"Le goût des Européens pour l'art extrême-oriental s était développé tout en s'amplifiant à partir du baroque tardif. On appréciait ses qualités plastiques surtout du point de vue des traditions artisanales.
Au XVI siècle, déjà, en Europe. les objets d'art extrême-orientaux en jade ou en pierres semi-précieuses étaient recherchés dans les cabinets d'art. A la fin du XVII, et du XVIII siècle, on reproduisait des laques avec un grand déploiement de techniques. Les porcelaines et les céramiques attisaient la passion des riches collectionneurs en Angleterre et en Hollande. Les puissants de l'époque disposaient par ailleurs de somptueux "cabinets de porcelaines".
Sur un plan purement théorique, il est possible d'accuser les Européens d'avoir cédé à un certain goût de l'exotisme; toutefois, les sources nous révèlent une sinophilie depuis longtemps existante qui - si l'on compare avec la littérature et le théâtre - pouvait prendre des traits parfaitement authentiques, souvent teintés d'un utopisme féerique, mais comprenant également beaucoup d'aspects positifs.
Les Expositions Universelles ont renforcé cet intérêt pour la Chine comme pour le Japon. On ne disposait alors que des informations de seconde main et si, les routes commerciales n'étaient pas encore ouvertes, néanmoins les moyens techniques déjà acquis par les Européens avaient largement contribué à faire progresser la mode de la Chine.
L'affirmation selon laquelle les chinoiseries n'avaient de charmes que par leur exotisme et, par là même, n'entraînaient pas à une véritable compréhension de la Chine, risque sans doute de porter ombrage à l'étude du japonisme.
Les rapports entre la mode de la Chine et le japonisme ont en effet été encore trop peu étudiés pour que l'on puisse exploiter scientifiquement les résultats de ces recherches.

Dès à présent, toutefois, il nous est permis de constater que des domaines entiers de l'engouement pour les chinoiseries ont été absorbés par le japonisme. Un des faits capitaux quant à l'étude du japonisme fut sans aucun doute l'ouverture à l'Occident de ports japonais par le commodore américain Perry, le 31 mars 1854.
Un an plus tard, le Japon concluait des traités de commerce avec la Russie, la Grande-Bretagne, les États-Unis et la France, et en 1856 avec les Pays-Bas. Les échanges économiques et la rencontre dans le domaine culturel pouvaient alors commencer.

Dès 1851, à l'occasion de l'Exposition Universelle de Londres, la Chine avait dévoilé ses richesses culturelles en déployant une vaste documentation. A partir de cette date, le Japon et la Chine seront représentés dans toutes les Expositions Universelles.

 

 

 

 

 

Walter Crane, l'un des meilleurs connaisseurs du Japon, écrit à ce sujet:
"l'ouverture des ports japonais au commerce européen a exercé une énorme influence sur les arts européens, indépendamment de ses autres répercussions, en particulier sur les arts du Japon lui-même. Excepté pour le domaine de l'architecture, le Japon est - ou plutôt était encore - dans la situation d'un pays européen à l'époque médiévale, un pays avec des artistes et des artisans merveilleusement formés pour toute sorte de travail décoratif, et qui participaient d'un naturalisme hardi et sans contrainte. Ici, enfin, on trouvait un art vivant, un art populaire, dans lequel tradition et talent artistique demeuraient intacts, et dont les productions étaient d'une diversité attrayante et pleines d'une grande vigueur naturaliste. Il n'est pas étonnant dès lors que cet art ait séduit avec autant de force les artistes occidentaux et que ses effets aient été si exceptionnels."

En novembre 1906, l'Anglais William Michael Rossettï écrit a propos du peintre américain James Whistler :
"Ce fut grâce à Whistler que mon frère (Dante Gabriel Rossetti) et moi avons fait connaissance des gravures sur bois et des estampes en couleurs japonaises. Ce devait être au début de 1863. Il avait vu et acheté quelques exemplaires de ces oeuvres à Paris, il les contemplait avec ravissement et il nous les montra. Nous cherchâmes alors à nous procurer d'autres oeuvres de la même qualité. Je doute qu'avant cela quelqu'un d'autre, à Londres, ai prêté la moindre attention aux dessins des Japonais. "

La Chine eut des succès comparables à ceux du Japon aux Expositions Universelles de Londres en 1862 et 1876 et a celles de Paris en 1878 et 1889. la peinture chinoise, les porcelaines, les laques et les textiles répondaient toujours plus à l'intérêt et au goût des Européens. Dans leurs références comme dans le choix de leurs modèles, c'est tout juste si les artistes faisaient une distinction entre la Chine et le Japon!
Dans le domaine de l'artisanat d'art, on ne faisait plus aucune différence et une ancienne coupe à thé japonaise, ou une peinture sur soie, pouvait aussi bien passer pour chinoise. Dans sa revue "le Japon artistique" Samuel Bing, marchand d'objets d'art orientaux à Paris, accorde une large place à l'art chinois. L'intérêt de ses amis collectionneurs est tel qu'ils font simultanément collection de pièces chinoises. Ceux qui étudient scientifiquement le japonisme doivent décider s'ils admettent uniquement comme source la gravure sur bois en couleurs, ou s'ils acceptent d'y inclure l'artisanat d'art qui. en Asie orientale, est, comme on le sait, inséparable du grand art, la peinture.
Samuel Bing avait fondé "le Japon artistique" avec le propos de donner une vigueur nouvelle aux arts appliqués européens si languissants. Le fait de collectionner par exemple des laques japonaises, des ivoires, des céramiques, des tissus, des boîtes à médecines ou des gardes de sabres ornementées - tous d'origine japonaise - donne lieu à diverses interprétations.

En 1886, Vincent Van Gogh écrit à son frère Théo:
"J'ai construit tout mon travail en quelque sorte sur les Japonais, et si je n'en ai rien dit à Samuel Bing, c'est parce que je crois qu'après mon séjour dans le Midi je pourrai de nouveau m'occuper plus sérieusement de cette affaire... L'art japonais, en décadence dans sa patrie, reprend racine chez les impressionnistes français " .

L' observation de Van Gogh est très juste, car la seconde génération des impressionnistes français, les Nabis et les néo-impressionnistes trouve dans le modèle du Japon une source encore plus féconde qu'elle n'apparaissait aux peintres entourant Manet.
La rencontre de Vallotton avec la gravure sur bois japonaise mériterait une étude à part; on pourrait ainsi recourir à un matériel iconographique fort intéressant la petite collection d'art extrême-oriental qu'il s'était constituée (comme avant lui Gauguin, Van Gogh, et les artistes amis du cercle des Nabis) collection dont une partie a subsisté jusqu'à aujourd'hui, du moins comme reliques.
Certaines de ses gravures sur bois. le Paysage de montagne et le Beau Soir, toutes deux de 1892, la Mer, de 1893, ne sont certainement pas imaginables sans l'impulsion qui lui a été donnée par ces estampes japonaises.
A cette différence près que Vallotton ne travaille pas avec des couleurs, mais par de purs effets de noir et blanc, ce qui intensifie encore le contenu et la forme de ses oeuvres."
Rudolf Koella souligne ici l'influence directe que la xylographie japonaise eut sur l'artiste.
Dans le dernier quart du XX siècle, la représentation du mouvement humain est, comme on l'a vu, nettement influencée par les estampes japonaises.

Pour la première fois, ce que l'on nomme "l'expression physique" est jugé digne d'être représenté même par les divers gestes individuels, intimes et spontanés qui émaillent la vie quotidienne. Cette nouvelle façon de voir commande aussi les moyens plastiques employés(- la ligne, la surface, l'espace, la lumière et la couleur - dans les oeuvres des peintres et des dessinateurs européens .
Edgar Degas est généralement considéré comme l'un des plus grands peintres à avoir découvert et su transposer les modèles japonais. Choisissant un groupe déterminé dans le répertoire des modèles, par exemple la femme à sa toilette ou des danseuses ,il trace dans ce cadre des sortes de sténogrammes de mouvements qui annoncent une nouvelle sensibilité et une nouvelle façon de voir.
Un grand nombre d'artistes européens adoptent ces mêmes thèmes parmi eux, Toulouse-Lautrec découvre la richesse et la variété de ces sujets qui lui inspireront la matière de son oeuvre et, en même temps, un mode de vie. Pour échapper aux contraintes de la société de son temps, le peintre va venir habiter dans un milieu assez douteux - le demi-monde de Montmartre. En effet, vers 1900, l'aristocratie française est soumise à des normes restrictives quant à la liberté individuelle. La société bourgeoise s'impose certains types d'attitudes qui mettent en évidence la haute opinion que l'on doit avoir de soi. Cette morale affectée n'était pas du goût de Toulouse-Lautrec il essayait, lui, d'effacer les barrières entre les hommes. L'aristocratie du "café-concert" où les "comtes du demi-monde" n'avaient pas de préjugés, même à l'égard de ce rejeton contrefait des comtes de Toulouse, apparenté aux familles royales de France. d'Angleterre et d'Aragon. En entrant dans le demi-monde parisien, Henri de Toulouse-Lautrec troque la respectabilité figée de la bonne société pour un comportement spontané, impertinent et souvent même débridé - qui signifiera à ses yeux une forme de vérité immédiate..."
En 1982, Siegfried Wickmann publia un ouvrage de référence: " Le Japonisme".
L' Editeur était " Le Chêne/Hachette". Ces misérables soldèrent ce qui doit représenter des années de travail. Les éditeurs sont les marchands du Temple: Ils ne savent lire que les livres de comptes!
Le texte est donc de Siegfried Wickmann à qui je rends hommage...
Cet ouvrage représente une somme et tous les thèmes sont analysés:

Le kimono
Les codes japonais d' attitudes et de mouvements
La technique trait-point extrême orientale
Représentation des plantes et des animaux
L' arbre
L' iris
Coloquintes et feuillage d' automne
Papillons et pivoines
Le chat
Le coq et les poules
La vague japonaise
Le pont
Le paravent
L' éventail...
 

Personnellement, j' ai retenu et choisi parmi les peintres et illustrateurs que deux thèmes de composition: Le format en hauteur et la construction en diagonale ainsi que deux transpositions...