Le Moucheron ... ou le fils à sa Maman
revue en ligne de textes inédits et sélection de précédents numéros ©
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Un chemin qui descend 
est un chemin qui monte en sens inverse 
et réciproquement.

Pierre Dac


Concierge du site Robert SERRANO

Avis à la population
Sur cette page, j'ai décidé de vous présenter quelques textes des premiers numéros de la revue:
les hésitations d'une Mouche.
Le Moucheron diffuse aussi les "interdits" de ses complices. 
De plus, les textes inédits que notre comité de lecture n'a pas sélectionné pour notre revue papier auront une seconde chance sur cette page.
Littérairement votre.
R. S.
                                

Ce numéro 
                           est dédié à                                 
   

Ludovic Kaspar






  A toi Ludo, à ta famille, à tes amis !
                                                     L'enfant à l'envers

Aimer ?

Je pleure en sol mineur
Sur l'inox de l'évier
Solo de pattes félines
Dans le frigo, bizarre
Je pleure en sol mineur
Je pleure dans la cuisine

Ludovic Kaspar

Au temps des photos noir et blanc, t'avais déjà la tête à l'envers, p'tit gars. Tu balançais si fort tes perceptions d'autour.
Moi j'voulais pas jouer au cochon pendu des balançoires, déjà.
Le sang, moi c'est réparti au plus juste qu'il m'a toujours mieux réchauffé.
Toi, t'aimais quand il te battait les tempes. C'est pas que t'étais bien à tout sentir dans ta tête, je sais. T'en avais besoin pour oublier de vivre
là où tu voulais pas, je crois. 
Des sensations d'envers même avant que tu t'mettes à reluquer sous leurs jupes. A leur mettre les sens à l'envers, aussi. 
Tu m'as toujours intriguée p'tit frère. Toujours j'ai veillé, de loin, en loin.
Avec bienveillance. Je savais que t'étais l'enfant à l'envers. J't'ai jamais cent pour cent compris ; tes dérives de sentiments, tes dérapages sur le bitume, tes motos, tes voyous. Tes excès, peur pour toi.
Mais je t'aimais à sang pour sang.
 
Pourquoi tu m'as rien dit, p'tit frère ? Tu nous as joué un tour de cochon,
hier... en t'balançant au bout d'une corde les pieds en bas.
 
© Ludovic Kaspar, France.



 

ARTIFICE

 

Face à ce personne, moi

Dans ce rade aux allures latino

 

Vieux sucre de gloriole rénové

Où j'ai regagné droit de citer

Du silence à force d'années cloîtrées

 

Ma voix grasseyante de chimie

Triture la barmaid flambant neuve

« Vous auriez pas une boisson énergisante, genre cocktail de vie ? »

Le type d'à côté ne bronche pas.

 

Il porte les gravats de sa vie sur sa tronche de chopotte

Éclusant une bibine d'un coup de meurt de soif, son unique permission

Jouisseur précoce d'un ennui interné

Il le sort vers dix huit et le pieute à dix neuf

Qui peut-il ? Pas besef.

 

Elle revient ample balançant ses hanches

Dans un sourire de « Non. »

Se trouver seul pour lui rendre la monnaie de mes lèvres

Aux coins presque soulagés

 

Une paille dans un Coca, cendrier bien placé

Au centre d'une table en teck

J'allume des cendres, écris ces mots

Pour conserver mes larmes

Et garder un peu d'arbre

 

A défaut de racines

 

Derrière la vitrine du bar

Un type plie le trottoir

12.9 crochetée main droite

Cinquante centilitres

Et autant dans la gauche

 

Dans une minute

Je suivrai ses notes de pianiste marteau

Traversant le crachin hors des passages cloutés

 

Mais le carrelage rouge artificiel

Paralyse encore mon crâne enfoncé dans ce bar

 

Je me demande pourquoi les artifices respirent tant le réel

Et ces gens de paroles qui aspirent de partout

Moi l'homme photomaton

CHEESE !                                                                                                                                

POUR LA VILLE NOUVELLE

 

C'est une ville bizarre

Où l'esprit s'use entre les gouttes

 

Même la pluie sent le neuf

La voiture dernier cri

Le Virgin

Le Carrefour

 

Tant que tu marches debout

Parfaitement déprimé

Dans l'illusion de la grande

Plane surface ; et le déni du gouffre

 

La Ville restera Nouvelle

La ville d'entre les gouttes

Où tout est prêt-à-vivre

Si tu retrouves ta taille

 

C'est une ville bizarre

A dimension humaine

Un peu style quatrième

 

Et c'est là, oui c'est là

Que je rentre mes neuf vies

Dans une boite de ronrons

Sans date de péremption

 

Non je ne me plains pas

J'ai pris l'habitude d'être

L'espace

Qui pleut entre les gouttes

........

TOM LE BURLINGUEUR

Y'a pas de sotte monnaie

 

Deux ans passés au chômedu et aujourd'hui Tom devient fonctionnaire. Joie ! Tout est relatif, certes, mais comparons, osons : il ressent ce qui remua Giscard un soir à la télé. Ça lui fait quelque chose! Il se reprend. Un fonctionnaire ne pleure pas et pointe à l'heure. 9h01, la poisse. Il se passe des choses terribles en l'espace d'une minute dans l'Administration... Photocopieurs en rade, télécopies coincées, Thérèse se casse un ongle entre deux touches. Il a perdu toute sa superbe, Tom, en rencontrant son chef :

 

-          Alors Tom, vous êtes ici pour quoi ?

-          Pour servir l'État, Monsieur.

-          On n'aime pas les comiques ici. Je reformule : vous avez des compétences autres que de débarquer à la bourre ?

-          Je suis confus.

-          Un peu moins de confusion. Ici on veut du rendement. Joséphine ! Rappelez-moi : piscine avec le Dirlo à 15 heures. Oui, Tommy, deux ans à se la couler douce aux frais de l'État cher à votre cour, pas trop dur ?

-          Mais.

-          Pas de mais qui tienne Tommy, vous irez au courrier. Le personnel du service est trié sur le volet et pour trier vous trierez!

-          J'ai un doctorat en ressources humaines sinon.

-          Avec mention?

-          Non...

-          Evidemment. J'ai obtenu le Brevet d'études avec mention, mon jeune ami. C'est ça qui compte. Au fait : vous êtes stagiaire. Si j'entends parler de votre pedigree, adieu la titu. Ok ?

-          Oui. J'ai souvent rêvé d'être postier stagiaire aux Impôts.

-          A la bonne heure ! Bienvenue chez nous Tommy... Petit veinard!

 

LA PORTE DE MES LIMITES

 

Pas de clé sans serrure

 

Il y a une porte que je traverse chaque nuit, la porte de mes limites. Dans mon réduit de vie à la recherche de l'Être, j'achète quelques mots, une lune à gratter. Surtout ne pas dormir. Avant de m'écrouler je vole au soleil un de ses jeunes rayons et découvre six cratères satellites. Si par bonheur trois d'entre eux s'illuminent, j'attrape mon microscope le cour saisi de sens. Alors je les observe comme des diamants bruts puis referme la porte direction l'oreiller.

 

UNE CHANSON DANS LA FOULE

 

Jamais voulu être un artiste, moi

Qui ne suis rien qu'un fétu de peurs

Un passager de l'intranquillité

Parmi la foule des amitiés

Des amours des fureurs de la vie

Je souhaiterais juste être une chanson

Un air UTILE pour asphyxiés

Un mouvement sur vos larmes

Etre un homme parmi les hommes ?

Non. Acceptez que je fredonne

Sur vos peines, joies et sourires

Ma ballade de personne.


LIVING FOR THE CITY (JUST ENOUGH)

 

J'écoute taciturne

Les grands muets sauvages

Se faire la guerre dans les rues

En allant travailler à la Grande Arche

Rer, transilien, tramway et bus

Trimbalent leurs mines cireuses

D'automates programmés

Je les connais si bien ces gens pour qui

un simple coup de coude dans le métro

- heure de pointe -

Me vaut un regard tueur en retour

Dans un claquement de langue hautain

 

Le métro aérien me montre par la fenêtre

une vue de la Seine

dégagée

Je la regarde réellement

 

Ces sinistres aux rictus de marionnettes compassées

ultimes réflexes de savoir-vivre étriqué. Comment sont-ils chez eux ?

Fatigués ?

Des photos noir et blanc de la Seine

Accrochées à leur murs, sans taches ?

J'emprunte leur chemin, leur noirceur me grappille

les premiers temps ils me faisaient rire, maintenant

Ils me font peur, je les déteste.

 

Il reste le Pérou où je pourrais mieux vivre

On dit les gens si tristement humains, là-bas

Mon âme ici est en lamelles. Bientôt elle sera

un ticket de métro composté.

 

 

POUR LA VILLE NOUVELLE

 

C'est une ville bizarre

Où l'esprit s'use entre les gouttes

 

Même la pluie sent le neuf

La voiture dernier cri

Le Virgin

Le Carrefour

 

Tant que tu marches debout

Parfaitement déprimé

Dans l'illusion de la grande

Plane surface ; et le déni du gouffre

 

La Ville restera Nouvelle

La ville d'entre les gouttes

Où tout est prêt-à-vivre

Si tu retrouves ta taille

 

C'est une ville bizarre

A dimension humaine

Un peu style quatrième

 

Et c'est là, oui c'est là

Que je rentre mes neuf vies

Dans une boite de ronrons

Sans date de péremption

 

Non je ne me plains pas

J'ai pris l'habitude d'être

L'espace

Qui pleut entre les gouttes

VANITÉ

 

Ici c'est

plein

d'alprazolamour

générique

je suis désinvolte

 

les succubes du maltage baisent

les bouteilles dans la tourbe

 

à l'ordre catharsis

à ton étoile !

 

et à la mienne

 

qui dans le noir criera

criera sur son perron

comme un vieux fou

qui crève

 

"Allez vous en !

Allez vous en !"

 

 

HEART OF SNOW

 

la neige tombe

des traces de pneus

on voit bien que c'est la lune

qu'a dérapé

 

sur mon cour-tombe

 

mais a coulé

dans mon sang blanc

un flocon de lune

que je t'offre

comme le souvenir

d'une chanson

évaporée dans le soleil

Et puis...Ludo s'en est allé!

Merci à Cathy Garcia, Georges Elliautou, Eric Dejaeger, Co errante et à tous ceux qui l'ont aimé....
 

Les textes n'ont pas été censurés. Ils n'engagent que leurs auteurs.

 

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... Mises à jour du 17/11/2008 Extraits du numéro 00 des hésitations d'une Mouche ...