renoncement jusqu’au sacrifice ultime
.

 
Une vie d'Italo Svevo ( 444 pages) éditions Gallimard l'imaginaire

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