L'Histoire    histoire  d'une passion

L'auteur              Le Nostalgérien malgré lui

  

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Né en Algérie, j’ai toujours entendu parler du pays perdu. Il s'agissait pour moi d'un pays mythique, car en fait je ne l'avais jamais connu vu mon  jeune âge lors de l'exode de l'été 1962.

Plus tard à l’âge adulte, j’ai voulu comprendre les événements historiques qui ont fait que toute une population à dû fuir sa terre natale et ne pourra plus jamais y revivre.

J'ai ressenti une certaine forme de cette " Nostalgérie ", que vivent  les plus âgés des Pieds Noirs, si difficile à expliquer quand on est étranger à cette communauté.

Là, j'ai commencé à m' apercevoir qu'il y avait une abîme entre la vérité historique et les idées préconçues sur ce sujet qui me touchait si profondément.

Au fil du temps, je me suis également aperçu que d'autres sujets d'histoire connaissaient ce même sort.

Voilà très résumé, le début de mon intérêt puis  de ma passion pour l’histoire.

Maintenant, j'essai humblement, par "le canal du Web" de vous faire partager ma passion pour l'Histoire.

Vue de la basilique de Santa Cruz dominant Oran.

Oran Mai 1962

La Cité Petit , notre dernière photo d’Algérie.

Je suis le petit à la veste bleu ciel

Il s‘agit précisément de la dernière photo des  enfants de l’immeuble   avant l’exode des mois de  Juin et Juillet. Les parents savaient que c’était la  fin  d’une époque. C’est en fait une  photo d’adieu.

Quelques jours plus tard nous partions, mon frère, ma sœur et ma mère pour la France que nous ne connaissions pas.  Nous primes un aller simple en avion, après avoir campé une semaine à l’aéroport. Maintenant, la quarantaine bien entamée, je suis presque fier d'être  parmi la minorité des français à avoir  pris un aller simple en avion ... ou autrement dit, un aller sans retour ...

En raison de l'exode massif et comme le gouvernement de l‘époque refusait d’admettre la réalité ( le plus grand exode de l’histoire de France en si peu de temps ), les autorités limitaient volontairement les moyens de transport pour ne pas perdre la face .

Ainsi, il n'était pas  facile de trouver une place sur des paquebots. Ce qui fût le cas pour nous. Mon père avait dû se résoudre à se procurer  des billets d'avion  "Air France" au  marché noir. Et pour être sûr de garder nos places nous avons dû camper une semaine.

Ces mêmes autorités, avaient  refoulés des navires espagnols, que l'Espagne avait affrétés pour rapatrier ses ressortissants ! Et un ministre de l’époque, Robert Boulin, avait  parlé dans les médias de « Touristes »  qui rentreraient en Algérie après les vacances !

Quelles vacances ?

Ces quatre petits billets représentaient en fait quatre passeports pour une vie meilleure, et la fin de l'angoisse quotidienne due aux attentats et aux exactions du FLN. Ce fût bien le choix de la valise pour éviter le cercueil !

L'aéroport de la Sénia était bien gardé, contrairement à notre quartier où le FLN sévissait. Notre quartier comptait  bien une caserne de l'armée, mais celle ci avait ordre de ne pas intervenir... Nous étions ainsi en sécurité à l'aéroport.

Quant à moi, je garde le souvenir où je demandais « quand est ce que papa viendra ? ». Papa lui, était resté travailler à Oran dans l’espoir que les évènements se calmeraient.

Il fallait bien gagner sa vie  !  Il nous avait mis en sécurité en Métropole. C’était l’essentiel pour lui.

 

Ecouter un extrait de la Chanson Oran Juin 62 de François Valéry

Oran Juin 62 de François Valéry (extrait) :

NB: j'ai choisi une  faible qualité sonore (mono 8 bits) pour éviter tout problème de droit d'auteur. Toutefois, je vois mal François Valéry se plaindre à ce sujet, cette chanson étant avant tout un hommage et un témoignage pour sa famille, mais aussi pour tous les oranais comme lui ! Ce que je fais actuellement.

Si vous êtes sous Windows 98, Millenium ou Windows 2000,  je vous conseille la mise à jour de Média Player pour une meilleure fluidité: 

Mes recettes :

A la maison, l'apéro c'est avant tout : l'Anisette Maison

Et la brioche maison :  La Mouna

Et moi aussi ... dans les mains mon nounours ... ce soir  je remonte à la source  !

 

Tours  Automne 1962

Oran, c’est déjà loin !

Nous avons « atterri » à Paris. Puis nous sommes partis pour quelques semaines en Normandie à Bernay chez notre oncle, installé en France depuis plusieurs années.

Papa a tenté de rester à Oran. Mais depuis le massacre du 5 Juillet 1962,( mille à trois mille disparus suivant les sources ) il a fallu se faire une raison: nous n’étions plus chez nous en Algérie.

Je profite  de cette tribune pour dénoncer le silence honteux de l'ensemble de la classe politique et médiatique, qui hier comme aujourd'hui continue de passer sous silence les massacres qui ont suivi l'indépendance de l'Algérie dont celui d'Oran.

A croire que cette fin de guerre d'Algérie fût de début de la Pensée Unique de la fin du Siècle.

Les horreurs à l’encontre de Européens étaient monnaie courante. Les derniers partaient les uns après les autres ... Je n'oublie pas les harkis lâchement trahis et abandonnés, voire livrés aux tueurs du FLN ... Ce ne fût pas seulement un abandon, mais un véritable crime ...

A ce sujet, j'ai une fois questionné publiquement un ancien ministre alors député de gauche, sur ces faits. Comme il débattait du procès Papon, je lui avais rappelé qu'un préfet en 1962 avait  fait refouler  du port de Marseille par la marine nationale un navire de 400 harkis fuyant l'Algérie. Ils se sont fait égorgés à leur retour à Philippeville au vu et à la face de l'armée française encore en place en Algérie ! Pour moi, c'était aussi un crime contre l'humanité : ce préfet savait pertinemment le sort de ses hommes un fois renvoyés ... Il avait aussi comme Papon exécuté des ordres, ceux d'un gouvernement d'une grande démocratie !

Il m'avait alors répondu :"on devrait mieux enseigner l'histoire". Visiblement déstabilisé, il avait botté en touche ennuyé par cette question inattendue. 

Pour ceux qui doutent encore, je vous invite à consulter ce document historique, un crime ... de bureau :

Une plainte nominative pour "crime contre l'humanité" à l'encontre l'ancien ministre des Armées Pierre Messmer du Général de Gaulle  est à l'étude par des associations de défense de la communauté Harkie. Ce télégramme prouve que des ordres ont  bien été donnés en haut lieu pour sanctionner les officiers qui ont mis à l'abri en métropole les supplétifs musulmans ainsi que leurs familles. En désobéissant ainsi, ils ont sauvé l'honneur de l'armée française.

Note de service n° 1334/MA/CAB/DIR du 12 mai 1962, signée par Pierre MESSMER  adressée par le Ministre des Armées du Général de Gaulle au commandant supérieur à Réghaia en Algérie :

Il me revient que plusieurs groupes d’anciens harkis seraient récemment arrivés en métropole. Stop. Je vous communiquerai dès qu’ils seront en ma possession renseignements précis sur l’importance et origine ces groupes ainsi que, si possible, sur responsables leur mise en route. Stop. Dès maintenant toutefois je vous prie : Primo - d’effectuer sans délai enquête en vue déterminer conditions départ d’Algérie de ces groupes incontrôlés et sanctionner officiers qui pourraient en être à l’origine. Stop ».

Pierre Messmer n'était pas le seul serviteur zélè, il ne faut pas oublier Louis Joxe :

Dans un télégramme numéro 125/IGAA du 16 mai 1962, signé de Louis Joxe, ministre des Affaires algériennes du 22 novembre 1960 au 28 novembre 1962 ( le père de Pierre Joxe ancien ministre socialiste sous Mitterrand ), revient à la charge :

« Le ministre d’ État demande au Haut-Commissaire de rappeler que toutes les initiatives individuelles tendant à l’installation en métropole des Français musulmans sont interdites ».


Le 15 juillet 1962,  il signa la directive suivante :

« Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général seront renvoyés en Algérie ».
 

Mon père nous a enfin rejoint chez notre oncle, puis nous sommes partis sur Tours où il a trouvé du travail.

Nous logions dans une salle classe d'une école, avec d'autres familles comme nous, et maman cuisinait sur un réchaud à alcool que nous avons conservé en souvenir.

Comme nous  avions grandi et que nous n'étions pas très riches, mon frère et ma soeur portaient des vêtements trop petits. Beaucoup de nos affaires étaient restées là bas ...

Pensez à me laisser vos remarques dans la page "Agora".

Jean Francois Buigues

  dernière mise à jour : 16-juin-2009