Définir une problématique de lecture des Châtiments

 

       Comment définir une problématique de lecture  des Châtiments ?

       Après une première discussion avec les élèves, on constate que l'expression de la violence et ses effets (pathos,...) revient très régulièrement dans leur discours. Il revient pour révéler un malaise face à une écriture inouïe - au sens strict du mot - jusque là. Que l'émotion soit présente dans Souvenir de la nuit du IV [qui est d'ailleurs un classique des lectures méthodiques], c'est une évidence; mais il se propage dans l'oeuvre bien d'autres formes de violence, liées incontestablement au dire: ce n'est pas tant les noms propres qui gênent les élèves que leur usage, quantitatif ou qualitatif. le langage est métamorphosé par l'écriture des Châtiments. Les énumérations des noms propres le transforment en même temps qu'elles les transforment. Les milliers d'individus qui fourmillent dans les systèmes métaphoriques et allégoriques qui font référence au peuple transforment le langage poétique et le lient au politique.

Ce heurt est celui d'un sujet contre des sujets (plutôt contre des noms de sujets). Un projet de titres mettait entre parenthèses les noms de Troplong, Rouher, Parieu, Sibour, Sibour en scapulaire, Baroche (ou Persil) en face des six énoncés, et en face de Les sauveurs se sauveront mettait : “ (Moi) ”. Une première table des matières avait un livre se terminant sur “ Moi ” ( Ultima verba, VII, xiv) - qui finit par le vers fameux “Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là! ” où renonciation, loin de séparer, produit, par la réénonciation qu'est la lecture d'un poème, la généralisation du soulèvement : ce n'est pas par hasard que ce vers est cité, galvaudé.

Pour un extrait plus détaillé de Ecrire Hugo de H. Meschonnic

       Or, c'est cette instance même qui donne à l'oeuvre sa "légitimité". La récurrence des formes utilisées, pour désigner le peuple et l'empire, évolue constamment: le langage, encore une fois est travaillé, traversé par le politique, par un engagement politique, et notre lecture devient alors une réénonciation de cet engagement.

 

         C'est pourquoi  il semble intéressant de proposer aux élèves la démarche suivante:
Durant une première "séance" on met en place un groupement de textes sur l'expression de la révolte:
OBJECTIFS:
favoriser l'émergence d'une réflexion sur "la rhétorique" des formes de l'expression de la révolte;
mettre en place une pratique réelle de lecture / écriture
COMMENT:
L'expression de la révolte

 

La deuxième "séance" a pour objet la lecture méthodique du poème intitulé L'art et le peuple (Livre I, IX):
OBJECTIFS:
énoncer clairement la fonction du poète telle qu'Hugo l'énonce dans ce texte:
Le poète libère le peuple par l'éclairage qu'il apporte à l'Histoire.
COMMENT:
lecture méthodique : L'art et le peuple

 

La troisième "séance" a pour objet la relation entre L'Art et le Peuple et le le livre I :
OBJECTIFS:
Le livre I des Châtiments est-il l'illustration du "projet" défini dans L'Art et le Peuple ?
COMMENT:
Recherche des analogies entre l'ensemble du livre I et L'Art et le Peuple

 

A partir des analyses réalisées au cours des "séances" précédentes, il est possible de généraliser la démarche et de vérifier son application à l'ensemble des Châtiments...
COMMENT:
Un travail proche du précédent peut être réalisé sur le livre V, où l'énoncé du titre L'autorité est sacrée contient en elle-même sa négation. Toute l'écriture du poème III, Le Manteau Impérial, converge - métaphores, allégories, prosodie,.. - pour dire et contredire dans un même temps la déclaration du titre; et renvoyer ainsi l'autorité à la vertu qu'elle est.
La forme des vers - l'octosyllabe - s'oppose encore à l'alexandrain, et renvoie aux autres formes du livre, souvent très proches de la chanson, comme le poème I, Le Sacre "sur l'air de Malbrouck". A l'opposé, l'alexandrain retrouve son usage originel dans la célébration de l'empire, de Voltaire, de Pauline Roland.

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