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ans... Un quart de siècle, déjà. Mais ici,
personne n'a oublié. A Portsall et ailleurs, les anciens
gardent pour toujours, tapie dans un coin de leur
mémoire, cette sinistre date à jamais maudite. Ils ont
appris aux jeunes ce que fut ce jour de tempête du 16 mars
1978 où tout a basculé, bouleversé
leurs vies, anéanti leurs dures années de travail,
plongé dans le malheur et le désarroi toute notre
région, englué notre Bretagne si belle où il fait si
bon vivre, annihilé pour des années les saisons
touristiques, désespéré les pêcheurs, ostréiculteurs
et goémoniers, mis à mal toute une économie
régionale. Sans compter les milliers d'oiseaux décimés
et la flore dévastée, équilibre naturel ayant payé un
lourd tribut à cette épouvantable catastrophe
écologique... Un vrai désastre. Une tempête comme les autres pour les bretons. Ici, nous avons l'habitude... Il est 22 heures le soir de ce 16 mars. La plupart d'entre nous sait déjà que depuis quelques heures, un pétrolier en avarie de gouvernail est en difficulté au large d'Ouessant. Un de plus. Il en passe 200 par jour au large du Finistère ! Pourquoi s'inquiéter outre mesure ? Tout devrait bien se passer, et le navire bancale, malmené dans le gros temps malgré sa taille gigantesque va être pris en remorque et conduit en sécurité jusqu'à Brest ! Non, vraiment pas de quoi s'affoler... ça ne peut pas recommencer... Il y a du monde sur l'affaire et tous connaissent bien leur boulot... On se rassure comme on peut, mais on se souvient qu'on a déjà donné : naufrage du Torrey Canyon, le 18 mars 1967, celui de l'Olympic Bravery, le 24 janvier 1976, suivi du Boehlen le 14 octobre de la même année... Il est inutile de trop entrer dans les détails de cette journée du 16, et des suivantes. Ce serait bien trop long ! Toujours est-il qu'à 23 heures, le drame atroce qui vient frapper la Bretagne nord de plein fouet, est consommé. L'Amoco Cadiz, super-tanker libérien de 330 mètres de long, 50 de large, vient fracasser ses tôles rouillées sur les rochers de Men Goulven, à moins de deux kilomètres en face de Portsall. Ses cuves éventrées commencent immédiatement à vomir les 220.000 tonnes d'un pétrole brut noirâtre, collant, immonde et malodorant, synonyme de désespoir et de mort. Piégé dans son lit de rocs acérés, le monstre finira par se casser en deux, se disloquer sous les coups de furie de la mer. Bilan : plus de 400 kms de littoral atrocement défigurés, souillés de la Pointe Saint-Mathieu à la baie de Lannion, et jusqu'aux portes de Paimpol... Et des mois et des mois de nettoyage, avec des moyens archaïques... PLUS JAMAIS CA ... hurlait-on déjà à l'époque, à Brest, dans de gigantesques manifestations où les gens excédés brandissaient rageusement des oiseaux mazoutés empalés au bout de leurs bâtons... 25 années sont passées. La Bretagne à connu le Gino (un vraquier), le 28 avril 1979, le Tanio, le 7 mars 1980. Puis il y eu l'Erika. Aujourd'hui, c'est la Galice et le Prestige, le si mal nommé, et la côte Atlantique n'est pas épargnée... La Bretagne sud s'inquiète, se prépare à une mauvaise surprise... Et puis quoi ? Les épaves indignes, remplies de leur poison, continuent de sillonner les mers du globe, alors qu'elles devraient être à la casse depuis longtemps. Oui, triste anniversaire, vraiment. J'ai sélectionné des photos qui en disent long, des clichés vus et revus dans tous les magazines et les journaux. Elles sont bien plus parlantes que les mots. J''y ai ajouté les miennes, inédites. Des images fortes qui se passent de commentaires... |
| Crédit photos : ecom-eleuthera - Yves Gladu - Gamma - Editions Jack - Sipa Press - René Tanguy - NOAA - J.J. Gourvénec |