Extrait de La mer de Tristan l'Hermite (1627)
Métamorphoses marines
Souvent de la pointe d'où je suis
Lorsque la lumière décline,
J'aperçois des jours et des nuits
En même endroit de la marine.
C'est lorsque, enfermé de brouillards,
Cet astre lance des regards
Dans un nuage épais et sombre,
Qui, réfléchissant à côté,
Nous fait voir des montagnes d'ombre
Avec des sources de clarté.
Lorsque le temps se veut changer,
Que la nature qui s'ennuie
S'en va quelque part décharger
De sa tristesse avec la pluie,
Lors, mille monstres écaillés,
Que la tourmente a réveillés,
Sortent de l'ombre à sa venue,
Saluant Iris dans les cieux
Qui vient d'étaler dans la nue
Toutes les délices des yeux.
Mais voici venir le montant,
Les ondes demi courroucées
Peu à peu vont empiétant
Les bornes qu'elles ont laissées
Les vagues, d'un cours diligent,
A longs plis de verre ou d'argent
Se viennent rompre sur la rive
Où leur débris fait à tous coups
Rejaillir une source vive
De perles parmi les cailloux.