Extrait « Les Affiches de la Haute-Saône 1er mai 1992 »

Un Evénement Historique en Franche-Comté
Le bicentenaire de la naissance
du Cardinal Gousset
Théologien
1er mai 1792-1er mai 1992

 

Le Cardinal Laboureur...

Ce magnifique et inestimable tableau du peintre Louis Bail appartenait au Docteur Gilles Cugnier. Afin que cette oeuvre d'art, d'un grand intérêt historique, demeure en Franche-Comté - en Haute Saône, patrie du Cardinal Gousset - il en a fait don au musée Georges Garret de Vesoul.

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C'est à partir d'un fait réel que le peintre a réalisé cette composition en évoquant dans l'arrière-plan le fiacre du Prélat et la cathédrale de Reims.
En effet, à Margut, dans les Ardennes, alors qu'il vient de traverser tous les arcs de triomphe placés sur son passage, il aperçoit un garçon de ferme qui maniait maladroitement sa charrue. Il s'approche, prend le manche, enfonce l'instrument et trace un large sillon. C'était moins une leçon pratique d'agriculture qu'il voulait offrir qu'un exemple de modestie, car il rappelait ainsi son origine, ses premières occupations et le doux et salutaire souvenir que tout homme doit en conserver.

L’apostolat d’un laboureur

C'est ainsi que P. Godet le résume : GOUSSET Thomas, l'une des gloires théologiques de l'épiscopat français du XIXe siècle, l'adversaire heureux du rigorisme et l'ardent promoteur de la réaction antigallicane en France, né le 1er mai 1792 à Montigny lès Cherlieu, dans le diocèse de Besançon, appartenait à une famille de modestes et pieux laboureurs.

Il avait dix sept ans, lorsque ses parents consentirent, en 1809, à se séparer de lui et à le laisser commencer ses études classiques ; mais la vivacité de son esprit et son application au travail le mirent en mesure d'entrer, dès l'automne de 1812, au grand séminaire de Besançon, et, cinq ans plus tard, le 22 juillet 1817, il était ordonné prêtre.

L'année suivante, après neuf mois de vicariat à Lure (Haute Saône), il était appelé au grand séminaire, pour y professer successivement, treize années durant, le dogme et la morale. L'abbé Gousset sera merveilleux comme professeur ; l'étendue et la précocité de son savoir, ses idées nettes et fortes, son langage limpide et toujours correct, sa voix mâle que relevait encore un accent persuasif, produisaient sur les élèves une impression profonde, et leur inspiraient une admiration presque passionnée.

Avec cette première phase de sa longue et laborieuse carrière s'ouvre son action réformatrice sur l'enseignement français de la théologie. On voit l'abbé Gousset tour à tour annoter les conférences ecclésiastiques d'Angers, 6 in 8°, Besançon, 1823, dans le sens romain, éloigné à la fois des excès du rigorisme et des abus du relâchement ; soutenir dans sa brochure : Exposition de la doctrine de l'église sur le prêt à intérêt, Besançon, 1824, que la loi civile ne suffit point à défaut de tout autre titre extrinsèque, pour légitimer l'intérêt ; rééditer les instructions sur le rituel de Toulon, 6 in 8°, ibid., 1827, en comblant par ses notes les lacunes et en en adoucissant où il convient la sévérité ; améliorer et compléter dans le même esprit le dictionnaire théologique de Bergier, 8 in 8°, ibid., 1827 ; publier enfin le Code civil commenté dans ses rapports avec la théologie morale, Paris, 1827, livre clair et précis, qui obtint en Belgique comme en France un succès prodigieux et répandit au loin le nom de son auteur.
Depuis quelque temps déjà, bien qu’élevé lui même dans les principes du rigorisme qui prévalaient partout au sein des séminaires de France, l'abbé Gousset à son étude personnelle des vieux théologiens avait entrevu les défectuosités et les erreurs du système janséniste. La découverte inattendue, en 1829, dans une librairie, d'un exemplaire de la Théologie morale du bienheureux Alphonse de Liguori, alors peu connue et calomniée, lui révéla toute la doctrine que sa science et son rare bon sens lui faisaient pressentir.

L'ébranlement de sa santé l'ayant obligé, sur l'ordre des médecins, à partir pour l'Italie en 1830, l'abbé Gousset fit à Rome, devant la Confession de saint Pierre, le voeu, entre autres, de se consacrer tout entier à la défense et à la propagation de la théologie liguorienne ; il y demeura inviolablement fidèle.

De retour à Besançon, il s'empressa de déposer à la Pénitencerie, par l'entremise du cardinal de Rohan, son archevêque, les deux questions ci dessous : 1° Un professeur de théologie peut il suivre et enseigner les opinions professées par le bienheureux A. M. de Liguori dans sa Théologie morale ? 2° Doit on inquiéter le confesseur qui, dans la pratique du tribunal de la pénitence, suit toutes les opinions du bienheureux A de Liguori, par cette seule raison que le Saint-Siège n’a rien trouvé dans ses ouvrages qui fut digne de censure ? La réponse de la Pénitencerie, confirmée par Grégoire XVI, fut, on le sait, affirmative sur la première question , négative sur la seconde.

Bientôt, l’abbé Gousset, que le cardinal de Rohan avait nommé vicaire général du diocèse en 1830, lançait sa Justification de la théologie morale du bienheureux A. de Liguori, Besançon, 1832. Ce fut un coup de foudre sur l'école rigoriste ; le livre fit grand bruit ; on l'a traduit en italien, réimprimé en Belgique, annexé en diverses éditions aux oeuvres de l'évêque de Sainte Agathe.

Les écrits de l'abbé Gousset avaient mis son nom, sa science et son esprit en pleine lumière. Grégoire XVI le nommera le 1er février 1836, évêque de Périgueux et l'élèvera, le 13 Juillet 1840, sur le siège archiépiscopal de Reims ; enfin, le 30 septembre 1850, Pie IX le créera cardinal.

Evêque, Mgr Gousset méritera le titre de père des pauvres, tant ses libéralités envers eux seront inépuisables ! Dans toutes les questions où l'intérêt de l'Église est en jeu, il déploiera un zèle éclairé ; en 1841, il réclamera la liberté de l'enseignement avec énergie, et, trois ans après, de concert avec ses suffragants, renouvellera ses réclamations ; il applaudira aux efforts de dom Guéranger pour ramener en France l'unité liturgique, et décrétera, le 15 juin 1848, le rétablissement dans son diocèse du rite romain ; jaloux de relever et d'affermir la discipline ecclésiastique, il convoquera et présidera trois conciles provinciaux, l'un en 1849 à Soissons, qui ne fut pas sans retentissement et sans effet sur le reste de la France, l'autre en 1853 à Amiens, qui marquera aussi dans l'histoire du mouvement catholique, le troisième en 1857 à Reims, dirigé, comme les deux précédents, par un dévouement absolu à l'Église.

Mais les honneurs et les devoirs de la charge épiscopale n'interrompront ni ne ralentiront l'activité littéraire de Mgr Gousset ; l'aversion du rigorisme janséniste, l'attachement au Saint Siège, la piété envers la Vierge Marie continueront de provoquer et d'inspirer sa plume. Pour déraciner l'usage implanté dans notre pays de refuser le viatique aux individus frappés de la peine capitale, il écrit sa Lettre à M. l'abbé Blanc sur la communion des condamnés à mort, Reims, 1841.

Il publie en 1844, la dernière édition de sa Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs, 2 vol., livre écrit en français, clair et solide, qui, venant à son heure et répondant aux besoins de l'époque, a eu le plus grand et le plus légitime succès ; il a été traduit en diverses langues, et on en comptait dans la France seule, à la mort de Mgr Gousset, treize éditions.
L'auteur, quatre ans après, complète son oeuvre par la publication de sa Théologie dogmatique 2 vol., Paris, 1848, destinée aux fidèles autant qu'aux prêtres et qui battait en brèche le gallicanisme, comme la Théologie morale avait sapé le jansénisme. En 1852, il dénonce au public par ses Observations, le Mémoire clandestin sur le droit coutumier et en réfute avec fermeté la doctrine réellement schismatique dans ses tendances et dans sa direction.

Après la promulgation du dogme de l'immaculée conception, Mgr Gousset fait paraître son livre : La croyance générale et constante touchant l’immaculée conception de la bienheureuse Vierge Marie, Paris, 1855, et y relève dans l’introduction l’infaillibilité doctrinale du souverain pontife. Son exposition des principes du droit canonique, Paris, 1859, est une apologie courageuse et opportune de la vraie doctrine sur la primauté du pape et les prérogatives du Saint-Siège.

Enfin, dans son ouvrage : Des droits de l'Eglise touchant la possession des biens destinés au culte et la souveraineté temporelle du pape, Paris, 1862, il dresse un véritable monument canonique en l’honneur du droit, de l’inaliénabilité des biens de l’Eglise et du domaine temporel de la papauté. Outre les écrits susmentionnés, il en a laissé d’autres, composés sous la direction et avec la collaboration, notamment les statuts synodaux de Périgueux, in-4°, 1837, et les Actes de la province ecclésiastique de Reims, 4 in-4°, 1842-1844.

Esprit supérieur par ses initiatives et par ses ouvrages en même temps que bon, simple, cordial, attachant, Mgr Gousset mourut à Reims le 22 décembre 1866, entouré d'hommages sincères et emportant d'universels regrets ; il les méritait à tous les titres.

De Montigny-lès-Cherlieu a la cathédrale de Reims

Dans un ouvrage de plus de 600 pages couronné par les académies de Reims et de Besançon, le chanoine Isidore Gousset, curé doyen de Marnay a retracé la vie, les oeuvres et l’influence du cardinal Gousset.

Il était le neveu de l'éminent prélat et avait passé sa jeunesse à l'archevêché de Reims. Il a recensé ses écrits : le théologien avait commenté et écrit plus de 80 volumes.

De la cure aux études théologiques

Neuvième d'une famille de treize enfants, Thomas Marie Joseph Gousset, en venant au monde le 1er mai 1972 naissait douze jours avant le Pape Pie IX.

Cet enfant de paysans fut remarqué dès le début de son ministère pastoral par le curé de la paroisse, l'abbé Sylvestre, originaire d'Amance. Ainsi grandit sa vocation ecclésiastique. Mais, faute de ressources, ses parents s’y opposent. Même son oncle le père Pacifique, curé de Soyers et de Velles le déconseille à sa famille : « Pourquoi envoyer votre enfant aux études, il n’est bon que pour aller à la charrue ».

Ainsi Thomas laboura jusqu'à près de dix-huit ans...

Cependant, le nouveau curé de Montigny, l'abbé Jean François Mairet prépare Thomas à réaliser sa vocation. Il lui prête ses livres pour étudier. Il met fin à la résistance de ses parents. Il obtient pour lui, une place au collège d’Amance et là il retrouve la famille Bruley-Sylvestre de l’ancien curé de Montigny.

La bonne nouvelle parvient au mois d’octobre 1809. Thomas était à la charrue avec son père lorsqu’une de ses soeurs vint lui annoncer l’heureuse décision. Revêtu de ses habits du dimanche, il prenait place le lendemain sur les bancs du collège.

En novembre 1811, il est à Besançon et obtient son diplôme de bachelier ès-Lettres le 22 novembre.

En 1812, il suit les cours de philosophie à la faculté de Lettres, puis il commence ses études théologiques au Grand Séminaire de Besançon. Cet établissement avait été bâti en 1665 par Antoine-Pierre de Grammont, que la postérité reconnaissante a surnommé le Borromée de la Franche-Comté.

De Lure au professorat

Ordonné prêtre le 22 juillet 1817, Thomas Gousset est ce laboureur qui n'a quitté la culture de la terre que pour reprendre la culture des âmes, et ouvrir un profond sillon dans le champ de la science théologique.

Après son ordination, l'abbé Gousset fut envoyé à Lure en qualité de vicaire avec la charge de desservir la paroisse de Bouhans les Lure. Il entretint des relations d'amitié avec le sous préfet Th. de Goëtlosquet, issu d'une famille bretonne établie à Nancy.

Les Lurons, par l'entremise du conseil municipal ont donné le nom du cardinal Gousset à une voie de la ville.

Il demeura neuf mois à Lure, puis fut nommé professeur de théologie au grand séminaire de Besançon.

Le cardinal compris, la famille Gousset a donné vingt trois prêtres à l'Église. En voici la liste élaborée en 1903 : l'abbé Jacques Gousset, mort, curé de Danjoutin ; Pascal Mourlot et Marc Antoine Gousset, capucins ; Noël Fidèle Chevilley, capucin, confesseur de la foi ; l'abbé François Barbier ; Jean François Mourlot, en religion le P. Thaddé bénédictin ; François Gousset, récollet en religion ; le père Pacifique, mort, curé de Soyers, diocèse de Langres ; le chanoine Charles Bonaventure Gousset, mort curé de Lavoncourt ; l'abbé Bouérat, curé de Conflandey ; le chanoine Maxime Gousset, mort curé doyen de Dampierre sur Salon ; l'abbé Bouvier, curé d'Ovanches ; le chanoine Victor Jacquin, mort vicaire général de Périgueux ; Mgr Joseph Gérard, chanoine de Reims, protonotaire apostolique ; le chanoine Josse, curé doyen de Champagney ; l'abbé Josse, curé de Rigny ; l'abbé Théophile Rabutet, chanoine de Reims ; le chanoine Isidore Gousset, curé doyen de Marnay ; l'abbé Victor Jacquin, curé de Donsillac, diocèse de Périgueux ; l'abbé Théophile Gousset, curé de Chevigney ; l'abbé Ambroise Gousset, curé de Renaucourt ; l'abbé Charles Gousset, curé d ’Aboncourt ; l’abbé Bouérat, curé de la Quarte.

Le dernier connu est l’abbé Maxime Favret, qui fut curé de Chancey, Villersexel, Jussey, recteur de la basilique de Saint Ferjeux, et archiprêtre de Gray où il mourut.

L'alliance Gousset Favret remonte à deux mariages célébrés à Montigny-lès-Cherlieu : en 1723, Jacques Favret notaire apostolique épouse Nicole Gousset ; en 1771, Jean-Baptiste Favret, notaire apostolique épouse Françoise Gousset.

Premier Voyage à Rome

De nouveau à Besançon le professeur de théologie se présente à son archevêque Louis François Auguste, duc de Rohan, prince de Leon, par sa naissance parent des rois de France.

L'abbé Gousset rendit visite à Lamennais avec lequel il correspondait mais il ne cessait de publier des livres.

C'est en 1829, à Besançon, chez le libraire italien Montarsolo qu'il découvrit la « théologie morale du bienheureux Alphonse de Liguori ».

L'abbé Gousset trouvait dans ce livre tout le système que sa science et son bon sens lui avaient fait pressentir.

Hélas les travaux et les veilles avaient altéré sa robuste constitution. Son estomac délabré ne pouvait plus supporter de nourriture, son corps amaigri tombait d'épuisement. Les médecins, en le condamnant au repos, lui conseillèrent un voyage qu'il saura utiliser au profit des saintes doctrines. Rome en sera le but.

L'abbé Gousset quitta Besançon le lendemain de Pâques 1830. Il avait 38 ans. Cheminant à petites journées, les étapes sont marquées par Lyon, Turin, Milan, Venise, Bologne, Naples, Florence et enfin Rome.

Muni d'une lettre d'introduction de l'archevêque de Bologne il demanda une audience au Souverain Pontife Pie VIII qui s'empressa de lui accorder.

Pie VIII écouta spécialement le professeur de morale et lui adressa force questions. Son dernier mot fut une parole d'encouragement, un voeu pour le rétablissement de sa santé, afin, ajouta-t-il de pouvoir défendre l'évêque de Rome et l'évêque de Sainte-Agathe, Alphonse Marie de Liguori.

En quittant l'abbé Gousset les médecins avaient dit « Il part pour l'Italie, il ne reviendra pas » tant sa santé était compromise. Arrivant à Rome, mêmes symptômes alarmants dans le malade, mêmes craintes de la part du docteur ; mais, chose merveilleuse, du jour où le pèlerin eut déposé ses voeux au tombeau de Saint Pierre il se produisit une amélioration sensible qui amena son complet rétablissement, et ce rétablissement, le Cardinal le regarda toute sa vie comme un fait miraculeux, l'attribuant, moins au climat de l'Italie, qu'à l'effet des promesses inspirées par son amour de la Sainte Vierge et de l'Eglise romaine.

Après deux mois de séjour dans la ville éternelle, le professeur reprit en juillet 1830 la route de France et rentrait à Besançon le 10 août. L'archevêque de Rohan se trouvait à Paris où il avait reçu la barrette cardinalice.

Les événements de Paris, après les lois scélérates sur la presse avaient amené l’abdication du roi Charles X, un Bourbon. Son successeur le roi Louis Philippe était de la branche d'Orléans.

Vicaire général du diocèse de Besançon

Le désormais cardinal de Rohan était un Bourbon et le nouveau roi étant de la branche d'Orléans, il cherche asile en Suisse.

C'est donc réfugié à Fribourg (Suisse), que le cardinal de Rohan nomme l'abbé Gousset vicaire général par lettre du 22 août 1830.

Début décembre 1830, on apprend la mort de Pie VIII. Son successeur sera Grégoire XVI qui, le jour de la Sainte Trinité 1839, inscrira au catalogue des saints, un théologien : Alphonse Marie de Liguori, ancien évêque de Sainte-Agathe. Désormais, le futur cardinal de Reims aura la haute main, dans l’administration du diocèse de Besançon. Il est reçu à l’académie de Besançon le 28 janvier 1831.

Honoré de Balzac séjournera à Besançon, en septembre-octobre 1833, et c’est en mai 1842, qu’il termina son roman (scènes de la vie privée), « Albert Savarus » qui se passe en grande partie à Besançon et que l'on porte actuellement à l'écran.

On y trouve des noms exacts de l'époque de Grammont, Watteville, etc. Mais le vicaire général, l'abbé de Grancey ne serait autre que le futur cardinal Gousset.

Evêque de Périgueux

Avant d'être préconisé évêque de Périgueux sur le siège de Saint Front, le 1er février 1836, le vicaire général Thomas Gousset avait été reçu en audience par le roi Louis Philippe le 18 septembre 1835.

C'est le roi Louis Philippe qui créa une nouvelle génération d'évêques plébéiens dont l'abbé Gousset fut un des premiers nés. La noblesse en exprima tout haut son mécontentement, en appelant les nouveaux prélats des « paysans mitrés ».

La Cour même en fit des reproches à Louis Philippe qui répondit avec bon sens : « Que voulez vous, des paysans comme Bouvier et Gousset valent pour moi 50 000 soldats ! ».

En dehors des travaux à l'évêché et à la cathédrale, il construisit le petit séminaire de Bergerac et posa la première pierre du grand séminaire de Périgueux.

Reims la cathédrale des Sacres

Le cardinal Gousset fut préconisé archevêque de Reims le 13 juillet 1840. C'est dans ce sanctuaire que Clovis 1er, roi des Francs reçut le baptême des mains de saint Rémi.

Le 15 décembre 1841, il fonde l'académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Reims. Il crée la bibliothèque archiépiscopale.

Il opère la restauration de la basilique de Saint Rémi. Monseigneur Gousset effectue un nouveau voyage à Rome où il rencontre le pape Grégoire XVI. Il est nommé Comte Romain, assistant au trône pontifical.

Il rétablit la liturgie romaine dans le diocèse de Reims. Lors de la révolution de 1848, il célèbre un service funèbre pour les victimes des journées de février.

Après le concile de Soissons, le pape Pie IX, répondit à la lettre des pères, le 30 novembre 1849. Car la liturgie romaine avait été rétablie sous le diocèse de Reims.

Monseigneur Gousset est reconnu membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique.

Le 27 août 1850, devant plus de cent prêtres, dans le palais archiépiscopal de Reims, Mgr Gousset présentait son clergé au Président de la République, le prince Louis Napoléon qui lui annonçait qu'il l'avait proposé au choix du Saint Siège pour la dignité de cardinal.

Le pape Pie IX nomma l'archevêque de Reims cardinal, le 30 septembre 1850. Le 24 octobre au cours d'une importante cérémonie, la barrette lui fut remise par le Président de la République. Le 13 octobre lui avait été remise la calotte cardinalice, envoyée par Rome, au milieu de grandes fêtes.

Le chapeau Cardinalice

Monseigneur Gousset, le 22 décembre 1850, inaugure et bénit l’Eglise Saint-Thomas qu'il a érigée dans la ville des sacres.

Il se rend alors à Rome pour recevoir le chapeau Cardinalice. Il part de Reims le 25 mars 1851 et, après un court séjour à Paris, il se dirige sur Marseille où il s'embarque le 1er avril 1851 sur le Languedoc. Malgré une mer très forte, il fut un des seuls à ne pas avoir le mal de mer.

Arrivé à Rome il eut une audience d'une heure avec le Pape Pie IX. Une brillante réception se déroula au palais Colonna.

Le 10 avril eut lieu le consistoire et Monseigneur Gousset reçut le chapeau Cardinalice. Le Sacré Collège était au complet.

Le petit laboureur de Montigny-les-Cherlieu était devenu Prince de l'Église.

Le Pape avait assigné à Mgr Gousset, au consistoire secret, le titre presbytéral de Saint Callixte et un billet du secrétaire d'Etat l'avait nommé membre des Congrégations des évêques et des réguliers, des Conciles, de l'Index, des Rites, des Indulgences et des Reliques.

Après avoir pris possession de son titre presbytéral de Saint Callixte, il reçut une deuxième audience du Pape. Il n'oublia pas la nouvelle paroisse qu'il avait créée à Reims, dans son faubourg de prédilection. Il obtint pour elle des Reliques de saint Thomas, apôtre, de saint Augustin et de saint Alphonse de Liguori.

Il profita de son séjour dans la ville éternelle pour visiter les catacombes de Prétextat, une vision quasi dantesque. Il rencontra un Franc Comtois, M. de Merode, beau frère de Montalembert. Le Cardinal Gousset quitte Rome le 30 avril 1851. Sans arrêts notables, il passe par Toulouse et s'arrête à Périgueux, son ancien diocèse.

Vers l’Empire

Le 2 décembre 1851, l'archevêque de Reims se trouvait à Paris : trois ans après le grand vote de décembre, vingt ans après la chute des Bourbons, trente cinq après la chute de la vieille constitution, ce fut la facile révolution. Les évêques présents dans la capitale se réunirent chez Mgr Gousset qui prit l'avis de Montalembert qui, seul des anciens chefs parlementaires, adhéra publiquement au coup d'État Une majorité de plus de sept millions de suffrages accepta la présidence décennale, puis l'Empire.

Des polémiques ardentes et des discussions utiles entre gallicans et ultramontains marquèrent les années 1852 et 1853. Tandis que se déroulait le Concile d'Amiens, l'archevêque de Paris condamnait le journal « L'Univers » dont le rédacteur en chef était Louis Veuillot. C'est alors que Mgr Gousset, au nom de la province de Reims, fit adresser une supplique au Pape Pie IX. La bulle de l'Encyclique du 21 mars 1853 « Inter multipliées » remit tout en ordre.

Les décrets du Concile d'Amiens avaient été approuvés et promulgués. Le 17 avril 1853, le cardinal Gousset posait la première pierre du portail de la nouvelle église Saint-Thomas, édifiée avec ses propres deniers. C’est pourquoi le maire de Reims, au nom de la ville, lui adresse la reconnaissance et l’admiration pour le noble usage qu’il fait des revenus que l’Etat lui assure.

C’est le 30 janvier 1853 que Mgr Gousset assista à la cérémonie de mariage de l’Empereur Napoléon III. Tous les cardinaux étaient invités et s’y rendirent. lors d’une visite faite à l’empereur et l’impératrice, il rappela que Reims était la ville des sacres. En parlant des luttes entre les catholiques et « L'Univers » : « Pourquoi, demanda l'impératrice, en veut on a Louis Veuillot ? C'est que personne, répondit le Cardinal, ne défend avec tant de talent le Pape et l'empereur ». Reconnaissant les merveilleuses créations du génie humain, il bénissait la première locomotive qui arrivait d'Epernay à Reims, mais il rendait aussi visite aux malades du choléra.

Parti à Rome au début d'octobre 1854, le Cardinal prépare et assiste les 8 et 10 décembre à la consécration du règne de l'Immaculée Conception. Il rentre le 2 février. Mgr Gousset était parmi les quatre-vingt-cinq prélats qui assistèrent à Notre-Dame de Paris au baptême du Prince impérial, le 14 juin 1856, jour anniversaire des victoires de Marengo et de Friedland. Le Pape avait accepté d'être parrain et député le cardinal Patrizi pour conférer le baptême à son fils spirituel.

Retour aux sources

Dans le diocèse de Besançon, le Cardinal Mathieu ne mettait pas en pratique la liturgie romaine et ne pouvait se résoudre à sacrifier les coutumes et les offices du rite bisontin.

Trois prêtres de Besançon s'adressèrent à la presse pour plaider la course des doctrines ultramontaines. La lutte devenait de plus en plus vive et s’envenimait. C'est alors que le Cardinal Gousset modéra leur ardeur. Quant au Cardinal Mathieu, il mit vingt ans à élaborer le volumineux « Propre du diocèse ».

Le prélat gardait un doux souvenir de son pays natal. En 1852, à peine revêtu de la pourpre cardinalice, il s'était rendu à Montigny pour déposer une larme et une prière sur la tombe de sa vénérable mère que la mort venait d'enlever à son affection. Il avait voulu aussi honorer ses compatriotes et ses amis en leur offrant les prémices du cardinalat.

C'était toujours la même bonté, la même simplicité, sous la mitre et sous la pourpre. Il parcourait à pied les rues du village, entrait dans toutes les maisons, causait avec tous familièrement en langue vulgaire, leur adressait des encouragements, une parole aimable et s'informait de leurs besoins en leur remettant une aumône.

Montigny le vit à nouveau en juillet 1857, ayant encore un deuil de famille à porter. Une de ses soeurs venait de mourir ; sa première station fut pour le cimetière. Avant d'entrer au village, le prélat descendit de voiture, alla s'agenouiller et prier sur la tombe de ses chers défunts.

Il passa un mois a Montigny tant il était content de revivre les années et les souvenirs du passé. Le village prit un air de fête qu'entretenait et la présence du prélat et celle des visiteurs de toute la région. Le presbytère de Montigny était devenu un hôtel où chacun recevait la plus cordiale hospitalité. On aurait pu l'appeler comme les Rémois appelaient le palais archiépiscopal « L'hôtel de la Croix d'Or ».

Trois cérémonies religieuses partagèrent les vacances du prélat.

Ce fut d’abord le 8 août 1857 la bénédiction de la chapelle Notre-Dame de la Motte, érigée avec le zèle de M. l’abbé Boilloz, curé de Vesoul, au sommet de la colline qui domine la ville. Elle était présidée par le Cardinal Mathieu, archevêque de Besançon.

En 1854, le choléra qui avait fortement sévi dans la contrée, avait épargné Montigny. Les habitants s’engagèrent, par reconnaissance, à élever une statue en l'honneur de la Vierge immaculée ce qui fut réalisé par le curé, l'abbé Théophile Lorain. Le Cardinal Gousset procéda à l'inauguration le 15 août 1857. Toute la paroisse s'y rendit en procession et les pays environnants s'y donnèrent rendez vous.

La troisième cérémonie fut éclatante. l’Eglise de Montigny venait d'être reconstruite et attendait la consécration. Le Cardinal Gousset avait offert un autel digne d'une cathédrale. Le Pontife, assisté de Mgr Guerrin, consacra l’église de son pays natal. Plus de cent prêtres du clergé franc comtois étaient venus faire cortège avec une foule innombrable de toutes les classes de la société.

On regretta l'absence du Cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, qui délégua, pour le remplacer, un de ses vicaires généraux, M. l'abbé Perrin. Rentré dans son diocèse, le prélat prépara un nouveau Concile paroissial qui devait se tenir à Reims.

Rôle national et international

Désormais le Cardinal Gousset est mêlé aux événements nationaux et internationaux : la révolution, la guerre, le démantèlement des Etats pontificaux. Il n'hésite pas à rendre visite à l'empereur. Il n'hésite pas à monter à la tribune du Sénat le 6 mai 1861.

Le 11 août 1860 on lisait dans « Le Moniteur » : « Son Eminence le Cardinal Gousset et Mgr l'évêque de Châlons sont venus ce matin faire visite à l'empereur au camp et ont déjeuné avec Sa Majesté et le prince Guillaume de Bade ». C'était pour l'entretenir de la situation du Pape et le supplier de protéger le territoire pontifical.

Le 11 octobre 1858, le prélat avait reçu l'empereur et l'impératrice à Reims. Il leur avait fait remarquer que la cathédrale pourrait être appelée « l'église des rois ».

Sa Majesté offrait au cardinal une tabatière en or avec diamant qui la remit au trésor du sanctuaire. L'empereur, sollicité, accepta de redonner à Reims le calice de Saint Rémi qui avait été placé à la bibliothèque nationale dans le cabinet des antiques.

Le 12 mai 1862, il quitte Reims pour se rendre encore à Rome afin d'assister à la canonisation des 23 confesseurs de la Foi martyrisés dans les îles du Japon, en présence de cent mille étrangers et de quatre à cinq mille prêtres. Il apporte également le denier de Saint Pierre pour subvenir à la détresse de Pie IX.

Le vicaire de Lure devenu Prince de l’Eglise, meurt à Reims le 22 décembre 1866. Il est inhumé dans un magnifique tombeau en l'église Saint Thomas qu'il a fondée et érigée, et dans laquelle il a voulu reposer après sa mort. Le coeur enfermé dans une urne d'or à ses armes, fut placé dans l'une des deux colonnes de bronze de la chapelle abbatiale de la cathédrale.

Relatant l'entrée du Cardinal dans la cathédrale de Reims, le 6 novembre 1850, son neveu le chanoine Isidore Gousset écrivait : « Mgr Gousset n'a jamais manqué une occasion de rappeler, qu'avant d'être Prince de l'église, il était un enfant du peuple ; qu'avant d'être appelé à revêtir le manteau de cardinal, il avait durci ses mains sur le manche de la charrue, et creusé à la sueur de son front le pénible sillon où le fermier confie le germe des moissons aux soins de la Providence. Les faveurs de la Cour de Rome, en parant le front plébéien n'en ont pas changé la nature et nous l'avons vu hier aussi calme, aussi empreint de simplicité et de bonté que le jour où l'inauguration de l'arbre de la Liberté donnait à Mgr l'Archevêque de Reims l'occasion d'adresser au peuple une leçon de charité chrétienne et d'égalité sociale. »

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Bicentenaire de la naissance du Cardinal Gousset

M. Jean Plançon, maire ; des membres de la famille Gousset ont l’honneur de vous faire part que le dimanche 3 mai 1992, à 10h30, une messe du secteur pastoral Jussey-Vitrey sera célébrée en l’église de Montigny-les-Cherlieu par M. l’abbé Bernard Huot-Marchand, pour commémorer le bicentenaire de la naissance du

Cardinal GOUSSET
Vicaire à Lure
Professeur de théologie au Grand Séminaire de Besançon
Vicaire général du diocèse de Besançon
Evêque de Périgueux - Archevêque de Reims
Comte Romain - Sénateur
Commandeur de la Légion d'honneur
1er mai 1792 1er mai 1992

« LES AFFICHES » 29, avenue de la République 70204 Lure cedex »

 

Glané dans la vie du Cardinal...

La consécration de l'église de Rimogne, dédiée à Saint Brice, a eu lieu le 13 octobre 1847. Monseigneur Gousset est venu consacrer l'église en tant qu'archevêque de Reims.

Le cardinal Gousset a été photographié par les frères Bisson, photographes officiels de Napoléon III.

Quelques actions notables dans le diocèse de Reims.