le virus de la grippe espagnole

 Le virus de la grippe: généralités.  page 1
 Classification de l'influenza de type A  page 2
 Les épidémies de grippe  page 3
 L'épidémie de grippe espagnole.  page 4
 Et plus tard?  page 5

 

1- Le virus de la grippe: généralités.

Le nom scientifique du virus de la grippe est 'Virus influenza'. C'est un virus de la famille des virus enveloppés à ARN négatif simple brin, du genre orthomyxovirdae. C'est un virus circulaire de 120 nm [=0.12 mm] de diamètre. Son génome est constitué de 8 brins d'ARN, codant au total pour 7 à 9 protéines principales. Les deux protéines les plus importantes pour la suite de ce texte sont les protéines présentes à la surface de la particule virale: l'hémagglutinine [HA] et la neuraminidase [NA].

En fait, il y a 3 types de virus influenza, nommés A, B et C. Ces trois types viraux sont des agents infectieux naturels d'espèces animales dont le phoque, le porc, le cheval, et une grande variété d'oiseaux, mais peuvent tous infecter l'homme. En pratique cependant, la plupart des épidémies de grippes, dont celle de la grippe espagnole, sont causées par le virus influenza de type A qui provoque les symptômes les plus sévères. Je vais donc me concentrer sur ce type de virus influenza pour la suite de ce texte, mais tous les aspects ci-dessous, sauf mention contraire, sont aussi valables pour les types B et C.

 

2- Classification de l'influenza de type A

Pour comprendre cette classification, il faut d'abord être familier avec le concept de sérologie.

a- la 'sérologie'.

Lorsqu'un agent infectieux, quel qu'il soit, entre dans l'organisme, il déclenche la réponse immunitaire, c'est à dire les mécanismes de défenses naturels contre toute infection. Chez les mammifères, et donc chez l'homme, l'un de ces moyens est ce qu'on appelle les anticorps. Ces anticorps sont des molècules très spécialisées, qui ne reconnaitront qu'un type de virus. Si ce virus est très variable, comme le virus influenza, vous aurez donc des anticorps qui seront spécifiques d'un certain sous-type seulement.

Si vous avez 2 virus de la grippe de souches très différentes, ils vont provoquer dans deux patients une réponse anticorps très différente. Par contre, si les 2 souches sont très proches, ces réponses anticorps seront très proches. Tous les virus de la grippe qui peuvent être reconnus par un même sérum [mélange d'anticorps, servant de référence] seront donc considéré d'un même sous-type.

 

b- la classification du virus influenza de type A.

Les virus influenza de type A ont donc été classés en fonction des anticorps qui les reconnaissent. Il est très vite apparu que les sérums étaient en fait constitués d'un mélange d'anticorps reconnaissant soit l'hemagglutinine, soit la neuraminidase. Il a été distingué 13 sous-types d'hemagglutinine (H1->H13) et 9 sous-types de neuraminidase (N1->N13). La classification des virus influenza de type A est donc basée sur le sous type de chacune de ses protéines H et N. Vous aurez donc des virus influenza A de sous-type H1N1, H2N3, H7N1, etc.. représentant donc virtuellement 117 sous-types possibles. Si tous ces sous-types sont présents chez les oiseaux, seuls certains ont été identifiés chez l'homme.

 

HemagglutininNeuraminidases

[Figure d'après "International Influenza Education Panel", à http://www.influenzanews.com]

Un point important pour la suite est que cette classification permet de déterminer un sous-type viral, mais que ce sous-type peut comporter des centaines de variants [virus très proches mais non semblables].

 

3- Les épidémies de grippe

a- les épidémies

Ce sont les épidémies ayant un impact limité, soit celles qui ont lieu en général chaque année.

Lorsqu'un virus, quel qu'il soit, infecte un organisme, ce dernier développe en quelques jours une réponse immunitaire qui est spécifique au virus infectant. Pendant ces quelques jours, le virus ne rencontre aucun obstacle et va donc se multiplier activement, permettant la création de nouveaux virus qui infecteront d'autres individus. Quand le virus est éliminé, cette réponse immunitaire spécifque reste active pendant plusieurs années. Donc, si après quelque temps le même virus réinfecte le même individu, la réponse immunitaire est déja présente, bloquant la multiplication virale dès le début de l'infection [c'est le principe même des vaccins].

On comprend très bien que ce cas de figure n'est pas bénéfique à la survie de l'espèce virale. C'est ici qu'apparait le concept de 'dérive antigénique'. Chaque année, les virus de l'influenza de type A qui seront les plus infectieux [et donc qui se multipleront et se propageront le mieux] seront les virus qui présentent des différences par rapport à ceux de l'année précédente. Souvent, le virus va présenter des différences d'une année sur l'autre (des mutations). Ce faisant, il va échapper à une partie de la réponse immunitaire provoquée par le virus des années d'avant. Malgré tout, comme nous l'avons vu dans la partie sur la sérologie, il y a certains anticorps qui vont reconnaitre tous les virus d'un même sous-type. Cela explique que tant que le virus est du même sous-type que ceux des années précédentes, l'épidémie de grippe qu'il causera sera limitée. Ces dernières années, 2 sous-types ont ainsi principalement circulé: H1N1 et H3N2.

 

b- les 'pandémies'

Le mot 'pandémie' signifie 'épidémie mondiale', et représente le cas des grosses épidémies frappant le monde entier. Elles ne sont pas forcément aussi mortelles que l'épidémie de grippe espagnole, mais ont la même ampleur géographique.

L'explication d'une pandémie est la suite logique du paragraphe précédent: quand le virus est du même sous-type que l année précédente, l'épidémie se trouve naturellement controllée. Mais lorsqu'un nouveau virus de grippe apparait qui est d'un sous-type qui avait été absent depuis plusieurs années, la population n'est plus protégée contre lui. Et plus la dernière apparition de ce sous-type est lointaine, moins la population est naturellement protégée. Les premières vagues d'infection avec un nouveau sous-type provoquent donc en général une pandémie.

Comment y a-t'il des changements soudains de sous-type chez le virus influenza de type A?

Il y a deux possibilités:

- ce sous-type, bien qu'ayant disparu de la population humaine, était toujours présent dans une population animale. Si cette population animale est en contact avec un être humain, elle pourra le lui transmettre. Par exemple, le sous-type H1N1, qui a causé la grippe espagnole, a disparu de la population humaine vers 1957, mais était toujours présent chez le porc. Ce sous-type est réapparu chez l'homme en 1977.

- ce sous type est nouvellement créé. En effet, les espèces animales, en particulier les oiseaux, sont constamment inféctée par beaucoup plus de sous types que l'être humain. Par exemple, le sous-type H4N6 n'a été trouvé que chez le canard. Mais ces canards sont aussi porteurs de sous-types pouvant infecter l'humain, tel le H3N2. 2 virus de sous-type différents dans un animal porteur peuvent 'échanger' certains de leurs gènes. Un tel canard pourrait donc infecter l'homme avec 4 sous-types: H3N2, H3N6, H4N2, H4N6. Cependant, tous les virus animaux ne se transmettent pas forcément à l'homme. Dans d'autres cas, un nouveau sous-type peut très bien infecter quelques personnes mais s'avérer être très peu infectieux d'un homme à un autre. Ce fut le cas de la 'grippe du poulet de HongKong' en 1997, qui était de sous-type H5N1, présent dans la volaille, et avait pu infecter des humains. Ce virus s'est par la suite avéré non infectieux d'un homme à un autre.

 

4- L'épidémie de grippe espagnole.

Que s'est il donc passée en 1918, qui aie provoqué une telle catastrophe?
Deux facteurs ont joué un rôle, mais un seul des deux nous est réellement connu. Premièrement, le virus était d'un sous-type nouveau: les virus circulant chez l'homme jusqu'en 1918 était de sous type H2N8 et H3N8, ce virus là était un virus H1N1, très proche du virus de la grippe porcine. Deuxièmement, ce nouveau sous-type H1N1 était 10 fois plus mortel que tout autre virus documenté ces 150 dernières années, et était principalement mortel pour les 20-50 ans (la tranche d'âge subissant normalement le taux de mortalité le plus faible lors d'une infection à influenza) . On ne sait pas exactement pourquoi, même si l'on soupçonne que cela dérive d'une mutation dans une de ses protéines. Afin de mieux comprendre les raisons de ce 2ème facteur, les chercheurs sont actuellement à la recherche de corps de personnes mortes de cette infection et à partir desquels ils pourraient isoler le virus et l'étudier.

 

5- Et plus tard?

Comme nous l'avons vu, un nouveau sous-type de virus peut à tout moment (ré)émerger dans la population humaine. Les derniers exemples étaient en 1977 (réapparition du H1N1) et en 1997 (apparition d'un H5N1). Malgré tout, il faut une combinaison de facteurs pour qu'un tel virus cause un désastre similaire: une infectivité forte chez l'homme et une mortalité élevée. Il est probable que tous ces facteurs soient un jour de nouveau réunis, mais cela n'est pas forcément pour tout de suite.

 

Retour à la page d'accueil