Gabriel Fauré (1845 - 1924)
" La musique consiste à nous élever le plus haut possible au dessus de ce qui est"


Fauré N°1 : Le maître de la mélodie française
Gabriel Fauré

Gabriel Fauré, ayant eu la mauvaise idée d'être contemporain de Debussy et Ravel, a quelque peu souffert auprès de la postérité de l'ombrage de ces grands musiciens plus "révolutionnaires" que lui. On l'a injustement qualifié de musicien mineur alors qu'il est un des plus grands. Comme on peut le constater facilement en parcourant les maigres bacs des disquaires, on a surtout retenu de lui le célèbre Requiem, dont le planant "In Paradisium" reste un des sommets de la musique française et de la musique tout court.
Mais le vaste répertoire des Mélodies est resté assez confidentiel et c'est pourtant par là qu'on doit commencer pour s'initier à son oeuvre. Ce répertoire est très abordable et quand on l'a un tant soit peu pratiqué, on doit reconnaître que Fauré s'impose comme le maître de la Mélodie française, un genre dans lequel ni Debussy ni Ravel ne l'ont égalé.
La Mélodie française, ce n'est pas de la chansonnette ! C'est un genre musical aussi sérieux que le Lied allemand, bien que d'un esprit totalement différent.
Les mélodies les plus sublimes résultent d'une parfaite fusion de la musique et la poésie. Un genre particulièrement difficile car la poésie est déjà musique, et il est toujours risqué de vouloir y superposer une autre musique...
Le talent du compositeur consiste d'abord à choisir les poèmes à mettre en musique et il faut reconnaître que Fauré s'est rarement trompé dans le choix des auteurs et des textes. Il a eu la sagesse de choisir des poètes "mineurs" (à part Verlaine qui est un cas miraculeux d'osmose totale) pour insuffler une nouvelle vie à des vers pas nécessairement immortels. Albert Samain, Armand Sylvestre, Romain Bussine, Jean de la Ville de Mirmont, Charles van Lerberghe et la Baronne de Brimont, pour ne citer que les moins inconnus, doivent beaucoup à Fauré.

Sully Prudhomme (1839 - 1907)
Le long du quai
Sully Prudhomme

Le long du quai, les grands vaisseaux
Que la houle incline en silence
Ne prennent pas garde aux berceaux
Que la main des femmes balance.

Mais viendra le jour des adieux,
Car il faut que les femmes pleurent,
Et que les hommes curieux
Tentent les horizons qui leurrent.

Et ce jour-là, les grands vaisseaux
Fuyant le port qui diminue,
Sentent leur masse retenue
Par l'âme des lointains berceaux.

Sully Prudhomme (1839 - 1907), premier prix Nobel de littérature, bien qu'il ne soit pas totalement tombé dans l'oubli, doit aussi beaucoup à Fauré qui a signé un de ses plus grands tubes avec "Les Berceaux", op. 23 N°1 de 1883 . Le poème, dont le titre original est en fait "Le long du quai", est simple et bien écrit, jouant sur l'opposition un peu mélo des vaisseaux qui tanguent et des berceaux qu'on balance, mais il ne serait jamais passé à la postérité sans le génie de Fauré !
L'accompagnement obstiné du piano joue sur l'ambiguïté de ce balancement rythmique, à mi chemin entre le bercement et le tangage, tandis que la voix calme au début, se fait soudain véhémente en évoquant les "horizons qui leurrent", illustrés par une mini-tempête au piano, avant de s'achever dans un calme balancement serein ou fataliste.
Cette miniature de deux minutes et demi est exemplaire de cette fusion totale entre la musique et la poésie évoquée plus haut.
Cette oeuvre a fait l'objet de très nombreux enregistrements dont voici quelques échantillons.

A propos de copyright : Ces MP3 ont été délibérément encodés en basse fidélité (mono et 64 Kbps) afin de réduire le temps de téléchargement, et d'inciter à acheter les CDs qui, seuls, permettent une qualité sonore digne de cette musique. Mon but n'est pas de fournir de la musique gratuite, mais de profiter de ce merveilleux véhicule qu'est l'internet pour faire connaître des oeuvres qui me tiennent particulièrement à coeur.

  • Vaguet (1906) disque Pathé à saphir 21 cm N°265 matrice 51472 GR.
    Malgré les limitations de l'enregistrement acoustique et malgré l'orchestration confuse et pâteuse, l'interprétation sublime de Vaguet franchit le mur du son et du temps !

  • Ninon Vallin (1932) avec Marguerite Long, disque 78 tours Columbia LF 125 matrice CL 4392

  • Claire Croiza Un enregistrement rarissime. Pour plus d'informations, allez jeter un oeil sur le site de Marston Records . Heureusement qu'il y a encore des étrangers pour sauvegarder le patrimoine discographique français !

  • Camille Maurane (né en 1911) extrait du disque XCP 5001 (1989) Pierre Maillard-Verger, piano.
    Un des plus grands interprètes de Fauré. Sa voix, dite de baryton-martin, possède la tessiture du baryton alliée à la clarté du ténor.

  • Gérard Souzay extrait de l'Intégrale en 4 CDs EMI Classics (1974) avec Elly Ameling, soprano et Dalton Baldwin, piano.
    Un coffret indispensable aux vrais fans de Gabriel !

  • Janet Baker (1988) extrait du CD Hyperion CDA66320 (1988) avec Geoffrey Parsons, piano

  • Barbara Hendricks extrait du double CD EMI Classics "La voix du Ciel" (1993)

  • Jacques Herbillon extrait de l'intégrale des Mélodies enregistrée avec Théodore PARASKIVESCO au piano. Disque 33 tours CALLIOPE 1974.

  • François le Roux extrait du CD REM N°311176XCD (1992) avec Jeff Cohen, piano.
    Une interprétation "moderne" sans les "R" roulés et presque sans aucun vibrato. Très différent des autres versions, mais çà tient la route...

  • Véronique Dietschy avec Philippe Cassard (piano) extrait du CD Adès AD750. Une autre admirable interprétation "moderne".

  • Jacques Bona (basse) avec Jean-Claude Pennetier (piano) extrait du CD EMI Classics "La naissance de Vénus". Sur un tempo très lent, c'est la seule version qui dépasse les 3 minutes. Admirable néanmoins.

  • Georgette France disque 78 tours (hélas cassé !) Music Monde N°COS1002 Orch dir. Geo Kleem (années 30).
    Une version kitsch avec une soprano de variétés et un orchestre hollywoodien qui en fait un peu trop ! Néanmoins délectable.

  • Yves Montand extraît de l'album Montand d'hier et d'aujourd'hui (disque Phonogram 1980) Une version presque a capella avec une orchestration bien maigrichonne. Bref, celà n'ajoute rien à la gloire de Fauré... ni à celle d'Yves Montand, qui manifestement s'est trompé de répertoire !

  • Herman Van Veen Une très belle version dans le style "variétés" avec un sobre accompagnement de guitare. Si, comme moi, vous ne connaissiez pas ce remarquable chanteur hollandais, il est encore temps de combler cette lacune en allant sur son site officiel.

  • Tino Rossi extraît de l'album "Les plus belles mélodies classiques"(Pathé Marconi 1973). On s'attendait au pire... mais la mélodie est scrupuleusement respectée. On déplore hélas quelques erreurs de phrasé (les hommes cu-u-rieux !). Voilà en tout cas une version bien gentillette qui épargne à l'auditeur les embruns et le vent du large. Bref, une interprétation qui manque quelque peu de souffle !

  • Véronique Gens avec Roger Vignoles au piano sur un CD Virgin (2000) intitulé "Nuit d'étoiles" n° 45360. La version la plus récente de cette oeuvre. Superbe ! On en reste sans voix ...

  • Pierre Bernac avec Francis Poulenc au piano (extrait du coffret de 5 Cd Poulenc et ses amis) (en attente de place disponible sur le serveur)

  • Félia Litvine (1902) avec Alfred Cortot au piano. Encore une rarissime rareté de Marston Records (en attente de place disponible sur le serveur)

    Déjà 17 versions réunies ici (et bientôt 18) dont quelques unes très rares grace à la précieuse collaboration des internautes qui me les ont fait parvenir ! Si vous avez d'autres versions des Berceaux de Fauré, je suis toujours preneur afin de compléter cette petite collection....

  • Récital imaginaire : Les 16 versions en continu !

  • Et pour terminer, voici une extraordinaire Cinephonie (l'ancêtre du clip) d'Emille Vuillermoz datant de 1936. Etonnant !


    Fauré N° 2 : Le musicien du XX ème siècle

    Maintenant, passons aux choses sérieuses. En effet, les Berceaux, comme le Parfum impérissable ou les Roses d'Ispahan sont des oeuvres de jeunesse, d'un abord immédiat, pleines de charme, des tubes pour ainsi dire, mais elles n'auraient pas suffi à faire de Fauré l'un des plus grands musiciens français. C'est dans les oeuvres de sa maturité et de sa vieillesse qu'apparaît son génie qui est du même niveau que le génie de Beethoven ou de Schubert bien que dans un style très différent. Dire que Fauré a longtemps été considéré comme un musicien mineur ! Quelle injustice ! Heureusement le jugement de la postérité a beaucoup changé ces dernières années.
    Il m'a fallu longtemps pour découvrir sa musique de piano et sa musique de chambre, un répertoire beaucoup plus difficile d'accès. Il est vrai que le Fauré troisième manière a de quoi dérouter. De la part du maître de la mélodie, on s'attendrait à des oeuvres plus "mélodiques" et là, on cherche en vain un air qui serait facile à retenir, qu'on pourrait siffler dans la salle de bain ! J'avoue que la première écoute du 13 ème nocturne pour piano, qui est décrit comme un chef d'oeuvre par les spécialistes, m'a laissé perplexe. Etrange, pas de mélodie apparente et pourtant ce n'était pas de la musique dodécaphonique ni du Bartok, ni du Boulez. Ce n'est qu'à la dixième audition que j'ai commencé à accrocher. J'ai alors compris que le "vieux Fauré" était un compositeur du XX ème siècle, contrairement au "jeune Fauré" qui était un compositeur de la Belle Epoque, plein de charme et un peu kitsch. Que s'était-il donc passé chez cet homme dont la vie fut à cheval sur 2 siècles ? En fait rien, c'est juste le temps qui avait passé. On avait simplement changé d'époque et la Grande Guerre en avait apporté la preuve douloureuse. Plus rien désormais ne serait comme avant. Il faut dire aussi que Fauré, comme Beethoven, avait été atteint dès 1903 par une douloureuse surdité. Les sons graves et aigus lui parvenaient horriblement déformés et il ne percevait plus -faiblement- que le medium. Et bien qu'il n'entendît jamais ses oeuvres de vieillesse, ses facultés créatrices étaient demeurées intactes. Comme pour Beethoven, ses plus grands chefs d'oeuvre datent des dernières années de sa vie. Et ce sont des oeuvres d'une inspiration très élevée qui ne se livrent pas à la première écoute....

    (En cours de rédaction - à suivre)

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    Dernière mise à jour 10 janvier 2010
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