COURS D’INITIATION A L’ORTHOLOGIQUE

    Première leçon : octobre 1968


    1. Faut-il s’inscrire à ce cours ?

S'inscrire à un cours d'orthologique est une décision qui ne doit pas être prise à la légère : c'est prendre place à bord d'une fusée qui transporte ses passagers dans un monde d'où l'on ne revient pas. Peut-être avez-vous lu un ou plusieurs des quatre livres parus dans la collection «Survivre». Ils vous ont paru curieux, intéressants peut-être, mais certainement inoffensifs, et vous avez raison : on y a veillé. Mais le présent cours ne le sera pas : son objet est d’initier à l’orthologique, dont la puissance  est dangereuse. Elle libère en nous des forces universelles  que nul ne maîtrisera jamais : ce sont elles qui nous maîtrisent. Il serait aussi vain de leur opposer notre volonté qu'à aucune des autres grandes forces qui animent l'univers. Voici, dans l'ordre croissant de leur gravité, les risques auxquels vous vous exposeriez en vous inscrivant à ce cours :

1. Vous pourriez y perdre votre argent, mais ce risque est mineur : l’IFO ne poursuivant pas de buts lucratifs, ses cours sont peu coûteux.

2. Vous pourriez y perdre votre temps, mais peu de temps : vous seriez très vite édifié(e). Si, après quelques leçons, ce cours ne vous passionnait  pas, si vous n'étiez littéralement empoigné(e), la preuve serait faite qu'il ne vous convient pas. L'I.F.O.  ne peut vous faire aucune promesse. Il est impuissant à vous apporter l'orthologique : vous la possédez déjà. Sa seule ambition est de hâter son éclosion, mais celle-ci n'est pas toujours possible. Certains sont mûrs pour elle, d'autres ne le sont pas, et personne n'y peut rien. L'êtes-vous ? L'avenir seul pourrait vous l'apprendre.

3. Mais, si vous l'êtes, les risques de cette aventure pourraient être grands. Un beau matin, vous vous réveilleriez un homme ou une femme tout autre. Votre entourage ne vous reconnaîtrait pas, et vous ne vous reconnaîtriez pas vous-même. Or vous seriez au «point de non-retour» : il vous serait aussi impossible de revenir en arrière que de retrouver vos vingt ans si vous en aviez cinquante. La maturité est la chose au monde la plus irréversible.

La question qui se pose est celle-ci : êtes-vous heureux ou ne l'êtes-vous pas ? Vous plaisez-vous dans votre monde ? Cela revient (presque) à vous demander : êtes-vous un extraverti  bien  adapté à son milieu ? Si la réponse est oui, ne vous souciez pas de la sorte d'orthologique qui s'enseignera dans ce cours-ci. Celle, bien plus simple, qui prend en charge le monde extérieur et assure l'efficacité de l'action  fera seule votre affaire.
Mais, si vos tendances naturelles vous inclinent à l'introversion, vos chances de bonheur, sans orthologique, seraient minces, et le monde extérieur, tel que vous le percevez aujourd'hui, aurait peu de chances de vous satisfaire, sauf si vous êtes très jeune, ou si vous avez conservé la fraîcheur d'âme de la jeunesse, et les espoirs  qui l'accompagnent. Notre conseil en pareil cas, est de vous tourner vers l'orthologique : elle vous dépaysera moins, puisque vous êtes déjà introverti, et elle vous procurera de grandes joies.
Enfin si, pour quelque raison que ce puisse être, vous êtes vraiment malheureux, c'est-à-dire désespéré, n'hésitez pas une seconde : jetez-vous à coeur perdu dans l'orthologique, qui vous met en communion avec l'Univers (les croyants disent : avec Dieu). Elle transforme notre monde intérieur en univers intérieur.  Or, à l'échelle universelle, les malheurs humains sont si petits qu'il devient impossible de les voir ni de les ressentir.


    2. Les objectifs

L’IFO ne poursuit pas de buts lucratifs, mais il en poursuit d’autres. Il sollicite votre collaboration active. L'orthologique nous livre l'accès à un monde nouveau, vierge encore, et qu'il s'agit de peupler au plus vite. Il va falloir s’efforcer de créer cent professions nouvelles. Il s’agit de former des professeurs d’orthologique, des psychologues, des médecins, des assistantes sociales, des sociologues, des vulgarisateurs, des journalistes orthologiciens. Tout doit être repensé, revu et corrigé en termes d’orthologique. Nous aurons besoin d’auteurs et de coauteurs pour la collection «Survivre», et l’un des objets de ce cours est de les former. Et, par-dessus tout, des pédagogues et des parents orthologiciens. Enfin, il va falloir créer partout des centres d’orthologique, des groupes, des amicales, des mutuelles, des foyers, des lieux de rencontre et d’échange où puissent se nouer les amitiés supérieures qui s’établissent spontanément entre personnes qui, ayant appris à parler la même langue, s’entendent vraiment.
Nous comptons sur vous pour réaliser tout cela. Nous vous y aiderons par tous les moyens dont nous pourrons disposer. Mais la première condition est la formation d’une élite. Or un cours par correspondance est une machine à sélectionner les élites, seules capables d’en profiter. Mais nous serons, parce que nous devons être, très exigeants envers nos collaborateurs. Nous ne pourrons prendre de contacts individuels qu’avec ceux qui, voulant et pouvant donner beaucoup d'eux-mêmes, peuvent recevoir beaucoup. 
Mais sans doute pensez-vous, parce qu'il faut y penser, à vos carrières dans le monde pré-orthologique où, pendant quelque temps encore, et peut-être pendant longtemps, il faudra bien que nous vivions tous. L'orthologique peut-elle vous y aider ? Eh bien, oui, et puissamment : il y a place partout pour des hommes et des femmes supérieurement intelligents,  et vous le serez bientôt — peut-être plus que vous ne le souhaitez, car il s'en faut que ce soit un plaisir sans mélange : vos responsabilités grandiront aussi vite que votre intelligence, et vous ne pourrez pas vous y dérober.


    3. L'intelligence «supérieure»

L'intelligence supérieure — c'est-à-dire universelle — qui appartient à notre espèce est d'une nature tout autre que nos intelligences individuelles. On saisira la différence en observant le cas des animaux, celui des chiens en particulier. Le chien est un animal déjà très éducable. En développant son intelligence individuelle, le dresseur qui en fait un «chien savant» lui crée un embryon de «monde intérieur». Mais, comparer ce monde, et la qualité des savoirs qu'il procure, à l'univers intérieur qu'extériorise la chienne dans les soins qu'elle sait  donner à sa portée, c'est comparer le Docteur Cauchon, dont les savoirs étaient appris, à Jeanne d'Arc, qui avait des visions intérieures spécifiques.
L'objet de ce cours est de vous révéler vos savoirs spécifiques, tout comme se révèlent, sur une plaque photographique, les impressions qu'elle a reçues. Vos savoirs innés ne ressemblent pas plus à ceux que vous avez appris que les connaissances de la chienne qui obéit à l'Univers ne s'apparentent à celles du «chien savant» conditionné par son dresseur. Acquérir une intelligence supérieure, c'est apprendre à obéir à l'Univers -ou à Dieu. Ne vous étonnez pas qu'il y faille des enseignements très différents de ceux qui vous sont familiers.


    4. Voies et moyens

Les voies  qui mènent à l'intelligence supérieure sont la conscience et l'inconscient. Vous aurez à les emprunter toutes deux, en commençant par la conscience. Ce n'est pas le chemin le plus court, mais c'est le seul qui abrite de dangers parfois graves. Les «génies» peuvent aller droit au but, mais c'est au risque de sombrer dans la folie. Ce cours ne vous y exposera pas. Sa tendance, au contraire, sera de vous en préserver si vous avez de légers penchants vers l'instabilité.  En revanche, si vos nerfs sont fragiles, si votre cas réclame des soins psychiatriques, ABSTENEZ-VOUS ABSOLUMENT. L'orthologique, qui réveille nos forces inconscientes et nous rend perméable à leurs influences, peut aisément déclencher des crises aiguës chez ceux en qui elles sont latentes. Elle ne doit être apportée aux malades que sous la surveillance de psychothérapeutes qualifiés.
Les moyens  mis en oeuvre dans ce cours n'appellent pas de commentaires. Ils seront expliqués avant d'être utilisés : rien, dans l'orthologique, n'est ésotérique ni mystérieux. Tout y est clair, logique, vérifiable, même les rapports de la conscience et de l'inconscient, qui s'établissent en application de règles précises, issues de lois psychologiques.


    5. La personnalisation des cours

Ceux qui s’inscriront à ce cours recevront une attention personnelle dans la mesure où ils payeront de leurs personnes. Ce cours est appelé à devenir très vite un dialogue permanent entre professeur et étudiants, et ce dialogue sera ajusté aux désirs et aux besoins des étudiants qui s’y prêteront en respectant les règles du jeu. Celles-ci pourront changer à mesure de l’avancement du cours. Elles seront précisées dans les feuilles d’exercices ou les questionnaires qui accompagneront chaque leçon. Ceux qui s’y conformeront bénéficieront d’un cours personnalisé. Pour les autres, ce cours sera «semi-personnalisé», c’est-à-dire ajusté aux désirs et aux besoins de personnes assez nombreuses pour avoir de bonnes chances de répondre acceptablement aux leurs.


    Première Leçon

    1. Le taureau par les cornes

Le résultat que nous allons poursuivre ensemble est précis : c'est l'unité de votre personne,  qu'il s'agit non de réaliser, puisque la nature s'en est chargée, mais d'actualiser  en vous  dépouillant de ce qui, en vous, est irréel, surimposé, conditionné, programmé.  Il va s'agir de vous «déprogrammer».
Mais qu'est-ce qu'une déprogrammation ? Nous perdrions beaucoup de temps à l'expliquer. Vous trouverez en annexe (extrait du 4e volume de la collection “Survivre” : Le Défi Européen) un exemple pratique de déprogrammation primaire, dont la simplicité vous rebutera sans doute. Rassurez-vous : ce n'est pas à ce niveau que nous nous situerons ici. Le thème ultra-simple de cette annexe a été choisi parce que, dépourvu de résonances affectives, il ne suscite guère de réflexes de défense, sauf chez ceux qu'il menace dans la vision qu'ils ont d'eux-mêmes. Mais, si la «théorie de la non-comestibilité de l'argent» ne constitue pas pour vous un péril professionnel, vous n'éprouverez pas le besoin de lui opposer, pour les défendre (c'est-à-dire pour vous  défendre), vos «trésors culturels» chèrement acquis à l'université. Malgré quoi vous en serez atteint, consciemment ou non, dans vos profondeurs : l'être humain est un tout. On n'y modifie rien sans affecter ce tout.
Mais, si bénéfique soit-elle, la déprogrammation est souvent mal tolérée : elle crée le vide, et le vide provoque le vertige et l'angoisse. Même fausses et malfaisantes, nous sommes attachés à nos idées parce qu'elles nous tiennent compagnie. Nous ne nous en délestons pas sans nous trouver très seuls, et bientôt tout seuls. Or, tant que nous n'avons appris — c'est-à-dire constaté — que nous ne sommes jamais  seuls, que nous sommes toujours en communion avec tout, la solitude nous engendre le vertige et l'angoisse. Mais, pour éviter cette épreuve, vous avez un moyen : vous empoigner vous-même par les cornes. Le taureau, c'est vous !


    2. Vos idées les plus chères

Prenons d'abord le cas d'une pensée tout à fait anodine : vous vous êtes mis  — ou quelqu'un vous a mis — dans l'idée que, passer sous une échelle, c'est attirer la malchance. Si votre personnalité est faite de cases séparées par des cloisons étanches, celle où siège la raison hausse les épaules et n'y pense plus. Mais cela ne suffit pas pour vous débarrasser des superstitions abritées, dans une ou plusieurs autres cases, des interventions de votre intelligence. Est-ce grave ? Oui et non : il ne vous nuira guère de faire un détour pour éviter une échelle, mais, en empêchant votre raison d'aborder librement un problème important : celui de la chance et de la malchance, vous n'apprendrez pas à saisir les chances favorables que la vie nous offre chaque jour, et vous aurez toutes les raisons du monde d'être toute votre vie une personne malchanceuse : nous côtoyons bien plus de mauvaises chances que de bonnes. Si nous choisissons les nôtres au petit bonheur, la statistique nous dessert sans relâche et nos chances d'être heureux dans la vie sont moindres que celles du joueur qui lutte contre les mathématiques à Monte-Carlo, où il n'y a qu'un numéro perdant sur trente-sept.
Non, les menues superstitions et les mille idées vagues qui nous traînent dans la tête ne sont pas anodines, et celles qui nous tiennent à cœur le sont moins encore. Mais il est une catégorie d'idées dont les incidences sont catastrophiques : celles qui déforment en nous notre propre image.  Voilà celles dont vous aurez à vous défaire coûte que coûte et à tout prix. Mais, comme par hasard, ce sont celles qui vous sont le plus chères. Ce sont celles que, coûte que coûte et à tout prix, vous voudrez conserver et chérir pour jamais. Et nous voilà en conflit : nous prétendons à vous arracher vos biens les plus précieux !


    3. Le dénouement du conflit : votre portrait

Non, nous n'entrerons pas en conflit avec vous ! Ce cours ne vaudrait rien si nous le faisions : neuf étudiants sur dix l'abandonneraient dès la troisième leçon. Ne rejetez pas, pour l'instant, vos idées chères. Il sera temps de vous en débarrasser quand elles vous déplairont. En d'autres mots : lorsque, cessant de s'intégrer dans votre image intérieure,  elles seront devenues fausses pour vous  : vous n'accepterez plus de vous croire ce que vous n'êtes pas quand vous saurez ce que vous êtes.
 Nous allons vous aider à substituer votre portrait à votre image en esquissant les grands traits de votre personnalité réelle. Or, pour l'instant, nous ne savons de vous qu'une chose : vous êtes un être humain. Eh bien, quels sont les caractères fondamentaux de l'âme humaine, ses caractères biologiques universels ? Il est devenu facile de l'apprendre et, grâce à une discipline nouvelle, la noobiologie, qui étudie les mécanismes de la pensée consciente et inconsciente (instinctuelle) et son rôle dans l'évolution des espèces vivantes, tout le monde peut aisément le comprendre : les trois dimensions biologiques  de l'âme humaine sont d'une majestueuse simplicité :

1- La sexualité,  qui nous a valu la vie, l'amour et la générosité.
2- La spiritualité,  qui nous a apporté l'amour de la vérité.
3- La socialité,  qui nous a procuré nos victoires matérielles au prix de la division  (du travail d'abord puis des hommes), de la compétition et de l'antagonisme.

Voici votre portrait :

- Sur le terrain sexuel, vous êtes contraint aux nécessités de la reproduction et ouvert aux séductions de l'amour et de la générosité.
- Sur le terrain spirituel (qui devient aussi celui de l'intelligence lorsque l'unité intérieure se fait en nous), vous êtes contraignable au vrai et ouvert aux séductions du beau.
- Sur le terrain social, vous êtes astreignable à des tâches nécessaires, mais aussi contraignable au faux par la violence des hommes, et ouvert aux séductions du laid : la puissance, l'argent, la flatterie, et toutes les dilatations de l'ego.

Les prochaines leçons nous éclaireront sur les accidents auxquels nous sommes exposés lorsque, prenant le pas sur nos besoins biologiques fondamentaux, le social recouvre et étouffe nos aptitudes à l'amour et notre sens du vrai et du beau. C'est alors que l'unité intérieure devient impossible. Et c'est en ressuscitant en nous l'unité intérieure que nous rétablissons la primauté naturelle de l'amour, du beau et du vrai. C'est ainsi que nous devenons, le plus naturellement du monde, des hommes et des femmes tout simplement humains, c'est-à-dire intelligents, bons, généreux — et heureux.
    Annexe à la première leçon

    Une déprogrammation-éclair

    PIERRE
Nous allons procéder à une déprogrammation-éclair de M. le Ministre des Finances. J'espère que la plupart de nos lecteurs n'entendent rien à la finance ni à l'économie : la tâche en sera plus facile et la démonstration plus convaincante. Reprenons où nous l'avons laissée notre analyse visuelle   de l'argent. Elle va devenir propre à déclencher une déprogrammation spontanée qui peut aller très loin. C'est à la distance parcourue qu'on mesurera ses aptitudes à l'emploi de ministre des finances.

    PHILIPPE
Nous avons invité nos lecteurs à critiquer eux-mêmes une objection d'Hubert à cette évidence visuelle que la production des biens matériels coûte des matières, alors que leur vente rapporte de l'argent. Hubert a rétorqué que la production de biens matériels coûte des matières et que les matières coûtent de l'argent, quand ce ne serait que pour les ramasser.
Ne pensez-vous pas, Hubert, que, selon qu'on l'applique aux matières ou à l'argent, le mot «coûte» a un sens très différent ? En l'appliquant mêmement aux deux choses, votre proposition n'a-t-elle risqué d'être un jeu de mots, un attrape-nigauds ?

    HUBERT
Il se peut que les philosophes et les théoriciens, qui se plaisent dans les nuages, y trouvent matière à de subtiles distinctions. Mais les producteurs de biens matériels ont les pieds sur la terre. Ils ne se soucient ni du sexe des anges ni de couper les cheveux en quatre. Pour fabriquer une pioche, ils prennent du fer dans leur magasin, puis de l'argent dans leur caisse, histoire de payer l'ouvrier forgeron. La pioche leur aura coûté du fer et de l'argent. Puis, pour reconstituer leur stock de fer, il faudra une nouvelle ponction dans la caisse. En fin de compte, cette production de biens matériels aura coûté de l'argent et encore de l'argent ! En matière d'«évidence visuelle», voilà toute la concession que je consens à vous faire.

    PHILIPPE
Cette «visualisation», qui résulte de la programmation comptable, était presque permise à un industriel du siècle dernier, aux temps bénis où les pouvoirs publics se mêlaient peu de ses affaires. Mais la sollicitude de l'Etat est devenue si grande que, pour survivre, l'industrie moderne doit en appeler à la collectivité nationale, dont les affaires s'observent le mieux depuis Sirius.
Confions à un Sirien le soin de surveiller la fabrication de vos pioches. Il voit le minerai sortir de la mine, devenir barre puis pioche, et enfin disparaître à l'usage. Il voit le minerai s'épuiser peu à peu. La production des pioches, dit-il, coûte du minerai de fer à la collectivité française. Mais, ayant l'ouïe fine, il a entendu la remarque d'Hubert. En va-t-il de même de l'argent ? Eh bien, non. Il a suivi des yeux le forgeron qui emporte sa paye, s'achète un litre de vin et dix rondelles de saucisson et bien d'autres matières, mais vraiment pas d'argent : je n'ai vu personne en avaler ni en consommer d'aucune autre manière.
L'argent n'entrant ni dans la composition des biens matériels ni dans celle des organismes qui concourent à leur production, les biens matériels ne coûtent pas d'argent. L'argent stimule l'activité des producteurs. C'est un agent catalyseur qui favorise les réactions économiques et se retrouve intact à la fin : il aura passé d'une poche dans une autre, et c'est tout.

    PIERRE
Voilà le premier psycho-test, et il est éliminatoire : s'il se trouve un original pour contester cette «théorie», qu'il renonce tout de suite à l'emploi de ministre des finances : son cas est désespéré !

    PHILIPPE
Les victimes seront relativement peu nombreuses, même parmi les inspecteurs des finances : si soigneusement qu'on les ait programmés, je doute que ce premier test en élimine plus de la moitié.

    MEDICUS
J'avoue à ma honte que je n'avais pas pensé à cet aspect de l'argent. Mais j'ai l'excuse de n'être pas un homme d'argent. J'avais peu de raisons d'y penser. Essayez-vous de nous faire croire que les théoriciens dont le métier est de ne penser qu'à l'argent ignorent qu'il ne se consomme pas?

    PHILIPPE
Posez cette question à Hubert : son métier le met en contact quotidien avec des problèmes d'argent.

    HUBERT
Je ne suis ni économiste ni inspecteur des finances. Je fais du mieux que je puis mon métier d'industriel, mais cela se passe sur notre planète. Je n'ai ni le temps ni le besoin de savoir ce qu'on en pense à Sirius. Pour un industriel, les matières et la main-d'œuvre coûtent bel et bien de l'argent. C'est tout ce que je veux  savoir : l'industriel qui cherche à appliquer des théories  est un homme fichu d'avance !

    MEDICUS
Je vous crois sans peine : c'est un peu pareil en médecine. Mais nul ne devient médecin sans apprendre les théories médicales de son temps, et les faits sur lesquels elles reposent. Votre formation a comporté un cours d'économie. Vous y a-t-on appris que l'argent ne se mange pas ? Saviez-vous, avant l'intervention du Sirien de Philippe, que la production de biens matériels ne coûte pas d'argent ?

    HUBERT
C'est tellement évident que je devais le savoir, mais je n'y pensais pas. Tout le monde doit le savoir, mais peu de gens y pensent par la simple raison qu'il ne sert à rien d'y penser. Nous faisons tous comme vous, Medicus : nous pensons aux choses qui nous concernent et qui nous servent. On n'a pas attiré notre attention à l'école sur cet aspect de l'argent parce qu'il n'a pas de conséquences pratiques. Peut-être en dit-on plus long aux théoriciens : je n'en sais rien. Je suis attentif à laisser le sexe des anges aux théologiens. A chacun son métier pour que les vaches soient bien gardées !

    PHILIPPE
Si vous voulez vous procurer, mon cher Hubert, les noms d'un grand nombre de personnes qui n'ont jamais pensé à cet aspect théorique de l'argent, c'est facile : le Journal Officiel publie chaque mois la liste des entreprises en faillite. Or le plus sûr moyen de perdre de l'argent est d'ignorer absolument tout de l'argent.
Certes il est impensable que personne au monde — exception faite, bien sûr, d'une moitié des inspecteurs des finances — ignore que l'argent ne se mange pas. Mais tous les économistes, tous les financiers, tous les hommes d'affaires et tous les hommes d'Etat du monde  FONT COMME S'IL NE LE SAVAIENT PAS ! Tel est le pouvoir terrifiant des programmations. Voilà où je voulais en venir, car c'est le deuxième psycho-test pour personnes importantes : quelles sont les conséquences  PRATIQUES de la non-consommation de l'argent ?

    PIERRE
Je crains que, cette fois, quatre-vingt-quinze pour cent des diplômés de l'inspection des finances ne restent sur le carreau. Mais ceux de nos lecteurs qui, ignorant tout de la finance et de l'économie, ne sont pas programmés pour ces matières, ont de bonnes chances de se qualifier haut-la-main pour l'emploi de ministre. Allez-y, Medicus, si le cœur vous en dit.

    MEDICUS
Ma curiosité est piquée. Si l'argent ne s'épuise pas et si l'Etat dispose du pouvoir de créer à sa guise, comment pourrait-il en manquer même si, à la suite d'une hausse générale des salaires, sa dépense grandit ? Comment se verrait-il obligé de réduire son programme d'autoroutes, par exemple, alors que la main-d'œuvre et les matières premières surabondent ? S'il faut plus d'argent pour les construire, qu'importe ? Ce catalyseur se retrouvera intact à la fin, la France aura des autoroutes, et elle aura moins de chômeurs. Mais je dis certainement des sottises, car je n'entends rien à ces choses.

    HUBERT
Si l'on pouvait raisonner ainsi, tout deviendrait facile. Mais il y a les spirales inflationnistes, les «courses infernales» des salaires et des prix. On a trop vu où mène l'inflation.

    PHILIPPE
Toute possibilité d'inflation disparaît sitôt qu'on définit ce mot. Mais aucun économiste ne l'a défini. Aucun n'aurait pu le faire : il lui aurait fallu regarder l'argent. Il aurait perdu aussitôt tous les bénéfices de ses études économiques. Il aurait été contraint de constater que, la première décimale de nos théories économiques étant fausse, le reste est de plus en plus faux ; son capital culturel se serait dissipé en fumée ; son emploi se serait supprimé et son ancienneté perdue. Il se serait trouvé nu, dépouillé de tout, qualifié tout au plus pour faire un chauffeur de taxi ou un professeur d'université d'«avant-mai». Pense-t-on qu'il y ait au monde un homme assez héroïque pour regarder l'argent dans les yeux, s'il est économiste, inspecteur des finances ou ministre ? Cent fois plutôt la mort que cette humiliation totale. Mille fois plutôt rester aveugle, et devenir hyper-aveugle s'il le faut, que voir l'argent. Telles sont les raisons trop humaines d'une aberration apparemment inexplicable et monstrueuse : tout le monde sait que l'argent ne se mange pas, et tout le monde fait comme s'il se mangeait.
En conséquence tout se passe comme si l'argent était non seulement épuisable, mais était seul à s'épuiser. L'argent s'épuise et manque partout. Des autoroutes ? Vous n'y pensez pas : il n'y a plus un sou dans la caisse. Des écoles, des universités capables d'asseoir leurs étudiants, des hôpitaux, des logements, l'assainissement de l'atmosphère des villes, la conservation de la terre et des eaux, et les mille autres besoins criants des peuples ? Impossible : l'argent manque. Il y a trop de matières : on les détruit à grands frais. Il y a trop de main-d'œuvre : on la paie (mal) pour qu'elle chôme. Il y a trop de tout ce qu'il faut pour tout faire, mais pas assez d'argent : le peu qu'on en avait s'est épuisé.
Or l'argent est la seule chose au monde qui ne s'épuisera jamais. Mais les hommes programmés, même s'ils le savent, savent surtout que l'argent se mange et s'épuise. Dès lors ils ne sont libres ni de regarder l'argent ni de penser à lui, et les voilà contraints d'enseigner que l'argent se mange et s'épuise ! Telles sont les conséquences d'une programmation bien faite.
Nous ne nous alarmons pas : une déprogrammation bien conduite n'expose ses bénéficiaires à aucune humiliation.  Loin de les dévaloriser, elle les promeut, les rend humains, les récupère pour l'humanité.
    Pré-questionnaire

L’objet de ce pré-questionnaire est de gagner du temps. Les réponses à ces questions sont nécessaires à l’établissement des “dossiers” de nos étudiants. Ceux qui veulent bien s’inscrire à nos cours sont priés de les joindre à leur bulletin d’inscription.

1. Nom, prénom, adresse.

2. Age :           Sexe :            Profession :

Etudes :

Situation de famille :

Sexe et âge des enfants :

                                                                                                                            

3. Vos occupations préférées :

4. Vos distractions préférées :

5. Vos auteurs préférés :

6. Aimez-vous la musique ? Dans l’affirmative, vos musiciens préférés :

7. Décrivez sommairement votre personne physique :

8. Quels sont les traits les plus saillants de votre caractère ?

9. Quelles sont vos aptitudes les plus marquées ?

10. Vos inaptitudes les plus gênantes ?

11. Avez-vous lu un ou plusieurs livres de la collection “Survivre” ? Dans l’affirmative, lequel ou lesquels ?

12. La forme dialoguée vous a-t-elle paru gênante ou satisfaisante ?

13. Souhaitez-vous que ce cours d’initiation à l’orthologique soit donné par les cinq personnages qui animent la collection “Survivre”, ou préférez-vous des exposés monologués classiques ?

14. Avez-vous parfois le sentiment de communiquer facilement avec les autres ? Ou la communication avec autrui, et même avec vos intimes, est-elle pour vous un problème majeur ?

15. Pouvez-vous envisager une collaboration active avec l’I.F.O. ? Dans l’affirmative, quelles seraient vos activités de prédilection, et combien d’heures de travail par semaine pourriez-vous consacrer à ce cours ?

16. L'apprentissage d'un bonheur imaginaire.
Cet apprentissage semble d'abord puéril parce qu'il emprunte ses ressources aux contes de fées qui enchantaient notre enfance. Mais sa valeur «enchante» bientôt ceux qui s'y livrent. Imaginez qu'une fée vous soit apparue en songe la nuit dernière et vous ait doté(e) de revenus comparables à ceux des potentats d'Arabie. Imaginez et voyez-vous jouissant de revenus illimités et subissant leurs effets corrupteurs. Représentez-vous, comme un acteur, dans ce rôle difficile et «vivez»-le pour «rendre vivant» le personnage représenté. A elle seule, cette mise en exercice de votre imagination suffirait à vous livrer peu à peu l'accès d'un monde où nos servitudes inconscientes cèdent le pas aux libertés issues des microstructures de la SENSIBILITE humaine. Nul n'en peut soupçonner l'existence s'il n'y pénètre pas. Or il est facile de s'y aventurer en imagination : on pleure sans peine au cinéma, et c'est peu dangereux : on se console (au restaurant) des malheurs de Roméo et Juliette.

Venons-en à la phase réfléchie de la culture de l'imagination. Votre fée vous donne une baguette magique prête à combler vos QUATRE VŒUX les plus chers. Vous voilà disposant du pouvoir de faire éclore en vous quatre aptitudes, potentielles dans la nature humaine, mais que vous semblez ou croyez n'avoir pas reçues en partage, alors que d'autres en ont été comblés. Mais prenez garde : un des objectifs de ce cours est de fertiliser votre IMAGINATION. Or, imaginer un idéal, c'est s'y sensibiliser, c'est le réaliser — se le rendre réel.  C'est donc s'en faire une source d'harmonie et de joie si cet idéal est conforme à la nature — aux besoins et aux ressources — de celui ou de celle qui se l'est choisi, une source de conflits et de souffrances s'il ne l'est pas, une source d'insensibilité et d'inintelligence s'il est incompatible avec la nature humaine. Enfin et surtout, une source d'hébétude s'il est absent : ceux qui ne rêvent d'aucun idéal, d'aucun avenir plus heureux que le présent, ne sont qu'à demi humains. Choisissez vos idéaux avec les plus grands soins : ce cours vous apportera des moyens de les réaliser en songe d'abord puis, au réveil, de les étreindre — ou de les fuir si, choisis trop facilement, ils ne sont pas heureux.

Les questions qui se posent sont celles-ci :
a) Quels sont — dans l'ordre décroissant de l'importance que vous leur attachez — vos QUATRE SOUHAITS LES PLUS CHERS ?
b) Qu'est-ce, à vos yeux, qu'un «idéal» ?
Veuillez y réfléchir à loisir : ces deux questions vous seront posées au moment opportun dans une des leçons de ce cours.

17. Vos questions, vos commentaires.


Prière d’écrire très lisiblement et de renvoyer ce questionnaire à IFO-Etudes.
    Première leçon rénovée : octobre 1979

Malgré l’accélération de l’histoire, la première leçon de ce cours a conservé pendant dix ans son actualité psychologique et une utilité intacte.

Elle a perdu cette actualité en 1979. Mais son actualité humaine est intemporelle et n’en a pas été affectée, tandis que son actualité pédagogique a grandi. Les langues mortes, parce qu’elles sont immuables et incorruptibles, valent leur fixité à nos vocabulaires scientifiques. Cette leçon mi-défunte est désormais immobile t fournit un précieux instrument de mesure au temps subjectif.

La préhistoire a cessé de se perdre dans la nuit des temps, la psychologie animale ayant dévoilé quelques-uns de ses secrets : celui, notamment, qui nous rend “touchants” et rassurants les pouvoirs de l'INSTINCT chez les fauvettes, puis à l’étape suivante, chez nous-mêmes.

Nous souffrons aujourd'hui encore  — par habitude — des cruautés anachroniques de la préhistoire et de l'Histoire. Un faux abîme continue à nous séparer de nos ancêtres animaux, et, plus douloureusement encore, de nos pères humains. En plus, nous souffrons aussi de la maturation explosive qui nous transfigure déjà mais dont — faute d'habitude — NOUS NE JOUISSONS PAS ENCORE.

C’est pourquoi cette leçon désormais immobile reste agrafée à celle-ci. Nos étudiants sont invités à la mettre à sa juste place d’étape utile sur le chemin de leur évolution. Ils y seront aidés progressivement par quelques éléments d’information inédits contenus dans nos prochaines leçons. Entre-temps, qu’ils veuillent bien se garder de compter Freud, Jung et Adler au nombre des psychologues vivants. Leur génie nous éclaire encore. Mais la psychanalyse qu'ils croyaient atteindre aux profondeurs de l'humain fait obstacle à l'intelligibilité de l'évolution biologique. Elle a été une étape importante à la découverte toute récente d'une BIOLOGIE PSYCHIQUE COMMUNE À TOUS LES ORGANISMES VIVANTS. Bref à une “PSYCHOLOGIE DES GRANDS FONDS” qui nous apporte la conscience de notre appartenance à un UNIVERS INTERIEUR vivant, et de nos liens de parenté avec tous nos ancêtres.

A défaut de cette psychologie unitaire, rien de ce qui nous est arrivé n’est compréhensible, et rien n’est prévisible de ce qui va nous arriver.

Le questionnaire ci-contre s’efforce de situer et d’orienter le réponses de nos étudiants sur le terrain des formes nouvelles de pensée issues en 1979 d’une définition approfondie du mot “Nature”.

 
    Annexe à la première leçon rénovée

    LES STRUCTURES FINES DE LA SENSIBILITE

Ceux qui, il y a une vingtaine d'années, auraient prétendu que des oiseaux migrateurs peuvent naviguer aux étoiles auraient été tenus pour fous.  Une aptitude à la navigation stellaire exige des connaissances astronomiques qu'aucun animal ne saurait posséder et des pouvoirs de compenser toute dérive en fonction de calculs dont le plus doué des hommes serait incapable sans ordinateurs. Un fait, pourtant, avait frappé un ornithologue, Gustave Kramer. Il observa que, dès leur départ, ces oiseaux mettent le cap sur le but à atteindre. Ils ne s'envolent pas au hasard ou au gré des vents et se dispensent des «tours d'observation» que font parfois les pigeons voyageurs.

Avant de quitter le sol, ils visent la direction exacte qu'ils vont suivre. Les ornithologues n'ont pas besoin de les suivre au radar ni de les charger d'émetteurs-miniatures ; il leur suffit d'observer un de ces oiseaux dans une cage spéciale.  Il sautille sur un perchoir circulaire jusqu'à la bonne position de départ et indique par un frémissement des ailes qu'il s'envolerait volontiers. Si l'on tourne un peu la cage, il reprend aussitôt son sautillement, dépasse légèrement le point exact et se met à osciller, nerveux et tendu, vibrant comme une aiguille de boussole. Il se comporte de la même manière que pendant son vol migratoire : pour vérifier sa direction, il s'en écarte d'environ 5° à gauche et à droite.

Il a donc été possible de se livrer à une série d'expériences non seulement à l'air libre mais en planétarium. Franz Sauer en eut l'idée en 1956 et obtint des résultats désormais célèbres. Il découvrit que, de nuit, par ciel couvert, les fauvettes volaient dans la bonne direction tant qu'on pouvait distinguer quelques étoiles particulièrement brillantes. C'est ce qui lui donna ses premiers soupçons. Les étoiles seraient-elles, pour les oiseaux migrateurs nocturnes, les guides que l'on cherchait depuis si longtemps ?

Menées dans le planétarium de Brême, ces expériences n'étaient pas commodes. Franz Sauer et sa femme durent s'étendre sur le dos, dans une position très inconfortable, au- dessous de la cage posée sur un chevalet. Il leur fallut observer leurs oiseaux à la faible lueur du dôme d'étoiles artificielles et mesurer le nombre de degrés de déclinaison. On peut supporter cette contrainte pendant quelques jours : Franz et Eléonore Sauer l'ont endurée pendant plusieurs années. En outre, l'humeur des fauvettes devenait exécrable chaque fois qu'on les sortait de leur confort pour les livrer à ces expériences nocturnes. Il ne fallait pas qu'elles reconnaissent Franz, leur ami, car elles restaient brouillées avec lui pendant plusieurs semaines. Même les grillons ou les vers de farine ne rétablissaient pas leur amitié. Les oiseaux refusaient de picorer ces friandises dans sa main alors qu'ils les acceptaient volontiers de sa femme. Le Dr. Sauer devait se masquer comme un voleur pendant ces expériences.

Tout d'abord, Franz montra à ses fauvettes un ciel identique à celui qu'on peut voir au-dessus de Brême à l'époque de la migration automnale. Elles crurent voir de véritables étoiles et s'envolèrent sans hésitation vers le Sud-Est en direction de la Turquie. Certes, cette observation n'était pas probante : les oiseaux auraient pu s'orienter suivant le champ magnétique terrestre, des rayons cosmiques invisibles, ou d'autres moyens. Sauer anéantit ces hypothèses en faisant tourner le ciel du planétarium comme un manège de chevaux de bois. Quelle qu'ait pu être l'orientation donnée, les oiseaux s'envolaient toujours dans la direction qui aurait été le Sud-Est d'après les fausses étoiles mais qui était en réalité le nord ou l'ouest.

Autre preuve : quand, au cours de la nuit, ces étoiles artificielles ne se déplaçaient pas normalement ou demeuraient immobiles pendant longtemps, les oiseaux changeaient de direction. Les fauvettes semblaient savoir qu'en septembre à 23 heures telle ou telle constellation se trouve exactement au sud-est, puis se déplace vers le sud. Aussi cessent-elles de se diriger droit sur la constellation pour infléchir leur cap vers la gauche.

Les migrateurs guidés par leur environnement stellaire règlent leur vol tant que quelques étoiles restent visibles. Si le ciel se couvre entièrement ou si la coupole du planétarium est plongée dans l'obscurité, les fauvettes  volettent un instant ça et là. Lorsqu'elles s'aperçoivent qu'il ne leur est plus possible de s'orienter, elles s'arrêtent. Dans la nature et en liberté, elles interrompent  leur vol.

D'où la fauvette tient-elle ce pouvoir ? L'a-t-elle appris de ses parents pendant son enfance ? Soucieux de répondre à cette question, le Dr. Sauer éleva une fauvette babillarde devenue célèbre : «Müllerchen». Pour découvrir si son comportement résultait d'information innée, ou culturelle acquise au cours de son existence, elle fut isolée dès son éclosion dans une pièce fermée. Pendant plusieurs mois elle ne vit ni une autre fauvette ni le ciel nocturne ou diurne.

Lorsque, par une nuit de septembre, Müllerchen fut animée du visible besoin de partir, le Dr. Sauer la transporta dans le planétarium de Brême et alluma brusquement toutes les étoiles. L'oiseau fut d'abord saisi d'effroi.  Puis il se mit à sautiller vers le … sud-est ! Cette connaissance du grand atlas céleste et de la course des étoiles, la fauvette en avait donc hérité dans l'oeuf. On connait mal les moyens mis en oeuvre par la nature pour réaliser un tel exploit, mais aucune autre explication n'est possible.

On fit croire à Müllerchen qu'elle suivait la route migratoire normale et s'avançait toujours plus loin vers le sud-est. De nouvelles constellations apparaissaient au sud de la coupole et les anciennes disparaissaient au nord. Ainsi, après la route étoilée de Brême, Müllerchen vit celle de Prague, de Budapest, de Sofia, de la Turquie orientale. Elle maintenait toujours le cap au sud-est. Puis brusquement, alors qu'on lui montrait le ciel étoilé de la Méditerranée orientale, tel qu'on peut le voir au large de Chypre et d'Israël, un fait étrange se produisit : comme un bateau s'alignant sur un autre feu de position, la fauvette changea de direction et prit plein sud. Le ciel l'empêchait de continuer vers le désert d'Arabie où elle aurait péri misérablement. Il la conduisit en toute sécurité le long du Nil vers ses quartiers d'hiver. Chaque fois qu'elle voyait le ciel de Chypre, Müllerchen se dirigeait immanquablement vers  le sud, même si on lui faisait croire, en planétarium, qu'elle avait effectué le trajet Brême-Chypre en trois semaines ou en trois heures ! La fauvette est donc capable non seulement de maintenir un cap à la boussole en suivant les astres, mais encore de reconnaître sa position sur la sphère terrestre et, par conséquent, de naviguer. Si on lui montre, en planétarium, le but de son voyage, le territoire situé au sud de la grande chute du Nil, elle se croit arrivée. Son inquiétude de migrateur la quitte et elle s'endort.

D'autres oiseaux suivent les étoiles pendant leur migration. Cet instinct est plus puissant que la faim ou le besoin  de confort qu'ils pourraient satisfaire en cours de route. Ces animaux ont reçu dans l'oeuf, en même temps que la vie, un plan qui leur impose les voies et le terme de leurs voyages, leurs destinations et leur destin .
 
    Questionnaire N° 1


Veuillez nous faire parvenir, sur une feuille séparée, le plus tôt possible mais sans vous presser,  vos réponses aux  questions suivantes.

1.     Nom, adresse complète, votre n° d'inscription et n° du présent questionnaire.

2. Question principale : votre orientation
Un des objectifs visés par la notice intitulée “Le dénouement d’une crise de croissance” est la sélection de nos recrues. Elle restera nécessaire jusqu’à ce que l’I.F.O. ait élargi ses structures pour accueillir des milliers d’étudiants. Plusieurs passages de cette notice sont plus ou moins hermétiques, d’autres sont lumineux, et plusieurs autres sont éclairants bien qu’à peu près incompréhensibles. Il va falloir mettre un début d’ordre à cet imbroglio pour rendre ces textes limpides d’un bout à l’autre. Mais les zones d’ombre qui les obscurcissent ne sont pas les mêmes pour tous. Pour nous permettre d’aider nos étudiants à y voir clair, leurs difficultés doivent être localisées. C’est pourquoi nous devons vous prier de braver l’ennui de nous faire part, en détail, de vos réactions à ceux des chapitres de cette notice sur lesquels vous souhaitez des éclaircissements.

3. Question accessoire : un problème sociologique
Peut-être vous sera-t-il difficile, avant d’avoir reçu quelques leçons d’orthologique, d’y proposer des solutions, mais ce n’est pas ce qui importe. Ce qui vous est demandé, c’est un échantillon de votre “style” de pensée face à des problèmes à la fois intérieurs et extérieurs. En lisant le dernier alinéa de la première leçon (“votre portrait”), vous avez probablement pensé que les trois “dimensions biologiques” de l'âme humaine n’apportent rien de nouveau, puisque Freud, Jung et Adler les ont découvertes depuis longtemps. C’est vrai, mais ces trois auteurs n’ont pas étudié la nature des contraintes et des séductions que nous pouvons subir ou exercer. Veuillez bien y réfléchir et vous interroger : que vous est-il arrivé ? Vous avez cédé à quelles contraintes et succombé à quelles séductions ? Et qu'auriez-vous pu faire si vous aviez eu conscience de la nature ambivalente des contraintes et des séductions situées sur le terrain social, pour échapper à leur pesanteur ? Le problème sociologique est celui-là : que pourrait-on faire pour qu'il devienne possible aux hommes de se soustraire aux contraintes mauvaises et de se refuser aux séductions néfastes ? Livrez-nous (sur une feuille séparée) vos réflexions et, si vous le pouvez, des suggestions propres à faire entrevoir des solutions possibles à un problème sociologique de cette envergure. Mais n'y prenez guère de peine : un PETIT échantillon de votre pensée nous suffit pour l’instant.


4. Vos questions, vos remarques, vos commentaires.
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION  A L'ORTHOLOGIQUE
    Deuxième leçon

    L'ORTHOLOGIQUE

Si, en 1968, une quasi-unanimité s'est faite en faveur de l'enseignement dialogué, c'est que tous les étudiants de ce cours avaient été recrutés parmi les lecteurs de la collection "Survivre"* . Cela a cessé d'être vrai dès la seconde année, et plusieurs étudiants ont été franchement incommodés par les dialogues. Que ceux qui seraient dans ce cas se rassurent : tous s'y sont adaptés fort vite parce qu'ils répondent à un besoin si profond et devenu si impérieux qu'aucun de nos étudiants n'accepterait aucune autre forme d'enseignement. La fonction du dialogue  est de susciter la critique, le doute et le CHOIX LIBRE. Il est la condition sine qua non de la LIBERTE D'APPRENDRE, du DROIT D'ENSEIGNER, et de l'ABOLITION DU POUVOIR D'IMPOSER PAR INTIMIDATION .

Cependant, quelques indications sur la personnalité des protagonistes d'un "drame", auquel nos étudiants sont invités à prendre une part de plus en plus ACTIVE et VIVANTE, sont nécessaires à  ceux qui n'ont lu aucun des ouvrages de cette collection :
PIERRE : psychologue, meneur de jeu. 
BERNARD : biologiste bourré de savoirs. Parfois aussi, il semble avoir du coeur : c'est plus fort que sa science.
HUBERT : père de famille plein de «sens commun», mais irascible. Cela se comprend : le malheureux a cinq filles. Il est le porte-parole de l'opinion publique.
MEDICUS : psychiatre, il est prudent, sceptique, entendu, et ne s'en laisse pas conter.
PHILIPPE : physicien, mathématicien, logicien, humoriste et Don Juan. Il est mauvais garçon et méchant homme. Ou sont-ce des airs qu'il se donne ?

    PIERRE (aux étudiants)
Nous vous remercions tout d'abord de votre inscription à ce cours. Difficilement accessible à ceux dont la sensibilité et l'intelligence ont été émoussées par les traditions culturelles anachroniques dont personne n'est indemne en Occident, la notice intitulée "Le dénouement d'une crise de croissance" peut être plus répulsive qu'attrayante. Son objectif est de réunir une étrange "élite" composée de personnes résistantes au culte du conformisme.  Il semble avoir été atteint et tout porte à croire que nous ferons ensemble un travail fructueux.
Nous pensons pouvoir donner, dans un avenir très prochain, une large diffusion à un cours qui, depuis dix ans, applique des méthodes nouvelles à l'enseignement de connaissances récentes. Les résultats obtenus sont concluants. Mais la prudence nous impose encore quelques mises au point qui rendent nécessaires la limitation du nombre de nos étudiants pour nous permettre de fréquentes prises de contacts personnels avec eux.
La plupart d'entre vous avez déjà ou aurez bientôt un indispensable aperçu global de ce qu'est l'orthologique si vous avez lu ou vous apprêtez à lire le "Rubicon".

    HUBERT(aux étudiants )
Ce dut vous être -ou ce vous sera-  une belle occasion de constater que ce livre tient fort mal ses promesses. Son avant-propos s'achève sur ces mots : "Quand vous aurez achevé la lecture de ce livre, vous aurez franchi le Rubicon..." J'ai le sentiment quant à moi, d'avooir été laissé en plan sur cette rive-ci. Et je serais bien aise de savoir ce qu'est l'orthologique.  Pas  vous ? 

    PIERRE
Avons-nous mérité tout à fait ces reproches ? Nos étudiants nous le diront.

    BERNARD
Ils nous l'ont dit en s'inscrivant à ce cours : c'était montrer, je crois, qu'ils ont un pied sur l'autre rive.

    PIERRE
Je l'espère, mais il serait imprudent de l'affirmer. Nous essayerons aujourd'hui de commencer à expliquer ce que  l'orthologique peut faire pour chacun de nous. C'eût été impossible dans un ou même dans plusieurs livres, on comprendra bientôt pourquoi. Mais ce cours nous donne le pouvoir de dialoguer avec nos étudiants, et cela change tout. C'est à Philippe qu'il appartient de fournir une difinition globale, à la fois formelle et opérationnelle, de l'orthologique : il est notre logicien. Mais j'aimerais qu'il mette une sourdine à son humour, qui déconcerte bien des lecteurs et en horripile beaucoup. Malgré quoi, une enquête a révélé une chose dont j'ai peur qu'elle soit humoristique : il nous bat tous de plusieurs longueurs pour la cote d'amour, tant masculine que féminine !
 
    PHILIPPE
Parbleu! C'était couru d'avance : je suis "mauvais garçon et méchant homme, ou sont-ce des airs que je me donne ?" (Les Jeux de l'Homme et de la Femme, page 10). Il y a doute. Or il est clair qu'en amour on ne s'abstient pas dans le doute : ainsi s'explique le surpeuplement de notre planète.

Venons en à l'orthologique. Il s'agit d'une logique à la fois intégrale et globale, rationnelle et surrationnelle, discursive et spirituelle, analytique et synthétique, consciente et instinctuelle, individuelle et universelle. Cela fait bien des chose à la fois. Ne nous en veuillez pas si nous n'avons pu les expliquer ni même les montrer toutes. Il va falloir les regarder une à une, et cela demandera baucoup plus d'une leçon. Mais une revue passée au galop de chacun des caratères de l'orthologique suffira peut-être à donner une première idée de sa nature et de ses pouvoirs.

Est logique ce qui satisfait aux exigences de la raison, et l'orthologique le fait toujours. Sous son éclairage, tout devient rationnel même la poésie et la beauté, auxquelles se rajoute  une satisfaction fondamentale : celle de com-prendre. La réciproque est vraie aussi : une équation, par exemple, n'est pleinement satisfaisante que si elle procure une émotion esthétique. L'orthologique est intégrale parce que toutes les facultés humaines de l'appréhension s'y intègrent, et elle est globale   parce qu'elle englobe  tous leurs apports. Elle est rationnelle parce que logique, et surrationnelle  parce que,  pour appréhender la signification des choses, elle a des pouvoirs que la raison n'a pas. Exemple : la table mendélévienne des éléments chimiques, qui désespérait Bachelard tout en le ravissant, mais qui ne devint rationnelle que lorsqu'on découvrit l'isotopie ; le surrationnel nous y a livré la vérité avant la raison et au-dessus d'elle. Le discursif est la démarche de la logique, le spirituel celle de l'amour (du vrai) et l'orthologique les conjugue toutes deux. Je ne dirai rien de l'analyse, de la synthèse,  de la conscience, ni de l'instinct : l'acceptation courante de ces mots nous suffit pour l'instant. Quant à l'individuel et à l'universel, est-il besoin de dire qu'ils ne s'opposent pas ? Tous les individus font partie de l'univers, mais l'univers n'est accessible qu'à l'homme évolué qui, com-prenant TOUT, peut communier avec l'univers. C'est le cas des mystiques, les seuls hommes (des deux sexes) totalement satisfaits  que l'humanité ait connus.

Eh bien, pour tout résumer en dix mots, le pouvoir de l'orthologique est de nous entraîner, mais pas après pas, à la "petite semaine" (au lieu d'extatiquement) dans les voies qui convergent vers la satisfaction totale.

    HUBERT
Bravo ! Bravo ! Mon enthousiasme déborde, mais où est l'orchestre ? Quelques mesures de la Marseillaise  feraient bien à cet endroit, mais chantée en hébreu : on serait bercé par la chanson sans qu'il soit besoin d'entendre les paroles. Le tort que j'ai eu, et je m'en repens, c'est d'avoir prétendu à comprendre celles de Philippe.

    PIERRE
 Bien des lecteurs souffriront du même repentir, mais ce n'est pas la faute de Philippe, dont l'exposé était condensé mais adéquat. On s'en convaincra en le relisant plus tard. Mais, même clair et complet, un exposé ne suffit pas. Il faut un cours pour initier à l'orthologique. J'invite néanmoins nos étudiants à constater dès à présent, en feuilletant la collection "Survivre", que les propriétés de l'orthologique inventoriées par Philippe s'y sont manifestées toutes.

    HUBERT
C'est bien beau de le dire, mais cela aussi pourrait ne pas suffire.

     PIERRE
 Aussi comptons-nous le montrer. Ce cours, je le répète, ne prend pas son départ à zéro. Avant d'apporter du nouveau, nous nous efforcerons d'aider nos étudiants à assimiler les matières disponibles, à commencer par celles du "Rubicon".

    PHILIPPE
Cela n'empêchera pas d'apporter du nouveau, pourvu qu'il se situe dans la même veine. Mais il faut commencer par la logique primaire, qui faisait le fonds de commerce de Monsieur de La Palisse. Elle est puissante, mais ses pouvoirs sont limités. On l'a vue à l'oeuvre dans le "Rubicon" où elle accoucha sans douleur de la THEORIE DES ENSEMBLES ECONOMIQUES (pp.213 à 228). On en a besoin constamment : même avancée, l'orthologique fait des emprunts continuels à la logique primaire, et c'est pourquoi elle satisfait toujours le bon sens, qui est un de ses principaux critères.

    PIERRE
Le bon sens est une chose si importante que nous aurons à l'étudier de près.  Jusqu'à ce qu'on ait compris d'où il nous vient et en quoi il consiste, c'est peut-être le plus mystérieux des attributs humains : il nous livre accès  aux  évidences VRAIES ET FAUSSES, et il faut apprendre à les distinguer. C'est ce que fait aisément la logique primaire. Ainsi le bon sens devient facilement éducable, alors que c'est la chose que l'on éduque le moins. Nous lui dévouerons tous nos soins car son importance est décisive.

    PHILIPPE
Nous n'y pourrions manquer. L'orthologique étant faite avant tout de bon sens, tout y est toujours évident. Le premier pas de sa démarche est la logique primaire. Il est impossible d'y avancer sans l'avoir fait. Mais ce n'est pas à ce niveau que se situe notre cours d'initiation. Faut-il s'y arrêter néanmoins ? A nos étudiants de nous le dire : s'ils se sont bien assimilés les enseignements de Monsieur de La Palisse, nous pourrons aborder tout de suite l'étape suivante, bien plus féconde, qui est la logique cruciale.

    PIERRE
La théorie des ensembles économiques fournit un exemple particulièrement clair de logique lapalissienne. Nul ne saurait avoir de peine à se l'assimiler, mais il faut prendre ce peu de peine. Cet exercice est instamment recommandé même à ceux qui ne s'intéressent aucunement à l'économie. (Aux étudiants)  Infligez-vous, s'il vous plaît, ce désagréable pensum, mais en vous souciant seulement de la démarche utilisée pour atteindre le but. Il se trouve, cependant, que notre cours de "gestion modernisée des entreprises" se situe tout entier à ce niveau : il est tout fait de logique primaire, et cette circonstance pourrait être mise à profit. A titre exceptionnel (nous ne récidiverons pas), nous en reproduisons un extrait dans la présente leçon. Il s'agit d'un autre exemple d'application facile de la logique primaire à un problème sociologique important : la définition du profit.  Veuillez lire attentivement cette "théorie du profit" pour n'en retenir, cette fois encore, que sa seule démarche. Puis répondez au questionnaire. Nous ajusterons notre prochaine leçon à vos réponses.

    PHILIPPE (aux étudiantes féminines)
Sachez, Mesdames et Mesdemoiselles, que Pierre est bourré de bonnes intentions ! il veut notre bien et, parce que certaines notions économiques sont nécessaires à l'épanouissement de votre féminité, il croit vous les faire avaler au prix d'un bon sourire d'encouragement : "infligez-vous ce abominable pensum ..."  Heureusement qu''il y a moi !  Mauvais garçon, je suis  resté capable de sympathiser avec votre souci de ne pas vous laisser barbifier plus que ce n'est supportable. Si les théories économiques vous assoment, il sera temps d'y revenir quand vous en éprouverez une franche envie.

   
    HUBERT
Me voilà tranquilisé sur le sort de nos étudiantes : qu'on me coupe en rondelles s'il se trouve une femme normale pour éprouver cette envie avant l'an trois mille !

    PHILIPPE
Ce besoin naîtra chez toutes quand elles constateront qu'il leur faut apprendre ce qui profite vraiment à ceux qu'elles aiment pour devenir pleinement féminines. La femme insoucieuse des besoins réels de ceux qui dépendent d'elle n'est encore qu'une enfant. Mais, avant d'avoir touché ces choses du doigt dans leurs conséquences concrètes, peu de femmes (et des hommes à peine moins rares) peuvent imaginer l'utilité d'aucune théorie économique. Aussi Pierre a-t-il gaspillé sa  salive et ses bonnes intentions : neuf femmes (et quelques six  hommes) sur dix ne l'en croiront pas, et voilà tout !  Or tant qu'on en voit pas l'utilité, ces choses sont incroyablement assommantes, et rien n'est plus malfaisant que l'ennui. (Aux étudiants)  Ayez soin de vous en abstenir tant que vous n'y pourrez prendre un intérêt passionné et son corollaire : un vif PLAISIR.

   
    LA THEORIE DU PROFIT


N.B. Cette théorie est étrangère au présent cours. Elle a été élaborée pour servir de préambule  à une série de leçons d'"ortho-économie" dont l'objectif est d'apporter à des dirigeants d'entreprises des éléments d'information nécessaires à la gestion profitable de leurs affaires, connaissances dont nul n'aurait que faire dans ce cours-ci.

    PHILIPPE
Qu'est-ce que le "profit économique" au sens le plus large de ce mot ? Autrement dit, en quoi consistent les activités économiques profitables à toutes les espèces vivantes, Homo sapiens compris ? C'est évidemment à Bernard qu'il faut poser cette question.

    BERNARD
Ce sont celles qui satisfont à leurs besoins. Mais tous les organismes vivants n'ont pas les mêmes besoins. Cependant, à la seule exception des virus, qui n'ont pas de moyens d'assimilation, tous ont besoin de se nourrir.

    PHILIPPE
Le virus lui-même n'échappe pas à votre définition : ses activités économiques, qui consistent à percer une cloison, satisfont à ses besoins d'un habitat (une cellule), si blâmablement qu'il se conduise lorsqu'il y a pénétré. Mais, dans le cas d'Homo sapiens, la définition du profit économique doit être élargie : les activités qui lui procurent des profits sont celles qui satisfont à ses DESIRS même funestes !  Pour y voir clair, il faut d'abord se poser une question : comment l'Homme s'y prend-il pour obtenir les choses qui satisfont aux désirs des humains ?

Eh bien, c'est triste mais vrai : de trente-six mille façons !  Le sauvage qui cueille une banane satisfait aux siens propres s'il la mange ou la donne à ses enfants, voire à une sauvagesse dont il convoite les faveurs ; le fabricant d'automobiles satisfait à ceux de ses clients ; le professeur répond (bien ou mal) à ceux des parents de ses élèves ; le détaillant à ceux des  consommateurs ; Einstein à ceux des physiciens et, indirectement, à ceux des militaires, etc. Moyennant quoi tous parviennnent à se faire payer plus ou moins bien, en argent ou en nature.

Le moment est venu, on le voit, de rappeler les règles steinériennes de l'intellection (Le Rubicon, pp. 97 sq.) : nous sommes en plein chaos. Comment classifier toutes ces  activités? Eh bien, dans ce cas-ci, ce sera exceptionnellement facile, puisque tous ceux qui s'y livrent font une même chose : ils gagnent leur vie en satisfaisant à des désirs humains. Mettons-les tous dans un même sac et donnons-leur un même nom : appelons-les producteurs. Et appelons profit  -c'est notre droit- les choses qu'ils produisent . Le tour est joué : nous avons crée un début d'ordre, et nous avons acquis une première définition aux mots "profit économique". Je serais bien étonné si tout ne devenait clair et simple en un rien de temps .

    HUBERT
Si c'est cela que vous appelez "créer un début d'ordre", c'est que vous avez de l'ordre une idée vraiment originale ! Vous brouillez tout. Toutes les nuances sont sacrifiées. Les distinctions les plus élémentaires disparaissent. Notre vocabulaire quotidien est massacré. Les mots les plus courants perdent leur sens, et l'on ne sait plus si l'on est sur les pieds ou sur la tête ! Vous appelez producteurs des gens qui ne produisent rien,  et une banane devient un profit !
 
Je me refuse à vous suivre dans cette voie. Je tiens à distinguer un créateur, comme le savant ou l'artiste, d'un producteur comme l'industriel ou l'agriculteur, et d'un auxiliaire comme l'ouvrier, et même d'un serviteur comme le médecin ou le prêtre. Quant au profit, souffrez que je m'obstine à le dire fait d'une différence (positive) entre le prix de vente et le prix de revient.

    PHILIPPE
Vos distinctions, mon cher Hubert, pourraient être valables si elles étaient opportunes. Mais, dans le cas présent, nous cherchons précisément à les éliminer.  Notre but est d'obtenir la classification la plus générale qui puisse se faire légitimement. Il ne s'agit pas de distinguer, mais de généraliser. Nous avons procédé de la même façon dans le RUBICON : nous avons assimilé  à des ventes toutes les transactions qui donnent lieu à des paiements, et cela a suffi pour donner naissance à la théorie des ensembles économiques, dont la valeur et l'importance seront bientôt évidentes à nos étudiants.

Nous faisons la même chose aujourd'hui : nous appelons producteurs tous ceux qui produisent des choses vendables ou échangeables, et nous disons profit tout ce qui nous profite. Loin de violenter le vocabulaire, nous exploitons ses clartés.  Admettez s'il vous plaît que c'est notre droit. Et, pour juger la légitimité ou l'opportunité de notre classification, il faut attendre qu'elle ait porté ses fruits. Quant à la sorte de profit que vous jugez seule digne de ce nom, nous allons nous en occuper à l'instant.

    BERNARD
Je voudrais faire observer à Hubert que plusieurs de ses distinctions sont arbitraires et propres à embrouiller les concepts en déformant les faits. On peut certes distinguer les industriels, les ouvriers, les artistes, les intellectuels, etc. Mais pas comme Hubert l'a fait. Les hommes ne créent et ne produisent rien ex nihilo. Ils transforment seulement. Les équations d'Einstein sont des aliments transformés en pensée, et elles permettent (notamment) la transformation des métaux bruts en fusées spatiales. Bref tous les hommes sont des transformateurs et production veut dire transformation. La généralisation de Philippe est légitime à priori, sur le plan de la pensée abstraite, sans qu'il soit nécessaire de la juger à ses fruits.

   
    PHILIPPE
Merci Bernard, vous êtes un frère, et je l'ai toujours dit. Mais il reste à justifier l'OPPORTUNITE de cette généralisation, sa valeur pratique, et ce sera vite fait : nous allons regarder  ce que peut signifier le mot "profit" tel que l'entend Hubert. Nous l'analyserons avec soin lorsque nous aborderons l'étude de la comptabilité financière, mais, pour le mettre à sa juste place dans une classification générale, un coup d'oeil suffit : c'est le profit comptable, c'est-à-dire symbolique. Il n'a, en soi, aucune consistance. Il est aux vrais profits humains ce que le mot est à la chose ou la carte géographique au territoire. Sa fonction est de représenter  en symboles numériques, mais non pas de contenir, les résultats de nos activités économiques.

Nous voilà acculés à une première conclusion : il y a (au moins) deux sortes de profits : les profits symboliques et les autres.  Comment nommerons-nous ces derniers ? N'en déplaise à Hubert, j'ai bien peur qu'il faille les appeler par leur nom : ce sont les profits réels.  Par opposition à "symbolique", le mot "réel" est celui que le langage nous impose presque inévitablement. Contrôlons-le quand même, par acquit de conscience professionnelle. N'est-il pas évident que les richesses produites, matérielles ou non, sont les seules réellement profitables aux humains ?  C'est d'elles seules que dépendent notre survie et notre bien-être. Les profits symboliques ne sauraient nourrir, vêtir, loger, ni subvenir à aucun des besoins réels de personne.  Le mot "réel" est donc bien celui qui convient.

    PIERRE
Tout cela semble incontestable, mais j'y vois une grave objection : l'acception courante du mot "profit" est celle d'Hubert, et il serait vain de prétendre à lui imposer un autre sens. Il en résulterait de continuels quiproquos.

    PHILIPPE
C'est évident. Aussi aurons-nous soin d'utiliser un autre mot qui ne prête à aucune confusion. Ce que j'ai essayé de montrer aujourd'hui, c'est combien la confusion s'est faite entre le symbole et la chose symbolisée. Combien, dès lors, les hommes ont de tendance à délaisser la proie pour l'ombre. C'est ainsi que l'on perd de l'argent au lieu d'en gagner,et c'est pourquoi nous vivons dans un monde où l'abondance des profits réels entraîne la DISPARITION des profits symboliques** : on y perd tout à la fois la proie et l'ombre !

Je résume les contenus de cette deuxième leçon : les activités économiques des humains consistent à poursuivre des profits, mais il en est de deux sortes : les profits symboliques exprimés en argent, et les profits réels, c'est-à-dire ceux dont dépendent notre survie et notre bien-être.
   
(Aux étudiants)
Sans doute avez-vous été choqués qu'il ait fallu tant de pages pour une récolte aussi mince, et vous avez raison : il eût été facile, en empruntant les chemins raccourcis, d'en dire autant et plus en une seule page.  C'est ce que nous aurions fait si notre but avait été d'exposer la théorie du profit. Mais notre objectif  était de rendre visible, en la détaillant pas à pas, la démarche qui conduit à cette théorie. C'est le premier pas de la démarche orthologique, et c'est cela que, pour commencer, nous devons essayer d'enseigner.

    HUBERT
Si c'est ça l'orthologique, je regrette d'avoir à vous dire, mes chers amis, que vous vous trompez d'adresse : aucun homme d'affaires n'y saurait prendre le plus petit intérêt. Nous n'avons ni le temps ni le goût de couper les cheveux en quatre, ni moins encore celui de prendre part à des querelles de mots. Nous abandonnons de grand coeur ces occupations aux philosophes et aux théoriciens. Croyez-m'en : nous avons trop d'autres chats à fouetter.

    PHILIPPE
Soyez sans crainte : il ne s'agit aucunement de se chamailler sur des mots. Mais,  avant d'aborder quelque étude que ce soit, il faut, pour faire du bon travail, que chacun sache exactement de quoi l'on parle.

Telle était la conclusion de la deuxième leçon de notre cours de gestion modernisée des entreprises. Elle s'applique plus encore au présent cours d'initiation à l'orthologique, qui prend en charge des matières incomparablement plus complexes et subtiles.  Mais, alors que les étudiants du cours de gestion auront l'occasion de se perfectionner à chaque leçon dans le maniement de la logique primaire, il n'en ira pas de même ici : ce cours se situe à un niveau où les sentiments  auront à jouer un rôle parfois prépondérant. Bien entendu, la raison n'y perdra rien : elle en sera, au contraire, enrichie et  renforcée,  mais  il  n'y  sera fait  d'emprunts qu'assez  rares  à  la logique primaire, et elle ne peut être négligée. C'est pourquoi nous engageons nos étudiants à mettre à profit la présente leçon, où rien d'autre ne sollicite leur attention, pour se lier d'amitié avec Monsieur de La Palisse : ils en seront avantagés tous les jours de leur vie et dans chacune de leurs activités, y compris celles qui semblent s'y rapporter le moins.

    
    BERNARD
Monsieur de La Palisse est une personne de si bonne compagnie qu'il ne faut guère de temps pour nouer avec lui un commerce familier. Pour ne pas piétiner inutilement, nous pourrions aborder sans tarder une des matières du RUBICON. Invitons nos étudiants à lire ou à relire son deuxième acte : "La Moralité de la Fable".  C'est un sujet facile, mais il y a été traité un peu sournoisement : les choses s'y dissimulent plutôt qu'elles ne se montrent. Il serait opportun d'en démasquer bientôt quelques-unes. Ne pourrait-on engager avec nos étudiants un petit débat sur la morale ?

    PIERRE
Je me le demande. Ne serait-ce aller trop vite en besogne ? (Aux étudiants) A vous d'en décider. Cela dépendra surtout du nombre d'heures que vous pourrez ou voudrez consacrer à ce cours. Sa première leçon était peu engageante. La deuxième est franchement rebutante : elle prépare seulement la fête orthologique. Nous mettons le couvert. J'espère qu'il sera possible, à la prochaine leçon, de servir les hors-d'oeuvres. Si un nombre suffisant d'entre vous répondez à nos questions sur la "Moralité de la Fable", nous engagerons le débat sur la morale.

    BERNARD
En guise d'apéritif, nous pourrions commenter aujourd'hui les réponses reçues au "grand problème sociologique".

    PIERRE
Ce serait aussi prématuré que l'était la question posée, qui n'était guère qu'un test. Plusieurs réponses nous ont étonnés : elles traitaient le problème souvent avec finesse, et les femmes s'y sont distinguées : elles sont sociologues-nées. Nous reviendrons à ce problème quand ce cours sera assez avancé pour qu'il   soit  possible  d'appliquer  l'orthologique   à  la  sociologie.

Lorsque les décimales érronnées ***  de la sociologie et de la psychologie classiques auront été rectifiées, les grandes questions sociales pouront être traitées fructueusement.
   
(Aux étudiants)
A le faire aujourd'hui, nous abuserions de votre temps. Mais nous vous invitons d'ores et déjà, à propos de la question posée, à observer une chose importante : seules sont ambivalentes les contraintes et les séductions situées sur le  terrain de  la socialité. Il s'ensuit  -dirait Monsieur de La Palisse- que les autres ne le sont pas.

Dès lors, il n'y a pas "incompatibilité entre les besoins moraux des humains et cette ambivalence dont nous ne parvenons pas à nous dépêtrer..." (Le RUBICON, page 70) Nous pouvons  nous en dépêtrer. Et c'est parce que nous n'en avons pas montré les moyens dans "La Moralité de la Fable" que Philippe a dû résumer cet acte tout entier dans les termes fâcheux où il l'a fait. Tel est, faute de mieux, le thème que nous livrons aujourd'hui aux réflexions de ceux qui, disposant de plus de temps que cette leçon n'en demande, se plairaient à spéculer sur un sujet de cette sorte.

Il reste à énoncer les règles générales du jeu orthologique et à mettre en place les dispositifs pratiques d'un cours dont nos étudiants vont avoir à se faire un jeu divertissant mais pénétrant. Stimulés toujours plus par ses leçons, ils explorent l'un après l'autre, en eux-mêmes et chez d'autres étudiants,tous les aspects de la nature humaine.

(Aux étudiants). Soyez prévenus : ce cours mettra votre courage à l'épreuve. S'il est parfois amusant, il n'est pas toujours drôle. Plusieurs de ses aspects sont horribles et quelques-unes de ses règles ne laissent pas d'être cruelles tant que, faute d'en avoir pris conscience, nous ne pouvons nous soustraire ni à nos servitudes animales naturelles ni à notre implacable vocation antinaturelle


    LES REGLES GENERALES DU JEU ORTHOLOGIQUE


Lorsque le cours d'initiation à l'orthologique fut mis à l'essai en octobre 1968, l'objet de ces règles était de concilier les besoins et les désirs de nos étudiants avec les ressources de l'orthologique. Ces dernières nous étant seules connues, nous nous sommes vus contraints de prêter à nos élèves des désirs et des besoins théoriques, dont les rapports avec la réalité pratique pouvaient être insuffisamment précis. Aussi sollicitions-nous leur aide pour rectifier notre tir. Bien que de grands progrès aient été faits chaque année, nous continuons à solliciter la collaboration de nos étudiants pour parfaire l'ajustement de ce cours à des besoins de plus en plus cernés, de mieux en mieux

I - LE DIALOGUE  Nous voulons établir au plus vite un dialogue permanent avec vous, mais nous ne le pouvons pas : vous seul disposez du pouvoir de dialoguer avec nous. Les sujets du dialogue ne peuvent être que ceux qui se rapportent étroitement  à chaque leçon. Chacun de vous a des connaissances et des idées intéressantes qu'il souhaite faire valoir et discuter, mais nous ne pouvons pas nous y prêter : ce cours ressemblerait tout de suite à un débat parlementaire. Prenez patience cependant : tôt ou tard les sujets de votre prédilection seront traités. L'orthologique est globale. Rien d'humain lui est étranger.

II - LA PERSONNALISATION DU COURS  Lorsque ce cours fut donné pour la première fois, il n'était pas préfabriqué. Chaque leçon était ajustée aux réponses des étudiants à la leçon précédente. Aussi les prises de contact personnel avec ceux qui se sont conformés aux règles du jeu ont été fructueuses et utiles à tous : leurs apports ont été intégrés tantôt dans les leçons, tantôt dans le COURRIER DES ETUDIANTS qui fait partie intégrante du cours. Il n'en va plus tout à fait de même. La charpente du cours s'est édifiée d'elle-même en s'ajustant aux besoins et aux désirs d'un nombre de plus en plus grand de personnes. C'est pourquoi, dans leur état présent, ses leçons répondent acceptablement aux besoins d'à peu près tout le monde. Mais entre "acceptable" et "pleinement satisfaisant", il reste une marge que nous cherchons à étrécir. Chacune de vos réponses peut nous y aider. Bien que charpenté déjà, ce cours est resté aussi vivant, adaptable et évolutif que la première année. Cela peut sembler impossible, mais ceux qui ont VECU ce cours en 1977-78 et surtout l'année suivante ont été profondément marqués et le resteront toute leur vie par une expérience intérieure bouleversante  que TOUS NOS ETUDIANTS REVIVRONT chaque année. C'est ainsi, et ainsi seulement, que les effets d'un enseignement deviennent CUMULATIFS.

III - LES QUESTIONNAIRES  Les questions posées vous déconcerteront peut-être au début. Elles n'ont pas pour objet, comme c'est l'usage, de montrer que vous avez appris et retenu  le contenu des leçons. Ce qui importe, c'est que vous l'assimiliez. L'objet de ces questions sera de faciliter l'assimilation en provoquant la réflexion consciente et en favorisant les associations inconscientes. Vos réflexions seront parfois dirigées vers des sujets dont le rapport avec la leçon en cours ne seront évidents qu'à la leçon suivante. Plutôt qu'en apprenant et en mémorisant les leçons reçues, c'est en prévoyant celles qui suivent que vous constaterez l'assimilation de celles qui précèdent. Ainsi pourrez-vous juger l'arbre à ses fruits.

IV - LA VIE SOCIALE ORTHOLOGIQUE  Lorsque ce cours a pris son premier départ, ses étudiants se sont vite trouvés handicapés  pour la vie sociale : il leur était devenu impossible de partager les préoccupations de leurs contemporains, de se contenter de plaisirs devenus fades pour eux, et moins encore de prendre au sérieux les comédies de l'amour-propre et des amitiés intéressées qui sont à l'avant-plan des soucis des personnes dont la vie intérieure est restée embryonnaire. Mais, en contrepartie, ils se sont vite trouvés enrichis d'aptitudes aux "amitiés supérieures" qui résultent immanquablement d'une poursuite commune du réel, du vrai, du beau, bref du bonheur. Or il existe déjà un nombre suffisant de personnes dotées de moyens de cette sorte pour former des groupes d'échanges où chacun puisse trouver la chose dont tous ont besoin : un milieu vraiment humain, bienveillant, compréhensif, où fleurisse le caractère le plus constant chez l'homme parvenu à l'âge adulte : la générosité . Ceux qui souhaiteraient prendre part à des échanges de cette sorte sont invités à en informer l'I.F.O., qui les mettra en contact avec des organismes (animés et dirigés par ses étudiants) qui se sont constitués pour les réaliser .

V - LE COURRIER DES ETUDIANTS  Ce courrier est une des pièces maîtresses de ce cours. Ses principaux objectifs sont les suivants:

1. Sa première fonction est de mettre le travail de chacun au service de tous. Vos idées, vos découvertes et vos questions profiteront à ceux qui, indécis ou insuffisamment stimulés, ne s'aviseraient pas de les formuler ou de les poser. Par le nombre chaque année grandissant des personnalités originales qui s'y expriment en toute liberté, ce courrier constitue un document humain d'une variété et d'une richesse inestimables.

2. La deuxième fonction de ce courrier est de fournir à ceux qui auraient la vocation professorale une occasion de se faire la main à ce métier, avec notre aide jusqu'à ce que, familiarisés avec nos techniques pédagogiques, ils puissent voler de leurs propres ailes. Ne vous hâtez pas de vous en juger incapables : attendez pour en décider, les effets des éléments d'information qui vont vous être proposés. S'ils ne vous enrichissaient pas de ressources dont vous ne disposez pas encore, ce cours n'aurait aucune valeur d'aucune sorte.

3. Vos énoncés -lorsqu'ils sembleront le demander- seront remaniés par nos soins. Ce vous sera une occasion d'apprendre à vous exprimer. Certes, nous ne prétendons à aucune excellence littéraire. Nous ne saurions vous enseigner le métier d'écrivain, où nos propres déficiences sont manifestes. Notre ambition est de vous aider à prendre l'habitude de vous exprimer avec précision  et avec concision . Si, en plus, vos écrits reflètent des talents d'écrivain, la valeur n'en sera que plus grande.

4. Le courrier des étudiants a pour objet non moins important de révéler à ceux qui y prendront part leurs aptitudes aux "amitiés supérieures", puis à les développer par écrit. L'orthologique en fournit les moyens, le courrier des étudiants en multiplie les occasions.

5. Enfin et surtout,un "courrier" auquel les professeurs ne prennent part que pour provoquer son démarrage ou dissiper les malentendus devient très vite un terrainde jeu. Il fournit aux étudiants de constantes occasions de se rappeler que ce cours est un JEU. Il est fait d'une grande variété  d'apprentissages ludiques (du latin ludus : jeu) dont l'intérêt et le plaisir grandissent avec les aptitudes à "jouer mieux". Dérivées de structures biologiques communes à tous les organismes vivants, ces aptitudes s'apparentent à celles, dites "merveilles de l'instinct", spectaculaires chez de nombreuses espèces animales. Avant la découverte de ces structures, qui a permis d'observer leurs mécanismes et leurs finalités, la sensibilité des fauvettes aux signaux de leur environnement était aussi inexplicable que celle qui s'extériorise dans les comportements d'un J.S.Bach JOUANT -activité intensément ludique- de la musique.

En guise de coup d'envoi du courrier des étudiants, l'un d'eux a fait une remarque qui met en question un caractère fondamental de ce cours, la  forme dialoguée :

    ETUDIANT GM. 113****
La forme dialoguée permet la "mise en condition" du lecteur. En insistant sur un aspect d'un problème, en glissant sur un autre, en donnant la parole à un acteur plutôt qu'à un autre, l'auteur dirige le débat, fait applaudir ce qu'il veut, oublier ce qui ne l'intéresse pas. C'est la technique propre au théâtre, la mise en valeur d'un mot ou d'une situation. Cette forme me gêne parce qu'elle permet  toutes les pirouettes. Si l'auteur des livres de la collection "Survivre" avait employé la forme d'exposés scientifiques, par exemple, il eût été contraint d'être moins formel sur le caractère de panacée de l'orthologique, mais d'apporter par contre quelques amorces de preuve de son efficacité.
Il est souhaitable que chacun prenne part à ce débat en exprimant son opinion sur les avantages et les inconvénients des dialogues.


    LES JEUX PEDAGOGIQUES

" Le jeu", écrit un biologiste américain "est d'une importance évidente non seulement pendant l'enfance mais durant toute la vie. Je soupçonne plusieurs des activités les plus caractéristiquement humaines, comme la magie, le rituel, l'art et même la science, d'être autant d'activités ludiques". (Marston Bates, "The Forest and the Sea", Random House, N.York 1960). Le jeu se distingue de nos autres activités par le sentiment d'une gratuité, d'une liberté. Jouant sans y être contraint, l'enfant jouit de l'illusion de n'obéir qu'à lui-même. Plus tard il apprend qu'il peut prendre PLAISIR à se soumettre à des LOIS -règles du jeu- et à VAINCRE des difficultés. Il peut se vaincre lui-même au prix de rudes efforts et y prendre goût. Enfin, devenu adulte, il peut jouer le rôle d'EXPLORATEUR d'un univers devenu pleinement accessible aux humains : celui qui se dissimule en chacun de nous. S'il s'engage dans cette voie, rien ni personne ne peut l'arrêter. Il devient la proie de ses propres découvertes. Elles le ravissent -s'emparent de lui- le nourrissent des joies qui récompensent toujours la conquête du vrai en soi-même, et lui ôtent toute peur.  Mais le métier d'explorateur de notre univers intérieur n'est pas spontané et ne s'improvise guère : seuls quelques "génies" s'en sont montrés capables. C'est un jeu qu'il faut apprendre. Or, dans l'état présent des connaissances, il semble n'être enseignable que sous forme de jeux. Cependant, au point où nous en sommes, deux certitudes préliminaires s'offrent déjà à tous :

1. Rien ni personne n'est soustrait aux règles du jeu universel dites "Lois de la nature". Les comprendre, les FAIRE SIENNES, c'est-à-dire les AIMER, est le SEUL moyen -il n'en existe et existera jamais AUCUN autre- de n'avoir à obéir qu'à soi-même. Autrement dit : de se libérer et, dès lors, d'ETRE LIBRE. Nous sommes et resterons seuls à pouvoir conquérir notre liberté.

2. Les lois de la nature sont faites depuis toujours. Aucune évolution n'y est concevable sinon ISSUE D'ELLES.

    LES JEUX SONT FAITS

Les lois de la nature sont les règles du jeu universel. Elles sont faites depuis toujours et ne se défont jamais. Mais leurs effets sur la pensée humaine, qui est devenu l'instrument presque unique de nos luttes pour la prépondérance et pour la vie, s'adoucissent et se durcissent selon que nous jouons bien ou mal à nos propres jeux.

Avant la découverte des microstructures de la sensibilité au réel  de tous les organismes vivants, la pensée humaine semblait issue d'un cauchemar collectif fait de deux terreurs ancestrales :

1. La peur immémoriale d'être dévoré, vaincu, éliminé par les mécanismes de la sélection naturelle. Issue de l'instinct de conservation, cette terreur est commune à tous les organismes vivants.

2. L'homme, cependant, a toujours été menacé d'un sort mille fois plus effrayant que la mort : vaincu, il était à la merci d'ennemis ivres de peur, de rage et de rancoeurs, qui jouissaient des tortures vengeresses infligées à leurs adversaires sans étancher leur soif de violence ni apaiser leurs haines.

Ces deux terreurs  plus ou moins inconscientes, qui répondaient à des périls restés actuels en Asie, sont génératrices des "mauvais rêves" que les humains extériorisent aujourd'hui encore dans leurs comportements : la volonté de puissance et le goût de tuer les rivaux qu'ils ne peuvent dominer, ou le besoin de s'attirer la protection des dominateurs en les servant. Ces goûts et besoins sont à l'origine d'un sadomasochisme universel : seules en sont indemmes quelques peuplades insulaires -remarquées par Margaret MEAD pour la douceur de leurs  moeurs- qui ont échappé à la violence des peuples conquérants. Tout comme la faune des îles Galapagos a été soustraite à la pression de la sélection naturelle souveraine sur le continent américain, et les marsupiaux d'Australie à la concurrence des mammifères placentaires qui ont été seuls à survivre partout ailleurs.

Mais une information fondamentale a émergé avec la découverte des microstructures de la pensée, et les mauvais rêves qui se sont abattus sur notre époque deviennent semblables à nos cauchemars nocturnes : ils se dissipent aux premiers rayons de l'aurore. L'hébétude, l'imperméabilité à toute information, la stupidité morne ou active,  la hargne, la rancune, la délinquance, la criminalité, la toxicomanie et bien d'autres "caractères culturels" dévastateurs se sont révélés n'être guère que des séquelles de nos terreurs spécifiquement huamines. Notre patrimoine culturel en est resté  profondément imprégné. D'où la continuelle résurgence de nos rancunes envers nos "prochains" et l'impuissance congénitale de nos traditions scolaires à y remédier : nées de la peur du réel, elles reposent sur sa négation et consistent d'un moyen sûr de n'en pas prendre conscience : un INTELLECTUALISME qui implante notre pensée sur un terrain où elle peut faire semblant d'en avoir pris conscience, pour s'abandonner à des spéculations sur des concepts vierges de réalités factuelles -le sexe des anges en est le prototype- sans aucun risque de se heurter au réel, ni la moindre chance de s'informer à son contact.
L'intellectualisme ne peut ni réveiller notre sensibilité ni nous restituer le pouvoir de sympathiser avec notre environnement et avec nous-mêmes. Ceux, de plus en plus nombreux, qui ont perdu ce pouvoir dépendent de substances hallucinogènes de jour en jour plus répandues pour éveiller en eux l'illusion fugitive d'une sensibilité au réel qui prête un faux-semblant de signification à leur vie.

    EVEIL ET CROISSANCE DE LA SENSIBILITE

Chez les animaux sauvages, l'éveil de la sensibilité à leur environnement naturel est spontané. Il l'est moins chez les animaux domestiques, et plus du tout chez ceux qui sont "éduqués" comme étaient les chiens expérimentaux d'Ivan Pavlov.

Or l'Homme est un organisme à la fois autodomestiqué et soumis depuis des millénaires à des apprentissages dangereux par des Pavlov-malgré-eux qui n'avaient aucun soupçon des effets profonds de leurs techniques pédagogiques. Ils ne savaient de science à peu près sûre qu'une chose presque vraie : l'enfant qui a été fouetté s'efforce d'éviter la répétition de cette expérience douloureuse. La consigne de Mme de Maintenon, dont le langage était direct et imagé, aux maîtresses chargées de former des filles "bien élevées", rompues aux exigences de la bienséance, était : "fessez, Mesdames, et refessez : la peau du cul repousse toujours..."  La sensibilité des filles ainsi manipulées repoussait-elle aussi sûrement que leur peau ? Nul ne semble s'être posé cette question avant le jour tout récent où un biologiste américain, Georges UNGAR, réalisa une série d'expériences célèbres qui lui ont permis de   DENATURER quelques milliers de rats , et de leur engendrer des comportements aussi suicidaires et inintelligents que ceux des victimes -que nous sommes tous- de traditions pédagogiques farouchement attachées au passé, qui récompensent le conformisme conservateur et pénalisent l'originalité, c'est-à-dire LA SENSIBILITE AUX EXIGENCES DE L'AVENIR.

Ces bouleversantes expériences de psychologie et de pédagogie animales sont décrites, commentées, prolongées et reliées à d'autres du même type dans les leçons d'un cours consacré en toute priorité au développement de la sensibilité de ses étudiants aux signaux de leur environnement INTERIEUR.

Avant la mise en service des microstructures de la PENSEE HUMAINE, les aptitudes des fauvettes à savoir l'heure sans mesurer le temps et à s'orienter dans l'espace sans acquérir aucun élément d'information au cours de leurs carrières individuelles tenaient du "merveilleux", du conte de fées. Elles semblaient inexplicables, inaccessibles à l'entendement des hommes et intransférables dans notre univers humain. Depuis cette mise en service, la vérité s'est dénudée sous nos yeux : les hommes sont dotés de ressources incomparablement supérieures à celles des animaux. Mais, alors que, dès leur naissance, les oiseaux héritent du mode d'emploi  des leurs, les hommes ont été chassés tout nus du paradis de l'instinct, qui est celui où l'on sait tout FAIRE, sans nul besoin de savoir -ni risque de douter-  que l'on sait. Victimes d'un dilemme qui semble n'avoir d'issue que l'auto-extermination et d'alternative que la FUITE EN AVANT, nous sommes nos propres forçats, auto-condamnés à gagner à la sueur de notre front, au prix de nos larmes et d'incessantes effusions de notre sang, des savoirs que nous possédons déjà et à enfanter une humanité qui est déjà la notre !

 L'ORTHOLOGIQUE S'EST REVELE LE POUVOIR DE SUBSTITUER DES JEUX LIBRES AUX TRAVAUX FORCES ET LA JOIE PUIS LE BONHEUR A LA SUEUR MELEE DE LARMES ET DE SANG. ELLE N'EST RIEN DE PLUS NI RIEN DE MOINS QU'UN MOYEN D'ORIENTATION ET UNE VOIE D'ACCES A  NOS DESTINATIONS ET A NOTRE DESTINEE D'HOMMES. 
Notes leçon 2

* Elle se compose de trois ouvrages, dont la lecture est conseillée dans cet ordre : 1. Franchir le Rubicon - 2. Les Jeux de l'Homme et de la Femme - 3. Le Défi Européen. Cependant, pour la plupart des femmes,  l'accés d'un monde plus humain est facilité lorsqu'on l'aborde par les Jeux de l'Homme et de la Femme.

** Lorsqu'il y a "surproduction", les prix tendent à baisser au point où les producteurs perdent de l'argent au lieu d'en gagner : le profit symbolique disparaît. Après quoi, faute d'argent, leurs moyens de produire sont réduits ou détruits et les profits matériels disparaissent eux aussi.

*** Voir, dans le Défi Européen, "Le cas de William Shanks" (pp.37 à 40). Ne pas manquer d'y lire aussi le  "Coup du Tire-bouchon" (pp.21 à 23) qui éclaire les moyens dont la nature a doté les explorateurs pour  faire des découvertes grâce auxquelles "incompréhensible hier est devenu synonyme d'"évident".

****     Dans le préfixe au noméro d'inscription, les initiales I ou G désignent le cours d'initiation ou celui de gestion modernisée,  et F ou M le sexe de l'étudiant.


 
    Cours d'Initiation à l'Orthologique
    Questionnaire n° 2


En 1978 l'objectif prioritaire de la 2ème leçon de ce cours a changé. Il est désormais d'engendrer à ses étudiants un "réflexe de natation" en les précipitant sans préparation dans les eaux vivifiantes du "Rubicon", c'est à dire en leur dévoilant d'emblée la nature à la fois pénétrante et enveloppante des JEUX scandaleux auxquels ils seront invités à prendre part. Mais toujours en pleine connaissance de cause. Ils ne seront jamais entraînés malgré eux par des moyens apparentés à ceux de la publicité clandestine.

1.    Nom et prénom, adresse postale complète (ne pas omettre le code postal), numéro du présent questionnaire et votre numéro d'inscription à ce cours, à inscrire dans la case inférieure du cadre (de droite) ci-dessus.

2.    Dans leur ensemble, nos "règles générales" ont-elles éveillé en vous des résonances (ou d'autres réponses) agréables  ou désagréables ?

3.    Veuillez préciser vos réactions intellectuelles  (raisonnées) d'une part, et, d'autre part, affectives  (senties, subodorées ou "éprouvées") à un ou à plusieurs passages de ces textes. Précisez quels passages s.v.p.

4.     Que pensez-vous et/ou sentez-vous de leur résumé encadré à la p.12? La substitution de jeux aux travaux forcés et de joies aux larmes en tant que moteurs  des activités humaines vous semble-t-elle non seulement imaginable, mais réalisable, c.à.d. réaliste ?  Ou cette prévision d'un avenir  humain plus "merveilleux" que le présent  des fauvettes l'est déjà vous semble-t-il utopique ?

A tous autres égards, cette 2ème leçon est à la fois inattrayante et désagréablement laborieuse. Elle fournit deux exemples de DEMARCHE INTELLECTUELLE ELEMENTAIRE portant sur des sujets dépourvus d'intérêt AUTRE que la démarche elle-même. L'assimilation en est facile. Mais, à ceux qui n'ont pas acquis l'habitude de la pensée formelle, elle peut exiger plus de temps que vous n'en pouvez  ou voulez consacrer à ce cours. Si tel est votre cas, donnez-vous tout le temps nécessaire en vous contentant de répondre aux questions N°.5 et 6 seulement.

5.    Vos vues sur les remarques de l'Etudiant G.M.113 dans le Courrier des étudiants.

6.    La "théorie du Profit" détaille au ralenti deux démarches critiques fondamentales : l'analyse et la synthèse. L'analyse distingue  ("il y a deux sortes de profit"), la synthèse généralise  ( "nous pouvons mettre dans le même sac tous ceux qui réalisent des profits et leur donner le nom de producteurs ") observez comment Bernard procède pour légitimer  -a priori- cet énoncé, et Philippe pour conditionner sa valeur : elle est opportune quand elle est fructueuse. Avez-vous bien compris ces démarches ? Consacrez-leur toute votre attention : elles vous serviront tous les jours de votre vie. S'il y reste quoi que ce soit de peu clair, posez-nous vos questions.

7.    Enoncée dans le Rubicon, pp. 212 à 228, la "THEORIE DES ENSEMBLES ECONOMIQUES" vous est-elle claire ? Dans la négative, sont-ce les équations ou les définitions qui vous semblent obscures, contestables ou inadéquates ?

7bis.    Dans l'affirmative, convenez-vous que les prix de revient de l'ENSEMBLE des producteurs consistent exclusivement  de salaires ? Ou peut-il y avoir des cas d'exception ? Pouvez-vous citer ou imaginer  un seul cas où l'ENSEMBLE des employeurs aurait ou pourrait concevablement  avoir à payer autre chose que des salaires ? Soyez attentifs, s.v.p.

N.B. Toutes allusions à cette théorie sont inintelligibles à ceux qui n'en ont pas lu l'énoncé. Il leur est conseillé d'éviter la lecture, dans le "Courrier des Etudiants", des passages consacrés à la discussion et à l'élucidation des dysfonctions (dites "crises") économiques, comme le chômage et l'inflation, qui tiennent l'humanité en échec depuis l'avènement de l'industrie.

8.    Si vous avez le temps de lire ou de relire "La Moralité de la Fable" (Rubicon pp. 55 à 75), votre critique de ce chapitre. Sur quoi êtes-vous ou n'êtes-vous pas d'accord ?

Veuillez porter vos réponses sur feuille séparée . Il est inutile de reproduire les questions si l'on numérote les réponses. Nous vous conseillons de conserver une copie des vôtres : en les relisant dans quelques mois, vous pourrez mesurer le chemin parcouru.








Prière d'adresser vos réponses à I.F.O. - ETUDES.
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION  A L'ORTHOLOGIQUE
    Troisième leçon

    COMPRENDRE LES HOMMES


    PIERRE
Nous nous trouvons dans un cas difficile : la plupart de nos étudiants ont montré que les ressources de la logique primaire ne leur sont pas inaccessibles, mais plusieurs ne l'ont assimilé qu'approximativement. Il leur sera difficile de tirer parti de ce cours sans s'y perfectionner. D'autres, qui l'ont bien comprise, sont impatients de nous voir aborder la logique cruciale?. Que faire ?

    PHILIPPE
Le courrier des étudiants pourrait nous tirer d'affaire tout en servant le premier de nos objectifs : la formation de professeurs. Nous pourrions confier à ceux chez qui cette vocation existe -à l'état embryonnaire tout au moins- le soin d'expliquer la logique primaire à ceux qui ont besoin d'explications.

    PIERRE
Peut-être serait-ce prématuré, car les vocations professorales n'ont pas eu le temps de se révéler. Mais cela vaut la peine d'être tenté, quitte à faire des haltes occasionnellles dans la logique primaire si le besoin s'en fait sentir.

    BERNARD
Nous engagerons donc, dès aujourd'hui, un débat sur la morale ? C'est un sujet qu'il faut traiter d'urgence : le désarroi moral de notre époque est une source de souffrances qui nous atteignent tous. Or une intelligence morale, et son corollaire : une morale intelligente, existent en puissance. Il ne faut pas en retarder l'exposé.

    PIERRE
Nous devrons le remettre à la leçon prochaine : peu d'étudiants ont répondu à notre invitation d'une critique sur "La Moralité de la Fable", et la plupart de ceux qui l'ont fait se sont montrés peu habitués à des exercices de cette sorte. Il était maladroit de les leur demander. Nous devons les aider en leur posant des questions plus précises. (Aux étudiants) Pardonnez-nous cette maladresse. Nous en commettrons certainement beaucoup d'autres, mais nous essayons d'apprendre notre métier en nous adaptant à vos réactions.

Nous allons pénétrer aujourd'hui dans le monde enchanté de la logique cruciale qui, parmi bien d'autres choses, permet de comprendre les hommes. Nous n'y ferons encore qu'un tout petit pas, qui doit être franchi, et qui commence par nous ramener au siècle dernier :

"Pourquoi me plaindrait-on ? hurla Marmeladov. Non, il ne faut pas me plaindre. Il faut me crucifier, me mettre en croix, et non me plaindre. Crucifie moi, Juge, fais-le, et, en me crucifiant, aie pitié du suplicié : j'irai au devant du supplice, car ce n'est pas de joie que j'ai soif, c'est de douleur et de larmes. Crois-tu , marchand, que ta bouteille m'a donné du plaisir ? C'est la douleur que je cherchais au fond de ce flacon, la douleur et les larmes. Je les y ai trouvées et savourées.

Mais nous serons pris en pitié par Celui qui a eu pitié de tous les hommes. Il nous tendra Ses bras divins, et nous nous précipiterons..., et nous fondrons en larmes..., et nous comprendrons tout..., et tous comprendront ! Seigneur, que Votre règne arrive !..." (Dostoïevski, Crime et Châtiment, Chapitre II)

    PIERRE
Aucune littérature ne contient des prières plus déchirantes que celles de  Dostoïevski. Mais, jusqu'au bout, le ciel semble être resté sourd à ses  cris.

    BERNARD
Le ciel était impuissant à répondre à ses prières : psychologue-né, Dostoïevski ne pouvait comprendre les hommes.

    MEDICUS
Sa pénétration psychologique tenait en effet du prodige : son oeuvre est un catalogue de profils psychologiques modernes. Il a dû sentir en lui l'action des forces secrètes  que notre siècle allait découvrir dans les profondeurs de la psyché. C'est pourquoi je dirais au contraire que, si quelqu'un a pu comprendre les hommes au siècle dernier, ç'aura été Dostoïevski.

    BERNARD
En devançant son époque, il est tombé dans l'erreur tragique qu'allait commettre la nôtre : il a confondu âme et psyché. En regardant autour de nous dans une prochaine leçon, nous verrons l'énormité des conséquences individuelles et sociales de cette confusion, mais on les observe déjà chez les héros de Dostoïevski : aucun n'est libre.  Tous sont des forçats enchaînés à des fatalités psychiques. Bref tous sont névropathes.

    PHILIPPE
C'est bien pourquoi l'oeuvre de Dostoïevski est en effet un catalogue de "profils psychologiques modernes" : notre époque est malade.
    BERNARD
Et c'est pouquoi Dostoïevski, qui ne comprenait pas la santé mentale, n'a pu rien expliquer de la destinée humaine. Il n'a éclairé qu'une chose : la souffrance des forçats chargés de chaînes.

    PIERRE
Poète, il n'a pas expliqué  la douleur, mais il l'a exprimée  comme nul ne l'avait fait et il a pressenti nos destins. Il a ressenti les profondeurs ultimes de la misère. Trois mots lui ont suffi pour dire tout entière la détresse des hommes : ne pas comprendre ! En quatre mots, il a dit toute notre espérance : "un jour nous comprendrons!..."

    HUBERT
Nous comprendrons quoi ?

    PIERRE
"Nous comprendrons tout, et tous comprendront..." Dostoïevski pressentait que, devenue intelligible, la Vérité régnerait sur le Monde. Pour les uns, le règne de la vérité serait celui de Dieu ; pour d'autres, celui de la raison ou de la science ; pour d'autres encore, celui de l'amour et de la beauté, mais tous y trouveraient leur compte : "tous comprendront !"

    BERNARD
Il s'en faut que cette prédiction se soit réalisée, mais les conditions de sa réalisation sont sorties de terrre comme l'herbe folle envahit les champs labourés. La végétation adventice qui a poussé sur les terres travaillées par la science s'est révélée supérieure aux moissons qu'elle cultive. Il suffit aujourd'hui de cueillir un bouquet de ces herbes folles, que personne n'a voulues, pour constater que la vision de Marméladov était en effet prophétique: tous comprendront parce qu'il est  devenu impossible de ne pas comprendre . Croyants ou non, savants ou non, poètes ou non, tous comprendront les hommes de la même façon parce qu'il n'y a qu'une façon de les comprendre.

    HUBERT
Il y a cent façons de comprendre les hommes. Le croyant et l'incroyant, l'artiste et l'homme d'affaires, la femme amoureuse et le savant ne comprendront jamais les hommes de la même façon.

    BERNARD
Il y a cent façons d'approcher les hommes, mais il n'est qu'un moyen de les comprendre et il n'en sera jamais deux : pour comprendre l'Homme -c'est-à-dire TOUS les hommes- il suffit mais il faut qu'on se comprenne soi-même.

    MEDICUS
Voilà qui doit être vrai : le mot "comprendre" est si ambigu qu'on peut lui faire dire tout ce qu'on veut !

    BERNARD
C'est un mot qu'il faut regarder de près. Lorsqu'on dit à quelqu'un : "Comme je vous comprends !...", cela signifie qu'on croit partager ses sentiments, mais sans les comprendre, sans se les "expliquer". Lorsque nous nous "expliquons" les hommes psychologiquement, nous prenons nos distances, nous cessons de sentir comme nos prochains et avec eux. Et, lorsque nous nous "expliquons" nous-mêmes, c'est aussitôt avec nous-mêmes que nous cessons de sympathiser. Voilà pourquoi la psychologie contemporaine est une machine à fabriquer des schizophrènes. Psychologisée à outrance, notre culture occidentale nous ôte tout moyen de sentir ce que nous pensons et surtout de penser ce que nous sentons. Elle nous divorce ainsi d'avec nos semblables et d'avec nous-mêmes.

    PHILIPPE
Cette incompatibilité du savoir et des sentiments est très vexante aux scientifiques, dont le rôle est de tout expliquer. Mais leurs explications psychologiques, même quand elles sont justes, n'échappent pas à cet ecueil. Prenons un cas concret hypothétique. Supposons -on en est loin mais supposons quand même- que l'étiologie de l'homosexualité soit découverte. Ses causes sont connues : un désordre métabolique qui retentit sur ..."les ventricules de l'omoplate, et voilà, Madame, pourquoi votre fils est pédéraste*...  Eh bien, si lumineuse et certaine que puisse être cette belle explication, je doute qu'elle arrache à Hubert, le jour où il verrait un joli garçon consumé du désir de faire l'amour avec mon oncle Oscar, ce cri de coeur : "Mon cher ami, comme je vous comprends ! ..."

    HUBERT
Foutre non !

    BERNARD
En psychologie, savoir et comprendre semblent s'opposer presque, alors que ces mots sont synonymes dans la plupart des sciences. Que peut signifier cette divergence ? Comprendre un théorème de géométrie ou le fonctionnement d'un moteur, c'est prendre conscience de l'existence de quelques chaînes  logiques et causales. Mais comprendre les hommes serait tout autre chose ? Ce serait sympathiser avec eux ?

    PIERRE
N'en déplaise aux savants, certaines choses échappent à la science : l'art notamment. Pour appréhender le réel, nos ressources sont de deux sortes :  la pensée discursive qui guide les démarches du savant, et la pensée affective qui anime les mystiques et les poètes. La première poursuit l'explication des phénomènes dans la logique et la causalité. La seconde éclaire, anime, émeut, sans avoir les moyens -ni le besoin- d'expliquer logiquement.

    BERNARD
Certes, mais utilisées séparément, la science du savant, la vision du mystique et la préscience du poète ont toujours été impuissantes à nous faire comprendre les hommes. Elles ne nous révèleront jamais à nous-mêmes : il serait aussi vain de prétendre à découvrir l'Homme en observant les hommes ou en sympathisant avec eux que l'âge d'un capitaine en mesurant les cheminées de son navire. L'impossibilité épistémologique est la même.

    MEDICUS
Cela ne me semble pas évident. De plus, je vois mal qu'il soit possible de procéder autrement. Expliquez-vous.

    BERNARD
Philippe est l'épistémologue de service. La parole lui revient.

    PHILIPPE
Au bénéfice de ceux qui n'ont pas lu le "Rubicon", ou qui ont pensé à autre chose pendant qu'ils le lisaient, je me contenterai de signaler que l'épistémologie est la branche de la biologie qui étudie les déterminismes conscients et inconscients de la pensée consciente. Ses déterminismes inconscients sont de loin les plus actifs et les plus incompris. C'est pourquoi peu d'humains savent ce qu'ils font quand ils pensent. Cela peut sembler difficile à comprendre,  mais ce ne l'est pas. D'ailleurs, l'exemple de Dostoïevski suffit à nos besoins présents : La "sympathie" peut-elle suffire à faire cmprendre Dostoïevski ? On voit mal comment on pourrait, en "sentant comme lui et avec lui", sentir plus et mieux que lui. Et les savants ? Peuvent-ils "expliquer" Dostoïevski ? Ils vous le dissèqueront, ils démonteront les rouages de cette mécanique, mais ils auront fait disparaître Dostoïevski : ni son oeuvre ni lui n'auront plus de signification que "psychologique", et ses pitoyables restes, mis en pièces détachées du réel, seront rangés fort savamment sur une étagère, entre ceux de Strindberg et ceux de Landru. Si vous voulez un moyen sûr de ne pas comprendre Dostoïevski, n'hésitez pas une seconde : lisez (elles abondent) une psychanalyse posthume de Dostoïevski.

    BERNARD
Nous verrons ensemble au cours de ces leçons qu'en se soumettant aux lois naturelles de la pensée consciente, la synthèse des pensées discursive et affective se réalise spontanément. Aussitôt il devient non seulement possible de se connaître soi-même, mais totalement impossible de ne pas comprendre l'Homme, c'est-à-dire tous les  hommes. C'est faute de cette soumission que nos sciences humaines ont toujours été impuissantes à découvrir Homo sapiens. Nos sciences humaines ne sont et ne peuvent être ni scientifiques ni humaines.

Il serait long et peut-être un petit peu ennuyeux de démontrer qu'elles ne peuvent l'être, mais il est hélas ! trop facile d'observer qu'elles ne le sont pas : un coup d'oeil suffit. Qui pourrait regarder ce qui se passe dans les villes américaines, qui deviennent des guettos, ou dans les lycées français, où l'intelligence est massacrée, sans constater que nos prétendues sociologie et pédagogie sont des machines à disloquer les sociétés et à détruire les enfants?
    PIERRE
Si nos sciences humaines restaient les machines infernales qu'elles sont, l'Occident n'aurait aucune chance de survie, car il en subit seul les maléfices : ses ennemis en sont indemnes.

    HUBERT
Je n'en jurerais pas : il me semble s'être passé en Chine des choses aussi fâcheuses qu'en Amérique et que chez nous.

    PIERRE
Ne confondons pas leurs luttes intestines avec notre déliquescence. Les pays communistes sont à l'abri de la malfaisance de nos sciences humaines par la simple raison qu'ils n'ont eu garde de les acclimater chez eux. Il n'y a de sociologie, d'anthropologie et de pédagogie, derrière le rideau de fer, qu'au service du régime. Leur rôle est de renforcer, d'expliquer et de justifier, mais jamais d'affaiblir, l'autorité des chefs politiques, ni moins encore d'en contester la légitimité. Le rôle des enseignants communistes est d'engendrer à leurs élèves un "réflexe conditionné" d'obéissance aux autorités. La pensée discursive et la psychologie expérimentale, pavlovienne notamment, se prêtent à merveille à la poursuite d'objectifs de cette sorte.

    BERNARD
A tort ou à raison, l'enseignement occidental poursuit l'objectif opposé :  il stimule la résistance des humains à toute autorité et obtient la rébellion de ses élèves contre tous les enseignants.  Mais la conciliation de nos besoins individuels d'indépendance et de nos besoins collectifs d'un minimum d'"ordre social" n'est pas facile. Elle exige une connaissance approfondie des besoins et des servitudes  des humains. Les nations communistes ont la partie belle : il leur suffit d'apprendre à gouverner les hommes, sans nul besoin de les comprendre. Notre cas est incomparablement plus difficile : si nous tardions à comprendre les hommes, nous n'aurions aucune chance de survivre dans un monde resté aussi concurrentiel qu'il l'a toujours été, et devenu aussi mortellemnt sur-armé qu'il l'est aujourd'hui. Or nous n'avons qu'un moyen d'y parvenir et n'en n'auront jamais deux : il nous faut écouter la nature HUMAINE. C'est ce que nous essayerons de faire dans nos prochaines leçons.

    HUBERT
Dans vos prochaines leçons ? Ou sera-ce pour le ... "quatrième cycle" ? Ne pensez-vous pas, mes chers amis, que nos étudiants pourraient s'interroger un petit rien sur la valeur de vos promesses ? Pour ma part, je ne vous cache pas que vous avez épuisé votre crédit. Je voudrais, sinon être payé au comptant, recevoir de ci de là quelques petits acomptes. Vous devriez au moins tenir dans chaque leçon les promesses qui miroitent à leur début : nous allions faire aujourd'hui un "premier pas dans la logique cruciale". Et puis bernique : pas plus de logique cruciale que d'hélicoïdale ! Qu'est-ce à dire ? Laissez-moi vous poser une question : cela va-t-il durer longtemps encore ?

    PHILIPPE (Il montre Hubert du doigt)
Vox populi : plusieurs de nos étudiants ont parlé ce langage. D'autres, il est vrai, semblent avoir perçu de certaines petites choses qui leur ont fait dire exactement le contraire ! Il y aurait là une belle matière pour animer, dans le "courrier", de fructeux dialogues entre ces deux catégories d'étudiants. Pendant qu'ils feraient cette besogne, nous nous offririons un séjour à la montagne. Quelqu'un m'a chanté merveille, l'autre jour, d'un petit trou pas cher dans l'Himalaya. Qu'en dites-vous, Pierre ?

    PIERRE
Le courrier des étudiants nous fournit aujourd'hui l'occasion d'un plaidoyer pro domo. On y trouvera notre réponse à quelques-uns des reproches d'Hubert. Nos étudiants se chargeront peut-être, dans le courrier du mois prochain, de clarifier les raisons pour lesquelles la lumière, qui ne peut être faite partout à la fois, ne saurait, pour débuter, se faire nulle part. C'est bien pourquoi il faut un cours pour initier à l'orthologique. Mais je voudrais, pour aujourd'hui, y ajouter deux choses :

1. Quoiqu'il n'y paraisse pas, la présente leçon contient un premier pas dans la logique cruciale, qui est celle des recoupements multiples. Une idée y est d'abord présumée puis prouvée  juste lorsque ses données directes ou indirectes se recoupent avec plusieurs faits connus, puis avec tous. Le jeu des mots croisés en offre une analogie : les mots y sont présumés justes lorsqu'ils se recoupent avec quelques autres, puis accueillis lorsqu'ils se recoupent avec tous .  Mais il s'en faut que tous les recoupements aient une valeur probante -et une fécondité- égales. L'objet de la présente leçon est de servir d'introduction à la plus importante et plus féconde de toutes les catégories de connaissances accessibles aux humains : celles qui relèvent de la nature humaine. Elle nous fournit les plus suignificatifs de tous les recoupements dans une image globale du réel, comparable à un "puzzle" immense. La tâche des humains est d'en assembler les pièces.   C'est ainsi qu'on accède à la connaissance du "tout" indispensable à la com-préhension de la vie. La satisfaction totale dont Philippe a parlé ne s'obtient qu'à ce prix.

2. Nos étudiants ont été avertis : ils ont pris place à bord d'une fusée qui emporte ses passagers dans un monde d'où l'on ne revient pas. Nous n'en sommes pas encore au point de non-retour, mais ce moment approche. Il est temps encore de mettre pied à terre. Dès la prochaine leçon, cela pourrait devenir difficile pour beaucoup et impossible à certains.  Cette leçon-ci est la dernière qui soit inoffensive.Il se peut même qu'elle ne le soit pas tout à fait : ceux qui ont des antennes peuvent déjà s'être sentis atteints en profondeur, dans les régions inexplorées où régnait hier encore l'indicible et où seule pénétrait, par résonances, la poésie. Ceux-là peuvent, non pas savoir où nous allons en venir, mais en avoir déjà comme un préssentiment.

Laissez-moi vous avertir que le franchissement du Rubicon est proche. L'autre rive est en vue, et le sort en sera jeté bientôt : nul n'en est revenu, et nul n'en reviendra jamais.Or, tant que le pays vierge où nous allons aborder n'aura été peuplé, on n'y peut mener qu'une vie de pionnier, merveilleuse certes, mais austère, solitaire, tout entière dédiée au vrai. Soyez sûrs de vouloir cette vie-là avant de poursuivre une route qui pourrait vous y conduire irrévocablement, que vous le vouliez ou ne le vouliez pas.

   
    LES PREMIERES ETAPES D'UN VOYAGE AU
    " PAYS DES MERVEILLES"

    PIERRE
Le moment d'un coup d'oeil sur quelques étapes du voyage proposé à nos étudiants est venu. Il leur sera d'autant plus facile de trouver en eux l'énergie nécessaire au franchissement  de la distance qui les en sépare qu'ils y seront plus tentés, et d'autant plus tentés qu'ils verront et comprendront mieux les récompenses qui les attendent.

    PHILIPPE
La première de ces étapes est d'une simplicité grossière et les récompenses qui s'y ramassent à pleines mains sont immédiates. Elle n'est rien de plus ni de moins que la bonne vieille "veine de pendu" que nous cessons rarement d'espérer, mais trop souvent en vain : pour avoir toujours une veine de tous les diables, il faut le faire exprès.
   
(Aux étudiants)
Veuillez bien consentir, mes bons enfants, à subir les effets d'une chance implacable qui, pour commencer, fera de votre vie une curieuse sorte de conte de fées : un conte de fées sérieux ! Pas de citrouilles métamorphosées en automobiles. Mais le pouvoir mystérieux de mettre dans le mille à tout coup. Pour obtenir ce résultat, buvez-moi religieusement les propos de notre Bernard. Pour une fois, il est l'homme de la situation. Mais une fois n'est pas coutume. La plupart des autres fois ce sera, bien sûr, moi...


    La première étape : LA CULTURE DE LA CHANCE

    BERNARD
Notre cas illustre clairement la culture de la chance. L'I.F.O. est un laboratoire de pédagogie expérimentale. Son rôle est de faire des expériences en réunissant du mieux qu'il peut, avec l'assistance du C.I.E.B.S., les chances de leur succès. Les hommes qui cherchent de l'or où il n'y en a pas sont toujours malchanceux. Mais ceux qui exploitent un filon ont les meilleures chances d'être et de rester en pleine "veine" aurifère.

En étudiant les propriétés des acides nucléiques, filon qui s'était révélé exceptionnellement chargé d'information, une équipe de biochimistes américains dirigée par Oswald AVERY eurent la chance (aidée par un précurseur britannique) de tomber sur une colonie  de pneumocoques qui avaient désobéi à leurs gènes. Ils découvrirent  bientôt que ces microbes s'étaient métamorphosés en puisant dans leur environnement de l'information CULTURELLE. Il était donc prouvé, dès 1944, qu'une éducation libératrice est possible.
Les vraies "sciences de l'éducation" étaient nées.
Mais les éducateurs professionnels n'en ont tenu aucun compte. Comme si rien ne s'était passé, nos écoles ont continué à chercher leur or où il n'est pas. Contrairement à AVERY et ses collaborateurs, les pédagogues professionnels ne se sont pas emparés des chances qui leur étaient offertes par des précurseurs auxquels la chance avait souri. Et l'éducation dispensée par nos écoles est restée traditionnelle, oppressive, fondée sur une obéissance qu'elles n'obtiennent d'ailleurs plus. Elles sont les premières à déplorer ce qu'elles récoltent, mais cela ne les empêche pas de persévérer.

Elles s'obstinent à poursuivre la MALCHANCE et condamnent les enseignants contraints de respecter leurs programmes à y récolter , en même temps qu'une remarquable impopularité, un dégoût du métier néfaste qu'on leur fait faire. Notre rôle se limite à tenter de leur communiquer, sous une forme assimilable par tous, les découvertes des chercheurs bienchanceux qui ont su prendre soin d'exploiter des filons riches.

Il sera dit quelques mots tout à l'heure sur la deuxième étape de la route qui conduit au pays des merveilles : L'EVEIL DE L'INTERET. La troisième et dernière étape est la CULTURE DE LA SENSIBILITE. Exigeant une préparation, ce sujet ne peut être abordé aujourd'hui. Il le sera aux moments critiques, (analogues de ceux qui, chez les oiseaux, précèdent les envols migratoires) où les humains manifestent des inquiétudes et des espoirs révélateurs d'un besoin d'autosensibilisation.

   
    LES CINQ PREMIERES LECONS DE COURS A PARTIR DE 1978
    Cinq Règles du Jeu Provisoires


Jusqu'en 1977-78, nos trois premières leçons étaient peu substantielles. La première faisait office de prospectus-repoussoir : en s'adressant à une soi-disant élite, ce cours semblait se réclamer d'un élitisme. Peu de choses semblaient plus intolérables jusqu'au jour où Karl V. Frisch s'aperçut que les sociétés d'abeilles sont composées tout entières d'individus d'élite. Il devient clair aussitôt que, chez les humains, le crétin des Alpes hypothyroïdien est lui-même un individu d'élite. Quant aux élites auxquelles ce cours s'adresse, elles se distinguent de leurs contemporains par un trait équivoque : une curiosité et une naïveté  suffisantes pour s'inscrire à un cours aussi inattrayant que celui-ci.

Quant aux amitiés et à l'intelligence supérieures que l'I.F.O. prétend à mettre à la portée de ses étudiants, elles avaient de grandes chances de leur hérisser le poil s'ils ne prenaient garde que cette intelligence est celle de la chienne qui soigne sa portée, et que les amitiés  expurgées de rivalités et de replis sur soi-même, qui s'établissent spontanément entre personnes qui parlent le même langage, ont de meilleures chances de parvenir à leurs fins biosociales -l'enrichissement mutuel- que les dialogues de sourds dans une tour de Babel.

Présenter cette leçon en guise de prospectus était un handicap dont ce cours a été allégé sans regrets. Elle est encore envoyée à nos étudiants, mais après  leur inscription, parce qu'elle répond à des besoins communs à la plupart des humains. Et les réponses reçues à des questions étalonnées pendant dix ans sont précieuses : la signification psychologique des réactions les plus fréquentes -mot qui n'est nullement synonyme de normales - a pu être découverte et vérifiée. A lui seul, le premier questionnaire de ce cours est un instrument de travail de grande valeur.

Jusqu'en 1975, de brefs commentaires (qui tenaient lieu de pronostics et de mises en garde) étaient envoyés à tous. Mais, insuffisamment étayés, ils se sont révélés plus nuisibles qu'utiles. Il n'en est envoyé désormais que dans des cas particuliers, notamment aux étudiants  qui ont posé des questions et à ceux dont les réponses, laconiques ou incomplètes, ne contiennent pas les éléments d'information dont nous pouvons avoir besoin pour les aider efficacement lorsque ce cours pénètre dans le vif du sujet.

Notre deuxième leçon, dont une fonction accessoire mais nécessaire était la mise en place des dispositifs pratiques de ce cours, accomplissait et accomplit encore un tour de force : le seul sujet abordé -la "Théorie du Profit"- était à la fois insubstantiel et indigeste ! Mais prenons garde : en 1978 cette théorie étrange est en danger de ne PAS attirer l'attention et de la retenir moins encore : les STRUCTURES FINES DE LA SENSIBILITE, qui nous atteignent par résonances avant d'être comprises, tendent à reléguer dans le mépris une démarche qui demande beaucoup et semble ne donner rien du tout. Au  point où nous en sommes dans un cours qui commence à peine, il peut être impossible d'éveiller chez nos étudiants la conscience et le sentiment de l'énorme importance -bien qu'elle crève les yeux à quiconque veut bien la regarder- de la LOGIQUE PRIMAIRE, qui nous vaut un moyen commode et sûr de distinguer les choses qui nous profitent de celles qui nous nuisent.

Tant que notre deuxième leçon était consacrée à cette seule logique, elle se situait toute entière dans l'abstrait.Elle seule était aussi désagréable, mais la "pureté" de cette démarche semblait l'exiger. Toutes nos autres leçons parlaient au coeur, aux entrailles, aux affects, à l'"esprit" en même temps qu'à la tête de nos étudiants. Bref, pêle-mêle à toutes leurs ressources, au prix de confusions parfois graves. Ce danger ayant été évité depuis, l'objectif prioritaire de ce cours est de SENSIBILISER au plus vite ses étudiants aux messages, quels qu'ils soient, de leur propre environnement intérieur . La plupart des humains sont insensibles ou peu sensibles à ces messages. Autrement dit, ils sont plus ou moins endormis . Il s'agit de les éveiller, les animer, les rendre assez vivants pour qu'il leur devienne aussi naturel d'être humains qu'aux fauvettes de vivre une destinée naturelle d'oiseaux migrateurs -et aux êtres humains de vivre leurs destins tout en les connaissant et, dans LEUR cas, précisément PARCE QU'ILS les connaissent.

Jusqu'à présent la deuxième leçon de ce cours semblait aussi morte qu'un théorème de géométrie. Pourtant, une aptitude à la pensée abstraite, et à l'élaboration des abstractions qui en naissent, fait partie des dons de la nature à notre espèce. Elle est indispensable à notre accession au rang d'êtres humains à part entière. C'est pourquoi il semblait nécessaire de commencer par le commencement. Celui-ci semblait ne pouvoir être autre chose que son premier pas : la démarche de M. de La Palisse. Or -nous aurions pu nous en douter- loin d'être un commencement, cette logique est un aboutissement et un nouveau départ. C'est une "deuxième naissance", un REcommencement.

Il reste à démêler cet imbroglio et à s'y atteler dès aujourd'hui. Beaucoup prendront PLAISIR à ce JEU. Il consiste à commencer par la fin et à s'amuser  d'une logique toute nouvelle : celle dont M. de La Palisse s'est lui-même amusé tout son soûl et nous a amusés tous. Mais nul ne s'est aperçu qu'il n'y eut jamais penseur si primaire et si puissant, ni professeur si sérieux. La raison en est claire : c'est en se jouant qu'il nous a montré comment ne pas nous tromper. Or, se jouer ou s'amuser a toujours été aussi sacrilège aux maîtres et aux professeurs qu'aux prélats et à tous autres dignitaires.

Que nos étudiants s'y résignent : il leur faudra consentir à respecter -en s'amusant- les structures fines de leur sensibilité, quittes à y perdre un peu de l'insensibilité nécessaire aux rôles désespérés des dignitaires. Pour l'instant et jusqu'à la sixième leçon, les règles de nos jeux pédagogiques s'alourdissent d'une dose de pédanterie qui n'a rien d'amusant, mais elle est provisoire :

1. Les hommes de science sont des spécimens qu'il faut avoir à l'oeil : ils sont capables de tout, même de prendre des airs doctes et graves pour déclarer nuls, de bonne foi, les dangers de la production d'énergie électro-nucléaire. La raison en est simple : ceux qui se spécialisent dans les mathématiques  de la fission en ignorent les dangers étrangers  à ces mathématiques. Tout comme un excellent fabricant de peinture peut ignorer tout ce qu'ont appris ou deviné des hommes comme Rembrandt ou Cézanne. Bref, n'accordez jamais votre confiance à nos héros. Ayez-les à l'oeil et attendez-vous au pire à tout instant.

2. Cependant, une équipe pluridisciplinaire  de chercheurs scientifiques est  avantagée par ses moyens de soumettre à des RECOUPEMENTS MULTIPLES le produit des travaux de chacun. Il en résulte une élimination des interprétations douteuses, toujours nombreuses, auxquelles l'étude des phénomènes isolés de leur contexte donne lieu presque inévitablement. Mais il y a parfois des "hybridations" heureuses, nées d'ANALOGIES saisissantes -comme l'apparentement des "Jeux de l'Homme et de la Femme" et des "jeux biologiques"    dont   les    progrès   se    manifestent   dans  les   étapes   de l'orthogénèse** en même temps que dans celles de   l'ontogénèse** .   Ainsi  regardée,  l'évolution   de  l'espèce obéirait à des mécanismes semblables à ceux qui font "progresser" les personnes . Un petit livre aussi extravagant à première vue que LES JEUX est issu de cette hybridation. C'est elle  encore  qui  a  permis  de   déceler  chez  les   humains   des structures fines semblables à celles qui sont sous-jacentes à la sensibilité des oiseaux migrateurs aux "messages" de leurs étoiles. Bref attendez-vous surtout au pire, mais un peu aussi au meilleur. Ne portez pas de jugements définitifs lorsque leurs découvertes ne coïncident pas avec vos opinions, et ne les tenez pas pour nécessairement maladroits si leur façon de procéder ne sont pas identiques à celles que vous jugez convenir. Accordez-leur un préjugé légèrement  favorable, un rien de crédit -c'est-à-dire de patience. Vous constaterez souvent par la suite  que les voies obliques empruntées mènent au but bien plus vite que celles qui semblent y aller tout droit et, très souvent, n'y parviennent jamais. Donc :

3. Ne vous irritez pas lorsque nos protagonistes expliquent avec des complications, des détours et des préciosités insolites des choses qui semblent pouvoir être dites dans une langue simple, directe, facile à comprendre. C'est alors qu'ils s'adressent à vous dans une langue accessible simultanément à notre conscience et à nos inconsciences.

4. Soyez à l'affût des moments où leur style est rebutant. Mettez ces occasions à profit pour leur faire savoir, en répondant aux questionnaires, comment VOUS vous y prendriez pour dire les mêmes choses plus simplement.

5. Ne perdez jamais de vue que ceux de nos contemporains "cultivés" qui SAVENT LIRE ne sont pas -il s'en faut- un sur cent. Chacun de nous serait sage de se soupçonner sans cesse de n'être pas cet oiseau rare : un-homme-ou-une-femme-qui-sait-lire. Assurez-vous que vous n'avez pas mis VOS propos dans la bouche de nos protagonistes, ou -le cas est très fréquent- ne leur avez fait affirmer précisément le CONTRAIRE de ce qu'ils ont dit.

   
    COURRIER DES ETUDIANTS

    1. Dialogues contre Exposés Scientifiques

    ETUDIANT IM.114
D'accord avec GM.113. La forme dialoguée permet d'escamoter la démonstration qu'elle  allait -semble-t-il- apporter. Les protagonistes se ferment la bouche les uns aux autres aux moments choisis par l'auteur. La collection "Survivre" est truffée de ces sauts, peut-être nécessaires, mais qui n'en laissent pas moins aux lecteurs une certaine irritation : lorsqu'on s'attend à une information substantielle, il est désagréable de la voir repoussée -jusques à quand ?

    IF.104
Je trouve au contraire que le dialogue favorise la critique, tandis qu'un exposé monologué ne permet ni d'exprimer les questions que chacun de nous se pose, ni d'y répondre. Je pense même, grosso modo, que la tendance des étudiants est de se reconnaître en Hubert au début, mais beaucoup moins à la fin ! Cette évolution me semble favorable.

    IM.106
La forme dialoguée me semble irremplaçable : elle apporte la contradiction. Elle apporte aussi la vie, que n'a pas du tout l'exposé scientifique : il est affreusement mort, et m'apparaît fréquemment comme une compilation de coups de chapeau : la référence est trop souvent la révérence, voire la nécessité ou l'opportunité d'une déférence.

    IF.088
L'exposé scientifique ? Je l'aimais hier encore, et j'aimais aussi Jean Rostand. J'étais bernée par l'un grâce à l'autre ! Je veux désormais de la contestation, et celle de vos héros stimule la mienne, même contre eux.

    IF.142
Je suis d'accord avec GM.113 : l'humour de ses dialogues permet à l'auteur de vanter son orthologique sans que j'en sois choquée !!

    IM.091
Le dialogue escamote les objections, mais celles-ci subsistent et taquinent le lecteur. Il reste en éveil. Le monologue le caresse, endort sa critique -quand il ne l'endort tout entier !

    IF.107
Avec le dialogue, la critique est incluse dans le texte. Les personnages font des objections que nous ferions nous-mêmes. Ils soulèvent aussi des problèmes que que notre formation ne nous aurait pas permis de poser. Cependant, toutes les questions ne peuvent être étudiées à la fois, d'où la nécessité de renvois à un nème cycle et l'impression qu'on a parfois d'être frustré. Mais je n'ai pas eu l'impression que l'auteur éludait les problèmes : il les montre même quand il ne les résout pas. Enfin, qu'on essaie d'expliquer les "Lois de Philippe" sans dialogues ni humour !

    IM.004
L'excellente critique de GM.113 apporte une très stimulante contribution au courrier des étudiants, mais la lecture attentive des ouvrages de la collection "Survivre" permet de découvrir une singulière "mise en condition" : celle de la découverte -par soi-même- de solutions aux problèmes effleurés seulement. Que cette méthode maïeutique soit parfois irritante et presque toujours déconcertante, reconnaissons-le. Ne serait-ce un des pourquoi de sa remarquable efficacité ?

    IM.116
Les quatre ouvrages abondent en pirouettes, mais sont-elles dues à la forme dialoguée ? On en trouve dans beaucoup d'autres livres. Les dialogues devraient, au contraire, les éviter. Faire le tour d'une question est possible quand on veut le faire. J'ai toujours préféré les auteurs qui savent exposer intégralement un sujet : "Voici ce qu'on sait, ce qu'on ignore, et quelques hypothèses à l'étude". Tout le reste ne saurait être que bla-bla-bla.

    IM.111
Heureux qui, comme GM.113, préfère les monologues, car le monde des livres est à lui. Aime-t-il la morale ? M.M. Huisman, Barthélémy-Madaule et Feinberg sont ses hommes. Des exposés pleins de science ? Les P.U.F. lui en offrent des milliers, dont les belles oeuvres de M.M. Boll et Reinhart. Hélas ! depuis le Rubicon et le Défi Européen, je ne puis souffrir (mais il me fait souffrir) qu'un auteur : Jacques Dartan. Oui il y a d'autres dialogueurs, d'autres "maïeuticiens", mais ils m'inspirent le désir de leur tordre le cou : ils se choisissent des débiles mentaux pour adversaires, puis en triomphent sans peine sinon sans gloire. Me voici donc un homme très pauvre : je n'ai plus, pour tout potage, qu'un auteur : Jacques Dartan. Philippe ajouterait : "ce potage est maigre même s'il (Jacques Dartan) est gras***..."

    IF.124
Je préfère les monologues, mais j'aime aussi l'efficacité, et les dialogues vont plus vite -trop vite quelquefois. D'autre part, n'y a-t-il pas danger de généralisations abusives ? Tous les pères de famille ne sont pas réactionnaires ni vice versa, et le donjuanisme ne va pas nécessairement de pair avec l'esprit critique... Ne serait-il pas plus rationnel de désincarner les personnages, de les réduire à l'idée dont ils sont les supports ? On peut avoir, sur le plan des idées, des discussions passionnantes avec des gens dont on ne sait rien -n'est-ce pas ?

    IM.134
La remarque de GM.113 est juste : on reste sur sa faim, mais l'impression est si forte que la confiance reste intacte.

    2. Commentaires des Professeurs
La remarque de GM.113 est fondée : les dialogues mettent les lecteurs en condition. C'est la raison pour laquelle ils ont été adoptés. Ils sont irritants aussi, et l'irritation est un stimulant dont les effets semblent se discerner dans les remarques qu'on vient de lire. Nous nous permettrons d'ajouter -les présents commentaires sont un plaidoyer pro domo vierge de toute pudeur- qu'il nous a fallu bien du courage et autant de ... vertu (!) pour adopter cette forme insolite : c'était choisir l'insuccès, le fiasco ! Tous les éditeurs consultés (plus de trente) nous en avaient avertis : la collection "Survivre" serait invendable. Ces gens-là savent leur métier : c'est à peine si 500 "Rubicon" avaient  trouvé preneurs neuf mois après sa parution. Mais on sait que la vertu est toujours récompensée. En illustration de quoi le Rubicon a fait un miracle : près de vingt pour cent de ses lecteurs se sont inscrits à nos cours. C'est un rendement fantastique. Rien de pareil ne s'était vu. Or les cours comptent seuls : aucun livre (que nous soyons capables d'écrire) ne saurait faire pour ses lecteurs le centième de ce que peut un cours.

Un autre aspect des choses n'a pas échappé à l'étudiante IF.115 : les femmes ont des antennes. Voici ce qu'écrit celle-ci : "Tout comme GM.113, j'ai trouvé dès les premières pages du Rubicon que vous conditionniez vos lecteurs. Moins élégante que la sienne, ma réaction s'est exprimée dans une exclamation digne d'une marchande de quatre saisons. Puis j'ai réfléchi. Cette mise en condition est si visible qu'elle semble difficilement malhonnête. Ce jeu serait dangereux si vous étiez sans scrupules, mais j'ai ... décidé que vous êtes honnêtes..."

Cette lectrice à antennes a raison : nous sommes honnêtes -d'intention. Si nous vous faisons la cour, c'est pour le bon motif. Mais sommes-nous claivoyants ? L'escroquerie délibérée est rarement le fait des auteurs, mais les écrivains trompeurs sont légion. Sommes-nous de ceux-là malgré nos peines ? Nous ne le croyons pas, mais c'est possible et même probable. Le plus formidable service que vous puissiez nous rendre serait de nous ouvrir les yeux, et le moment est venu car nous  entrons dans la voie des aveux : nous sommes aveugles à nos propres fourberies ! Nous ne voyons de "pirouettes" dans aucun de nos livres ! Pas une seule, pas une demie ! Que ceux qui les ont vues aient la bonté de nous dire où elles sont.

Mais vous voyez combien vous avez lieu de rester sur vos gardes. Critiquez-nous,contestez-nous, usez de votre droit de nous coller des zéros. N'acceptez RIEN de nous sans y être CONTRAINTS. Raidissez-vous contre nos séductions -supposé que vous ayez la méchanceté de nous trouver séduisants.

Nos livres avaient pour objectif (avoué dans l'avant-propos du Rubicon) de mettre leurs lecteurs en condition. Mais, depuis le Défi Européen, il s'est montré non pas un bout d'oreille, mais l'animal tout entier : nous essayons de vous mettre en condition d'être déprogrammés. Serait-il possible d'obtenir, sans conditionnement, un déconditionnement ? Nous ne le pensons pas.

Enfin, un passage de la critique de GM.113, quoique très important, n'a été relevé que par trois étudiants : "Si l'auteur avait employé la forme d'exposés scientifiques, il eût été contraint d' être moins formel sur le caractère de panacée de l'orthologique, et d'apporter par contre quelque amorce de preuve de son efficacité..."  Ce sentiment est partagé par plusieurs étudiants. Hubert s'est fait leur porte-parole dans la troisième leçon, où il exprime le voeu, sinon d'être payé au comptant, de percevoir au moins quelques petits acomptes.  Ces reproches sont-ils fondés à vos yeux ? Ou avez-vous trouvé ici et là dans la collection "Survivre", quelques amorces de preuves de l'efficaté de l'orthologique ?


    3. Le Coin des Apprentis-Professeurs


    PHILIPPE
Nous avons lieu de nous féliciter de l'idée saugrenue qui, le diable aidant, nous est venue : nous avons illustré les deux premières démarches de la pensée logique, l'analyse et la synthèse, sur le terrain économique !! Nous n'aurions pu rêver pire : sauf pour les personnes assez rares qui s'intéressent à cette matière, aucun sujet n'ennuie plus sûrement tout le monde. Ainsi, sans que nous ayons pensé à mal, les premiers efforts de nos apprentis ont été plus qu'assez barbifiants pour leur attirer une réprobation quasiment générale. C'est ce qu'il fallait pour leur "faire les pieds", c'est-à-dire pour leur procurer une admirable occasion de constater deux choses importantes :

1. Pour "faire recette" un professeur doit, tout autant qu'un orateur, s'abstenir de barbifier son auditoire.

2. Pour l'accrocher il doit -à tout le moins- éveiller son intérêt, mots qui veulent dire l'éveiller lui-même.

Les conséquences immédiates d'une méconnaissance de cette double nécessité pédagogique ne peuvent passer inaperçues : il flotte sur les propos de nos courageux apprentis un ennui opaque à l'égal d'un brouillard londonien. Mais -que l'on nous en croie ou non- cet ennui et ce brouillard se dissipent comme par magie au bénéfice de ceux qui s'INTERESSENT aux sujets traités.

Autrefois, les professeurs qui ignoraient ou méprisaient cette magie faisaient souffrir leurs élèves. Aujourd'hui, les élèves vengent les générations précédentes des choses horribles qu'elles ont endurées pendant des millénaires, tout en se vengeant de ceux qui prétendent à les leur infliger à leur tour : ils font souffrir tant et si bien les éducateurs ennuyeux (professoraux ou parentaux) qu'il est devenu possible d'imaginer ces personnes autoritaires prenant la peine d'apprendre leur métier. Il n'est jusqu'à cet espoir qui n'ait cessé d'être chimérique.

Entre temps nous mettrons à profit le "Coin des Apprentis-Professeurs" pour illustrer ces choses.Ceux qui ne s'intéressent à l'économie ni théorique ni pratique sont invités à se garder de lire cette rubrique, sauf quelques lignes pour déguster la qualité supérieure de l'ennui qu'elles exhalent. Au contraire, ceux qui s'intéressent à ces choses les liront avec ... intérêt ! Mais il y a beaucoup plus : TOUS constateront dans quelques leçons combien il est devenu facile, dans un siècle devenu celui des merveilles, de RENDRE intéressant n'importe quel sujet à n'importe qui. Même la physique nucléaire aux poètes et aux femmes amoureuses, la mathématique aux littéraires et la littérature aux matheux. Mais surtout combien il est inévitable, pour quiconque ouvre les yeux à ce qui se passe autour de lui, de rendre l'économie politique irrésistiblement passionnante à tout être devenu ou resté approximativement vivant entre les âges de quinze ans et celui de la retraite et après.


    *   *   *


Plusieurs étudiants ont fait la preuve d'une bonne compréhension de la logique primaire.D'autres ont commis contre elle quelques péchés véniels. Les premiers voudront-ils prêter assistance aux seconds ? Veuillez saisir cette occasion de vous essayer au métier d'apprenti-professeur si les sujets traités dans cette rubrique vous intéressent. Il ne faut s'en faire une corvée sous aucun prétexte.

    IM.114
1. Je pense que l'argent n'a qu'une existence purement conventionnelle, tout comme l'as occupe la première place dans les règles de certains jeux de cartes.

2. La théorie du profit ne m'a pas satisfait : elle me semble un tour de passe-passe. Il y aurait, d'après votre exposé, deux sortes de profit:
(a) le profit symbolique, constitué par une rémunération en argent, qui va au producteur;
(b) le profit réel, c'est-à-dire "les choses que le producteur produit", et ce produit-là va au consommateur.

Donc on peut dire au producteur : "Vous n'aurez jamais, en tant que producteur, que des profits symboliques. Le seul profit réel que vous obtiendrez jamais, ce sera en tant que consommateur".

Ces deux remarques sont pénétrantes, mais elles reposent sur des à-peu-près, et rien n'est si dangereux. Quelles sont les précisions qui leur manquent ?

    IF.115
Je puis imaginer un cas d'exception à la 4ème loi des ensembles économiques (r = s) : Hubert, pour agrandir son usine, achète un terrain à son voisin. Le prix payé au propriétaire foncier n'est pas un salaire, mais il alourdit quand même les prix de revient d'Hubert.

Où est le péché véniel ?

    IM.116
1. Je m'étais rendu compte sans nul besoin des équations de Philippe que le prix  de revient, comme le prix de vente, consiste exclusivement de salaires.

2. Ce que vous appelez "marges patronales" n'est en fait qu'un salaire. Ce qui le différencie de celui du salarié, c'est que le patron, qui fixe l'un comme l'autre, paye le moins possible au salarié pour garder lui-même le plus qu'il peut .

Une première remarque saute aux yeux : si les patrons peuvent fixer eux-mêmes leurs marges, ceux qui s'en octroient de négatives doivent être de curieuses gens. Il a fallu, pour leur prêter ce pouvoir où leurs motivations, un ou plusieurs péchés moins véniels contre la logique primaire. Lesquels ?

   
    IF.115 et IF.124
D'accord sur la théorie des ensembles économiques. Mais les "autocompensations" semblent contradictoires : comment les patrons bénéficieraient-ils des marges accrues qui résultent de l'abaissement de leur prix de revient ? Dans les conjonctures où se produit l'autocompensation, le taux des salaires tend, dites-vous à s'élever. Etant donné que r = s, il semble y avoir contradiction, et je ne saisis pas le mécanisme.

Qui se chargera de l'expliquer dans le prochain courrier ?

    IM.426
Quid des charges, taxes et impôts ? Ce ne sont pas des salaires, et ils font partie intégrante des prix de revient.

Le prix des matières premières en font partie tout aussi intégrante, mais cela n'affecte en rien notre quatrième loi. A la lumière des définitions données des mots "marges" et "salaires", quel étudiant précisera la consistance des taxes et impôts ?

    IF4O4
L'Etat fait partie de l'ensemble des patrons ? Certes à l'égard de ses fonctionnaires. Mais envers les autres citoyens ? Ceux qui paient les impôts seraient-ils ses "clients" ?

Qu'en pense-t-on ?

    LA  GUERRE  DES  SEXES


Il était temps mais nous y sommes : pour la première fois cette année plusieurs étudiantes ont opposé des réserves à la "théorie de l'amour" proposée sous forme de dialogues masculins dans "Les Jeux de l'Homme et de la Femme".Avant même que ce sujet soit abordé dans les leçons, elles n'ont pas seulement rejeté cette théorie et ses implications : quelques-unes lui ont déclaré une guerre déjà chaude et s'apprêtent à la contre-offensive.

En 1974, une jeune étudiante, IF.761, semblait avoir fait un premier pas dans cette voie. Elle déclarait satisfaisante la forme dialoguée, mais ajoutait que, dans LES JEUX, l'absence de toute contradiction semblait remarquable. Parbleu ! La contradiction est absente dans ce bouquin (lui a-t-il été répondu) par l'évidente raison que nos protagonistes sont cinq vilains mâles, plus vilains et plus mâles l'un que l'autre. Ils discutent le coup. Ils décrivent la Femme entrevue dans leurs rêves. La "Femme Idéale" : Yseult devenue mère et qui fait la cuisine. Ce livre est donc un "cahier des charges" : nous, les vilains mâles, disons aux femmes ce que nous attendons d'elles, ce qu'il faut qu'elles soient pour nous faire pleurer de tendresse et hurler de plaisir tout en pensant à autre chose (les mâles ont reçu dans leurs instincts l'ordre de penser à d'étranges choses). Et vous voudriez, Mesdames et Mesdemoiselles, de la CONTRADICTION ? Soyez raisonnables et enfoncez-vous dans la tête que nos complices s'entendent comme cinq larrons en foire. La contradiction, seules les femmes peuvent l'apporter. Or, jusqu'à présent, celles qui ont lu ce livre ne l'ont pas contredit. En chiffres ronds, la statistique est celle-ci : un tiers de ces lectrices le déclarent abominable, bon à jeter au feu sans autre procès. D'autres -environ une sur trois- meurent ou s'endorment d'ennui avant la dixième page. Les autres, le dernier tiers, s'expriment ainsi : "Enfin! Des hommes qui comprennent enfin les femmes ! !.." Ces malheureuses sont-elles dociles -ou lucides ? Ces éclaircissements quelque peu schématiques n'ont pas suffi à stimuler IF.761. Elle ne les a pas commentés et s'est abstenue depuis lors de toute allusion aux hommes, aux femmes et à leurs jeux. Mais, cette année, la contestation est plus nourrie et plus véhémente. Ecoutons une jeune femme de 21 ans :

    ETUDIANTE IF.954
La page 96 des "jeux de l'homme et de la femme" m'a fait sauter en l'air. C'est Philippe qui parle. Toute cette page est infecte, mais, à la fin, c'est l'apothéose :
"...et l'homme aura sa récompense non moins totale : une femme à lui, crée par lui, et obligée de devenir le complément parfait de tout ce qu'il deviendra..."
Comme si la femme n'existait pas sans l'homme, comme si c'était l'homme qui la créait et non elle-même ! Il serait impossible à une femme de se réaliser dans un couple comme une personne à part entière. Elle n'existerait qu'à l'état de négation passive ! J'espère avoir mal compris. J'espère aussi des "jeux de l'homme et de la femme" composés de personnages féminins peut-être?

    PHILIPPE
Bravo ! Il est grand temps que des femmes prennent part à ces jeux. C'est leur tour de décrire l'Homme de leurs rêves, l'"Homme Idéal", et de nous envoyer dans les gencives un cahier des charges. Que devons-nous être ou devenir pour les faire pleurer de tendresse et hurler de plaisir en ne pensant (peut-être) à rien  pour mieux sentir tout ? (Aux étudiantes) A vous d'en décider. Mais remarquez que nous n'avons jamais  été seuls en scène dans LES JEUX. Une pléiades de Californiennes y ont joué un rôle ténébreux en nous disant : "Nous voulons rendre  heureux..."Quel homme n'aurait compris : "Nous voulons vous rendre heureux" ? Quel surhomme aurait résisté à la tentation de leur dire comment s'y prendre ? Cependant, une question est restée sans réponse depuis 1968 : LE SAVONS-NOUS NOUS-MEMES ? (Aux étudiants des DEUX sexes)  A vous d'en décider.

Cependant, nous devons reconnaître que les relations sexuelles qui ont cours parmi les gens avertis, et même parmi ceux qui pourraient n'être pas très bien avertis, reposent sur des valeurs autres que celles proposées aux couples par notre "théorie de l'amour". Celle-ci semble négliger intentionnellement le facteur dont la sexologie contemporaine se soucie le plus : l'EROTISME. Serait-ce par là que notre petit bouquin a péché ? Nos étudiants en décideront.


    Un cas particulier
    L'"AMPHI"  DES  SUPER-PROFESSEURS


Dès 1970 l'I.F.O. a eu la bonne fortune de s'enrichir d'une étudiante informaticienne et poète, IF.407, qui, en plus d'un diplôme d'ingénieur, est quasi-docteur en sciences économiques. Une analyse graphologique révélait une exceptionnelle richesse de dons de toute sorte. La nature l'a comblée. Comptant lui voir jouer un rôle important dans ce cours, nous l'avions baptisée ADELAïDE parce que ce prénom est aimable. Voici ses réponses à notre deuxième questionnaire :


    ADELAïDE
3. La forme dialoguée n'est pas aisée à lire parce qu'il faut suivre la démarche des personnages comme on se met dans la peau d'un interlocuteur pour comprendre sa pensée. Un exposé formel serait plus facile à "écouter" mais resterait moins exhaustif. La forme dialoguée apporte plus de nuances et de "relativité" à une idée, qui n'est pas exposée, mais débattue. Elle contraint à une véritable gymnastique intellectuelle, que je trouve difficile au premier abord. L'exposé "doctrinal", auquel j'ai toujours été habituée, m'apportait une (fausse) sécurité bien construite. Le dialogue me désarçonne parfois par son aspect "chaotique". Descartes nous aurait-il fait du mal ?

4. J'ai eu du mal à comprendre cette leçon. Vous bannissez les concepts économiques de "bon sens". Si j'ai bien compris, le producteur serait celui qui transforme quelque chose pour se donner satisfaction, et la distinction classique "producteur-consommateur" disparaît. Traditionnellement, le profit fait intervenir deux agents économiques : celui qui vend et celui qui achète, d'où échange et "plus-value". Votre profit économique est pris au sens le plus large et le plus philosophique du terme. D'accord, en ce cas, sur une sous-catégorie de profits dits "symboliques". Ce profit sert d'étalon entre différentes économies de différents pays . En fin de compte, le profit symbolique est social car il s'évalue par rapport à quelque chose : on est riche ou pauvre selon que l'on côtoie un milieu plus riche ou plus pauvre que soi. Intrinsèquement, le profit "réel" est personnel. Le profit symbolique est relatif et social. Mais, là où je ne comprends plus du tout, c'est que, actuellement, l'abondance des profits réels entraîne la disparition des profits symboliques.

6. Une seule réserve à la théorie des ensembles économiques (5e loi) : progrès technique = chute du pouvoir d'achat des salariés. Or :
1.    Plusieurs industries de pointe : Concorde, C.I.I. (informatique) C.E.R.N. (recherche nucléaire européenne) ont accru la masse des salariés et leur pouvoir d'achat.
2.    Existence du secteur tertiaire (Sociétés de Services, Conseils, etc.) sur lequel le progrès technique n'a qu'une faible incidence.
3.    L'accroissement de ce secteur par rapport aux secteurs classiques (primaire et secondaire). Ces trois points ne sont pas des phénomènes de compensation, mais d'évolution.
4.    Je ne pense pas que la répartition (impôts, cotisations) soit un phénomène de compensation, car c'est une répartition qui s'effectue aussi au niveau  d'agents non producteurs : vieillards, enfants, etc.

7.    L'ensemble des patrons  ne peut payer que des salaires, y compris ses propres salaires. Il y a aussi les intérêts sur capitaux empruntés, mais ce sont des "salaires" versés en contrepartie du service rendu par les banques en fonction du taux de la monnaie.

Une évidence est éclatante : cent fées généreuses ont comblé Adélaïde de présents de baptême, et Carabosse a été -c'est certain- retenue ailleurs ce jour-là. Mais quelque vilain jeteur de sort -qu'il va s'agir d'identifier et de mettre hors d'état de nuire- est parvenu de la priver de l'usage de ses dons. Comment expliquerait-on, sinon ainsi, que, dans une étude consacrée à la distinction des composantes du pouvoir d'achat collectif, Adélaïde assimile aux salaires le loyer de l'argent ? Voilà la Haute Banque promue au rang de ... prolétaire !  Et cette joyeuseté est le plus mignon de ses péchés. De la première ligne à la dernière, ses réponses sont un tissu de péchés mortels contre la logique primaire. Quels super-professeurs se chargeront de réconcilier -ici et là- notre Adélaïde avec Monsieur de La Palisse ? Le moindre baiser de ce Prince Charmant ferait d'elle une reine.

    PIERRE
Adélaïde nous a fourni une occasion d'illustrer, au bénéfice de ceux dont la vocation est professorale ou parentale, ce qui distingue un "super-prof" d'une personne impuissante à rendre jusqu'à l'économie politique passionnante : l'aptitude aux synthèses visuelles GLOBALES, qui repose sur l'acquisition d'une sensibilité élargie.

C'est pourquoi, dans le cas particulier des éducateurs de vocation, qu'ils soient ou ne soient pas professeurs ou parents -ils le deviendraient vite s'ils ont ce goût et acquéraient cette aptitude- il vaut la peine de surmonter l'ennui inhérent au sujet traité mais dont la durée sera brève : dès la 5e leçon, on constate qu'il s'agit, non pas d'économie, mais d'un DIAGNOSTIC. La pauvre Adélaïde est victime de la maladie artificielle due aux apprentissages contre nature   que nos écoles et nos universités perpétuent malgré leur TOXICITE. Ce dernier mot est pris au sens littéral : une substance hautement toxique a été découverte dans le cerveau d'animaux  soumis à des apprentissages du même type  que ceux qui résultent de l'application de nos traditions scolaires. Ce poison, dont la violence est extrème, a été isolé, vérifié, reproduit et même synthétisé dans les laboratoires de biochimie et de neurophysiologie expérimentale. Mais les disciplines scientifiques d'avant-garde sont si spécialisées et leurs découvertes si nombreuses qu'il est devenu à peu près impossible d'en diffuser l'information : toujours déformées par la nécessité de les simplifier, les "vulgarisations" répandues par les mass-média ajoutent encore à la mésinformation générale. Ainsi, les spécialistes (ils sont spécialisés eux aussi, bien que leurs démarches soient peu ou pas du tout scientifiques) adonnés à l'étude des techniques de l'Enseignement ne sont pas informés, en mots qui leur soient accessibles, du caractère pathogène des apprentissages pratiqués dans nos écoles avec une efficacité et une précision qui grandissent si vite qu'une volte-face rapide est désormais, pour l'Occident tout entier, une question de vie ou de mort. Oui, il vaut la peine de surmonter un ennui de courte durée pour apprendre à provoquer l'éveil, en plein pays des merveilles, de notre Adélaïde et de TOUS LES ENFANTS DU MONDE.
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION  A L'ORTHOLOGIQUE
    Leçon Trois bis

    LES  REGLES  DU  JEU  EN  1980


Depuis la parution du "Dénouement d'une crise de croissance" une nouvelle leçon 3 bis est devenue indispensable à l'intelligence de ce cours tout entier. Ceux qui prennent conscience de la signification de plusieurs faits biologiques, dont l'ensemble éclaire d'une même lumière le passé, le présent et l'avenir, jouissent d'un spectacle jamais vu : ils se voient vivre dans un monde soustrait à la pesanteur de nos servitudes ANIMALES et à la cruelle et incessante tragédie HUMAINE qu'aura été notre vocation d'ennemis de la nature. Rien n'y survit des tourments que les hommes ont endurés, et les merveilles qui s'offrent à eux n'ont jamais été imaginées sinon en rêve. Malgré quoi la présente leçon n'est pas facile parce qu'elle prépare nos étudiants à leurs rôles   d'adultes. Confrontés avec eux-mêmes, il leur faut découvrir leurs propres ressources et les mettre à leur service et à celui des autres AVANT d'avoir acquis la jouissance du "mode d'emploi" de leur cerveau et, dès lors, sans aucune assurance d'éviter des erreurs graves, voire mortelles. En deux mots, ils ont à faire l'apprentissage de la liberté et rien n'est moins rassurant. Voilà pourquoi l'orthologique, dont la rigueur élimine tout risque d'erreurs, fait naître et justifie une confiance en nos destins que rien ne peut remplacer.

    PIERRE
En 1978, la nécessité d'une rénovation de ce cours était devenue criante. Il aurait été insupportable de la différer : victime apparente d'une frénésie démentielle, l'humanité semblait destinée à se suicider en salissant et détruisant tout ce qu'elle touche et en tuant tout ce qui vit. Nul ni rien au monde ne semblait y pouvoir quoi que ce soit : la déroute de nos traditions culturelles, religieuses, morales et autres était aggravée  par la nocivité de "sciences humaines" devenues frénétiques elles aussi et qui -on s'en aperçoit aujourd'hui- étaient des sous-produits de notre haine de nous-mêmes et de notre acharnement à nous venger d'on ne savait quoi sur la nature tout entière.  Bref : sur tout ce qui existe. A tout prix, il fallait découvrir, inventer, imaginer -voire,  au besoin, DEVINER- quelque chose d'AUTRE, de tout à fait AUTRE, quelque chose de jamais vu, entendu, ni conçu, pour l'opposer aux apocalypses qui ont commencé à déferler sur les quatre coins de notre planète : il n'est jusqu'aux calottes polaires qui n'en aient été éclaboussées et outragées !

    PHILIPPE
Prenez garde,  mon cher Pierre : notre tâche est d'énoncer les règles du jeu orthologique en 1980. Quel besoin nos étudiants auraient-ils de s'embarrasser des difficultés qui handicapaient leurs prédécesseurs ? La chance leur a souri trois fois. Ils n'ont plus à répondre aux devinettes du Sphinx (1), qui s'est plu à en faire voir de toutes les couleurs à nos pères. (Aux étudiants)  La chance est passée à portée de vos mains et vous n'avez à faire qu'une chose : empoigner par les cheveux cette femelle élusive et la contraindre à vous cajoler. Or rien n'est plus facile : comme l'année dernière, les 6ème, 7ème et 8ème pages de notre troisième leçon sont consacrées à la "culture de la chance" et elles ont -chose rare- conservé leur actualité bien qu'elles aient plus d'un an d'âge ! La 9ème page fait mieux encore : elle donne un aperçu des incertitudes terribles qui ont CESSE DE PESER SUR VOUS.

Relisez courageusement ces quatre pages rébarbatives. Puis ayez la bonté de nous rejoindre ici après les avoir digérées : trois "coups de veine" vous attendent.


    1. Trois "Coups de Veine"


    PIERRE
Nos étudiants semblent avoir été délivrés de la nécessité tragique qui a toujours écrasé l'humanité. Pour la première fois dans l'Histoire, ils n'ont plus à DEVINER la réponse exigée par le Sphinx avant qu'il devînt possible aux humains de cesser de s'ENTRE-CONCURRENCER. Dans leur cas, la lutte pour la vie a toujours été de plus en plus soustraite aux sauvegardes de l'insinct animal, c'est-à-dire à ses autorégulations. Virtuellement, l'humanité est délivrée d'une SELECTION NATURELLE qui tolérait la survie à quelques-uns au prix de la défaite, de l'élimination ou de l'asservissement de la plupart des autres.
Je le répète : nos étudiants SEMBLENT avoir été libérés de la nécessité de DEVINER ce qui leur arrive et leur est arrivé.  Si c'était  tout à fait vrai, il ne s'agirait pas d'un coup de veine, mais d'une révolution biologique majeure, d'une révolution sans précédent. N'est-ce espérer trop ? Peut-on affirmer de science sûre que cette révolution s'est produite ? Est-elle aussi démontrable, prouvable et indiscutable que la sensibilité des fauvettes aux signaux de leurs étoiles ? Bernard, notre biologiste-Maison, est seul qualifié pour répondre à cette question.

    PHILIPPE
Son métier de biologiste disqualifie  Bernard pour répondre à une question qui doit être posée à nos étudiants : c'est à eux qu'elle se pose avec une actualité brûlante. En donnant un aperçu de la distance qui sépare le monde étriqué des scientifiques de celui qu'habite IF.1673, une enseignante baptisée ARABELLA, la première réponse de cette femme étonnante à la 1ère question du 1er questionnaire éclaire un danger propre à troubler l'âme de l'I.F.O.

    ARABELLA
"Votre fait divers scientifique m'étonne" (écrit cette femme héroïque dont on pouvait craindre que le moule ne se fût brisé il y a quelques dizaines de siècles). "Je n'arrive pas à croire qu'un oiseau puisse confondre les étoiles du ciel avec celles d'un planétarium. Mais, en admettant que je CONSENTE A Y CROIRE, je ne vois pas ce que vous trouvez d'extraordinaire dans l'instinct animal..."

    PHILIPPE (à ses collègues)
Comme disent les Anglais dans les cas pathétiques, mettez-moi ces paroles fulgurantes dans votre pipe et fumez-les ! (Les fumeurs de pipes sont méditatifs par grâce d'état ou le deviennent bientôt à force d'en avoir l'air). Mais, après ces déclarations parfumées d'une spontanéité qui semblait avoir déserté notre espèce, que reste-t-il, mon cher Pierre, des précautions prises pour épargner à nos étudiants des déconvenues amères ? C'est à cette fin expresse que nous avions rédigé une notice imbuvable en nous abstenant de relier entre eux ses chapitres.

    PIERRE
Il n'en resterait rien si nous n'y prenions garde, car nous nous sommes trouvés conduits à libéraliser malgré nous un jeu qui semblait abusivement libéral. Ce fut à coup sûr une veine authentique : Adieu aux méfiances qu'il fallait opposer hier encore aux scientifiques, à commencer par nous-mêmes. Adieu à la nécessité de soumettre les produits de la pensée humaine à des recoupements multiples. Adieu aussi au besoin d'exprimer dans une langue compliquée des choses devenues immensément simples . Adieu, enfin, à la nécessité de soupçonner tout le monde d'être l'oiseau anormal, l'oiseau déshérité  qui ne sait pas lire ! Aucune de ces choses ne subsiste en 1980, et cela , oui, est un énorme coup de veine !

    BERNARD
Ces choses ont cedé la place à la vérité universelle et fondamentale énoncée par ARABELLA dans l'innocence de son coeur juvénile : l'infaillibilité de l'instinct animal est en effet la chose la plus NORMALE, la plus rigidement DETERMINEE et "ORDINAIRE" qui soit au monde. Or, paradoxalement, le cas de l'Homme semble s'opposer à celui de ses ancêtres animaux.

Les comportements meurtriers et suicidaires d'Homo sapiens seraient aussi ANORMAUX, EXTRA-ORDINAIRES et SCANDALEUX que possible s'ils n'obéissaient eux aussi à des déterminimes rigides qui ont abrité les humains du désastre qu'eût été la prise de conscience prématurée des "savoirs qu'ils possédaient déjà", et l'enfantement avant-terme de "l'humanité qui était déjà la leur"...

    PHILIPPE
Bravo ! Il fallait un biologiste pour dire des choses si "parfaitement" qu'aucun de nos étudiants, hormi peut-être -on ne sais jamais- quelques "génies",  n'y peut rien comprendre. Plus inintelligible n'a jamais été dit sur les mécanismes de notre évolution. (Aux étudiants) Nous allons constater tous ensemble -et chacun en soi-même-  que , à fleur de peau, à la frontière de la conscience et de l'inconscience -ces savoirs-là  sont déjà les nôtres ; que, pour en prendre pleine conscience, il suffit d'échapper à des déterminismes aussi volatilisés que les tigres herbivores (2) (Rubicon, pp.155  sq.) qui eurent raison du dogmatisme des théologiens de la Renaissance en les couvrant de ridicule.

Grâce à ce RIDICULE , les sciences dites "objectives" purent naître avec Galilée. Et, sans être brûlés vifs, les scientifiques purent acquérir un prestige supérieur à celui du clergé, et lui disputer le droit, le pouvoir et les moyens d'enseigner.

Aujourd'hui, la même disgrâce est sur le point de détruire le dogmatisme des héritiers de Galilée. Aleur tour ils ont abusé de leurs pouvoirs et de leur "Monopole d'Etat". Mais, mis en lumière avec les ressources de l'orthologique, le ridicule et la malfaisance du dogmatisme de ces hommes EN SCIENCES HUMAINES -si mérité que puisse être resté leur prestige en sciences physiques (*3) -se révèle à la fois si intolérable et si comique  qu'il leur sera chaque jour plus impossible de ne pas s'en apercevoir eux-mêmes.

    BERNARD
La vraie science n'est pas en cause dans la mésaventure des pseudo-scientifiques qui n'ont pas résisté à la tentation de se réclamer d'un prestige mal acquis pour s'installer dans le dogmatisme comme rats dans un fromage. Cette tentation était irrésistible hier encore parce que le prestige était seul à "faire autorité" en cette matière : les travaux des scientifiques vrais et douteux étaient également inaccessibles au commun des mortels. Ils ne le sont plus, nul n'ayant à DEVINER désormais ce qui différencie l'Homme de tous les organismes vivants. Nous n'avons plus à enfanter l'humanité dont nous héritons en naissant, et -révolution biologique s'il en fut jamais- nous avons appris à ACQUERIR l'humanité dont nous n'héritons PAS en naissant !

    PIERRE
Pour devenir des humains à part entière d'humanité , il nous manquait des Règles du Jeu applicables en 1980, c'est-à-dire PAS DE REGLES !

    PHILIPPE
Tout ce indigeste baratin se résume en un mot : ce qui nous manquait c'est la LIBERTE. Les fauvettes et les araignées sont admises à jouir de la liberté d'être fauvettes ou araignées mais les humains se sont vu INTERDIRE le droit non seulement d'être ce qu'ils sont mais de le devenir avant d'avoir DEVINE la signification humaine du mot LIBERTE. Telles ont toujours été, pour notre espèce, les règles d'un jeu universel singulièrement cruel. (Aux étudiants) Mettez-moi ça dans votre pipe et gardez-vous de fumer ce mélange desséché de sang et de larmes avant d'avoir lu leur traduction pratique par un pédagogue bulgare. Comment peut-on être Bulgare ? Nul n'a su répondre à cette question lorsque, dans ses "Lettres Persanes", Montesquieu l'a posée en ces termes :"Comment peut-on être l'ayatollah Khomeiny?"  Ni lorsque nous nous demandons : "Comment puis-je être MOI ?"  Dans les deux cas la réponse est la  même : en  nous laissant  faire  par  nos  éducateurs. Toutes les cultures civilisées ont imposé la même incroyable réponse à tous les éduqués. Après quoi, toujours et partout, ceux-ci se sont acharnés à faire éclater dans leurs comportements cette incroyable vérité que les hommes ont toujours été plus bêtes que toutes les bêtes du monde. Aujourd'hui encore, qui oserait se CROIRE doté d'une infaillibilité plus merveilleuse que celle des abeilles ou des fauvettes ?


    3. Un Bout de Réponse Pratique venue de Bulgarie


    PHILIPPE
Georgei Lozanov dirige à Sofia un institut qui enseigne, parmi d'autres choses, les langues vivantes. Pour les rendre plus vivantes, il invente une astuce : des dialogues pédagodramatisés  et obtient des résultats admirables : dans les cas les plus favorables, ses élèves parviennent à maîtriser les langues étrangères à la cadence de 6000 mots (vocabulaire, syntaxe et mode d'emploi compris) en quatre jours !  Mais une difficulté surgit aussitôt : ses élèves sont impuissants à s'en CROIRE capables. Inutile de leur DIRE que, en se JOUANT une comédie, ils peuvent assimiler une langue étrangère dix fois plus vite et mieux qu'ils ne l'ont jamais pu : les CROYANCES -les préjugés culturels- qi'ils s'opposent à eux-mêmes sont trop puissants. Heurté à cet obstacle, Lozanov invente une deuxième astuce : il leur SUGGERE cette notion révolutionnaire qu'ils pourraient être plus doués qu'on ne leur a permis de se CROIRE.
La SUGGESTOPEDIE (*4) était née.


    4. Des Réponses pratiques venues de Partout


"Penchée sur son passé, l'humanité future dira que l'AGE PSYCHIQUE a commencé dans les années 70." (W. Tiller, conférence prononcée au cours d'un Symposium tenu à l'Université de Californie de Los Angeles). Il est devenu possible de préciser la date de ce commencement : en 1979, notre espèce cessa d'avoir à DEVINER la signification du mot "LIBERTE", clé de toutes les libérations culturelles.

"Un glissement se perçoit déjà" (écrit René Dubos, biologiste français peu connu en France, mais que nos étudiants prendront un vif plaisir à connaître). "Beaucoup de scientifiques parmi les plus brillants et les plus réalisateurs cherchent à s'échapper des disciplines austères de la science positive et à retrouver l'IVRESSE de la pensée philosophique".

Les philosophes ont toujours joui de la liberté enivrante de concevoir la PERFECTION, c'est-à-dire la susciter en eux-mêmes, puis la "sucer à leurs pouces" sans assumer l'obligation -ni voir la nécessité- d'en découvrir des preuves dans les FAITS. Mais rien, sinon la toute-puissance de leurs habitudes mentales faites de CROYANCES issues de leur ASSERVISSEMENT AU PASSE, n'interdit aux scientifiques la satisfaction d'en constater l'omniprésence dans les faits dont l'ensemble constitue l'univers.

ENFIN, aux dires de Marcus Johnson, un bio-physicien qui sait de quoi il parle, notre cerveau est un instrument PARFAIT, qui peut emmener l'homme où il veut aller, même sur la Lune.

Il est impossible de douter que notre cerveau peut nous entraîner -si c'est là que nous voulons en venir- à nous livrer à nous-mêmes une guerre nucléaire. Mais il est plus impossible de douter que, s'il nous y entraînait, notre cerveau serait l'instrument le plus ANTI-PARFAIT possible.


    5. Un troisième coup de veine : La réponse pratique par excellence :
    UNE AUTOROUTE VERS LA CONSCIENCE


    PIERRE
Le "Dénouement d'une Crise ..." a permis une prise de conscience des FRUSTATIONS BIOLOGIQUES qui ont contraint l'Homme, sous peine de rester subhumain à jamais, de devenir l'ennemi mortel de tout ce qui vit, à commencer par lui-même. Lorsque les données biosociales  du "phénomène humain" sont énoncées comme il est urgent qu'elles le soient, il devient impossible de ne pas s'apercevoir que, en qualité de dernier-né de l'Evolution, il ne pouvait avoir d'autre choix.  Cette prise de conscience est spectaculaire et dramatique à souhait : elle a révélé l'existence d'une AUTOROUTE A CENT VOIES. Toutes conduisent à l'intelligence explosive de la PERFECTION sous-jacente à nos imperfections, c'est-à-dire de l'infaillibilité de l'ENSEMBLE de nos faillibilités.

Un exemple monumental, scandaleux à force de sembler simple, de l'être parfois un peu trop, et d'autres fois, pas assez, est le "Défi mondial", par J. J. Servan-Schreiber (Fayard, Paris 1980). Malgré quelques lacunes, ce livre allume plusieurs "étoiles" qui illuminent tout entier l'univers intérieur des humains, et celui-là seulement. Mais c'est celui qui éclaire tous les autres : Homo sapiens est le dernier-né, mais aussi le dernier mot  de l'évolution biologique. Aucun de nos étudiants ne pourrait se dispenser de lire cet ouvrage sans se handicaper lui-même : d'une part, il illustre, en même temps que les dangers de cette démarche pragmatique, la réalité factuelle des enchaînements d'abstractions  qui conditionnent la rigueur et la SECURITE de l'orthologique. C'est à ce prix seulement que la liberté et la sécurité peuvent être conjuguées. Ceux qui, soucieux d'avancer vite, prétendraient à s'en écarter -fussent-ils les hommes les plus admirables que le "Défi mondial" met en scène- ne pourraient le faire qu'à leurs risques, mais au péril de tous  : embarqués dans une seule et même aventure biologique, tous les humains sont solidaires et, finalement, voués au même sort.

    PHILIPPE
Voici le mode d'emploi du "Défi mondial". Nos étudiants sont exhortés à -et, s'il le faut, suppliés de- le respecter scupuleusement.


    Mode d'emploi du "Défi mondial"


1.    Ouvrez ce livre à la page 317 sans vous soucier, pour l'instant, de celles qui la précèdent.
2.     Lisez et relisez, si besoin est, le chapitre 10, intitulé "Le rire de Honda", qui compte 13 pages, en concentrant votre attention sur les propos de Masaru IBUKA, ingénieur devenu président-fondateur de SONY (une entreprise si "compétitive" qu'elle est bientôt devenue l'une des plus "multinationales" du monde et auteur d'un livre dont il est"difficile  (écrit J.J.S.S.) d'imaginer et impossible de décrire la simplicité. Mieux vaut  (ajoute-t-il) en citer quelques passages..."

Ce sont ces quelques passages que nos étudiants sont invités à déguster  d'abord puis à intelliger  : c'en est déjà assez pour prendre part au pilotage d'une fusée dont ils cesseront aussitôt d'être des passagers transportés dans un autre monde sans savoir où ils vont ni où ils veulent  aller, ni comment y aller.

    PIERRE (Aux étudiants)
La lecture de ce dixième chapitre vous orientera sans la moindre fatigue. Or nos quatrième et surtout cinquième leçons sont très, et même trop, longues. Elles absorberont trop de votre temps pour que vous puissiez, sans vous surcharger, en accorder assez à l'étude  du "Défi mondial", livre si facile à lire qu'il semble n'exiger aucune attitude critique. Or, à notre connaissance, aucun livre de 400 pages n'en a jamais exigé autant, ni plus impérieusement : le danger d'être entraîné dans une aventure à la fois grisante et dévastatrice est très grand. (Aux étudiants)  Veuillez bien nous en croire et ne pas vous impatienter : nous ferons de ce "défi" notre cheval de bataille dès que nous le pourrons sans avoir à nous en repentir, ni vous à nous maudire ! Ce ne sera qu'une affaire de quelques semaines. Prenez patience.

    PHILIPPE (Aux étudiants)
N'ayez garde de laisser échapper cette occasion de rencontrer nez à nez la "joie de vivre" et de l'étreindre pour jamais. Ce mot a le mérite de vouloir dire "toujours" aux bons moments. Nos pères le savaient. Nos fils le sauraient aussi si leurs bons maîtres n'avaient jugé sage de se simplifier la vie. Les Enseignants qui sont soumis à un organisme géant, dit "Education Nationale", atteint de l'incurable paralysie qui a toujours pénalisé le gigantisme, ont été contraints de se la simplifier assez pour n'avoir plus eux-mêmes de "bons moments" et pour ôter à leurs élèves tout moyen de s'apercevoir que la vie pourrait être belle. Ainsi ont-ils été préservés du danger de constater combien la leur a été enlaidie en toute innocence par des éducateurs qui ont toujours voulu, cru ou prétendu vouloir, leur bien.


Quelques Conseils Pratiques pour se jouer de Questionnaires dépouillés de Règles du Jeu

La liberté ne pouvant se passer de règles sans choir dans les incohérences de l'anarchie, le jeu n'est une école de liberté que s'il impose aux joueurs, férocement s'il le faut, le soin de découvrir leurs propres règles, leurs propres vérités. Jusqu'à présent les questionnaires de l'I.F.O. étaient réputés pour leur férocité. Peu d'étudiants prenaient plaisir à y répondre. A partir de cette troisième leçon, l'I.F.O. passe et doit passer la main. Ses étudiants sont invités à prendre sa relève. Ils se soustrairont aisément aux mauvais traitements qu'ils n'auront pas à s'infliger s'ils se dispensent de répondre aux exigences d'aucune bienséance : "bons usages", orthographe, syntaxe, esthétique et autres critères auxquels ils peuvent être  enclins à juger la qualité de leurs propres réponses, et à penser qu'elles seront jugées.

Qu'ils se rassurent : fondés sur des caractères biologiques impersonnels, les critères de l'I.F.O. ne peuvent jamais flatter ni égratigner l'amour-propre de ses étudiants. N'ayez donc qu'un souci: celui de VOTRE vérité. Prenez toutes vos aises avec nos questions. Répondez -pourvu que ce soit ou vous semble vrai- Je m'en fous" à celles dont vous vous foutez, ou "cette question m'ennuie, me rebrousse le poil, exige plus de temps que je ne puis ou veux lui consacrer", etc. Bref : N'IMPORTE QUOI, sans rien cacher, enjoliver, ni assombrir.
La seule chose dont VOUS et NOUS ayons à nous soucier, c'est VOTRE VERITE. Elle est toujours bienfaisante lorsqu'elle se laisse découvrir. Elle ne tarde jamais à se donner elle-même à ceux qui cessent d'être "rompus" aux exigences de bienséances héritées d'un passé aussi incompatible avec la vie des humains qu'avec la survie de leur espèce.

    PIERRE
La plupart des étudiants inscrits à ce cours en 1980 tarderont peu à constater que, pour acquérir une "part entière d'humanité", il ne leur reste à franchir qu'un obstacle devenu mineur : la tendance, comme depuis toujours à tous les humains, d'embrouiller et de se rendre incompréhensibles les propos qui menacent leur quiétude (ou leurs inquiétudes favorites). Bref ceux qui dérangent leurs habitudes mentales.

    BERNARD
L'attachement des humains à leurs habitudes mentales est une chose véritablement effrayante. Mais on cesse de s'en effrayer lorsqu'on prend conscience de sa nécessité. Son corollaire est la stabilité qui a rendu notre évolution possible en la ralentissant. Le contraire est devenu vrai aujourd'hui : notre survie dépend de son accélération. Léthale naguère, l'évolution rapide d'Homo sapiens est désormais la condition sine quoi non de la survie de notre espèce. Il n'est pas difficile de s'en persuader. Combien de temps pourrions-nous survivre à la perpétuation des habitudes agressives dont résulte la "guerre à mort de tout contre tous, aussi primitive, incessante et inhumaine que celle qui sévit dans la jungle, mais incomparablement plus meurtrière et suicidaire dans un siècle devenu celui du Noyau de l'Atome" ("Le Dénouement", p. 20).

    PHILIPPE
On ne peut qu'admirer l'ingéniosité des humains. Ils ont parvenus à moderniser et à généraliser les quiproquos qui ont empêché les fils de Noé de s'installer au paradis en construisant une tour assez haute pour y accéder. Nous faisons mieux encore :  nous parvenons à ne pas comprendre les langages  de ceux qui parlent NOTRE langue. Où que nous allions, nous restons prisonniers de la tour de Babel !

    BERNARD
Une imperméabilité au langage de leurs maîtres est la réaction de défense de la jeunesse contemporaine aux traditions culturelles préhistoriques perpétuées par nos écoles. L'origine de ces traditions est très claire : les hiérarchies naturelles héritées de nos ancêtres animaux disparurent lorsque, trop faibles pour vivre en familles isolées, les humains se groupérent pour former des tribus sans cesse menacées par d'autres tribus qui convoitaient leurs territoires, leurs richesses et leurs femmes : ce fut toujours et partout -et c'est encore- le souci obsessionnel des mâles dominants. Dès ce moment, l'obéissance et la coopération forcée des dominés cessa d'être le produit spontané de l'information instinctuelle innée. Il a donc fallu, coûte que coûte -et ce fut au prix d'un déchaînement de violence, de souffrances et de haines inapaisables- que cette obéissance devint le fruit d'une INFORMATION CULTURELLE infligée  par la violence et absorbée par la peur. Il s'agissait d'obtenir l'AUTODEPRECIATION des subordonnés intégrés dans des hiérarchies institutionnelles, qui pouvaient seules assurer la continuité du commandement et, dès lors, la cohérence des forces économiques et militaires nécessaires à la survie des tribus, des cités et bientôt des nations. Sous peine d'extermination des collectivités qui n'y parviendraient pas, il fallait que les dominés se CROIENT et se SENTENT inférieurs à leurs maîtres. Par ce moyen, si commode et si conforme aux sentiments que les dominants ont d'eux-mêmes qu'il dure encore, les humains ont été rendus dociles à leurs "supérieurs hiérarchiques" !

Mais voici que la pédagogie préhistorique obtient désormais la révolte au lieu de l'obéissance, et suscite la CONTESTATION de la personne des maîtres, de leurs enseignements mêmes justes et utiles, et de leurs langages, même clairs et adéquats au traitement d'informations fidèlement représentées ou décrites. Voilà où nous en sommes. Et c'est de là qu'il faut partir pour rectifier notre tir. Sans doute est-ce pour n'avoir pas accordé une attention suffisante à la nécessité d'INVERSER le sentiment d'infériorité qui naît presque inévitablement des rapports d'enseignants à enseignés que notre cours n'a pu procurer à ses étudiants l'acquisition presque immédiate d'une "part entière d'humanité" et des aptitudes qui accompagnent cette authentique "métamorphose".

    PIERRE
Nos règles de jeu libéralisées peuvent contribuer à atteindre cet objectif. Mais ne nous leurrons pas. Leur efficacité sera faible ou nulle : les jeux pédagogiques ne pourraient être dépouillés de règles sans cesser d'être des jeux, et la liberté ne peut être donnée : elle doit être IMPOSEE DE VIVE FORCE ! Cela semble paradoxal  mais ce ne l'est aucunement.

    PHILIPPE
Diffusée tous azimuts par des éducateurs qui en dépendaient pour leur survie et celle des collectivités humaines, nos traditions culturelles étaient faites de SUGGESTOPEDIE NEGATIVE d'une redoutable efficacité. Ceux qui la subissent se CROIENT impuissants à activer leur cerveau. Ils le croient si bien qu'ils le deviennent. C'est ainsi que d'assez nombreux étudiants se sont bientôt découvert incapables d'assimiler nos leçons, même les 4ème et 5ème, faites tout entières de lapalissades ! Cette autodépréciation obstinée était restée relativement fréquente jusque parmi nos recrues de 1979. Pour remonter la pente, il ne suffira pas de lutter contre cete tendance multimillénaire. Il va falloir aider nos étudiants à s'AUTOAPPRECIER. Mais des aliments plus solides que des suggestions plaisantes et une ambiance lénifiante assaisonnée de ferments au goût bulgare seront certainemlent nécessaires. Le mieux serait de préparer nos étudiants à une contre-offensive qui les ferait procéder à l'éducation de leurs professeurs...

    BERNARD
"En vertu d'un ordre chronologique auquel il serait difficile de se soustraire, les professeurs sont en RETARD d'une génération sur leurs élèves. C'est, parmi beaucoup d'autres, une des choses que la nature veut et que les maîtres ne veulent pas." (Rubicon, p. 199)
Notre langage a beau être inférieur à celui, plus simple, plus direct de la jeunesse contemporaine, il lui est supérieur sur un point précis : il est adapté aux exigences des sciences expérimentales et adéquat au traitement de l'information dont dépend la survie de notre espèce, le bien-être des individus et, en fin de compte, leur bonheur. Ceux et celles qui consentiront à prendre la très légère peine -qui devient bientôt un amusement- de se laisser familiariser avec les quelques mots qui peuvent leur faire connaître leurs besoins réels échapperont vite aux PEURS et aux ANGOISSES qui sont les fruits empoisonnés de traditions infériorisantes et culpabilisantes.

A cet égard, la supériorité de notre langage et de quelques "savoirs" scientifiques apportés dans ce cours est CERTAINE. Cela ne signifie pas qu'aucun de NOUS est supérieur : cela signifie que, le plus naturellement du monde, cette supériorité est accessible à ceux et à celles qui consentent à jouer un jeu amusant au lieu de se laisser contraindre (par leurs FRUSTATIONS) à payer de leurs larmes et de leur sang le refus de se libérer en s'amusant.

    BERNARD
C'est une version moderne du pari de Pascal. Mais cela n'améliore pas notre cas : ce pari n'a jamais converti que ceux qui l'étaient déjà et c'est rarement le cas de la jeunesse contemporaine. Elles est peu tentée de jouer à des jeux dont les enjeux se récoltent dans l'autre monde.

    PIERRE
Ce qu'il nous reste à faire pour tenter nos étudiants de jouer le nôtre, c'est le rendre plaisant tout de suite.  Bref il faut commencer par le commencement en rendant familière et amusante l'acquisition des ressources de ceux qui parlent un autre langage qu'eux. Cela n'a rien de difficile. Lorsqu'on rencontre un passage qui semble difficile à comprendre, il faut se poser une seule question : "Que diable a pu vouloir dire l'olibrius qui s'exprime ainsi, compte tenu de ce que je sais de lui ?"  Après quoi posez la même question à celui de nos complices qui était l'objet de cette question. Qu'on veuille m'en croire : de la franche rigolade est en vue.

    PHILIPPE
Bravo ! Y a de la rigolade en perspective. Dans la bouche d'un homme aussi digne que notre PIERRE, elle ne peut être que franche et c'est ce qu'il faut.
Notes, leçon 3

* Contrairement à ce que dit Philippe sans le penser, l'étiologie de l'homosexualité a reçu les débuts d'une explication moins extravagante que celle-ci depuis que les mécanismes dits d'une "malempreinte" ont permis aux biologistes d'obtenir des canards homosexuels.

**     Le mot "orthogénèse" désigne l'évolution des espèces et "ontogénèse" (du grec ontos : être) celle des êtres, c.à.d. des individus. Très faciles à comprendre en "mots de tous les jours", ces données biologiques sont expliquées dans le Rubicon, et rendues parfaitement claires dans celles de nos leçons qui abordent ce sujet.

***     On voit que l'abominable Philippe fait école ! Mais IM.111 n'a pas bien vu son propre cas : son "appauvrissement" n'est dû ni à la forme dialoguée ni à l'auteur qu'il en accuse. Il est dû à l'orthologique, qui possède le pouvoir de nous entraîner dans un monde d'où l'on ne revient pas, et où l'on se trouve seul tant qu'on y est seul. Que son cas serve d'avertissement à ceux qui n'auraient pas entendu les nôtres.


Notes, leçon 3bis

(1)  Emprunté aux Egyptiens, chez qui le Sphinx représentait le soleil, les Grecs en firent un animal mythologique qui posait aux humains des questions précédées de ces mots : "Devine ou je te dévore!..." Puis il dévorait sans pitié ceux qui ne devinaient pas. Aucun mythe n'a jamais été aussi réaliste : c'est pour n'avoir pas su deviner la cause des frustations sous-jacentes à sa vocation d'ennemi de sa propre nature qu'Homo sapiens n'a jamais cessé de se faire dévorer par lui-même.

(2)  Ces tigres sont évoqués dès les premiers versets de la Genèse :"A toutes les bêtes sauvages, tous les oiseaux, tout ce qui rampe et est animé de vie, Je donne pour nourriture toute la verdure des plantes". Il est indéniable que, à ses risques, périls et profits, l'Homme devint bientôt plus féroce que les tigres. Mais, le convaincre de porter la "Faute" du régime alimentaire des carnassiers était une tâche si difficile que les écclésiastiques furent acculés à un impossible miracle : réformer leurs habitudes mentales pour éviter de sombrer dans le ridicule et de PERDRE LEUR CLIENTELE en confondant le mythe de la Genèse avec un cours de biologie. Ainsi naquirent et restèrent imbrûlés des contestataires notables comme Teilhard de Chardin et quelques autres.

(3) C'est pourquoi ils ont pu découvrir la merveille qu'est la fission nucléaire ET commettre l'erreur intolérable  de livrer la "bombe atomique" à des politiciens irresponsables

(4)  La discussion des mérites et des démérites de la suggestopédie ne peut être abordée ici. Si nos étudiant la souhaitent, elle aura sa place dans une des leçons de ce cours. On en trouve une description dans Fanny SAFERIS : "Une révolution dans l'art d'apprendre" (Laffont, Paris 1976) et une analyse critique par Sheila Ostrander et Lynn Schreiberd dans "Les fantastiques facultés du cerveau" (Laffont, Paris 1980).
     Cours d'Initiation à l'Orthologique
    Questionnaire N° 3


1.    Nom, adresse complète, N° du présent questionnaire et votre N° d'inscription dans la case inféreure du cadre (de droite) ci-dessus.

2.    Si vous avez découvert des "pirouettes" dans la collection "Survivre", où sont-elles ?

3.    Pensez-vous avec Bernard (p.3) que la psychologie contemporaine tend à inhiber la sympathie avec soi-même autant qu'avec autrui ?

4. Les "explications" de cette psychologie vous semblent-elles :
(a) caricaturer les hommes plutôt que les dépeindre ?
    (b)trahir (en les méconnaissant) les choses qui, à vos yeux, comptent peut-être vraiment, c.à.d. celles dont les racines plongent dans nos vraies profondeurs ?
    (c) être à la fois justes et profondément irréelles, aussi fausses (quoique justes) que la classification qui rangerait Molière parmi les comédiens.
   
5.    Si vous vous intéressez aux microproblèmes économiques analysés à la lumière de la "théorie des ensembles économiques" (cf. Rubicon, pp. 213-21) dans le "Coin des Apprentis-Professeurs d'Economie Politique" (p. 12) veuillez prendre part à cette discussion si vous le pouvez sans ennui.

6.    L'"AMPHI des SUPER-PROF" (p. 15) : Le jeteur de sort qui a privé Adélaïde de l'usage de ses dons nous a subjugués tous, qui plus qui moins. Les plus gravement atteints sont très généralement les universitaires. Si vous le pouvez sans trop d'ennui, observez avec soin les manquements à la logique élémentaire dont le texte d'Adélaïde est truffé et l'étonnante imprécision de son vocabulaire , qui lui vaut le pouvoir de dire les choses les plus grossièrement fausses avec l'aplomb, l'aisance et le brio dont les victimes d'une CULTURE INTELLECTUALISTE font étalage pour en mettre "plein la vue" aux autres mais A EUX-MEMES EN PREMIER. Il vaut la peine d'observer avec soin ce MECANISME UNIVERSEL DE TROMPERIE PAR AUTOTROMPERIE. Il ôte à ses victimes toutes leurs chances d'accéder au pays des merveilles. Pour abriter de ce désastre ceux qui dépendent de vous et vous en abriter vous-mêmes, n'hésitez pas à braver un peu d'ennui.

7. LA GUERRE DES SEXES (p. 14) :
(a) Comptez-vous pendre part à ce débat ?
   
(b) Les auteurs des "JEUX DE L'HOMME ET DE LA FEMME" invoquent quelques faits à l'appui d'une théorie de l'amour fondée sur un "dimorphisme sexuel au niveau du système nerveux" c.à.d. sur des "différences d'âme" qui rendraient complémentaires l'homme et la femme, également dépendants pour l'accomplissement de leur destin spécifique. Certains de ces faits sont observables quotidiennement. D'autres semblent (ou sont) contestables. Quels sont, s'il y en a, les FAITS que vous contestez ?  Ne vous souciez pas pour l'instant des hypothèses suggérées pour expliquer ces faits en les reliant.
   
    (c) La discrétion de ce petit livre en matière d'Erotisme vous a-t-elle déçu(e) ? Il a semblé aux auteurs qu'une suffisance d'ouvrages illustrés de belles (et parfois moins belles) images sont dévoués à ce sujet d'études. Partagez-vous ce sentiment ?

    (d) Les auteurs des JEUX se demandent s'ils savent eux-mêmes ce qu'ils veulent. La compagne de leurs rêves, s'ils l'avaient à leur côté faite de chair et de sang, serait-elle une Iseult qui fait la cuisine, passe des nuits blanches au chevet d'un enfant malade, tient les comptes du ménage, etc. ? Si vous êtes homme qu'en pensez-vous ? Si vous êtes femme,  qu'en pensez-vous "par la bande" ? (Cette image est empruntée au jeu du billard. Il désigne une approche oblique qui parvient au but alors que les coups directs n'y atteindraient jamais). La vision du "couple uni" décrit à la dernière page des "JEUX" (p. 100) répondrait-elle aussi à l'"idéal" dont vous rêveriez peut-être si la nature avait fait des poétesses, des musiciennes et des philosophes géniales en accordant à la femme le droit (et le temps) de rêver, voire des "bonnes-à-pas-grand-chose" en les laissant rêvasser, comme semblent faire d'assez nombreux mâles "bons-à-l'on-ne-sait-trop-quoi" ?

8.    "NOTEZ CETTE LECON  ET EXPLIQUEZ VOTRE NOTE" : Ces mots importants seront reproduits à la fin de tous nos questionnaires. Ils doivent être clairement compris : vos succès en dépendent dans une mesure très large. Peu d'étudiants se plaisent à noter nos leçons, la plupart s'y déplaisent et ceux qui en éprouvent le besoin sont rares. Si cet effort vous est demandé, c'est parce que NOUS avons besoin de vos notes. Elles véhiculent de l'information positive et négative sur les ressources -qu'eux-mêmes ignorent- de nos étudiants. Mais prenez garde qu'il ne vous est demandé ni une critique ni un jugement de valeur. S'il vous plaît d'exprimer qualitativement les vôtres, ceux-ci ont leur place dans la dernière question posée dans tous nos questionnaires. Exprimez en une note de 0 à 20 (inscrite dans la case inférieure  du cadre prévu à cet effet au haut de nos questionnaires) la mesure dans laquelle VOUS estimez que la leçon notée a pu VOUS être utile en répondant à ce que VOUS jugez être VOS besoins. Quant à l'explication de votre note, elle doit se limiter à nous faire part de vos goûts en disant ce qu'il vous a plu ou déplu de lire dans la leçon notée. Autrement dit : ce qui vous a semblé VRAI. Que le VRAI soit le SEUL CRITERE de votre "plaisir", si déplaisante que puisse être parfois la vérité et/ou réconfortantes, mais dangereuses, nos illusions.

    Questionnaire 3 bis

9.    Livrée à nos étudiants avant leur familiarisation avec les démarches de l'orthologique cette leçon peut-être gênante, voire choquante.
(9a) : Sa lecture vous a-t-elle été agréable ou désagréable ?
(9b) : Dans les deux cas, dites ce qu'il a pu vous plaire ou déplaire d'y lire .
    (9c) : Précisez en détail ce qui vous a semblé très clair, peu clair, contestable ou incontestable.

10.    Ayez le courage de faire le premier pas -c'est toujours celui qui coûte- de la démarche qui peut seule nous permettre de vous proposer individuellement des "aliments solides" appropriés à votre cas pour substituer la connaissance de vous-même aux autodépréciations traditionnelles devenues incompatibles avec une existence humaine. Ce premier pas consiste à essayer de vous mettre  dans la peau de vos interlocuteurs, puis dans la vôtre, en essayant de vous voir, vous aussi, tel(le) que vous êtes. Pouvons-nous compter sur vous pour jouer le jeu d'un "libéralisme" qui consiste à vous imposer VOS PROPRES REGLES et surtout à ne pas ressusciter ou laisser survivre en vous aucune "bienséance" héritée de traditions devenues incompatibles avec votre liberté ?

11.    Votre critique, vos commentaires, vos objections, vos suggestions et vos questions sur les contenus de la présente leçon.















Prière d'adresser vos réponses à I.F.O.-ETUDES.
 
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION  A L'ORTHOLOGIQUE
    Quatrième Leçon

    UNE EXCURSION EN TRANSRUBICONIE


La transrubiconie est un monde où les faux-semblants se dissipent, mais cela ne veut pas dire un monde en rose. On y voit les  choses telles quelles sont, et certaines sont terrifiantes. Il n'est pas étonnant que nul n'est jamais osé les regarder en face et qu'aujourd'hui encore peu d'humains y soient prêts : ils sont -à leur insu- terrorisés. Plutot que prendre conscience du réel, ils préfèrent rester des enfants et renoncer à une destinée d'adultes. Ils ont choisi les irresponsabilités de l'innocence, et l'on va voir que cela se comprend. La présente excursion suffisant toujours à éloigner ceux qui sont dans ce cas, elle constitue une pénible mais nécessaire épreuve auto-éliminatoire.

    PIERRE
Avant de poursuivre notre route, nous devons procurer à nos étudiants l'aperçu d'un paysage transrubiconien aussi peu séduisant que possible, car ceux qui ont pris conscience des risques de cette aventure semblent peu nombreux.

    HUBERT
Changez de disque, mon pauvre ami : cela devient lassant ! Nous avons pris place à bord d'une fusée qui ... et caetera ! Cela fait trois fois qu'on nous le dit et redit ! Votre sollicitude est touchante, mais j'en suis passablement agacé. Je ne consens pas à me laisser transir de frousse. Emmenez-moi où vous voudrez : je me fais fort de trouver le chemin du retour ! Ceci dit, soyons justes : si je ne le trouvais pas, s'il me fallait errer désormais dans je ne sais quelles solitudes désolées, je n'aurais aucun reproche à vous faire : vous nous en avez avertis ... ad nauseam !

    MEDICUS
Nos étudiants n'ont pas tenu un langage tout à fait aussi crâne, mais, entre les lignes, il semble qu'on puisse lire chez plusieurs des sentiments qui ne s'en éloignent guère.

    PIERRE
C'est pourquoi un voyage aérien, qui n'exclue pas le retour, est devenu nécessaire. Il faudrait affrêter un hélicoptère pour survoler un paysage qui, loin d'être attrayant, soit franchement répulsif. Même ainsi, ceux qu'anime le besoin de vivre dans un monde vrai, expurgé de faux-semblants -fût-il affreux!- constateront combien il est difficile de s'en arracher. Les autres prendront la fuite, et c'est ce qu'il faut. (A ses collègues)  Quelle excursion proposez-vous ?

    PHILIPPE
C'est tout trouvé : la quatrième leçon de notre "Cours de Gestion Modernisée des Entreprises" entraîne ses étudiants sur le terrain économique. Rien de plus repoussant ne saurait se rêver. Affrêtons l'hélicoptère et mettons le cap sur l'économie transrubiconienne, puis on verra le sauve-qui-peut.

    PIERRE
On ne saurait rêver mieux. (Aux étudiants)  Nous sommes désolés de devoir vous infliger cette épreuve, qui est en même temps un pensum, mais nous serions impardonnables si nous ne le faisions pas. Armez-vous de courage et lisez d'une traite jusqu'au bout. Je suis heureux de pouvoir ajouter qu'une surprise moins désagréable vous attend peut-être à la fin.

    PHILIPPE
Notre cours de gestion énumère plusieurs "lois du machinisme" qui ne concernent guère que les chefs d'entreprises. Seule la troisième nous intéresse ici : "Plus puissante, plus endurante, plus précise et plus sobre, la machine est inégalable par l'Homme. Elle est pour lui une incomparable servante, mais une concurrente intolérable".  La concurrence des machines est déjà -et deviendra de plus en plus- MORTELLE aux humains. Or nul ne semble s'en être aperçu.

    HUBERT
Vous vous moquez : aucun homme sain d'esprit n'a jamais -que je sache- pensé une seule seconde à contester cette évidence.

    PHILIPPE
C'est vrai : nul ne l'a jamais contestée. Mais il n'en a jamais été tenu compte : cette évidence absolue a toujours été escamotée par tous, quelles qu'aient été leurs couleurs politiques. Cela ne vous dit rien, Medicus ?

    MEDICUS
Vous me prenez au dépourvu et j'ai peine à vous croire. Est-ce bien sûr ? Pouvez-vous le prouver ?

    PHILIPPE
Trop facilement : les preuves en foisonnent partout. Où que nous dirigions nos yeux, d'abominables preuves de cette aberration nous accablent.

    MEDICUS
Si c'est vrai, il doit y avoir une très grosse anguille sous roche. Lorsque les humains se refusent à voir l'évidence, il y a de lourdes chances que ce soit en réponse à des motivations à la fois souterraines et spécifiques. Je veux dire: qui affectent notre espèce tout entière.

    PIERRE
Comme disent les Anglais, on "flaire un rat" !

    BERNARD
Vous flairez un rat ? Ne sentez-vous pas, malheureux, que cela pue le GORILLE à plein nez ? Une motivation spécifique  souterraine ? Je vous crois ! Elle se perd dans la ténèbre des âges préhominiens. Rien d'étonnant que tous  les mâles de notre espèce soient asservis à une motivation qui nous vient des ancêtres de notre espèce. Personne ne saurait lui échapper ni, moins encore, s'en libérer avant de l'avoir comprise et acceptée, si dure soit-elle à accepter.

Un souvenir me revient, qui jette une lumière crue sur cette tragédie. Je me trouve avoir eu pour presque ami un gros industriel immensément riche, un peu primaire comme la plupart des gros industriels, mais superficiellement cultivé. Il jouait volontiers les mécènes : on aime assez, dans ces milieux, se prendre pour Laurent-le-Magnifique. Mon homme recevait avec faste, s'entourait quand il pouvait de savants et d'artistes, et il parlait. Plus qu'assez riche pour être sûr de tout savoir, il parlait de tout et du reste, mais un sujet avait sa préférence : lui-même. Un jour, après un diner au champagne suivi d'une soirée au whisky, il m'emmena dans sa bibliothèque pour me faire admirer une collection, admirable en vérité, d'art pornographique. J'admirai donc, et lui aussi, mais il en goûtait les charmes peut-être un peu trop directement, et les stimuli directs sont -ô mânes de Schopenhauer- cruellement ... diminuants ! Egrillard d'abord, son regard s'assombrit et sa verve céda à d'amères nostalgies.

"Mon cher",  me dit-il, "nous avons mal choisi l'heure de notre atterrissage sur cette planète. Quelle lugubre époque ! Ce n'est vraiment plus la peine d'être riche. Mon garçon de bureau roule voiture et mon valet de pied, bâti quelque peu en athlète et qui s'habille à la Belle Jardinière, taille plus fière figure que ne m'en donne mon tailleur londonien. Mais, la fin de tout, c'est les femmes : elles nous envoient promener ! Elles nous préfèrent les jeunes flics et les chanteurs de charme des boulevards extérieurs. L'argent ? Elles s'en foutent ! Elles prennent un malin plaisir à nous faire marcher en ne marchant pas. Quand j'étais jeune, un homme à peu près arrivé se serait déshonoré s'il n'avait mis dans ses meubles une ou même plusieurs danseuses à l'Opéra, pour ne rien dire des "petits rats". Aujourd'hui ? Quelle époque !...

Peut-on douter que ce malheureux était impuissant  à vouloir et même à tolérer que la machine fût mise au service des hommes du peuple ? De ce peuple dont le rôle, à ses yeux, était de le pourvoir en serviteurs et en femmes? Comment cet homme aurait-il était capable d'une renonciation au droit de cuissage que l'argent assurait si facilement hier encore aux puissants? Peut-on douter qu'il défendrait ses privilèges de babouin avec toutes les ruses, toutes les férocités et toutes les cécités naturelles à ceux qui défendent leurs privilèges ? Cet homme-là voulait (sans le savoir, bien sûr : il ne se serait pas supporté lui-même s'il l'avait su, car il se croyait bon et n'était pas méchant), cet homme-là, dis-je, voulait -comme tous ses pairs- que la Machine broie le peuple, ET VOILA POURQUOI ELLE LE FAIT.

Tous, tant que nous sommes, avons en nous "quelque chose" qui veut toutes les femmes et tous les biens de ce monde : c'est la règle chez les primates, et elle repose sur des instincts qui s'éternisent chez les humains. Mais ce n'est grave et dangereux qu'autant que nous en sommes inconscients. C'est alors seulement que nous agissons en gorilles. C'est alors seulement qu'avec l'habileté infaillible qui marque du sceau de l'inconscient nos comportements ataviques, nous découvrons les moyens de parvenir à nos fins souterraines. Nous trouvons les astuces qui nous permettent de conserver et même d'appesantir notre autorité de singes sur ceux qui, en raison de notre mortelle ignorance des rudiments d'une biosociologie à peu près scientifique, sont restés sans défense contre des classes dirigeantes restées elles-mêmes à la merci de leurs instincts de primates.

    PIERRE
De grâce, Bernard, arrêtez ! Vous nous donnez des sueurs froides. Je ne puis douter que tout cela est trop vrai, trop intolérablement vrai. Mais donnez-nous le temps de nous y faire pour pouvoir l'accepter.

    PHILIPPE
Si déplaisante soit-elle, cette théorie doit être prise en considération, nul n'ayant jamais suggéré aucune autre explication de certains  comportements des personnes influentes. Faute de mieux donc, nous devons en faire une hypothèse de travail à confronter avec les faits.

    HUBERT
Si c'était vrai, ce qui reste à prouver, les "puissances d'argent" (bien que je doive, si modestement que ce soit, m'apparenter à elles) m'inspireraient un dégoût absolu, une horreur définitive. Je donnerais, aux prochaines élections, mes voix aux Communistes !

    PHILIPPE
Gardez-vous en comme de l'éléphantiasis : plus prévilégiés, ces gens-là ne peuvent être que plus simiesques encore.
    BERNARD
Ne jetons la pierre à personne : il s'agit d'une motivation atavique qui asservit nécessairement tous les hommes tant qu'ils n'en sont pas conscients.

    HUBERT
Voilà qui est vite dit. Nous attendons toujours que Philippe nous fasse constater le refus, qu'il prétend universel, de sa prétendue "loi".

    PHILIPPE
Ce n'est que trop facile. Où voit-on, tout d'abord, la machine mise au service des peuples ? En Occident elle les broie, en Orient ils la servent. Mais, vu d'un peu près, le cas de l'Occident est le plus instructif. Un rien d'histoire nous ouvrira les yeux, mais les choses que nous allons regarder sont peu agréables à voir. Il est plus confortable de leur rester aveugle, mais c'est devenu très dangereux : le peuple lui aussi "flaire un rat", et il a soif de revanches.

Au siècle dernier, la machine concurrençait l'Homme au grand jour. C'était visible à des lieux. Un industriel achetait une grue à vapeur et licenciait sur l'heure les hommes qui faisaient office de bêtes de somme. Ne trouvant pas d'embauche, ceux-ci grossissaient l'offre de travail. Contraints par la faim de se louer à n'importe quel prix, ils permettaient aux employeurs de réduire les salaires de ceux qu'ils ne congédiaient pas. En ce temps-là, faire broyer le peuple par la machine était vraiment "tout profit" !

Ce qui reste à expliquer, car cela semble incroyable, c'est qu'il se soit trouvé des humains pour traiter ainsi d'autres humains, puis, au sortir de la Messe, distribuer charitablement quelques piécettes aux misérables. Après quoi, rentrés chez eux, ils dévoraient à belles dents plusieurs tranches de gigot bien saignant et les digéraient l'âme sereine. Mais ce n'est pas tout à fait vrai : pareille chose n'a jamais été possible. Ne maudissons pas les affreux bourgeois du siècle dernier, qui étaient des hommes comme vous et moi. Rien n'est si inepte que blâmer des populations ni une époque entières. Les mangeurs de gigot étaient aussi incapables que nous de traiter ainsi des êtres humains. C'est au prolérariat qu'ils faisaient ces coups-là, pas à des gens comme eux. Et le prolétariat leur semblait mériter amplement ce qui pouvait lui arriver de pire. Pour s'en assurer, il suffit d'interroger M.M. Huisman, Barthélémy-Madaule et Feinberg : eux aussi savent que quiconque leur déplaît ne saurait être assez puni. Or les bourgeois d'alors étaient, si la chose est possible, plus "moraux" encore que ces bons professeurs. Et le prolétariat avait tout pour déplaire : ces "gens-là" étaient odieux ; leur langage était ordurier, leurs vêtements crasseux, leur odeur infecte, leur grossièreté ignoble ; ils n'avaient aucune retenue : plus ils crevaient de faim, plus ils faisaient bestialement des enfants. Et immoraux avec ça ! Beaucoup buvaient leur paye au lieu d'acheter du lait à leurs enfants, et ils grouillaient dans des taudis immondes, où se passaient des choses, des choses qu'il valait beaucoup mieux ignorer !

Bref, les gros bourgeois de la belle époque n'avaient aucune peine à se découvrir mille "bonnes raisons" de mépriser et même de haïr le prolétariat. Or il est naturel aux humains de ne pas sympathiser avec des masses à la fois anonymes et haïes, de ne pas s'émouvoir, par exemple, du sort du peuple allemand déchiqueté aux bombes en 1944 : ces "salauds de boches" ne l'avaient pas volé ! Non, l'attitude des bourgeois du siècle dernier n'est vraiment pas difficile à comprendre. Ce qui l'est beaucoup plus, c'est la nôtre !

De crise en crise, les brutalités de l'anarchie dite "libéralisme économique" s'étaient atténuées. Quelques obstacles avaient fini par être opposés aux férocités de la Machine. Le "laisser-faire" des bourgeois libéraux avait cedé peu à peu à un empirisme qui procurait aux salariés quelques moyens de défense. Absurde à beaucoup d'égards, cet empirisme, comme tous les empirismes, ne valait guère, mais c'était mieux que rien, mieux que l'anarchie. Or, s'il y eut jamais une chose effrayante, c'est ce qui se passe aujourd'hui : TOUS LES PUISSANTS D'OCCIDENT se sont donné le mot pour instaurer un régime qui rend aux machines le pouvoir de broyer tous les humains, mais en gros cette fois, et partout à la fois. Car il s'agit d'un régime d'anarchie ainsi organisée qu'il devienne impossible de protéger d'AUCUNE machine AUCUN homme, qu'il soit salarié ou patron. Voilà ce que nous sommes en train de faire au grand jour et à beau renfort de publicité. Puis on accable d'éloges et d'honneurs les misérables qui se rengorgent pour faire cette épouvantable besogne !

    HUBERT
Je ne vois pas ce que vous voulez dire . Quelle besogne ? Et qui accable-t-on d'éloges et d'honneurs ?

    PHILIPPE
Vous ne le voyez pas ? C'est ce que notre époque a d'incroyable : personne ne le voit. Réfléchissez une seconde : que pourrait-il y avoir de plus idéalement anarchique que le commerce international ? Aucune loi ne saurait lui être imposée qui ne viole les souverainetés nationales. Dans le commerce entre nations, toutes les machines sont pleinement autorisées à concurrencer tous les hommes, et à se faire servir par une main-d'oeuvre aussi mal payée qu'il est permis d'en rêver : il n'y a pas de S.M.I.G. international. Libérer ce commerce, c'est rendre les peuples impuissants à se protéger ni des machines ni de la misère de leurs voisins. Les nations qui, comme l'Amérique et l'Allemagne, ont de l'avance technique, sont cordialement invitées à gagner de l'argent en saccageant les marchés de leurs voisins et à prendre ainsi, par autofinancement, une avance technique plus écrasante encore. Soumis à un mécanisme autodérégulateur, les échanges  entre nations faibles et fortes deviennent de plus en plus unilatéraux en attendant de devenir impossibles.

Malgré quoi nous assistons à des orgies de "Kennedy-rounds" et de manipulations financières expressément calculées pour nous ruiner tous et pour rendre plus écrasante encore la nation qui, déjà , écrase et spolie toutes les autres. Les puissants se dépensent pour "élargir les marchés" et pour aggraver les déséquilibres en les finançant. Puis ils sont congratulés, admirés et récompensés de toutes les façons ! Comment expliquer ces horreurs ? Que se passe-t-il sous le crâne des hommes d'affaires et des pouvoirs publics occidentaux ? Seraient-ils devenus fous tous à la fois ?

    BERNARD
Cette hypothèse est absurde. Ils ne font qu'obéir à des déterminismes inconscients dont la puissance est comparable à celle des courants océaniques sous-marins. Leurs comportements relève de la "PSYCHOLOGIE DES GRANDS FONDS", sujet que nous traiterons avec soin dans notre cours d'initiation à l'orthologique.

    PIERRE
Ce qui m'effraie, c'est qu'il ait fallu l'aborder dans ce cours de gestion, où il nous est interdit de le traiter à fond. C'est exposer nos étudiants à de graves erreurs. (Aux étudiants)  Gardez-vous de jeter la pierre à qui que ce puisse être : nous avons tous été coulés dans le même moule. Lorsqu'on comprend pourquoi nous avons été ainsi faits, et ce que nous devenons quand nous échappons aux pesanteurs de l'atavisme, le dégoût cède aussitôt à son contraire : nous ne pouvons plus qu'aimer la vie, comprendre et aimer tout ce qui vit et tout ce qui a vécu.

    PHILIPPE
Rien n'a jamais été si inepte que détester, mépriser ou blâmer les humains : tant qu'ils ne peuvent comprendre ce qu'ils  font, ils sont irresponsables ; lorsqu'ils acquièrent leurs vrais attributs d'hommes, le singe s'efface en eux et ils deviennent foncièrement bienveillants et aimables. Pour des chefs d'entreprises, cela doit commencer par une prise de conscience de ce qui se passe autour d'eux. Il leur faut ouvrir les yeux aux réalités dont ils doivent tenir compte pour faire intelligemment leurs métiers -au "train d'enfer" où ces choses se font aujourd'hui.

Une image regrettablement proche du réel clarifiera les problèmes des dirigeants d'entreprises. Condamnés à l'expansion pour rester compétitifs, ils ont pris place à bord d'une courbe exponentielle, c'est-à-dire d'un train dont le mécanicien ne peut faire qu'une chose : accélérer, forcer la vapeur. Au premier tournant, le déraillement est fatal, mais nul ne s'en soucie. Et, dans ce train de l'enfer, les passagers de 1ère classe sont plus enragés que le mécanicien. Ils surveillent de leur fenêtre d'autres trains lancés dans la même course, et ils hurlent d'angoisse : "Plus vite, malheureux ! Brûlez les banquettes  (des wagons de 3ème classe, où ont pris place les petites entreprises), mais pour l'amour du ciel, forcez la mécanique : ne voyez-vous pas que les Américains et les Allemands nous dépassent?..."  Mais on a beau crier, ces concurrents vont plus vite. A bout de ressources, une solution s'impose : il  faut alléger le train français. Et l'on vous jette par la fenêtre les éclopés, les faiblards et, bien entendu, les paysans parce qu'ils sont sans défense : dans "L'Ordre Social" (Sirey 1945), Jacques Rueff a prouvé que c'est la chose à faire, et l'Université (de droite) a entériné sa doctrine : soyez compétitif ou mourez d'une mort économiquement satisfaisante en comptant sur la sélection naturelle pour prendre soin de votre âme.

Ne croyez pas cependant, que les passagers de 1ère classe aient perdu le nord pour si peu. Ces gens-là savent leur métier de primates : ils veulent toutes les femmes et tous les biens de ce monde. Ils ont l'oreille secondée par des appareils électroniques finement sensibilisés aux tintements d'une clochette. Il faut les voir se ruer au wagon-restaurant et s'y faire servir les meilleures tranches de gigot bien saignant. Toutes les ressources de la technique et de la science sont exploitées à cette fin, et c'est cela que l'on nomme aujourd'hui la "gestion" (ou, si l'on est à la page, le "management"). C'est à cela que se consacrent tous les techniciens et tous les dirigeants d'entreprises : arriver à faire des gueuletons dans un train de l'enfer dont tous les passagers se casseront asymptotiquement la figure au premier virage : l'asymptote (de l'infini) est la destination fatale de toutes les courbes exponentielles. (Aux étudiants)  Si désolés que nous puissions en être, c'est -jusqu'à ce qu'il soit mis fin à une aberration qui a ses sources dans l'inconscient collectif de notre espèce- c'est dans ce train de l'enfer que vous exercez ou exercerez vos métiers de dirigeants, et nous ne vous enseignerons PAS la sorte de gestion qui vous procurerait les meilleures places au wagon-restaurant de la mort. Notre ambition est plus modeste : nous vous apporterons les moyens théoriques et pratiques de ne PAS vous casser la figure dans le train de l'enfer, et de rester vivants : c'est par là qu'il faut commencer. Mais vous n'avez pas été formés pour apprendre à rester vivants. Nous devons vous enseigner d'abord l'ABC d'une orthologique qui permette de VOIR les faits économiques tels qu'ils sont, et cela vous vaudra -c'est le moins qu'on puisse dire- quelques franches surprises.

    PIERRE
    (aux étudiants du cours  d'initiation)
Pour les étudiants de notre cours de gestion, cette leçon s'arrête ici. C'est ici qu'elle commence pour vous -si vous êtes prêts à en accepter la suite. L'êtes-vous ? C'est une question qu'il vous faut trancher en pleine connaissance de cause à un moment où elle peut se poser encore sur le terrain hypothétique. Elle le pourra de moins en moins à chaque leçon : nous entrons déjà dans la zone du non-retour.

Supposons que vous acceptiez à titre d'hypothèse la notion d'une polarisation psychique en vertu de laquelle les professeurs de sciences sociales disposent du pouvoir de "méprogrammer" leurs élèves, c'est-à-dire d'imprimer en eux des notions fausses, dans le SENS UNIQUE de leurs instincts simiesques. Selon Bernard, ils seraient à la fois victimes et complices les uns des autres. Pour les étudiants du cours de gestion, il importe peu que cette théorie soit juste : il lui suffit d'être utile. Or elle l'est : elle résout vite et bien les problèmes économiques qui ont tenu l'humanité en échec depuis l'avènement de la Machine.

    PHILIPPE
Cela ne prouve pas qu'elle soit juste : toute aussi fructueuse, la théorie atomique de Dalton était fausse.

    PIERRE
Aussi tiendrons-nous cette théorie pour hautement suspecte. Nous invitons nos étudiants à ne l'accueillir qu'à titre d'hypothèse de travail utilisable seulement dans la mesure où elle se montre efficace en économie politique, puis à en supporter les conséquences sur leur vie quotidienne, même s'ils ont mères de famille, accordeurs de pianos ou artistes.

    HUBERT
Que la vie quotidienne des hommes d'affaires puisse en être affectée est possible. On voit moins comment une théorie économique troublerait la quiétude des mères de famille !

    PIERRE
C'est bien pourquoi nous avons choisi ce terrain d'excursion. L'économie est le plus ennuyeux et le moins émotionnel des sujets. Et le cas où son incidence sur la vie quotidienne est le moins redoutable est sans doute celui de la mère de famille. Elle se moque des cours du Dollar. Cependant, après déjeuner, elle jette parfois un coup d'oeil sur les journaux. Elle apprend que des personnes importantes se sont réunies pour décider du sort de nos monnaies. D'autres fois, quelque homme politique l'interpelle à la télévision. Il l'exhorte à la vertu: "Soyez austère, faites-nous confiance, et vous verrez ce que vous verrez..."

Eh bien, celles qui auront accueilli la théorie de Bernard n'entendront plus le langage de cette sorte de gens. Elles ne verront plus que des hommes asservis à leurs instincts préhumains. Elles les entendront mettre leur dialectique au service d'une collusion inconsciente mais universelle : dominés par l'atavisme, les puissants de ce monde se concertent pour broyer tous les peuples  afin de s'assurer la jouissance illusoire de toutes les femmes et de tous les biens. (Aux étudiants)  Vous aurez beau savoir qu'ils ne s'en doutent pas eux-mêmes et n'en peuvent rien : cela ne vous les rendra pas supportables. Si vous avez le malheur de vous trouver à l'écoute à un moment où nos députés justifient leur votes, je vous mets au défit de ne pas vomir ! Rien de plus insupportable ne peut s'imaginer, mais ce n'est rien encore : l'économie est la moins émotionnelle et la moins humaine des sciences humaines. Malgré quoi, pour certains d'entre vous, le point de non-retour  pourrait être déjà presque atteint ! Cette petite leçon d'économie n'est pas tout à fait inoffensive. Ceux qui l'ont comprise -et il suffit d'entrouvrir les yeux pour constater que chaque mot y est vrai- peuvent avoir déjà quelque peine à revenir en arrière : peut-être préfèreront-ils savoir le pire, quittes à ne plus voir autour d'eux, dans l'ordre économique, que des crétins ou des escrocs !

    (Aux étudiants)
Soyez-en avertis : si vous restez à bord de la fusée, il en ira de même dans tous les domaines. Vous vous saurez entourés de malfaiteurs parfois malveillants et insincères, plus souvent bien intentionnés, mais toujours malfaisants, et dans tous les domaines cette fois. Car, ce qui est vrai de l'économie l'est mille fois plus des choses qui affectent profondément nos vies : la psychologie et la pédagogie en tout premier lieu. Vous verrez des humains s'entre-meurtrir, se mutiler eux-mêmes, martyriser et mutiler leurs enfants. Vous saurez pourquoi ces choses se passent mais vous ne pourrez rien pour les malheureux restés sourds à la langue humaine que vous aurez apprise. Vous serez comparables à des adultes qui observeraient les mille folies d'enfants irresponsables jouant avec le feu dans une poudrerie. Impossible de les avertir du danger : ils n'entendent pas votre langue. Impossible de les empêcher : ceux sont eux qui commandent. Si vous restez dans la fusée, tel sera immanquablement votre sort. Etes-vous sûrs de vouloir, de pouvoir supporter, cette épreuve fantastique ?

    BERNARD
Il y a, Dieu merci, de grandes compensations. Etre en avance sur son temps, disposer de ressources que les autres n'ont pas, est certes la plus difficile des épreuves. Mais l'aventure orthologique n'est pas celle-là. L'orthologicien est un homme comme les autres. Il n'a rien que tous n'aient, mais il a pris coinscience des ressources dont la nature l'a doté. Il a acquis le pouvoir de s'en servir et d'en provoquer l'émergence chez les autres. Telle est la récompense offerte à ceux qui resteront à bord de la fusée, et il en est peu de plus grandes : elle comble en nous la pulsion prosélytique, qui nous pousse à diffuser nos acquisitions. Nul n'a jamais rien découvert, ou cru rien découvrir, sans éprouver le besoin de le crier sous les toits, quitte à en périr aux mains du bourreau. Ceux qui opteront pour une destinée d'adulte deviendront des professeurs d'orthologique ou des militants ardents à la répandre autour d'eux. (Aux étudiants) Si ces activités prosélytiques ne vous attirent pas, ne restez pas à bord de la fusée : il sera temps de vous établir en Transrubiconie quand elle sera peuplée, et tout porte à croire qu'elle le sera vite.

    PIERRE (aux étudiants)
Ne croyez pas que nous cherchions à vous décourager : nous souhaitons ardamment que chacun reste à bord. Nous avons le plus urgent besoin de co-professeurs, de co-auteurs, d'orateurs, de collaborateurs dans tous les domaines de la pensée et de l'action. Il n'empêche que le critère proposé par Bernard doit guider votre décision : la pulsion prosélytique est-elle dominante chez vous ?

    MEDICUS
Elle existe chez tous, mais elle ne suffit pas : il y faut des aptitudes qui ne sont pas données à tous.

    PIERRE
L'orthologicien inapte au rôle d'éducateur n'existera jamais. (Aux étudiants)  Ne vous souciez pas de vos aptitudes : l'orthologique en prendra soin. Ce qu'il faut mettre en doute, c'est la force de votre pulsion prosélytique. Est-elle suffisante pour justifier un dépaysement aussi total ? Vous engendre-t-elle un besoin passionné de donner à autrui -à commencer, bien entendu, par vos enfants- ce que vous avez acquis ? C'est à cette question qu'il faut répondre : rien ne se fait bien qui ne se fasse passionnément. En vous procurant des étudiants authentiques, le reste de cette leçon vous permettra de commencer à mesurer votre vocation d'éducateur.


    L'AMPHI DES APPRENTIS-EDUCATEURS


Le "coin des étudiants-professeurs" se situe sur le terrain de l'INSTRUCTION. C'est d'EDUCATION qu'il va s'agir ici. Vous allez avoir à répondre non aux questions que posent les étudiants, mais à celles qui se posent à eux -à leur insu souvent. Bref, à répondre à leurs BESOINS. Il va vous falloir sympathiser, sentir comme eux et avec eux, pour les aider à s'éduquer eux-mêmes, ce qui veut dire : s'accepter tel qu'ils sont, prendre conscience de leurs dons et de leurs SERVITUDES. Celles-ci sont les conditions de l'exercice de leurs dons : se rebeller contre sa propre nature, c'est toujours se détruire et perdre l'usage de ses moyens. Vos élèves doivent apprendre à SE REconnaître dans l'HOMME, c'est-à-dire dans TOUS les hommes. Les y aider sera une occasion unique, irremplaçable, de découvrir vos propres dons, vos propres servitudes, vos propres besoins : nous avons tous été coulés dans le même moule. Nos divergences n'existent qu'à fleur de peau. La PSYCHOLOGIE DES GRANDS FONDS étant identique pour tous, nous sommes bel et bien des "jumeaux homonucléiques" (Le Défi Européen, p. 91)

    PIERRE (aux étudiants)
Nous allons vous procurer des élèves, qui ne sauraient être que vous-mêmes. Vous serez les cobayes les uns des autres. Le secret de vos identités sera, bien entendu, jalousement gardé. Quelques-uns d'entre vous semblent -mot qui ne veut pas dire sont- réfractaires à l'orthologique. Un peu d'aide pouvant leur être utile, c'est sur eux qu'il convient, pour commencer, de porter notre choix. (A ses collègues)  Qui choisir ?

    BERNARD
Je suggère PATROCLE et, bien entendu, ROSALINDE, qui est un don du ciel. Rosalinde fait notre joie et fera bientôt celle des apprentis-éducateurs des deux sexes, dont les moyens se complètent.

    PIERRE
D'accord. (Aux étudiants)  Nous allons vous présenter, très sommairement encore car la longueur de cette leçon est déjà excessive, vos deux premiers élèves :

PATROCLE est un instituteur de 28 ans, sportif, dont les préférences intellectuelles vont à la biologie, à la psychologie et à la pédagogie. Voici un résumé de ses réponses au troisième questionnaire :

Note : 5/20. Comme ceux d'Hubert, mes yeux ne sont pas décillés. Je n'ai pas entrevu le moindre début d'explication aux logiques primaire ni cruciale. Les cinq points accordés expriment la confiance que je vous conserve malgré tout. Le courrier des étudiants me garde du découragement : les satisfactions et les progrès des autres, leurs doutes aussi, me réconfortent. Dans votre 3ème leçon, les promesses ne me semblent pas plus tenues que dans les précédentes. Je me sens de plus en plus proche d'Hubert, à qui j'avais accordé une cote d'amour désastreuse !

On ne saurait imaginer un cas plus réfractaire - d'apparence : Patrocle "involue". Son porte-parole devient Hubert. C'est un indice certain du rejet de l'enseignement orthologique. Les "apprentis" sont invités à s'efforcer de comprendre Patrocle, à se mettre dans sa peau en se souvenant qu'il est instituteur. Si nous ne nous trompons pas trop sur son cas, et l'avenir nous éclairera tous, c'est l'instituteur qui oppose à l'homme un obstacle sérieux mais pas insurmontable.


ROSALINDE a dix-neuf ans. C'est une étudiante révoltée, qui subit sa première année de sociologie à Nanterre. Un examen graphologique révèle des dons d'intelligence, de droiture, de courage, d'indépendance -et d'insubordination- très supérieurs à la moyenne. Grâce à ses dons, elle échappe de justesse à des difficultés caractérielles qui auraient pu être graves.

Bien qu'exceptionnellement douée, Rosalinde est un prototype.  Elle est victime-modèle de l'Education Nationale, qui a saccagé ses structures sans parvenir à anéantir ses dons. Vierge de structures et bourrée de dons, Rosalinde est un cauchemar qui va devenir un rêve. Les apprentis-éducateurs sont gatés : ils vont pouvoir "créer Rosalinde ex nihilo". Ils la verront s'embellir de leçon en leçon et devenir ce qu'elle est en puissance : une femme, mot dont le synonyme le plus proche est "miracle de la nature". Mais ils feront mieux encore : ils vont localiser les mutilations que nos lycées et nos grandes écoles font subir à toute la jeunesse française. Ils découvriront le remède qui seul peur la guérir : une restructuration. Oui, Rosalinde est un don du ciel. Un "dossier Rosalinde" de plusieurs pages sera joint à la prochaine leçon. Mais l'étendue des dégâts s'observe clairement déjà dans quelques-unes de ses réponses à notre 3è questionnaire :

1.    Exprimez votre satisfaction ou votre insatisfaction en une note : Je vous donne 5/20 au lieu de zéro parce que vous semblez faire un peu de confiance à la poésie.

2.    Une ou plusieurs choses vous ont-elles particulièrement frappée dans cette leçon ?  Plusieurs choses m'ont révoltée : c'est le mot. Suit une liste de griefs qu'on lira dans le "Dossier Rosalinde". On n'en retiendra aujourd'hui que ceci : "Vous ne pouvez parler de la liberté de l'Homme : il est entièrement  déterminé par son hérédité, son psychisme, son corps, son éducation, etc. Un scientifique ne peut parler de liberté. Ou bien essayez de me la prouver.

Ces trois lignes donnent un premier aperçu de l'intelligence de Rosalinde. Celles qui suivent renseignent sur son "intelligence morale" :

Votre critique de la "Moralité de la Fable"*  :
(a)Trouvez-vous entièrement justifiée la sauvage agression de Philippe dans le "Rubicon" ?  Philippe a bien raison !
(b) "Aime ton prochain comme toi même". S'agit-il, selon vous d'un article de morale ?  Cet article est bizarre : on ne s'"aime" pas soi-même : on s'estime. Pour moi il s'agit donc d'estimer mon prochain comme moi-même et je trouve cela trop absolu. Il est plus juste de dire : "aimez-vous les uns les autres". De toute façon, c'est idiot, car l'amour se commande encore moins que l'estime. Si l'on avait aimé Hitler, rien ne dit qu'il nous aurait aimés, et c'eût été une catastrophe. Comment aimer le dernier des salauds ?
(c) Une  morale ambivalente peut-elle exister ? J'ai toujours eu un peu l'idée de cette morale ambivalente. Cela prouve qu'il n'y a pas de morale.
(d) Qu'est-ce à votre idée que la morale ?  La morale n'a pas besoin d'exister. Chacun réfléchit à ce qu'il doit faire selon les circonstances. Il n'y a pas de règles d'or.
(e)  Critiquez les conclusions en cinq articles à la page 74 du Rubicon : Tout à fait d'accord sur ces cinq articles. Notre morale, c'est suivre notre nature du côté positif de l'ambivalence. C'est très Nietzschéen, mais c'est quand même ce que je pense !

Qu'on ne s'effraie pas de la déliquescence morale que semblent attester ces réponses. Ce qu'elles manifestent au contraire, c'est une robuste santé morale qui se traduit par un besoin instinctif de rejeter des erreurs qui, utiles encore au siècle dernier, sont devenues mortelles à la jeunesse contemporaine. Rosalinde se révolte, mais sa révolte tombe dans le vide : l'Education Nationale a saccagé les structures de cette jeune fille, à commencer par ses structures morales. Ses structures intellectuelles sont plus endommagées encore. On le verra à la lecture de son dossier, dont l'incohérence est totale, bien qu'il s'y manifeste une grande richesse de dons.

    PIERRE
Il faudrait un coeur d'airain pour ne pas voler au secours de Rosalinde. Nous devons commencer à la restructurer dès aujourd'hui, sans attendre l'assistance de nos étudiants. Une chose est particulièrement navrante dans ses réponses : le passage sur la liberté humaine.

    BERNARD
Il semble impossible que ce passage soit sincère : si telle était vraiment sa vision du destin, toute révolte lui serait impossible. Elle serait complètement et définitivement désespérée. Son fatalisme serait pire que celui qui enlise l'Islam, où la vie a quand même conservé un sens : tout y est "écrit", mais de la main d'Allah. Pour Rosalinde, si elle pensait ou ressentait vraiment ce qu'elle dit, la vie des humains serait une horreur imbécilement mécanique et anti-mathématique !

    PHILIPPE
La friponne se paie notre tête : si elle pensait ce qu'elle dit, elle se serait accrochée, comme un naufragé à une bouée, à la définition biologique de la liberté à la page 268 du Rubicon : "La liberté est le fruit de nos victoires sur l'ignorance, et ces victoires nous conduisent toujours à substituer des déterminismes conscients aux déterminismes inconscients". Bref liberté veut dire conscience, et conscience liberté. Cette définition satisfait en même temps, et pleinement, aux exigences du coeur humain et à celle de la science . Il faut donner le martinet à cette polissonne !

    HUBERT
Il me semble surtout que, comme la plupart des victimes de l'Education Nationale, Rosalinde ne sait pas lire. Elle paraît incapable d'enregistrer ce qu'elle lit. Qu'on lui donne le martinet pour lui apprendre à lire !

    PIERRE
Il ne peut être question de martinet ni de sévérités d'aucune sorte. Loin d'être blâmable, l'insincérité de Rosalinde me semble au contraire touchante et même poignante. C'est sa façon d'appeler au secours tout en se vengeant des mauvais traitements subis aux mains de ses aînés. Elle attire l'attention par une sorte de comédie du suicide moral, un peu comme font les révoltés qui  se vengent en avalant des somnifères, mais ont grand soin d'en réchapper.

Tel est sans doute le cas de Rosalinde : elle appelle au secours, elle crie son angoisse. Elle a été privée de l'essentiel de ce qu'il faut  à un être humain pour s'épanouir et être heureux. Ses maîtres se sont moqués d'elle et l'ont mutilée cruellement. (Aux étudiants) Nous devons répondre à son appel. Nous devons l'entourer de toute la douceur et de toute la tendresse dont aucun être humain ne peut être privé sans se perdre dans la nuit, mais dont l'Education Nationale ignore l'existence.Voilà, je crois, ce qui doit être fait pour Rosalinde -et pour tous les humains. Le premier rôle de l'éducateur est celui-là, et sa vocation se mesure à son besoin de donner ces choses-là.

Mais dans son état présent, rien ne pourrait être donné à Rosalinde : elle est impuisante à rien recevoir, c'est-à-dire à rien comprendre, même pas la tendresse de l'univers et celle des humains. La base de toutes les structures authentiquement humaines ont été saccagées en elle, et c'est pourquoi ses dons flottent dans le vide. Ils ne se relient pas, ne s'intègrent pas dans une personnalité cohérente. Rosalinde, qui n'existe pas encore, ne peut donc être vraie. Elle est codamnée à se procurer l'illusion d'exister en inventant une Rosalinde qui parle sans savoir ce qu'elle dit et agit sans savoir ce qu'elle fait.  Il est difficile de se retenir de blâmer rageusement les maîtres qui l'ont traitée ainsi. Mais le remède est facile : Rosalinde a le plus criant besoin d'une petite leçon de biologie pour faire connaissance avec elle-même. Elle est un organisme vivant dont le besoin fondamental est de devenir un être humain. Il faut lui apprendre ce que signifie ces mots-là. A Bernard de le lui enseigner dans le moins de mots qu'il pourra.

    BERNARD
La chose que nul ne peut se dispenser de comprendre sans en souffrir cruellement, c'est le SENS DE LA VIE, mais cela n'a rien de difficile. La paléontologie nous a révélé la signification de l'aventure biologique des organismes inférieurs, qui ont conquis une première sorte de liberté : l'Indépendance physiologique.

Les premiers êtres qui vécurent sur notre planète n'étaient guère que des gouttelettes de protoplasme en quasi-dissolution dans une sorte de potage dont ils dépendaient pour toutes les conditions de leur survie : l'océan primordial. Mais ils allaient acquérir peu à peu les moyens de se "mettre à leur compte". Les voilà bientôt qui acquièrent un derme, des cils vibratiles, des flagelles, des moyens de locomotion ; des yeux, des oreilles, un odorat : des moyens d'orientation ; puis un "océan intérieur" : le sang, qui les émancipe : ils quitteront leur nourrice et partiront à la conquête de la terre ferme ; enfin, un mécanisme termo-régulateur, qui les affranchit des déterminismes de la température ambiante. Les voilà aussi indépendants des "hasards de la vie" que puissent l'être des organismes privés encore d'intelligence autonome.

Puis vient la conquête biologique décisive : le langage, qui a fait émerger la conscience. C'est là que nous en sommes, mais l'aventure se poursuit dans le même sens.  La vie continue à nous construire à rebours du hasard. Et, enrichis d'une conscience, les derniers-nés de l'Evolution disposent des moyens d'acquérir une intelligence autonome, c'est-à-dire la LIBERTE.

Rien de ce que nous faisons n'a d'autre signification biologique que cette conquête-là, mais cette signification est totale. Elle couvre, embrasse et contient TOUT. Lorsque, enfin comprises, nos tâches de co-créateurs deviennent conscientes, elles nous enrichissent d'une inépuisable raison d'être. Elles chargent de joie chacune des secondes de notre vie que nous consacrons à notre libération et à celle de nos prochains.

Petite Rosalinde, vous avez été faite pour cette aventure-là, et pour recevoir toutes les joies du monde, dont celle de les répandre autour de vous. Que votre seul souci soit d'abord votre propre liberté. Elle vous a été donnée par la nature, et ce cours vous aidera à en predre conscience. Prendre conscience de la liberté des hommes est la seule chose qui, pour chacun d'entre nous, ait la moindre trace d'importance.

Notre première excursion en Transrubiconie a été aussi déplaisante que possible, mais qu'on ne s'en alarme pas : les prochaines leçons de ce cours nous ramèneront en-deçà du Rubicon, où doivent nous retenir quelque temps encore les préparatifs d'un voyage situé sur un terrain toujours soustrait à nos servitudes ataviques : celui de la spiritualité. L'orthologique y joue un rôle double : elle y introduit l'intelligibilité, et rend la vie de l'esprit aisément accessible à ceux qui, inconscients de leurs ressources spirituelles, ne s'aventurent jamais dans ce monde-là.


    COURRIER  DES  ETUDIANTS
    I. "PIROUETTES"


    Les professeurs
Les réponses reçues cette année ont été les mêmes que les précédentes : un tiers des étudiants ont relevé d'innombrables pirouettes dans la collection "Survivre", et tiers n'en ont trouvé aucune, et les autres n'ont pas répondu à cette question. Bref, tout le monde est d'accord -sauf sur le sens du mot "pirouette". A la page 98, le Rubicon précise le sens dans lequel nous avons employé ce mot : "dérobade camouflée". Après avoir inventé des tests pour mesurer l'intelligence, le Sieur Binet s'est trouvé embarrassé pour définir cette chose-là. Il a eu recours à une pirouette : "L'intelligence, a-t-il dit, c'est ce que mesure mes tests..." Or il se trouve que ses tests mesuraient tout autre chose, et... "c'est ainsi que nous sommes tous les fils intellectuels de Sieur Binet, et les produits mi-finis d'une authentique ENTOURLOUPETTE". (Le Rubicon, page 98)

Nul ne nous reproche les pirouettes de cette sorte, mais, pour un étudiant sur trois, nous avons pirouetté chaque fois que nous avons évoqué un problème ou une question sans la résoudre ou y répondre. Il est clair qu'à leurs yeux nos livres devaient ressembler à des ballets et nous, avec la grâce en moins, à des ballerines. Mais on comprendra bientôt qu'il eût été impossible d'aborder l'orthologique, qui est globale, en procédant autrement. L'orthologique ne peut rien traiter à fond en un seul livre par la forte raison que tout est dans tout. L'orthologique n'est probante que lorsqu'elle présente une image de TOUT, et l'on ne peut peindre cette image que par touches légères, un "point" après l'autre. Tant que l'image n'est pas visible, les points semblent flous, peu significatifs. Ensuite tout s'éclaircit et se PROUVE : L'IMAGE FOURNIT LA PREUVE DE LA VERITE DES POINTS QUI FOURNISSENT L'IMAGE. (Le Rubicon, pages 157 et 159)

Voilà ce qu'il faut comprendre si l'on veut éviter de s'impatienter. Nous ne pouvons et ne pourrons de sitôt que marquer les points d'une image, et même parfois des quarts de point qui, pris isolément, peuvent sembler aussi peu significatifs que possible et ne sont nullement prouvés. Ne vous impatientez pas : notre démarche n'est jamais arbitraire et nous n'avançons jamais rien que nous ne puissions prouver. Tout sera prouvé.  Ne vous offusquez pas non plus  lorsque nous employons des mots difficiles, comme âme et psyché, et prétendons à les différencier sans même prendre le soin de les définir ! Rien ne saurait être plus horripilant à ceux qui ne nous accordent pas le minimum de préjugé favorable qu'il faut pour être assuré que nous ne nous permettrons jamais de fantaisies de cette sorte. Les définitions seront toujours données en temps et lieu. Vous pouvez y compter.


    HUBERT
Nous aimons les paiements au comptant. Si vous ne pouvez tout expliquez dans une seule leçon, vous pourriez au moins définir les mots au moment où vous vous en servez ! C'est le moins qu'on puisse demander.

    Les professeurs
Nous n'y manquerions pas s'il n'y avait parfois de sérieux inconvénients à le faire. La distinction entre âme et psyché est un cas d'espèce. Voici les définitions de ces mots :

AME : ensemble des déterminismes de la pensée essentielle.
PSYCHE : ensemble des déterminismes de la pensée existentielle.

Il eût été contre-indiqué de fournir ces définitions dès la troisième leçon : elles auraient obscurci, en la dépoétisant, la distinction fondamentale entre âme et psyché alors que, quand nous pourrons les expliquer, elles ne dépoétiseront rien : ce sont elles, au contraire, qui se chargeront de poésie. Dès lors, ceux qui comprennent par résonances la signification humaine de la pathétique prière de Marméladov auraient été gênés par ces définitions, et les autres n'en auraient pas été éclairés. Mais tous le seront lorsque ce sujet capital pourra être traité : l'intelligence de la nature humaine devient possible lorsque les attributs de l'âme cessent d'être confondus avec ceux de la psyché. C'est cette confusion qui, depuis la découverte de l'inconscient, a fait de nous tous des malades. Pareils aux héros de Dostoïevski, nous sommes tous névropathes. (Aux étudiants)  Nous devons, parce qu'il le faut bien, vous demander de la patience : ce cours durera au moins trois ans. Ne le regrettez pas trop : il ne vous ennuiera pas et vous apportera plus de connaissances sûres que, sans orthologique, vous n'en pourriez accumuler en dix vies mises bout à bout !

    2. DES AMORCES DE PREUVE


    IM. O77
Vive le courrier des étudiants ! Il m'a ouvert les yeux comme rien n'aurait pu le faire : en observant la paille dans l'oeil des autres étudiants, j'ai découvert (grâce aussi, certes, à IM. 111, qui semble avoir la vue perçante) dans le mien un joli stock de madriers ! J'avais tendance à penser moi aussi que les dialogues favorisent les dérobades ! Comment pareille idée a-t-elle pu venir à personne ? Sans doute parce que le monologue peut laisser dans l'ombre tout ce que l'auteur ignore ou préfère igorer. Il n'est donc jamais obligé de se dérober visiblement . Mais, ce qui crevait les yeux sans que je m'en aperçoive, c'est que, loin de se choisir des débiles mentaux pour adversaires, les protagonistes du Rubicon s'envoient l'un à l'autre des coups à assommer un cheval ! Trois d'entre eux se sont vus mettre au défi de jouer  les SURHOMMES !! Puis ils s'en sont tirés ! Ils s'en sont sortis non seulement avec brio, mais si simplement qu'on ne s'en aperçoit pas !  Je me permets de poser une question à chacun de mes co-étudiants : ont-ils jamais rien lu qui, de loin ou de près, soit comparable à cette ahurissante "amorce de preuve" ?

    IF.118
Des amorces de preuve ? La théorie des ensembles économiques et la plupart des chapitres du Défi Européen.

    IM.004
Le procés des mathématiques, le passage d'ailleurs sous-titré "Une preuve orthologique" (Rubicon, p.157) auquel je joins, à la page 198, la démonstration de la nécessité de l'"hypothèse nature". J'ajouterai, dans l'"Eloge de la Stupidité" l'interprétation charitable de la page 202, et enfin, l'exemple du fisc (p.278), qui est plus qu'une amorce de preuve.
    IM. 111
J'aurai beaucoup aimé moi aussi une amorce de preuve. Hélas ! j'ai été emporté par un torrent, roulé dans un fleuve et noyé dans un océan de preuves, sans trouver jamais la moindre planche de salut : rien n'est resté debout et rien n'a surnagé ! La morale, la psychologie, l'intellection, l'individuation, l'évolution, la biologie, l'économie, le marxisme, les mathématiques et la sociologie classique ont été reduites en miettes. J.P. Sartre a été rendu intelligible et Jean Rostand blanchi histoire de s'amuser en route. Tous les savants du monde ont été pris en défaut avec des moyens accessibles à des enfants. La théorie des ensembles économiques ne lui suffisant pas, cet animal de Philippe a éprouvé le besoin, pour achever de nous éberluer, d'expliquer pourquoi et comment tous les économistes présents et passés se sont débrouillés pour adapter l'humanité à des théories fausses. Enfin, dans le Défi Européen, cela devient scandaleux : chaque  chapitre y est plus accablant que le précédent. Des preuves ? Je demande grâce : il y en a trop de trop fortes ! Cela devient insupportable, mais je suis coincé : depuis que je me sais programmé, il m'est plus insupportable encore de le rester que de me déprogrammer : je demeurerai dans la fusée dussé-je en perdre le boire, le manger, et la considération de ma concierge !

    Les Professeurs
Il peut sembler surprenant que des preuves aussi nombreuses de l'efficacité de l'orthologique, qui, comme par miracle, éclaire et simplifie  tout ce qu'elle touche (remarquez, s'il vous plaît, que tout y est toujours "bête comme chou") n'aient pénétré dans la conscience que d'un très petit nombre de lecteurs. Il ne faut pas s'en étonner. Tout d'abord, la collection "Survivre" ne ressemble à rien qui nous soit familier. Pour que ces livres voient le jour, il a fallu qu'un étrange concours de circonstances impose le silence et l'impersonnalité  à trente-deux scientifiques pendant près de vingt ans. D'où l'excessive densité  d'ouvrages bourrés des produits d'un immense labeur scientifique. Le "Rubicon", en particulier, est inépuisable : on y trouve du nouveau à la dixième lecture et l'on en trouve encore à la vingtième. De plus, l'orthologique est trop dévastatrice pour s'accepter facilement. Mais ceux qui se débattent contre elle l'ont, sinon comprise, au moins subie. GM.113 lui-même, qui croit n'y avoir découvert aucune amorce de preuve y a lu plus de choses qu'il ne s'en est douté. Quelle autre raison aurait-il eue de s'inscrire au cours d'un organisme aussi rébarbatif que l'I.F.O. ? Qu'on le sache ou non, il faut déjà être "mordu" pour poser un acte aussi insolite. Veuillez bien vous poser trois questions :

1.    Pourquoi vous étes-vous inscrit(e) à ce cours ?

2.    Avez-vous quoi que ce soit à opposer à l'avalanche de preuves inventoriées par IM.111 ?

3.    Pouvez-vous opposer le moindre argument à aucun des résumés qui font suite aux "actes" du Rubicon et à ceux des "Jeux", ou à aucun des chapitres du Défi Européen ?

Si vous le pouvez, vos objections seront reproduites et discutées dans ce courrier, et vous serez libérés de toute tendance à soupçonner nos protagonistes d'aucune collusion. Loin de vouloir rien escamoter, ni nous soustraire aux contestations, nous cherchons à susciter les vôtres. C'est pourquoi Philippe ne manque jamais de se rendre aussi insupportable qu'il peut. Il "asticote". Il joue les matamores. Il cherche à vous inspirer l'envie et même le besoin de lui damer le pion, de le mettre vertement à sa place. Profitez-en.


    L'AMPHI DES SUPER-PROFESSEURS


Animés par le souci bien légitime et trop naturel d'en faire agréablement une reine, de nombreux candidats au super-professorat ont couvert Adélaïde de chastes petits baisers : ils ont, point par point, discuté le coup avec elle. Mais, emportés par leur zèle, ils ont négligé de regarder son cas, comme ils y avaient été invités, depuis Sirius.

Grimpons-y tous ensemble et entrouvons ne fût-ce qu'un  tout petit oeil : "En fin de compte, écrit Adélaïde, le profit symbolique est social car il s'évalue par rapport à quelque chose : on est riche ou pauvre selon que l'on côtoie plus riche ou plus pauvre que soi".

Sans doute, mais n'est-ce infiniment plus vrai encore des richesses réelles ? Pour peu qu'il soit avare ou original, un multi-milliardaire peut vivre dans une mansarde, se refuser tout luxe autre que la grisante manipulation de relevés de comptes bancaires pléthoriques, et n'éblouir que son comptable. Mais, au temps où l'argent n'existait pas, les riches n'avaient de biens qu'au soleil. Le propriétaire d'un troupeau de mille vaches, et de prés à l'avenant, était visiblement plus opulant que celui dont la subsistance dépendait d'un cheptel limité à une chèvre famélique.

On conviendra que ces choses crèveraient les yeux à un aveugle. Malgré quoi, loin de les voir, notre quasi-docteur Adélaïde fait une savante dissertation  de la thèse opposée. Pourquoi le fait-elle ? Sitôt qu'elle le saura, elle n'aura besoin de personne pour critiquer ses propres réponses : soustraite aux maléfices d'un vilain jeteur de sort, elle aura recouvré, pour commencer, l'usage de ses yeux. Quel super-professeur l'y assistera ?

    L'INCONFORT


    IF. 232
Ce qui est déplaisant dans cette 3ème leçon -car il déplait de n'avoir pas tout de suite des réponses aux questions soulevées- c'est l'apparition, à propos de démonstrations en cours, d'affirmations dont la démonstration n'est qu'amorcée -quand elle l'est. Exemple : Dostoïevski, nous dit-on, a confondu âme et psyché. En quoi consiste cette confusion, et quelles en sont les conséquences ? La suite au prochain numéro ! De même on peut parfois, tout en étant charmé par vos images, souhaiter que vous les élucidiez. Exemple : l'herbe folle dans les  champs labourés, etc. Sans doute cette façon de vous tenir toujours un peu au-delà du propos pour nous faire attendre la suite avec impatience est un procédé pédagogique voulu. Vous avez l'art de mettre les gens en attente et d'organiser leur inconfort. Ceci dit, rassurez-vous : tant qu'ils ne pourront, en âme et conscience, vous accuser de vous payer leur tête -ce qui n'est pas du tout mon cas pour le présent- ils continueront à se laisser maltraiter !

    Les Professeurs
Nous sommes navrés tout les premiers de devoir maltraiter nos étudiants, mais nous avons deux excuses, assorties d'une promesse :

1.    Nos étudiants étaient prévenus. Nous rappelons ce passage dans notre première leçon, page 2 : "Acquérir une intelligence supérieure, c'est apprendre à obéir à celle de l'Univers. Ne vous étonnez pas qu'il y faille des enseignements très différents de ceux qui vous sont familiers". Il y faut, en d'autres mots, des enseignements inévitablement inconfortables : les humains sont ainsi faits qu'ils se sentent toujours maltraités lorsque leurs habitudes ne sont pas respectées.

2.    En s'inscrivant à ce cours, plusieurs étudiants, cette année-ci comme les précédentes, ont fait en termes presque identiques une remarque : "quand vous ne tiendriez que le dixième de vos promesses, ce cours serait déjà une aventure intellectuelle sans précédent". Notre deuxième excuse est qu'il s'est avéré qu'aux yeux de la plupart de nos étudiants des années précédentes, nous avons fait INCOMPARABLEMENT PLUS que tenir nos promesses.

3.    L'inconfort de nos étudiants est fait surtout de ce qu'ils se sentent abandonnés à eux-mêmes. Mais ils ne le sont pas. Nous les suivons de très près. Si nous ne "corrigeons" pas leurs "devoirs", ne leur proposons pas de modèles de réponses, et ne répondons à leurs questions que lorsque nous le pouvons sans inconvénients, c'est pour de bonnes raisons : il importe que, le plus possible, ils découvrent eux-mêmes ces réponses. Nous assimilons bien mieux nos propres découvertes et elles nous enrichissent mieux que celles des autres. Un des objectifs principaux de ce cours est de vous engendrer l'habitude de faire vos propres découvertes.

Ceci dit, rassurez-vous : le moment venu, il sera répondu à chacune des questions que vous n'auriez pu résoudre vous-mêmes, dans ce courrier si leur intérêt est d'ordre général, directement si elles vous sont particulières. Veuillez donc nous pardonner d'"organiser votre inconfort", qui sera de courte durée. Et vous constaterez bientôt la gravité des dangers contenus dans nos "conforts", et l'importance des horizons que nous ouvre leur désorganisation.


    L'UNITE  INTERIEURE


    IF. 440
Non , je n'ai pas la méchanceté de vous trouver séduisants ! Vous m'inspirez un sentiemnt presque opposé que je m'explique d'ailleurs assez mal : je n'arrive pas à mettre le doigt sur les choses qui, surtout dans vos livres, me hérissent tout en me convainquant !! Ce doit être une question d'atmosphère, je dirais presque d'odeur ! Serait-ce parce que, abordant tous les sujets, vous semblez les mettre tous sur le même pied, voire dans le même sac? Il en résulte un nivellement qui me serait pénible même s'il était légitime, ce que je ne puis croire : il DOIT y avoir une hiérarchie des valeurs.

    Les Professeurs
Il faudra un bon nombre de leçons pour qu'IF.440 s'aperçoive qu'il s'agit d'un nivellement PAR LE HAUT QUI NOUS PERMET D'AIMER EGALEMENT TOUTES CHOSES. D'ailleurs il est clair à priori que la satisfaction totale  ne saurait s'obtenir autrement. IF.440 a vu juste : l'orthologique prend en charge avec la même sûreté les choses les plus hétérogènes -d'apparence- . La science, la psychologie, etc. aussi facilement que la métaphysique et tous les ésotérismes, comme le Zen, l'alchimie, l'astrologie, etc. Tous s'unifient en s'y intégrant, pour ne faire bientôt qu'UN, qu'un TOUT. Il est normal qu'on en soit incommodé : rien de pareil ne s'était jamais vu. Habitués aux spécialistes et à leurs découpages, nous tolérons mal une discipline unique. Pourtant, à priori encore, elle est la condition sine qua non de l'unité intérieure. Nous ne pourrions l'obtenir -ni l'espérer- autrement.


    LE  CAS  D'ARIELLE


Baptisée ARIELLE dans ce cours, IF. 448 semble avoir été inventée pour le rôle que nous lui confions d'office : celui de championne des femmes exposées dans ce cours à la très mâle stupidité de nos protagonistes. Non qu'ils soient idiots au point d'ignorer que la théorie des ensembles économiques et celle du profit font mourir d'ennui autant dire toutes les femmes. La plupart maugréent mais se laissent faire. D'autres se défilent : mettant à profit notre "Si vous le pouvez sans ennui...", elles restent muettes. ARIELLE est faite d'une autre pâte : elle contre-attaque. Nous ne l'en remercierons jamais assez : ce cours, croyons-nous, en sera rendu supportable aux femmes (nous n'osons espérer qu'il leur soit attrayant) dès aujourd'hui. ARIELLE a trouvé le moyen de rester vivante malgré le jeteur de sort dont l'ambition était d'en faire, comme nous tous, une moribonde. Restée vivante, elle a réussi un tour de force comparable à celui de la femme unique qui sait extérioriser intelligemment sa feminité au XXè siècle : Françoise Mallet-Joris, protégée du jeteur de sort dans la maison de papier qu'elle s'est construite.

Arielle a 28 ans. Mère de deux enfants, elle est animatrice à temps partiel d'une Maison de l'Enfance. Etudes : bac. Math. élém. suivi de deux ans de math. géné. Aptitudes les plus marquées : intellectuelle et manuelle.

    ARIELLE (1er questionnaire)
J'éprouve d'abord un malaise quant au bien-fondé de votre "enseignement", mot qui me rebute car il donne l'impression que vous restez dans le système traditionnel -que vous condamnez d'ailleurs, et moi aussi. Comment pouvez-vous prétendre à détenir "LA VERITE" alors que notre évolution nous pousse à une remise en question permanente ? Il y a là, pour moi, une contradiction fondamentale.

    Les professeurs
Rassurez-vous : l'orthologique n'est pas un enseignement qu'on remet -ou ne remet pas- en question. C'est une machine-à-remettre-toutes-choses-  en-question-toutes-les-minutes-de-notre-vie. Vous ne tarderez pas à le constater.

    ARIELLE (2ème questionnaire)
La théorie des ensembles économiques ? Elle est ... trop claire ! On a peur d'y croire. Cela me parait trop simple pour que personne n'y ait pensé avant vous.

    Les professeurs
La théorie des ensembles économiques est, au contraire, inutilement compliquée. Nous l'avons alourdie pour éviter de choquer en la rendant trop brutalement simple, comme elle l'aurait été si nous avions démontré ainsi sa quatrième loi : La nature nous livre ses richesses au seul prix de notre peine. Nous n'avons à payer que le travail des hommes et nos prix de revient sont faits de leurs salaires. Donc r = s.

C'est tout bonnement évident. Nous doutons qu'il se trouve sur cette planète un homme "sain d'esprit" pour le contester -sous réserve d'une définition soigneusement modernisée de la "santé d'esprit". En orthologique, tout est toujours bête comme chou, même les raisons par lesquelles il aura fallu attendre Léon-David Steiner pour que quelques humains puisent ouvrir les yeux à des évidences de cette sorte. Nos prochaines leçons feront connaître les plus superficielles de ces raisons. Pour désenfouir les autres, il sera nécessaire de plonger dans les profondeurs les plus secrètes de la nature humaine, mais il faut bien commencer par le ... commencement.

    ARIELLE (3ème questionnaire)
Je reste sur ma faim. Je poursuis parce que je suis curieuse de nature. Mais, si une amie m'avait plaidé votre cause, j'aurais hésité. J'en ai assez d'être invitée à raisonner intellectuellement. Essayer de me représentrer les ventes, les profits, les équations économiques m'est odieux, et j'ai été déçue. Chercher à comprendre intellectuellement le système économique ou à repérer les erreurs de raisonnement des élèves m'agace profondément (N.B. : c'est nous qui soulignons ce mot). Cela devient une corvée, un "devoir" au sens scolaire, alors que vos livres m'ont passionnée.

Je vous informe d'autre part que je suis une psychanalyse jungienne. C'est pourquoi je ne crois plus à la connaissance de soi-même par la réflexion. Une séance d'analyse est quelque chose de profondément VECU, et cela seul fait progresser. J'ai aussi vécu plusieurs stages de dynamique de groupe. Là encore on s'aperçoit que la réflexion intellectuelle n'est rien auprès du vécu. Bien sûr, l'important est de prendre conscience de ce vécu, et c'est là qu'intervient l'analyse. Mais pas réflexive : il faut simplement essayer d'exprimer ce qui a été ressenti. C'est pour cela que j'ai encore des doutes sur votre cours. Je continue parce que vous avez l'art d'appâter ceux qui cherchent les "lois naturelles de la pensée consciente". Mais, répondre au "coin des étudiants-professeurs" je ne le puis : je n'y comprends rien et cela me rase. J'ai le cerveau complètement brouillé. J'ai beau lire et relire Adélaïde, la lumière ne se fait pas. Est-ce fondamental ? En ce cas, je puis dire adieu à l'orthologique et repartir dans mes rêves !

    Les professeurs
Professeur-miracle, ARIELLE nous aura enseigné notre métier en un seul mot : le VECU. La vie étant, à ses yeux, la grande affaire de la vie, elle a trouvé un moyen de rester vivante au siècle où nous sommes. La plupart des femmes s'y meurent tout petitement. Comment l'a-t-elle pu ? C'est tout simple : en ouvrant les yeux aux faits. Cela suffit pour constater que nos activités dites "intellectuelles" sont une tricherie colossale, qui nous détruit et saccage tout. Mais pourquoi l'a-t-elle vu ? C'est tout simple : ses instincts sont issus de deux chromosomes X, et ils la renseignent. Elle les écoute et leur obéit. Moyennant quoi elle sent, elle éprouve, elle agit, elle CHOISIT. Bref elle vit.

Mais il est une chose qu'elle ne sentira jamais : ce qui se passe dans la tête et dans le coeur des mâles de notre espèce, dotés d'un chromosome Y. Forçats chargés de chaînes logiques, ces malheureux ne peuvent s'en libérer d'un haussement d'épaules. Ils sont condamnés à s'en ACCOMODER en s'imposant à eux-mêmes une MALHONNETETE sans limites. Il leur faut mentir chaque fois qu'ils ouvrent la bouche et tricher chaque fois qu'ils posent un acte : leur survie est à ce prix. C'est pourquoi le mensonge et la tricherie sont les choses que le vilain jeteur de sort DOIT enseigner. Il faudra quelques leçons pour montrer que le misérable n'y peut et n'en peut rien. Qu'il serait aussi absurde de lui reprocher ces choses que la couleur de ses yeux. Mais, dès aujourd'hui, il n'est pas difficile de constater que c'est ce qu'il fait : après avoir lu le Défi Européen, voyez comment s'enseigne le marxisme, l'économie, la finance et la sociologie à l'université ! C'est à la fois le comble de la stupidité et la limite de la malhonneteté. Mais on y aime ces mensonges séduisants. Pour ces gens-là, c'est du VECU, sans nul besoin de balles dans la nuque pour les imposer à ces messieurs.

Mais, au moment où on s'y attendait le moins, l'orthologique a émergé, qui nous révèle à nous-mêmes. Tout aussitôt toutes les valeurs sont inversées et la tricherie devient impossible. C'est pourquoi tous les hommes inscrits à ce cours sont devenus  passionnément honnêtes dès sa dix-huitième leçon. Se connaissant, se comprenant eux-mêmes, il leur est devenu impossible de s'adonner à l'auto-tromperie dont est faite la malhonnêteté vraie.

Et les femmes ?

Leur cas est à la fois identique et diamétralement opposé : c'est à leurs instincts qu'elles sont enchaînées, pas à la logique. Aussi est-ce à sentir et non pas à expliquer  qu'elles s'appliquent. Mais alors que, hier encore, elles s'en trouvaient presque bien,  elles ne se fient plus à leurs instincts aujourd'hui -quelques-unes exceptées, dont ARIELLE et Françoise Mallet-Joris.

Pourquoi ?

Nous croyons pouvoir faire fond sur ARIELLE pour nous le dire si elle veut bien se poser une question : qu'est-ce qui, même dans son cas privilégié, ne va pas tout à fait ? Elle subit une psychanalyse sans se douter  du prix qu'elle paie les choses qu'elle y gagne. Quel besoin  en avait-elle ?

Nous doutons fort, chère ARIELLE, qu'aucun psychanalyste vous l'apprenne bien que, découvreur des archétypes, Jung soit moins désarmé que les autres pour vous aider à explorer vos profondeurs. Mais, pour le savoir, il vous faudra creuser davantage, et la présente leçon  vous fournit l'occasion de faire vous-même, et en vous-même, une découverte décisive. Nous n'aurons garde de la faire à votre place : c'est sur vous que nous comptons pour faire vous-même et entraîner vos soeurs à la découverte des "grands fonds" de l'INCONSCIENT FEMININ.
Un aperçu, certes sommaire et incomplet mais significatif déjà, vous a été donné des motivations profondes qui sont sous-jacentes aux comportements MASCULINS : chez les mâles de notre espèce, quelque chose (qui vient de loin) veut toutes les femmes, tous les biens, tous les honneurs, tous les privilèges. Or tel n'est guère le cas des femmes. Chez elles, l'atavisme s'extériorise autrement. Et il le fait chez vous  avec un éclat émouvant : vous êtes féminine à en couper le souffle à des observateurs qui vous regarderaient faire depuis Sirius.

Eh bien, quel trait féminin fondamental anime chacun de vos gestes et colore chacun de vos mots ? L'introspection ne vous le révèlera pas : comme Jung l'a dit et redit, sa pénétration ne dépasse pas le subliminal. Non, pour le découvrir, il vous faudra procéder comme fait le physicien qui observe la trajectoire d'une particule dans un champ magnétique pour en déduire la masse. Regardez-vous faire et observez les contenus de votre conscience, puis demandez-vous ce qu'il FAUT que vous VOULIEZ pour agir et pour penser comme vous le faites. En procédant ainsi, vous parviendrez sans doute à mettre à nu l'homologue féminin du "toutes-les-femmes-et-tous-les-privilèges" de ces messieurs.

    DERNIERE MINUTE
Au moment de mettre en route la machine à polycopier une grave question nous parvient :
    IM.432
Ne serait-il souhaitable que nous ayons affaire à un sixième personnage fictif : une femme ?
   
    Les Professeurs
Dans le cas de l'I.F.O. cette femme fictive ne saurait être qu'un homme déguisé. Or nous refusons à tricher. C'est pourquoi nos étudiants auront affaire à des femmes en chair et en os comme Adélaïde, Arielle, Rosalinde, Adeline, Amandine, Anémone, et Dieu seul sait combien d'autres.


    LE COURRIER DU JOUR LE JOUR

Toutes les inovations apportées à ce cours en 1978 obéissent à des nécessités, dont la première est de corriger une erreur qui aurait voué ce cours à un échec total si, parmi les instincts de notre espèce, il n'en était dont la fonction semble être de servir de dieux aux ivrognes et, parfois, aux intempérants de la pensée. La pire erreur de l'I.F.O. a été de faire de l'INSTINCT son point d'arrivée. L'instinct se situe au départ de toute vie. Il n'est jusqu'aux virus dont il conditionne l'existence autant que les comportements. Les biologistes du C.I.E.B.S. ne l'ignoraient pas mais ils avaient des excuses pour se refuser à prendre leur départ sur la chose la plus inexpliquée qu'il y eût au monde.

Jusqu'à la découverte des structures fines de la sensibilité -dont l'intelligence n'est qu'une manifestation- il semblait déjà abusivement ambitieux de prétendre à élucider, au terme de quatre années d'enseignement même "cruciaux", quelques-unes des énigmes de l'instinct. On pouvait s'en émerveiller, être sensible à ses finesses et à ses beautés, mais on semblait n'en pouvoir extraire aucune leçon transposable dans notre univers humain.

Depuis la découverte -qui n'a guère plus de deux ans d'âge- des structures fines de la sensibilité, il est devenu évident et VERIFIABLE que le respect de l'instinct conditionne l'intelligibilité  de la vie. C'est donc par là qu'il nous faut commencer pour minimiser les risques de nous égarer en cours de route. D'où la première nécessité d'un courrier qui apporte à tous, sitôt reçus et chauds encore, quelques échantillons de réponses aux questions fondamentales qui, depuis 1978, pleuvent sur nos étudiants, sans préparation et comme tombées du ciel, dès la deuxième leçon de ce cours.

La deuxième nécessité d'un courrier dont l'actualité soit brûlante résulte d'une révolution et d'une contre-révolution SIMULTANEES, tombées du ciel elles aussi, mais sur l'Occident tout entier, sans que personne y ait été pour rien, pas même ceux qui les ont machinées sans le vouloir ni le savoir. Dix ans après le déchaînement, en MAI 1968, par une "minorité vociférante", d'un raz de marée dans un verre d'eau, la respectabilité  et les vertus bourgeoises gisent en miettes dérisoires à nos pieds, tandis que la pureté  révolutionnaire se profile à l'horizon, suivie de son éternel cortège de potentats adulés, de tortionaires compétents, de policiers impitoyables, etc. Quoique moins hideux que nature quand ils sont ainsi stylisés, ces personnages sont assez répugnants et terrifiants pour jouer leur rôle dans la genèse du monde humain préparé par la nature sous les yeux de ceux qui consentent à les ouvrir aux faits. Le terrain est déblayé.


    2ème questionnaire :
    La substitution de jeux aux travaux forcés

    PIERRE
Les substitutions qui, cette année, ont donné une orientation et un dynamisme nouveaux à ce cours ont suscité chez deux femmes des réponses qui semblent d'abord presque contradictoires. Elles sont tout au contraire, étrangement complémentaires. Ecoutons-les

    IF.1513
La substitution des jeux libres aux travaux forcés et des joies aux larmes me semble non seulement réalisable mais inéluctable. L'harmonie existe dans la nature, et l'homme, qui en fait partie, n'échappe pas à ses lois. Les rêves humains de bonheur et d'harmonie s'accompagne toujours d'une émotion intense, incomparable à celles de la vie courante. Cette émotion, qui n'a rien à voir avec l'agitation superficielle et démesurée qui accompagne toutes les actions des hommes, est un signe de la nature pour inviter l'homme à une fête grandiose dont il est seul exclu jusqu'à présent et dont il pourrait jouir supérieurement par sa conscience et la liberté possible. La nature ne peut pas tromper l'homme au point de lui insuffler avec force et de façon durable l'idée d'une satisfaction totale de tous ses besoins sans lui donner la possibilité de la réaliser. Je ne crois pas que l'esprit puisse fabriquer seul (au hasard) une intense vision de bonheur à partir de constatations permanentes du malheur. Cette vision, qui dépasse l'homme, est un appel de la nature.

Que le bonheur soit souhaitable et possible n'est pas le rêve utopique de quelques illuminés : pour un observateur conscient, les actes, les pensées, les attitudes de nos contemporains dénotent, à travers des malaises divers que c'est un besoin universel même s'il n'est pas toujours conscient -loin s'en faut. Le conformisme de toute une partie de la population occidentale, qui fuit les responsabilités des adultes en faisant l'autruche, et les multiples formes de refus allant de la maladie aux organisations révolutionnaires, sont les manifestations du désir d'autre chose, de choses qui ne soient pas le malheur. Par une médicalisation généralisée -notamment une consommation effrénée de neuroleptiques freinateurs des souffrances- se fait jour le malaise grandissant de l'homme dans l'univers. La fin du  malheur est devenue nécessaire à la survie de l'humanité ; elle est devenue possible parce qu'elle est voulue consciemment par une minorité d'individus et confusément par les autres.

   
    IF.1517
J'ai été frappée par l'importance des mots, de leur choix, leurs connivences. Encore éblouie par la lecture du "Rubicon", je n'ai pas éprouvé de réactions particulères avant le récit de "Müllerchen" qui m'a laissée l'impression tenue, lointaine, d'une bienveillance diffusse et précise, à laquelle j'aurais volontiers associé la sérénité du second énoncé du résumé, si je n'avais été gênée par la juxtaposition de la phrase précédente. En effet, j'ai eu peine à me défendre, à cet endroit, d'un vague malaise, comme devant une protubérance, et du désir d'entendre Hubert réclamer, pour l'escamoter, non pas la Marseillaise cette fois, mais le "Minuit Chrétiens" chanté par une troupe de toréadors.

    BERNARD
Léon-David Steiner prévoyait qu'un quasi-monopole des sciences humaines appliquées  ne tarderait pas à revenir aux femmes. Leur supériorité dans ce domaine lui semblait manifeste. Une comparaison nous l'éclairera : au terme d'une étude intelligente et consciencieuse, Edgar MORIN ("La Paradigme Perdu", Le Seuil, Paris 1973) pose un diagnostic remarquablement faux : "Homo sapiens, Homo demens..." Certes, notre espèce a compté quelques fous magnifiques, mais l'Homme n'est pas dément. Ce qu'il est sûrement, une femme vient de nous le dire et l'a exprimé en une image issue de sa sensibilité féminine : Chanté par une troupe de toréadors, "Minuit Chrétiens!..." est incongru, au sens d'imprévisible, de non-pertinent, d'insolite.

HOMO SAPIENS EST UNE ESPECE INCONGRUE, donc incompréhensible.

La découverte des structures de notre propre incongruité nous a rendus limpides. Mais il nous restera impossible de rien comprendre à nous-mêmes tant que nous serons inconscients des AUTOCONTRAINTES qui pèsent sur une espèce condamnée à se libérer des travaux forcés à perpétuité auxquels elle ne peut cesser de se contraindre elle-même qu'en leur substituant les jeux REALISTES dont elle rêve depuis toujours.

    PHILIPPE
Remarquons qu'il a fallu un vilain mâle pour s'apercevoir de la vertu pédagogique des "matadors chantants", et aussi pour déchanter nos étudiants : faute d'ailes, les vilains mâles sont lents. Tant qu'aucune femme ne nous prêtera les siennes, j'ai bien peur que nous ne pourrons éviter de mettre leur patience à l'épreuve. Il pourrait falloir plusieurs leçons-tartines, beurrées d'une belle couche d'incongruité, pour les aider à en apprécier le goût, les joyeusetés et les joies insoupçonnées. On verra dans les prochains "Courriers du jour le jour" combien nos étudiants sont devenus impatients de prendre goût à leurs propres incongruités, même indécentes, pourvu qu'elles soient toutes nues.








Notes, leçon 4

*  En 1968, le questionnaire attaché à la 3ème leçon comportait ces questions

 
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION  A L'ORTHOLOGIQUE
    Supplément à la quatrième leçon

    DEUX EPREUVES ET UN DEVOIR


    PIERRE
On aura constaté que cette leçon n'est plus inoffensive : la clarté de notre propre image est impitoyable sous l'éclairage orthologique. Mais ceux qui n'en veulent pas peuvent encore mettre pied à terre et s'accomoder des faux-semblants qui nous font vivre d'illusions en restant inconscients de nos servitudes ataviques. Après cette leçon, il n'y aura plus de carrefours. Ceux qui resteront à bord de la fusée s'éveilleront, sur l'autre rive du Rubicon, à un monde d'où l'on ne revient pas : rien n'est plus irréversible que la maturité. Mais nos mises en garde doivent être remplacées par des cris d'alarme contre un péril très grave : L'INCONGRUITE DE L'AUTORITE MAGISTRALE EN OCCIDENT.

Cette autorité était bienfaisante tant que son incongruité a pu rester inapparente. Elle détruit désormais l'Occident d'autant plus qu'il y est moins soumis et d'autant plus sûrement qu'il s'y soustrait davantage. Il est chaque jour plus urgent d'élucider ce paradoxe.

    HUBERT
Ce serait plus facile si vous vous exprimiez plus simplement. Je dirais plutôt : "Même abusive ou maladroite, l'autorité vaut mieux que les désordres de l'anarchie..." C'est une des rares choses sûres que l'histoire nous ait enseignées. Je vois mal ce qu'y pourrait ajouter ou opposer l'incongruité dont vous vous gargarisez. Ce joujou neuf semble vous avoir grisés !

    PHILIPPE
Un de ses mérites est de nous préserver, mon cher Hubert, des "simplicités" qui semblent avoir défiguré le passé à vos yeux : l'histoire nous apprend que l'anarchie, l'autocratie ET les oligarchies ont toujours été mortelles, mais sans nous dire pourquoi, ni ce qui pourrait être fait pour sauver la vie à la liberté. Pour ne pas être tenté de voter  pour des politiciens anxieux de nous tordre le cou sous prétexte de juguler l'anarchie, l'incongruité des enseignements que les humains ont toujours prêtés à l'histoire est assez visible pour nous dégriser si nous ouvrons les yeux.

    BERNARD
Tous comptes faits, je suis tenté de penser que leur incongruité est aux humains ce que leur sens de l'orientation est aux oiseaux migrateurs : leur caractère  biologique dominant. Mais ce mot imprécis et les faits qu'il contient sont difficiles à voir et à comprendre. Ils doivent être regardés avec soin.
   
    PIERRE
Un peu d'aide peut être nécessaire pour découvrir en soi-même  leurs mécanismes. Il nous faut apprendre en quoi chacun de nous est d'autant plus incongru qu'il croit l'être moins, et pourquoi nul ne pourrait cesser de l'être avant d'avoir appris  qu'il l'est. Pour aider nos étudiants à y voir clair il leur faut deux exercices et un devoir très différents de ceux que nous leur avions préparés.

    PHILIPPE
Très différents ? Que le ciel soit loué ! (Aux étudiants)  Mes chers amis, vous êtes "en veine" : une femme providentielle, que nous baptisons Alixe, vous a préservés d'une redoutable avalanche. Sans ses toréadors, vous auriez eu droit à un déferlement d'information percutante, pertinente,  puissante, plus irrésistible encore que le plutocrate de Bernard et le "train de l'enfer", dont le rôle était (mais n'est plus) de vous aguerrir. Il s'agissait (mais il ne s'agit plus) de vous préparer aux horreurs qui vous attendaient dans la 5ème leçon. Elles ne vous y attendent plus : ramenées à l'état d'incongruités, elles ont cessé d'être horribles. Mais, sans l'intervention d'ALIXE, vous étiez bon pour déguster pami cent choses horrifiques, une "Excursion au Pays des Merveilles Techniques" qui vous aurait valu des cardiospasmes au lieu que l'incongruité de ces techniques se laisse goûter en une demi-page presque plaisante. 

Mais en plus de l'intervention d'ALIXE il a fallu, pour vous en préserver, l'incident qui a procuré à ces toréadors le pouvoir de faire écouter et entendre leurs chants par un Jacques Dartan mis hors d'état de nuire ou de rien faire d'autre.

    PIERRE
Cette indisposition sans gravité , mais obstinée à ne pas se laisser traiter par le mépris, aura eu la valeur d'un double avertissement :

1.    Soumis depuis plus de dix ans à la nécessité d'un "débit" excédant ses ressources, J. Dartan s'est réveillé un beau matin inapte à l'exercice de son métier : il était devenu insensible jusqu'aux chants des toréadors ! Il lui a fallu se voir asséner du repos forcé pour en retrouver l'A.B.C. : un homme insensible ne saurait jouer le rôle de sensibilisateur.

2.    Quinze jours d'une "maladie" qui n'a été que l'extériorisation d'une accumulation de fatigue ont suffi à paralyser l'I.F.O. pendant 15 jours, retard qui ne pourra pas être rattrapé.

Or il est inadmissible qu'un cours dont quelques centaines d'étudiants dépendent déjà pour devenir eux-mêmes repose sur les épaules d'un seul homme même ravitaillé en information "tous azimuts" par une équipe internationale de chercheurs.

Il doit y être remédié coûte que coûte et au plus tôt. La diffusion de l'information la plus propre à développer chez tous nos étudiants le pouvoir de s'AUTOSENSIBILISER aux signaux de l'environnement intérieur de l'humanité doit commencer AUJOURD'HUI. Ceux qui disposeront de ce pouvoir seront vite en état d'assumer, d'abord en qualité d'assistants, toutes les tâches qui pourraient incomber à l'I.F.O.  Mais, ce qu'ils feront surtout, c'est s'assurer des débouchés professionnels illimités : la "demande" d'enseignants et d'autres animateurs  sensibles aux vrais besoins des humains ne sera jamais saturée.

C'est pourquoi il nous est interdit d'hésiter à sacrifier les quelques vingt pages d'une leçon 4bis bourrée d'information inédite d'une grande valeur, et qui venait d'être récrite. Nous semblons l'avoir remplacée par peu de choses: deux exercices d'AUTOSENSIBILISATION et un devoir de DETECTION des messages et des signaux qui tendent à se perdre au siècle où nous sommes. Ce ne fut pas de gaîté de coeur que nous l'avons fait : c'est parce qu'il le fallait.

    HUBERT
Vous jugez pouvoir sacrifier des découvertes aussi fondamentales que les "dysmnésies", les portraits-robots et le reste ? Cela me semble impensable !

    PIERRE
Il ne saurait être question d'en rien sacrifier. Cette information était prématurée. Sa valeur grandira lorsqu'elle sera apportée à son heure, mais rien n'y était inutile et rien ne sera perdu.


    DEUX EXERCICES ET UN "DEVOIR UNIQUE"


PREMIER EXERCICE : essayez de vous mettre à l'abri de tout dérangement pendant une ou deux heures, à un moment où vous ne soyez pas recru(e) de fatigue et où vous puissiez faire semblant d'oublier que vous avez sur les bras (ou vice versa) un(e) conjoint(e) problématique, un ou plusieurs enfants-problèmes, et le diable sait combien de préoccupations professionnelles ou autres. Installez-vous dans un fauteuil ou allongez-vous à la Récamier, et détendez avec soin pendant deux ou trois minutes les muscles de votre visage et de votre nuque. Regardez l'heure et prenez-en note. Puis lisez bien à l'aise,  à l'allure qui vous est habituelle pour déguster un roman d'aventure ou d'amour, ou tous autres textes qu'il vous arrive de lire pour agrémenter vos loisirs, les douze premières pages de notre quatrième leçon, jusqu'au "courrier des étudiants" exclusivement. Lorsque vous aurez achevé cette lecture, regardez l'heure, prenez-en note, et mettez la leçon hors de la portée de votre main. Enfin, sans perdre de temps mais sans efforts ni tension, récrivez vous-même (à la diable) cette leçon : couchez sur le papier ce que vous vous trouverez en avoir "retenu". Ne succombez pas à la tentation de rafraîchir, d'un coup d'oeil sur la leçon, vos souvenirs. Pour finir, indiquez le temps qu'il vous aura fallu pour lire la leçon d'une part et, d'autre part, pour la récrire.

L'objet de cet exercice est de sensibiliser nos étudiants aux pouvoirs, le plus souvent insoupçonnés, de leur mémoire, et de les aider à mettre à profit ses "caprices".


    UN DEVOIR VRAIMENT UNIQUE


Le sujet de ce devoir est le thème que ce cours s'est choisi pour rampe de lancement et pour terrain d'arrivée. C'est le problème humain décisif qui s'est posé à l'humanité depuis qu'elle existe. Et il s'impose à chacun de nous tant qu'il nous reste un souffle de vie : la substitution du bonheur au malheur.

    PHILIPPE
Autrement dit, le sujet de ce devoir est platonique. Mais son objet -tenez-vous bien- est de RESOUDRE ce problème ! Il se trouve qu'avec la complicité de quelques scientifiques (dits "éthologues") qui étudient les moeurs des animaux, et la connivence d'un assortiment de spécialistes de toute sorte, BERNARD a fait en rêve -histoire de s'amuser- une invention mirifique : le bonheur serait notre caractère biologique dominant. Il dominerait si bien notre espèce que nous n'aurions pas plus de chances de lui échapper qu'une fauvette babillarde à la monotonie de ses villégiatures annuelles aux sources du Nil - sauf accidents individuels dans son cas comme dans le nôtre. Nous serions faits pour être heureux et il faudrait s'y résigner ...

"Holà ! (pensez-vous) "Si c'était vrai, ça se saurait !..."

Bravo ! Vous avez mis le doigt sur la plaie qui a toujours meurtri les humains et qui les meurtrit plus que jamais : le pouvoir, qu'eux seuls possèdent sur cette planète, de croire fausses des choses vraies, de croire vraies des choses fausses et de n'en pouvoir démordre qu'au prix de leurs larmes et de leur sang. Ce qu'il a coûté à l'humanité d'apprendre à distinguer très peu de vrai dans beaucoup de faux défie nos coeurs : il est insupportable d'y penser. Mais ces temps ne sont plus : certains jeux libres peuvent être substitués aux larmes et au sang, et ils ont commencé à s'IMPOSER sans que personne y puisse rien, sauf jouer le jeu et être heureux, ou payer de ses larmes son refus d'y jouer. C'est là que nous en sommes.

    HUBERT
Je veux bien. Mais : 1. Qu'est-ce que le jeu ?  2. Qu'est-ce que le bonheur? 3. Qu'ont-ils à voir l'un avec l'autre ?

    BERNARD
La filiation est directe : le jeu, parce qu'il n'est pas imposé, est une école de liberté. La liberté est mère de la vérité qui donne la vie à la beauté. Le bonheur, enfin, est le fruit de notre sensibilité au vrai et au beau alliés à la sécurité. Jusqu'à présent, nos cours ont été déficients sur le terrain de la sécurité et, en conséquence, de la CONFIANCE (en soi-même notamment), dont elle est une condition. Nos échecs n'ont probablement pas eu d'autres causes.

    PHILIPPE
Peut-être, mais ce n'est pas là que nous en sommes. N'importe quels jeux sont une école de liberté, pourvu qu'ils ne soient ni imposés ni professionalisés. Mais certains jeux seulement se substituent aux larmes et au sang.

    HUBERT (il lui coupe la parole)
Excusez-moi : j'aimerais savoir de quoi vous parlez pendant que vous en parlez. Quels jeux ?

    PHILIPPE
Ceux qui nous révèlent nos fins et nos moyens d'y parvenir. Nous ne savons pas d'où nous venons. Nous ne savons pas où nous allons. Nous ne savons pas ce que nous voulons. Nous commençons à peine à soupçonner nos désirs  de répondre très mal à nos besoins. Nous sentons que leur réalisation ne nous rendrait vraiment pas heureux : ils ne pourraient être exaucés qu'au prix final d'une destruction de notre planète, noyée dans un océan de larmes et un bain de sang -qui n'auraient pas de survivants. Or, à eux seuls, nos armements nucléaires obtiendraient ce résultat. Convenez qu'il pourrait être urgent de substituer des jeux libres aux contraintes technologiques terrifiantes qui nous desservent et nous asservissent à ce point.

Ces jeux libérateurs, mon cher Hubert, sont ceux qui mûrissent les individus humains en respectant les étapes qui ont jalonné la maturation (dite  évolution) de leur espèce. La biologie ayant acquis la connaissance de ces étapes et des moyens utilisés par la nature pour les franchir, elle peut nous entraîner dans des jeux biogénétiques qui résonnent en nous et réveillent des souvenirs éteints depuis des âges immémoriaux. Ces jeux-là nous touchent, nous rejoignent dans nos profondeurs, et nous secouent assez pour nous libérer des servitudes individuelles qui OPPOSENT tous les individus à tous les individus. Voilà d'où il vient que nous sommes des isolés, hostiles et rancuniers. "Quelque chose en nous" qui vient de loin, de très loin, se réjouit du malheur des autres et leur en souhaite de pires.

Mais, de grâce, ne nous demandez pas de déballer séance tenante les contenus de la biogénèse. Il faudra plusieurs leçons pour les rendre parfaitement clairs, et quelques "devoirs uniques" (qui ont manqué cruellement à ce cours jusqu'à présent) pour les faire sentir profondément. Il est impossible de tout expliquer et de rendre tout sensible en même temps. J'ajouterai, cependant, que les jeux biogénétiques procurent à ceux qui s'y adonnent la singulière mais tranquille assurance de n'avoir jamais à verser leur sang ni celui des autres, et de s'enrichir de moyens d'éviter ces effusions et même de les prévenir ! On ne peut dire déficients en matière de sécurité des jeux qui apportent cette assurance et cette tranquillité. C'est à l'absence de "devoirs uniques" qui en procurent le sentiment que nos demi-échecs (d'ailleurs provisoires) me semblent devoir être attribués.

Remarquons en passant qu'une connaissance de l'histoire obtient les résultats opposés. Le passé nous édifie sur la cruauté des contraintes qui s'abattent sans rémissions sur les infortunés restés - faute d'information biogénétique adéquate- également inconscients de leurs origines et de leurs destins. Inachevés, attardés à mi-chemin entre l'animal et l'Homme, ils n'ont pas encore appris à se conduire et ne savent plus se laisser guider par leurs instincts.

Les jeux que nos étudiants sont invités à jouer sont ceux qui s'IMPOSENT à eux en répondant à des besoins qui ne se laissent plus frustrer depuis la révolution contre-révolutionnaire de MAI 1968. Ils sont comparables à des substances hallucinogènes qui "raviraient" et guériraient en même temps. Cette comparaison preque littérale ouvre une large porte à l'espoir d'une guérison prochaine d'un mal social qui tend à devenir grave : la toxicomanie. Il ne reste à découvrir que des moyens de communiquer l'information biogénétique aux toxicomanes..

Voilà où nous en sommes après dix années d'une mise au point difficile, minutieuse et laborieuse.

    PIERRE
C'est ainsi que naquit un apprentissage ludique de la joie de vivre et du bonheur qui naissent spontanément de la liberté et de la vérité, elle-mêmes nées l'une de l'autre et grandies sans cesse l'une par l'autre.

    HUBERT
Quelle merveille ! Mon enthousiasme re-déborde et j'applaudis à tout rompre. Mais deux détails me chiffonnent. Cela me semble, d'abord, trop beau pour être vrai. Mais c'est surtout TROP SIMPLIFIE POUR ETRE JUSTE. La complexité du réel est fantastique. Nul ne peut prétendre à le représenter en mots ou en symboles mathématiques sans en négliger les détails -c'est-à-dire TOUT !  Le réel est fait d'un infini de détails qu'il vous a fallu négliger pour nous le servir tout entier en deux coups de cuiller à pot ! Je vous soupçonne, mes chers amis, d'avoir eu tant d'occasions -et tant de tentations- de vous tromper qu'il vous aurait fallu être surhumains cent mille fois plutôt qu'une pour n'avoir succombé à aucune.

A part ce détail minuscule, je ne vois rien qui me chagrine dans vos "apprentissages ludiques".

    PHILIPPE
C'est notre tour de déborder d'enthousiasme ! Votre objection, mon cher Hubert, est somptueuse. Elle est si belle que j'ai toutes les peines du monde pour résiter à la tentation de m'y rallier pour l'amour des choses bien dites. Mais elle est si merveilleusement fausse qu'elle fournit à nos étudiants un thème véritablement idéal pour leur dernier  "devoir unique". Ceux qui auront franchi cette étape se réveilleront dans un monde où l'on sait ce qu'on est et ce qu'on fait : j'ai nommé la Transrubiconie.

    BERNARD
En opposant à l'argument-massue d'Hubert une réponse très petite, la biologie moléculaire nous aidera à y voir clair. Elle est faite, en effet, d'un infini de détails à l'échelle ... moléculaire. Il serait déraisonable de demander plus petit. Elle semble nous avoir appris une chose déjà énorme. Einstein, qui se ravitaillait en détails au niveau atomique et même subatomique, en avait extrait la même incroyable leçon : "Ce qui est incompréhensible" , disait-il, "c'est que ce soit compréhensible !..."

Laissez-moi vous inviter, mon cher Hubert, à remarquer en passant que "Müllerchen" nous a fait le même coup. Elle nous a appris que la navigation stellaire des oiseaux est ASSEZ belle pour être vraie, mais certainement pas trop. Juger certaines choses TROP LAIDES POUR ETRE VRAIES est certainement plus réaliste.

J'en reviens à la biologie moléculaire. Elle nous appris que la sénescence est un processus biologique irréversible et continu, qui commence avant la naissance et se poursuit tant qu'il nous reste un souffle de vie. Il n'est pas besoin de se soucier des détails de cette biochimie, ni même de les connaître, pour en savoir les conséquences, bien qu'il l'ait fallu pour les apprendre. Les biochimistes nous les ayant livrés sans nous inonder de détails, nous pouvons faire notre profit des produits  de leurs travaux. Nous pouvons, notamment, en extraire une vérification expérimentale PERMANENTE des effets de n'importe quels apprentissages (ludiques ou autres) qui prétendraient à nous rendre heureux.

Selon Léon-David Steiner,  dont la pensée est sous-jacente à tous les travaux du C.I.E.B.S., le bonheur serait, en dernière analyse, le produit d'une maturité substituée à la sénilité. Si l'on peut emprunter des comparaisons aux végétaux, on dira -grossièrement- que nous sommes heureux quand nous mûrissons au lieu de dessécher, de "tourner à l'aigre" ou de "pourrir". Appliquées aux humains, ces images ne sont que trop révélatrices. Elles nous renseignent plus accessiblement que toutes les théories psychologiques du monde sur les effets du bonheur.Il nous rend incorruptibles  en nous ôtant toute tentation de poursuivre nos intérêts au détriment du vrai, et nous préserve de toute aigreur. Mais, parce que la maturation est un processus irréversible et continu, le bonheur porte l'irrécusable marque de son authenticité : il exclut les fluctuations et la cyclothymie -les alternances d'euphorie et de dépression- caractéristiques de nos états émotifs toujours instables. Il est impossible de s'y tromper : l'homme moins heureux aujourd'hui qu'hier n'est pas, ou pas encore, mûr ni heureux. Enfin, la maturité -jusqu'au dernier jour de notre vie- porte des fruits moins trompeurs encore. Mais il sera temps d'y goûter lorsque quelques "devoirs uniques" nous auront sensibilisés à leurs parfums.


    UNE EPREUVE DE SENSIBILISATION


Un des principaux objectifs de ce cours est de sensibiliser ses étudiants aux messages de l'environnement intérieur commun à tous les humains, en commençant par les plus importants : ceux que chacun s'adresse à soi-même, le plus souvent à son insu et de moins en moins perçus au siècle où nous sommes. Le sujet traité dans cet exercice de sensibilisation est parmi les plus incompris et les plus faciles à comprendre -lorsqu'on devient sensible aux signaux que l'on essaye (en vain) de s'adresser à soi-même.


    L'AUTORITE


"Condamnés à une malhonnêteté sans limites, il leur faut mentir chaque fois qu'ils ouvrent la bouche et tricher chaque fois qu'ils posent un acte" (PIERRE p.4/16). Cette affirmation est manifestement outrancière puisque certains de leurs propos sont vrais et certains de leurs actes admirables. C'est sur la terrain SOCIAL qu'il leur est impossible d'être honnêtes parce qu'il y faut exercer ou subir une AUTORITE. Or celle-ci repose encore sur des assises pré-humaines, c'est-à-dire inhumaines. Nous ne le savons pas encore mais nos enfants le sentent déjà et ils ne marchent plus. L'autorité de leurs aînés leur est devenue intolérable et le restera tant que leurs parents et leurs maîtres n'auront appris leurs métiers -complémentaires mais nullement identiques.

Nous ne le savons pas encore et ne savons pas pourquoi la technique pédagogique chère à Mme de Maintenon est périmée. Ne pourrions nous le deviner si nous nous sensibilisions à des choses que nous sentons nous aussi, mais tentons vainement de nous communiquer à nous-mêmes ?

Si l'on admet -et l'on voit mal comment ne pas l'admettre au moins à titre hypothétique -le "sens de la vie" défini par BERNARD à la page 4/11, la signification biologique du mot "éduquer" émerge aussitôt d'elle-même : éduquer, c'est LIBERER. En même temps, deux FAITS dominent ipso facto les problèmes de l'éducation et en laissant déduire  (ou à défaut deviner) un troisième qui circonscrit et prescrit des solutions pratiques à ces problèmes.

1.    L'obéissance à certaines lois est condition sine qua non de la survie des sociétés humaines ou animales et des individus qui la composent.

2.    Le droit de désobéissance  à certaines lois -notamment à celles qui les contraignent de respecter des traditions qui leur interdisent de se soustraire aux servitudes instinctuelles des animaux- est condition sine qua non de la libération (l'"hominisation") des préhumains.

3. Il existe deux sortes d'AUTORITE :

    (a) celle qu'exercent les parents et les maîtres qui veulent enrichir les enfants d'aptitudes à s'OBEIR A EUX-MEMES.
(b) Celle qu'exercent les personnes qui prétendent à SE faire     obéir, à s'imposer en SOUMETTANT les enfants A LA VOLONTE DE LEURS MAITRES ET DE LEURS CHEFS.


    TROIS QUESTIONS


1.    Vous semble-t-il que "la mécanique mentale" qui fournit ces réponses soit "tombée pile" ?

2.    Si vous y aviez réfléchi et vous étiez écouté(e)  n'auriez-vous obtenu aussi immanquablement ces réponses qu'une machine à calculer interrogée sur le produit de la multiplication de deux nombres crache le résultat juste ?


3.    Savez-vous pourquoi ces mécanismes sont infaillibles ? Souhaitez-vous que les raisons de leur infaillibilité vous soit expliquée depuis A jusqu'à Z ou préférez-vous les découvrir vous-même en vous sensibilisant aux signaux dont elle est issue et qui la révèlent ?
     Cours d'Initiation à l'Orthologique
    Questionnaire N° 4

     
1.    Nom et Prénom, adresse postale complète (ne pas omettre le code postal), numéro du présent questionnaire et votre numéro d'inscription à ce cours, à inscrire dans la case inférieure du cadre (de droite) ci-dessus.

2.    Avez-vous accepté, à titre d'hypothèse de travail, la théorie atavistique de BERNARD énoncée par PIERRE au bas de la page 6 ?

3.    Dans l'affirmative, le point de non-retour est-il atteint par vous sur le terrain économique ?

4.    Pouvez-vous vous représenter l'épreuve qui vous attend si vous vous condamnez à vivre entouré(e) -dans tous les domaines- de tricheurs tantôt insincères et malveillants, plus souvent sincères et bien intentionnés, mais toujours  malfaisants ?

5.    Le besoin de vérité -et la pulsion prosélytique- sont-ils assez forts chez vous pour justifier cette épreuve ?

6.    Souhaitez-vous que, dans les prochaines leçons, nous cherchions à limiter la pénétration de l'orthologique au minimum nécesssaire à la réalisation (à moins cher) d'une unité intérieure moins exigeante ?

7.    Essayer de déduire  des propos d'ARIELLE les motivations ataviques enfouies dans les grands fonds de l'inconscient féminin ?

8.    Notez cette leçon et faites-nous part de vos goûts : détaillez ce qui vous a plu, pas plu ou déplu d'y lire ?

9.    Vos critiques, commentaires, objections et questions. Pour gagner beaucoup de temps, numérotez vos questions et adressez-les nous sous forme de questionnaires :  nous pourrons vous répondre plus vite et plus clairement.


    Questionnaire N° 4 bis
    Cette désignation remplace "4S"


1.    Si vous répondez sur une feuille séparée, prière de reproduire votre nom, adresse, etc.

2.    UN EXERCICE DE SENSIBILISATION AUX "CAPRICES" DE VOTRE MEMOIRE (1) (p. 4bis/2) : Cet exercice est important mais peu urgent. Envoyez-nous vos réponses quand vous aurez trouvé le moment de détente propice à sa bonne exécution.

3.    UN DEVOIR VRAIMENT UNIQUE (p. 4bis/3) : Convenez-vous que la substitution du bonheur au malheur est le SEUL problème humain, celui qui s'est posé à l'humanité depuis qu'elle existe et se pose encore à chacun de nous tant qu'il nous reste un souffle de vie ?

4.    Convenez-vous que notre espèce est seule à posséder l'exorbitant privilège de CROIRE VRAIES DES CHOSES FAUSSES et de CROIRE FAUSSES DES CHOSES VRAIES (2) ?

5.    Vous semble-t-il que les humains usent de ce privilège de plus en plus, autant qu'autrefois, ou de moins en moins ?

6.    Etes-vous disposé(e) à essayer de "jouer le jeu" pour être heureu(x)se ou êtes-vous assez attaché(e) à vos privilèges spécifiques pour risquer de payer de vos larmes votre refus de jouer à ce jeu-là ? Avant d'en décider, lisez, relisez, et relisez encore la discussion d'Hubert, Bernard et Philippe (p. 4bis/3) jusqu'aux propos (encadrés) de Pierre à la page 4bis/4.


7.    IMPORTANTISSIME : pouvez-vous suivre aisément la discussion serrée, précise et qui semble difficile (mais ne l'est pas) déclenchée par l'"enthousiasme re-débordant d'Hubert" et clôturée par la réponse de Bernard à la page suivante ?
    SI UN OU PLUSIEURS PASSAGES DE CETTE DISCUSSION,  QUI SE DEROULE DANS L'ATMOSPHERE RAREFIEE DE LA PENSEE SCIENTIFIQUE, NE VOUS SONT PAS PARFAITEMENT CLAIRS, FOURNISSEZ-NOUS L'OCCASION DE VOUS FAIRE PRENDRE CONSCIENCE DE L'ETENDUE DES RESSOURCES DE VOTRE CERVEAU EN PRECISANT LES PASSAGES QUI VOUS SEMBLENT PEU OU PAS CLAIRS.

8.    Selon Bernard, l'emprunt aux végétaux d'un parallèle imagé nous renseignerait plus accessiblement  -c.à.d. plus sensiblement (voire olfactivement) et moins cérébralement- qu'aucune théorie psychologique sur les effets, chez les humains, d'une substitution de la maturité à la sénilité. Nous deviendrions heureux en mûrissant au lieu de nous corrompre, de tourner à l'aigre ou de nous dessécher. Pensez  et/ou sentez -vous que ce pourrait être plus ou moins vrai, voire beaucoup plus que moins ?

9. Répondez aux trois questions posées à la page 4bis/6.

1O.    Notez cette leçon et dites-nous ce qu'il vous a plu, pas plu et/ou déplu d'y lire.

11.    Vos critiques, objections, commentaires et vos questions, numérotées et posées sous forme de questionnaires.







Notes, questionnaire n°4bis

(1)  Les travaux d'un neurochirurgien canadien, Wilder Penfield, ont prouvé que notre mémoire est aussi infaillible que celle des ordinateurs. Nos cerveaux n'oublient rien. Mais la remémoration  de l'information enregistrée est SELECTIVE, sujette à des inhibitions "capricieuses".

(2)  Par le moyen d'apprentissages appropriés, les humains sont parvenus à imposer aux animaux des comportements aberrants : ils agissent comme s'ils croyaient vraies des choses fausses et vice versa. Mais ils sont impuissants à violer eux-mêmes leurs instincts.
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION  A L'ORTHOLOGIQUE
    Cinquième leçon

    L'ANTICHAMBRE


Lorsque ce cours fut mis à l'essai, l'I.F.O. s'est heurté à une difficulté au terme de sa 4° leçon. Celle-si déclenchait des réflexes d'un rejet indigné chez ceux qui étaient attachés à une "image de marque" précieuse entre toutes : la leur propre. Elle était faite de trésors hérités du passé. Celui qui leur tenait le plus à coeur était leur RESPECTABILITE. Cela se comprend aisément : les personnes déficientes en "self-respect" négligeaient les sauvegardes du "décorum" et versaient bientôt dans le "crapuleux". De toute évidence il fallait laisser à nos étudiants le temps de s'habituer à la vision d'un monde où le goût des faux-semblants  cèderait le pas à des besoins de vérité, et les illusions d'une sincérité aveugle aux sauvegardes de la LUCIDITE : la révolution contre-révolutionnaire flottait dans l'air du temps. C'est pourquoi un obstacle presque insurmontable en 1968 s'est inversé en 1978 : la répugnance est devenue boulimie. Nos étudiants sont affamés aujourd'hui de leur propre incongruité et anxieux de se faire montrer, toutes nues, leurs indécences. Dix ans plus tôt, leur amour des beaux atours dont il fallait être paré pour se faire accepter -par soi-même en premier- imposait à nos héros un dialogue résolument OPPORTUNISTE.

    PIERRE
Nous nous trouvons dans un cas embarrassant : un assez grand nombre de nos étudiants demandent le renvoi à début mars de la cinquième leçon. La plupart souhaitent plutôt l'accélération du rythme mensuel que son ralentissement.

    MEDICUS
Coupons la poire en deux. Repoussons notre débat sur la morale au 15 mars, puis regagnons quelques jours à chaque leçon, de façon que la neuvième, qui achèvera ce premier cycle, paraisse comme prévu le 1er juin.

    PIERRE
Je n'aime guère cette solution boiteuse : plusieurs étudiants ont montré qu'ils n'ont pas trop d'un mois pour se faire à l'optique orthologique. Chaque leçon exige du temps, non pour une assimilation intellectuelle toujours simple et facile, mais pour une accomodation rétinienne  qui ne se fait pas en quelques heures. C'est pourquoi un cours est nécessaire. Données sous forme de livres et lues bout à bout, nos leçons n'auraient pas le dixième de leur efficacité. Mais que faire ? Comment donner satisfaction à des souhaits contradictoires ?

    PHILIPPE
C'est facile : respectons les besoins de tous en ne donnant satisfaction à personne ! (Aux étudiants) Les sujets traités dans la quatrième leçon ont une importance décisive. Il est indispensable de laisser à vos rétines le temps de s'y accomoder. Deux mois y suffiront sans doute, mais il pourrait les falloir. Or le prochain sujet prévu sur notre agenda : "L'Intelligence morale et la Morale intelligente" exigera une accomodation rétinienne au moins aussi bouleversante que l'économie transrubiconienne. Il serait absurde de vous soumettre à cette nouvelle épreuve sans ménager une transition. (A ses collègues) Que cette cinquième leçon serve de transition entre l'économie enfin humaine et la morale enfin intelligente. Ce serait simple : livrons cette fois encore notre leçon de gestion, qui ne compte que six pages, aux étudiants du cours d'initiation. J'y vois deux avantages : sans exiger plus de quelques minutes de travail, elle facilite l'accomodation rétinienne aux contenus de la leçon précédente. Et, reposant sur la logique primaire, elle familiarisera une fois de plus les étudiants du cours d'initiation (qui en auront peu d'occasions, et dont plusieurs en ont un besoin manifeste) avec la démarche du plus éblouissant de tous les penseurs : Monsieur de La Palisse. Après quoi quelques lignes, peu laborieuses elles aussi, nous trouveront réunis dans l'antichambre de la morale.

    PIERRE
Bien que j'y perde la face (je m'étais engagé, dans la deuxième leçon, à ne plus introduire de sujets économiques dans ce cours, et cette fois sera la troisième !) cette solution résoudra bien notre dilemne. (Aux étudiants)  Pardonnez-nous ce changement de programme. Attentifs à nous adapter à vos réactions, nous ne savons jamais, d'une leçon à l'autre, où vous  nous entraînerez.

En plus des avantages signalés par Philippe, l'incorporation de cette leçon dans le cours d'initiation est opportune parce qu'elle permet l'acquisition d'une connaissance importante même aux étudiants qui ne s'intéressent pas à la vie économique : la quatrième loi du machinisme, qui abrite les humains des conséquences de la troisième. Directement ou non, nous sommes tous les victimes de cette troisième loi, et nous en sommes menacés dans notre existence. Il est rassurant, et dès lors utile, d'apprendre pourquoi et comment ce cauchemar ne saurait tarder à faire place à un rêve.


    Cinquième leçon du "Cours de Gestion" :
    LA QUATRIEME LOI DU MACHINISME


    HUBERT
Laissez-moi parler franc : vous vous êtes engagés dans une mauvaise voie. J'admets que notre quatrième leçon était substancielle. Nul ne l'a trouvée fastidieuse . Je me suis moi-même laissé aller à prendre un intérêt de dilettante aux questions psychologiques et sociologiques évoquées. J'ai eu tort: c'est un luxe, un amuse gueule, et l'heure est aux affaires sérieuses, aux plats de résistance. Mon souci prioritaire, et celui d'un sur trois des étudiants de ce cours de  gestion est de gagner de l'argent, et vite ! Assez d'école buissonière. Ecoutez la réponse, sympathique malgré tout, de GM .113 à votre questionnaire:

"Note : 18/20. Cette leçon est très vivante, fort dans le style du "Défi". Le jour où votre cours deviendra REELLEMENT PRATIQUE je vous donnerai 20/20 ! Quand vous déciderez-vous à passer à la pratique ? Les préliminaires n'auront donc jamais de fin ?

 Cet étudiant a bien traduit mon sentiment. Commencez, s'il vous plaît, par décrire les moyens pratiques de la rentabilisation des entreprises, quittes à les situer ensuite autant qu'il vous plaira dans leur contexte théorique. Cela reviendra au même à la fin. Mais ceux que la théorie n'intéresse pas, ou qui n'ont guère de temps à lui consacrer, vous en sauront gré : ils échapperont à l'épreuve franchement désagréable que vous leur infligez comme à plaisir, peut-être sans vous en douter.

    PIERRE
Nous avons pleine conscience de l'impatience de nos étudiants, de la lenteur de nos démarches, et de l'irritation qui s'ensuit nécessairement.

    HUBERT
Vous faites bien pis que décevoir l'impatience : vous soumettez vos étudiants à une nouvelle sorte de supplice. Vous leur promettez des carottes sans leur en montrer jamais aucune, mais avec juste -tout juste- assez de vraisemblance pour que, de leçon en leçon, on vous suive la bouche ouverte. Puis vous en profitez pour nous enfoncer des navets plein la gueule ! Ce sont des coups à ne pas faire. Ils vous semblent permis parce que vous vous trouvez aimer les navets. Les hommes d'affaires ne sont pas dans ce cas. Ils détestent, croyez-m'en, les théories. Donnez-nous des conseils pratiques. Dites-nous ce qu'il faut faire  pour gagner de l'argent. Nous sommes des hommes d'action. Nous voulons agir et vous abandonner le soin de théoriser. Trêve de navets s'il vous plaît !

    PHILIPPE
L'idée est excellente. Vous voulez savoir ce qu'il faut faire pour gagner de l'argent à la pelle ? Voici une recette infaillible : appliquez-vous à faire très précisément le contraire de ce que vous avez toujours fait. Prenez des mesures diamétralement opposées à celles que vous vous apprêtez à prendre. Je m'arrache les cheveux de n'avoir pensé plus tôt à diffuser cet enseignement: notre cours de gestion n'aurait comporté qu'une leçon de dix lignes, et nos étudiants nous auraient donné 20 sur 20 !

    HUBERT
Ne faites pas le malin ! Vous savez mieux que personne que votre boutade n'a aucun sens. Ou, si elle en a un, montrez le nous. Illustrez-la d'un exemple concret.

    PHILIPPE
Volontiers. Prenons l'exemple de PEUGEOT, CITROEN et RENAULT, ils ont consommé un mariage de déraison dans le train de l'enfer. L'échec des récentes épousailles de CITROEN et de FIAT ne leur a pas ouvert les yeux. S'ils veulent gagner de l'argent à pleins tombereaux, la première condition à réaliser est très claire : qu'ils divorcent !

    HUBERT
Pourquoi voulez-vous qu'ils divorcent ?

    PHILIPPE
Pardon ? J'ai dû mal entendre.

    HUBERT
Je vous demande pourquoi PEUGEOT, CITROEN et RENAULT devraient, selon vous, divorcer ?

    PHILIPPE
Pourquoi ? Vous m'étonnez : que signifie cette curiosité insolite ? Qu'est-ce que cela peut vous faire ?

    BERNARD
Si vous détestez les navets, mon cher Hubert, abstenez-vous d'en demander.

    HUBERT
Le ciel m'en garde ! Je ne vous demande pas de théories. Dites-nous de quelle façon pratique  un divorce serait profitable à CITROEN et à FIAT.

    PHILIPPE
Ils gagneraient de l'argent à pleins tombereaux.

    HUBERT
Ne faites pas l'idiot : comment voulez-vous qu'on accepte vos affirmations gratuites ?

    PHILIPPE
Ce n'est pas moi, c'est vous qui voulez qu'on nous croie sur parole.

    HUBERT
Ta-ta-ta ! Vous vous payez ma tête à trop bon marché, et ça ne prend pas. Vous savez fort bien ce que je veux, mais vous faites la bête. Nous demandons des explications, mais pratiques, des préceptes applicables. Nous vous abandonnons de grand coeur toutes vos "lois", comme nous laissons les leurs aux juristes. Seuls nous intéressent les "décrets d'application". Voilà ce que nous vous demandons? Donnez-nous les décrets d'application de vos lois économiques, mais pas de théories. Trêve de navets !

    PHILIPPE
Il est trop vrai que les théories sont répugnantes aux hommes d'affaires. Ils sont les passagers non pas seulement d'un train de l'enfer, mais aussi d'un navire tombé en panne dans un océan d'ignorance. Le scorbut y fait des hécatombes, mais, tant qu'il leur reste un souffle, les survivants gémissent cette complainte :"Du gigot ! Qu'on nous donne du gigot bien saignant, mais pas de citron ! A bas les citrons ! A mort les producteurs de citron !..."

Les hommes d'affaires ne veulent rien savoir, ni surtout rien apprendre. Ils ne veulent ni citrons ni navets. Qu'on ne leur parle pas de la seule chose au monde qui puisse les sauver. Un instinct sûr les poussant au suicide, tout ce qui est vrai leur fait horreur. (Aux étudiants) Aussi sommes-nous heureusement surpris que, sur trois d'entre vous, deux consentent de bonne grâce à se laisser instruire. Mais il reste un troisième, qui ne l'entend pas de cette oreille : il ne veut rien apprendre parce qu'il ne veut rien savoir. Il se débat,se défend pied à pied, et oppose au réel une opacité quasi-surnaturelle. Nous vous montrerons dans une prochaine leçon, car elles sont instructives, les astuces inouïes qu'il oppose au vrai. Pourquoi ? C'est facile : il ne veut entendre parler que de gigot !

    MEDICUS
Il semble être victime d'une sorte de frénésie du suicide.

    PHILIPPE
Nullement. Son cas est simple : il est victime de sa propre inertie. Il est, comme nous tous, paresseux, entêté, peu porté à l'effort, attaché donc aux traditions qui dispensent de tous frais d'intelligence. Or, depuis qu'il existe des hommes d'affaires, ils ont été nourris de gigot. Il leur a toujours suffi d'être voraces et ignares pour prospérer dans le plus satisfaisant des mondes simiesques. Dès lors, pourquoi s'instruirait-on ? Quel effort inutile, quelle perte de temps quand il suffit d'être gourmand ! Regardez autour de vous : les grands hommes qui dominent l'Occident sont plus voraces et ignares que jamais, et ils sont les singes les plus arrivés, donc les plus admirables. On les donne en exemple aux jeunes gens. Et l'on voudrait que ceux-ci fassent l'effort de s'instruire ? Taisez-vous, malheureux : ce serait blasphémer ! Ce serait faire le contraire de ce qui s'est toujours fait, le contraire de ce que font les babouins les plus glorieux ; ce serait un moyen sûr de faire des carrières opposées à celles des voraces et des ignares, ce serait devenir le contraire de ce qu'ils sont. Ce serait, en un mot, le monde à l'envers ! Comment s'étonner que l'immense majorité des humains ne veuillent pas en entendre parler ?

Ils s'assureraient, pourtant, une toute petite compensation : ils resteraient vivants dans un monde qui s'écroule. Au contraire, du premier au dernier, les grands singes ignares et malfaisants sont voués à l'extermination. (Aux étudiants) Si vous voulez rester vivants d'abord, puis devenir bienfaisants, quelques connaissances théoriques toutes nouvelles vous sont aussi nécessaires que l'acide ascorbique aux malades atteints du scorbut.

    PIERRE
C'est pourquoi nous ne pouvons éviter de décevoir ceux qui, anxieux d'appliquer sans retard des recettes pratiques pour gagner de l'argent, voudraient brûler les étapes. (Aux étudiants) Vous ne pourriez appliquer, sans les comprendre, les connaissances qui vont vous être apportées ici. Si vous n'acquerriez d'abord la certitude  d'être dans le vrai, vous n'auriez pas le courage de poser les actes qui vous assureront la survie et la prospérité. Pour faire le contraire de ce qui s'est toujours fait, il faut le courage de la folie ou celui de la lucidité. Notre tâche est de vous procurer les moyens de voir clair en éclairant les faits, et c'est à cela que servent les théories.

    PHILIPPE
Pour un nombre chaque jour grandissant de personnes, rester vivants (dans l'ordre économique), c'est tout d'abord échapper à la concurrence des machines. Il faut surtout les empêcher de nous tuer, puis les contraindre à nous servir. (Aux étudiants) Je vous signale en passant que, comme par hasard, les "troisièmes hommes" parmi vous se sont distingués par une remarquable inaptitude à découvrir les moyens de mettre les machines au service des humains. Ceux qui refusent les théories se trouvent être ceux qui en ont le plus criant besoin : il faudrait un singulier optimisme pour penser qu'une personne incapable d'entrevoir le moindre début de solution à un problème à la fois aussi crucial et aussi simple puisse prétendre aux rôles de dirigeant. Dans un monde où la voracité ne suffit plus pour dominer, il est devenu nécessaire de diriger, et nul ne s'acquiterra des tâches du dirigeant sans prendre conscience des ressources que met à sa portée la quatrième loi du machinisme.

Avec l'assistance de Monsieur de La Palisse, élaborons la tous ensemble. Comme nous l'avons dit dans le quatrième questionnaire de notre cours de gestion, cette loi s'obtient par addition de la deuxième et d'un corollaire immédiat de la première loi des ensembles économiques. Reprenons-les.

    Deuxième loi du machinisme
Sans cesse améliorée, la Machine produit toujours mieux, toujours plus, plus vite, à meilleur compte.

    Première loi des ensembles économiques
L'ensemble du pouvoir d'achat économique des humains égale l'ensemble de leurs ventes. Algébriquement : p = v. Le corollaire le plus immédiat de cette première loi est celui qui, en permutant ses termes : v - p, s'énonce ainsi : l'ensemble des ventes des humains ENGENDRE l'ensemble de leur pouvoir d'achat économique. L'addition de ces deux lois nous fournit la :


    QUATRIEME LOI DU MACHINISME

L'industrie crée spontanément un pouvoir d'achat égal à toute la production  Q U' E L L E   V E N D.

En d'autres mots : l'Industrie, qui sait déjà produire tout ce qu'elle peut vendre, résoudrait tous les problèmes économiques  de l'humanité si elle APPRENAIT A VENDRE TOUT CE QU'ELLE PEUT PRODUIRE. Elle actualiserait la prospérité fabuleuse qui est virtuelle dans ses qualités d'incomparable servante. Elle renouvellerait, mais à la puissance n, le miracle économique de l'Allemagne hitlérienne.

    PIERRE
Cette prospérité serait "fabuleuse" en effet. Armé d'un ordinateur, un de nos collègues américains a calculé en gros  ce qui se passerait si l'Amérique affectait une somme égale à celle que la guerre du Vietnam a absorbée en  1967 et 1968 à l'achat et au maniement d'outils de production au lieu de destruction. Après cinq ans de ce régime, le revenu national de l'Amérique dépasserait (en théorie) huit mille milliards de dollars, soit l'équivalent de quelque 8O millions d'anciens francs par an pour une famille de quatre personnes. Les réalisations fantastiques que permettraient de telles ressources défient l'imagination.

    PHILIPPE
Ces résultats théoriques ne seraient évidemment pas atteints. Des goulots d'étranglement, dont plusieurs sont corollaires de la première loi du machinisme, limiteraient cette "expansion" de cauchemar. La prospérité n'en dépasserait pas moins tout ce qu'on peut imaginer. Ceux dont l'idéal est de gagner de l'argent en seraient bien attrapés. Il leur deviendrait impossible de continuer à regarder l'argent comme un symbole de l'importance et du succès : tout le monde aurait bientôt plus d'argent que de désir d'en dépenser ! Or aucun doute n'est permis : c'est ce qui va se passer, et très vite. C'est psychologiquement  inévitable : faute d'y avoir vraiment goûté, les hommes ont soif de richesses, et, si l'on met la machine à leur service, elle les en inondera. Si on ne l'y met pas, elle les tuera. Faites votre choix.

    MEDICUS
Peut-être les tuera-t-elle dans les deux cas : on crève de pléthore plus vite et plus sûrement que de privations, pour ne rien dire des pollutions industrielles !

    BERNARD
Il est clair que la solution mécanique de nos problèmes économiques créera beaucoup plus de problèmes individuels et sociaux, et bien plus difficiles, qu'elle n'en résoudra. La noobiologie, en revanche, les résout magnifiquement. Nous sommes au siècle où les destins de l'Homme se réalisent.  Des solutions justes à tous  nos problèmes -je répète à  T O U S  les problèmes humains, du premier au dernier -apparaissent spontanément, pareilles aux herbes folles qui surgissent dans les terres labourées.

    HUBERT
Vous m'en voyez furieusement soulagé ! Je frémissais de penser aux orgies dont la menace assombrit nos trop riches horizons ! Malgré les herbes de Bernard, je n'aurais plus un poil de sec si un petit détail  ne semblait vous avoir échappé : l'industrie n'a jamais été capable de vendre tout ce qu'elle peut produire, et je ne vois pas ce qui lui en fournirait les moyens dans les belles choses que vous nous avez dites !

Je ne prétends certes pas à minimiser vos mérites : vous avez découvert une "loi" sensationnelle, dont la beauté serait encore plus éclatante si vous l'énonciez ainsi "Si tout allait tout à fait bien, tout irait tout à fait bien..."  Bravo ! C'est d'une admirable clarté. Vivent Monsieur de La Palisse et sa "logique primaire" ! On doit reconnaître que ce diable d'homme ne se trompe jamais. (Aux étudiants)  Vous êtes solennellement invités à prendre ces merveilles au sérieux. Je vous ôte mon chapeau si vous y parvenez !

    PHILIPPE
Un jour que son génie l'inclinait aux pensées profondes et subtiles, Monsieur de La Palisse s'abîma plusieurs heures dans la méditation, puis énonça cette loi économique éternelle :" Pour que les producteurs vendent toute leur production, il faut et il suffit qu'on la leur achète."  Qui, après cela, hésiterait à le prendre au sérieux ? Monsieur de La Palisse est le plus grand penseur qui ait vécu.

Hélas, cette gigantesque pensée s'était perdue. Depuis plus de quatre siècles, nul ne s'est montré capable d'une puissance de raisonnement suffisante pour la redécouvrir, et c'est pourquoi les Singes ont eu la partie si belle : oublier les acheteurs était un moyen sûr de faire broyer les peuples par la machine en rendant mathématiquement impossible  le jeu normal de la quatrième loi du machinisme. Dès ce moment, la mévente était arithmétiquement certaine : la production mécanisée ne pourrait pas se vendre tout naturellement. Seule une fraction trouverait preneurs et, dès lors, la Vente deviendrait le  P R I V I L E G E  des S.P.V.P.I., des Singes les Plus Voraces et les Plus Ignares. Le tour était joué. Et, avant de mordre la poussière, Homo Sapiens, devenu Homo supermercator  (l'Homme des supermarchés), connaîtrait le délice de se faire baiser les pieds par les derniers survivants d'une espèce en voie d'extinction : Homo accaptens (l'Homme acheteur).

Vous demandiez, Hubert, ce que nos dirigeants doivent faire pour gagner de l'argent . Cela se résume en trois mots : APPRENDRE A VENDRE. Tel sera le sujet de notre prochaine leçon. Avec l'assistance de Monsieur de La Palisse, peut-être aurons-nous quelques chances de nous soustraire aux influences ataviques qui contraignent les voraces à rationaliser, à déguiser en "science économique", leur besoin instinctif de dévorer tout, à commencer par leurs propres acheteurs, ce qui se trouve être le meilleur moyen connu d'en manquer bientôt.

    PIERRE
Il importe de comprendre la signification de cette leçon. Sous des dehors presque amusants, elle désenfouit des vérités cruelles. Peut-être les impatients commenceront-ils à entrevoir les raisons de notre lenteur : les motivations économiques des humains sont, de toute évidence, celles qui exigent le plus de vigilance.

    MEDICUS
C'est dans les méandres de la sexualité que semblait se cacher nos motivations les plus secrètes. A en juger par l'universalité et surtout par l'incroyable grossièreté des rationalisations dont Homo oeconomicus n'a jamais cessé de se servir pour se cacher de lui-même, on est tenté de penser que l'Homme serait asservi à la pulsion alimentaire bien plus qu'à la sexuelle !

    BERNARD
Cete hypothèse a été vérifiée chez les rats, mais la différence de force : 18 pour la pulsion alimentaire contre 13 pour la sexuelle, est loin de suffire pour expliquer le caractère par trop outrageux de nos rationalisations économiques et l'universalité du refus des "évidences bestiales". Mais tout s'explique quand on tient compte d'un fait incontestable : c'est sur le terrain économique que s'assouvissent nos pulsions alimentaires ET sexuelle, ET notre volonté de puissance. C'est en devenant riches que nous comblons en nous les instincts du vieux singe. Nous devenons puissants, nous jouissons d'une grande autorité, nous dominons les autres mâles et nous nous abritons de leur concurrence tant pour les femmes que pour les "biens" de ce monde.

    PHILIPPE
Si Homo oeconomicus  n'était un beau singe, convenez qu'il serait un vilain monsieur. L'hypothèse simiesque étant donc éminemment charitable, il faut la garder toujours présente à la mémoire pour adoucir nos moeurs : au lieu de nous indigner des agissements des personnes augustes, nous prendrions du plaisir à leur donner des petits sachets de cacahuètes.

    PIERRE
Nous devons résister à la tentation d'avancer vite dans ce cours parce que les doctrines économiques contemporaines  n'ont leurs sources ni dans la raison, ni dans l'étude objective des phénomènes, ni dans rien de ce que les hommes consentent à apprendre d'eux-mêmes. Elles sont les fruits subjectifs d'atavismes "honteux" et, dès lors, pieusement refusés, refoulés, invisibles.

    BERNARD
Ces tabous sont hérités -et entachés- du péché originel dans l'acception biogénétique de ce mot : ils trahissent nos origines  animales et le besoin, qui survit en nous, de dominer les faibles, et de les tuer s'ils résistent.

    PIERRE
Notre seul moyen de nous débarrasser d'un mortel héritage fait de tabous rationalisés (et baptisés "sciences économiques") est de faire résolument TABLE RASE de TOUT ce que nous avons appris et croyons savoir en matière d'économie et de finance. Nous devons repartir à zéro, puis prendre des précautions féroces pour échapper aux dangers qui menaçent sans cesse tous les hommes. Est-il besoin de dire que nous avons pleine conscience d'y être tout aussi exposés que nos devanciers? Le seul moyen dont on dispose pour y échapper sûrement est de se cramponner, sans jamais lâcher prise, à la logique primaire : elle est seule à ne JAMAIS nous tromper. Voilà pourquoi, au risque d'impatienter nos étudiants, nous resterons obstinément accrochés aux basques de Monsieur de La Palisse pour franchir en sécurité les premières étapes du voyage qui nous conduit dans un monde où le Vieux Singe est enfin mis à sa juste place. C'est après seulement qu'il devient possible, en découvrant celle que la nature a préparée pour nous, de prendre possession de notre héritage d'hommes.

    FIN DE LA LEÇON DE GESTION

    PHILIPPE
Nous voici enfin entre gens bien : le rideau est tombé sur les étudiants du cours de gestion. Le ciel me garde de médire de mon prochain, mais, avec toute l'indulgence du monde, on ne peut s'empêcher de les trouver moches. C'est des pauv'types.
   
    HUBERT
Vos plaisanteries, Philippe, sont détestables. Vous deviez nous parler, il me semble, de la morale. Vous commencez bien !!

    PIERRE
J'ai peur qu'il ait commencé -un peu trop bien !

    PHILIPPE
Ne soyez pas si pressés : Il n'est question encore que d'un passage dans l'antichambre de la morale. Or, si je ne me trompe pas trop, nous y avons été enfermés dès les premières lignes de cette leçon, puisqu'on n'a cessé d'y rêver de profits. Souvenez-vous des propos de Medicus dans la MORALITE DE LA FABLE : "Je cherche toujours à faire faire de BONNES AFFAIRES PSYCHIQUES à mes patients". M.M. Huisman, Barthélémy-Madaule et Feinberg, il est vrai, dénoncent avec indignation l'"excellente opération" qu'est parfois la morale. Non pas la leur, bien sûr : celle des autres. Mais il s'est trouvé des esprits chagrins pour s'offusquer -à grand tort selon moi- de leur sens commercial.

Un des pouvoirs -sinon la raison d'être- de la morale est de payer des dividendes. Elle est donc assimilable - partiellement tout au moins- à une affaire économique. Ne faut-il pas soupçonner sa faillite, au siècle où nous sommes, de se situer sur ce terrain-là ? Ne faut-il pas soupçonner les moralistes contemporains d'être mauvais économistes, et de n'avoir PAS le sens des bonnes affaires ? La morale intelligente doit-elle prendre ses appuis sur la comptabilité psychique, pour obtenir de larges crédits au compte des Profits et Pertes Moraux ?

Telles sont mes réflexions d'antichambre. (Aux étudiants) Je les livre toutes brutes à vos méditations, mais prenez garde à un détail : chacune de ces réflexions est suivie d'un point d'interrogation. Veuillez bien vous poser ces questions avant de réfléchir à celle-ci : la morale intelligente serait-elle tout à fait autre chose ?

                   
    COURRIER DES ETUDIANTS


UNE DEFENESTRATION   Hubert et Philippe ont eu la surprise  de recevoir les lettres suivantes  :

Mon cher Philippe,
Il semble, selon toi, qu'il faille se prendre la main dans le sac si l'on veut quelques chances de "comprendre comment et pourquoi ces choses effrayantes se passent" (Rubicon, page 228). Or je me prends chaque jour en flagrant délit de volonté de puissance simiesque. Il n'est guère de jour où je ne regarde d'un oeil égrillard quelque jolie et appétissante guenon, et j'en suis chaque fois conscient. Je sais aussi que la moindre de mes actions altruistes n'a guère d'autre but que de me faire reconnaître comme un grand et bon singe. Mais je n'en suis guère avancé. Bien à toi, (signé) PATROCLE.

Mon cher Hubert,
Veuille bien m'excuser de t'avoir sous-estimé en cote d'amour. Je t'avais pris pour le dernier des ignares et pour le premier ennemi du genre humain. Je m'en repens. Peut-être était-ce orgueil : j'avais honte de toi et de moi. Je voulais me mettre du côté des intelligents et des évolués. Je suis revenu à plus de modestie. Et, puisque nous en sommes à la saison des voeux, je nous souhaite à tous deux d'accéder cette année au royaume de Transrubiconie. Bien amicalement, (signé) PATROCLE.

Dans le document qui accompagnait ces deux lettres, nous extrayons ce qui suit :

Je désire  que la 5ème leçon ne soit pas repoussée. Je suis atteint d'une véritable boulimie d'écrits orthologiques. J'ai jeté une sorte d'appel au secours dans mon dernier courrier, ce qui m'a valu de me faire appeler PATROCLE. Mais j'ai maintenant le sentiment de n'avoir pas involué en me rapprochant d'Hubert. Peut-être est-ce réparer une injustice. Je constate les pouvoirs de l'orthologique mis en évidence par Pierre, Bernard et Philippe, et je ne m'éloigne pas d'eux car je sais qu'ils ont raison. Mais je ne sais pourquoi, il me vient une tendresse pour Hubert. Plutôt qu'une involution, je me demande si ce n'était une étape nécessaire.

En qualité de réfractaire, Patrocle est devenu scandaleux. Il s'est disqualifié pour cet emploi. Nous le défenestrons en grande pompe et faisons serment de résister désormais à toute tentation d'affubler nos étudiants de prénoms empruntés à la Mythologie. Loin d'involuer, Patrocle semble évoluer très favorablement. La collection "survivre" laisse souvent ses lecteurs "sur leur faim", et beaucoup s'en sont plaints à juste titre : elle devrait la leur aiguiser, la transformer en boulimie. Plus nombreux encore sont ceux qui méconnaissent l'importance du rôle d'Hubert, qui est notamment le porte-parole de nos opacités. C'est un homme qu'il faut toujours laisser et même faire parler, pour éviter de continuer à confondre nos paresses et notre silence intellectuels avec de la sagesse ou de l'intelligence. Nous devons toujours inviter l'Hubert qui se tient coi en chacun de nous à vider son sac, puis il faut en trier le contenu, où des choses utiles et éclairantes manquent rarement. Félicitations à Patrocle, ou plutôt ABEL, car c'est ainsi que nous le baptisons en qualité d'étudiant non réfractaire.

Dans sa lettre à Philippe, une remarque importante doit retenir l'attention : "Mais je n'en suis guère avancé". Patrocle n'est certes pas le premier à s'apercevoir que, contrairement à ce qu'ont pensé trop longtemps les psychanalystes -et à ce qu'ils sont restés  trop nombreux à penser- la CONSCIENCE et l'AVEU de motivations jugées autrefois inavouables (mais dont on n'est pas loin de se faire aujourd'hui une regrettable sorte de gloire) ne suffit aucunement à nous guérir de nos névroses. Pour nous en débarrasser, en d'autres mots : pour faire éclore en soi des motivations authentiquement humaines, il ne suffit pas de DEPISTER celles qui sont préhumaines (subconscient = subhumain), il faut les COM-PRENDRE. C'est après seulement qu'il devient possible de les REMPLACER par des motivations d'adultes, seules satisfaisantes après douze ans. Voilà ce que fait pour nous l'orthologique.


LE CAS D'ADAM  Voici ce qu'écrit Adam, un autre étudiant qui semblait réfractaire (IM.114) : il a failli être choisi pour tenir le rôle de Patrocle :

Que ma vision du monde soit en train de changer, je le crois. Elle devient, ce me semble, plus accrochée au réel, plus dépouillée ; elle m'ouvre les yeux au pharisaïsme qui guidait ma pensée comme ma conduite. Mais cette perte d'illusion ne s'accompagne d'aucune tristesse, d'aucun découragement. Elle a même un côté reposant : je n'ai plus à me jouer la comédie d'un homme "bien", qui pense et voit juste, qui a su établir en lui une hiérarchie saine et belle, un monde cohérent. Certes, des grincements intérieurs m'avertissaient parfois. J'avais souvent l'impression de n'être qu'une outre gonflée de vent. Je sais maintenant que j'en suis une, et cela me donne le repos à l'esprit...

Mille félicitations à Adam, qui a franchi sans aucun aide, et bien plus tôt que prévu, une grande étape : il a découvert à lui tout seul une des premières conditions de la RELAXATION INTELLECTUELLE, qui vide de leur vent les outres que nous sommes, et prépare la place au réel.


LE "DOSSIER ROSALINDE" (1ère partie) 
1. Une critique du "Défi Européen" :
Je viens de lire le "Défi Européen".
Je crois que vous prenez les étudiants pour des idiots (et je reste polie) : tout ce que vous avez cru découvrir dans le chapitre 5, nous le savions déjà.

Dans le chapitre 6, votre critique de Marx est identique à la nôtre : à part une très petite minorité d'attardés qui n'ont rien à voir avec cette révolution (celle de mai-juin 1968), personne ne  songe à calquer la nouvelle société sur Marx. Si nous parlons encore de lui, c'est à causse de la démarche de sa pensée, de son analyse, qui peut encore être utile. Il ne s'agit pas de prendre tous les points de ses ouvrages et de les appliquer. Il faut le dépasser, et nous en sommes conscients. Nous savons que le progrès est le privilège des bourgeois, mais nous voulons y faire participer les travailleurs. Marx, dites-vous, a sauvé les bourgeois en croyant faire le contraire. Marx le croyait, pas nous. A propos de son inconscience, je vous signale qu'à la faculté de Nanterre un séminaire se propose entre autres d'expliquer Marx par Freud.

Vous ridiculisez le qualificatif de "philosophe" appliqué à Marx. Je le trouve plus philosophe que des Bergson et des Kant, qui ne nous servent strictement à rien.  Auprès de ces baratineurs, Marx a vraiment cherché les problèmes de l'humanité.  S'il n'a pu les résoudre, il les a au moins fait surgir. C'est la seule façon dont j'entends le mot "philosophe" : l'opposé des "chiens de garde" de Nizan.

Au chapitre 7, vous vous demandez si notre révolte était marxiste. La question ne se pose pas : elle ne l'était absolument pas. Si les gens se réfèrent à Marx, c'est que, Marcuse excepté, ils n'ont aucun pilier intellectuel à invoquer. Une preuve de son non-marxisme : elle a commencé chez les étudiants et les intellectuels, puis s'est propagée dans la masse des travailleurs, qui l'ont étouffée. Le schéma marxiste est absolument opposé.

Vous dites que le prolétariat est une abstraction. Sûrement pas économiquement : pour moi, c'est une masse au service de la production et de ceux qui la possèdent. Mais, du fait de son instruction et de son travail, il n'a droit à aucune initiative.

Vous cherchez un socialisme authentique, baigné de liberté : la réponse est le socialisme libertaire. C'est Proudhon quelque peu aménagé. Malgré l'ancienneté de ses écrits, je le trouve à peu près convenable. J'aimerais, si possible, j'aimerais vos critiques sur Proudhon ou sur l'anarchie.

Dernière critique : vos livres ne sont pas du tout vulgarisables. Votre vocabulaire est très spécifique, très scientifique. Qui s'est arrêté devant le baccalauréat ne peut lire qu'armé d'un dictionnaire. Prenons un mot qui revient très souvent : symbiose. Tirez les conclusions vous-même. A part cela je suis d'accord avec tout le reste. En particulier la dernière réplique à la page 95 !!

2. Réponses de Rosalinde au 4è questionnaire.
Q : Les pouvoirs généraux de l'orthologique vous sont-ils devenus perceptibles ? Dans l'affirmative, quels pouvoirs lui avez-vous reconnus ?  R : Une vue aérienne et claire, qui semble faite à la fois de logique et d'une nouvelle sorte de psychanalyse.

Suit une lettre à Bernard :
Je suis d'accord, Bernard, avec vos déclarations, ainsi que celles de Philippe, sur le symbolisme de la machine et ses conséquences. Mais je suis choquée par la façon dont vous attaquez toujours les démocraties populaires. Je ne défends pas les modalités de ces régimes, mais je n'approuve pas votre mépris : je ne pense pas que les dirigeants de ces pays soient plus insincères  que ceux des pays d'Occident, au contraire. Je pense qu'après leur révolution, ces gens-là ont fait du mieux qu'ils pouvaient pour mettre leur pays en valeur, et tenté de libérer le peuple dans la mesure de leurs possibilités (puisque, évidemment, ils ne sont pas orthologiciens !). Vous parlez de ne jeter la pierre à personne, mais ne pouvez vous défendre de la lancer de toute la force de vos sarcasmes sur ces gouvernements. Je reproche aussi à vos cours un ton bien peu modeste, qui est assez agaçant. Quand vous annoncez une de vos "découvertes", vous vous en gargarisez une demi-page avant et une demi-page après, comme si vous veniez de découvrir  l'Origine !

Enfin, vous n'avez pas prouvé la liberté : l'acquisition de flagelles et de chose de ce genre pour survivre n'explique rien : vous n'allez pas me dire que ces êtres unicellulaires ont eu l'intelligence créatrice de se fabriquer un corps organisé et des sens : le monde qui les entourait était en conditionnement qui impliquait une adaptation, rendue nécessaire en outre par l'instinct de conservation. Je ne vois là aucune trace de liberté fondamentale. Enfin, je dois vous dire combien me révolte votre façon d'attirer à votre orthologique en disant : "venez, nous allons faire de vous des dirigeants qui gagnerez plein d'argent !..." Belle morale, belle motivation, en effet !! Voilà de quoi changer l'homme !...

    PIERRE
Cette première partie du dossier Rosalinde fournit des matières aux étudiants-professeurs. La suite en fournira aux apprentis-éducateurs. Nous invitons nos étudiants à s'éprendre de Rosalinde, qui a eu la gentillesse et le courage de se livrer à tous. Nul ne lira son dossier sans un serrement de coeur : le mal que lui ont fait ses maîtres est trop visible et trop étendu. Les dégâts sont si grands qu'il pourra sembler difficile, au début, d'aimer beaucoup Rosalinde : on est tenté trop souvent de lui donner le martinet !

    HUBERT
Certes, mais c'est pour son bien.

    PHILIPPE
Parbleu ! La polissonne en a un besoin si urgent qu'il serait navrant de se refuser la satisfaction de le lui donner !

    PIERRE (aux étudiants)
N'en croyez surtout rien : comme nous tous à l'I.F.O., Philippe s'est épris d'une chaude affection pour Rosalinde. Nous avons pleine conscience de lui devoir mille choses, mais pas de sévérités. Vous avez lu la première partie de son dossier. Peut-être vous semble-t-il déjà accablant, mais je vous demande de nous en croire : il ne l'est pas pour elle. Il n'accable que ses professeurs. Nous devons, tous ensemble, lui donner ce qu'elle n'a pas reçu d'eux. La nature humaine fera le reste, et, si nous ne nous trompons pas trop, c'est le miracle auquel vous allez assister. Vous avez un moyen d'y prendre part : éprenez-vous de Rosalinde telle qu'elle est. En d'autres mots : comprenez-la.


    VIR OECONOMICUS, MULIER OECONOMICA, HOMO SOCIALIS


    BERNARD
Ennuyeuse entre toutes, cette cinquième leçon fournit un début d'explication des raisons pour lesquelles nos étudiants des deux sexes  ont été entraînés sur le terrain économique dès la 2è leçon de ce cours.  L'objectif était de leur procurer la première condition d'une liberté à la fois intérieure et sociale. Toutes les activités de tous les organismes vivants sont implantées sur le terrain économique, qui est celui où se situe le premier de leurs problèmes : la survie des espèces et (accessoirement) celle des individus. C'est sur ce terrain que s'assouvissent nos plus impérieuses pulsions animales, qui font de nous des esclaves tant que nous restons impuissants à les hominiser. Est-il besoin d'ajouter que ces servitudes élémentaires pèsent également, quoique leurs effets soient différents sur les deux sexes ? Vir  ou mulier, Homo oeconomicus  a toujours été un "beau singe" !

D'où vient alors la violente aversion, qui prend les proportions d'un tabou, d'à peu près toutes les femmes pour l'économie politique ? Bien que vital et vécu  entre tous, ce sujet ne les touche , ne les rejoint, ne les atteint pas. Il leur engendre un ennui prodigieux, il les agace profondément. Pourquoi ? Quand nos étudiantes l'auront compris, elles auront franchi un pas immense vers la connaissance d'elles-mêmes. Une des sources de leurs plus lourdes angoisses sera tarie. Une des causes constantes de leur inaptitude à élever des enfants disparaîtra : élever un enfant ou un adulte, c'est lui apprendre à se soustraire à ses servitudes en les acceptant. Je rappelle la prophétie de Philippe dans le premier chapitre des JEUX : vous allez, Mesdames et Mesdemoiselles, aimer -je répète: aimer- l'économie politique et les moeurs étranges des particules subatomiques. Vous allez comprendre ces choses. Or comprendre, c'est toujours aimer.

    PIERRE
Nos étudiantes n'en sont pas arrivées là, mais plusieurs ont fait les premiers pas. Plus horripilées que jamais, d'autres ne pourraient supporter nos leçons si nous nous obstinions à traiter ce sujet. Qu'elles se rassurent : il n'en sera plus question de longtemps. Il sera réabordé brièvement ci et là lorsque, clarifié par application des "règles d'or de la pensée", il ne présentera plus la moindre trace de difficulté pour personne.

    PHILIPPE
Entre-temps les réactions de nos étudiantes à nos mauvais traitements sont remarquablement significatives. L'une d'elle s'est distinguée par la violence de son rejet :

    IF.433
Sont-ce des preuves ? Elles restent virtuelles. Il faut voir par soi-même, observer, expérimenter. L'attitude du ploutocrate de Bernard n'est pas le cas de tous les industriels. D'ailleurs, je trouve votre style inutilement lourd, parfois puérilement "cliché" : le gros industriel borné, les tranches de gigot bien saignant, etc. Cela fait images  d'Epinal : vous vous arrangez pour qu'on ne vous croie pas. Si, à la place de votre long exposé de la théorie des ensembles économiques, j'avais lu votre propre phrase : "La nature nous livre ses richesses au seul prix de notre peine. Nous n'avons donc à payer que le travail des hommes et nos prix de revient sont faits de leurs salaires", ma lanterne se serait éclairée sans douleur- et sans ennui ! Pour quelles raisons noyez-vous le poisson dans une mer de mots, dans un jargon dont vous dénigrez les pouvoirs quand il s'agit de philosophes et autres phénomènes ?

    PHILIPPE
Si nous avons énoncé les lois des ensembles économiques, c'est parce que leurs équations permettent, entre autres choses utiles, la déduction  de la 4è loi du machinisme, dont l'importance ne saurait échapper à quiconque consent à ouvrir les yeux. Mais IF.433 ajoute ces mots : "Par contre, j'ai été consolée par le courrier des étudiants et surtout par Arielle et par la compréhension que vous avez de la vision des choses. Il y a donc de l'espoir !" Porteuse elle aussi de deux chromosomes X, Arielle partage les sentiments  d'IF.433, mais elle n'ignore pas tout à fait la signification du mot "preuve" : elle a fait deux ans de math. géné. C'est pourquoi elle sait que notre jargon n'est aucunement celui des philosophes. A ses yeux, la théorie des ensembles économiques n'est pas seulement simple et claire : elle l'est trop. Arielle a peur d'y croire. Nous ne tarderons pas à comprendre combien cette peur est légitime, mais admirons au passage la puissance des déterminismes issus de deux chromosomes X : même aux yeux d'Arielle, la plus irréprochable des preuves reste lettre morte : encore lui faut-il croire à la chose prouvée ! Pour elle comme pour IF.433, une preuve n'est probante que si elle est vécue. Mais que veut dire ce mot-ci ? Peut-être notre Adélaïde nous aidera-t-elle à le comprendre, car elle vient de franchir sans l'aide de personne son premier pas vers une destinée authentiquement féminine : elle a répondu -en aveugle encore pourtant- à la question posée : pourquoi Adélaïde ferme-t-elle les yeux pour disserter ?

    ADELAIDE
"Parce qu'Adélaïde, bien que quasi-docteur ès sciences économiques, n'a certainement pas assimilé les cours magistraux de sa Faculté, ni le début des leçons d'orthologique. Elle semble avoir une structure cérébrale pleine de courants d'air. Comme elle a reçu une "bonne éducation", elle parle beaucoup, et les jeux de mots l'amusent. Parfois elle retombe sur ses pieds pour admettre qu'elle n'a rien compris. (cf. réponse 4). Ses réponses constituent un puzzle de connaissances atomisées et non intégrées dans une logique même primaire. Adélaïde ne prend pas au sérieux la Connaissance pour la bonne raison qu'elle n'a jamais su expliciter ni revaloriser son minimum de culture acquise à la Faculté..."

En lisant ces lignes épouvantables, des larmes de tendresse viendraient aux yeux d'une statue de bronze, en même temps qu'une rage au ventre envers ses professeurs. Certes les malheureux ne savent ni ce qu'ils font ni pourquoi ils le font, mais leur innocence ne les rend pas supportables. La pauvre Adélaïde ne sait pas encore que sa Faculté s'est appliquée avec une habileté diabolique, à fabriquer des menteurs et des tricheurs professionnels, capables de toutes les malhonnêtetés. Mais, faute d'un chromosome Y, notre gentille Adélaïde ne peut s'acquitter "honorablement" de ces fonctions. Elle ne peut s'empêcher de dire en toute candeur sa vérité de mutilée restée obstinément femme malgré ses peines et celles de ses maîtres, malgré sa docilité de gentille fille, malgré sa "bonne éducation" ! Que de peine et d'argent gaspillés par Ubu-Roi ! Tant qu'on n'aura découvert un moyen d'infuser un chromosome Y aux filles, la rentabilité de l'opération tromperie qu'est l'enseignement universitaire en sciences humaines restera dérisoire. On peut les rendre stupides, et, dans les cas les plus réussis, venimeuses. On peut les rendre inaptes à leurs tâches de mères et d'épouses, mais il est et restera impossible d'en faire des économistes dignes de ce nom, capables de tromper tout le monde sans un battement de paupière.

Pourquoi ce rôle doit-il être celui des économistes ? L'ABC d'une bio-sociologie à peu près scientifique suffira à nous le révéler si nous consentons à regarder ce qui s'est passé sur notre planète depuis quelque deux siècles, lorsque naquit la machine. La révolution industrielle qui s'ensuivit consistait à multiplier la productivité des hommes. Qu'il dût en résulter une révolution biologique est évident : les agents naturels de la limitation des populations, dont le principal est la sous-nutrition, perdraient progressivement leur empire sur nous. Dès à présent ils ne jouent plus qu'un rôle mineur chez les nations industrielles : l'automobile à elle seule est plus meurtrière !
L'industrie a eu pour effet de substituer les conditions de l'abondance au régime de pénurie qui, biologiquement, fut celui des hommes depuis toujours. Certes, la plupart des économistes contestent cette substitution. A leurs yeux, l'abondance est restée utopie,  et ils n'ont pas tout à fait tort : un régime d'abondance n'a été toléré sur cette planète que dans l'unique cas de l'Allemagne hitlérienne. Mais les Allemands eux-mêmes ne savent ni comment cette chose s'est faite ni pourquoi elle ne fut possible qu'en Allemagne. Ils l'ignorent parce qu'ils ne veulent pas le savoir, et ce phénomène d'intolérance au vrai est universel. Il faut donc qu'il obéisse à des raisons spécifiques, qui affectent notre espèce tout entière.

Quelles peuvent-elles être ? C'est la question que se posa Léon-David Steiner. Il y répondit par une hypothèse qui avait le mérite de prendre appui sur un FAIT indéniable : l'autorité ploutocratique repose sur la pénurie. Nous verrons l'hypothèse steinérienne tout à l'heure. Commençons par un coup d'oeil sur le FAIT invoqué, pour nous assurer de sa réalité. Il est clair, en effet, que les hommes dont les besoins sont comblés peuvent devenir indociles à l'argent. On peut les tenter, les séduire, mais ils ne se laissent pas contraindre. Les affamés, eux, sont sans défense : ils ne discutent ni les salaires ni les ordres. les colonisateurs du siècle dernier s'en sont aperçus : ils se virent obligés de créer des besoins à la main-d'oeuvre indigène lorsqu'ils ne pouvaient la forcer. Donc, si la "loi d'airain" (celle de la faim, de la concurrence à mort ) cessait de gouverner les humains, les conséquences seraient celles-ci :

1. La contrainte par la faim échapperait aux puissants.
2.    Il leur faudrait agir sur les classes dirigées par des moyens humains au lieu de préhumains.
3.    Ils devraient apprendre  à exercer l'autorité au lieu d'en hériter les moyens sans nulle peine, ou de l'asseoir sur la force policière.
4.    Bref il leur faudrait substituer la conscience humaine à l'instinct animal dans les rapports sociaux.

Ce serait le monde à l'envers : un renversement des idoles, une inversion des traditions, des usages, des habitudes, des valeurs matérielles, intellectuelles, morales. Les puissants et les maîtres y perdraient tout ce qu'ils possèdent. Il leur faudrait céder les postes de commandement à des hommes simples et vrais , qui n'auraint pas plus le besoin de paraître importants qu'Einstein n'éprouvait celui d'éblouir ses contemporains par l'élégance de ses vêtements. Lorsqu'ils sont libérés du besoin de paraître ce qu'ils ne sont pas, les humains deviennent ce qu'ils sont. Face à des hommes de cette sorte, les imposteurs de la puissance, du savoir et de la gloire seraient vite engloutis dans un abîme de subalternité et d'oubli.

On conviendra que, si les puissants et les maîtres avaient été conscients des conséquences inévitables d'un régime d'abondance, il y aurait eu de quoi leur engendrer une terreur panique. Tout plutôt que cet indicible désastre ! Mille fois plutôt la mort que cette humiliation totale ! Et cinq mille fois plutôt le collectivisme et ses policiers, qui, au moins, seraient des hommes tout pareils à eux. Une chose, cependant, est certaine : les puissants et les maîtres n'ont jamais été conscients de ces choses : tout ce qui a été publié depuis deux siècles en fait une avalanche de preuves.

Mais il faut quand même se poser une question : qu'auraient-ils pu faire s'ils en avaient été conscients ? Quels actes auraient-ils pu poser si leur objectif conscient avait été de s'abriter des conséquences d'un régime d'abondance ? De quels moyens disposaient-ils et dispose-t-on pour ôter aux humains toute possibilité de désobéir à leurs chefs ? Et, à défaut, pour faire durer la pénurie dans un monde où la productivité a pris le mors aux dents ? Trois solutions évidentes sautent aux yeux :

1.     La plus sûre et la plus définitive est celle qui substitue le collectivisme au capitalisme. L'esclavagisme résout idéalement tous les problèmes de l'autorité préhumaine.

2.    A défaut, une pénurie artificielle  peut sauvegarder l'autorité ploutocratique. La création de besoins nouveaux et la stimulation de ceux qui existent peuvent contribuer aux mêmes résultats.

3.    Si, malgré ces précations, la productivité devenait menaçante, un moyen sûr de perpétuer le règne de la faim serait la multiplication des hommes. Tout rentrerait dans l'ordre (préhumain) le jour où les ressources de la planète seraient à nouveau insuffisantes pour les nourrir tous. Pour aller plus vite, il serait sage de veiller en même temps au saccage des dites ressources : il faudrait hâter l'érosion des terres arables, ralentir la percolation des eaux et polluer les océans.

    PIERRE
Arrêtez, Philippe : vous nous donnez des sueurs froides ! Je n'ai, de ma vie, rien entendu de si atroce !

    MEDICUS
Rappelez-vous, mon cher Philippe, que nous en sommes à la cinquième leçon. Nos étudiants ne sont pas encore "vaccinés". Administrée aussi vite à des doses imprudentes, la vérité peut leur être nuisible.

    PHILIPPE
Il y avait, dans notre dernier questionnaire, l'article 6. Or, pour la première fois cette année, personne n'a demandé de ménagements. Tout donne à prévoir que nous aurons, dans nos étudiants inscrits cette année, un solide contingent de collaborateurs courageux, auxquels les emplois ne manqueront pas. Cependant, peut-être y sommes-nous allés un peu fort en effet. Repoussons à plus tard la suite de ce tour d'horizon. Mais, d'ores et déjà, la rage au ventre viendrait à une statue de granit : c'est pour lui faire faire cette épouvantable besogne que notre douce Adélaïde s'est vue jeter un sort. Coûte que coûte, il fallait qu'elle ne s'en doûtat point. Il fallait lui ôter toute tentation d'ouvrir jamais les yeux. Il fallait lui procurer les sauvegardes d'une "sécurité bien construite", puis lui apprendre à "disserter" en faisant son affaire de n'importe quel argument, pourvu qu'il soit faux ! On conviendra qu'elle s'est montré bonne élève : tout ce qu'elle écrit "fait bien" tout en étant assez stupide pour s'intégrer dans un système de pensée où l'abondance est -et doit être- un facteur sûr de pénurie. Adélaïde s'est montrée très digne de son doctorat : bénéficiaire d'une "bonne éducation", elle fait docilement ce qu'on lui a appris. Puis -patatras !- la voilà qui retombe sur ses pieds féminins pour avouer qu'elle n'y comprend rien ! Vierge de chromosomes Y, elle n'est pas faite pour le métier de complice. Ses maîtres et ses condisciples mâles ne savent évidemment pas ce qu'ils font, mais ils le font quand même. Adélaïde ne le sait pas plus qu'eux, mais elle ne le fait pas !! Elle a vécu cette aventure sordide pendant d'interminables années, mais la vie qu'on lui a fait mener n'ayant jamais été pour elle "DU VECU", elle ne s'en est pas laissé pénétrer. Adélaïde, gentille Adélaïde, souffrez que cinq professeurs fictifs vous embrassent !


    LE CAS D'ARIELLE


    PIERRE
Nous nous doutions qu'Arielle ferait recette : qui résisterait à une femme restée vivante ? L'homme capable de lui être indifférent n'a pas été inventé par la nature. Mais Arielle fait fureur aussi chez les femmes : toutes se reconnaissent en elle. Pourquoi ? Parce que la féminité est à la fois monolithique et éternelle. Toutes les femmes, mêmes celles qui semblent ne l'être pas, sont féminines ! "A chacune", écrit IF. 433 (qui s'est laissée séduire aux contes d'un jeteur de sort nommé Pirandello), "sa vérité". Il semble bien que non : à toutes la vérité d'Arielle !

    PHILIPPE
Hé ! Hé ! Arielle abuse de la situation. Ecoutons-la répondre à notre 10ème question : "Déduisez des propos d'Arielle, etc." :

    ARIELLE
Je crois que vous l'avez déduit vous-mêmes : ressentir au lieu de réfléchir et expliquer. Ce n'est qu'à partir du moment où j'ai commencé à ressentir que j'ai eu l'impression de commencer à VIVRE.

    PHILIPPE
Vous ne croyez pas que non ? Nous l'avions prévenue : "Nous n'aurons garde de répondre nous-mêmes à cette question". Et la voilà qui nous accuse de l'avoir fait ! J'en suis d'autant plus suffoqué qu'elle dit -presque vrai !

    BERNARD
Elle dit même tout à fait vrai, mais elle ne dit pas tout.

    PHILIPPE
L'honneur est sauf : il lui reste à franchir  sans notre aide un tout petit pas. Nous lui rappelons qu'elle était invitée à désenfouir, dans les grands fonds de l'inconscient féminin, ce qui, dans le cas de son sexe, est homologue du "toutes-les -femmes-et-tous-les privilèges" de ces messieurs, c'est-à-dire quelque chose d'infiniment blamâble, propre à apoplexifier les moralistes les plus exsangues. Quelque chose de mal, ma chère Arielle, de très, très mal ! Quelque chose qui vous cramoisirait les joues si vous étiez le moins du monde stupide. Une chose, ma chère Arielle, qui -quand vous l'aurez découverte- vous fera vous donner de grandes claques sur les cuisses en hurlant de rire ! Pour vous mettre sur la voie, veuillez bien jeter un coup d'oeil sur la page 85 du "Défi Européen".

Mais j'aimerais, dès à présent, poser une toute petite question à Arielle. Adélaïde a vécu de longues années d'une vie qui n'a pas été faite, pour elle, de "vécu". Mais, pour Arielle, ses stages de dynamique de groupes et sa psychanalyse ont été "vécus". Ont-ils, pour autant, fait partie de sa vraie  vie ?

    MEDICUS
J'ai eu des patients qui ne se sentaient vivre qu'hors de leur vraie vie. Etendus sur une couche et stimulés par les silences d'un psychanalyste ou par ses propos, ils croyaient être vivants. Sitôt relevés, ils cessaient de vivre.

    PHILIPPE
Ne serait-il sage de regarder d'un oeil quelque peu réservé une soif de "vécu" situé hors de la vie ? Le vrai "vécu", celui qui enrichit parce qu'on le vit en vivant, ne serait-ce ailleurs qu'il faut le chercher ? Nous avons nos petits soupçons, et nous aimerions inviter Arielle à les vérifier en elle-même lorsque l'inconscient féminin lui sera devenu conscient. Qu'en pense-t-elle entre temps ?


LES AMORCES DE PREUVE    Deux étudiants ont fait à nos questions des réponses importantes, qu'il faut examiner de près :

    IF. 212
Je n'ai rien à op poser à IM.111, si ce n'est l'emploi du mot "preuve" amors qu'il n'y a pas de preuves. Mais l'orthologique semble agir comme révélateur. Elle simplifie tout ce qu'elle touche, et c'est toujours si "bête comme chou" qu'on se trouve bien vexé de n'y avoir pas pensé soi-même.

    IM. 236
Pour moi, rien de tout cela ne constitue une "preuve". Une preuve doit être impersonnelle, comme le carré de l'hypothénuse. Or je doute fort qu'un Communiste approuve vos analyses du marxisme, et je me suis rendu compte que bien des gens réfusent d'admettre que les coûts à l'exportation sont nuls. D'ailleurs puisque l'orthologique est globale, il semblerait qu'elle ne puisse apporter de preuves avant que l'image complète ait été élaborée.

On voit les choses ou on ne les voit pas. Ceux qui ne les voient pas sont, dites-vous, aveuglés par leurs motivations ou leurs programmations. Je souscris volontiers à cette hypothèse. Il n'en demeure pas moins que les preuves ne prouvent rien à ceux qui ne veulent pas les voir, à ceux qui n'ont pas la ... grâce. Les propos d'IM.111 ressemblent beaucoup à une profession de foi. D'autre part, le fait de voir des preuves dans ces exposés ne prouve pas l'efficacité de l'orthologique, car il ne semble pas prouvé que ce soit l'orthologique qui engendre ces visions, ni même qu'il y ait un lien entre elles. Ce n'est pas parce qu'on approuve les thèses d'un auteur qu'on peut en déduire qu'il est inspiré par une "intelligence supérieure".

    PIERRE
Nous remercions vivement ces deux étudiants, qui ont mis en évidence une grave lacune dans nos leçons. Certaines preuves orthologiques sont si différentes de celles qui nous sont familières qu'elles peuvent passer inaperçues de ceux-là mêmes qu'elles rallient sans les convaincre, ce qui semble être le cas d'IM.236.

Nous extrairons d'abord du RUBICON, page 276, ce passage : "Ce qu'il s'agit de prouver à la satisfaction de tous, c'est que les pouvoirs de l'orthologique sont supérieurs. Et il faudra faire mieux que le prouver, L'IMMENSE MAJORITE DES HUMAINS ETANT INSENSIBLES AUX PREUVES. Il faudra le "démontrer" comme se démontrent les mérites d'une machine à laver : en faisant voir que le linge en sort propre ..."

IM.236 constate que bien des gens se refusent à admettre que la production des biens ne coûte pas d'argent -alors précisément que ce détail se trouve avoir été prouvé IRREFUTABLEMENT !  Ces gens-là, donc, sont aussi insensibles aux preuves logiquement impeccables  utilisées dans le "Défi" que quatre-vingt-dix pour cent des humains le sont à celles qui donnent satisfaction aux mathématiciens. Mais leur imperméabilité ne diminue en rien la valeur probante des arguments mathématiques. Elle ne leur en ôte pas plus que l'adhésion des mathématiciens à leurs propres démarches ne leur en ajoute. IM.236, qui est ingénieur, se laisse convaincre par la géométrie. Mais il serait tout aussi imprudent d'attribuer une intelligence supérieure à Euclide qu'à tous autres auteurs dont nous approuvons les thèses ou les travaux. En revanche, lorsque des démonstrations (dans le sens où ce mot s'applique aux machines à laver) corroborent les acquisitions des mathématiciens, par exemple en nous procurant la satisfaction de ramener sur la Terre quelques morceaux de Lune, il devient permis -et même obligatoire- de tenir pour prouvée l'adéquation des mathématiques à cette sorte d'exploits. Et voilà tout !

Mais est-ce bien tout ? Eh bien, non : il reste à répondre à la vraie question, à celle qui était restée sans réponse avant l'émergence de l'orthologique :"Combien d'arguments à la noix pour se mettre une noix sous la dent ?".  En d'autres mots : combien de démonstrations  font une preuve ? Cette question-ci se trouve au coeur même de la logique multicruciale. Aussi est-ce par le moyen d'une image, car cette logique se visualise bien mieux qu'elle ne s'explique, que nous essayerons  d'en illustrer l'application au cas présent.

Nous vivons si entourés d'impénétrables mystères que notre cas est comparable à celui des Egyptologues antérieurs à Champollion. La nature nous bombarde de messages cryptiques que nous ne pouvons déchiffrer : le code nous manque. Pendant la guerre, ce problème confrontait chaque jour les hommes chargés de percer le mystère de cryptogrammes indéchiffrables, mais qui devenaient limpides, "bêtes comme chou", sitôt qu'on en avait la clé. Le contenu  de ces messages, bien sûr, n'en était pas prouvé. Mais, ce qui l'était de plus en plus à mesure que se déchiffraient un plus grand nombre de mots, c'est la valeur de cette clé. Lorsqu'elle les déchiffrait tous, aucun doute ne pouvait  subsister : on avait affaire au vrai code. C'était "prouvé".

Tel est le cas de l'orthologique : elle a permis d'élucider des mystères dans les domaines les plus variés. Tout comme les textes pharaoniques depuis Champollion, l'économie, la sociologie, la biologie, l'épistémologie, la psychologie (et bien d'autres choses qui défileront à leur heure dans ce cours) en ont été rendues intelligibles et mêmes intelligentes, alors qu'elles ne l'étaient pas naguère.

Nous pensons -mais touchés en effet par la "grâce" orthologique, nos jugements sont suspects- que les sciences humaines n'ont jamais bénéficié d'aucune preuve dont la valeur soit comparable à celle-là. Nous pensons même que, fondées sur la seule statistique, les sciences physiques -si l'orthologique ne s'appliquait à elles aussi bien- auraient désormais beaucoup à envier, en matière de preuves, aux sciences humaines. Telle nous semble être la "visualisation" exprimée par IM.111 en termes imagés mais nuancées d'une pointe d'humour qui différencie plaisamment ses propos de ceux des personnes vierges d'esprit critique qui proposent des professions de foi en guise de preuves. Mais il en va de cet humour comme de tout le reste : c'est une chose qu'on sent -ou qu'on ne sent pas tant que l'orthologique ne nous a développé l'odorat. L'orthologique utilise TOUS nos moyens d'aperception, et c'est pourquoi elle est en effet révélatrice  comme rien ne l'a jamais été, mais qu'on ne s'y trompe pas : rien non plus n'a jamais été si probant.

Mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines. Que ceux qui n'aiment pas la logique veuillent bien nous pardonner nos longueurs et lire quand même : pour se découvrir tels qu'ils sont, il leur faudra coûte que coûte apprendre à se servir de toutes les ressources dont la nature les a dotés. Il reste à répondre à la question très pertinente posée par IM.410, puis à entrer dans le vif, dans le "vécu" du sujet.

Comment sait-on que tel raisonnement est orthologique, et que tel autre ne l'est pas ? Remarquons tout d'abord qu'un même raisonnement sera orthologique ou non selon qu'il est mis à sa place (qu'il s'intègre) dans une image globale ou qu'il ne l'est pas. Exemple : les propos d'Adélaïde sur la relativité sociale de la richesse n'étaient pas faux, mais leur juste place était de l'autre côté de la barrière. Ils étaient applicables aux richesses réelles, peu aux richesses symboliques. Ensuite et surtout, l'orthologique s'emploie bien plus à mettre en lumière l'opportunité des raisonnements que leur justesse, leur fausseté étant le moindre des périls qui nous guettent. Alors que la logique traditionnelle nous sert le plus souvent à tromper habilement, à tromper par le moyen de raisonnements justes ou non, l'orthologique nous fournit les moyens de ne pas nous tromper -même quand nos raisonnements sont faux ! On a vu dans le RUBICON combien le cas est fréquent même chez les scientifiques. Dans nos prochaines leçons on verra les raisons pour lesquelles, avant l'émergence de l'orthologique, il ne pouvait en aller autrement.

Reste la question fondamentale, qui est l'orthologique vécue. Ce qu'ont voulu dire ceux qui n'ont pas trouvé de "preuves" de l'efficacité de l'orthologique dans la collection "Survivre", c'est qu'ils n'en ont pas découvert en eux-mêmes. Ne vivant pas en eux, elle ne les a pas changés. Ce qu'ils nous reprochent à trop juste titre, c'est l'inefficacité de notre ENSEIGNEMENT, pas celle de l'orthologique. Et, au point où nous en sommes, ils ont raison. Nous n'avons jamais réussi à provoquer l'émergence d'une orthologique vécue avant la 7ème leçon. Or c'est lorsqu'elle est vécue que tout change : c'est alors seulement qu'affleure l'intelligence supérieure -l'intelligence spécifique- dont la nature nous a dotés tous, mais qui reste enfouie dans l'inconscient tant que nous sommes ployés sous le poids d'un atavisme non seulement hérité de nos pères, mais exploité à leurs fins secrètes, insues d'eux-mêmes, par nos éducateurs.  L'I.F.O. est impuissant à transformer ses étudiants d'un coup de baguette magique. Nos techniques ont beau s'affiner chaque année, la vérité toute nue est que nous balbutions encore nos premiers mots. Sans doute fera-t-on mieux dans quelques années. Pour l'instant, nous ne pouvons faire à nos étudiants qu'une recommandation : soyez patients. Supportez, si maladroites soient-elles, quelques-unes encore de nos leçons avant de commencer à en mesurer l'efficacité.


UN JUGEMENT   Pierre a trouvé dans son courrier la lettre suivante :
Je m'adresse à vous, mon cher Pierre, parce que vous me semblez le seul personnage réel de l'équipe. Vos livres et vos leçons m'intéressent. Voici en peu de mots ce qui m'y plaît :
   
1.    Vous préconisez un dépouillement des conditionnements dont nous sommes les victimes depuis des siècles.
2.    L'orthologique semble apporter un moyen de simplifier et de structurer les problèmes.
3.    J'approuve la priorité donnée au problème de l'Université, mais je pense que celui de l'Information est aussi important et urgent.
4.    Vous semblez animés d'un désir sincère d'aider le genre humain, qui en a bien besoin.

Mais ce qui suit me plaît moins :
1.    Votre façon de promettre la Lune en remettant toujours à la leçon ou au bouquin prochain.
2.    Vos couplets sur le prosélytisme, qui semblent trahir vos conditionnements de Chrétiens. Je suis persuadé qu'on ne peut rien apprendre à ceux qui ne cherchent pas. Je pense qu'on ne peut rien apprendre à personne : à chacun d'apprendre pour son compte.
3.    Votre présentation de l'orthologique comme la panacée qui résout tout.
4.    Je ne crois pas au point de non-retour. Nous sommes toujours exposés aux rechutes. Pour parler en Chrétien, on peut être touché par la grâce et la refuser. C'est cette liberté qui fait la grandeur de l'Homme.

Que pensent de tout cela les étudiants-professeurs et les apprentis-éducateurs ?


L'URGENCE    Selon Bernard (page 5), la solution mécanique de nos problèmes économiques créera beaucoup plus de problèmes individuels et sociaux qu'elle n'en résoudra, et bien plus difficiles. Mais, ajoute-t-il, la noobiologie les résout magnifiquement du premier au dernier. Le plus grave est le saccage de notre planète. On parle  certes beaucoup des pollutions et des destructions frénétiques dont nous sommes les auteurs, mais que fait-on pour y remédier ? Moins que rien ! Mal renseigné, le public est peu conscient de l'étendue des dégâts ni, moins encore, de l'imminence des dangers. Mais un petit livre paru il y a quelques années aux Editions Albin Michel : "Vous n'allez pas avaler ça !…" par Fanny DESCHAMPS. Journaliste de métier, elle a traité ce sujet en "reportages". Nous engageons nos étudiants à lire cet ouvrage, bien qu'il ait les défauts de ses qualités : il est facile à lire, mais un tantinet "sensationaliste" et quelque peu irrespectueux de la justesse des détails -dans lesquels il entre d'ailleurs assez peu. Il prête le flanc ci et là à des critiques mineures, mais a le mérite rare de présenter un aperçu panoramique du problème. La vérité d'ensemble  y apparaît bien mieux que ne peuvent la montrer les auteurs scientifiques spécialisés, et ce livre se lit aussi facilement qu'un roman d'aventures.

Nous doutons peu qu'après avoir pris connaissance des FAITS TELS QU'ILS ONT, nos étudiants SAURONT ce qu'ils ont à faire pour échapper à un sort d'Apocalypse. L'orthologique fournit les moyens de mettre une fin IMMEDIATE - c'est une affaire de quelques mois- aux pratiques insensées qu'imposent aux hommes les nécessités d'une survie financière incompatible avec celles de la survie physiologique.

La diffusion de l'orthologique, qui concilie les conditions de la vie, celles de la prospérité et celles de la liberté, est une question de vie ou de mort imminente pour tous les humains.


    PSYCHOLOGIE CONTEMPORAINE


    IM.720 (qui est psychiatre)
Qu'appelez-vous "psychologie contemporaine" ? Ou vous n'y connaissez pas grand chose ou vous prêtez à vos élèves des connaissances suffisantes pour séparer le bon grain de l'ivraie. Ces deux hupothèses sont peu vraisemblables. Il y a de tout dans la psychologie moderne : des conneries sinistres et de merveilleuses espérances. Mettre tout cela dans le même sac est une généralisation non seulement hâtive mais abusive, et je pèse mes mots.

Bien sûr, les acquis de la psychologie moderne caricaturent, trahissent et ne sont pas également valables à tous les niveaux. Puisque vous êtes des scientifiques, pourquoi vous en indigner? (C'est nous qui soulignons ce mot parce qu'il nous a surpris : n'éprouvant aucune indignation, nous ne nous pensions pas exposés à en montrer) C'est le sort de toutes les sciences à leurs débuts et la psychologie en est là. Vous feriez mieux de ne pas manquer de saluer le positif avant de déprécier. Cela aiderait à vous faire entendre. Par ailleurs vous semblez confondre psychologie classique et clinique. Ne sauriez-vous pas qu'une explication intellectuelle ne sert à rien en psychologie clinique et qu'ON NE S'EN SERT PAS ? Or cette psychologie pratique vise précisément à rétablir la liaison entre sentir et penser.

C'est la culture occidentale qui est génératrice de schizophrénie par MANQUE d'éducation psychologique, et non la psychologie qui nous rend fous et nous divorce d'avec nos semblables et d'avec nous-mêmes. On peut faire gober presque n'importe quoi à presque n'importe qui, mais qu'est-ce qui vous oblige à essayer avec des gens comme vos clients ? L'empathie et l'observation directe, selon vous, ne serviraient  à rien ? Il faut se connaître soi-même, ce qui n'est vraiment pas nouveau ! La-dessus vous prétendez connaître les "lois naturelles de la pensée consciente, et qu'en s'y soumettant la synthèse des pensées discursive et affective se réalise spontanément". Dès lors, il n'est plus besoin de se faire analyser pour se connaître. Veinards ! Il suffirait de connaître la "Nature Humaine" ? Quelle est cette sirène et comment parle-t-elle ? Soyez certain que je l'attends au tournant !
Quant à vos avertissements répétés concernant le "voyage sans retour", permettez-moi de sourire. Vous pensez donc n'avoir affaire qu'à des gens apeurés du réel, à des enfants de choeur ? Je ne voudrais pas vous fâcher -vous semblez si bien intentionnés- mais, parmi vos 32 savants, n'y aurait-il une majorité de grands enfants ? Ne parlez pas de vos fourberies : on vous crédite aisément des meilleures intentions. Mais ne seriez-vous aveugles à vos propres boy-scouteries ?

    PIERRE
L'enfer est assurément pavé de bonnes intentions et de celles de beaucoup d'autres gens : qui s'en croirait indemne ? Mais il ne pouvait s'agir, dans notre 3ème leçon, de psychologie académique ni clinique. IM.720 fait erreur sur un point : il a perdu de vue que  nos  … "clients" vont de la jeune paysanne qui a son certificat d'études primaires pour tout bagage académique au professeur d'université et au médecin.  Nos premières leçons ne pouvaient donc être que ce qu'elles sont : des stimuli auxquels il nous faut observer les réponses. C'est à la fois de la psychologie et de la pédagogie expérimentales. La vivacité de celles de IM.720 au léger stimulus contenu dans cette leçon bénigne donne à penser que, faute de précautions oratoires, nous avons blessé son amour-propre  professionnel.

Or sa profession de psychothérapeute n'était pas en cause : c'est de SIRIUS que nos étudiants ont été invités à jeter un coup d'oeil sur la psychologie dont les effets nous semblent se révéler dans les comportements de l'homme-de-la-rue contemporain.  Entre autres choses aisément observables, les boy-scouts puritains d'outre-Atlantique sont devenus, en moins de deux générations, contestataires et morphinomanes. "Les malheureux ne se doutent pas" disait Freud en débarquant aux U.S.A., "de la virulence du poison que je leur apporte..."  Et, interrogé par Jacques Dartan, un psychanalyste parisien de quelque réputation, le Dr. LEIBOVICI, s'est déclaré impuissant à rien trouver dans la psychanalyse qui puisse être utilisé en pédagogie ni en sociologie. C'est une des raisons par lesquelles nous avons cru devoir mettre nos étudiants en garde contre une psychologie vulgarisée  dont quelques-unes des séductions pourraient être néfastes dans leurs effets, notamment, sur la disparition de "surmoi" autrefois tenus pour "moraux". Nous pensions qu'il serait prudent de les remplacer avant de les détruire. Voilà tout pour l'instant.

    IM.732 (qui est professeur de  Lycée)
N'étant pas psychologue, je ne sais si la psychologie contemporaine défavorise la sympathie. Mais le peu que je sais de la psychologie enfantine et de l'origine de certains troubles, incapacités, inhibitions chez les enfants me les rend plus sympathiques.

    PIERRE
Indéniablement, toute théorie (juste ou fausse) qui transforme en victimes ceux qui étaient naguère des coupables  nous pousse à les plaindre plutôt qu'à les blâmer et à les soigner au lieu de les punir. Et l'on ne peut contester la valeur thérapeutique d'une déculpabilisation. Mais elle est gravement ambivalente : son corollaire est l'irresponsabilité. Or l'homme, la femme ou l'enfant qui se réclame de son irresponsabilité pour encourager ou justifier sa propre "méconduite" (mot dont la signification biologique est indéfinissable au point où nous en sommes dans ce cours, mais dont les effets psychologiques se devinent aisément) n'éveille guère la sympathie d'autrui ni la sienne propre. Dans l'état présent des connaissances psychologiques, il est prudent de se rappeler que toutes thérapeutiques fondées sur la psychanalyse sont -ou peuvent être- AMBIVALENTES.

    IF. 798 (une mère au foyer)
Depuis que j'ai lu le RUBICON, je retrouve chez plusieurs amis et amies qui ont été psychanalysés les traits dénoncés par Hubert chez le "petit peuple de neveux et de nièces issus des "épousailles imprudentes" (sic) de ses belles-soeurs, mariées à des psychiatres ! :

Non contents de gaspiller leur vie à s'interpréter eux-mêmes au lieu de vivre, ils empoisonnent celle des autres en les interprétant aussi : "Oncle Hubert prétend aimer les géraniums. L'innocent ne sait pas qu'il trahit ses tendances à l'inceste". -"Tu crois ?", répond Justine qui, depuis quelque temps, et amoureuse d'un adlérien. "A mon avis, il surcompense des humiliations subies aux mains de sa nourrice…" Et ainsi de suite, à longueur de journée.. C'est parfaitement horripilant. (RUBICON, p.8)

Mes psychanalysés sont moins drôles, mais tout aussi horripilants !

    PIERRE
Il s'en faut que les psychananlysés soient les seules victimes de cette tendance. La plupart d'entre nous avons absorbé dans l'atmosphère d'un siècle "psychologisé à outrance" une tendance à épier les motivations  de nos interlocuteurs, et nous cherchons à comprendre non pas ce qu'ils disent ou expliquent, mais ce qu'ils trahissent d'eux-mêmes dans leurs propos. Rien ne saurait être moins générateur de compréhension et de sympathie que cette sorte d'espionnage perpétuel.

Le père de la psychanalyse, Sigmund Freud, était un publiciste  génial, qui savait diffuser sa pensée. Rappelons-nous une remarque importante de Philippe à la page 89 du Rubicon :

    PHILIPPE
"Il aura fallu un biologiste pour remarquer que la révolution freudienne NE SE SITUE PAS SUR LE TERRAIN PSYCHOLOGIQUE. Quoi de plus énorme, pourtant que ce FAIT- là ? Pourquoi ne le voyons-nous pas ? Sans doute parce que nous réduisons Freud à nos petites tailles. Pour nous, il est le père de la "psychologie des profondeurs", de notre psychologie : les profonds, c'est nous. Mais qu'est-il pour les masses dont il a bouleversé les destins ? C'est bien simple : il n'est RIEN. Je pense aux gens de mon village : pas un sur cent ne sait que Freud a existé ; pas un sur mille ne lui a échappé. Dans mon village, par la grâce de Freud, on divorce, on couche avec sa belle-soeur, et l'on fait mille choses licencieuses. Les petites filles de mon village se croiraient gourdes si elles parvenaient vierges au mariage. Dans mon village des structures morales millénaires ont été volatilisées par un inconnu nommé Freud, dont nul n'a entendu parler mais auquel on doit le privilège de forniquer gentiment en famille sans que cela fasse trop d'histoires dans les familles ni dans les consciences démoralisées".

    PIERRE
La place prise par l'information publicataire depuis le début de ce siècle n'a cessé de s'étendre. L'actualité de cette influence devenant chaque jour plus brûlante, la nécessité d'aborder ce sujet dans notre cours est devenue impérieuse.


    SOUS LE SOLEIL RADIEUX DE LA PUBLICITE


    PHILIPPE
C'est aux Etats-Unis que la toute-puissance de l'information publicitaire se manifeste le plus, qu'elle s'exploite le mieux et que ses origines sont le plus spectaculaires. L'inoubliable interview accordée par une actrice à chevelure rouge que nous pleurons encore, Rita Caroth, à un journaliste génial en a constitué une étape décisive :

    Une Interview inoubliable

-    Me confierez-vous Rita, quelques secrets ? D'où vient, tout d'abord, votre succulent teint de pêche ?

-    Ne le répétez pas : toutes les femmes m'éclipseraient la semaine prochaine. Tout  à fait entre nous, je le dois à la merveilleuse douceur du savon PALMOLAVE. Toute femme qui s'en caresse le visage quatorze fois par jour est assurée d'emporter au paradis un teint de pêche succulent.

- Et votre sourire, Rita, qui met la planète en transes ?

-    Mon sourire est le secret de Polichinelle. Il n'est jusqu'aux hommes qui ne conquièrent toutes les femmes au COLPEPSIDONT. Moi-même, qui en sais la magie, ne puis m'empêcher de succomber à l'envie  d'immoler ma pudeur aux mâles qui se brossent les dents au COLPEPSIDONT.

-    Et la beauté dont le monde entier s'extasie, la beauté, Rita de vos mains ?

-    J'en ai laissé le secret dans mon testament spirituel à ma fille. "N'oublie jamais, Aphrodyne, le voeu de ta maman : enduis soir et matin tes petites mains de crème PANDERMINA : elle contient du gardollo et du stroupfkz". Il est bon, comme on voit faire les mamans à la télévision, d'embellir de connaissances scientifiques l'esprit des petites filles.

-    Où ai-je la tête, Rita ? Je suis un misérable : j'allais oublier votre inoubliable silhouette !

-    Désolée, cher ami. Mon agent est en pourparlers avec trois frabricants de soutien-gorge. Des cavales sauvages ne m'arracheraient pas de confidences sur le miracle de ma silhouette avant l'issue de ces négociations.

   
    "Psychologie Contemporaine"
   
    PHILIPPE
Cette mémorable interview entraîna dans une valse énivrée un nombre si fabuleux et si grisant de milliards  de dollars que l'humanité en est restée dans une extase. Toutes les ressources de la psychologie et de la technologie modernes sont consacrées depuis lors à la diffusion d'INFORMATION PROFITABLE sur les terrains mercantile, politique, social, intellectuel, artistique, spirituel, et partout où peuvent se récolter quelques bribes de pouvoir ou gagner quelques sous. Ainsi, les habiles gens qui se croient "à la page" (et les naïfs qui les imitent) se jugeraient déshonorés d'attribuer à qui que ce soit le moindre désintéressement ou une trace quelconque d'humanité, ni la plus petite tendance à dire la vérité. Nous nous méfions de nos interlocuteurs, les surveillons au lieu de les écouter et, loin de chercher à comprendre ce qu'ils disent, nous voulons découvrir pourquoi ils le disent et ce qu'ils ont ou croient avoir à y GAGNER. S'ils nous livre le fond de leur coeur sans dévoiler de motivations  assez sordides pour "sonner juste" aux oreilles des personnes … "averties", nous nous demandons si c'est nous ou eux-mêmes qu'ils cherchent à tromper.

Voilà où nous a conduits, même en Europe, la "psychologie contemporaine". Cette histoire de fous furieux devenus insensibles à TOUT n'est plus supportable. Elle touche à sa fin mais elle est à son apogée. Et c'est dans ce climat que les éducateurs et les enseignants doivent se débrouiller pour substituer la culture de l'ORIGINALITE au culte du CONFORMISME et l'amour de la VERITE à l'idolâtrerie du PROFIT, qui pourrit notre culture, empuantit notre siècle, et nous a rendus plus insensibles -c'est-à-dire plus irréalistes et plus stupides- que nos pères ne l'ont été à aucun moment de l'histoire.

    PIERRE
Rien  ne saurait être plus urgent qu'un renversement de ces vapeurs. Toutes affaires cessantes, les ressources de nos étudiants doivent être mobilisées dans le courrier du jour le jour.


    COURRIER DU JOUR LE JOUR


    L'"INSTINCT SIMIESQUE"

    ATALANT
La théorie atavistique de Bernard rend compte d'un plus grand nombre de faits que celles que j'ai connues auparavant, et on ne lui demande pas d'être juste. Cependant, il serait dangereux d'attribuer à un "instinct simiesque" des comportements masculins réellements effrayants et intolérables. Cela me paraît trop hâtif et trop simple : le mot pourrait cacher la chose. Je vais plus loin : le mot crée l'illusion de sentir la chose et contribue à la perpétuer en la cachant mieux. J'admets qu'une théorie fausse peut conduire à des réponses vraies. Mais, malgré vos précautions : "théorie hautement suspecte …",  le risque est grand qu'elle soit admise comme LA solution faute d'avoir pénétré dans la complexité du problème et fait sentir la quantité de questions impossibles à résoudre individuellement. La "théorie de l'instinct simiesque" peut devenir une facette de l'"instinct simiesque" ! Je vous reproche de motiver trop vos étudiants par des hypothèses lumineuses et pas assez par la sensibilisation. Vos cheminements, hésitations, audaces … n'apparaissent pas assez clairement aux yeux de tous. Une théorie dont l'enjeu est mal senti devient doctrine, est génératrice de pouvoirs, provoque l'adoration, renforce l'égoïsme et l'aveuglement des mâles. La théorie rend la solitude vivable et condamne à l'erreur alors qu'une pleine conscience ouvre inéluctablement sur autrui et conduit à tout apprendre avec et grâce à lui.

Quant au prosélytisme, je n'aimerais nullement devenir un "orthologicien" immaculé, entouré de malfaiteurs. Mon inscription à ce cours répondait à un désir d'en finir avec ce genre de conscience malheureuse, qui produit des surhommes de la pire espèce. Je vois plutôt l'épreuve dans le fait de ME sentir à la fois tricheur, malveillant, insincère, etc., et, dès lors, de ne plus avoir de répit tant qu'avec l'aide des autres humains je n'aurai trouvé un moyen de m'en libérer. L'épreuve consiste à SE sentir responsable (co-auteur), sans possibilité de revenir en arrière, de toutes les violences et de tous les malheurs déchaînés sur notre planète.

    PHILIPPE
Notre ATALANT tardera peu à constater combien il dit vrai et -grâce au ciel- faux ! La "théorie de l'instinct simiesque" a été enfourchée et chevauchée avec délices par les obsédés de la puissance, d'où sa valeur pédagogique d'attraction. Mais, sous l'éclairage orthologique cette arme terrible est INEXPLOITABLE : elle enrage et déconfit ceux qui s'en servent. Elle n'est utilisable que symbiotiquement, au profit et dans l'amour de TOUT et de TOUS. Une prise de conscience des conditions d'une vie symbiotique est, à notre connaissance, le seul moyen d'une SENSIBILISATION des humains AU REEL.

    ATALANT
D'autre part, la pulsion prosélytique ne peut en aucun cas consister à apporter des richesses, des vérités, des savoirs même impersonnels aux autres : elle est alors néfaste, source des conflits installés en nous au départ. Je la connais comme un amour universel, désir irrépressible de réaliser l'humain. Mais je n'ai pas la plus petite idée de la manière de provoquer une émergence quelconque chez les autres. J'ADMETS POURTANT QUE L'ESSENTIEL DU PROBLEME EST LA ! Cependant je suis très favorable à l'orientation nouvelle qui me semble apparaître. A QUAND UN CENTRE DE RECHERCHE A  NANTES? Réponse : il existe déjà. Il entrera en action autonome le jour où ceux qu'il réunit se retrousseront les manches : les choses qui hurlent du besoin d'être faites n'ont pas de limites. Elles pourraient fournir de l'emploi - et des emplois- à tous les Nantais et, à mesure qu'ils se sensibiliseront aux exigences et au bonheur d'une vie symbiotique, à tous les autres humains.

   
    Réponses d' ARIANE au quatrième Questionnaire


QUESTION 2 : Basée sur l'obéissance au passé et faite pour dominer, la culture, aujourd'hui agit dans le sens de la conservation et de l'autorité car elle continue à se conformer à des nécessités biologiques de survie désormais périmées. Au temps où l'homme devait vaincre ses congénères pour survivre -celui qui possédait un bâton avait plus de chances de manger que celui qui en était démuni- il était nécessaire que son éducation lui procure les meilleurs moyens de s'approprier tous les biens et toutes les femmes, en écrasant ses semblables. La culture devait favoriser ce que la nature avait institué : le goût de vaincre et de dominer (le processus était le même au niveau des nations et à celui des individus). Mais l'abondance des richessses dans les pays occidentaux est suffisante pour nourrir tout le monde, et ce besoin de dominer est devenu vain. Il apparaît comme une excroissance grotesque du passé. Je devrais dire "devrait apparaître" car les plus grands esprits occidentaux ne l'ont pas encore compris et continuent de diffuser des idées qu'ils croient progressistes  parce qu'elles effectuent une surenchère sur les idées de leurs prédécessseurs alors qu'elles ne sont que des croûtons rassis dont ne veulent plus se repaître, ou de moins en moins, les jeunes crétins que nous sommes. Les vieilles nécessités qui ont cessé d'être nécessaires se sont transformées en autorité abusive et en souffrances pour les hommes, incapables encore de comprendre que leurs maux viennent de la domination des idées fausses. Ces idées sont fausses parce que, caduques, elles agissent contre l'évolution en éloignant l'homme de sa destinée.

Complices et victimes les uns des autres ? Certes, puisque nous perpétuons tous le règne de la bêtise par notre ignorance ; mais je dirais qu'il existe des victimes plus victimes que d'autres et des complices plus complices -notamment ceux qui craignent de perdre leurs honneurs, leurs privilèges et leurs biens- Tous, cependant, nous agissons en esclaves d'une nécessité évanouie : ceux qui cherchent à se tailler une part du gâteau comme ceux qui le font défendre par la force aveugle. Dociles, nous obéissons à la Nature qui nous guide à travers nos instincts. Mais, plus instinctifs que leurs maîtres à penser, les peuples sentent inconsciemment qu'on les égare vers des objectifs faux et opposent leur force d'inertie à la pression de leur dirigeants : les idées (politiques notamment) ne font plus recette, les puissants ne sont plus suivis et les philosophies tournent à la déconfiture ; les ouvriers assistent désabusés aux assauts léonins de leurs chefs de parti ou de syndicats, les manifestations ou meetings ne font plus le plein de leurs ouailles dociles, les publications à caractère purement politique s'éteignent dans l'indifférence, les groupuscules ont disparu dans la nuit des temps. Les têtes pensantes des sciences sociales s'arrachent les cheveux parce que, programmés pour obéir, ils obéissent et pestent contre ce peuple odieux qui a l'audace de se rebiffer, bien timidement pourtant.

Ceci est évidemment très schématique et ignore volontairement les multiples moyens ingénus mis en oeuvre par les hommes pour déjouer l'oppression. Hier comme aujourd'hui, il y eut les génies si géniaux qu'on ne put les faire taire, les obscurs qui, parce que trop en avance, sont morts sur leurs chimères, les insoumis qui portèrent partout leur insubordination maladroite, les incongrus qui rappelaient à tous que le sens de l'éveil n'était pas éteint en l'homme ; enfin la chaîne des intelligences qui nous autorise à croire que la fatalité du malheur peut prendre fin dès aujourd'hui.

Ceci dit et après avoir vérifié l'utilité de la théorie atavistique, notamment pour une compréhension globale des comportements humains néfastes, j'émets quelques réserves quant à son efficacité : cette classification très générale des attitudes et agissements nuisibles de nos contemporains ne nous fournit-elle pas une explication commode (hypothétique certes,  mais, aisément vérifiable dans les faits), trop facilement utilisable, je dirai même assénable, qui favorise le remplacement de la réflexion par un système rapide d'étiquetage. Je ne dis pas "c'est trop limpide pour être vrai" mais "cette explication est si évidemment juste qu'elle risque d'être adoptée avec empressement par les hommes prompts à cataloguer". Ne court-on pas le danger de voir l'autorité de l'intelligence remplacer l'autorité de la brute et voir ainsi le cycle du malheur se perpétuer ? Il me semble qu'on nous fournit une nouvelle explication du monde qu'on nous convie à accepter un peu trop passivement (ou qui peut être reçu comme tel) : le malfaiteur n'est plus le patron, le dirigeant, le "gros", le riche. Le malfaiteur c'est le "singe" qui sommeille en nous et nous nous asseyons sur cette trop belle explication qui nous pousse à oublier que l'important c'est d'éveiller l'homme dans le"singe". J'aurai préféré remplacer les termes "instincts simiesques" trop aisés à utiliser pour juger -surtout les autres- par "instincts primitifs"  moins lapidaires et plus nuancés et qui obligent l'utilisateur à être moins catégorique et plus vigilant.  Il me semble que se trouve renforcée, au lieu d'être détruite, l'habitude mentale très moderne et destructrice qui consiste à remplacer la solution active  par l'explication.

Je sais que par ailleurs le cours tend à nous sensibiliser à l'humain qui gît en nous, mais je crains que des explications séparées ne prennent le pas sur les nécessités de l'action sur soi et vers l'extérieur et ne fabriquent des contemplatifs heureux de l'être.

QUESTION 3. Le point de non-retour est atteint sur le terrain économique depuis les lois des ensembles économiques, et la théorie de la non-comestibilité de l'argent, et la théorie du profit, et le Défi Européen et, et, et…

Les ponts sont coupés, et rien ne me ramènera en arrière.

QUESTION 4.  Sommes-nous donc si fragiles que nous devrions être effrayés de payer un peu de nos personnes pour oeuvrer dans le sens du bonheur de l'humanité ?

Les misères de la goutte d'eau perdue au milieu de l'océan ont-elles tant d'importance qu'elles doivent prendre le pas sur le bonheur d'être bercé par l'océan ?

L'épreuve qui m'attend, si elle est terrible, me paraît minime par rapport au désert d'inutilité, de solitude, d'inaction, d'hypocrisie et de désespoir dans lequel nous vivons. Je n'ai pas attendu la théorie atavistique pour apprendre que le monde est peuplé de malveillants et de malfaisants -à commencer par moi-même- mais je ne possédais pas le pouvoir d'y changer grand chose. Ce qui aujourd'hui diffère et constitue pour moi une source d'optimisme auprès de laquelle les obstacles à vaincre s'amoindrissent, c'est qu'avec les moyens de comprendre, me sont donnés les moyens -une ébauche pour le moment- de porter remède à cet état. L'épreuve qui m'attend sera atténuée, me semble-t-il, par l'irrépressible désir de convaincre mes semblables de ces quelques amorces de certitudes. N'est-ce pas un soulagement vivifiant que de découvrir que les souffrances humaines ne viennent pas d'un Mal inhérent à la nature humaine mais de l'ignorance où nous sommes de l'essentiel : de la destinée humaine et des chemins qui y conduisent.

Il me semble que vous faites peu de cas des capacités prosélytiques des étudiants et des autres hommes venus au monde de la vérité pour les voir ainsi condamnés, demi-dieux parlant une langue incompréhensible, à errer dans un monde d'irresponsables, seuls porteurs d'un savoir intransmissible et des beautés de l'Orthologique ! A moins que ce ne soit une méthode pédagogique d'éveil ?… 
Réponse : Ariane devine tout : ce n'est pas autre chose. Il en va de même de l'"instinct simiesque", remplacé par instinct préhumain (ou, de préférence, prohumain après définition) dès que cette substitution se révèle OPPORTUNE.

QUESTION 5. Je crois que mes réponses aux autres questions répondent à celle-ci en indiquant mon inquiétude de migrateur qui ne trouvera pas le repos tant qu'il n'aura pas atteint sa source du Nil.

QUESTION 6. Je ne conçois cette question qu'à la manière humoristique de Philippe. La grande braderie de l'unité  intérieure : "Mesdames, Messieurs. Nous vous proposons l'unité intérieure la moins chère sur le marché ; sans effort, sans souffrance, sans sacrifice, nous vous procurerons dans les délais les plus brefs une unité intérieure qui ne vous coûtera rien ou presque. Bien sûr nous avons dû réduire la qualité de notre marchandise pour la rendre abordable par tout le monde, mais les plus craintifs seront satisfaits. Tout a été mis en oeuvre pour vous combler à moindre frais. Le marchandage est autorisé. Avis aux amateurs…" !
Réponse : l'humour n'y est pour rien. La raison d'être de cette question est d'éclairer le cas des timorés qui répondent oui. Leur nombre, qui a diminué d'année en année, s'étant ramené à zéro cette année-ci, il semble que cette question pourra être supprimée  bientôt.

QUESTION 8 : (1) Bien que par la réflexion je sois parvenue aux mêmes résultats, je n'ai pas eu conscience de la mise en action d'une mécanique infaillible ; il me semble au contraire avoir utilisé des méthodes tristement faillibles comme l'observation, la comparaison, la déduction, l'intuition, etc…

(2) Spécifiques comme eux, ces mécanismes sont infaillibles à l'égal des instincts. Ils n'utilisent pas la réflexion volontaire mais fonctionnent par des affinités-répulsions aussi puissantes que celles qui lient les atomes entre eux. On pourrait presque dire, c'est des instincts entrés dans le champ de la conscience, d'où la perfection et l'infaillibilité des réponses.

Bien que ne comprenant qu'approximativement ces mécanismes, je préfère attendre de les découvrir moi-même. N.B. Bénissons le ciel : la majorité des étudiants préfèrent faire leurs propres découvertes. Quelques-uns doutent (à raison) de leurs aptitudes à y parvenir : plusieurs éléments d'information ont toujours manqué. C'est pourquoi nul n'a jamais su ce qu'il faisait quand il "pensait". Tout devient facile quand on l'a appris.

QUESTION 10. Une  seule question :
Quelle est cette "révolution et contre-révolution simultanées" qui nous sont tombées du ciel depuis peu ainsi que cette "pureté révolutionnaire" qui "se profile à l'horizon" ?
Réponse : Cette révolution contre-révolutionnaire est celle de mai 1968 qui a déblayé le terrain : à quiconque est le moins du monde sensible au réel, il est devenu également impossible de se croire de gauche ou de droite et de se réclamer de ces étiquettes sans éclater de rire ou vomir de dégoût… Aucune révolution n'a été aussi libératrice, ni volatilisé autant d'irréalisme aussi épais et aussi tenace.


    "PSYCHOLOGIE CONTEMPORAINE"

    IF.1516
Il m'a fallu longtemps pour accepter la théorie atavistique de Bernard mais trop de faits la prouvent autour de moi,  surtout parmi les hommes. Il m'arrive souvent de penser qu'ils sont bien plus bestiaux que les femmes. Je comprends pourquoi : c'est sur le plan économique et professionnel que leur atavisme s'exerce le plus. Les hommes politiques se singent mutuellement, les petits employés singent les grands patrons, etc. Tous courent je ne sais où, et sont incapables de voir leur propre course.

Finalement, c'est dangereux pour nous  de voir cela car on ne veut plus, mais plus du tout , marcher dans la combine. Au moment où j'écris ces lignes j'en suis saisie d'angoisse : je ne veux plus être au service bien que j'ai grande envie de faire des choses. Il y a quelques années j'avais peur de changer, peur de m'aventurer dans du nouveau bien que j'en eusse envie. Aujourd'hui, je ne puis plus respirer les mêmes odeurs ni baigner dans le même jus. Il faut que je change d'air.

Au moment où j'écris ces lignes, j'en suis angoissée : l'idée de reprendre mon travail m'effraie.

   
    COMMENTAIRES
On voit la gravité des raisons de la mise en garde qui, dès notre première leçon, exhorte les psychopathes à s'ABSTENIR ABSOLUMENT. Ce cours peut leur être néfaste par la simple raison que les psychopathes sont rares qui savent lire d'une part et, d'autre part, tenir bon quand ils se sentent menacés d'apprendre des choses qu'ils ne veulent pas savoir. Des choses que les hommes n'ont jamais voulu savoir par la toute-puissante raison qu'ils ne leur auraient pas survécu s'ils les avaient sues. C'est de ne pas les avoir apprises que nous nous mourons aujourd'hui. Mais, sans une thérapie ANTIPSYCHANALYTIQUE appliquée ORALEMENT, les psychopathes ne peuvent être  secourus : victimes d'un système de pensée qui, de l'aveu de tous les psychanalystes -dont IM.720- méprise l'information logique et NE S'EN SERT PAS, ils se sénilisent, s'aigrissent, se déssèchent, se corrompent, et sont bientôt irrécupérables pour l'humanité. Ils se détruisent eux-mêmes.

L'INFAILLIBILITE de ce mécanisme autorégulateur est à la fois effrayante, effroyable et pleinement RASSURANTE : elle charge notre vie de la signification HUMAINE que, au mépris des faits et des mathématiques, les sciences contemporaines s'obstinent à nous dénier pour faire de nous les débris d'un naufrage, dispersés au gré des vents sur les flots traîtres du hasard. SAVOIR ET SENTIR QUE NOUS SOMMES HUMAINS SUFFIT DEJA POUR REPARER LES EFFETS DE LA MESINFORMATION PSYCHOLOGIQUE DIFFUSEE PAR LA CULTURE OCCIDENTALE AVEC SES MOYENS SURPUISSANTS ET DEGRADANTS. CETTE MESINFORMATION ET LES MOYENS "PUBLICITAIRES" DE SA PROPAGATION ONT CORROMPU NOTRE SIECLE.

La première réponse d'IF.1516 semble entraîner un pronostic très défavorable : elle se révèle atteinte d'un début d'autisme, désordre mental qui ôte à ses victimes tout pouvoir d'aimer rien  ni personne et les enferme en elles-mêmes. Or IF.1516 semble vouloir divorcer d'avec tous et ne pouvoir supporter la pensée de servir les hommes, de baigner dans le même jus, de respirer le même air, etc. S'ils ne sont secourus à temps, l'involution des malchanceux pris à ce piège est fatale : dépouillés du pouvoir d'aimer et de toutes chances d'être aimés, ils ne peuvent rien donner ni recevoir. Ils attendent tout de tout le monde sauf d'eux-mêmes, mais impuissants à recevoir, ils n'obtiennent donc rien de personne.

Qu'on se rassure : tel n'est aucunement le cas d'IF.1516. Son inscription à ce cours aurait été évitée car elle n'a pas fait mystère de son état de psychanalysée chronique. Mais plusieurs indices ne laisaient aucune place au doute sur sa "récupérabilité". Plusieurs étudiants de cette année sont dans des cas voisins du sien, bien qu'ils n'aient subi les agressions directes d'aucun psychanalyste. C'est dans l'air corrompu de notre siècle qu'ils ont humé leurs poisons. Une autre étudiante extériorise son désarroi autrement : "oui (écrit-elle) je me vois volontiers entourée de malfaiteurs bien ou mal intentionnés : ils m'amuseront.  Je les comprendrai, les plaindrai et ne pourrai m'empêcher d'éprouver un délicieux sentiment de supériorité".  Et: "D'accord pour le besoin de vérité. Mais zéro pour la pulsion prosélytique (pour le moment tout au moins)". Enfin : "Le courrier des étudiants me barbe. Peut-être suis-je très égoïste, mais je me fiche de leurs réactions…" Peut-on douter de l'acuité croissante des frustrations qui l'accableraient si elle poursuivait sa route ? Ne pouvant bientôt -autorégulation infaillible- rien donner ni recevoir elle mourrait de déssèchement !  Qu'on se rassure : le besoin de vérité qu'elle ressent -et extériorise avec une lucidité et un cynisme de bon aloi- l'en préserve. De plus, elle ne se plaint de personne. Elle n'accuse ou ne blâme personne de ses malheurs. Elle ne s'en accuse et ne s'en blâme pas elle-même, et donne ainsi à tous une belle leçon d'une AUTOPSYCHOTHERAPIE qui devient infaillible lorsque nous avons appris la signification d'un mot qui sera regardé de près dès aujourd'hui. Non, quelles qu'aient pu être ses frustrations, cette jeune femme n'est pas en danger. Il ne peut lui falloir qu'un petit coup de main pour se tirer d'affaire elle-même. Le présent diagnostic pourrait même y suffire presque, et aider les étudiants dont le cas s'apparente au sien, pourvu qu'ils consentent à ne PAS se laisser barber par le courrier des COBAYES que sont nos étudiants.


    L'APPARITION D'"AMBIVALE"


Voici venir,  pour la première fois dans ce cours, un interlocuteur synthétique, composé d'hommes et de femmes. Celles-ci se montrent plus impatientes que les hommes. Voulant tout savoir tout de suite, et se faire tout expliquer en même temps, elle posent des cascades de questions -pertinentes ou irrélevantes* -souvent intéressantes mais généralement inopportunes, soit qu'elles ne viennent pas à leur heure ou que les réponses qu'elles appellent allongeraient des leçons dont la longueur incommode déjà les étudiants si leur intérêt n'a pas été assez éveillé pour aiguiser leur faim. Ceux-ci éprouvent une frustration pénible, et leur intérêt tend à décroître, lorsque leurs questions restent sans réponses. Or l'insuffisance des ressources financières de l'I.F.O. lui interdit la rédaction et l'envoi de leçons particulières. D'autre part, son premier objectif, qui est la LIBERATION de ses étudiants, lui interdit plus encore l'exercice d'une tutelle de cette sorte. D'où un double dilemme qui lui a valu de nombreuses défections et quelques échecs graves, dont il sera parlé au bon moment pour en éviter la répétition.

AMBIVALE a été inventé pour pallier ce dilemme en même temps qu'une deuxième difficulté : il ne pourrait être répondu à des questions qui ne soient étroitement apparentées aux sujets traités dans les leçons sans qu'il résulte le brouhaha d'un débat parlementaire où, à propos d'un même sujet, chacun se répand en jeux de mots éloquents pour parler d'autre chose que ses contradicteurs. Le mot "démocratie", par exemple, se prête si bien à cette sorte d'éloquence que les "démocraties populaires" peuvent elles-mêmes s'en réclamer -et nos professeurs de "sciences politiques" s'y engluer- avec les mêmes délices corrompues et corruptrices.

Mises dans la bouche d'AMBIVALE, les questions fréquemment posées et les objections souvent opposées par des étudiants des deux sexes -elles seront précédées des lettres (M) ou (F) pour leur identification- perdent la plupart de leurs inconvénients tout en fournissant un aperçu utile des réactions des autres aux problèmes qui nous confrontent tous. Encore faut-il ôter à cet étudiant synthétique le pouvoir de devenir encombrant. On y veillera en se conformant à son mode d'emploi.

    Mode d'emploi d'Ambivale

1.     Lisez rapidement ses questions et ses objections toujours rédigées aussi brièvement qu'il et nous le pouvons.   
2. Si elles ne vous intéressent pas, abstenez-vous de lire nos réponses.
3.     Si, toujours aussi concentrées que nous le croyons permis sans nuire à leur intelligibilité, nos réponses vous intéressent assez pour en souhaiter le développement, dites-le nous. Au cas où les étudiants qui le souhaiteraient aussi  seraient en nombre suffisant pour justifier la création de notices ou plaquettes adressées aux intéressés en même temps qu'une leçon subséquente, leurs voeux seraient satisfaits dès que possible. Ils pourraient l'être aussi à l'occasion d'échanges oraux dont le besoin est devenu urgent.

Pour l'instant la parole appartient à un AMBIVALE impatient de nous dire les quelques petites choses qui lui sont restées en travers de la gorge ou qui lui pèsent sur le coeur :

    AMBIVALE
1.    (M) J'aimerais qu'il me devienne facile de rendre intéressant n'importe quel sujet à n'importe qui, mais j'en doute sérieusement faute de preuves.

Réponse : N'en avez-vous quelques-unes sous les yeux dans le RUBICON ? L'aventure mendélévienne n'est-elle plus intéressante et vivante que l'exposé classique du "tableau périodique des éléments chimiques" ? Et les démêlés de Le Verrier avec une ménagère et avec son chien Médor que les calculs de cet astronome ? La femme découpée en morceaux à la fois plus… vivante, plus probante, plus juste et plus éclairante que tous les traités de logique du monde ? -et plus facile à rédiger ? Enfin, les mêmes remarques ne s'appliquent-elles mieux encore à chacun des chapitres du "Défi Européen" ? Ce bouquin n'est-il à la fois franchement rigolo -et dévastateur ? Le relire avec soin, c'et s'en apercevoir.

2. (F) L'homme doit-il aider la femme à se réaliser, à concrétiser ce qu'elle veut ?

Réponse : Cette question sera traitée à son heure dans nos leçons de façon que chacun puisse confronter nos réponses avec les siennes propres et que les divergences puissent être discutées et débattues. Prière de vous rappeler que toute absence de réponse à vos questions signifie que ces réponses suivront, ou que, étrangères aux matières traitées dans nos leçons, il n'y peut être répondu. En cas d'abstention par d'autres raisons, celle-ci sont toujours signalées et expliquées.

3.    (Plusieurs M et F) Vos étudiants sont manifestement "cultivés" : leur vocabulaire l'atteste. (a) Ceux qui s'expriment en mots simples ne sont-ils jamais cités ? (b) Ceux qui n'ont pas fait d'études peuvent-ils s'intéresser à l'ortho ? (c) Je vois mal comment un "ouvrier moyen" pourrait absorber vos leçons. (d) En avez-vous parmi vos étudiants ?

Réponse : (a) Les réponses de ceux qui s'expriment difficilement sont retouchées par nos soins. Leur forme souvent défectueuse et l'emploi de mots imprécis en rend la lecture difficile et l'intelligibilité incertaine hors de leur contexte. (b) Ceux qui ont échappé aux déformations d'une culture scolaire sont, tout au contraire, souvent avantagés, bien qu'ils n'échappent pas à la nécessité d'enrichir leur vocabulaire de deux ou trois douzaines de mots : ceux-ci tiendraient aisément dans un lexique d'une vingtaine de pages qui -à tort ou à raison- ne leur a pas été fourni. (c et d) Voir, plus loin, : "une double pièce à conviction", qui nous semble éclairer complètement ce sujet.**

Annette et son mari sont des ruraux peu encombrés de culture livresque. Elle est remplacée par des connaissances et une sensibilité acquises au contact du réel. Leur bagage académique se limite au Certificat d'Etudes.

    ANNETTE
Je ne veux faire de morale à personne, mais j'ai une certaine expérience du Bonheur avec une grand B. Il y a six ans, j'avais épousé un "gros babouin" dans toute sa splendeur ; surtout avec sa femme. Moi, je ne valais pas mieux : j'étais un "chien battu". Je croyais vivre mais ne faisais que supporter la vie. Après six ans et demi de vie commune dans la classe paysanne, où les hommes prennent leur femme pour un valet de ferme, une bonne et la "mère des gosses", aujourd'hui, après trois ans d'orthologique, je puis le dire sans modestie, je suis devenue une femme. Une vraie femme consciente de son rôle non seulement de mère, mais de maîtresse.
J'ai du mal à reconnaître en moi la jeune-fille qui, à 18 ans, ne pensait qu'au boulot pour se distraire et faire plaisir à ses parents. Et l'homme qui m'a permis d'évoluer est encore plus changé. Je ne sais lequel des deux a fait l'autre à son image car je crois que les images étaient identiques. La caricature des couples dits "bons ménages" m'écoeure vraiment. Je cite une amie qui passait le réveillon avec son mari : "…que veux-tu qu'on fasse tous les deux ? Comme des cons on est allé se coucher". Sans commentaires. Nous deux, nous la recherchons continuellement, cette intimité si merveilleuse aux couples d'amants. Puissent toutes vos étudiantes en arriver  là !

P.S. Je ne me souviens pas si j'ai été choquée par LES JEUX, mais je sais avoir eu autant de plaisir et d'empressement à le lire que si c'était un roman d'amour en feuilleton-photos !

4. Cinq hommes et trois femmes déclarent, en termes presque identiques : "La compagne de mes rêves (ou des rêves masculins)  ne peut être "Une Yseult qui sait faire la cuisine". Ce serait réduire cette compagne à bien peu. Et la cuisine n'importe pas tant que ça !…"

Réponse : Prenez garde, malheureux ! Veuillez relire le passage des JEUX qui analyse le mythe de Tristan et Yseult. Celui-ci symbolise l'AMOUR IDEAL : l'amour sans autre fin que le bonheur. Dans les rêves masculins, l'amour éperdu est une immolation de soi. Il est inséparable de la mort et n'a de fin concevable qu'elle. Plus réaliste, l'amour féminin est inséparable de la vie. Les femmes savent d'instinct que l'amour n'est pas un rêve. Qu'elles ont à "faire la cuisine", c'est-à-dire s'affairer aux milles choses terribles qui ont toujours dû être faites et ne l'ont jamais été en rêves. Or voici que ces choses tendent à se faire d'elles-mêmes et que les femmes se voient exposées, jeunes encore, aux graves risques d'un excés de loisirs !  Au lieu de leur être interdit, le rêve leur devient une nécessité : s'ils ne sont peuplés de rêves, les loisirs anéantissent ceux qui les consacrent à des futilités, à s'imaginer des frustrations, à s'aigrir en cultivant des revendications incongrues etc. Bref l'amour tend à actualiser les rêves irréalistes de nos pères. Malgré quoi il ne faut pas se leurrer : pendant longtemps encore, l'homme devra se "contenter" d'une YSEULT qui se meurt d'amour pour lui sans en mourir tout à fait : une YSEULT qui "fait sa cuisine féminine"…

Mais comment et pourquoi vous est-il arrivé de vous méprendre à ce point -après avoir lu LES JEUX- sur la créature de rêve qu'est YSEULT et sur le drame terrible qu'est sa pitoyable "cuisine" ? S'agirait-il d'un "caprice" de votre mémoire ? Il est immensément important pour vous de le découvrir et de vous en préserver.**

5. Comment se peut-il que, dix ans après, Jacques Dartan ne soit pas parvenu à se former des collaborateurs ? Posée par une vingtaine d'étudiants (dont les deux tiers sont masculins), cette question est fondamentale.

Réponse : L'I.F.O. disparaîtrait bientôt si la cause unique de cet énorme échec (apparent) n'avait été identifiée, mais difficilement : elle est trop simple, trop évidente et trop omniprésente pour être visible : l'I.F.O. a négligé d'emprunter ses ailes à Müllerchen. Et, si exhortés qu'ils aient été à conserver la liberté de ne penser et de n'en faire qu'à leurs têtes, ses étudiants ont négligé aussi d'emprunter ses ailes à cet oiseau. C'est ainsi qu'ils ont été condamnés et se sont condamnés eux-mêmes à ne pouvoir "retrousser leurs manches". Des centres de recherche orthologique se sont multipliés, merveilleusement armés pour agir efficacement. Et, comparé à ce qu'ils auraient du faire, ils n'ont autant dire rien fait du tout ! Il s'agit, pour nous tous, de commencer par emprunter ses ailes à cet oiseau, leur langage aux abeilles, et leurs mathématiques aux araignées. C'est AUJOURD'HUI que, tous ensemble, nous devons nous y EXERCER.


    UN EXERCICE DE SENSIBILISATION


1.    Refaites - mais cette fois en sachant pourquoi vous prenez cette peine et ce que vous "avez à y gagner"- l'exercice proposé par notre 4ème leçon (p.4S/?).

2.    Abstenez-vous de mesurer vos performances contre la montre. Ce que vous aurez à mesurer lorsque l'heure des mensurations aura sonné, ce sont les progrès de votre SENSIBILITE.

3.    Au point où nous en sommes, il vous suffit de dépister (avec notre assistance : personne ne le peut à lui seul) les "caprices" de votre mémoire. Ce qui doit être mesuré, c'est votre DYSMNESIE, et cette tâche nous incombe. Tous les humains sont dysmnésiques et doivent l'être : notre espèce se serait éteinte au berceau si la mémoire des individus qui la composent avait été fidèle avant l'émergence de l'ensemble des éléments d'information qui concilient les nécessités de sa survie et celle d'une libération qui met fin à la tyrannie de l'"instinct simiesque".

4.    Mais gardez-vous de nous en CROIRE : il s'agit d'une hypothèse que vous aurez à vérifier en vous-mêmes. Ses implications théoriques et sa portée pratique vous seront rendues claires au bon moment : on ne peut tout expliquer en même temps. Or l'information apportée sans préparation, c'est-à-dire sans explications préalables, peut nuire gravement à ceux qui la reçoivent : elle tend à susciter des anticorps dessensibilisateurs contre lesquels nul ne peut rien. Après quoi les démonstrations les plus lumineuses deviennent INCOMMUNICABLES aux victimes de leurs propres mécanismes immunologiques  et les FAITS leur deviennent IMPERCEPTIBLES. Quelques milliers de rats dont nous ferons connaissance dans notre prochaine leçon ont mis en évidence les pouvoirs terrifiants de ces mécanismes. Certes, les fanatiques (religieux ou non) ont illustré longtemps avant les rats les dangers de la mésinformation dont le fanatisme est issu. Mais les fanatiques les plus virulents ne nous ont révélé ni les causes -les déterminismes- de ce désordre mental ni moins encore les moyens pratiques de le prévenir et de le guérir.

5.    Couchez sur du papier -sans vous rafraîchir la mémoire- ceux des contenus de la présente leçon que votre mémoire aura retenus.

6.    Relisez cette leçon aussi soigneusement que vous le pouvez sans ennui, un crayon à la main si cela vous semble utile, et aussi souvent qu'il vous plaira. Puis, sur une feuille séparée (à nous envoyer en même temps s.v.p.), complétez votre résumé en dressant dans n'importe quel ordre ou désordre, les éléments d'information qui vous semblent IMPORTANTS mais qui ne vous étaient pas restés présents à la mémoire. Il est inutile de mentionner les autres : votre silence à leur endroit signifiera qu'ils vous sont indifférents. Voilà tout pour l'instant. Et nous ne sommes plus qu'à deux doigts du but à atteindre pour vous mettre en état de vous transporter infailliblement VOUS-MEMES dans le monde merveilleux que LA NATURE - ET L'HOMME- nous ont préparé : celui où le bonheur se substitue INFAILLIBLEMENT et le plus simplement du monde à la sueur mêlée de larmes et de sang…


    UN DEVOIR VRAIMENT UNIQUE : L'INFAILLIBILITE


    PIERRE
Nous ne sommes plus qu'à deux doigts du but à atteindre : "vous mettre en état de vous transporter infailliblement vous-mêmes dans un monde où le bonheur se substitue infailliblement à la sueur mêlée de larmes et de sang…" Dans cette phrase le mot "infaillible" désigne trois choses différentes. Elles doivent être distinguées tout de suite pour éviter de s'enliser dans une confusion bientôt inextricable. Veuillez nous pardonner l'emploi, qui ne peut plus être différé, de quelques mots empruntés au vocabulaire rébarbatif des professionnels de la pensée abstraite.

    PHILIPPE
Autrement dit : des hommes providentiels grâce auxquels il a été possible aux humains, depuis des temps immémoriaux, de tromper les autres et de se tromper eux-mêmes en se fourrant le doigt dans l'oeil assez savamment pour que ça ne se voit pas, et assez dignement pour se faire admirer. Et -la chose va de soi- pour s'admirer, se croire eux-mêmes et croire EN eux-mêmes plus volontiers encore. Or, depuis quelque temps, il s'est produit une chose étrange : ce langage emprunté aux philosophes s'est transformé, bien qu'il ait conservé les apparences de son intellectualisme originel. Et il s'est révélé le pouvoir de dépouiller notre espèce du double privilège dont elle use et abuse depuis toujours et qui semblait éternel : celui de CROIRE tout à toutes fins utiles : croire vraies des choses fausses, croire fausses des choses vraies, croire des choses idiotes, croire des idiots, croire EN eux, et ainsi de suite ad infinitum. (Aux étudiants) Pour l'amour des dieux, de je ne sais quels diables ou, à défaut de mieux, pour l'amour de vous-mêmes, gardez-vous de vous en CROIRE indemnes. Le moment d'ouvrir  l'oeil est venu.

    PIERRE
Le droit à l'erreur est la première condition de la liberté. Il nous est définitivement acquis. Et il semblait si parfaitement inhérent à la nature humaine qu'"humain" était synonyme de "faillible". Nous croyons faillibles tous les humains, et nous croyons faillibles nous-mêmes pour avoir appris à nos dépens combien nous pouvons l'être, et combien cruellement, désastreusement et répétitivement ! Des ressources comparables à celles que nous devons à nos progrés techniques n'ont jamais été mises au service d'une faillibilité comparable à la nôtre : elle est devenue synonyme de "monstruosité". Nous ne pouvons perdre une seule minute  pour élargir et parfaire notre droit à l'erreur et assurer sa pérénnité en l'enrichissant du plus fini de ses propres produits :

L'INFORMATION CULTURELLE QUI NOUS RESTITUE, PLUS VASTE, PLUS UNIVERSELLE, PLUS GENEREUSE, PLUS BELLE ET PLUS HEUREUSE, L'INFAILLIBILITE PRIMORDIALE "BRUTE", L'INFAILLIBILITE "NATURELLE", QUI ETAIT LA NOTRE A L'ORIGINE ET QUI EST RESTEE CELLE DES ANIMAUX.

Nous n'avons plus une minute à perdre pour nous familiariser avec l'infaillibilité supérieure que, envers, contre et malgré nous, nous avons bel et bien acquise et que chacun de nous doit, toutes affaires cessantes, mettre au service de tous les hommes si l'on souhaite qu'un seul d'entre nous reste vivant. S'il y eut jamais une "question de vie ou de mort" à une échelle grandiose, c'est celle-là !

Cette affaire est trop urgente pour qu'il nous soit permis de la bâcler. Il nous faut prendre le temps de reconnaître l'infaillibilité qui nous appartient pour nous familiariser avec elle. Il y a trois sortes d'infaillibilité : 1. Celle, mécanique, qui résulte d'un tissu  d'effets enchaînés à leurs causes. 2. Celle résultant des déterminismes physiopsychiques qui meuvent les organismes vivants. 3. Celle issue des déterminismes PERTURBES qui anime l'espèce INACHEVEE dite Homo sapiens.


    L'INFAILLIBILITE HUMAINE


    BERNARD
Ceux qui ont lu le RUBICON sans que leur mémoire les trahisse possèdent déjà, même s'ils ne le savent et ne s'en servent pas, le moyen souverain de l'infaillibilité humaine à cent pour cent : l'AUTOsensibilisation à TOUS les messages de leur environnement par la REFLEXION.

En faisant de nous des ennemis de la nature, la réflexion nous a contraints à créer un monde où nous puissions nous sentir -et nous savoir- chez nous. Mais la raison et le sentiment, s'ils ne s'interpénètrent et ne se fécondent pas l'un l'autre, nous INTERDISENT l'accés du monde plus généreux et plus beau que nous nous sommes construit à notre insu. Nous ne l'habitons pas encore mais nous ne pouvons plus vivre dans celui -devenu mortel à la fois et hideux- où nous nous attardons à notre insu.

Les animaux reflètent spontanément leur nature. Les Hommes, qui ne lui appartiennent plus, ne peuvent refléter la leur que s'ils la réfléchissent. Quand ils ne la reflètent pas, ils ne peuvent extérioriser que leur passé : ils projettent leurs terreurs et leurs ruses de bêtes traquées par elles-mêmes : les hommes n'ont jamais eu d'ennemis à leur taille que leurs semblables. Bref ce que projette l'homme qui ne reflète pas la nature humaine, c'est sa bestialité. L'Homme seul est bestial. Les bêtes ne le sont pas. L'Homme seul est bête : les animaux ne le deviennent qu'au prix d'apprentissages subis aux mains d'hommes qui les ont subis aussi.

Quelques milliers de rats soumis à une dénaturation intensive (la place nous manque pour sympathiser avec eux aujourd'hui) nous ont appris comment et pourquoi ces apprentissages dénaturés ont fait de nous et font de nos fils des aveugles dotés de deux yeux, des crétins riches de neurones par milliards, et des criminels ou des toxicomanes aussi fabuleusement pourvus : nul ne leur ayant appris à refléter leurs richesses, ils ne peuvent que projeter leur bestialité d'ENFANTS MARTYRISES PAR DES EDUCATEURS QUI LES DENATURENT A LEUR INSU.


    DEVOIR UNIQUE

Détendez-vous, relaxez-vous, lisez calmement les pages 297 à 299 du RUBICON et le dernier alinéa de sa dernière page. Réfléchissez bien à loisir. Enfin, répondez à la 13ème question de notre questionnaire. Voilà tout pour l'instant : les caprices de la mémoire humaine nous interdisent de nous presser.


POST-SCRIPTUM  :  Deux pièges également dangereux guettent chaque pas des éducateurs qui prétendent à cultiver la SENSIBILITE de leurs étudiants : l'intellectualisme toujours accompagné d'une dessensibilisation aux signaux de leur environnement EXTERIEUR. Et la dévalorisation de l'intellect, qui entraîne une inévitable dessensibilisation aux signaux de leur environnement INTERIEUR.

L'I.F.O. s'étant pris en même temps (quoique inégalement) à ces deux pièges, il n'a pu préserver ses étudiants ni de l'un ni de l'autre. D'où l'urgence d'une rectification de son tir et, dès lors, d'une "rénovation" de ses cours.

Nous avons été heureux de constater l'efficacité de cette rectification chez nos ANCIENS étudiants : les quelques fois qu'il nous a été possible de communiquer  ORALEMENT à quelques-uns d'entre eux les compléments d'information qui seront fournis désormais (moins vite mais plus sûrement) sous forme d'exercices et de "devoirs", leur assimilation a été rapide, et la "récupération" de ces étudiants a été quasiment immédiate neuf fois sur dix. Nous sommes seuls responsables des effets du mauvais réglage de notre tir, et en devons réparation à ceux qui en ont subi les méfaits. Nous ferons donc notre affaire d'apporter ces compléments d'information du mieux et le plus vite que nous pourrons à TOUS nos anciens étudiants. Nous pensons qu'ils seront d'autant plus nombreux à se "retrousser les manches" avec TOUS que de l'emploi -et des emplois professionnels- tarderont moins à s'ouvrir à TOUS. C'est à quoi l'essentiel de nos efforts est consacré en ce moment. Enfin, tous seront mieux préparés à collaborer avec tous : dès la 9ème leçon, les étudiants de notre premier cycle parviendront au même niveau que ceux des autres cycles : seule l'étendue et la diversité des activités qui leur seront accessibles grandiront à mesure de leur ancienneté, sans rivalités possibles, ni prétentions à aucune préséance.
Notes leçon 5

*     Expression franglaise dont l'usage tend à se généraliser. Elle résume en un mot une périphrase : "qui, ne relevant pas du sujet traité, n'a rien à voir avec la question".

**     Depuis les expériences de Wilder Penfield, on sait combien notre mémoire est capricieuse. Notre cerveau enregistre l'information aussi fidèlement qu'un ordinateur mais avec plus d'universalité. Des sentiments, des odeurs, des images visuelles ou auditives, des émotions s'y impriment, toujours indélébiles. Mais nous ne nous en doutons pas. Il arrive qu'une chanson, un parfum ou un geste ranime un monde endormi dans nos souvenirs. Mais il reste fugace. Nous parvenons à oublier presque tout, bien que nos cerveaux n'oublient rien. Le cas d'un voyageur de commerce nommé Donald ne permet pas d'en douter. Il est en tournée dans une petite ville canadienne. En jetant un coup d'oeil sur un journal il apprend qu'une fête organisée par le pasteur Fenwick a produit $876, 40 dont $250 ont été versés à une oeuvre d'assistance aux vieillards ; le vainqueur du tournoi de tennis que des amateurs locaux se sont disputé à cette occasion s'appelle Charles Laughlin. Cette information n'éveille pas l'intérêt de Donald. Il l'oublie instantanément et définitivement. Mais, à son insu, son cerveau l'a enregistrée.Trente ans plus tard, en appliquant des stimuli électriques à ses centres nerveux, le Dr. Penfield lui en fera répéter chaque mot dans l'ordre où ils ont été lus. Or notre mémoire n'est pas seulement capricieuse : elle se détériore de génération en génération. Pour éviter cette dysmnésie ou s'en guérir il était nécessaire d'en découvrir les causes et il est utile de les apprendre.

 
    Cours d'Initiation à l'Orthologique
    Questionnaire N° 5

1.    Nom et Prénom, adresse postale complète (ne pas omettre le code postal), numéro du présent questionnaire et votre numéro d'inscription à ce cours, à inscrire dans la case inférieure du cadre (de droite) ci-dessus.

2. Cette leçon vous a-t-elle été presque (ou tout à fait) intolérable ?

3.    (a) Le terrain économique, qui est celui de la socialité biologique, vous semble-t-il être celui où les hommes poursuivent l'assouvissement de leurs pulsions physiologiques dominantes ?
    (b) Est-ce celui où VOUS l'avez poursuivi -sans le savoir ou en le sachant ?

4. Votre critique de la "Moralité de la Fable" dans le RUBICON :
    (a) Trouvez-vous entièrement justifiée la sauvage agression de Philippe ? Ou y a-t-il à vos yeux des choses valables dans la morale qu'il attaque ? Dans l'affirmative, quelles choses ?
    (b) "Aime ton prochain comme toi-même". S'agit-il, selon vous, d'un article de morale ?
    (c) Une morale ambivalente vous semble-t-elle concevable ? Peut-on ne pas avoir les qualités de ses défauts, ou les défauts de ses qualités ?
(d) Qu'est-ce à votre idée que la morale, et que devrait-elle être ?
    (e) Partagiez-vous les vues de Pierre sur le libéralisme de l'église avant de les avoir lues -ou les partagez-vous depuis ?
(f) Critiquez les conclusions en cinq articles à la page 74 du RUBICON.

5.    (a) Partagez-vous les sentiments d'IF.433 sur le caractère rebutant de nos "images d'Epinal" ?
    (b)  Malgré ces images à l'emporte pièce, vous est-il possible de douter de la réalité du "train de l'enfer", de la brutale rapacité de la bourgeoisie du siècle dernier, de l'"élargissement des marchés" au siècle où nous sommes, ou d'aucun des autres FAITS FLAGRANTS dont Philippe a pris un inventaire  panoramique ?
    (c)  Ou en avez-vous pris une conscience plus vive grâce à ces images simplifiées ?
(d) Ces choses vous semblent-elles faire appel à la crédulité ou à la lucidité ?

6.    Convenez-vous que -sauf sous un régime d'esclavage politique -l'abondane contraindrait inévitablement les hommes à "substituer la conscience humaine à l'instinct animal dans les rapports sociaux" ?

7.    Avez-vous été désagréablement impressionné par l'identité de ce qui se passe et de ce qui se passerait si des privilégiés sans coeur et sans scrupules s'étaient employés à se soustraire intentionnellement aux menaces du "monde à l'envers" décrit à la page 5/?  ?

8. Comment cette coïncidence vous semble -t-elle explicable ?

9.    Pensez-vous que le vrai, tel que Philippe le voit et le laisse entrevoir, a été administré trop vite à doses imprudentes?

10.    Quelle pourrait être, selon vous, la chose qui "cramoisirait les joues à Arielle -si elle était le moins du monde stupide" ?

11. UN PROBLEME CRUCIAL : LES "PREUVES"  (pp 5/ ? à ? ) :
    (a) Etes-vous de ceux qui, peu sensibles aux preuves logiques ne vous laissez convaincre que par des "preuves vécues", c.à.d. par vos propres expériences ?
    (b) Votre indifférence aux preuves logiques s'étend-elle au caractère probant de la logique cruciale, qui est visuelle, donc concrète ? Vous semble-t-il contestable, par exemple, que, en déchiffrant les messages hieroglyphiques, le "code" de Champollion a prouvé sa justesse, qu'il en a apporté une preuve visuelle, concrète et irrécusable ? Interrogez-vous soigneusement avant de répondre à cette question : la logique multicruciale est aux humains d'aujourd'hui ce que la boussole était jadis aux marins aventurés en haute mer : leur SEUL moyen  de s'orienter dans le brouillard.

12.    UN PROBLEME INSOLUBLE PAR LA SEULE LOGIQUE : LA "PSYCHOLOGIE CONTEMPORAINE" (pp 5/ ? à ?)
    (a) Les remarques extraites de la page 89 du RUBICON et reproduites à la page ? de cette leçon vous semblent-elles "épinaliser" -c.à.d. concrétiser, caricaturer, simplifier et vivifier- utilement une HYPOTHESE DE TRAVAIL. Au point où nous en sommes dans ce cours, l'information proposée ne peut être autre chose. Si cette hypothèse se vérifiait, le caractère CONTAGIEUX des maladies endémiques, nées de théories inachevées, laisserait peu de place au doute bien qu'elles aient pris appui sur les intuitions géniales d'un géant nommé Freud.
    (b) L'"Histoire de Fous Furieux" hypersensibilisés à l'INFORMATION PROFITABLE et dessensibilisés à l'humain (voir texte encadré à la page 5/ ?) vous semble-t-elle "épinaliser" utilement les "merveilles" qui reluisent sous le soleil radieux de la publicité ?
    (c) Cette imge d'Epinal a-t-elle commencé à vous sensibiliser l'ODORAT au point de vous rendre déjà perceptible l'ODEUR heureusement repoussante du "CULTE DU PROFIT, qui, même en Europe, a corrompu et empuanté l'Occident ?

13.    DEVOIR UNIQUE : L'AUTOELABORATION DE LA SENSIBILITE
Notre environnement nous bombarde sans trêve de messages "codés" dont nous ne possédons pas (ou pas encore) la "clé", et nous sommes accablés d'information "brute" que nous ne percevons pas mais qui peut nous tuer, comme les "radiations ionisantes", et pourraient nous sauver, comme les "avertissements" qui précèdent les séismes. Certains animaux les perçoivent et savent les interpréter. Le cas des humains est bien plus "merveilleux". L'Homme a su se doter lui-même de moyens "techniques" de percevoir et d'interpréter l'information qui lui tombe du ciel avec une précision et une pénétration  qu'aucun signal n'égalera. Mais ses performances prodigieuses n'ont servi qu'à empuantir son propre habitat et le lui rendre inhabitable. Pour gagner le monde de rêve qu'il s'est construit à son insu, il lui reste à s'acquitter d'un devoir unique : sentir ce qu'il pense et penser ce qu'il sent en ELABORANT sa pensée et ses sentiments PRIS ENSEMBLE, c.à.d. COM-PRIS.  Notre 4ème leçon a fourni l'exemple pensé, senti et "épinalisé" des effets de la sénescence comparés aux promesses de la maturité. A VOUS DE COMMENCER A JOUER AU MEME JEU. Essayez -en vous souvenant qu'il s'agit d'un jeu- d'exprimer vos sentiments ET votre pensée (vos "réflexions personnelles") sur les éléments d'information dont la lecture est prescrite  à la page 5/ ? . Exprimez-les du mieux que vous pourrez en une seule image, une synthèse visuelle. Ne vous étonnez pas des difficultés d'un exercice aussi simple : nos éducateurs l'ont rendu impossible à ceux qui, faute d'habitude, ne réfléchissent PAS. C'est cette habitude qu'il vous faut ACQUERIR en vous jouant, acquisition qui est la raison d'être de ce cours. Ne vous découragez pas si vous ne savez pas dessiner des images d'Epinal. RIEN NE PRESSE. Mais sachez que, lorsque ces images se globaliseront puis s'universaliseront, vous y trouverez toutes les joies, puis le bonheur potentiels dans la "condition humaine" et ELABORES par les hommes.

14.    La présente leçon est-elle trop longue à votre gré ? Dans l'affirmative est-elle trop longue pour retenir votre intérêt?  Vous a-t-elle lassé(e) ou ennuyé(e) ? Ou son étude a-t-elle exigé plus de temps que vous n'en pouvez ou voulez consacrer à ce cours ?

15.    Notez cette leçon et DETAILLEZ -c'est très important- ce qui vous a PLU, PAS PLU et DEPLU.

16.    Votre critique, vos commentaires, objections et questions. Soyez bons pour "AMBIVALE". Numérotez vos questions et adressez-les nous sous forme de questionnaires.


Adressez vos réponses à I.F.O.-ETUDES.

 
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION  A L'ORTHOLOGIQUE
    Sixième leçon

    AVANT-PROPOS


    PHILIPPE (à ses collègues)
Pierre me semble exposé cette fois encore à perdre la face. Mais sa «face», et la nôtre, et celle du roi, et celle du pape lui-même ont-elles la moindre importance ?

    PIERRE
Celle du roi et du pape en ont une très grande : leur première sinon leur principale raison d'être est de montrer aux peuples et aux fidèles une face, une imago, c'est-à-dire une légende dûment royale ou pontificale. La nôtre me semble en avoir une aussi, mais diamétralement opposée : dans la mesure où nos étudiants nous en apercevraient une, ils seraient avertis qu'en nous trompant nous-mêmes nous les trompons. J'aime à croire qu'ils nous crieraient casse-cou : la glace est rompue entre eux et nous. La plupart savent que chacun de nous n'est qu'un aspect d'EUX-MEMES ou, tout au moins, devrait n'être que cela. Quand nous ne parvenons pas à faire éclore en eux ce sentiment, nous faisons mal notre métier. (Aux étudiants)  Nous comptons sur vous pour nous apprendre à le faire mieux.

    HUBERT
Les malheureux ont du pain sur la planche !

    PHILIPPE
Pardi ! Nous sommes des boulangers. (Aux étudiants) Bouffez, mes enfants ! Mais je n'en demandais pas tant. Il me suffisait de savoir partagé mon sentiment : tout le monde se fout de la face de Pierre, sauf pour se scandaliser qu'il en ait une quand il la montre.
Cela étant, point de doute : il faut laisser en paix la morale et infliger la sixième leçon de gestion modernisée des entreprises aux imprudents qui, s'étant laissé prendre à nos charmes, se sont inscrits au cours d'initiation. Elle contient une chose importante : une invitation, assortie d'un mode d'emploi, à se servir soi-même de l'orthologique et à nous fournir l'occasion de jouir de la vie. Il y a, m'assure-t-on, un petit trou pas cher dans la cordillière des Andes…

    HUBERT
Non ! Non ! Cent fois non ! Cela fait trois fois de suite que vous repoussez la morale à la leçon suivante. Je ferai un malheur si vous recommencez, et nos étudiants, j'en suis sûr, (aux étudiants) n'est-ce pas ? -vous couvriront de reproches mérités.

    PHILIPPE
Je n'en doute pas et je me rends. Adieu Popocatepetl ! (Aux étudiants)  Quand vous vous choisirez un autre porte-parole qu'Hubert, ayez la bonté de nous en avertir : je soupçonne l'existence dans l'Oural d'un petit trou charmant…

    PIERRE
Pardonnez ces facéties à Philippe, qui ne peut résister à la tentation de vous taquiner à travers Hubert. Si vous aimez -ou n'aimez pas- ces jeux-là, ne manquez pas de le lui dire, car il s'agit d'un psychotest. Mais le moment est venu d'aborder la morale. Qu'est-elle et que devrait-elle être ? C'est évidemment à Bernard qu'il faut poser ces questions.


    UNE MORALE INTELLIGENTE ?


    BERNARD
Les questions qui se posent sont celle-ci : qu'était autrefois la morale, qu'est-elle aujourd'hui, et que devrait-elle être ? Je doute qu'il soit possible d'y rien comprendre si l'on ne commence par situer ces questions sur le terrain biologique. Or, du point de vue biologique, la raison d'être de la morale des temps passés est claire : sa fonction était de favoriser la survie  des sociétés humaines. La meilleure morale, c'est-à-dire la plus intelligente, était autrefois celle qui avait la plus grande valeur de survie.

    PHILIPPE
Patatras ! C'est la première erreur de décimale des moralistes : ces innocents se figurent qu'il appartient à la morale d'être … morale ! ! !

    MEDICUS
Vous nous donnez de ces secousses qui comptent dans la vie d'un moraliste ! Mais, sur le terrain biologique, il n'y a rien à répliquer. Ce qui reste à prouver, c'est que la biologie a qualité pour décider de ce qui est moral à d'autres points de vue que les siens : celui de la «santé morale» en tout premier lieu. Pourquoi une morale ne pourrait-elle être à la fois biologique et  «morale» ? 

    HUBERT
Une morale intelligente, à mon sens, doit-être morale avant d'être biologique : immorale elle serait inacceptable. Une morale qui n'aurait pas l'intelligence de se rendre acceptable serait inintelligente à priori.

   
    PHILIPPE
Ne serait-ce précisément parce qu'elle est restée «morale» que notre morale n'est PLUS acceptée aujourd'hui ? Il est difficile d'y voir clair parce que le mot «moral» est pis qu'ambigu. Son étymologie,  grecque aussi bien que latine, s'obstine à contredire les moralistes, qui la situent dans l'absolu. Or mores et ethos veulent dire moeurs, coutumes. Vérité en deçà, erreur au-delà des frontières ethniques : les moeurs et les coutumes sont différentes. Vous voulez, Hubert, qu'une morale soit «morale». Qu'entendez-vous par là ?

    HUBERT
Je veux qu'elle donne satisfaction au sens moral inné des humains.

    BERNARD
Nous voilà tous d'accord : vous avez défini une morale authentiquement biologique. Mais elle nous réserve quelques surprises : qu'y a-t-il d'inné dans notre «sens moral» ? Nous allons essayer de le découvrir, mais ce n'est pas facile : nous infligeons des conditionnements moraux (des «surmoi») à nos enfants dès les premiers jours de leur vie. Il est malaisé de distinguer les innéités des acquisitions faites avant l'émergence de la conscience. Heureusement, un fait patent,qui domine ce problème, commence aussi à l'éclairer : aucun des archétypes connus n'est «moral». Il n'y a pas de morale archétypique.

    HUBERT
N'auriez-vous jamais entendu parler du Christ, ni de morale chrétienne ?

    BERNARD
Nous allons y venir, car le Christ a illuminé ce problème. Mais il serait contre-indiqué d'en aborder l'étude sur le terrain du christianisme. Commençons s'il vous plaît par la mythologie hellène, qui est une pépinière d'archétypes.

    PHILIPPE
La Mythologie projette une étrange lumière sur nos innéités: si éthique veut dire moeurs, nous sommes propres : celles de Jupiter Lui-Même semblent vraiment proches de celles de Pithecanthropus erectus. (Je signale en passant que les paléontologues sont d'excellents humoristes : ils ont baptisé Homo erectus  ce premier hominidé connu, et, pour le premier hominoïde, ils ont trouvé un nom plus pittoresque encore : ils l'ont appelé Proconsul ! !  ) Si éthique veut dire autre chose que coutumes, convenez que cette chose-là pourrait être, à nos yeux d'Occidentaux, quelque peu répréhensible. Méfions-nous, s'il vous plaît des «innéités morales» des humains, et plus encore de celles des dieux !

    BERNARD
Nous ne nous méfierons jamais assez de ces prétendues innéités -jusqu'à ce que nous ayons découvert les vraies. J'espère que ce sera aujourd'hui. A défaut de cette connaissance , une intelligence morale serait inconcevable. Mais, si la mythologie grecque suffit à rendre notre «sens moral» bien suspect, l'actualité doit renforcer notre méfiance : Hitler et Himmler étaient intensément «moraux» dans le sens où vous et moi entendons ce mot-là ! ! Ils étaient même, les malheureux, farouchement idéalistes !

    HUBERT
Celle-là est raide ! Mais je ne marche pas : vous parlez pour vous-même et ne m'étonnez guère : il doit être normal, pour ceux qui jugent «contre-indiquée l'étude de la morale sur le terrain du christianisme», de se trouver bientôt en compagnie d'Hitler ! Sans christianisme, il ne saurait y avoir de vraie morale.

    BERNARD
Pardonnez-moi, mon cher Hubert, mais une chose est certaine : il n'y a pas et n'y aura jamais de morale chrétienne. Rappelez-vous la Cité de St-Augustin : Aime, et oublie cette horreur : la morale, dont le rôle est d'empêcher ceux qui n'aiment pas de faire certaines choses, et de leur en commander d'autres. La morale s'exprime toujours par commandements. L'amour, chrétien ou pas, ne se commande pas.

    PIERRE
Ne vous semble-t-il pas que, modernisé, le christianisme de  St-Augustin s'exprimerait mieux comme ceci : «Sache, et fais tout ce que tu peux» ? L'amour ne se commande pas, mais les vrais  savoirs engendrent l'amour.

    BERNARD
La noobiologie y ajouterait : «Admire, et ne fais rien !…» Mais la signification pratique de ce «commandement»-là ne deviendra claire que lorsque nous aurons exploré les coins les plus secrets de la nature humaine.

    PIERRE
On le trouve à l'état naissant chez le Christ : c'est l'évidente signification du lys des champs donné en exemple aux humains : «Sois ce que tu es et ne désire rien !…»

    BERNARD
Certes, mais il aura fallu la science pour rendre intelligible et réalisable  un idéal chrétien que la noobiologie exprime ainsi : «Voilà ce que tu es. Sache-le : tu ne pourras jamais désirer rien de plus PARFAIT dans le double sens d'«achevé» et de «totalement satisfaisant»…
Mais nous anticipons sur nos prochaines leçons. Contentons-nous pour l'instant d'une évidence : le christianisme est l'antidote de la morale, son contre-poison. Rien ne saurait être plus anti-chrétien que la morale, ni plus anti-moral que le christianisme.

    PHILIPPE
Félicitons-en les Chrétiens et reprenons le point de vue que Bernard a fait sien : l'intelligence d'une morale se mesure à la valeur de survie. Ce critère accepté, deux faits grossiers éclatent : le succès (biologique) des peuples à peau blanche a été manifeste pendant des siècles. Ils ont exterminé ou dominé tous les autres. Leur morale judaïque était intelligente. N'objectez pas la supériorité de leurs armements : elle n'aurait guère servi si le «sens du devoir» n'avait galvanisé leurs armées. Songez à la guerre du Vietnam où, armée comme elle ne l'a jamais été, la race blanche se voit tenue en échec par un petit peuple primitif. Cette mésaventure illustre assez redoutablement l'imbécillité actuelle de cette même morale : elle n'a pas seulement cessé de nous donner du coeur au ventre (expression dont il faut admirer les précisions) dans la lutte pour la suprématie : en démoralisant l'Occident, elle l'a privé de ses forces. Cela s'observe le mieux aux Etats-Unis où, affolante déjà il y a deux ans, la criminalité a encore augmenté de quelque vingt pour cent en une petite année !!  Tels sont les faits qu'il s'agit d'expliquer tout d'abord.

    BERNARD
Ce qui est inexplicable (ou presque), c'est que ces évidences aient pu nous échapper si longtemps : pour être contraint d'y voir clair, il aurait suffi de se poser deux questions :
1. Qui a imposé la morale aux humains ?
2. Pour quoi faire ?
Qui les aurait inventées ou acceptées sinon les puissants ? Et pourquoi l'auraient-ils fait si ce n'est pour se faire obéir et servir ? Ils voulaient (et ils devaient pour survivre) non pas discipliner des hommes, mais dompter des fauves aussi féroces qu'eux-mêmes, mais dotés de crocs moins acérés.

    PIERRE
Inventée par des fauves pour dompter d'autres fauves, toutes les morales connues sont intolérables à des hommes. On ne saurait s'étonner qu'aucune ne soit chrétienne, et il est clair que la nôtre nous deviendra chaque jour plus odieuse. La jeunesse actuelle fait preuve d'une bonne santé morale en rejetant ces bestialités. Mais les humains ont besoin d'une morale. Il est vital d'en découvrir une qui soit humaine. Il nous faut à tout prix une morale acceptable à des hommes.

    MEDICUS
Est-ce bien sûr ? Ce qu'il nous faut peut-être, c'est apprendre à nous en passer.

    BERNARD
Les hommes libres doivent bien s'en passer : ils ne pourraient en accepter aucune sans perdre leur liberté. Mais je doute qu'il soit jamais possible à des sociétés d'hommes de se passer de morale : il faudrait que les humains naissent libres, et c'est ce qu'ils ne font pas.

    PIERRE
La définition d'une morale intelligente et humaine semble émerger déjà en un seul mot : une morale libératrice.

    BERNARD
Peut-être, mais il s'en faut que ce soit clair : la morale, dans l'acceptation universelle de ce mot, est une servitude auto-imposée. Comment une servitude serait-elle libératrice ? Si nous voulons quelque chance d'élucider ce paradoxe, il faudra avancer pas à pas jusqu'au substratum biologique d'une morale qui serait faite de nos innéités vraies. Voilà ce qu'il s'agit de découvrir. Je dois demander patience et indulgence à nos étudiants : cette excursion sera laborieuse. Nous devons descendre au plus profond de nous-mêmes  et remonter à notre plus lointain passé. C'est un voyage qui ne pourra se faire tout entier en une leçon.

    HUBERT (aux étudiants)
Ma tête à couper que, juste au moment du suspense, nous apprendront que ces merveilles relèvent de leur cent-quatrième cycle !

    BERNARD
Regardons tout d'abord la plus universelle, plus lointaine et plus certaine de nos innéités : l'instinct de conservation, qui éclaire à lui seul le caractère fondamental commun à toutes les morales : leur valeur de survie. Comme l'a observé Philippe, la morale judaïque s'est révélée très supérieure à cet égard. Pour dompter des fauves, elle n'a jamais eu d'égale. Etait-elle plus répressive, plus féroce que les autres ? Au contraire : les potentats orientaux sont célèbres pour l'abjection qu'ils exigeaient de leurs sujets prosternés, et pour le naturel qu'ils apportaient à l'exercice de leur monstrueuse autorité : ces gens-là vous faisaient sauter des têtes, brûler des jeunes veuves, supplicier à mort des favoris en disgrâce, annihiler des peuples entiers à plaisir (même sans profit : Gengis Khan), etc., sans nul besoin de «bonne conscience» : ils n'avaient pas de  «conscience». Ils faisaient ces choses-là pour leur amusement, tout aussi naturellement que vous et moi nous plaisons à acheter parfois un cornet de frites à la foire. Bref ils ne savaient pas leur métier : ils négligeaient de préssentir la psychologie moderne. Ils appliquaient des sanctions, mais ignorant les récompenses intérieures gratuites, ils se ruinaient en faveurs et en abus de la force.

    PHILIPPE
Rendons hommage aux juifs : ce peuple semble avoir eu le monopole du pressentiment. Leur Jéhovah était malin…comme un singe !

    BERNARD
On ne peut se représenter sans émotion la lucidité psychologique surhumaine qu'il a fallu à ce peuple pour inventer une carotte ambivalente douée du pouvoir de stimuler à la fois la férocité (nécessaire) et la modération souhaitable tout en satisfaisant aux besoins profonds des dominés et des dominateurs. Les juifs ont inventé cette «ambivalence dont nous ne pouvons nous dépêtrer», mais dont il est devenu cruellement urgent de nous débarrasser : nous ne survivrons qu'à ce prix en tant qu'espèce, et c'est ce prix aussi que chaque individu doit payer pour conquérir sa liberté. Ai-je besoin de dire que cette prodigieuse carotte est la conscience des consciencieux ? Et dois-je ajouter qu'il est douloureux et difficile de renoncer au seul aliment qui satisfasse en toute circonstance à la plus lancinante de nos faims simiesques : notre besoin de revanches, d'auto-approbation, d'auto-admiration, de supériorité, secrètes certes, mais par là-même inexpugnables ? Bref notre besoin atavique d'être le plus important. Voilà ce que Jéhovah nous a servi sur un plateau d'argent. Depuis lors, tous les Occidentaux sont le nombril du monde. Ils sont toujours le plus … quelquechose … des humains, fût-ce le plus humble, le plus inglorieux, incompris, maltraité, seul, découragé, et même le plus … rien du tout : nous parvenons à être fiers de n'être pas fiers, fiers (comme Fréron) de ne pas être académicien, fiers de n'être rien !

    PHILIPPE
Halte-là ! mon bon Bernard : vous êtes plus cruel -d'intention tout au moins- qu'Hitler, Torquemada et Néron conjugués. Laissez-moi évoquer le cas d'un brave homme qui s'acquittait dans quelque sous-préfecture d'une fonction obscure et mal rétribuée. Il était minable de toutes les façons et affligé, pour comble de disgrâce, d'une impuissance sexuelle congénitale.  Il me semblait le plus déshérité des hommes, le plus navrant, le plus navré. Mais un jour j'ai vu luire la fierté dans son oeil. Son journal lui avait appris les démêlés d'un savant illustre, Robert Oppenheimer, avec la justice de son pays : «Il avait une Maîtresse, Monsieur !…», m'a-t-il dit, et son oeil ajoutait : «Comparé à Moi, Oppenheimer était un sale individu…» Il était fier de n'avoir jamais eu de maîtresse, fier d'être un Juste justement indigné que d'autres en eussent. Loin d'«offrir à Dieu» son impuissance sexuelle, il la Lui avait vendue au prix fort : en la surcompensant, il en avait obtenu un surprix. Et vous voudriez ruiner ce misérable, le dépouiller de son seul bien ? Ce serait éteindre pour lui le soleil !

    BERNARD
Rassurez-vous : la morale judaïque est une «Bourse» miraculeuse.  Toutes «les affaires psychiques» qui s'y traitent sont aussi bonnes, même quand elles semblent mauvaises, que sont justes les décimales crachées par un ordinateur. Le mal s'y transmue toujours exactement en bien, mais par des détours si étranges qu'avant d'avoir exploré les territoires secrets de la nature humaine il est impossible d'y voir clair : nous restons des aveugles, qui ne pouvons que pressentir. Nous nous mouvons dans une nuit que la foi seule éclaire, mais incomplètement. C'est pourquoi les mystiques ont toujours été seuls à entrevoir la nature humaine. Eux seuls ont apporté de vastes vérités intérieures, partielles encore mais lumineuses déjà.

L'ambivalence est une merveille thésaurisée depuis toujours par l'intelligence universelle, mais dont la capitalisation commence à peine. Aussi est-ce à peine que nous commençons à la comprendre. Mais, même si nous ne la comprenons pas, nous ne sommes exposés ni à nous en laisser dépouiller, ni à nous en dépouiller nous-mêmes : ce serait involuer. Or nous ne pouvons reculer : l'Evolution est la loi de la vie. Elle est conséquence du jeu des forces cosmiques. Les humains sont aussi impuissants à en dévier le cours qu'à altérer la course des galaxies.

    HUBERT
J'en suis fort aise, mais j'ai ouï dire qu'il existerait une telle chose que des hommes malfaisants à autrui et à eux-mêmes. Mais il irait sans dire, selon vous, qu'il s'agirait de bienfaiteurs ambivalents ? Quelle merveille ! Qu'on me permette quand même une suggestion : cela n'irait-il pas mieux encore en le disant ? L'ambivalence est une merveille qui, une merveille que, etc. Fort bien, mais encore ? Qu'est-ce , s'il vous plaît, que l'ambivalence ?

    BERNARD
C'est la forme sensible de la bipolarité. Ne vous récriez pas : je sais que je parle hébreu, mais il faudra y passer. L'ambivalence est une notion difficile parce qu'il faut la dépasser pour la comprendre. Il faut se dépouiller de l'ambivalence, et c'est la dernière chose que les humains consentent à faire. Fruit de la morale judaïque, qui est la «bourse aux bonnes affaires psychiques», elle est le plus précieux de nos biens. Il nous est donc interdit de nous en dépouiller si ce n'est contre MIEUX : les marchés de dupes sont proscrits à la bourse aux bonnes affaires. Voilà pourquoi nous ne pouvons «offrir l'ambivalence à Dieu» : nous ne pouvons que la lui vendre contre TOUT !

    PIERRE
Cela revient à dire que nous ne pouvons nous donner à Dieu que parce qu'il s'offre à nous. C'est la doctrine de la grâce.
   
    BERNARD
Ces concordances sont émouvantes, mais je préfère le langage de la science. Je préfère la bipolarité parce qu'elle éclaire les moyens pratiques de l'Evolution, alors que la grâce conduit trop souvent au désespoir ceux qui ne s'en sentent pas touchés, et aussi au jansénisme, qui a une odeur de favoritisme, de népotisme divin ! La bipolarité est aussi impersonnelle et impartiale en psychologie qu'en physique, et elle n'est jamais désespérante.

    HUBERT (aux étudiants)
Saluez, mes amis, la bipolarité : elle a sur la grâce un magnifique avantage : elle est aussi froide que le zéro absolu des physiciens !

    BERNARD
Il faut toujours partir de zéro pour mesurer les vraies températures : celle du coeur humain comme toutes les autres. Or, pour parvenir à la connaissance de TOUT, il suffit mais il faut que tout soit VRAI. Mais revenons à l'ambivalence. Il est trop tôt pour essayer de la comprendre en la regardant de l'intérieur. Mais nous pouvons l'observer dans ses conséquences concrètes. Nous pouvons constater ce qui se passe chez ceux qui ont mangé la carotte judaïque et chez ceux qui n'y ont pas goûté.

    PHILIPPE
«La Morale Judaïque en Tant que Carotte» serait un joli sujet de thèse et c'est un joli sujet d'étude. Les bénéfices qu'en tirait notre impuissant sexuel sont tout aussi réels, quoique moins substanciels, que ceux dont se régalait la bourgeoisie du siècle dernier.

En gros, cette morale offrait jadis (elle ne le fait plus très bien aujourd'hui) à ses bénéficiaires, pour peu qu'ils fussent puissants, des moyens de faire les pires choses tout en jouissant d'un superdividende : «une bonne conscience». Les opprimés s'en vengeaient en méprisant secrètement leurs bourreaux : la bonne renommée qu'ils s'accordaient à eux-mêmes valait mieux que la ceinture dorée dont on se servait pour les fouetter. Ils jouissaient aussi de dividendes en se méprisant entre eux. Tout cela peut sembler plutôt affligeant, mais il serait absurde de contester la valeur de survie de cette «Socialité de Mépris Mutuel».

    HUBERT
Vous exagérez ridiculement : le menu peuple, au siècle dernier, n'était pas toujours maltraité ni haineux. Beaucoup étaient dévoués et même aimants.

    PHILIPPE
Bien sûr. Mais ceux-là ne posaient aucun problème social. Là où la décence et le coeur interviennent, tout se passe toujours bien. Mais la décence et la bonté  ont toujours été rares chez les singes. Mon tableau clinique s'applique au cas plus général où les rapports sociaux étaient des rapports de force.

    PIERRE
Il semble en effet qu'en fournissant aux opprimés la possibilité de se juger suppérieurs malgré leur abjection, la morale judaïque atténuait leurs maux. Cette morale simiesque semble avoir été la moins cruelle dont pussent s'accomoder les singes. Mais il faut aussi en observer les effets sur des hommes non bestiaux. Un de nos étudiants, ALCESTE, dont on fera la connaissance dans le courrier, a composé un apologue qu'on croirait écrit pour cette leçon :

    Une victoire ECRASANTE
1er chapitre : Il était une fois un candidat ermite rempli d'amour pour Dieu. Dégoûté d'un monde dont il redoute les pièges, il se réfugie dans une grotte évidemment sauvage. Le voilà seul en face de l'Objet de son amour.

2ème chapitre : Notre novice affronte l'Epreuve. Il est chaste (mais ce n'est pas cela). Il est austère (il supporte cela aussi). Mais sans qu'il les voit venir, tous les hommes envahissent sa grotte : les pécheurs, les justes, les puissants, les grands, les gras, les minables, les moines bien au chaud dans le couvent où il avait d'abord pensé fuir le monde, et les prêtres, et l'évêque mitré d'or, et même le pape dans son palais. Tous les hommes sont là. Et notre ermite évidemment, se trouve bien plus saint qu'eux.

3ème chapitre : Sans faire le moindre mal à aucun, il a écrasé tous les hommes. Sa victoire est irrémédiable. Il se jette dans un puits et s'y noie.

Moralité : Avec sa socialité biologique, notre ermite avait emporté dans sa grotte l'orgueil simiesque, qui écrase tous les hommes(*1). La grâce, dit-on, vainc l'orgueil. Pour plus de sécurité, que les ermites s'inscrivent au cours d'initiation…

    PIERRE
Le pauvre ermite ne pouvait ni accepter l'ambivalence ni s'en dépêtrer. En cela son aventure d'apparente à la nôtre. Nous nous sommes vu imposer (par la psychanalyse) une ambivalence dont la morale judaïque ne peut s'accomoder. C'est ce qui rend si désespérante la tâche des auteurs de manuels scolaires de morale : les enfants eux-mêmes sentent que cette morale n'est pas vraie.

    BERNARD
Avant de chercher à déceler la signification biogénétique de la morale judaïque, jetons un coup d'oeil sur le cas de l'Orient, où la conscience ne s'appuie pas sur la morale. L'enseignement le plus limpide à cet égard est celui de Confucius.

    PHILIPPE
«Confucius», disait, je crois, Aldous Huxley, «a remplacé l'éthique par l'étiquette». Quel admirable calembour : à la seule exception de la morale judaïque, dont les racines sont plus charnelles, l'éthique n'a jamais été qu'une Etiquette avec un grand E, une étiquette solennelle.

    BERNARD
L'étiquette n'a jamais eu et n'aura jamais qu'une fonction : décorer les façades, veiller au décorum des faces. C'est pourquoi les Sages de la Chine sont si décoratifs : ils ont tous de belles faces. Ils ont tous la même face !

    PHILIPPE
Leur face est ce que les Orientaux ont de plus précieux. Perdre la face, c'est, pour eux, perdre tout.

    BERNARD
Mais, tant qu'ils ne la perdent pas, ils n'ont pas à se jeter au fond d'un puits. Ils ne connaissent pas les affres de ceux qui, non contents de se comporter en saints, veulent être saints. Ils ne souffrent pas non plus des névroses de ceux qui, voulant savoir ce qu'ils sont, se jettent dans le gouffre sans fond de leurs propres motivations. Les Orientaux veulent vivre  vrai, les Occidentaux être vrais. Qui a commis l'erreur de décimales : Confucius ou Jéhovah ?

    PHILIPPE
Bien qu'il nous ait jetés au fond du puits, je n'hésite pas : je mise mon fric sur Jéhovah.

    BERNARD
Jéhovah a fait un chose surhumaine : il a bâti sa morale sur nos innéités vraies. Il a tenu compte d'un instinct dont nul ne parle jamais : l'instinct d'évolution, qui nous a engendré la PULSION SPIRITUELLE.
Arrêtons-nous quelques instants pour observer cette pulsion insolite : personne ne la jamais comprise ni regardée à l'oeuvre, et pour cause : elle était hier encore si douloureusement incompréhensible qu'il valait mieux l'accepter aveuglément. C'est pourquoi les humains se sont infligé une dichotomie de l'âme en séparant -et souvent en opposant- la connaissance et la foi. Aux yeux de bien des croyants, il est resté sacrilège de s'armer des moyens de la connaissance pour explorer les domaines de la foi : celle-ci se veut désarmée devant Dieu, pour une raison peut-être un rien simiesque : les humains veulent s'en faire un mérite en même temps qu'une humilité, une soumission. C'est le contraire de la contrainte scientifique, jugée orgueilleuse par ceux qui ne la comprennent pas, sans doute parce que les savants (qui, trop souvent, ne la comprennent guère) tendent à s'en faire une gloire. La pulsion spirituelle est incompréhensible jusqu'aux saints qui s'abandonnent à elle. Steiner lui-même, qui a livré à ses continuateurs les moyens de la comprendre, l'entrevoyait seulement.
La pulsion spirituelle a ses racines dans la deuxième dimension biologique de l'âme humaine. Comme toutes les pulsions, elle se manifeste par un désir et un besoin : nous lui devons l'amour du vrai et le besoin d'être quelqu'un. Dans sa forme naïve, ce besoin s'observe fort bien chez les enfants. Mais, pour eux, quelqu'un veut nécessairement dire quelqu'un d'autre. Tous les petits garçons raffolent des déguisements : les uniformes, les attirails de cow-boys, les panoplies de policiers, etc. leur plaisent toujours. C'est un goût que bien des adultes conservent jusqu'à l'âge généralement fort avancé où ils croient pouvoir, sans ridicule insupportable, se boursoufler sous l'habit vert des académiciens.

    PIERRE
Les petites filles elles aussi revêtent volontiers des oripeaux, mais ces jeux satisfont à un autre besoin : celui d'être belles. Se déguiser, pour elles, c'est se parer.

    BERNARD
Puis vient le moment -et c'est celui où nous en sommes en Occident- où l'unité se fait en nous : le désir et le besoin ne font qu'un, et nous voulons devenir  Q U E L Q U ' U N    D E   V R A I !

    PHILIPPE
Repatatras ! Nous voilà tous au fond du puits !

    MEDICUS
Nous voulons être authentiques, et n'y parvenons jamais tout à fait. Malgré quoi il ne faut pas s'en désoler : nous le sommes plus qu'aux temps où nul ne se souciait d'authenticité.

    BERNARD
Hélas -ou plutôt Dieu merci- plus nous le devenons, plus nous souffrons de ne pas l'être TOUT A FAIT. Seuls ceux qui le sont déjà un peu connaissent cette nouvelle sorte de souffrance. La raison en est claire : la pulsion spirituelle nous engendre un BESOIN D'ABSOLU. Rien de moins ne nous a jamais satisfaits. Rien de moins ne nous satisfaira jamais. Voilà où en est l'Occident.

    PHILIPPE
Débrouillons-nous : nous n'aurons jamais rien tant que nous n'aurons TOUT. Il nous faut l'absolu, et nos psychologues sont plus ardents encore que nos physiciens pour nous en ôter tout espoir. Je retire la moitié du fric misé sur Jéhovah !

    BERNARD
Au contraire, malheureux : doublez votre mise ! Le peuple juif a renouvelé en psychologie son fantastique exploit théologique : la carotte judaïque est le pendant exact, quoique incomparablement plus subtil, des tigres herbivores. La carotte judaïque nous a mis dans une situation intellectuelle et spirituelle intenable, dont nous ne pouvons nous accomoder. Elle nous a contraints a évoluer, à découvrir la bipolarité, qui nous délivre ABSOLUMENT du dilemme moral de notre époque. Voilà, n'en doutez pas, pourquoi la bipolarité a été découverte.

    PIERRE
Dans le même temps que la morale judaïque, devenue chaque jour plus inacceptable, est vomie par notre jeunesse. Le synchronisme, comme toujours, est rigoureux. Bravo Rosalinde !

    HUBERT
J'y croirai quand vous nous aurez régalés du «Décalogue Bipolaire» d'une «Morale Enfin Intelligente» ! Après votre indigeste menu, sans doute sera-ce rafraîchissant.

    BERNARD
Il ne saurait en être question aujourd'hui : la bipolarité n'est intelligible qu'en fonction des connaissances qui s'acquièrent en explorant les territoires les plus secrets de la nature humaine. C'et là seulement que peuvent se rectifier les erreurs de décimales de la psychologie contemporaine. Plusieurs leçons seront nécessaires pour aborder ce sujet brûlant.
Cependant, le cas du chocolat comparé à celui de l'adultère peut donner une première idée de ce que sera la morale à l'avenir. Le médecin qui déconseille une denrée insalubre est déjà une sorte de moraliste. «Abstiens-toi du chocolat, dit-il en substance, tu jouiras d'une bonne santé hépatique. Si tu en manges, tu auras mal au foie…» Pour maîtriser la gourmandise, cette récompense assortie de la menace d'un châtiment suffit souvent. Mais les débordements de la pulsion sexuelle aux heures de crue ne se contiennent pas si facilement. Il faut jeter dans la balance une récompense d'un autre poids : la chose à quoi les humains tiennent le plus. C'est ce que fait la morale. Aussi les moralistes se gardent-ils de déconseiller l'adultère : ils le proscrivent, et assortissent cet interdit de menaces (naguère efficaces mais dévalorisées aujourd'hui : l'enfer et la réprobation publique en même temps que divine) et d'une récompense formidable : la morale elle-même. «Abstiens-toi de l'adultère, tu jouiras de ta propre «moralité» et, dès lors, du pouvoir de blâmer à «BON DROIT» !…»
Si la morale foire aujourd'hui, c'est parce que la psychanalyse l'a privée de cette récompense suprême : il nous est devenu impossible de croire au «bon droit» de ceux qui nous blâment. Nous sommes restés plus ou moins persuadés du nôtre quand nous blâmons, mais le coeur n'y est plus : nous savons trop combien ceux que nous blâmons y croient peu !

    PHILIPPE
Patatras ! Quoique que nous puissions dire, faire, éprouver, sentir ou même penser, nos contemporains s'interrogent sur la «pureté» de nos motivations. Pis encore : nous le faisons nous-mêmes ! ! Or, s'il est au monde une chose sûre, c'est que, depuis qu'il en existe, aucun être humain n'a jamais été animé par des motivations «pures». Rien n'est si «trouble», c'est-à-dire indémêlablement complexe, que nos motivations.

    BERNARD
Et, s'il est au monde une deuxième chose sûre, c'est que nous ne pouvons résister au besoin -on va voir combien c'en est un- de blâmer  non seulement les humains, mais les dieux aussi bien. Nous blâmons tous ceux que -et TOUT ce que- nous ne comprenons pas. Ne pas comprendre, c'est réprouver. Comprendre, c'est aimer.

    PIERRE
«Comprendre, comprendre enfin !…», gémissait Dostoïevski. Le besoin profond qu'exprimait cette prière, c'est «aimer, aimer enfin !…»

    BERNARD
Il reste à élucider les raisons de notre besoin de blâmer et rien n'a jamais été plus facile : blâmer, c'est juger. C'est s'attribuer la puissance et la dignité du Magistrat jugeant sans appel et dont chaque mot a donc force de loi. Nous ne pouvons souhaiter rien de plus immensément flatteur, et la morale confère ce rôle magnifique au plus minable des humains. Il n'est déshérité si pitoyable qui, par ce détour, ne puisse satisfaire au plus impérieux des besoins de l'Homme : celui de s'admirer, de se glorifier. Eh bien la morale intelligente est celle qui conduit à la pleine satisfaction de ce besoin fondamental en nous dévoilant ce que nous pouvons et devons admirer en nous : notre être, et non pas notre personne, qui a toujours été dérisoire et le restera à jamais. (Aux étudiants) Je regrette de ne pouvoir être plus explicite aujourd'hui. (A ses collègues) Pourriez-vous proposer quelque chose qui commence à ressembler à des «commandements» acceptables à des humains?

    PIERRE
Oui, mais nous ne pouvons en revendiquer l'initiative. Le «Pentalogue d'une Morale Intelligente et Humaine» est dû à un étudiant, ANTOINE, qui l'a trouvé dans le RUBICON, où nous l'avions placé nous-mêmes sans voir qu'il s'agissait d'une Morale ! !  Nous remercions Antoine, qui nous a donné la plus grande récompense dont puissent rêver des professeurs : se voir dépassés par leurs étudiants. Voici le Pentalogue d'Antoine :

    LES CINQ COMMANDEMENTS QUE JE DOIS RESPECTER
    POUR DEVENIR UN ETRE HUMAIN

1er Commandement    :     Tu n'emploieras aucun mot dont le sens ne te soit bien clair.
- dans le doute, je consulterai un dictionnaire.

2ème Commandement :    Quand un mot possède plusieurs acceptions, tu ne manques jamais de définir celle dans laquelle tu l'emploies.
    - pour définir le sens exact du mot que j'utilise, je regarderai la chose définie depuis Sirius, et je dirai ce que j'ai vu.

3ème Commandement :    Tu seras économe de mots.
    - Je n'en utiliserai aucun qui ne soit indispensable à l'expression de ma pensée.
    - Je bannirai adjectifs et adverbes chaque fois que c'est possible ; s'ils sont nécessaires, je préférerai les plus brefs et les moins superlatifs.

4ème Commandement :    Tu ne te payeras pas de mots.
- J'éviterai les effets sonores et les équivoques.

5ème Commandement :    Tu affineras ta sensibilité aux nuances.
- Je ne dirai pas «ennuyeux» pour «contrariant» ;
- Je ne dirai pas «immense» pour «énorme» ;
- Je ne dirai pas «aptitudes» ou «pouvoirs» pour «propriétés» ;
- Je choisirai mes mots avec les plus grands soins.

    … ET JE DEVIENDRAI HUMAIN : LA PENSEE INTELLIGENTE EST CE QUI DISTINGUE L'HOMME DE L'ANIMAL ET DE LA CHOSE.


    SUPERCOURRIER  DES  ETUDIANTS


Ceux que le courrier des étudiants a ennuyés sont invités à s'accorder une chance de jouir d'une «veine de pendu». Elle les poursuivra jusqu'à leur dernier souffle s'ils se décident à exploiter un «filon aurifère « qui a fait ses preuves. Autrement dit : s'ils prennent l'habitude de s'enrichir de la «veine» des autres en profitant de leurs expériences positives ou négatives, heureuses ou malheureuses.

Le «supercourrier» né aujourd'hui en fournira des occasions plus nombreuses à mesure qu'il prendra de l'âge. Certains étudiants illuminent le chemin parcouru par nos leçons. Ils y avancent à vive allure et sans risques. En montrant ce qu'ils font, ceux-là nous suggèrent des moyens de faire comme eux ; d'autres pataugent, s'embourbent et éclairent des dangers dont il faut se garder. D'autres encore prennent peur et se réfugient dans la nuit des temps, où l'obscurité dérobe à leur vue des traquenards mortels dont chacun de nos pas est guetté quand nous cheminons à l'aveuglette. Les voilà là rassurés. Mais à quel prix ? Nul ne peut jouir d'aucune veine s'il ne prend soin AVANT TOUT de RESTER VIVANT.

On sait que notre tâche est de faire des … «surhommes» de nos étudiants, c'est-à-dire des HOMMES NORMAUX. Certes dans un Occident peuplé d'anormaux, cette ambition semble aussi abusive  que l'«idéal» nietzschéen. Malgré quoi, la plupart des étudiants qui répondent à nos questionnaires semblent n'en avoir pas  été scandalisés : ils se disent parvenus au point du non-retour. On peut craindre néanmoins que, si un accident anéantissait le C.I.E.B.S. et l'I.F.O., peu d'entre eux pourraient poursuivre leur route. Le vrai point de non-retour est atteint lorsque nous parvenons à l'ALTITUDE à partir de laquelle il nous devient aussi impossible de nous élever davantage que de cesser d'étendre le champ de notre recherche et la diversité de nos POSSIBILITES D'ACTION.

C'est là qu'il nous faut parvenir au terme des trois dernières leçons de ce premier cycle. La présente leçon en constitue une étape importante : elle laisse entrevoir la destination du voyage et quelques moyens d'y parvenir. C'est pourquoi tous sont priés de répondre avec soin au 6ème questionnaire. La possibilité d'apporter une aide ajustée aux cas particuliers de ceux dont les réponses en révéleraient le besoin en dépend entièrement.
   
    PIERRE
Comme il fallait s'y attendre, plusieurs étudiants ont été choqués en 1969 par la disparité apparente entre les promesses de cette leçon et le peu que le «pentalogue» semble en «tenir». Mais Antoine ne s'est pas arrêté aux apparences. Il est allé tout droit à l'essentiel. Dès lors, présentée sans explications, sa «morale» était un piège auquel plusieurs femmes se sont prises. L'une d'elles, IF.122, qui ne pouvait s'accomoder d'une morale dépouillée de moralisme(*2), faisait la grimace d'entrée de jeu : «Ce pentalogue, qui prétend à être une morale, est bien pauvre : que de grands écrivains (par le style) seraient moraux !» Et IF.084 : «Pensez-vous qu'il suffise d'acheter un dictionnaire pour être moral ?»

Nous sommes aussi loin de le penser que d'attribuer au «style» -même à celui de Jean Rostand (Rubicon p.299) le pouvoir qu'IF.122 nous accuse de lui prêter. Nous nous sommes efforcés, au contraire, de mettre nos lecteurs en garde contre les maléfices du style sans en nier les bénéfices : «La poésie,  selon Bernard, est un des facteurs du SENS DE L'ORIENTATION chez les humains» (Rubicon, p.193). Les animaux qui s'abandonnent à leurs instincts sont conduits au lieu du rendez-vous de leurs espèces. Mais l'abandon est interdit aux humains :

C'EST A LA SUEUR DE NOTRE FRONT ET AU PRIX DE NOS LARMES MELEES DE NOTRE SANG QUE NOUS DEVONS NOUS AFFRANCHIR, CONQUERIR LA LIBERTE DE N'ETRE PLUS DES CONQUERANTS. NOUS DEVONS CONQUERIR LE DROIT DE NOUS ABANDONNER, CONQUERIR LE DROIT D'AIMER CE QUI EST AU LIEU DE DESIRER CE QUI SERA -QUAND NOUS AURONS CREE EN NOUS L'HUMAIN.


Voilà d'où il vient que, malgré les nostalgies qui nous habitent, nous ne pouvons être des «lys des champs». Tel est le sens profond du «pentalogue» d'Antoine. Pour l'instant il est typiquement masculin. Il est normal et significatif que nos élèves féminines aient été seules à protester. Mais elles ne le pourront plus longtemps. Elles aussi sont appelées au lieu du rendez-vous de notre espèce. Or c'est en conquérant les moyens d'une capitalisation  des produits de la PENSEE DISCURSIVE que nous pouvons y parvenir. C'est ici qu'il faut dire : «HORS CELA POINT DE SALUT !…» Aucune autre voie ne mène au non-conditionnement, à la non-programmation, bref, à la LIBERTE. Les cinq commandements d'Antoine n'en font qu'un : «TU APPRENDRAS A REFLECHIR». C'est nécessairement le premier article d'une morale intelligente et humaine : «Emprunte en premier la route qui conduit à la connaissance de Dieu en te révélant la DIVINITE QUI T'HABITE A TON INSU…» En bref : «Connais-toi toi-même, tu connaîtras Dieu».

    BERNARD
Ces mots appellent une précision indispensable. Deux impératifs s'imposent absolument aux chercheurs scientifiques : 1. Toute CROYANCE leur est interdite dans l'exercice de leur profession. 2. Les mots EQUIVOQUES sont PROSCRITS. Ces deux règles sont respectées scupuleusement dans ce cours. Des images et des mots familiers sont empruntés au vocabulaire de la religion, des arts ou de la poésie pour agrémenter, aviver et vivifier ses leçons, mais ne sont jamais exemptés de ces deux règles. Le mot «miracle», par exemple, est utilisé fréquemment pour désigner des phénomènes qui, jadis semblaient «surnaturels». L'objectif de la recherche scientifique est la découverte  des lois de la nature. Celui du présent cours est d'exploiter, à des fins pédagogiques et psychologiques, les connaissances  acquises par une équipe de chercheurs. Les seuls «miracles» auxquels il est fait allusion sont ceux qui, malgré  leurs apparences surnaturelles et bien qu'ils puissent sembler inexplicables (comme la navigation stellaire des fauvettes) ont été rigoureusement vérifiés, TANDIS QU'EUX-MEMES DEMONTRENT ET VERIFIENT L'UNIVERSALITE DES LOIS DE LA NATURE.
   
    PHILIPPE
    «De par ces Lois défense à Dieu
    de faire miracles sous les cieux…»
Ce slogan fut placardé sur les murs de Port-Royal par un Janséniste (prudemment anonyme) qui accusait Louis XIV d'abuser de la situation. Le Roi  y remplaçait ces Lois  et dans ce lieu  s'y substituait à sous les cieux, mais le principe était le même…

    BERNARD
Il reste à résumer l'essentiel du sujet traité dans cette leçon, puis l'essentiel des produits de ce traitement :

1.    LA MORALE CONTIENT SA PROPRE RECOMPENSE, SES MOTIVATIONS PROPRES, SES MOTEURS CONSCIENTS ET INCONSCIENTS.

2.    ELLE EST UN PUISSANT INSTRUMENT DE LA DOMINATION SOCIALE ET POLITIQUE A TOUS LES NIVEAUX : ELLE EST A LA FOIS CAROTTE ET FOUET.

3.    LA MORALE CONTIENT DONC, EGALEMENT IMPERIEUSES, SES RAISONS BIOGENETIQUES D'AVOIR ETE ET SES RAISONS BIOLOGIQUES IMMEDIATES DE NE PLUS ETRE : elle ne peut entraîner désormais que l'extinction, en une seule explosion, d'une espèce démentiellement sur-armée.

    PHILIPPE
Pour l'amour du ciel, de la terre, et de tout le reste, prenons garde ! Nous frôlons deux périls plus mortels l'un que l'autre : la morale et l'amoralité. On a vu qu'un trop facile démontage des mécanismes de la morale occidentale héritée du judaïsme suffit pour «expliquer» trop bien et avec trop de force les «grands spectacles» que l'histoire n'a jamais cessé de jeter à la tête des humains pour leur en mettre «plein la vue». Il n'en faudrait guère plus pour DEMASQUER la morale ET LES MORALISTES. Je le répète, prenons garde : toutes les révoltes et toutes les révolutions sont nées le jour où naquirent le premier révolté et les premiers révolutionnaires. Les révoltes et les révolutions ont grandi depuis. Mais, au prix de celle qui a émergé en 1968, elles n'ont été que jeux d'enfants innocents : démasquer en même temps la morale et les moralistes serait mettre, d'un seul coup et en une seule explosion, LE MONDE A L'ENVERS.

Rien ne saurait empêcher ni retarder beaucoup le franchissement de la troisième grande étape de notre évolution, c'est-à-dire l'achèvement d'une espèce traumatisée à sa naissance par une terrible plaie qui saigne encore : l'insupportable et «invivable» FAILLIBILITE qui lui a CREE LA NECESSITE et ENGENDRE LE POUVOIR D'ELABORER LES RESSOURCES dont elle s'est dotée elle-même AVANT de savoir ce qu'elle faisait. Elle a obéi à une synchronisation-à-retardement qui passerait immanquablement inaperçue des savants tant qu'elle était inconciliable avec toutes les idées reçues par la Science et, pis encore, se conciliait trop avec ses «idées vomies» ! On voit ça d'ici : la science enfin divorcée du dogmatisme, qui avance imperturbable, sereine, abritée des passions et des naïvetés du vulgaire, mue par son seul souci de la vérité. Peut-on l'imaginer reniant cette image de marque pour faire figure de grenouille de bénitier ? En admirant ce joli tableau, nos étudiants se feront peut-être une idée des raisons par lesquelles le C.I.E.B.S. a jugé nécessaire de veiller jalousement sur son anonymat. Et de la puissance des motivations qui ont contraint TOUS  les hommes de science, même les moins officiels, à opposer à la collection «Survivre» un SILENCE DE MORT. Aucun n'y aurait fait la moindre allusion sans qu'il lui en revînt on ne sait quelles sourdes tortures au fond de quelque souterrain insonorisé.

Mais, allons-y doucement : l'apparition d'êtres humains déconditionnés, libres d'APRENDRE, aura un corollaire inévitable : la «chute des puissants et des maîtres dans un abîme de subalternité et d'oubli» (cf. 5ème leçon p. 14). Qu'ils n'y consentiront pas de bonne grâce va de soi. Si l'on veut éviter un conflit effrayant, cette révolution pacifique doit être préparée de façon que ceux qui CROIENT avoir en mains les «leviers de commande», ne sachent pas qu'ils s'en déssaisissent eux-mêmes. Il est facile de constater que les «puissants» de l'économie et de la politique sont incapables de se servir des pouvoirs, plus étendus que jamais, qu'ils détiennent encore nominalement. Les hommes d'affaires et les banquiers sont impuissants à éviter la guerre économique qui fait de chacun d'eux l'implacable ennemi de tous les autres ; ils ne peuvent s'empêcher de s'entre-détruire et sont impuissants à éviter de perdre non seulement leur argent mais surtout leurs pouvoirs : ceux qui exercent le «pouvoir patronal» sont des irresponsables dans toutes les acceptions de ce mot : des fonctionnaires qui ne peuvent être tenus de répondre des conséquences de leurs actes. Le cas des hommes politiques est encore plus désespéré : ils sont censés tout savoir, mais leur ignorance les rend impuissants tout d'abord à juguler l'inflation et le chômage galopants, devenus également intolérables. Et, pis encore, l'extension de leurs pouvoirs nominaux entraîne la souveraineté de leur règne sur l'Enseignement. Or, dans ce domaine-ci, leur ignorance a pris des proportions fantastiques. Elle les rend si impuissants à éviter les conséquences de l'irresponsabilité des éducateurs politisés par eux  que nul ne peut éviter désormais la «fabrication nationale» des pires ennemis des «pouvoirs publics», ni même la prolifération de terroristes dont la vocation est la mise à mort impunie des «Aldo Moro» potentiels que la plupart sont déjà…

Quoi qu'il puisse arriver, le temps imparti à nos générations pour éviter des effusions de sang dignes d'un Gengis Khan qui disposerait d'armes modernes leur sera étroitement mesuré. N'ayons garde de rien faire qui puisse l'abréger.

    PIERRE
Venons-en au supercourrier des étudiants.


    ALCESTE ET ANTOINE


    PIERRE
Janvier 1969 a été pour l'I.F.O. un mois faste : «Nous nous sommes enrichis», écrivions-nous en février de la même année, «de deux étudiants exceptionnellement doués pour l'orthologique, Alceste et Antoine, qui se trouvent être aussi des personnes de très bonne compagnie…» Et nous ne nous trompions pas : l'un et l'autre n'ont pas tardé à devenir, pour nos étudiants et pour nous, des compagnons aussi appréciés qu'aimés : de vrais «jumeaux homonucléiques», qui jouent dans  ce cours un rôle d'avant-plan. (Aux étudiants)  Quand nous vous avons parlé d'«amitiés supérieures», nous ne vous racontions pas d'histoires. Alceste et Antoine, notamment, vont devenir pour vous des amis de cette sorte. Permettez-nous, aujourd'hui, de vous les présenter.

    ALCESTE
En moins d'un mois, Alceste a absorbé les cinq premières leçons du cours d'initiation et de celui de gestion. Quelques extraits prélevés dans ses réponses aux questionnaires montrent combien, dans son cas, l'osmose et l'accomodation rétinienne se sont faites vite et bien. Et, plus important encore, COMMENT elles se sont faites.

2ème questionnaire     
Oui, le chapitre 3 du «Défi» a été pour moi le «premier fait de la cause». A la première lecture, tout m'avait semblé évident bien qu'inconnu jusqu'alors. A la relecture (pour la leçon), il m'a semblé qu'une partie de l'exposé m'échappait. Il m'a fallu reprendre tout, pas après pas, pour arriver à la certitude. J'ai été forcé d'admettre que, pris dans son ensemble, l'argent n'existe pas. Mais cette certitude ne m'aide pas à éclairer les autres problèmes de proche en proche. C'est comme si, dans l'obscurité totale, un point du paysage s'était éclairé et tout le reste demeuré dans la nuit. Ainsi, la remarque d'Hubert (les matières coûtent de l'argent, ne serait-ce que pour les ramasser), remarque qu'une note m'invitait à critiquer, je n'arrivais pas à la critiquer. Le déclic ne se produisait pas. Sans l'aide de Philippe et de son Sirien, je n'aurais sans doute pas été capable  de découvrir moi-même que la production de biens matériels ne coûte que des matières et du travail. Mais, quel qu'ait été jusqu'ici mon manque d'intérêt pour les questions économiques, j'ai été passionné par cette leçon, qui a littéralement envahi ma vie. Je ne cessais pratiquement plus d'y penser. Mais, tant à propos de la théorie des ensembles économiques, de celle du profit ou du panorama de l'argent, j'ai la sensation d'être conduit par la main là où il faut. Mais, si les cinq protagonistes me lâchaient la main, je ne saurais plus faire un pas. Serais-je un étudiant fort peu doué ?

3ème questionnaire   
Note : 19/20. Tout m'a plu et, en plus, cette leçon est «belle». Mais vous m'effrayez quand vous dites probable que, aveugles à vos propres fourberies, vous êtes trompeurs. Au point où j'en suis, comment voulez-vous que je le voie ? Vous voudriez que je n'accepte rien de vous sans y être contraint. De quelle contrainte parlez-vous ? Celle de la logique d'Aristote, celle de l'expérience de labo ? Alors que nous commençons à deviner que celle du Rubicon est incomparablement plus riche : dès à présent, sans que nous le percevions ni ne sachions comment ni pourquoi, elle nous domine déjà ! Je crois que votre séduction est là, et que vous séduisez malgré vous. Je ne suis pas de taille à résister parce que votre séduction est partout et que je ne la vois nulle part. Vous dites des choses dont je ne vois pas la ou les preuve(s). Si j'y crois, est-ce parce que j'ai confiance ? Ou parce que vous avez fourni ces preuves à une part de moi-même qui m'échappe mais qui me donne l'ordre d'avoir confiance ? A noter que, dans la «Moralité de la Fable», j'ai signalé des choses que vous ne prouviez pas. L'idée que je me faisais de la «preuve» semble avoir beaucoup évolué en bien peu de temps. Je me demande si les savoirs récents des étudiants n'ont pas parfois la vertu de cacher comment ils ont été acquis. Ainsi de la logique primaire : les étudiants qui n'ont découvert aucune preuve de l'efficacité de l'orthologique viennent de la voir à l'oeuvre, mais ils oublient  que c'est déjà de l'orthologique. Avaient-ils déjà vu l'argent ? Connaissaient-ils la théorie des ensembles économiques ? Cette théorie, cette vision, ne sont-elles pas fondées sur des évidences orthologiques ? (Un peu comme f(x) = y contient déjà les éléments de la théorie des fonctions). Peut-être ces choses sont-elles déjà perceptibles parce que la collection «Survivre»  a été écrite ? N'y aurait-il pas, notamment, de la «logique cruciale» là-dessous ?
   
    ANTOINE
Le moins qu'on puisse dire de son cas est qu'il sort de l'ordinaire. Antoine a dévoré le cours d'initiation en moins d'un mois, et le «Rubicon» en un week-end.

L'efficacité de l'orthologique, je ne la connais pas encore. Je sais que je viens de passer un week-end merveilleux. A Paris samedi matin pour acheter le Rubicon, j'en ai lu au retour, sans me rendre compte du trajet, le premier acte («Le Chaos» : lire dans un train, c'est bon). Dimanche matin, aprés en avoir dévoré la moitié, j'avais la tête comme une chaudière, une cocotte- minute ! Je suis allé me baigner avec mes grands enfants. La nuit suivante -il y a quelques heures, et je ne sens pas la fatigue- j'ai achevé ma lecture, et je me sens beaucoup plus calme. J'ai avalé votre livre. Ai-je franchi le Rubicon ? Je ne sais pas encore mais il me semble pourtant que oui. Je ne trouve pas que  ce livre ne tient pas ses promesses.

4ème questionnaire
    Note 18/20. Je sens que je serai bientôt contraint de vous donner 20/20. Sera-ce pour la prochaine fois ? Ci-joint une lettre aux cinq protagonistes :
«Mes chers amis, je viens de lire avec les bouts des doigts qui tremblaient et presque -à la fin- avec les larmes aux yeux, que dis-je : je viens de vivre votre excursion en Transrubiconie. Le mot m'avait fait rire au départ. Puis j'ai vibré profondément comme une corde de guitare que l'on pince. Maintenant je m'apaise. Vous qui avez tant de pouvoir de conviction, ne pouvez-vous ouvrir les yeux de votre camarade Hubert ? Ne le laissez pas sur l'autre rive. Merci de m'avoir fait comprendre que je ne suis pas le seul mâle à désirer TOUTES les femmes. Cela me paraissait bête (je vois maintenant que c'est le mot juste) et j'avais honte, enfin  pas trop, mais cela me semblait insuffisant pour satisfaire mon orgueil démesuré.

5ème questionnaire
    Note 10/20. Cette leçon m'a déçue. Je sais que vous l'avez voulu parce que vos élèves avaient besoin de souffler un peu. J'en suis encore à envier le repos découvert par Adam, et je me sens très proche de Rosalinde. Seize années seulement, rapides et tourmentées, nous séparent. Elle a bien raison. Je me sens agressif ce soir, d'où ma mauvaise note ! Mon irritation doit se frayer un passage. Après nous avoir parlé abondamment des moyens de gagner du fric, votre prochaine leçon nous parlera de morale ! ! Pouah ! Rosalinde, ma petite soeur, je monte aux barricades avec toi. Nos professeurs m'agacent même s'ils veulent notre bien. Ils veulent nous retourner, toi et moi, sur nous-mêmes comme des crêpes, et ils nous retournent sur le gril. Ils nous forcent à acheter leurs livres. Ils nous font faire de la publicité pour leur production, et nous ne savons même pas qui ils sont exactement. Allons, Rosalinde et IM.141 : ce soir, je suis avec vous. Aux barricades ! Ils m'ont permis, Rosalinde, de te connaître un peu. Trop peu, mais je suis avec toi. J'espère, cette fois, échapper aux dithyrambes de Dartan, qui voulait me donner confiance en moi. Mais diable ! il y est allé un peu fort : «exceptionnellement doué», qu'il a écrit ! Ça chatouille agréablement la vanité du bonhomme, mais c'est un peu gros. Si j'étais directeur ou seulement actionnaire de CITROEN, cela pourrait avoir un effet bénéfique pour l'entreprise, mais je ne suis qu'un pauvre type qui s'est toujours pris pour un cerveau. Alors, j'insiste : pas de morceau de sucre cette fois : je n'ai pas fait le beau. Vos louanges appelaient ma révolte -et vos explications.

Je me fous de votre «terrain économique», où l'on perd sa pureté. Pour gagner du fric, voici la «Loi d'Antoine» : plus vous en gagnerez, plus vous plongerez les mains dans la merde -et réciproquement ! Ceux qui ignorent cette loi prodigieuse, sensationnelle, etc… ne comprennent rien à rien. Je comprends que des sociétés suisses vous aient financés : les Suisses sont de grands financiers : ils ont vendu de l'acier français pour les canons allemends pendant la dernière guerre et vendu de l'acier allemand pour les canons français. Je schématise mais mon image reste vraie.. Tant pis s'il existe des Suisses parmi vous, chers professeurs, cette petite séance de retour de manivelle vous «déprogrammera», j'espère. J'ajoute que les évêques allemands bénissaient les guerriers allemands pendant que les évêques français bénissaient les guerriers français, tous deux défenseurs de la Civilisation avec un grand C. Moi, je bénis les morts et les financiers suisses.

Une bouffée d'air frais ? Non, de l'air empuanti ! Quant à ma confiance dans l'avenir, qu'y aurait-il de changé ? Monsieur TRIGANO vend le soleil, l'air et la mer Yougo-slaves, tahitiens, etc. au Club de la Méditerranée. Il a fait fortune. Nous continuerons à dépendre des marchands d'air, de lumière et d'eau autant que des marchands de canons et de cercueils à roulettes. TRIGANO ou SCHNEIDER, KRUPP, CITROEN ou ROTHSCHILD (autre club de vacances !) je ne vois pas la différence. Montrez-moi l'évolution ! N'êtes-vous en train de bêler dans le désert ou, pis encore, de procurer un nouveau terrain de chasse aux requins ? Vos cours, je le crois, ne rapportent rien, mais à quand les marchands d'orthologique ? Quand serez-vous les salariés d'un TRIGANO ou d'un ROTHSCHILD ? Votre oeuvre vous sera soufflée par des financiers ou par un éditeur.   P.S. Si cela peut leur être utile, jetez ces idées (?) en pâture à vos élèves. Peut-être plaira-t-il à Rosalinde de posséder, sinon un champion, au moins un allié.

La révolte d'Antoine a certes obéi à la retombée, voulue et nécessaire, qu'une cinquième leçon consacrée à la seule accommodation rétinienne aux contenus de la leçon précédente a provoquée en 1969(*3). Mais nous soupçonnons Antoine, que des indices nombreux semblent convaincre presque d'une sensibilité suraiguë à certaines situations, de s'être vivement émue de celle de Rosalinde, comparable à une Jeanne d'Arc qui comparaîtrait devant un aéropage pour recevoir solennellement le … martinet ! Un soupçon pèse sur Antoine : sa vocation d'adolescent révolté semble être celle du «whipping boy» volontaire : il voudrait recevoir le martinet aux lieu et place de Rosalinde !

Que telle ait été, ou non, sa motivation consciente ou non, qu'il en soit remercié : adolescente à souhait, sa révolte est mieux articulée que celle de Rosalinde. En les comparant l'une à l'autre, les éducateurs feront d'utiles observations. Entre-temps, nous n'appliquerons au chevaleresque Antoine qu'une bénigne cinglée de martinet : nous l'invitons à observer que les Suisses ont fait une bonne chose : le fromage de Gruyère, une chose peut-être louable : la Croix-Rouge, et certainement bien d'autres à la fois bonnes et admirables de toute sorte de façons? Qu'en tout cas rien ne saurait être si absurde que de blâmer une époque ni des populations entières, si ce n'est vitupérer contre des classes sociales ou des individus. Réservons nos sévérités et nos forces de lutteurs aux seules ERREURS.


ROSALINDE  prend une grande place dans ce cours en qualité de prototype des innombrables victimes de l'Education Nationale.  En révélant la nature et les causes des dysfonctions mentales et PSYCHIQUES dont souffre la jeunesse contemporaine, Rosalinde aura rendu un immense service à tous ceux qui veulent jouer correctement leurs rôles de professeurs ou de parents. Voici quelques nouveaux extraits de ses réponses aux questionnaires  :

2ème questionnaire   
J'arrive à comprendre la théorie des ensembles économiques, mais elle me semble si simple que je ne me sens sûre ni du cours ni de moi. J'aimerais vous entendre discuter avec un économiste bourré de diplômes et pas trop gâché, si les deux sont conciliables.

3ème questionnaire   
Note 5/20 : je suis très insatisfaite ! Le peu de points que je vous donne marque la satisfaction éprouvée en constatant que vous faites un peu confiance à la poésie. Je ne me rappelle pas où j'ai constaté des pirouettes dans la collection «Survivre», mais c'est arrivé très souvent. Par exemple, on n'a jamais su ce qu'est l'orthologique. Et puis vous détruisez sans construire ou , du moins, très vaguement, abstraitement. Plusieurs choses m'ont révoltée (c'est le mot) :

(a)    L'absence de définition du mot «âme». Si c'est l'habituelle, prise dans un sens un peu surnaturel, prouvez-moi son existence. Sinon elle exprime l'affect et elle est contenue dans la psyché. «Ame» et «coeur» étaient les mots d'autrefois pour expliquer quelque chose de très vague, qui est maintenant expliqué scientifiquement.

(b)    Il est tout à fait normal de «prendre nos distances». C'est une condition scientifique. Le psychanalyste doit prendre garde aux résistances de son patient, à la rationalisation de ses symptômes. S'il ne prenait ses distances, il se laisserait aisément tromper.

(c)     Pourquoi ne voulez-vous pas qu'on psychanalyse Dostoïevski ? Cela me semble une façon de mieux le comprendre. Vous niez donc toute découverte psychanalytique ? Aucune ne recueille votre approbation ? Ce refus ne serait-il une réaction de philosophe, qui met son point d'honneur à refuser la science en bloc ?

(d)     Croyez-vous que les nations marxistes (je ne dis pas «communistes», car Marx n'évoque pour moi aucun étatisme, bien au contraire(*4) ) puissent survivre longtemps encore sans comprendre les hommes? Voyez ce qui s'est passé cette année en Europe Centrale !

(e) Vos grands mots sont bien jolis, mais j'aimerais en apprendre davantage sur l'orthologique. Votre introduction est bien longue. Je n'aimerais pas parler d'argent, mais vous me comprenez.

5ème questionnaire   
Note 17/20 à cause de la 4ème loi du machinisme et des considérations qui la suivent. Je commence à me servir de la logique primaire. Votre théorie de l'assouvissement de notre pulsion sexuelle et de notre volonté de puissance sur le terrain économique n'est pas nouvelle. Par contre, je le répète, la 4ème loi du machinisme est surprenante, et elle aurait dû être évidente pour tous. Vous m'avez épatée pour la première fois.

Son «Dossier» n'est pas complet, mais il nous semble suffire pour «expliquer» l'âme et la psyché de Rosalinde et nous apprendre ce qui se passe dans sa tête et dans son coeur. Comparés aux jeteurs de sort qui se sont acharnés à massacrer Rosalinde, celui qui a fait son affaire de mutiler notre Adélaïde est un bienfaiteur.  Les réponses  de  Rosalinde  attestent  une déstructuration de TOUS les facteurs de sa sensibilité au réel. Malgré quoi nous l'avons «épatée» avec une chose si peu «épatant» qu'elle-même est surprise de sa banalité. Elle estime à raison que notre minuscule «loi» aurait dû être évidente pour tous. Il s'est donc passé dans la tête de Rosalinde quelque chose d'«épatant», une chose SANS PRECEDENT. Educateurs et professeurs sont invités à identifier cette chose.


    LE FARDEAU DE LA PREUVE

    PHILIPPE
La preuve, selon Larousse, est «ce qui sert à établir la vérité ou la fausseté d'une chose». Bref, la preuve sert à distinguer le vrai du faux. Malgré quoi nos étudiants refusent d'y mordre. Notre 3ème questionnaire a obtenu de l'un d'eux cette réponse :

    IM. 585
Je n'ai pas besoin de preuves, mais de méthodes d'organisation. Une preuve, ça ne sert qu'à se convaincre. Or, se convaincre, que serait-ce sinon se tromper ?

    PHILIPPE
Une chose est sûre : IM. 585 a été inventé par la nature pour poser des diagnostics fulgurants : à quelle autre fin lui aurait-elle mis les yeux juste en face des trous ? Cette singularité anatomique l'a conduit à constater que, condamnés à la tricherie et au mensonge à perpétuité, les «penseurs» cisrubiconiens n'ont jamais été autorisés à se convaincre que ce n'ait été pour se tromper afin de faire de leurs élèves de meilleurs trompeurs pofessionnels. ils ont été (et sont encore) formés à cette besogne et c'est pour la faire qu'on les paie. Qu'on n'en fasse de reproche à personne : nous constaterons ensemble dans une prochaine leçon que les choses se sont toujours passées ainsi par la forte raison qu'elles ne pouvaient se passer autrement.

Mais elles commencent à se passer tout autrement aujourd'hui. A temoin la prodigieuse réponse d'IM. 585, dont l'analyse doit être différée, sa portée ne pouvant être rendue claire que dans son contexte biologique. Mais, ce qui saute aux yeux dès à présent, c'est que IM.585 s'est féminisé. Il n'aurait pu prononcer ces mots s'il ne s'était allégé des chaînes logiques dont la nature a pris soin de ne pas charger Arielle. Moyennant quoi il lui suffit d'ouvrir les yeux pour regarder et de regarder pour voir. Aussi sa réponse vient-elle à point pour illustrer la signification d'une remarque qui a scandalisé plusieurs  étudiants : «L'orthologique, disions-nous (5/19), nous fournit les moyens de ne pas nous tromper -même quand nos raisonnements sont faux…» La réponse d'IM.585 en est un cas d'espèce : il n'y eut jamais de raison plus fausse que la sienne puisque la preuve logique est indispensable à la distinction du vrai et du faux, mais, nul n'ayant jamais VU plus justement l'usage qui s'en est toujours fait, personne ne s'est jamais trompé moins !

Nous n'en pouvons dire autant des autres étudiants. Cette année comme les précédentes, la plupart envoient nos preuves au diable pour n'avoir pas à se charger de ce fardeau. La preuve a si mauvaise presse ces temps-ci que, pour s'abriter de tout risque d'avoir à en user, les misérables n'hésitent pas à nous soumettre à un chantage hideux : ils nous menacent de leur confiance ! ! (Aux étudiants) Nous capitulons, mais vous proposons un marché. Il vous a été dit et redit que vous ne pouvez rien accepter de nous sans y être contraints par votre jugement. Vous ne pouvez dons nous faire, sous aucun prétexte, à aucun moment, aucune trace de confiance. Résignez-vous à vous méfier de nous. En échange de cette faveur, nous nous interdisons toute allusion aux preuves. Le maniement vous en sera enseigné par l'usage sans qu'il en soit rien dit.. C'est vous qui, pour faire commodément votre toilette intérieure, en découvrirez de vénérables et en inventerez d'inédites, un peu comme Monsieur Jourdain, pour se faire apporter ses pantoufles, se trouvait inventer d'excellente prose.


    IDENTIQUE  OU  PIRE ?

L'identité de ce qui se passe et de  ce qui se passerait si l'intention des puissants était de maltraiter les peuples a été pénible à tous. Quelques-uns pensent que nous avons peut-être noirci quelque peu le tableau, mais il s'en faut : la réalité quotidienne est mille fois plus noire. Deux de ses aspects suffiront sans nul doute à renseigner, sur ce qui nous attend tous, ceux qui veulent faire face au pire.

Le plus pittoresque est fourni par l'ARGENT, dont la consistance a été décrite dans le DEFI EUROPEEN. Fait exclusivement de créances et de dettes qui s'annulent, l'argent moderne est gouverné par la loi générale  qu'énonce une équation unique (dite des «ensembles financiers») : a + a' = 0. Dépourvu donc de toute consistance autre que comptable, l'argent moderne peut-être créé ex nihilo ou anéanti à volonté par des jeux d'écritures dont l'initiative appartient aux pouvoirs publics. Ceux-ci peuvent créer ou détruire autant et aussi peu d'argent qu'ils veulent. Donc, même si l'abondance menace l'autorité des ploutocrates, ceux-ci peuvent, à leur guise, créer une pénurie implacable quoique artificielle. Il suffit aux financiers de raréfier l'argent et ils s'en privent si peu que les banquiers ont disparu en Occident : tous ceux qui l'étaient se sont mis usuriers!

Hélas ceux qui usent de ce moyen ne savent pas pourquoi ils le font. S'ils le savaient, ils n'auraient besoin de rien d'autre pour assurer indéfiniment leur domination. Ils tiendraient la dragée assez haute aux petites gens pour leur courber l'échine, mais pas assez pour susciter des révolutions. Ils n'auraient donc pas besoin de machiner des guerres, de saccager la planète, de polluer les mers, etc. Mais ils ne savent pas ce qu'ils font, sont tout contents de ne pas le savoir, et ne veulent l'apprendre à aucun prix. Ceux de nos étudiants qui essayeraient de faire comprendre la chose la plus simple et la plus sûre qui soit au monde -la «théorie des ensembles financiers»- à un comptable, à un banquier ou à un homme politique seraient tout de suite édifiés. Rien ne peut ouvrir les yeux à cette sorte de gens, pas même l'exemple d'Hitler qui se mit en état d'accomplir au grand jour le plus spectaculaire de tous les tours de force financiers : il fit tuer plusieurs dizaines de millions d'hommes sans bourse délier  alors qu'en faisant leurs comptes les Américains se sont persuadés que, l'une dans l'autre, la peau d'un Viet-Cong ou d'un Nord-Vietnamien leur a coûté quelque vingt millions d'anciens francs. Ils ont trouvé cela bien trop cher. Voilà pourquoi et comment la race blanche vient d'essuyer dans le Sud-Est asiatique une défaite enfin définitive, une défaite dont elle ne se relèvera plus, une défaite dont elle ne peut plus que triompher  -si elle n'en crève d'abord.

De combien de temps dispose-t-elle pour n'en pas crever ?

Une autre «réalité quotidienne» vient de répondre -aux U.S.A.- à cette question. On se souvient (cf. le Rubicon, page 246) qu'ayant pris place à bord d'une courbe exponentielle les Américains se sont condamnés, sous peine de dépression économique, à consommer une quantité d'énergie doublée tous les dix ans. Pas très méchante au début : 2, 4, 8 etc…, cette progression s'est élevée à 16 (par rapport à 1932) en 1972. Ce nombre est déjà un petit rien méchant. En 1973, il est devenu un rien gênant : des écoles sont restées fermées faute de combustibles, des transporteurs ont chômé faute de carburant.

Bien sûr, le coup était prévu. Quelque temps auparavant, une armée de techniciens et d'ordinateurs merveilleusement qualifiés pour résoudre les problèmes de cette sorte avait été mise en branle, et eut vite fait d'y voir clair. Le problème impliqué atteignant des proportions internationales, le Président Nixon fut alerté. Les chiffres qu'on lui mit sous le nez étaient péremptoires : l'Amérique allait devoir importer plus de pétrole qu'elle n'en pourrait acheter. Il n'y avait pas à reculer : à ses frais, risques et périls, l'Amérique devait mettre la Russie en état de la ravitailler en pétrole. Le Président prit son bâton de pèlerin, et les choses vont leur petit train : si les Russes sont bien gentils et veulent bien se priver de la satisfaction (dont l'envie les démange peut-être) de paralyser les centres nerveux des Etats-Unis d'Amérique à un moment judicieusement choisi, il n'est pas impossible que ce malheureux peuple survive encore vingt ans, mais guère plus : seuls des micro-organismes anaérobies pourraient s'accommoder de la composition d'une atmosphère qui sera devenue, en 1990, tout à fait irrespirable.

Certes, rien de tout cela n'est vraiment grave puisque tout le monde sait ces choses-là aux U.S.A.. Ce qui est gravissime, c'est que personne ne soupçonne que le problème à résoudre se pose en termes diamétralement opposés. Ce que les Américains (et l'Occident) ont à faire, c'est assurer en même temps leur équilibre et leur expansion économiques en réduisant massivement leur consommation d'énergie, de matières premières, et, bien entendu, d'automobiles. Ainsi posé, ce problème se résout de lui-même, mais, ipso facto, le régime de pénurie prend fin. Voilà ce que les envoûtés de la puissance ne veulent ni voir ni comprendre. Ils mourront et tueront tout autour d'eux sans le voir ni le comprendre si, bien avant vingt ans, l'orthologique ne fait sur cette planète une EXPLOSION assez puissante pour que nul n'y puisse rester sourd.

Qu'on soit pleinement rassuré : il ne fait aucun doute qu'elle explosera au bon moment, à un moment qui approche à grands pas.


    LE CAS D'ARIELLE


    ARIELLE
J'ai passé la journée avec l'amie qui s'était fait votre avocat, et nous avons cherché. Nous nous sommes cherchées, et nous avons beaucoup ri. Eh oui ! Nous nous sommes même donné de grandes claques sur les cuisses ! Nous avons essayé de dresser le tableau des rapports entre les hommes et les femmes avant leur hominisation, c'est-à-dire comme nous sommes encore pour une grande part, et surtout comme nous avons été. Et qu'avons-nous vu qui nous a fait hurler de rire ? Un homme et une femme munis chacun d'un marteau et se donnant mutuellement de grands coups de marteau sur la tête ! ! Se décideront-ils un jour à s'arrêter, à essayer de se comprendre et être heureux ?

Nous avons vu aussi une femme dans une cage dorée, préférant les dorures, fût-ce au prix d'une cage, aux grands espaces libres mais sans… dorures ! Nous avons vu encore, et c'est ce que veut illustrer ma première image, que, si l'homme s'est donné l'intellect pour champ de sa domination, la femme s'est jalousement gardé le domaine de l'affect pour y excercer une domination plus forte encore, d'autant plus forte que plus insidieuse.  Pour la femme, accepter d'utiliser son intellect, c'est accepter un terrain concurrentiel, et accepter de s'efforcer de comprendre l'autre dans son propre domaine. C'est donc consentir à la réciproque et perdre ses privilèges de mener le monde ! !

Si la femme a accepté son esclavage matériel, c'est qu'elle était la dominatrice spirituelle, celle qui transmettait la culture et l'éducation. Elle s'est toujours su indispensable à la reproduction et à la satisfaction sexuelle des mâles. Je crains qu'elle ait joué de tout temps un très vilain jeu : le chantage affectif. Les Californiennes ont dit : «L'homme veut être heureux, et la femme veut rendre  heureux». Diable ! cela me fait peur : vouloir rendre heureux, ne serait-ce le plus sûr moyen de s'attacher artificiellement un être rendu dépendant à jamais, et à jamais malheureux ? Vivre, et être heureux de vivre, je crois que cela a plus d'impact sur ceux que l'on rencontre.

    PHILIPPE
Quand je vous disais que notre Arielle tend à abuser de la situation ! Mais, avant que je jette feu et flamme, écoutons une autre Arielle qui, comme beaucoup d'étudiantes, a eu son mot à dire sur cette grave affaire, mais suivi d'un commentaire perfide qu'elle agite comme un chiffon rouge sous le nez des taureaux de l'I.F.O.

    IF. 404
L'instinct féminin est de plaire, d'avoir tous les hommes à ses pieds, et rendre toutes les femmes jalouses, d'être la plus belle, la plus admirée, la plus convoitée. S'il est vrai que cela fait partie de l'inconscient féminin, on ne peut le dire immergé dans ses «grands fonds». C'est même bien plus près du seuil de la conscience féminine, je crois, que le «singe» ne l'est chez l'homme. Croyez bien que la plupart des femmes en sont conscientes, et que beaucoup font sciemment ce qu'elles peuvent pour obtenir ces résultats.

    PHILIPPE
Cette Arielle-ci abuse scandaleusement de la situation ! Toutes les Arielles abusent toujours de toutes les situations. Qu'il me soit permis de rappeler le plus éblouissant de mes propos dans LES JEUX : «L'épouvantable tort des femmes est de ne jamais penser aux hommes. Pauvres hommes ! Personne ne pense à eux sinon pour les vilipender et leur prêter les rôles du vilain. Ils sont les Cendrillon de l'amour…» (Aux étudiants mâles) Voyez comme ces deux Arielle nous malmènent ! Pourtant, nous sommes gentils tout plein. Nous les serrons sans cesse sur notre coeur quinquaprofessoral. «Daignez souffrir» leur disons-nous même quand nous sommes de méchante humeur, «que cinq professeurs fictifs vous embrassent». Peut-être consentent-elles à la souffrance d'être embrassées, mais pas à celle de nous écouter. O Arielle, ô toutes les Arielle du monde, si vous voulez être aimées des hommes, vous pouvez leur refuser tout, pourvu que vous leur donniez vos oreilles.  La plupart des mâles aiment à s'entendre parler, mais, ce que TOUS aiment par-dessus toutes choses, c'est la femme qui les écoute quand ils lui disent combien ils sont des types épatants (et, quoi qu'ils disent, c'est toujours ce que ça veut dire). Ce qu'ils aiment plus que tout, c'est la femme qui les écoute si bien qu'elle sait à peu près ce qu'ils ont dit quand, épuisés et ravis, ils marquent un bref temps de pause avant de recommencer.

Or, avec toute la solennité qui convient à un sujet aussi passionnant, nous leur avions montré combien nous sommes des types épatants. Nous avions même appelé les particules subatomiques à la rescousse. Pouvait-on faire plus impressionnant ? On verra dans la prochaine leçon combien ces particules sont retorses. «Arielle», avions-nous dit, «ne cherchez PAS dans vos motivations inconscientes les mobiles de vos actes. Ils y sont enfouis à des profondeurs abyssales. Observez vos comportements pour en DEDUIRE vos servitudes secrètes.

Et voilà IF. 404 qui nous dévoile celles des fourberies féminines que, entre deux tétées, Nabuchodonosor observait déjà avec ravissement chez sa nourrice ! Arielle a creusé un peu plus : se cherchant, elle a non seulement constaté que les femmes veulent dominer elles aussi, mais qu'elles y parviennent sans cocoricos, insidieusement mais sûrement. Fort bien, mais c'est très visible encore. Les femmes s'accrochent aux réalités de la vie et du pouvoir. Les mâles de notre espèce en veulent surtout les apparences, les «rôles» (beaux si possible). Les hommes ont toujours été comédiens et matamores.

Mais, ces choses-là, tout le monde les sait à peu près, et nos affaires n'en sont guère avancées. Tant que nous ne comprenons pas pourquoi nous nous entre-martelons la tête, et pourquoi nous ne pouvons nous abstenir de cette activité, il est plus affligeant qu'utile de savoir que nous nous y livrons. Aussi, ce qu'Arielle avait été invitée à tirer au clair, ce n'était pas son attitude envers les hommes, c'étaient ses relations avec elle-même. C'est sur sa propre tête qu'elle envoie ses plus furieux coups de marteau. Et, pour que nul n'en ignore, elle a bien voulu nous faire part des idées qu'elle s'offre à elle-même pour rationaliser, justifier et renforcer la vigueur de ses bras.
   
    (Aux étudiants)
Chacune d'entre-vous, Mesdames et Mesdemoiselles, faites comme elle. Et aucune d'entre vous, Mesdames et Mesdemoiselles, ne peut s'accomoder d'une destinée de fer forgé !  La féminité est une chose infiniment délicate. La première condition de son épanouissement est la DOUCEUR. Soyez-vous douces à vous-mêmes : vous répandrez la douceur dans un monde qui n'en a jamais été si assoiffé ni si privé. Si notre Monde n'a jamais connu la douceur de vivre, c'est que vous, Mesdames et Mesdemoiselles, qui pourriez seules la lui donner, ne la lui donnez pas ! Vous pourriez seules donner l'intelligence et la bonté à nos enfants. Vous ne la leur donnez pas ! Vous pourriez en faire des hommes. Vous en faites des singes ! Et, au lieu d'apporter aux hommes ce que vous êtes faites pour leur donner, vous répandez vos larmes sur la cruauté des destins de la femme dans un monde livré aux singes que vous vous êtes faits !

Pour l'amour de tout ce qu'il y aura au monde de désirable quand vous serez devenues des femmes féminines, essayez de démêler en vous-mêmes, Mesdames et Mesdemoiselles, la signification de votre propre image. En vous livrant les IDEES qu'elle a puisées dans les grands fonds de l'inconscient féminin (idées plus délirantes encore que celles qui ajoutent le pittoresque des «grands fonds» à l'imbécillité en grisaille de nos professeurs d'économie politique), notre gentille Arielle l'a inondée de lumière sous vos yeux.


UN MALENTENDU 
IM.211 nous écrit ce qui suit : J'ai été choqué par l'attitude de Philippe envers les élèves du cours de gestion (5ème leçon, page ?). Dire qu'ils sont moches serait honnête dans le cours de gestion même. Mais, le raconter aux petits copains de la classe d'à côté, non ! Ce n'est pas la première fois que j'ai le sentiment d'être invité à rire des autres plutôt que de moi-même. Et toujours à propos de ces fameux condisciples, qu'on pourrait croire condamnés à rester dans une zone intermédiaire entre l'homme et le singe, le seul lien entre ces derniers étant la morale (toujours page  ? de la 5ème leçon).

Nous remercions IM.221 d'attirer notre attention sur un malentendu que nous n'aurions pas cru possible. Car ce n'est pas des étudiants de notre cours de gestion que Philippe nous invite à rire : «Le ciel me garde de médire de mon prochain, mais ces gars-là sont moches. Le rideau tombé sur eux, nous voici enfin entre GENS BIEN»!!!  Philippe n'aurait pas été humain s'il avait pensé ou dit moches NOS étudiants puisque, précisément, ils sont nôtres. Non, comme Pierre en fait d'ailleurs la remarque Philippe a trop bien  commencé à SINGER LES MORALISTES, pour qui les «immoraux» (c'est-à-dire les disgrâciés qui ne partagent pas leurs goûts) sont des gens vraiment PAS BIEN !  Mais il ne singeait pas qu'eux : nous tendons tous à ne trouver «bien» que les gens qui nous ressemblent. Ceux dont le nom est précédé d'une particule s'affligent gentiment de l'infériorité des roturiers, les mathématiciens s'apitoient sur le sort des littéraires et vice versa, les gastronomes méprisent les ascètes, qui le leur rendent au centuple, et il n'est jusqu'aux habitants de Fouilly-les Oies qui ne regardent les Parisiens avec une méfiance très nuancée de réprobation. Non, c'est vraiment de nous TOUS que Philippe nous invitait à rire, car c'est encore dans une «Société de Mépris Mutuel» que, bon gré mal gré, nous vivons tous.


CERTITUDES ET DECOURAGEMENT 
D'un autre étudiant,  IM.217 : Je n'avais pu m'offrir le luxe d'aucune certitude. Pour la première fois j'éprouve le sentiment de n'avoir jamais été aussi près de la vérité. Une vérité qui, loin d'être effrayante, m'offre enfin une vue cohérente de l'univers, où ma propre existence trouve un sens et un destin. C'est peu dire que l'orthologique est devenue passionnante pour moi : elle est entrée d'une façon irréversible dans ma conception de l'univers. Elle imprègne, que je le veuille ou non, toutes mes façons d'agir, de réagir et de penser. Des symptômes en témoignent : mon désespoir a reculé, ma misanthropie naturelle est en plein dégel. Je découvre l'indulgence. Comprendre pourquoi le monde est comme il est , c'est déjà pouvoir le supporter. Savoir que, si les hommes sont laids, c'est parce qu'ils portent un masque , suffit à ne plus se désespérer de leur laideur. Cette bouffée d'air frais ne m'empêche pas de mesurer le chemin qu'il reste à parcourir pour amener les hommes en Transrubiconie. C'est pourquoi un petit serrement de coeur m'étreint à la pensée que nous appartenons encore à une génération sacrifiée dans la lente marche de l'Evolution. Je ne puis songer sans découragement au temps qu'il faudra pour faire comprendre à une majorité d'hommes qu'ils sont «jumeaux homonucléiques». Le vocabulaire, qui aurait dû être l'instrument du rapprochement des hommes, ne les a jamais divisés et opposés autant qu'aujourd'hui. De nouveaux mots, même péremptoirement justes, risquent de rester pour longtemps lettre morte à ces multitudes impénétrables au langage le plus simple.

Il n'y a guère, nous partagions un peu ce sentiment : la tâche semblait démesurée et nous n'étions qu'une poignée. Nous n'en jugeons plus ainsi : l'orthologique s'est révélée irrésistible, et nous serons bientôt légion. Il ne fait à nos yeux aucun doute que l'«ère des générations sacrifiées» touche à sa fin.


UN REFRACTAIRE 
Faute de mieux car les réfractaires devenaient rares (les vrais s'étaient enfuis), nous avons dû nous contenter d'IM.141 pour jouer, en 1969, le rôle de rebelle à l'enseignement orthologique. Mais nous n'aurions pu pavoiser s'il nous avait faussé compagnie comme Patrocle : il y avait lieu de craindre qu'en qualité de réfractaire, il ne fût exposé à une imminente défenestration. Voici ses réponses au cinquième questionnaire :

Note 12/20. Peu de froment et pas mal d'ivraie dans cette leçon. Pourquoi ce délayage ?

La logique primaire vous est-elle devenue  familière ?  Je ne vois pas clairement la différence entre la logique primaire et le bon sens.

Que pensez-vous de la 4ème loi du machinisme ?  Il y a longtemps que les U.S., par exemple, font des études de marché avant de produire. Cette loi ne me semble pas très neuve.

Que pensez-vous de la théorie de Bernard, etc. ? Je pense que le dilemme manger ou être mangé est un faux dilemme. Chacun de nous doit chercher à résoudre ce problème d'une façon personnelle en commençant par oublier les solutions conformistes.

Avez-vous senti, dans notre prison d'inconscience, une première bouffée d'air frais, etc. ? La prise de conscience de l'épaisseur des murs de la prison dont vous parlez ne laisse guère d'espoir sur l'avenir de l'espèce humaine, tout au moins dans son avenir prévisible. La seule chance de l'humanité est sans doute que quelques spécimens qui croient avoir compris quelque chose se groupent pour servir de levain à la future humanité, si elle doit venir. Pour ma part je n'ai pas atteint le point de non-retour et suis encore dans l'expectative. Mais j'ai confiance. Je crois que vous n'insistez pas assez sur la nécessité, pour chacun de nous, de démolir la formidable forteresse de son conditionnement, qui dure depuis des milliers d'années et qui empêche de voir l'évidence.

Que pensent de tout cela les apprentis-éducateurs ?


    L'UNIVERS SERAIT-IL UNE PANACEE UNIVERSELLE ?


    PIERRE
Les univers humains sont nombreux : il y a celui des mystiques  et son opposé : celui des croyants qui dépendent d'aptitudes à croire pour accepter l'incroyable vrai ou faux. Il y a l'univers qui nous habite et celui que nous habitons. Il y a l'univers des amants, celui des savants, des artistes, des guerriers qui donnent leur vie et leur mort à un univers dit «patrie». Il y a aussi celui des banquiers, des malades, des hommes politiques, des déments, des meurtriers sadiques et bien d'autres personnes étranges. Mais l'Univers humain est fait de l'ensemble des univers humains.

    BERNARD
Commençons par préciser la signification biologique du mot «panacée». Les fauvettes nous l'ont enseignée sans ambiguïté : elles naissent, vivent et meurent dans le même univers, faute d'en pouvoir inventer ou découvrir aucun autre. Les signaux de leur univers déterminent tous leurs comportements sans le moindre problème. Leur cas est comparable à celui de physiciens qui élaboreraient un modèle mathématique parfait ou en hériteraient de leurs prédécesseurs. Toute erreur leur deviendrait impossible dans l'univers des physiciens. Dans cet univers-là leur droit à l'erreur s'effondrerait à zéro, mais ils resteraient faillibles partout ailleurs. Ils pourraient se tromper aussi facilement que nous en choisissant, par exemple, leurs compagnes, leurs opinions politiques ou leurs aliments.

Au contraire, une infaillibilité parfaite dans TOUS les univers humains serait accessible aux hommes qui disposeraient d'un modèle BIOLOGIQUE parfait. Ceux qui s'en serviraient seraient INFAILLIBLES DANS TOUS LEURS COMPORTEMENTS. La raison en est évidente : les comportements des organismes vivants sont des manifestations de leur vie. Ils relèvent donc de la biologie. Or leurs activités mentales, qu'on les dise instinctuelles, psychiques ou psychologiques, COMMANDENT ET COORDONNENT tous leurs comportements. La logique élémentaire nous contraint à en conclure qu'un modèle biologique PARFAIT rendrait ceux qui s'en servent INFAILLIBLES DANS TOUS LEURS COMPORTEMENTS(*5). La conclusion finale est celle qui couronne les théorèmes géométriques honorables : «quod erat demonstrandum…».

    HUBERT
La conclusion qui s'impose à moi est que, même si vous la dites élémentaire, votre logique se «fout du peuple» ! Elle est parfaitement… ridicule ! Aucun être humain ne sera jamais «infaillible dans tous ses comportements» ! Un milligramme de bon sens suffit à nous préserver d'une utopie qui abuse à ce point du droit d'être utopique !

    PHILIPPE
Est-ce du «bon sens» d'affirmer qu'une espèce dotée d'un cerveau supérieur à celui de tous les autres organismes vivants soit seule condamnée à des comportements faillibles, imbécilement faillibles : autodestructeurs ? A mes yeux ce bon sens abuse du droit de se «foutre du peuple» en se disant «bon»…

    HUBERT
Peut-être serait-il sage de se défier un peu aussi du bon sens. Dites-nous, pour qu'on puisse essayer d'en juger, ce que peuvent être ces «modèles». Qu'est-ce d'abord qu'un modèle mathématique ?

    PHILIPPE
C'est un joujou dont les matheux sont seuls à s'amuser. Ils s'en sont assuré le monopole en réservant cette appellation aux «modèles» dont la valeur est si faible que leur utilisation est difficile et leurs produits douteux. Au contraire, les bons modèles  mathématiques  sont  infaillibles.  Quelques-uns sont très simples, connus de tous et utilisés tous les jours. Mais, au lieu de «modèles», on les dit «constantes» mathématiques. Le plus connu est le nombre π. Il fut inventé ou découvert par des architectes égyptiens qui avaient besoin d'évaluer sans trop d'erreurs la superficie occupée par des structures circulaires. En comptant le nombre de leurs pas pour mesurer des cercles, ils s'aperçurent que le RAPPORT de leur diamètre à leur périmètre était constant. Ainsi naquit la première «constante mathématique». Faute de moyens d'en calculer la valeur avec précision, ils l'évaluèrent à «un peu plus de trois». Le droit à l'erreur des géomètres qui calculaient la superficie d'un cercle en fonction de son diamètre s'effondra aussitôt à la marge d'erreur qui sépare «un peu plus de trois» de 3.14159 etc… Après quoi il fallut plus de vingt siècles à des ordinateurs pour calculer la valeur de π avec une imprécision devenue nulle le jour triomphal où, en deux coups de cuiller à pot, les ordinateurs écrasèrent, écrabouillèrent littéralement, notre humanité en calculant π  à dix mille décimales, exploit aussi fantastique que fantastiquement inutile.

Ce jour-là les humains semblèrent s'être asservis sans libération possible à leurs propres machines. Tous espoir de les égaler jamais pour la force et pour l'énormité des ERREURS qu'elles seules peuvent commettre devint interdit et le restera toujours. (Aux étudiants)  Ne vous en effrayez pas : un modèle mathématique  parfait  existe  déjà(*6).  Il  assure  à ceux qui s'en servent des pouvoirs infiniment supérieurs à ceux d'aucune machine. Virtuellement la prépondérance obscène de la matière brute qui règne en souveraine sur Homo industrialis depuis quelque deux siècles a pris fin. Industrialisé ou non, l'homme détient désormais le pouvoir d'asservir ses machines, de les mettre à son service tout en se gardant de sombrer dans la stupidité qui anéantirait quelque mille siècles d'Evolution en détruisant nos merveilleuses machines (*7).

    HUBERT
Il pourrait y avoir un peu de vrai là-dedans. Mais…il y a plusieurs «mais»…Voyons d'abord ce que pourrait être un «modèle biologique» que Bernard prétend propre à valoir aux humains une «infaillibilité parfaite dans tous leurs comportements». En d'autres mots : propre à nous rendre non seulement pareils à des dieux, mais supérieurs à eux. C'est un peu dur à avaler… Prétendez-vous sérieusement, Bernard, que cela PUISSE être vrai ? Même si, en «bonne logique», ce DEVRAIT l'être, cela peut-il l'être en pratique ? Un modèle biologique parfait vous semble-t-il humainement concevable ?

    BERNARD
Ce qui serait inconcevable, c'est qu'il n'en existe d'innombrables, chacun adapté aux univers INTERIEURS qui coexistent depuis toujours. Comment les fauvettes surmonteraient-elles les obstacles fantastiques qui les séparent des sources du Nil si elles n'obéissaient au modèle biologique, parfait pour elles, qui leur impose des comportements infaillibles pour elles ? Et comment tous les organismes vivants, sans autre exception qu'Homo sapiens, joueraient-ils leurs «partitions» dans l'immense concert qu'est l'harmonie universelle ? Sur notre planète cette harmonie se manifeste avec le plus d'éclat dans une COORDINATION qui semble, en effet, inconcevable : la symbiose SPONTANEE d'organismes innombrables dont chacun est immergé dans une lutte sans merci pour la survie.  Peut-on rien imaginer d'aussi impossible, d'aussi INCROYABLE ? «Pourtant   c'est vrai !…» répondait au XVIe siècle (dans un cas similaire) l'homme sensibilisé au LANGAGE DES FAITS qu'était déjà Galilée.

Il est néanmoins indéniable que, jusqu'à présent, les hommes n'ont pas été capables de concevoir l'harmonie universelle. C'est à grand peine qu'une poignée de biologistes sensibles au langage des faits se sont accouchés sans l'avoir su ni voulu d'une discipline révolutionnaire : l'ECOLOGIE. L'écologie a conquis l'«Opinion» en traînée de poudre bien qu'elle ait balayé les «idées reçues». Les écologistes amateurs pullulent : sensibilisés à l'harmonie universelle, ils sont devenus hypersensibles, douloureusement sensibles, à la DYSHARMONIE cuelle dont l'Occident se meurt.

Or c'est en observant pourquoi les humains n'ont pu concevoir eux-mêmes cette merveille qu'il leur est devenu possible d'ELABORER un modèle biologique conçu pour eux par des hommes et propre à MODELER L'UNIVERS INTERIEUR QUI CONDITIONNE LA POURSUITE DE L'EVOLUTION DE NOTRE ESPECE. Aucun des autres univers intérieurs qui ont été habités par des hommes, et qui les ont habités, n'a été fait pour eux. C'est pourquoi aucun homme n'a jamais pu ni ne pourra jamais s'adapter à aucun d'eux sans se DENATURER.

Ceux de nos étudiants qui consentiront à s'EXERCER aux jeux d'une RENATURATION qui peut seule nous livrer un accés au monde humain fait pour nous, où nous sommes bien chez nous -et enfin heureux- peuvent prendre part dès aujourd'hui à  L'ELABORATION DE LEUR HUMANITE. Ils le pourront d'autant mieux et plus sûrement qu'ils s'y exerceront davantage, d'autant plus facilement qu'ils en prendront plus tôt l'HABITUDE, et d'autant plus irrésistiblement qu'ils y entraîneront plus nombreux leurs prochains.

Entre-temps nous pouvons répondre sans risque d'erreur à la question d'Hubert. Aucun des modèles biologiques imposés aux autres organismes vivants n'était compatible avec l'existence des humains par l'impitoyable raison que la nature a fait à notre espèce le don d'un PARADOXE VIVANT en guise de premier présent de baptème. Elle nous a refusé toute liberté pour nous imposer la CONQUETE de la liberté. Elle a fait de nous des révoltés dociles, contraints à ne pas se laisser contraindre. Elle a fait de nous des «révolutionnaires-à-retardement», condamnés à la victoire TOTALE dans la guerre incessante qu'ils ont été condamnés en même temps à se livrer à eux-mêmes jusqu'à une victoire FATALE. En deux mots, elle a fait de nous des révolutionnaires «prégénitaux».

Son deuxième présent de baptème était un paradoxe attaché au premier : la FAILLIBILITE (le droit à l'erreur) qui est la première condition de la liberté et sa première conséquence. Si «humain» et «faillible» sont devenus synonymes, ce fut un reflet, d'ailleurs trompeur, de la première parcelle de liberté conquise. L'épopée de notre espèce est faite d'un entrelacs de paradoxes : la faillibilité apparente des hommes ne pouvait être qu'un mirage, un attrape-nigauds, qui a valu aux humains l'indispensable illusion de la liberté AVANT de l'avoir conquise.

Comme tous les êtres vivants -les fauvettes notamment- les hommes ont toujours fait des miracles, n'ont jamais cessé d'en faire et, tout comme eux, n'ont jamais su -pas plus que les fauvettes- qu'ils en faisaient(*8). Leur seule originalité à l'égard des miracles est celle-ci : quelques-uns ont CRU en faire quand ils n'en faisaient PAS. Le plus miraculeux des miracles est issu, comme tous les autres, de l'«ANTIHASARD ET LA NECESSITE», comme Jacques Monod l'a tonitrué -à ne demi-mot près. La nature s'est trouvée dans l'évidente nécessité de guider les premiers pas de l'Homme pour qu'il survive à la faillibilité sans limites qui accompagnait une émancipation imposée AVANT toute éducation, et à la nécessité tout aussi évidente de le TELEGUIDER pour lui conserver l'illusion d'une liberté qui, n'existant qu'à l'état d'embryon, ne pouvait se nourrir que d'illusions.

En dotant notre espèce d'un INCONSCIENT cruel substitué à l'INSTINCT, la nature a si bien fait son impitoyable miracle que nous n'y avons jamais vu que du feu ou, plus dangereusement, que des  occasions de nous entre-détruire en nous entre-psychanalysant et de tout autodétruire en nous autopsychanalysant. Mais, miracle plus miraculeux que tous les autres réunis, aucun être humain n'a jamais été sensible à une évidence si énorme qu'elle crève les yeux à quiconque entrouvre les siens : PRENDRE CONSCIENCE D'UNE CHOSE, C'EST CESSER D'EN ETRE INCONSCIENT.

    (A ses collègues et aux étudiants)
Veuillez bien répondre à une question : en bonne logique, que faut-il, qu'est-on bel et bien CONTRAINT d'en conclure ?

    PIERRE
Gardons-nous d'en dire un mot de plus ! Faite d'une logique dont la dureté, la pureté, la clarté et la beauté sont celles du diamant, la conclusion qui s'impose à tous les hommes de toutes les façons n'est rien de moins que le MODELE BIOLOGIQUE à la fois humain ET parfait -achevé ET imperfectible -dont l'ELABORATION a été rendue possible par l'émergence d'une «pensée transcendantale» dont l'Homme détient le monopole et le détiendra toujours.

Répondre ne serait-ce qu'un mot à la question de Bernard serait déflorer pour nos étudiants l'aventure qu'ils peuvent vivre en découvrant eux-mêmes ce «modèle». Son pouvoir est de les sensibiliser aux signaux des étoiles qui brillent au ciel des hommes pour inonder leur Univers d'une lumière intemporelle. Tout ce que nous pouvons faire, c'est tenter d'éveiller chez nos étudiants des aptitudes à DEVINER ce que nous pouvons découvrir en nous-mêmes. Elles sont innées chez l'Homme (mais souvent inhibées chez les humains «cultivés») en vertu de la POLYMERISATION qui a valu son existence  à l'univers et qui est restée le mécanisme permanent de sa cohérence indéfiniment croissante.

    (Aux étudiants)
Vous touchez au but, mes chers amis. Notre prochaine leçon sera celle des moissons, c'est-à-dire des moyens pratiques  de récolter les fruits de l'information positive et négative que vous avez acquise ou subie, mais toujours «polymérisée», depuis votre naissance.

    PHILIPPE
Je ne doute pas que ces propos ont comblé d'aise ceux qui ont eu la bonne idée ou la bonne fortune de se mettre chimistes, et ceux qui ont eu le courage ou la veine de ne pas s'endormir, ou de ne pas penser à autre chose aux moments où défilaient sous leurs yeux les passages du RUBICON consacrés à l'emprunt aux araignées de leurs techniques pour souder des molécules les unes aux autres, fabriquer du nylon, et infliger aux vers à soie une défaite dont ils ne se relèveront pas.

Je crains que ceux qui n'ont pas lu ou retenu ces choses sensationnelles à souhait ne soient tentés de soupçonner notre PIERRE de s'être payés leurs fioles. Moi qui suis la charité et la générosité mêmes, ferai à ces misérables l'aumône d'un «tuyau» commode, suivie d'une cascade de présents fastueux.

    (Aux étudiants)
Essayez de «coller» les uns aux autres les éléments d'information que vous avez acquis. S'ils collent («tiennent») bien, assurez-vous qu'ils «collent» avec les autres, qu'ils «vont ensemble» et qu'ils «VOUS vont «. Puis demandez-vous si leur mariage vous a valu des réactions d'attirance ou de répulsion, s'il sonne bien à vos oreilles ou vous a semblé dissonant. Souciez-vous aussi dans la mesure dans laquelle, en s'agglutinant, ces éléments d'information deviennent ou peuvent devenir, au prix de quelques compléments dénichés dans votre mémoire -elle s'empressera de vous les livrer quand vous l'y aurez exercée- et d'un peu de «liant», ces éléments (dis-je) deviennent ou peuvent devenir de l'information assimilée, globalisée, COM-PRISE. Bref : digérée ou en cours de digestion (ça se «sent»), globalisée ou en cours de globalisation (ça se connaît aux idées nouvelles qui vous viennent le diable sait d'où) et, en conséquence, pensée, sentie, vécue, exprimée ou exprimable en images belles ou laides, qui chantent ou grincent, répandent des parfums ou puent comme la «psychologie contemporaine», etc. En un mot : qui vivent elles-mêmes et vous rendent vivants, vous émeuvent. La globalisation résulte d'une «polymérisation mentale» qui fait de notre pensée une chose nôtre et de nous une chose sienne : nous appartenons aux choses que nous possédons et celles que nous ne possédons pas nous possèdent.

C'est l'un des paradoxes dont Homo sapiens est né dans la douleur «afin que ses fils puissent en vivre les délices». Autrement dit : «AFIN que ses fils puissent ...»s'épouser», avoir beaucoup d'enfants et être heureux toute leur vie…» C'est ainsi que les choses se passent volontiers au royaume des fées et qu'elles se passent inévitablement dans la «vraie vie» lorsqu'on ose se servir des libertés que la Science assure aux scientifiques, mais dont ils ne pourraient user sans sombrer dans un abîme de subalternité et d'oubli.

Les chercheurs scientifiques jouissent d'une liberté sans limites sur le terrain hypothétique. Ils peuvent TOUT s'y permettre. AUCUNE extravagance, aucun dévergondage de l'imagination ni aucune turpitude de la rêverie -songez au «coup du tire-bouchon» qui s'entortille à la p.22 du «Défi Européen»- ne leur sont interdits lorsqu'ils se choisissent, à leur libre fantaisie, des hypothèses de travail. Mais ils n'en peuvent adopter aucune avant d'en avoir vérifié et prouvé, sinon la justesse, au moins la valeur, l'utilité pratique. Or, si l'on met au travail, avec toutes les réserves du monde, une hypothèse anathème (dite finaliste) en supposant que la nature»sait ce qu'elle veut» et sait parvenir (ô blasphème !) à ses FINS , il devient impossible de ne pas constater que tout se passe comme si c'était vrai, et que l'utilité de conduire la recherche comme si ce l'était est littéralement dévastatrice : elle engloutit ceux qui s'y refusent dans une abîme…

Profitez-en, mes chers amis, pour faire comme si, en vous «épousant» vous-même, vous auriez beaucoup d'enfants (spirituels) et seriez heureux jusqu'à votre dernier soupir inclusivement. Au demeurant, quoi de plus évident ? Cesser d'être inconscient des «déterminismes de nos comportements», que serait-ce sinon acquérir les moyens d'en prendre le commandement, c'est-à-dire  d'entrer en possession de soi-même ? Au contraire, en rester inconscients, que pourrait-ce être, sinon se «faire posséder» par eux ? Voilà pour le «tuyau». On voit que c'est peu de choses mais qu'il peut-être utile si l'on veut bien se rappeler que ces choses ne nous tombent pas toutes cuites dans la bouche : pour être heureux, il faut se sensibiliser -s'exercer- au bonheur.

Venons-en au plat de résistance : une cascade de présents somptueux.

    La suite au prochain numéro.


    LE COURRIER DU JOUR LE JOUR


Pour un cours dont chaque leçon doit être rédigée en fonction des réactions de ses étudiants à celle qui la précède, la paralysie de P.T.T. a été un désastre : tout était devenu impossible à un moment crucial, à une «croisée des chemins» : pouvait-on faire fond sur l'«épinalisation» pour développer et affiner leur sensibilité à leur environnement intérieur ? Ou fallait-il recourir à des techniques moins difficiles, mais dont on ne peut espérer de résultats que relativement lents ? Par les raisons évidentes que l'on verra, il est nécessaire d'aller vite. Rien ne VOUS presse, mais plusieurs circonstances NOUS créent la nécessité de brûler toutes les étapes possible. En désespoir de cause, nous nous sommes trouvés dans la nécessité d'improviser séance tenante une panacée authentique, authentiquement universelle, pour remplacer un courrier qui, un long jour après l'autre, ne nous parvenait pas ! Puis survint le dégel, accompagné d'un deuxième désastre : une inondation qui nous a submergés sous une avalanche de lettres. Il ne nous reste aucun temps pour analyser un amas de réponses que, à notre corps défendant, il nous a fallu nous contenter de lire … en diagonale ! Nous ne pouvons livrer en pâture à ce «courrier vivant», que la seule qui nous soit parvenue avant  la paralysie des P.T.T. Ecouter quelques passages des réponses d'IF1531, c'est succomber à la tentation de la baptiser «Aurore». Les traditions de l'I.F.O. veulent que la lettre A soit l'initiale des noms de baptême qu'il décerne.

    AURORE
Question 4(d) : Mon idée sur la morale est qu'elle doit être un moteur, certainement pas un ensemble de lois et d'interdits. Un chemin droit et beau, qui rend HEUREUX parce qu'il mène au VRAI.

Question 5(a) : Je préfère les oeuvres des impressionnistes aux imges d'Epinal : c'est plus avancé, plus nuancé, plus fin, plus composé.

Il fallait une femme pour voir aussi juste en pensant aussi peu. Car les impressionnistes qui, eux aussi, étaient moins soucieux de penser que de regarder, étaient des imagiers-d'Epinal-sans-le-savoir. C'étaient des «primitifs» qui reflétaient ce qu'ils voyaient parce qu'ils se gardaient d'y réfléchir. En cela tout au moins, ils ressemblaient à peine moins à des petits enfants que les vrais primitifs ou que ceux qui, comme le douanier ROUSSEAU, l'étaient redevenus, ou encore, comme «gran-ma Moses», l'ont toujours étaient. Bref, les vrais primitifs, les peintres plus récents qui dessinaient et coloriaient comme des petits enfants, et les imagiers d'Epinal ont livré leur secret à Aurore : la limpidité et la naïveté des petits enfants que les grandes personnes n'ont pas ou peu endommagés, et que le Christ voulait qu'on «laisse venir à lui». Bien sûr, les éducateurs «dernier cri» ne l'entendent plus de cette oreille. Voilà ce qu'il suffit (presque) de voir et de com-prendre pour commencer à s'adonner à des exercices d'«épinalisation».

Question 12 : Oui, mais je ne trouve pas que ces faits sont épinalisés. Ils sont réels, leur expposé suffit à concrétiser, simplifier, vivifier, mais ce ne sont pas des images.

R: Non, ce ne sont PAS ENCORE des images -pour Aurore …

Question 13 : Parce que j'aime dessiner, je vais vous faire un dessin. Mais, comme le «Petit Prince» (de St. Exupéry) peut-être direz-vous : «fais en un autre». Alors je recommencerai… Je vois un grand voilier, calme majestueux, et une humble petite barque. Ça n'a aucune importance d'être grand ou petit. Les voilà sur l'océan dansant dans la lumière. Tant qu'ils étaient au port, il ne se passait rien. Ont-ils inventé soudain le mouvement ? L'ont-ils tiré de leurs entrailles ? Mais non ! C'est tellement plus simple et plus merveilleux : ils ont sorti les voiles, ils ont pris le vent, et le vent leur donne sa puissance, son mouvement. Eux  ne sont rien, mais ils ont des voiles pour réfléchir le vent …

R : Fais-nous en un autre, Aurore…

Question 15 : Je souffre encore de vos mots et de vos méandres logiques. Mon accès y est trop limité. Heureusement, j'ai un radar qui traverse tout. Il a senti le vrai. C'est lui qui a obligé ma cervelle à s'ébranler. Mais, pour l'amour du ciel, pitié pour ceux qui sont aussi incultes que moi et n'ont pas de radar. Ne les laissez pas dans la peine : ils ont DROIT à l'orthologique !

R : Nul n'y saurait avoir «droit», pas plus qu'à des yeux ou à des dents : l'orthologique est contenue dans l'information génétique qui constitue le patrimoine naturel de notre espèce. Transmis de père en fils sans que nul n'ait jamais eu à s'en soucier, il assure la permanence des caractères spécifiques qui, comme ces mots le disent, caractèrisent notre espèce, mais sans suffire pour faire de nous des «êtres humains».

L'Homme est devenu «humain» en s'enrichissant de ses propres oeuvres. Aussi notre espèce n'a-t-elle pu s'«hominiser» que lorsque les pères ont transmis à leurs fils les caractères CULTURELS qu'ils avaient acquis eux-mêmes ou hérités de leurs pères. Dès lors, ils n'ont pu évoluer qu'en se constituant un patrimoine culturel héréditaire, un «héritage humain».

Or quelques éléments d'information contenus dans l'héritage culturel de l'Occident se sont révélé plus DETERMINANTS que l'information génétique qui constitue notre patrimoine NATUREL.

«CHASSEZ LE NATUREL, IL S' ENFUIT AU TRIPLE GALOP !...»

Il s'ensuit que, jour après jour, nous dénaturons nos enfants.

Heure après  heure, du matin au soir et du soir au matin, nous nous dénaturons nous-mêmes jusque dans nos rêves.

Voilà pourquoi l'.F.O. est contraint de brûler toutes les étapes possible sur la route qui conduit à une RENATURATION. Aucun jour, aucune heure ne peuvent être perdus pour la sensibilisation de ses étudiants aux moyens -devenus accessibles depuis six mois à peine -de restituer une existence d'hommes aux victimes innombrables d'une «culture» qui a saccagé leur patrimoine génétique en leur imposant de vive force un héritage inhumain pour PERPETUER LE REGNE DE LA FORCE.

Aucune nécessité n'a jamais été si urgente, ni aucune tâche si INFAILLIBLE.

Tous les étudiants de l'I.F.O. sont conviés à y jouer, dès la prochaine rentrée, des rôles précis, exactement ajustés à leurs moyens et à leurs pouvoirs.


    EXERCICES ET «DEVOIR» DE SENSIBILISATION AU REEL


Implicites dans chaque ligne de cette leçon, ces mots n'y ont pas été écrits : il était impensable de priver nos étudiants des bénéfices qu'ils récolteront en découvrant eux-mêmes la nature et la consistance de ce devoir et de ces exercices. Ceux qui prendront la peine de répondre après «mûre réflexion» à la question finale de BERNARD : «QU'EST-ON BEL ET BIEN CONTRAINT D'EN CONCLURE ?» (p.6/? ) y seront bel et bien… entraînés avec une infaillibilité qui aura commencé à devenir la leur.

Mais, à priori et dès à présent, quel EXERCICE DE LIBERATION pourrait être plus universel et plus infaillible que l'acquisition d'aptitudes à prendre possession des déterminismes de nos propres comportements ?
Notes leçon 6

(*1) L'orgueil n'y suffit pas à lui seul. Mais avec sa religion, l'ermite avait emporté aussi la morale judaïque. Alliée de l'orgueil, elle écrase tout et ne nous laisse d'autre lieu de fuite que le fonds d'un puits.

(*2) Héritière des traditions puritaines du protestantisme, les habitudes mentales dont elle ne pouvait se libérer lui avaient engendré le «pli» - et développé le GOUT - de prononcer des jugements au lieu d'exercer son jugement.

(*3)     Depuis lors, le courrier des étudiants a transformé cette retombée en escalade : ADELAIDE a exigé la mise en lumière d'un «MONDE A L'ENVERS» dont la menace terrorise les dominés presque autant que les dominateurs ; d'autres ont mis à l'ordre du jour un sujet aussi vivant que les PREUVES VECUES, la FEMINITE bien vivante incarnée par ARIELLE, etc.

(*4) Il vaut la peine de démêler la signification pédagogique de ces trois mots sous la plume de ROSALINDE.

(*5)     Un respect méticuleux de la signification précise  de ces mots est indispensable. Dans les acceptions où ils sont pris ici, ils désignent l'«ensemble des DETERMINISMES  biochimiques, physiologiques, instinctuels, psychiques, psychologiques, culturels, et tous autres qui, directements ou indirectements, COMMANDENT aux COMPORTEMENTS des organismes  vivants». Si l'on s'écarte d'un iota de cette définition, il devient impossible d'identifier les «déterminismes de nos comportements», impossible de les EDUQUER, impossible d'en LIBERER ceux qui les subissent ou de les GUERIR lorsque leur origine est pathologique.

(*6)    La théorie des ensembles économiques consiste exclusivement d'équations intemporelles -c.à.d. éternelles- dont chacune est une constante mathématique et aucune ne peut ni ne pourra jamais connaître aucun cas d'exception. Atteignant d'emblée au sommet de la certitude accessible à l'entendement humain, elle constitue un modèle mathématique PARFAIT qui nous fournit le premier moyen connu de familiariser  les humains  avec la  PERFECTION,  qui  est  leur  HABITAT  NATUREL.  La perfection est l'habitat dans lequel ils sont appelés à vivre, celui qui comble l'incoercible besoin d'ABSOLU dont la nature les a pétris. C'est pourquoi RIEN DE MOINS NE LES SATISFERA JAMAIS.
    La présente note semblera aussi inintelligible à de nombreux étudiants que si elle était écrite en hébreu, alors qu'elle n'est qu'un peu prématurée. Grâce aux moyens de sensibilisation dont nous disposons depuis cette année, la plupart tarderont peu à constater que ce langage est, tout au contraire, «bête comme chou». La nature nous a faits pour vivre dans l'absolu et pour en vivre. Elle nous l'a rendu aussi accessible que les signaux de leur univers le sont aux fauvettes, pourvu que nous consentions à découvrir nous-mêmes -c'est-à-dire librement- les signaux du nôtre. Pour les humains l'alternative est devenue la libération ou la disparition. En d'autres mots : «C'est ça ou crever»… Que nul n'ait aucune crainte: ce sera la libération...

(*7) On doit s'étonner qu'un «Envoyé de Dieu»  devenu tout-puissant n'ait été inspiré par l'évidente nécessité de mettre en miettes nos féroces machines avant de fouetter publiquement les Persans adultérins et de mettre à mort les homosexuels d'Iranie, si persuadé puisse-t-il être de la nécessité, au siècle où nous sommes, d'une réviviscence de la Morale d'autrefois et des récompenses, plus grisantes qu'aucun vin, dont elle abreuve les intempérants de l'auto-approbation, les fervents jouisseurs de l'accusation et des orgies quotidiennes d'un manichéisme qui, pendant des millénaires, a fourni aux humains le seul moyen d'un «règlement de comptes» avec leur incompréhensible destin : ceux qui se croyaient -ou faisaient semblant de se croire- innocents se vengeaient sur ceux qu'ils jugeaient -ou faisaient semblant de juger- coupables, et tout le monde en était -ou faisaient semblant d'en être- contents.

(*8) Pas plus que les fauvettes, ils ne se savaient obéir à la nature. Ne sachant pas ce qu'ils faisaient, ils pouvaient faire toutes les «folies» du monde sans se douter qu'elles étaient des «miracles de la nature». C'est depuis quelques mois seulement qu'il est devenu possible de le savoir de science tout à fait sûre.

 
    Cours d'Initiation à l'Orthologique
    Questionnaire N° 6


L'OBJECTIF de la sixième leçon d'un premier cycle bouleversé par la nécessité d'une «rénovation révolutionnaire» est de DYNAMISER nos étudiants. Il s'agit de les entraîner à gagner eux-mêmes l'ALTITUDE à partir de laquelle l'image globale de la réalité universelle devient clairement perceptible. Au-delà de cette altitude, la même image perd sa netteté et se DEFORME. Cette altitude limite nos  ambitions et nos PRETENTIONS. Nul ne peut prétendre à plus, ni juger supérieurs ceux qui- seraient-ils eux-même- ont grimpé davantage. Toute prétention à une supériorité quelconque sur ceux qui ont atteint l'altitude optima deviendrait donc une manifestation d'infériorité flagrante, un stigmate visible à des lieues.

La présente leçon est la première étape d'une ascension qui conduit à l'altitude optima. Elle sera atteinte -sauf erreur hautement improbable- dès la septième leçon. Jusqu'à  l'année dernière, c'était celle d'une orthologique aussi «vécue» qu'elle pouvait l'être avant l'émergence de la «pensée transcendantale». Cette acquisition s'étant faite cette annnée, une septième leçon rénovée doit être celle d'une orthologique vécue à l'altitude où, le Rubicon franchi, elle se vit en Transrubiconie.

Après quoi les deux dernières leçons de ce 1er cycle pourront être vécues au niveau des paquerettes pour une indispensable reprise de contact avec les réalités d'un monde en cours de désintégration. Il nous faudra y survivre tant bien que mal si nous voulons aider ceux qui y sont embourbés à se -littéralement- «dé-merder» eux-mêmes.

Nous engageons nos étudiants à dévouer tous leurs soins aux questions 12 à 16 : elles sont consacrées aux éléments d'information qui préparent leur ascension. Celle-ci n'aura rien de triomphal, de spectaculaire ni de glorieux : il s'agit de réparer les effets d'une DYSMNESIE qui dénature notre espèce. Il n'en faut pas davantage pour infliger à notre propre stupidité une défaite plus irréparable encore que celle des vers à soie.

1.    Nom et prénom, adresse complète, numéro du présent questionnaire et  votre numéro d'inscription à ce cours.

2.    (a) Vous êtes-vous laissé prendre à la taquinerie de Philippe à la page (?) ?
    (b) Quand vous avez constaté qu'il vous taquinait, cela vous a-t-il agacé ou amusé ?

3.    A la lumière (ou à la lueur) du «lys des champs», vous a-t-il été possible d'entrevoir la destination finale du voyage orthologique imaginée par Bernard au bas de la page ? :
(a) au loin et à travers bien des brumes ?
(b) clairement déjà ?
(c) ou ces mots, au contraire, vous semblent-ils dépourvus de signification ?

4.    Bien que l'ambivalence n'ait pu être regardée de l'intérieur, l'observation et l'interprétation de ses conséquences chez ceux qui ont mangé la carotte judaïque et chez ceux qui n'y ont pas goûté vous ont-elles semblé :
(a) justes ou à peu près justes ?
(b) par intelligibilité ou par résonances ?

5.    Estimez-vous que la foi doit être désarmée ? Jugez-vous orgueilleuse ou chimérique l'ambition d'une exploration scientifique des domaines de la foi ou de la «spiritualité» ?

6.    Plusieurs étudiants, que lancinait autrefois le besoin d'absolu, se sont (ou se croient) assagis. Mais la question reste posée : ils savent se contenter de moins et c'est sage peut-être, mais sont-ils satisfaits ? Pensez-vous que rien de moins a jamais pu satisfaire un humain  ?

7.    Partagez-vous aujourd'hui les vues de Pierre sur le libéralisme de l'Eglise ? (Seule IF.122 a anticipé cette question : «Ne reprenez pas de grâce, le thème : hors l'Eglise, point de salut !». Il y a malentendu. Le thème de Pierre était : «Il ne saurait y avoir de salut dans AUCUNE institution humaine, même (et peut-être surtout) dans aucune église implantée dans la Socialité . Mais, dans leur cas, l'espoir semble permis parce qu'il est concevable qu'elles n'y restent pas toujours implantées».

8.    Que pensez-vous de la remarque d'ALCESTE dans le dernier alinéas (?) de la page 6/? ? La confiance (peut-être un peu aveugle) que vous accordez (peut-être) à ce cours et à la collection «Survivre», malgré leur manifeste et insupportable mais necessaire outrecuidance, pourrait-elle être due à une influence qui se serait exercée sur une partie subliminale de vous-même ?

9.    Quand vous êtes d'humeur à blâmer, votre tendance est-elle d'adresser vos blâmes :
(a) aux autres individuellement ?
(b) aux autres anonymement ?
(c) de vous en accabler vous-même ?

10.    LE CAS D'ARIELLE : «Ce que les hommes veulent depuis qu'ils sont des hommes, c'est freiner leur propre évolution, c'est conserver l'infantilité de leur espèce, etc...» (Le Défi Européen, page 85). En quoi, selon vous, les comportements d'Arielle, tels qu'ils transparaîssent dans ses propos cités dans la 4ème leçon, éclairent-ils le rôle joué par les femmes dans la poursuite de cet objectif ?

11.    IDENTIQUE OU PIRE ? L'argent ne coûtant RIEN, la pénurie artificielle due à sa rareté est l'oeuvre des pouvoirs publics, mais ils en sont eux-mêmes les victimes : elle les empêche de «tuer sans bourse délier». On ne saurait douter, d'autre part, que le Président Nixon connaît les propriétés des courbes exponentielles. Donc il ne peut ignorer que le peuple américain, s'il poursuit la route choisie par son Président -et par ses successeurs- n'a plus vingt ans à vivre. L'inconscience des pouvoirs publics n'a-t-elle des effets pires que n'en sauraient avoir leurs intentions les plus dévergondées.

12.    (a) A la page 6/? , BERNARD résume en deux articles le sujet traité dans cette leçon et les réponses obtenues.  Etes-vous d'accord sur son résumé ?
    (b) En un troisième article il synthétise les produits de ce traitement. Si vous êtes en désaccord avec lui, quels arguments lui opposez-vous ?

13.    A la même page (?) PHILIPPE déclare invivable une faillibilité inexplicable chez une espèce supérieurement dotée.
(a) En convenez-vous ?
    (b) Puis il explique cette faillibilité implicite par le «droit à l'erreur» qui, selon lui, conditionnerait l'acquisition ET  l'exercice de la liberté. Si vous en disconvenez, dites-nous pourquoi.

14.    En gros, quels ont été les effets de l'impact sur vous d'une «panacée authentique et authentiquement universelle» ? Ont-ils été agréables par résonances ou désagréables par dissonances affectives et/ou discursives ?

15.    (a) Vos réactions aux explications de Philippe sur les «modèles» et sur les «constantes» mathématiques ?
    (b) à celles de Bernard sur la signification (révélée par les fauvettes et d'autres animaux) d'un «modèle biologique» PARFAIT ?
    (c) à la distinction qui, selon Bernard, différencierait la PERFECTION nécessaire à la satisfaction des humains de celle qui satisfait aux besoins des animaux ?

16.    Répondez avec soin à la question finale de Bernard : Qu'est-on bel et bien CONTRAINT d'en conclure ? Et à la dernière ligne (?) de la p. ? : pourrait-on espérer mieux ?

17.    Notez cette leçon et DETAILLEZ -c'est très important- ce qui vous a PLU, PAS PLU et DEPLU.

18.    Votre critique, vos commentaires, objections et questions. Numérotez vos questions et adressez-les nous sous forme de questionnaires.

19.    S'il reste quoi que ce soit de peu clair à vos yeux dans cette leçon limpide précisez quoi. Des explications sont indispensables et vous seront fournies.




Adressez vos réponses à I.F.O.-ETUDES.






   


 
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION A L'ORTHOLOGIQUE
    Septième leçon

    L ' O R T H O L O G I Q U E    V E C U E
    EN CISRUBICONIE ET EN TRANSRUBICONIE


    PHILIPPE
On voit approcher le moment où nous pourrons jouir de la vie. Comme prévu, nos étudiants se chargent de la besogne. Ils l'ont faite  bien mieux que nous en 1969 d'abord, puis en 1979.

    PIERRE
La chance nous a souri, à nos étudiants et à nous, les deux fois. Un étudiant, parce qu'il se trouvait dans un cas particulier, a brûlé les étapes en quelques jours : il est parvenu d'un seul bond au terme, ou presque, du voyage orthologique. Il y a été comme catapulté dans un songe, et s'y est réveillé un beau matin, les yeux écarquillés. Or, ce qu'il a fait pour s'y laisser transporter, tous pourraient le faire : il a appris à REFLECHIR, ce qui se trouve être le sujet des trois dernières leçons du premier cycle de ce cours. Tous les hommes ont besoin d'apprendre à réfléchir, et c'est une chose que -sauf en mathématiques- nul ne nous a jamais enseignée.

    (Aux étudiants)
L'exemple d'AMBROISE qui, dès 1969, s'est trouvé n'avoir d'autre choix que réfléchir ou sombrer, comme doit nager pour survivre un chiot qu'on jette à l'eau, vous sera profitable : il vous deviendra facile, en observant ce qu'il a fait malgré lui, de le faire aussi, mais exprès.


    L'AVENTURE D'AMBROISE


Nos étudiants sont invités à comprendre Ambroise, à se mettre dans sa peau pour vivre eux aussi son aventure. Il n'y en eut jamais de plus limpide, de plus psychologiquement nécessaire et, dès lors, de plus PREVISIBLE : ce qui lui est arrivé était fatal. Dès le jour de son inscription au cours d'initiation, aucun doute n'était possible sur ce qui allait se passer en lui. Quelques extraits de la correspondance échangée (ses lettres sont reproduites en caractères romains, les nôtres en italiques) en retrace l'historique :

11.2.69 : Lecteur passionné et ravi du «Défi Européen», j'aimerais une documentation sur vos cours.

14.2.69 : Nous craignons de ne pouvoir vous recommander une inscriptiçon immédiate au cours d'initiation, qui ne prend pas son départ à zéro. Pour en tirer parti, il faut avoir lu le «Rubicon», qui est un bouquin de quelques trois cents pages.

18.2.69 : Je vais lire le Rubicon sans tarder. Sans entrer dans le détail de mes difficultés personnelles, je vous dirai que je suis un angoissé. Le peu d'orthologique qui se montre dans le «Défi» m'a paru de nature à m'apporter des apaisements. C'est avec avidité que j'envisageais de suivre vos cours, afin d'apprendre si je pouvais en espérer un soulagement à mon désespoir.

19.2.69 : Il y a de grandes chances que le Rubicon et «Les Jeux» vous soient déjà secourables, encore qu'un pronostic soit difficile dans l'ignorance des causes de vos états dépressifs. Ayez l'obligeance de nous en exposer brièvement l'historique.

21.2.69 : J'ai 27 ans. Diplômé de l'enseignement supérieur (doctorat), j'exerce une profession libérale dans d'excellentes conditions. Etudes brillantes et situation d'avenir, tout paraît aller bien. En réalité mes études n'ont jamais été pour moi qu'une raison artificielle de vivre et mes succés un moyen de gagner l'approbation de mon père, dont la sensibilité est peu expansive. J'espérais une stabilisation dans ma situation. Elle m'ennuie mortellement parce que tout m'ennuie. Tout m'est vain et artificiel. Provincial exilé à Paris depuis cinq ans, je supporte mal cette transplantation. Mon enfance a été apparemment normale. Douze années de scolarité dans une institution catholique. Pratique intensive du scoutisme sous la «coupe» d'un prêtre quelque peu janséniste qui a eu une grande influence sur mon adolescence.

Mon milieu familial a été peu proprice à mon épanouissement. Père sévère et inabordable. Je n'ai jamais eu de discussions avec lui. Ma mère nous aimait profondément, mais était incapable de répondre aux questions que je m'abstenais d'ailleurs de lui poser. Mon intelligence s'est vite éveillée aux problèmes de la justification de la vie humaine. J'y ai cherché seul des réponses dans des lectures effrénées et sans aucun contrôle. Je situe à 16 ans le début de mes angoisses. Une année de «Lettres supérieures» m'avait fait découvrir une multitude d'idées  dont la nouveauté et la profondeur me séduisaient. Je m'évadais enfin du rigorisme catholique qui m'était si pesant, mais sans directives. Toute idée intelligente me séduisait qui détruisît le monde de mon éducation, devenu peu à peu infernal. Tout cela paraît simple à dire mais il m'a fallu  bousculer des tabous pesants, dans des déchirements douloureux. Puis vint la découverte brutale de la sexualité, dont on ne m'avait pas dit un mot. Imaginez le désarroi de l'adolescent qui ne trouvait plus rien à quoi s'accrocher. Je ne pouvais enfreindre sans périr les règles censées pouvoir seules me permettre de survivre. Il m'a fallu trois ans pour me séparer de l'Eglise, que je haïssais à causes des mensonges qui m'asservissaient à elle. J'ai rompu avec ma religion avec un énorme complexe de culpabilité, en attendant à chaque instant la concrétisation matérielle de ma damnation.
Puis j'ai été damné. Ma vie sexuelle m'est restée odieuse, alors que j'en pressens l'immense richesse. Mon intelligence approuve le rejet de mon éducation, mais ma sensibilité me condamne. Je suis en rupture ouverte, mais jamais exprimée de vive voix, avec le milieu bourgeois dont je suis issu. Car j'ai toujours joué la comédie de l'honnête homme, et n'ai jamais dit à ceux qui m'entourent ma détresse et ma souffrance. De 16 à 23 ans je n'ai fait que m'enfoncer dans ce désespoir, vivant avec l'idée constante du suicide. Paradoxalement, les succés universitaires m'ont aidé à tenir, alors que je méprise l'université et son stupide conformisme intellectuel. A 23 ans, j'ai fini par admettre que ma conception de la vie n'était pas normale, les influences jansénistes subies m'ayant empêché d'entrevoir plus tôt que la douleur et le désespoir pourraient ne pas être une éthique normale ! J'ai consulté alors le bureau d'aide psychologique universitaire et ses médecins, qui m'ont bourré de tranquillisants et d'euphorisants, sans autre résultat qu'une aggravation de mon état. J'étais usé, à bout de résistance et prêt  à succomber à mon obsession du suicide. Une amie devina mon état (dont je devais me cacher moins bien que je ne pensais) et me mit en rapport avec une psychothérapeute, praticienne de la méthode VITTOZ, qui m'a immédiatement soulagé. J'avouais enfin mes crimes à quelqu'un ! Mon refus d'une religion étouffante et mes désirs sexuels. J'ai écouté, compris, et me suis un peu déculpabilisé. Pendant deux ans j'ai lutté à l'aide de cette méthode. Je me suis un peu calmé, mais toujours dégoûté de la vie. J'ai le sentiment d'avoir perdu ma jeunesse dans un tourbillon d'idées, de larmes et de mensonges.

Actuellement je suis sans ressort, fatigué de lutter, d'une fragilité nerveuse très marquée. Je me sens perdu à Paris, que je déteste. J'y reste parce que ma situation me nourrit et me vaut le respect de mon père. Pour un rien, je fais des crises de dépression. Je ne trouve rien ni personne à aimer. J'aspire à une paix et à un repos que rien ne laisse entrevoir. J'ai peur d'être incapable d'aimer. D'où mon appel à vous !

Je ne dors pas, ne ris pas : rien ne me plaît, bien que j'ai le tempérament actif et rieur. Je ne demande qu'à vivre intensément. Mais on ne m'a rien proposé qui me permette de le faire intelligemment. Pensez-vous pouvoir le faire ? Je l'espère tout en redoutant une expérience malheureuse qui ajouterait à mon désarroi.

21.2.69 : Votre lettre d'hier nous a été tout à la fois douloureuse et réconfortante en nous apportant la certitude  des merveilles que fera pour vous l'orthologique en quelques jours. Laissez-nous vous dire, tout d'abord, que vous avez eu une veine de pendu : vous avez échappé à la «rééquilibration» chimiothérapique de la psychiatrie moderne qui  hélas ! réussit souvent, mais au prix de l'annihilation de la personnalité de ses victimes. Et vous êtes tombé sur une praticienne de la physiothérapie Vittoz, car c'est d'une physiothérapie et nullement d'une psychothérapie qu'il s'agit, et c'est ce que vous pouviez faire de mieux. Dans votre cas, une rééducation de votre système nerveux était indispensable, bien que dérisoirement insuffisante. Voici la «thérapeutique» que nous n'hésitons pas à vous prescrire : procurez-vous, toutes affaires cessantes, les Jeux et le Rubicon. Lisez d'abord les Jeux. Sitôt la dernière page avalée, dites-nous l'effet qu'a eu sur vous cette lecture.

27.2.69 : Remarquable de clarté, de bon sens et d'intelligence, «Les Jeux» ne m'ont pas enthousiasmé. Ce livre m'a incité à la réflexion, et je pressens qu'il peut me mettre sur la voie de la détente et du repos. J'en ai assimilé intellectuellement le contenu, mais il n'est pas parvenu à mon coeur et à mon âme. Peut-être ai-je accumulé une habitude de souffrance qui m'interdit encore les éclats de rire ou  de joie. En définitive, «Les Jeux» m'ont fait entrevoir les lumières dont disposent ceux qui l'ont écrit, mais dont je ne dispose pas. Je ne me sens même plus le désir profond d'aimer. J'ai certes envie d'aimer, mais plutôt par raison : je pressens que ma vie en dépend. Mais je ne puis évoquer l'idée d'un bonheur : c'est un mot vide de sens pour moi.

3.3.69 : Votre lettre contient plusieurs indices encourageants, dont il serait prématuré de vous inviter à vous réjouir. Lisez d'urgence le Rubicon, et faites-nous part de vos réactions. Mais laissez-nous vous dire que, sauf erreur grossière de notre part, vous êtes déjà dans une bonne voie.

4.3.69 : Il m'a semblé, en terminant le Rubicon, que ma vision des êtres et des choses changeait, et que je ne pourrais plus prendre au sérieux le monde des faux-semblants dans lequel je souffrais de ne pouvoir m'insérer. Je n'ai plus qu'un désir : m'initier rapidement à l'orthologique. Puis-je vous demander mon inscription en cours d'année, auu risque de vous surcharger de mes préoccupations et difficultés particulières ?

5.3.69 : Nous n'hésitons pas à vous conseiller de prendre place à bord de la fusée. Puisque vous avez pu absorber le Rubicon en deux jours, vous rattraperez certainement les autres étudiants dès la prochaine leçon. Ne craignez pas de nous surcharger : tous les problèmes humains sont communs à tous les hommes. Les vôtres n'ont certainement rien de particulier.


    REPONSES D'AMBROISE AUX QUESTIONNAIRES


3e leçon : La vocation professorale s'éveille-t-elle en vous ?  Non, mais la forme dialoguée, qui n'a pas retenu mon attention au début, me plaît de plus en plus. Je commence à renaître au goût de l'échange d'idées, qui m'avait quitté depuis longtemps, faute d'idées intelligentes à échanger.

4e leçon : Les pouvoirs généraux de l'orthologique vous sont-ils devenus perceptibles ? Je le crois, mais il me reste un doute sur ses pouvoirs de restructuration et de pacification intérieure. Pour l'instant, je suis pantelant et «vidé» devant le raz de marée qui vient de saccager mes rares oasis.  Cette 4e leçon a provoqué une prise de conscience douloureuse. Elle m'a fait mal presque physiquement. J'avais été invité à me prendre la main dans le sac, mais ne l'avais fait qu'en matière économique. Or l'argent n'a pas une grande importance dans ma vie. Cette fois j'ai été amené à recenser mes instincts simiesques en général. Je suis effaré de ce que j'ai compris de moi-même, et désemparé. Il ne me reste plus rien. Même mon intelligence, seule valeur qui me paraissait mériter mes soins, n'est qu'un instrument dont je me sers pour dominer ! Que dire de la sexualité et de la morale ! C'est la tornade, le déchirement brutal d'illusions malsaines certes, mais utiles en ce qu'elles m'ont permis jusqu'ici de tenir. Il va falloir tout remplacer… et vite ! Je ne pense pas qu'il y ait de l'incohérence à attribuer une note très forte (18/20)  à cette leçon tout en déclarant en souffrir. On peut aimer et vouloir la vérité, même cruelle. Mais se savoir vieux singe avec les bras dans un sac bien cadenassé, et le bec ouvert pour gober les cacahuètes que vous offrent ceux qui ont fermé le sac, n'est pas très drôle !

Une lettre à Hubert accompagnait cette réponse :

«J'ai longtemps cheminé à vos côtés, mon cher Hubert, tant dans la collection survivre qu'au fil des leçons. Il n'en sera, je crois, plus rien. Si vous conservez votre qualité de défenseur des idéologies traditionnelles, nos chemins vont se quitter : je suis un homme battu sur le terrain où je croyais pouvoir le mieux livrer bataille : celui de mon confort intellectuel. Je ne puis plus me prendre au sérieux après avoir appris que je suis un vieux singe. Mais ce n'est pas forcement déplaisant d'être singe : cela laisse la place à bien des progrès …»

Question  : Avez-vous accepté, à titre d'hypothèse, la question de Bernard ? Je l'ai acceptée à titre de vérité fondamentale et criante. TOUS LES POINTS SE RECOUPENT POUR FORMER UNE IMAGE GLOBALE AVEC LAQUELLE JE SUIS ENTIEREMENT D'ACCORD.

Question : Vos réactions aux «amorces de preuves» dans le courrier. D'accord : il y en a partout, et elles sont «bêtes comme chou». Mais, je le répète, j'aimerais des preuves du pouvoir de reconstruction, de recréation de l'orthologique. Non que ma foi diminue : ma soif s'avive.

Puis vient le moment inévitable où la plupart des «points de l'image» frappent la vue d'Ambroise, qui voit enfin, et comprend. Voici un extrait de sa lettre du 20 mars 1969 :

«Je ne puis taire ce que je viens de vivre. Je tiens, pour vous rassurer sur la portée de mes réactions, à vous dire que j'essaie de les maintenir fermement hors de l'influence de toute auto-suggestion :

Je vous disais, dans mes réponses à la 4e leçon, que je m'étais pris la main dans le sac, et que tout avait volé en éclats. Mais, alors, d'où vient cette lumière qui m'envahit, cette joie qui m'a tenu éveillé fort tard la nuit  dernière ? Mon coeur s'agitait sans que je puisse le contrôler : j'ai eu la sensation physique et visualisée de naître à l'amour. J'ai expérimenté les pouvoirs de l'orthologique. Je ne suis plus un homme vaincu, mais, au contraire, quelqu'un qui commence à vivre.

Je suis marqué, indiscutablement et sans possibilité de retour en arrière. J'ai connu mes premiers moments d'harmonie et dejoie depuis que j'ai atteint l'âge de raison. Dix ans de désespoir et de douleur ont été effacés. Il est certain que ma réaction n'est pas objective : je vis un moment d'excitation. Mais pouvais-je taire mon bonheur ? Dix ans de lutte sont enfin valorisés. En plus, j'ai appris la modestie puisque, seul, je ne pouvais m'en tirer. Je nais, je vais vivre … et  j'avais besoin de le crier à quelqu'un … Mon émerveillement vient des premiers élans d'amour auxquels je me suis surpris : un amour désincarné, pour tous et pour toutes. Moi qui vous ai dit précédemment que je me sentais incapable d'aimer, j'en suis bouleversé. Je m'énivre un peu d'assister à ma propre création…»

    PIERRE
Ambroise, tout soudain, s'est trouvé le convive ébloui d'un «festin orthologique», et il s'agit de découvrir pourquoi.

    MEDICUS
Excusez-moi. Il faudrait tout d'abord rassurer les psychologues inscrits à ce cours. Cette aventure leur semblera suspecte : elle a les caractères d'une poussée d'exaltation dangereuse, qui se paie ordinairement de retombées douloureuses. Il conviendrait de reproduire ici le réponses de l'I.F.O. à Ambroise :

21.3.69 : Vous avez vécu une aventure intérieure irréversible, qui vous enrichira pour jamais. Il vous sera impossible d'en perdre le bénéfice : vous ne pourrez que l'accroître. Mais il est vraisemblable, quoique nullement certain, qu'un prix sera exigé de votre système nerveux : l'acuité de votre joie a pu excéder vos ressources énergétiques. En pareil cas, vous seriez exposé à traverser une phase cyclothymique dans vos progrès vers la santé mentale. Ne vous alarmez pas des colorations psychiques qui s'ensuivraient : au creux des vagues il pourra vous sembler que, subjective en effet, votre expérience n'a été que subjective ; que vous avez été le jouet d'une illusion exaltante, mais perdue ; que tout espoir a disparu, toute raison d'être, tout espoir de raison d'être. S'ils vous atteignent, que ces états dépressifs ne vous alarment pas : rien ne saurait être plus naturel ni moins dangereux après une expérience, VRAIE comme la vôtre, de CONTACT AVEC LE REEL. Le remède, au surplus, est facile : le repos, le sommeil, la promenade et les distractions.

Il peut sembler étrange que, manifestement exaltée, la lettre d'Ambroise ait permis de bannir toute inquiétude. La raison en est simple : chacun de ses mots révèle l'authenticité, la part non subjective de son expérience intérieure qui, ainsi, se distingue puissamment de l'aventure pseudo-mystique et même authentiquement mystique. Il est impossible de s'y tromper. Globale à coup sûr, la «visualisation» d'Ambroise embrasse déjà assez de TOUT pour exclure les zones d'ombre, d'une ombre qui se répand et engendre la «nuit». C'est pourquoi il n'est exposé à aucune regression. Seules pourraient l'atteindre des réactions mécaniquement physiologiques, sans gravité ni durée. Bien qu'il lui reste beaucoup à apprendre pour étoffer sa vision du réel, Ambroise est déjà orthologicien, et ce sont les hommes les plus profondément calmes et stables qu'il y ait : toute peur les a définitivement quittés.

    PHILIPPE (aux étudiants)
Je vous invite à vous scandaliser de la colossale outrecuidance de l'I.F.O. Vous y êtes si habitués qu'elle risquerait, cette fois, de passer en douce. Le 21 février 1969 , cet outrecuidant institut claironnait sa certitude d'obtenir des merveilles en quelques jours ! Le 7 mars, soit treize jours après, c'était chose faite ! Or sachez une chose : il est certain que nous sommes farfelus comme ce n'est pas permis, mais nous ne trichons pas. Ambroise n'est pas un «compère» ! Nous ne l'avons jamais vu. Nous n'avons pas échangé un mot avec lui. Nos contacts n'ont été qu'épistolaires. Notre tâche, qui est la vérification expérimentale de théories pédagogiques dont nous ne sommes pas les auteurs (et nous nous tromperions délibérément nous-mêmes si nous trichions) est d'enseigner l'othologique par correspondance, et c'est ainsi qu'Ambroise est devenu un orthologicien, un vrai. Nous le lui avions promis, et vous savez combien, en qualité de faiseurs de promesses, nous sommes horripilants !

    HUBERT (aux étudiants)
Ecoutez-les se rengorger ! C'est encore pis que leurs promesses : une réussite contre je ne sais combien d'échecs, et les voilà qui nous infligent des effets de cuisse ! (A ses collègues) Parlons plutôt, s'il vous plaît, de ceux qui, malgré vos belles promesses et en dépit de vos interminables leçons, ont été unanimes à ne PAS  devenir orthologiciens !

    PIERRE
C'est à leur intention que nous avons évoqué le cas d'Ambroise. D'abord parce qu'il éclaire l'orthologique. Il met en évidence sa plus facile définition : «Ensemble des aptitudes qui émergent chez l'Homme lorsque, soustrait aux pesanteurs de l'atavisme, il actualise les potentialités discursives de la nature humaine». En d'autres mots : lorsque nous cessons d'être singes, nous devenons humains, ET LES HOMMES ONT DES POUVOIRS QUE LES SINGES N'ONT PAS.

    PHILIPPE
Nous jouissons aussitôt d'un très grand avantage : des yeux décillés, et nous nous réveillons dans un monde où tout est devenu visible, même les choses si simples qu'elles ont échappé aux humains depuis qu'ils existent, comme la théorie des ensembles économiques ! Les choses qui se passent sous nos yeux en sont rendues si claires qu'elles s'expriment en «images d'Epinal» ! Aussi n'avons-nous plus d'efforts à fournir. Nous n'avons plus guère à penser : Monsieur de La Palisse s'en charge pour nous, et nous pouvons commencer à nous abandonner. Les évidences, tout d'abord, nous sautent aux yeux, puis leurs implications. Il ne nous reste plus qu'à réfléchir paisiblement pour refléter le réel.

Nous ne pouvions en montrer, jusqu'hier, que les conséquences, les résultats. Bref des «amorces de preuves», indirectes seulement. Nous en avons aujourd'hui un témoignage vivant : Ambroise, qui, pour conclure ses réponses au questionnaire de la cinquième leçon, écrit : «Si l'on m'avait dit qu'il est reposant d'être intelligent !!…» Reprenons, s'il vous plaît, le Rubicon : «Après une journée de labeur professionnel, une heure de réflexion paisible nous délasse plus et mieux qu'un mois de vacance». (page 289). Ce qui est immensément reposant, c'est d'être détendu, de n'avoir plus peur de rien. Ambroise en a fait l'expérience. (Aux étudiants) Il ne tient qu'à vous de la faire à votre tour : prenez exemple sur Ambroise. In n'a rien que vous n'avez aussi. Faites comme lui.

    PIERRE (aux étudiants)
Si vous faites comme Ambroise vous deviendrez immanquablement des orthologiciens : nous vous le promettons comme nous le lui avons promis. Mais il s'agit de comprendre ce qu'il a fait : ce fut autant dire RIEN !! Ambroise s'est laissé faire par la nature. Ce n'est pas nous, c'est elle qui fait des orthologiciens. Ce qu'il faut observer avec soin, ce n'est pas ce qu'Ambroise a fait, c'est ce qu'il n'a PAS fait.

    HUBERT
Si, comme vous le prétendez, il n'a rien fait du tout, ce sera commode : regardez-moi, s'il vous plaît, cette belle femme, et observez avec soin ce qu'elle ne fait PAS !!

    PHILIPPE
Cette observation peut sembler délicate, mais imaginez cent femmes plus belles l'une que l'autre, occupées à pêcher. Furieusement agitées, elles ne prennent pas de poissons, sauf une seule : immobile, impavide, celle-là fait une pêche miraculeuse. Il serait facile, en pareil cas, d'observer ce qu'elle ne fait pas : cela sauterait aux yeux.

    PIERRE
C'est la question qu'il faut se poser. Pourquoi certains étudiants sont-ils peu réceptifs ? Quelles choses font-ils qu'Ambroise n'a pas faites ? Nous aurons les meilleures chances d'y voir clair en observant les réfractaires, et personne ne saurait l'être plus que Rosalinde. Son cas nous éclairera. Mais IM.141, qui nous semblait exposé au sort de Patrocle, devenu ABEL par défenestration, vient de montrer de la robustesse et de l'endurance pour l'emploi de réfractaire-modèle. Qu'il en soit remercié car les opposants deviennent rares. Son exemple sera utile à tous. IM.141 est complémentaire de Rosalinde. Tous deux vivent dans le même luxe facile et énivrant : ils savourent des opinions. Ces gâteries sont de celles qu'un orthologicien ne peut jamais, jamais, JAMAIS se permettre. Mais les opinions d'ALFRED (c'est ainsi que, par commodité, nous baptisons IM.141) sont structurées  et celles de Rosalinde ne le sont pas. Alfred a une personnalité. Il existe. Rosalinde a la chance de n'exister pas encore : elle est asservie à des déterminismes intellectuels non seulement étrangers à elle-même, mais incompatibles avec sa personnalité potentielle. En conséquence, elle ne peut devenir ni une personne vraie ni une vraie femme : les jeteurs de sort ont voulu que, de sa vie entière, elle ne puisse être bonne à rien ni surtout à personne.


    LE CAS DE ROSALINDE


Rosalinde est, pour l'I.F.O. et pour ses étudiants, un don du ciel. Grâce à certaines de ses idiosyncrasies -c'est un «garçon manqué»- elle a un aplomb de tous les diables. Rien ne l'intimide, ni personne. Elle est agressive comme peu de filles savent l'être, et débordante de «bonnes intentions», bien qu'incapable d'imaginer les redoutables choses que ces mots pourraient vouloir dire dans son cas, et moins encore ce qu'ils signifieraient si elle était capable de devenir elle-même.

Rosalinde est un prototype, et c'est pourquoi son cas se définit aisément : celui d'une étudiante que l'Education Nationale a dépouillée, l'un après l'autre, de tous les moyens intellectuels dont la nature a doté les hommes pour qu'ils deviennent humains. L'Education Nationale a mis à profit les dons de cette jeune fille  non pas seulement  pour la priver de toute liberté, mais pour tarir en elle les SOURCES de la liberté. Même lorsque, ivre de puissance et de luxe, l'Eglise s'abandonnait à des orgies de violence, elle n'obtenait pas de résultats comparables : les techniques du viol de l'inconscient lui manquaient. Elle savait brûler ses victimes, elle ne savait pas les contraindre. Elle était impuissante à priver les humains du plus précieux de leurs biens : le SENTIMENT de la liberté. L'Education Nationale a détruit chez Rosalinde ce sentiment et même la notion de liberté. L'Education Nationale a détruit Rosalinde.

Innocente victime de cette pédagogie monstrueuse, Rosalinde fait à tous un appel pathétique. Nous n'aurons de cesse qu'elle ne devienne une vraie femme et une personne vraie. Nous sollicitons le concours de tous et de chacun. Rosalinde, qui n'existe pas encore, doit être bâtie, construite, structurée. Il ne saurait y avoir de cas plus éclairant que le sien : aucun de ses besoins fondamentaux n'a été satisfait. Les structures les plus élémentaires de la pensée lui manquent. En conséquence elle ne sait pas, elle ne peut pas penser. Elle ne peut se faire une place à la foire d'empoigne. Comparable à un lutteur amputé des bras et des jambes, elle ne peut se défendre. Elle ne peut qu'invectiver et s'efforcer de séduire en acceptant -et en proposant- des complicités  fondées sur la rancoeur, sur l'ignorance et sur l'infériorité. Telles ont toujours été les ressources -formidables en vérité- de ceux qui, sans armes, veulent se mesurer aux puissants : l'ignorance et l'infériorité attirent la masse des envieux ignorants. Mais Rosalinde n'est pas faite pour ce rôle : elle n'est pas «peuple». Le  bonnet phrygien lui sied mal, et elle est le contraire d'inférieure : elle n'est que mutilée par ses maîtres. Elle a des moyens -et dès lors des besoins- intellectuels. Les structures élémentaires de la pensée lui sont indispensables. (Ses structures fines aussi, si, après avoir appris ce  que veulent dire ces mots-ci, elle veut une carrière d'intellectuelle). Notre tâche est de la transfigurer en les lui fournissant, et nos étudiants en profiteront : ils pourront, au passage, se servir de celles qui leur font défaut.

Mais on verra surtout les choses que fait Rosalinde, et qu'Ambroise n'a pas faites. Après quoi, si elle s'en abstient, nous l'entendrons dire avec tous ceux qui s'en abstiendront de même : «D'où vient cette lumière qui m'envahit ? D'où ce bonheur et cet amour ? …» Il importe peu que l'on réponde : de la nature, ou de Dieu : ces mots sont synonymes.

    PIERRE
Ouvrir le dossier Rosalinde n'est pas une mince affaire :  il est touffu et embrouillé à souhait. Par où l'attaquer ?

    BERNARD
Par le premier besoin de Rosalinde, qui me semble être aussi sa seule réalité extériorisée : son besoin de révolte.  Elle y exprime une chose profonde et juste, une émergence  biologique qui affecte sa génération toute entière. Sur ce plan-là, l'Education Nationale n'a pas réussi à étouffer la voix de la nature. Je ne doute pas que, pour commencer à aider Rosalinde, il faut d'abord lui apprendre à se révolter efficacement.

    PHILIPPE
Dans l'état où elle est cela semble impossible : elle ignore le sens du mot révolte. Elle ignore même les concepts sans lesquels ce mot ne saurait avoir aucun sens d'aucune sorte.

    PIERRE
Elle fait plus qu'ignorer ces concepts : elle les récuse à priori, sans chercher à comprendre ce que pourrait être la liberté. Mais, dans ses réponses au deuxième questionnaire de la 6e leçon, elle s'est servie de mots qui pourraient la perméabiliser au réel. Elle a montré le défaut de sa cuirasse académique. Il faut compléter le dossier Rosalinde en extrayant de ses réponses quelques passages significatifs.

    DOSSIER ROSALINDE (suite)
1. Chez quels protagonistes vous retrouvez-vous le mieux ? Philippe (p), Medicus (f), Bernard (p) et Hubert (f). Pierre n'est absolument pas moi.

2. A la lueur du «lys des champs» avez-vous entrevu la destination finale du voyage ? Si cela veut dire que nous devons prendre conscience de nos déterminismes et les assumer, je suis d'accord, et c'est cela que j'appelle ne pas être libre.

6. Jugez-vous orgueilleuse ou chimérique l'ambition d'une exploration scientifique des domaines de la foi ?  La foi doit être vaincue et balayée à jamais. Il faut étudier scientifiquement les motivations de la foi, cette chose irraisonnée par laquelle on fait faire n'importe quoi aux hommes.

9. L'espoir serait-il permis dans le cas des églises, puisqu'il est concevable qu'elles ne restent pas toujours implantées dans la socialité ? Où donc les voulez-vous implantées ? Quoique l'homme fasse, c'est dans un but social. Quelque chose de purement spirituel ou individuel est inimaginable. De toute manière, l'église serait néfaste à l'individu, qu'elle empêche de vivre seul, libre de par sa propre volonté. Muni de ses déterminismes, l'homme n'est déjà pas libre. Si on lui impose encore l'Eglise, il sera à la fois la marionnette de la nature et la marionnette d'une fable. Je préfère m'en tenir à la première !

7. Certains savent se contenter de peu, et c'est sage peut-être ; mais pensez-vous que rien de moins que l'absolu a jamais satisfait un être humain ? Je ne suis pas sage. Je suis totalement insatisfaite.

10. La confiance (peut-être un peu aveugle) que vous accordez (peut-être) à ce cours etc. Si j'accordais ma confiance ce cours, il n'y aurait pas de «dossier Rosalinde».

11. Les explications du 2e questionnaire éclairent-elles la signification du «Pentalogue d'Antoine» ? Pas tellement. Cette façon de penser est plutôt une façon de communiquer avec autrui, puisque tout se rapporte au dictionnaire. Or, lorsqu'il s'agit de notions humaines et abstraites, les définitions du dictionnaire me semblent incomplètes et fausses. Je sens les choses très différemment.

13. Pouvez-vous identifier l'aventure sans précédent qui semble avoir affecté Rosalinde ? Je regrette, mais je suis incapable de répondre. Je ne me sens pas différente. J'ai trouvé la quatrième loi du machinisme très bonne, plus que les autres. Voilà tout.

Enfin une passage particulièrement significatif doit être extrait du premier questionnaire de cette même sixième leçon :

D'accord pour les déguisements : se déguiser pour être quelqu'un, c'est-à-dire pour être l'image du père. Les exemples que vous citez sont représentatifs du père : Force, Justice, Honneur. Le cow-boy, le policier (soi-disant !!), puis l'académicien. Pourtant je trouve que pour les filles il y a aussi une autre solution : mes trois déguisements préférés étaient le cow-boy, le légionnaire romain et le mousquetaire* : Force, Justice, Honneur. Ce n'était pas pour me faire belle, plutôt pour ressembler moi aussi au père que j'admirais, mais d'une façon féminine. N'ai-je eu besoin de jouer les deux rôles à la fois ? Ceci m'aurait-il pousséee au narcissisme (admirer le père et l'aimer en moi), puis (j'en suis inconsciente, mais qui sait ?) à des impulsions homosexuelles cachées et impénétrables ? Ajoutez à cela le complexe de castration … Je suis sûre que vous allez hurler, mais je crois que c'est une question importante, car beaucoup de petites filles se déguisent en garçons, et ce n'est pas pour se parer mais pour paraître fortes. Vous êtes trop chrétiens : la religion est une compensation à nos imperfections, comme Dieu est l'image du Père parfait, idéalisé. Je sais bien que je ne vaux pas grand chose, mais j'ai écarté toutes compensations  à  mes carences. Il  n'y a rien de plus néfaste que le clergé, même avec une «vraie morale», car il parlera toujours d'un Dieu, d'une carotte bien pratique pour chaque individu, mais tout à fait absurde et inutile à un homme équilibré. Et, pour être équilibré, qu'il commence par se débarrasser de Dieu. Dieu n'est pas mort : il faut le tuer !

    PHILIPPE
Rosalinde a raison : il y a de quoi hurler, mais pas pour les raisons qu'elle croit. Sa prose et ce qui lui tient lieu de pensée donnent à hurler contre ses maîtres, et à pleurer pour elle en attendant qu'elle apprenne à rire. Il n'y a pas, du haut en bas de cette pauvre enfant, la moindre oligo-trace d'humour. Elle prend tout au sérieux, même le complexe de castration chez les filles et le freudisme de 1902. Avant toutes choses,  ma Rosalinde chérie, offre-toi une cure de rigolade. Hurle toi-même, et hurle encore, mais de rire !

Nom de Dieu, quelle rigolade ! Paye-t'en, mon enfant, une énorme tempête, pour déblayer les tonnes de poussière faite de faux savoirs pseudo-scientifiques et démodés. Goûte ta propre drôlerie de petite fille partie  à la conquête du vrai en peau de bique dans un teuf-teuf de Dion-Bouton sur les routes poudreuses du passé : la poussière que tu soulèves te dérobe la lumière du jour !

    MEDICUS
Le dossier Rosalinde aurait découragé Hercule. Il faut un buldozer pour nettoyer cette écurie, faire table rase et repartir à zéro.

    PIERRE
Ce serait trop beau. Rosalinde ne peut repartir à zéro : le catabolisme ne se fait pas chez elle. Ne disposant d'aucun moyen de distinguer le vrai du faux, elle est impuissante à rejeter rien de ce qu'on lui a fait avaler pour ne pas dire gober. C'est à travers ce fatras qu'il va falloir trouver un passage jusqu'à elle. Mettons à profit la seule chose qu'elle montre de réel : sa révolte, son besoin de se révolter.
    BERNARD
C'est évidemment par là qu'il faut commencer. Invitons Rosalinde à se poser les premières questions auxquelles doit répondre tout révolutionnaire soucieux de parvenir à ses fins au lieu de gaspiller son énergie en bavardages :
1. Pourquoi me révolté-je ? Quels sont mes objectifs ?
2. Contre qui cette révolte ? Quels sont mes vrais ennemis?
3. Pour qui me révolté-je ? Quels sont mes vrais amis ?
4. Comment me révolter ? Quels sont mes moyens et ceux de mes alliés ?
5.     Où mes ennemis sont-ils vulnérables ? Quels sont les défauts de leur cuirasse ?

Ces questions peuvent n'être pas suffisantes pour conduire à une action efficace, mais, pour commencer, c'est ainsi qu'un révolutionnaire intelligent poserait ses problèmes. Or il est clair que Rosalinde et ses amis ne l'ont pas fait : leurs objectifs seraient atteints depuis longtemps. Ils ont tous les atouts dans leur jeu. L'Education Nationale en tient debout que par habitude. Appliquée aux bons endroits, la moindre chiquenaude la réduirait en poussière.

    PIERRE
Ce n'est certes pas la «loi d'orientation» d'Edgar Faure qui la fera tenir debout : rien de plus  lamentable ne saurait se rêver. Mais, si les étudiants révoltés n'en ont pas profité, s'ils ne se sont posé aucune question intelligente, c'est pour une bonne raison : ils ne sont pas intelligents. Nos écoles et nos universités ont dévoué tous leurs soins à les empêcher de le devenir. Je suis prêt à parier que Rosalinde, notamment, est impuissante à répondre à aucune de ces questions. Pas à une seule ! Qu'en revanche, après un début de structuration intellectuelle, elle répondra à chacune avec une infaillibilité toute lapalissienne.

    HUBERT
Je ne suis pas de votrre avis, et je ne puis être soupçonné de partialité : les propos de Rosalinde m'horrifient. J'en suis choqué et peiné. Ils attestent à mes yeux une dangereuse déliquescence morale. Mais l'ingéniosité et la ruse ne semblent pas lui manquer. Je la crois, hélas ! capable de répondre fort bien à vos questions.

    PIERRE
Confions à Rosalinde le soin de nous départager. Invitons-la à nous fournir des réponses aux cinq questions de Bernard, aidée si elle le veut par ses amis «enragés». Nous serons fixés. L'éducation (la restructuration) de Rosalinde commencera à la prochaine leçon. Pour achever celle-ci, il est temps d'appeler ALFRED à la rescousse.

    PHILIPPE
Ce sera rafraîchissant : l'intelligence d'Alfred étant structurée, ses proppos sont cohérents. Pour voir d'où ils viennent et où ils vont, la lumière du jour suffit. Pour y voir clair dans ceux de Rosalinde, il faut de l'infrarouge et, bien entendu, des rayons noirs : la négation de la lumière est l'emblème de la révolution estudiantine. (A Rosalinde) Sans doute est-ce parce que vous n'êtes pas libres de vos choix que vos amis et toi avez su choisir si infailliblement votre drapeau …

Mais, avant de nouer un commerce salutaire avec Alfred, une recommandation urgente à Rosalinde : pour l'amour du ciel, qu'elle apprenne à lire ! La malheureuse ne sait pas lire. C'est la première aptitude qu'elle doit acquérir -en se prenant la main dans le sac. Rosalinde a lu le Défi et le Rubicon. Bien sûr, elle n'en a rien retenu : les structures de la mémoire lui manquent autant que celles de la pensée, l'école et l'université ayant négligé ce détail. C'est pourquoi l'amnésie est une maladie qui atteint la quasi-totalité des jeunes gens d'aujourd'hui : seuls quelques «monstres» parviennent à mémoriser  un fatras de notions éparses dans un chaos d'ignorance. Malgré quoi Rosalinde a conservé un vague souvenir des impressions reçues à la lecture de ces bouquins. En voici l'essentiel :

1. La psychanalyse nous horripile, et vous vomissons Freud.
2. Nous sommes si «philisophes» que nous rejetons la science en bloc.
3. Nous sommes des grenouilles de bénitier.

Si l'on veut bien se rappeler que d'après le Rubicon, Freud est, avec Einstein et Steiner, l'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité, qu'il a fallu le «tour de force» (inconscient) de Sartre pour «éviter que le dernier philosophe ne sombre dans l'océan de sa propre inutilité», et, enfin, qu'en matière de spiritualité (selon Pierre, qui est notre super-grenouille), l'Eglise est plus révoltante que GENERAL MOTORS, on craint de devoir en conclure que Rosalinde n'est pas très perméable à ses lectures. Nom de Dieu, quelle rigolade ! Et quelle abomination : la pauvre enfant a été emmurée sans nulle pitié. Ses maîtres l'ont jetée au fond d'un cul de basse-fosse.

    MEDICUS
S'il m'en souvient bien, Pierre ne voulait pas être sévère pour Rosalinde. J'ai l'impression que vous n'y êtes pas allés avec le  … dos du martinet !

    PIERRE
Ses réponses récentes rendent éclatantes la nécessité et l'urgence d'une thérapeutique de choc. Rosalinde est en danger. Son âge est celui où la souplesse commence à se perdre. Elle est encore adaptable, mais de justesse : des compensations à l'absence, totale chez elle, de structures rationnelles, commencent à prendre corps. Faute de motivations vraies Rosalinde se fabrique des moteurs. C'est pour elle une question de survie. Douée et dynamique, ses forces et ses dons se fraient ainsi un passage vers autrui, et animent sa vie sociale. Il en résulte une programmation affective dont les mécanismes sont impitoyablement pavloviens : Rosalinde répond positivement aux stimuli rouges, négativement aux blancs. Elle est en train de s'imposer à elle-même un PHOTOTROPISME NEGATIF !!

En d'autres mots, elle se fabrique une âme de punaise, qui ne PEUT pas ne PAS fuir la lumière !!  Telle est la conséquence fatale de l'enseignement officiel sur les enfants doués et vivants, à la fois intelligents et dynamiques. On verra mieux, à la prochaine leçon, la redoutable automaticité, la mécanicité de ces meurtres, des ces suicides psychiques induits. Qu'on ne nous demande pas, entre-temps, d'hésiter à TOUT faire pour empêcher l'assassinat de notre petite Rosalinde.

    PHILIPPE
Nous l'en préserverons coûte que coûte, fût-ce à gigantesques coups de martinet. Mais ce n'est pas à Rosalinde qu'ils sont donnés, ni qu'il faut les donner. Rosalinde est une enfant douée. Sa seule disgrâce et son seul malheur sont la mélasse aigre-douce qu'elle régurgite à longueur de journée, et qui l'aigrit. Quand elle l'aura vomie, Rosalinde deviendra ce qu'elle est : une personne vraie et une vraie femme. Nous le lui promettons et vous le promettons, dût-il en cuire à l'amour-propre des terribles jeteurs de sort qui se sont acharnés contre elle.

    PIERRE
Ses maîtres sont tout aussi pitoyables qu'elle. Ils lui enseignent ce qu'on leur a enseigné. Mais, si irresponsables soient-ils, leur malfaisance est affreuse. Ils doivent être mis hors d'état de nuire, quoi qu'il en puisse coûter à leur amour-propre.

    PHILIPPE
Ainsi soit-il ! Mais pour l'instant, donnez-nous le plaisir de commercer avec un réfractaire-modèle. Ecoutez les réponses d'Alfred au premier questionnaire de la sixième leçon :

Note  : 14/20. Plus de substance que d'habitude et moins de remplissage.
Le besoin d'absolu est-il lancinant pour vous ? L'«authentique» tend-il à vous fuir à mesure que vous le poursuivez ? Ces deux questions sont saugrenues : si ce n'était mon cas, pourquoi me serais-je inscrit à ce cours ?

Sur quels points êtes-vous en accord ou en désaccord ? D'accord sur tous les points avec Bernard, qui est seul à fournir des matériaux constructifs. Philippe me semble naïf en pensant que les puissants d'aujourd'hui ont meilleure conscience que ceux de jadis. De tout temps les puissants ont eu d'autres soucis que ceux créés par leur conscience. Pas d'accord non plus avec Pierre. A l'en croire, la fin justifie les moyens et l'Eglise a le droit de s'appuyer sur les puissants pour survivre. L'important n'est pas que l'Eglise survive, mais que les chrétiens vivent l'Evangile en sachant ce qu'ils font. Si l'homme libre doit se passer de morale, il doit pouvoir aussi se passer d'églises : à force de marcher avec des béquilles, les muscles s'atrophient. Si vous dénoncez le mandarinat à l'université, pourquoi défendre des églises qui ne pourraient survivre sans mandarins ? Au fait, n'êtes-vous pas en train de créer une nouvelle religion nommée Orthologique,avec son prophète Steiner et ses pontifes ? Vous semblez ranger vos étudiants en deux catégories : les adorateurs et les hérétiques dont je semble faire partie. S'il vous plaît, éclairez ma lanterne ! J'ai peine à croire que tous les étudiants soient muets d'admiration devant votre science, que je ne nie pas, mais devant laquelle je refuse de me prosterner. Et je trouverais plus «fair play» d'employer d'autres méthodes que la menace de défenestration pour convaincre les réfractaires et les rebelles !

Je termine par un petit exercice de logique primaire. Vous me direz  si je fais des progrès : si je mets dans la balance d'un côté la substance d'un livre comme le Rubicon, et de l'autre les six premières leçons du cours d'initiation, et que je compare les prix, je reste songeur ! Qu'en pensent les autres étudiants … et vous-mêmes ?

    PHILIPPE
Bravo Alfred ! Hubert, notre Contestataire-Maison, est pulvérisé. Jamais le pauvre homme n'aurait été capable d'inventer vos remarquables objections. (Aux étudiants) Etudiez avec soin les arguments d'Alfred : on ne pourrait rêver de meilleurs exemples de … ce qu'Ambroise n'a pas fait. Pardonnez-nous, Alfred, de n'y pas répondre tout de suite : nous voulons en laisser le profit à nos étudiants. Mais nous vous proposons un marché. Nous vous confierons qu'à nos yeux, la défenestration est une promotion. Les défenestrés en qualité de réfractaires sont accueillis au paradis, à la droite de Steiner, et nous les chouchoutons  éhontément -n'est-ce pas, Abel ? En échange de cette confidence, veuillez bien répondre à une question : «On peut fort bien», avez-vous dit, «être touché par la grâce, et la refuser. C'est cette liberté qui fait la grandeur de l'homme». Qu'avez-vous voulu dire ? Plusieurs étudiants nous l'ont demandé, et nous sommes incapables de répondre. S'est-il agi d'un savoir ou d'une opinion ? Dans le premier cas, d'où vient-il ? Dans le second, sur quoi repose-t-elle ? En nous éclairant tous, vous rendriez à nos étudiants et vous rendriez à vous-même un service éminent : nous soupçonnons votre remarque d'être un modèle d'opinion PAS toute faite : faite, avec une admirable précision, des choses qu'Ambroise n'a pas faites.

    PIERRE
S'il veut bien nous éclairer là-dessus, Alfred nous rendrait un double service : il permettrait de différencier ses opinions (s'il s'agit bien d'une opinion) de celles de Rosalinde, et aussi de nos propres affirmations. Nous nous interdisons avec toute (l'insuffisante) fermeté dont nous sommes capables le droit d'exprimer jamais des opinions. Pis encore : nous avons la prétention insolite de n'en exprimer jamais ! Mais il doit nous arriver hélas ! trop souvent de succomber à la tentation, qui est universelle, de donner froidement nos opinions pour des savoirs. (Aux étudiants) Soyez, de grâce, méfiants et vigilants. Rabrouez-nous vertement quand nous nous abandonnons à cette intolérable forme de malhonnêteté intellectuelle. Rappelez-vous sans cesse la plus importante de nos recommandations : N'ACCEPTEZ RIEN DE NOUS SANS Y ETRE CONTRAINTS. Contestez tout ce qui vous semble humainement contestable, afin que l'incontestable soit seul à surnager. C'est en ne contestant pas l'incontestable que l'on peut non seulement ne pas faire ce qu'Ambroise n'a pas fait, mais FAIRE CE QU'IL A FAIT.

Ne pas faire ce qu'il n'a pas fait est le seul moyen d'avancer sur la route qui mène à l'orthologique, mais C'EST EN FAISANT CE QU'IL A FAIT QUE L'ON DEVIENT ORTHOLOGICIEN. Qu'a-t-il fait ? Vous l'apprendrez bientôt. Je n'ajouterai aujourd'hui que ceci : nul ne l'a jamais fait et nul ne le fera jamais sans rencontrer le bonheur.


    COURRIER DES ETUDIANTS


UNE QUERELLE DE MOTS 
Cette annnée comme les précédentes, le Pentalogue d'Antoine a laissé froides beaucoup d'étudiantes.      Elles lui font le même reproche que Rosalinde : «Cette façon de penser est plutôt une façon de communiquer avec autrui. Or, lorsqu'il s'agit de notions abstraites et humaines, les définitions du dictionnaire me semblent incomplètes ou fausses. Je sens la chose très différemment.» IF.433 lui emboite le pas : «Cette méthode paraît bien limitée. Comment l'appliquer à ceux qui parlent peu et n'écrivent pas ? Où est l'amour là-dedans ? Dans le respect d'autrui, de sa pensée et de celle qu'on lui offre ?…»

    PIERRE
Bien que commune à la plupart des femmes, cette quasi-inconscience des fonctions du langage discursif n'est pas rare chez les hommes aussi bien. Peu se rendent compte que le juste rôle du «verbe» est moins de véhiculer la pensée logique que de la susciter. Tout le monde sait, pourtant, que, s'il n'est transfiguré par la magie dite poésie, le langage parlé est un pauvre moyen d'exprimer nos sentiments : un regard, une poignée de mains, un baiser peuvent en dire plus long et plus vrai sur ce que nous ressentons que toutes les paroles du monde.

    PHILIPPE
Le pentalogue d'Antoine est un «code de la route» propre à discipliner nos dialogues intérieurs. Mais les femmes se gardent bien des dialogues de cette sorte. Détestant la contradiction, elles ont soin de ne pas s'en opposer à elles-mêmes. Quel besoin en auraient-elles quand il leur suffit de «sentir les choses très différemment» ? Bien entendu, «très différemment», à leurs yeux, veut dire «beaucoup mieux». Les femmes ne sont pas assez sottes pour mêler la raison aux choses sérieuses : à la différence des hommes, qui imaginent leurs sentiments et vibrent à leurs imaginations, les femmes ne sentent jamais que ce qu'elles savent (d'instinct). Mais elles ne savent jamais (consciemment) ce qu'elles sentent. Elles n'en ont pas la plus petite idée. Pourquoi ? Parce qu'elles n'ont garde de se le demander : leurs joues en seraient cramoisies pour peu qu'elles soient stupides d'une certaine façon. Or elles le sont : leurs professeurs et leurs parents y ont veillé.

    PIERRE
Les dialogues intérieurs sont indispensables à la conscience créatrice. Aussi leur absence chez les femmes suffit à expliquer la faible créativité féminine. Mais les dialogues extérieurs sont évidemment nécessaires  à certains échanges entre humains, et ceux-ci  n'ont jamais été faciles. Ecoutons les réponses d'une de nos étudiantes au premier questionnaire de la sixième leçon :

    IF.436
Je dois avouer que je suis déçue. Je pensais que vous aviez affaire à des adultes et vous nous traitez en enfants. Celui qui avait franchi le cap de la 4e leçon, disiez-vous, était apte. Et voilà qu'à la sixième il nous faut subir à nouveau un examen de passage : «si vous répondez d'une certaine façon, nous vous donnerons certaines clés, vous serez initiés, et nous vous enverrons un deuxième questionnaire». Je n'aime pas ça du tout !! La cinquième leçon nous promet dans la sixième des réponses que vous n'y donnez pas ! Vous employez des mots compliqués, de nombreux mots fabriqués, et le recours au grec ou au latin n'en vient pas à bout. Que de longueurs aussi ! Et je ne suis nullement d'accord sur ce que les hommes demanderaient surtout aux femmes : une oreille attentive !  J'aurais une piètre estime pour de tels hommes. Je pense que c'est le fait d'une intelligence bornée, peu évoluée. J'espère que la fusée n'est pas un bateau !!

    PIERRE
Le mécontentement manifesté dans ces réponses semble reposer sur trois griefs bien distincts. On ne saurait s'étonner, tout d'abord, qu'IF.436 ait mal toléré l'image chargée d'un humour peut-être un rien lourd dont Philippe nous a régalés en représentant les hommes si entêtés de se mettre en valeur auprès des femmes que c'est à peine si, lorsqu'ils sont épuisés (et ravis), ils marquent parfois un bref temps de pause avant de recommencer … à se faire mousser !! J'ai, moi aussi, fait la grimace. Qu'avez-vous à dire, Philippe, pour votre défense ?

    PHILIPPE
Que j'en ai les joues cramoisies pour mon sexe, mais qu'y pouvais-je ? C'était impossible à cacher : les Siriens ont vendu la mèche ! Je dois reconnaître pourtant qu'il m'est arrivé d'observer chez certains mâles de notre espèce une attitude plus louable. J'en ai vu qui échangeaient des propos fort civils avec toute sorte de dames, sauf une seule : la femme qu'ils aimaient. C'est celle-là dont tous veulent les oreilles. Il ne s'agit plus que de comprendre pourquoi il ne peut en aller autrement : les couples unis ne se formeraient pas.

    PIERRE
Le moins qu'on puisse dire est que cela reste à démontrer. Voyons d'abord les autres griefs d'IM.436. Le deuxième résulte d'un malentendu. Nous n'avons jamais voulu dire «aptes» les étudiants qui ont toléré la 4e leçon. Ils n'ont fait qu'un premier pas. Ceux qui s'y sont refusés se sont éliminés eux-mêmes, et voilà tout. D'autre part, le questionnaire qu'IF.436 nous reproche n'avait aucune signification ésotérique. Son seul objet était de fournir à quelques étudiants une occasion de révéler certains besoins particuliers. Il est normal que cette précaution ait été jugée superflue par les autres, mais je ne doute pas que tous voudront bien accepter que nos leçons s'adressent à d'autres qu'eux seuls.

Reste le troisiè!ème grief, incomparablement plus grave : nos mots et notre langage. Nous ne prendrons jamais assez de peines pour les améliorer, car plusieurs étudiants s'en pleignent. Ecoutons IF.401, qui fait des remarques similaires bien qu'à d'autres égards nos leçons répondent à ses voeux. Nous extrayons ce passage dans ses réponses au deuxième questionnaire de la sixième leçon :

    IF.401
Note : 20/20 parce que cette leçon répond à mes aspirations les plus profondes. Cependant je mets aussi 10/20 par solidarité avec ceux qui ne répondent pas à vos questions, peut-être parce qu'ils ne les comprennent pas ! Vos procédés dialectiques sont parfois longs et troublants, et les termes difficiles. Il est malaisé d'en saisir le véritable sens, comme en témoignent les mauvaises interprétations signalées.

    PIERRE
Je répète qu'il n'est pas d'efforts que nous ne devions faire pour remédier aux déficiences de notre langage, mais gardons-nous  des illusions : il ne peut être rendu facile pour plusieurs raisons. Tout d'abord, nous explorons des territoires vierges. Il n'existe pas de mots familiers pour désigner les choses aussi peu usuelles que possible qui s'y rencontrent à chaque pas. Même les vocabulaires spécialisés, celui de la psychologie notamment, contiennent peu de mots parfaitement adéquats.  Nous sommes donc forcés d'en «fabriquer» quelques-uns. Nous le faisons le moins possible, et sommes très attentifs à préférer les mots les plus courants quand nous le jugeons possible. Nous n'en utilisons de scientifiques que lorsque nous ne voyons aucun moyen de les éviter. Reste la tournure de nos phrases. Là encore, nous nous efforçons d'être clairs, directs, simples, faciles à comprendre -mais il est patent que nous n'y parvenons pas ! Nous avons deux excuses, dont la première ne vaut guère : ayant subi une formation scientifique, nous sommes des déformés professionnels. Après quoi, ce qui nous semble le plus simple et le plus clair, c'est toujours notre propre jargon !! Que nos étudiants nous le pardonnent et veuillent bien nous faire remarquer les cas où il ne le serait pas pour eux.

Notre deuxième excuse  est l'obstacle psychologique auquel nous nous heurtons. Les matières que nous traitons suscitent spontanément plusieurs réflexes de rejet, de fermeture, de défense, qui prennent des formes parfois invraisemblables. Certains étudiants en sont rendus incapables de comprendre des mots qui, dans un autre contexte, leur sont tout à fait familiers. D'autres n'entendent plus, lorsque nous la parlons, leur langue natale. Il en est même, comme IM.410, qui deviennnent impuissants à comprendre la plus élémentaire équation algébrique. Quelques-uns, au contraire absorbent nos enseignements avec joie et sans la moindre trace de peine : ils les jugent ce qu'ils sont en efffet : bêtes comme chou ! Mais les plus nombreux -quelque six sur dix- ont à surmonter, même dans l'absence d'obstacles psychologiques, une sérieuse difficulté : il leur faut rejeter les habitudes mentales aberrantes qui se trouvent avoir cours en deça du Rubicon. Grande au début, cette difficulté décroît toujours de leçon en leçon.

C'est pourquoi on ne peut espérer que nos leçons soient faciles pour tous. Mais ceux de nos étudiants qui le veulent peuvent se les rendre limpides : il leur suffit de nous signaler les difficultés qu'ils rencontrent. S'ils ne le font pas, nous sommes et voulons rester désarmés. Nos étudiants doivent rester  libres de puiser certaines choses dans nos leçons et d'en rejeter d'autres, voire d'en rejeter tout. Donné par correspondance, notre cours leur laisse cette liberté alors qu'un cours oral serait irrésistible -fort heureusement pour les parents, qui disposeront bientôt de moyens sûrs pour préserver leurs enfants des malformations mentales que leur engendre inévitablement la pédagogie officielle : ajustée aux impératifs d'un ordre social préhumain, elle est totalement périmée.

(Aux étudiants)
A vous de jouer le jeu ou de ne pas le jouer. Si vous choisissez de le jouer, souvenez-vous que nos leçons ne sont pas les chapitres d'un livre. Vous vous êtes inscrits à un COURS, si différent soit-il de ceux  que vous avez connus. Ce cours, qui est vivant, doit être vécu. Jouer le jeu, c'est donc vivre ce jeu, et nous sommes parvenus au moment où tous peuvent commencer à vivre -enfin !- une vraie vie d'être humain. Nous n'avons à vous faire pour l'instant qu'une recommandation : CRITIQUEZ-NOUS. Adressez-nous tous les reproches imaginables. Ne nous passez rien. Suivez l'exemple d'IF.436, mais précisez vos griefs. Des mots vous déplaisent ? Dites-nous quels mots. Des longueurs vous ennuient ? Dites-nous où elles sont. Des passages sont obscurs ? A la bonne heure : c'est en les clarifiant que nous pourrons vous apporter les clartés dont vous serez bientôt inondés -si vous jouez le jeu.


    LE CAS D'ARIELLE ou L'ECOLE DES FEMMES


    PHILIPPE
L'heure qui sonne, Mesdames et Mesdemoiselles, est solennelle. C'est celle de vous montrer combien nous sommes des types épatants. Pour illustrer dignement cette merveilleuse vérité, je comptais sur les particules subatomiques : animées d'un mouvement (dit) «spin») de rotation sur elles-mêmes, elles sont plus retorses qu'aucune femme. Mais, tout bien réfléchi, cette sombre affaire vous barberait. Il vaut mieux que je vous conte la triste aventure d'Adolphe et d'Adolphine.

Mais il nous faut quelques mots sur ces maudites particules. Ne m'en blâmez pas : c'est la faute à Arielle. Vous savez qu'il existe de curieuses gens, dits «physiciens» (et même physiciennes), pour s'exciter furieusement sur les particules subatomiques. Les malheureux veulent en avoir le coeur net, notamment sur leurs «masses». Or, pour mesurer des masses, le moyen communément employé est la pesée. Mais les particules subatomiques ne se laissent pas peser. Elles sont si légères qu'il faudrait en assembler des milliards de milliards de milliards … etc. (je m'arrête : cela durerait dix minutes) pour en obtenir le moindre milliardième de milliardième … etc. de milligramme. Même si c'était possible, on en finirait pas. Bref leur cas est comparable à celui de notrre Arielle : cent vies mises bout à bout ne révèleraient pas pourquoi elle a dit les choses qu'elle nous a dites. Mais les physiciens nous ont montré la voie. Ils observent le comportement des particules et en DEDUISENT la mase. Le moyen utilisé est bête comme chou. Un enfant à la mammelle sait déjà qu'un courant d'air dévie plus la trajectoire d'une plume que celle d'une pierre. Le même principe  s'appliquant aux particules qui traversent un champ magnétique, on mesure sur une plaque photographique la déviation de leur point d'impact par rapport à une trajectoire rectiligne. Puis quelques calculs nous fournissent une «preuve vécue». Vécue, bien entendu, par les particules. Les physiciens, eux se contentent de mesurer, de calculer, de réfléchir, de raisonner, etc., toutes choses dont chacun sait qu'elles sont barbantes. Et chacun sait aussi que se barber, ce n'est pas «vivre». Mieux vaut un jeu excitant comme le tiercé (on n'a plus un poil de sec quand les canassons s'approchent du poteau d'arrivée), sauf si, une curiosité insolite nous piquant, nous désirons savoir pourquoi toutes les Arielle du monde nous régalent et se régalent de grands coups de marteau.

Mais nous avons tout le temps du monde pour découvrir ces choses. Visitons d'abord nos amis Adolphe et Adolphine, qui adorent tous deux la choucroute et sont justement en train de s'en régaler. «Chérie», lui dit-il tout réjoui, «tu es unique pour la choucroute !…» Adolphine frétille. Mais la mine d'Adolphe tourne au noir. «Si elle mourait», pense-t-il,»jamais plus je ne mangerais d'aussi bonne choucroute». Il se voit n'en mangeant plus, et vit d'avance cette privation cruelle. Il épie Adolphine. «La garce est foutrement capable de me faire ce coup-là !». Bref, la nature ayant doté Adolphe d'u@n rien d'imagination, ce n'est plus de la choucroute, c'est de la cendre qu'il a  dans la bouche, et la créature attablée avec lui n'est plus une femme : c'est une, puis mille, frustrations potentielles, puis actuelles : «Combien de fois, chérie, faudra-t-il que je te demande de recoudre un bouton à mon pardessus gris ?…»

On m'en croira ou non, mais ce n'est pas par sadisme que j'ai invité nos étudiants à tâter cet affligeant plat de choucroute : d'Eschyle à Marcel Proust en passant par Euripide, Aristophane, Cervantes, Shakespeare, Molière et Dostoïevski, tous ceux qui ont donné à rire et à pleurer en même temps s'étaient nourris de cette choucroute. Le Roi Lear est peut-être la plus farce des tragédies, et Don Quichotte la plus tragique des farces. Et ce n'est rien encore : l'imagination est le plus riche de nos dons. C'est le don de création : nous créons ce que nous imaginons, et ne créons rien d'autre. Et, si elle peut nous faire souffrir d'un manque de choucroute pendant que nous en mangeons, elle peut aussi bien nous combler des délices qui nous manquent. Elle valait notamment aux fiancés -dans les temps héroïques où la plupart attendaient le mariage pour commencer de s'entre-désillusionner- un bonheur qui n'est pas de ce monde : les étreintes imaginées sont les seules qui ne lassent et ne rassasient pas.

    (Aux étudiants)
Et ce n'est pas par méchanceté que nous vous avons mis en promiscuité avec les rêveurs, dits physiciens, qui nous ont révélé une chose dont l'importance est immense : l'instant présent est éternel. Certes, exprimé en formules mathématiques, ce FAIT fondamental n'est pas imaginable. Il ne peut donc être vécu en imagination. Mais, traduit en images sensibles, il peut transfigurer nos vies. Il nous délivre notamment de la plus cruelle de nos peurs : celle de mourir. Dans un monde où nous entraîne la fusée orthologique, nous mourrons tous tôt ou tard, mais sans mourir jamais. C'est ce qu'il suffit de savoir, puis de sentir, pour n'avoir plus à perdre le goût de vivre en pré-voyant mille morts quotidiennes, précédées de toutes les frustrations imaginables. Non ce n'est pas par méchanceté que nous vous avons cassé les pieds avec les particules subatomiques.
Nous voilà armés pour nous pencher sur les cas de notre Arielle, qui veut vivre sa vie et la sentir, puis exprimer ce qu'elle croit avoir vécu et ressenti, mais sans se soucier jamais d'y rien «comprendre intellectuellement».

Que peut-on en DEDUIRE ?

Eh bien, mettons-nous à l'école des physiciens en utilisant tout d'abord la plus fertile de nos ressources intellectuelles : la pensée non pas logique, mais analogique. (On verra plus tard pourquoi elle s'est révélée si fertile).

Les physiciens ont supposé (puis vérifié) que les forces exercées par un champ magnétique sur les objets qui le traversent sont comparables, dans leurs effets, à celles qui se manifestent dans un courant d'air. Faisons comme eux. Supposons que, comparables à la pesanteur, les forces que fait peser sur nous l'atavisme devient notre pensée. Puis comparons le point d'impact de nos idées sur nous-mêmes avec ce qu'il serait si notre pensée avait décrit une trajectoire rectiligne. L'orthologique (orthos veut dire «droit» en même temps que «correct») nous en fournit les moyens. Si cette démarche analogiqque répond acceptablement à la «nature des choses», l'écart entre ces deux points d'impact devrait mesurer les forces de la pesanteur atavique.

Le fait-il ? Dans notre prochaine leçon, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, vous serez invités à en juger. Mais laissez-moi vous dire tout de suite ce qui vous attend. Si vous répondiez oui, il s'ensuivrait que, s'étant partagé la besogne, les hommes et les femmes n'auraient rien à s'envier ni à se reprocher. Le saccage de nos richesses matérielles serait la contribution des mâles de notre espèce aux malheurs de tous ; celle des femmes serait le saccage de nos richesses affectives. Egalement -c'est-à-dire totalement- inconscients de ce qu'ils font, les deux sexes exerceraient leurs ravages sur le terrain que chacun s'est choisi pour prolonger l'infantilisme de notre espèce en perpétuant notre asservissement à nos instincts. Bref pour faire durer l'animalité des humains.

Se pourrait-il, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, se pourrait-il que ce soit vrai ?
Note leçon 7

* Indices peu équivoques d'une vocation précoce de garçon manqué, riche en animus.
    Cours d'Initiation à l'Orthologique
    Questionnaire N°7


1. Nom et adresse :

2. Cette leçon contient l'exemple d'un cas d'orthologique vécue :
(a) constitue-t-il, à vos yeux, une preuve ?
(b) dans l'affirmative, que prouve-t-il ?

3.     Votre opinion sur la langue et sur le vocabulaire des cinq héros (Cf. «Querelles de Mots», pages ? à ?).

4.     S'il se touve, dans cette leçon, des mots ou des phrases dont le sens vous échappe, dites-nous lesquels.

5.     Répondez au mot de la fin de Philippe, page ? : «Se pourrait-il, selon vous, que ce soit vrai ?…»

6.     Notez cette leçon et DETAILLEZ ce qui vous a PLU, PAS PLU et DEPLU.

7. Votre critique, vos commentaires, objections et questions.
    Numérotez vos questions et adressez-les nous sous forme de questionnaires.








Veuillez adresser vos réponses à I.F.O.-ETUDES.
Aucun délai de réponse n'est imparti au présent questionnaire.
 
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION A L'ORTHOLOGIQUE
    Leçon 7 bis


    L ' A M O U R    T R A N S C E N D A N T A L


    PIERRE
Notre objectif, aujourd'hui, est de catapulter nos étudiants en une demi-leçon  à l'ALTITUDE OPTIMALE : celle où l'Amour et M. de La Palisse font leurs miracles ensemble. Aucun homme ne l'a atteinte. Après 36 leçons, plusieurs étudiants l'ont approchée assez pour la sentir et la savoir atteignable, à la portée du coeur et de la main. Aucun n'y est parvenu. C'est dire combien une tentative de faire mieux en une demi-leçon aurait été absurde avant cette année.

Depuis l'émergence de la panacée universelle dite «pensée transcendantale», il serait IMPENSABLE de la différer, tant ont grandi les chances de son succès. Mais il n'y a qu'un moyen d'y parvenir : FAIRE L'IMPOSSIBLE, PUIS LE RENDRE POSSIBLE.

    PHILIPPE
En commençant par rendre l'orthologique COMMUNICABLE. Nous n'étonnerons personne en disant qu'elle ne l'est guère. Elle se COMPREND facilement : «bête comme chou», il est même impossible de ne PAS la comprendre, et héroîquement impossible de ne pas comprendre M. de La Palisse. Mais ce stoïcien est lui-même INCOMMUNICABLE. Plutôt que de l'inviter à sa table, l'humanité préfère crever. Signalons à ceux qui ne s'en seraient pas aperçus qu'elle s'y emploie fébrilement. Si nous voulons rester vivants, hâtons-nous de nous lier d'amitié avec ce héros né France par la raison toute simple que lui seul a su dire : il n'était pas né ailleurs.

    BERNARD
Quelques étudiants parviennent à nous faire des recrues parmi leurs amis. Mais ils ne peuvent leur expliquer l'orthologique ni même leur dire de quoi il s'agit. Ils s'en servent pour résoudre avec succès leurs problèmes intellectuels, sexuels, affectifs et même caractériels. ils savent donc à merveille de quoi il s'agit, mais ne peuvent se le communiquer à eux-mêmes !

    PIERRE
Chez des étudiants assez nombreux, l'obstacle à l'autocommunication des contenus de nos leçons est spectaculaire dès le début. Ils parviennent à ne pas comprendre celles, comme la quatrième, où il n'y a rien  à comprendre. Elle consiste d'une série d'images grossières, des «fresques d'Epinal». Après avoir entrevu l'inconscience de l'«innocent ploutocrate pleurant les temps bénis où il valait la peine d'être riche», la «brutale rapacité de la bourgeoisie au siècle dernier» et le train de l'enfer, il est aussi impossible d'oublier que de récuser -si manifestement outrancières soient-elles- ces caricatures trop hurlantes de vérité pour n'être pas vraies. La seule défense des personnes qui ne veulent, ni le savoir ni s'avouer qu'elles ne le veulent pas, est de ne pas enregistrer ce qu'ils lisent. C'est alors que, en les aidant à ne pas se trahir -ne pas SE «vendre la mèche»- leur MEMOIRE se trahit elle-même : elle fonctionne en  IMMUNOMNESIE (*1). Plusieurs étudiants ont observé ses effets en eux-mêmes. Lorsqu'ils lisent les dernières lignes d'un paragraphe qu'ils jugent clair et intéressant, ils ont oublié le contenu de ses premières lignes. Il leur arrive de ne pouvoir  enregistrer  la  moindre  phrase.  Quand  ils  achèvent  la lecture d'une leçon, même s'ils la relisent plusieurs fois, il ne leur en reste aucun souvenir une demi-heure plus tard.

Il n'est pas certain, cependant, que cette amnésie soit due exclusivement à une immunité naturelle. D'autres facteurs ont pu y contribuer. La densité de l'information véhiculée par nos leçons, leur décousu apparent, la diversité des matières abordées, l'absence de fils directeurs clairement perceptibles, peuvent y être pour beaucoup. L'humour qui les pimente çà et là et dont la fonction  est de tenir en éveil et de stimuler la critique, peut déconcerter. Enfin, d'incessantes digressions tous azimuts ajoutent à la confusion.

Soucieux de jouer le jeu, nous nous sommes interdit de supprimer ou d'atténuer ces facteurs négatifs dans la présente demi-leçon. Ils y ont été renforcés. Elle aborde dix sujets en même temps et papillonne de l'un à l'autre sans rimes ni raisons. Et, pour la densité, tous les records sont battus : elle concentre en vingt pages la somme des connaissances dont l'acquisition est nécessaire pour faire un homme d'un enfant. Bref nous jouons le jeu : si 20 pages bourrées de «papillonnements» et saupoudrées de lapalissades peuvent communiquer incomparablement plus d'information incomparablement plus contraignante qu'aucun éducateur n'en a acquis en cinquante ans, force sera -bel et bien- d'en conclure non seulement que l'impossible a été rendu possible, mais qu'il l'a été par un «MIRACLE DE L'AMOUR». Rien d'autre n'a été changé.

    PIERRE (Aux étudiants)
A vous de jouer le jeu : vous avez TOUT à gagner et ne pourriez y perdre que vos malheurs. Appliquez scrupuleusement les règles ANORMALES du jeu ANORMAL qu'exige une leçon furieusement ANORMALE. Ce jeu, bien sûr, commence mal : s'il est au monde un mot indéfinissable, ce mot est «normal». Il a fallu se résigner à en faire un vague synonyme d'«habituel» au sens de «fréquent». Les dangers d'un mot à la fois ambigu et NORMATIF sont horribles : ce qui est dit normal est vite jugé normal et devient habituel. Les Romains jugeaient normal de jeter à des fauves les hommes dont ils réprouvaient les «normes», puis de prendre plaisir à assister au repas des fauves. Puis -quoi de plus normal ?- ils cultivaient leur popularité en faisant plaisir au peuplle, autrement dit : en lui donnant des plaisirs. Puis ils s'aperçurent qu'ils gagnaient de l'argent quand ils les lui vendaient. Après quoi il était devenu normalissime de jeter n'importe qui en pâture aux lions, pourvu que ça rapporte. (Aux étudiants) Permettez-nous trois questions normales :

1. Etait-ce «normal» ?
2.     Se pourrait-il, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, que notre cas soit à peu près celui-là ? Ou -qui sait- mille fois pire ?
3.     Pensez-vous qu'une définition acceptable du NORMAL puisse être utile, voire urgente ?

Si vos réponses à ces questions sont affirmatives, jouez le jeu. Jouez-le pour l'amour des fauves dont nous faisons notre pâture !

    PIERRE
Il y faudra de l'endurance et du courage : cette leçon et ces jeux ne sont ni faciles ni plaisants. Mais il y a TOUT, absolument TOUT à y gagner pourvu qu'on les joue sans tricher.

    BERNARD
Que l'enjeu est immense saute aux yeux. S'il se découvrait de science sûre que notre FAILLIBILITE -si fréquente, habituelle et universelle ait-elle toujours été- est la chose la plus ANORMALE qui puisse être, et comment une fin immédiate peut y être mise au prix d'une facile révision de nos «normes», les humains cesseraient tout de suite  de se jeter en pâture les uns aux autres. (Aux étudiants) Pour l'amour des prédateurs et des proies que nous sommes tous, consentez à jouer le jeu sans tricher ! Nous avons interrogé l'histoire un peu anormalement : plus attentifs à ce qui s'est passé dans les coulisses que soucieux de la tragi-comédie mise en scène par les historiens. C'est vous, à présent, qu'il nous faut interroger anormalement. Les réponses que nous vous demandons sont celles des personnes mystérieuses qui, à notre insu souvent, servent d'auxiliaires au «metteur en scène» (de soi-même) que nous sommes tous. Acceptez de jouer sans tricheries à un jeu auquel vous avez l'UNIVERS à gagner !

    La  Règle d'Or d'un Jeu Anormal
Lisez le récit d'une série de FAITS INSOLITES qui sont la matière première de la présente leçon. Ce sont autant de «faits divers scientifiques» passés inaperçus. Ils sont inintelligibles à ceux qui n'ont pas subi de formation scientifique et impossibles à croire à la plupart des savants. Que vous soyez dans le  premier ou le deuxième cas, poursuivez votre lecture : il importe aussi peu d'intelliger que de croire au point où nous en sommes :
IL SUFFIT D'AVOIR VU POUR COMPRENDRE
IL FAUT APPRENDRE A REGARDER POUR SAVOIR

Mais il n'y a qu'un moyen d'apprendre à regarder :
JETER UN COUP D'OEIL SUR DES FAITS INSOLITES, puis les RENDRE VISIBLES, c'est-à-dire «BETES COMME CHOU».


    D I X    A N S    A P R E S
    L'ORTHOLOGIQUE VECUE EN TRANSRUBICONIE


    PIERRE
Telle qu'Ambroise l'a vécue en Cisrubiconie, l'orthologique était une aventure presque mystérieuse, apanage de quelques privilégiés de la souffrance  «touchés par la grâce» sans se juger assez «grands» pour prétendre à la gloire alfrédienne de la refuser.
Mais les temps sont changés.
L'émergence, en 1978, d'une pensée dite «transcendantale» a rendu si visibles les étoiles d'un univers intérieur humain, élaboré par les hommes et pour eux, que la lecture d'un texte de trois pages a suffi pour actualiser chez un étudiant celui des pouvoirs de notre espèce qui nous différencie le plus de nos ancêtres animaux : LA SYNTHESE DE LA CONSCIENCE ET DE L'INSTINCT.

    PHILIPPE
Cet étudiant a raconté son aventure en mots qu'on croirait empruntés à AURORE, à EINSTEIN, à M. de  La Palisse, à ST. JEAN de la CROIX, à J.S.BACH et à d'autres personnes tout  aussi surprenantes, Moi notamment, je le dis en passant pour dispenser nos étudiants de ce soin. Mais plus surprenant encore, ses propos sont vierges de vapeurs sulfureuses et de tous relents de même sorte. Ils ne suggèrent aucune trace  de privilèges, de népotisme divin ni diabolique, de supériorité d'aucune sorte : ils embaument tout bêtement le lys des champs (*2).

    BERNARD
Aussi faut-il implanter ce récit dans le courrier du jour le jour, où l'évidence de son ACTUALITE est percutante : il est impossible de ne pas être frappé par la vitesse d'évolution qui a pris le mors aux dents . Ecoutons ARIANE :

    ARIANE
Cette leçon est celle de l'harmonie, du dynamisme et de la complicité. Avec la cinquième leçon, l'ascension avait commencé, mais nous ne le savions pas. Nous étions cahotés, bousculés dans nos habitudes, tiraillés par des agacements. Sans savoir  où  nous  allions,  nous  nous  heurtions  aux  cailloux d'un chemin  étroit  et  creux.  Comme  Antoine,  nous  étions  prêts  à


épancher notre bile pour nous venger d'une marche forcée dont nous ignorions le but. Notre point d'arrivée resté invisible, nous ne sentions que la fatigue de nos pieds et ne voyions qu'une petite bande d'azur, tout là-haut dans le ciel.

Avec la sixième leçon nous atteignons le premier promontoire ? Le paysage qui se livre à nos regards est un éblouissement : il est comparable à un puzzle de géants où l'harmonie et l'intelligence se seraient fait les COMPLICES d'une beauté et d'un bonheur qui nous mettent les larmes aux yeux.  Mais une brume bleutée voile encore  la merveille qui se laisse imaginer à l'horizon. Serait-ce une cité radieuse, peuplée d'hommes heureux ? Merci de nous avoir guidés jusque là. Nous savons pourquoi nous grimpons et le sentier nous semblera d'autant moins ardu et plus attrayant que nous nous sentirons moins seuls et que notre univers se peuplera plus vite de complices en bienveillance et en humanité.

Cette leçon résout des énigmes et apaise des inquiétudes. Elle précise, en y répondant, des interrogations que je commençais à formuler. C'est comme si la balle que je venais de lancer me revenait chargée d'information avant d'avoir atteint le but visé. Mes balles voyagent plus vite que la lumière et donnent au temps une réalité vécue que je ne lui connaissais pas encore. Le temps semble presque aboli. Cette quasi-SIMULTANEITE des questions et des réponses doit être à la base d'une véritable complicité, elle-même fondement de l'amitié vraie. Mon univers s'éclaire d'une lumière chaude et douce.

Après cela, pardonnez-moi de trouver un peu secondaire  la plupart des questions-pensum et de n'y répondre que partiellement. A m'y contraindre, je me trouverais regarder le passé, au bas du sentier où s'agitent des gigots, des carottes et le diable sait quelle cuisine de sorcière. Il me plaît beaucoup plus d'admirer le lys des champs bercé au gré des brises. N'avons-nous cheminé assez longtemps dans l'ombre et la solitude pour avoir le droit de regarder sans remords la lumière des cimes ?

Maintenant, chers professeurs, après vous avoir serrés à notre tour sur notre coeur multiple d'étudiants, souffrez qu'on vous pose une question :  vous qui n'avez pas peur des ruines de la morale, des débris de l'économie ni de la chute des empires, vous vous accrochez bizarrement à une doctrine millénaire mais périssable, comme toutes les doctrines. Vous qui nous aidez à créer une réalité à la mesure de nos rêves, ne pouvez-vous nous faire oublier et oublier vous-mêmes les cauchemars qu'auront été nos terribles tuteurs doctrinaires et religieux ?

Nous sommes acculés à une alternative : si le christianisme, comme dit Bernard, a une vocation anti-morale, il a échoué. Si sa vocation est morale, il  a réussi ! Il est donc perdant dans les deux cas. Ne serait-il plus juste et  charitable de lui attribuer, comme vous l'avez fait dans le Rubicon, le mérite d'avoir aidé à la survie de l'espèce à travers une morale nécessairement autoritaire et contraignante, et de lui accorder, dans cette oeuvre, un succés réel, mais achevé, périmé ?

    PIERRE
Je crois rêver ! Cette question nous est posée au moment précis où, pour la première fois depuis que la terre tourne, elle s'IMPOSE d'elle-même dans les faits, et il devient possible d'y répondre de «science sûre». Or deux miracles -spectaculaires à souhait, comme on va le voir- qui se sont produits eux aussi pour la première fois, se sont donné rendez-vous dans cette septième leçon ! Cette triple coïncidence trahit le synchronisme -la coordination temporelle- qui caractérise les oeuvres de la nature. Il devient difficile de douter de l'authenticité de cette cascade de «miracles de la nature». Il appartiendra à nos étudiants de décider si elle est assez probante pour être contraignante, et assez «touchante» pour être convaincante. Nous y avons été trop impliqués pour en juger avec un recul suffisant.

    BERNARD
L'image évoquée par ARIANE, d'une vitesse «superlumineuse» correspond à une réalité psychologique. Elle exprime un sentiment éprouvé en cas de réponse précédant les questions entre interlocuteurs qui pensent les mêmes choses en même temps. Mais le cas présent n'est pas celui-là : des implications de la pensée transcendantale ont surgi un peu partout AVANT son émergence. Seul un «miracle de la nature» peut expliquer un phénomène devenu simple, mais qui était aussi inexplicable que la navigation stellaire des oiseaux avant la découverte des microstructures de la sensibilité.

    PIERRE
C'est par les FAITS dans l'état où ils étaient encore l'année dernière, sans aucun souci religieux ou doctrinal,  que nous avons été contraints d'insister lourdement sur le «libéralisme» d'une église aussi peu libérale que possible. Mais le SEUL EMBRYON de liberté vraie qui ait existé ici-bas jusqu'en 1978 y était implanté à l'état naissant, assez solidement pour survivre à tous les assauts de la force. Il allait de soi que la jeunesse estudiantine en serait horripilée ! Huit sur dix de ces jeunes gens partagent le sentiment d'ARIANE. Ils ne veulent plus entendre parler de religion.

    PHILIPPE
La plupart l'expriment en mots plus tranchants. En réponse à notre question sur le libéralisme de l'Eglise, voici la déclaration peu équivoque d'un étudiant par ailleurs modéré et nuancé :

    IM.1520
«A bas toutes les églises, tous les dogmes, tous les curés !…»

    PHILIPPE
Cette jeunesse est presque unanime à répudier ou à honnir tout ce qui rappelle la religion. Quoi de plus compréhensible ? Comment l'église catholique, qui a été pire -je veux dire : plus puissante- qu'aucune autre, aurtait-elle des défenseurs parmi les hommes auxquels l'HISTOIRE a été enseignée par des professeurs gauchisants, plus enclins à souligner qu'à voiler l'impitoyable cruauté de l'Eglise tant qu'a duré son règne ? Puis cette jeunesse gauchie (ce mot veut dire tordue, déformée) est informée de l'ACTUALITE par des mass-media plus «gauchis» que jamais par leurs intérêts politiques, et qui ont soin de mettre en relief les comportements actuels de l'Eglise en Amérique du Sud.

    HUBERT
Les media gauchistes n'ont pas le monopole de l'actualité. Il y a des media «droitistes».

    PHILIPPE
Les électeurs gauchistes ne se ravitaillent pas chez eux. Et, tout aussi déformés que leurs adversaires, les média droitisants sont beaucoup plus désarmés. Ils n'ont rien à opposer aux faits. Ils ne font d'allusions que discrètes aux comportements de l'Eglise en Amérique du Sud, mais ne peuvent contester sa complicité avec les puissants. Elle s'étale au grand jour. Mais, ici, ce ne sont pas ses propres traditions qui trahissent l'Eglise. Ce sont les traditions politiques de l'Occident. Les régimes avec lesquels l'Eglise s'acoquine sont animés par une tradition dont la valeur de survie n'a jamais été démentie et, jusqu'en 1978, semblait destinée à ne l'être jamais nulle part : la nécessité, pour survivre, d'acquérir et de conserver les moyens de la FORCE.

C'est pourquoi les révolutionnaires «réalistes» sont ceux qui, comme Mussolini, Hitler et Lénine se sont dit -et parfois cru eux-mêmes, mais sont toujours parvenus à se faire croire- «homme de gauche», défenseurs des opprimés. Depuis que Dieu a cessé d'enflammer le peuple comme Allah le fait encore, il n'est plus d'autre moyen de mobiliser des masses avides de se soumettre à des oppresseurs plus omnipotents que ceux qui les tourmentent déjà. Mais les seuls révolutionnaires qui aient réussi leur coups sont ceux qui ont su faire, de l'«idéal» politique occidental, des «idéologies» politiques.

Les idéologies sont des transformatrices  d'idéal politique en machines à s'emparer des instruments de la force, à s'approprier les moyens de la domination, à dépouiller les peuples de toute liberté, et à leur imposer un conformisme de fer pour leur interdire toute INDIVIDUATION, dont la conséquence inévitable serait le non-conformisme. C'est pourquoi, derrière les rideaux de fer, l'individuation est dite «déviation», assimilée à une «Atteinte à la Sécurité de l'Etat»,  et élevée au rang de «Crime de Lèse-Majesté».

    BERNARD
L'individuation est la condition nécessaire et suffisante de l'évolution biologique, sa condition sine qua non. Or, paralyser l'évolution d'une espèce inachevée, c'est provoquer son avortement, c'est la détruire dans l'oeuf, c'est l'anéantir.

    PIERRE
Sa propre destruction est donc ce que l'humanité tout entière devrait à l'Occident si ses traditions culturelles n'étaient réformées à temps. Or, au train où nous allons, il semble falloir l'éternité pour changer si peu que ce soit nos habitudes mentales. L'Angleterre a eu l'audace d'introduire chez elle le système métrique qui, il y a moins de trois siècles, s'était implanté sans peine en France d'abord, puis en Europe et bientôt partout ailleurs. Une adaptation aussi ambitieuse à ce qui est devenu une nécessité économique est désormais si impossible que, sauf pour sa monnaie, l'Angleterre a dû y renoncer. Comment la substitution de l'habitude de s'entre-aider à celle de s'entre-combattre serait-elle possible en vingt ans ? Sans la pensée transcendanale, il faudrait être archi-fou pour oser en rêver.

    HUBERT
Je suis charmé de vous l'entendre dire : c'est ce que j'ai toujours pensé. J'en suis aussi un peu inquiet : vous sembliez caresser ce rêve l'an dernier. Vous étiez donc archi-fous ?

    PIERRE
Nous devions l'être assez pour pressentir l'émergence de la pensée transcendantale, pour être pré-sensibles à son imminence. Ce phénomène est assez fréquent chez les animaux et même parmi les  hommes pour n'avoir rien d'étonnant.

    HUBERT
Je ne puis, en ce cas, que vous féliciter de votre archifolie, mais je m'en féliciterais plus volontiers moi-même si vous nous disiez ce qu'EST cette satanée pensée transcendantale, au lieu de tourner interminablement autour de ce pot, comme pour nous en dégoûter avant d'y avoir goûté. Pourquoi ? Cherchez-vous des effets de «suspense» ?

    PIERRE
Nullement. Coordonnés dans le temps et dans l'espace, trois miracles ont fait leur apparition au siècle dernier. Le premier est la mésaventure d'une science qui, à force de se vouloir toujours plus objective, plus scientifique, est devenue plus antiscientifique et le devient toujours plus, puis toujours plus inhumaine et, enfin, toujours plus antihumaine :  la voilà aujourd'hui la pire ennemie de l'humanité. Mais, trop incroyable pour être crue, trop incontestable pour être contestée et trop énorme pour être vue, elle est donc passée inaperçue.

Survenu sans crier gare sur le terrain psychologique, le deuxième de ces faits insolites est plus hallucinant encore. «Révolutionnaire prégénital et forcené du malheur» (comme nous tous) un homme de génie  s'est trouvé prendre goût à dépouiller de toute humanité non plus  seulement nos machines, nos institutions, nos sciences dites «naturelles» et celles que l'on ose dire humaines, mais l'Homme lui-mêmme cette fois.  S'étonnera-t-on que d'innombrables psychologues antihumains et antiscientifiques se soient jetés  à coeur perdu dans une mêlée bientôt devenu curée ? Il faut que nos étudiants prennent connaissnce de ces faits, qu'ils sachent  ce qui s'est passé. Peu importe, pour l'instant, qu'ils y comprennent  ou en croient rien. La tâche qui nous incombe est de préparer l'entrée en scène de ces faits, bientôt rendus visibles, audibles et sensibles à tout le monde. Il faut aussi que l'on sache le rôle déterminant qu'y a joué le bannissement de la pensée religieuse, que son absence joue encore et que sa rénovation ne saurait tarder à jouer. Il leur faut apprendre les pouvoirs sur les hommes de toutes les formes de la pensée en les voyant agir sur leurs pères dans le passé, en REGARDANT leurs effets sur eux-mêmes au présent, et en les PREVOYANT dans l'avenir. Ce que nous en espérons est un «traumatismme positif», un bien-être immédiat et inoubliable, EUMNESIQUE au lieu de DYSMNESIQUE. Si cet effet était obtenu, tout deviendrait possible aux éducateurs, et la planète pourrait commencer à tourner à l'endroit dans bien moins de vingt ans.

    BERNARD
Remarquons d'abord que le problème des Eglises ni celui des curés n'ont été abordés. Quelques effets des traditions culturelles de l'Occident ont été observés et, implicitement, les conséquences de l'Enseignement qui se pratique chez nous. Or, qu'il soit professé par des laïcs ou par des écclésiastiques, ses effets sur les activités sociales et politiques des peuples sont identiques. Les «curés» ont beau prêcher l'Amour avec une Majuscule, ils ont si inconscients de la signification biologique de ce mot que les effets de leurs sermons sont nuls ou négatifs ! Au contraire, laïque ou cléricale, l'infliction de nos sciences sociales est d'une efficacité quasi-miraculeuse. Ces sciences stimulent les rivalités, multiplient les conflits, excluent leurs solutions pacifiques, condamnent les adversaires (*3) biologiques et sociaux à une guerre permanente, et leur imposent une existence spécifiquement inhumaine et humainement invivable : la sélection naturelle sans ses autorégulations.  Mais cette anomalie n'est PAS un produit de la pensée religieuse. Aucune des disciplines qui prennent leurs appuis surr le «senti» et le «vécu» n'est responsable d'une non-régulation - d'un dérèglement-  qui met en évidence une carence de la pensée scientifique. La Science a un pouvoir et dispose d'une ressource : le traitement de l'information factuelle, dite «objective», par la logique discursive dite «raison». ELLE N'A RIEN POSSEDE D'AUTRE AVANT L'EMERGENCE DE LA PENSEE TRANSCENDANTALE.

    PIERRE
C'est le premier des FAITS qui nous ont contraints à invoquer un libéralisme embryonnaire issu de la pensée religieuse. Jusqu'en 1978 cet embryon était seul à fournir un refuge à l'espoir de sauvegarder, malgré le déchaînement d'un «idéal» meurtrier et contagieux, le DROIT D'EVOLUER. En 1978, ce droit conditionnait la survie d'une espèce inachevée et son succés à l'AUTODETERMINATION. La liberté «transcendantale», qui nous dépasse :  elle nous vient de plus loin et de plus haut que nous-même, était restée inconcevable  en 1978.

    BERNARD
Un coup d'oeil sur les FAITS implantés sur le terrain biologique suffit à nous contraindre d'EVOLUER NOUS-MEMES JUSQU'A L'ALTITUDE» à laquelle il devient possible d'aller droit au coeur du réel sans nul besoin de tourner autour du pot. Mais, pour s'élever à ce niveau, il faut savoir pourquoi, malgré des vents et des marées propices, LA SCIENCE N'Y EST PAS PARVENBUE ET NE PEUT ENSEIGNER COMMENT Y PARVENIR.

La raison d'être et le premier objectif de la Science avec une Majuscule sont une seule et même chose : la découverte des «lois de la nature». Son deuxième objectif est la découverte des moyens de «commander à la nature en obéissant à ses lois». Il reste à apprendre POURQUOI les scientifiques, dont le rôle était de découvrir les lois qui règnent sur l'univers, voulaient jouer à cache-cache avec lui et avec eux-mêmes, et COMMENT ils ont éclaboussé TOUS les hommes des déjections d'une pensée scientifique dénaturée ! Ecoutons le récit de cette épopée folle.

    PHILIPPE
Ne nous effrayons pas : il suffit, pour s'en laver, de se baigner dans la pensée transcendantale, de s'y installer, d'en faire son habitat. Bref de franchir le Rubicon. Mais il est indispensable de savoir pourquoi et comment des centaines de millions d'hommes se sont fait prendre par la peau du cou et précipiter dans un traquenard diabolique.

La folle équipée de la science contemporaine prit son départ vers 1870, sur les travaux, indépendants l'un de l'autre, de deux physiciens, James Maxwell et Louis Boltzmann, qui jouirent bientôt d'un prestige mérité. La même idée émergea simultanément en eux et produisit les mêmes effets heureux : des mathématiques originales, adéquates au traitement de l'information factuelle qui les préoccupait. En ces temps-là, les hommes de science faisaient humainement leur métier. Ils débordaient d'optimisme et d'enthousiasme : les mêmes causes produisaient les mêmes effets chez tous. Or, la science était bienfaisante, sa croissance était vigoureuse et le champ de ses activités -qui était aussi celui de sa domination intellectuelle et même spirituelle- s'élargissait chaque jour. L'«âge d'or» était en vue, à portée de main. Losque Auguste Comte chante les vertus d'une science qu'il vient d'imaginer et croit avoir créée en la disant «sociologie», son lyrisme était dans l'«air du temps» et n'étonnait personne. Il est devenu douloureusement ridicule. Sa vision, pourtant, était juste. Elle se serait infailliblement vérifiée dans les faits si, déguisé en mathématicien, le diable ne s'en était mêlé en soumettant les scientifiques à une tentation … diabolique. Il leur mit en main les moyens de se venger d'une Eglise qui avait perdu le pouvoir de les brûler vifs, et de se soustraire à la concurrence d'une pensée  qui ne menaçait plus leur prestige ni leur prépondérance. Mais les rancunes héréditaires et les peurs ataviques sont tenaces. Pour assouvir et apaiser les leurs, les scientifiques eurent un prix à payer : il leur fallut renier la Science, la trahir et l'acculer au suicide. Ce fut chose si vite et si bien faite que la Science n'existe plus. Elle est devenue la «science sans conscience qui a ruiné l'âme qu'elle n'a plus», comme disait -à peu près- un honnête homme nommé Rabelais.
   
    (Aux étudiants)
Vous n'en croirez pas vos yeux ni vos oreilles. Mais donnez-nous trois minutes pour raconter comment ces choses inouïes se sont passées : vous ne pourrez plus vous empêcher de constater que les conséquences de cette trahison sont VISIBLES, AUDIBLES ET SENSIBLES SUR TOUTE LA SURFACE DU GLOBE QUI S'ETEND DU POLE NORD AU POLE SUD. Ces choses ont été et sont encore si profondément vécues ou subies toutes les minutes de leur vie par tous les humains qu'il n'est aucun besoin d'entrer dans leurs détails. Il suffit de savoir que, en fabriquant un outil mathématique perfectionné, Maxwell et Boltzmann s'étaient mis en état de prédire l'avenir en calculant la probabilité des évènements. Et, choses incroyable, cela «marchait» à merveille. IL ETAIT DEVENU POSSIBLE AUX SAVANTS DE CALCULER L'AVENIR AU LIEU DE LE PENSER.

Les malheureux étaient perdus ! Ils n'avaient aucune chance de résister  à la tentation de substituer, à l'impitoyable rigueur du pan-déterminisme scientifique, un PROBABILISME enchanteur : non content de répondre aux voeux du partisan de la «loi du moindre effort» qui nous habite tous et ne dort jamais que d'un oeil, il comblait les instincts et les rêves d'un VIEUX SINGE vigilant 24 heures sur 24 chez tous les humains inconscients de sa présence en eux.

Or il est incomparablement plus facile d'obtenir des  enchaînements infaillibles en traitant l'information objective par les mathématiques que de parvenir à l'appréhension du réel en exerçant les aptitudes aux choix justes dont l'ELABORATION appartient aux humains et n'appartient qu'à eux. Jusqu'en 1978, elles étaient restées mystérieuses et incertaines. Mais, dès la préhistoire, elles nous ont valu des cascades de miracles, dont le premier est l'infaillibilité fluide, douce, tendre, émouvante et merveilleusement imprécise  de la pensée religieuse «pure», non adultérée par l'inévitable information culturelle qu'ont toujours exigé et impliqué toutes les religions. C'est à la pensée religieuse pure que l'humanité est redevable de l'art, de la poésie et du sentiment de la beauté dont l'univers la baigne. Et, par-dessus tout, elle lui doit son ADHESION au réel AVANT une «compréhension» qui resterait impossible jusqu'en …1978 !

En bref : c'est à la pensée religieuse pure -la pensée religieuse naturelle issue de l'INFAILLIBILITE de ses instincts- que l'humanité doit sa SURVIE, et c'est à sa reviviscence, mais HOMINISEE, que nous devrons la nôtre. (Aux étudiants) Vous lui devrez le bonheur -si vous y consentez. Vous voilà prêts à intelliger une pluie de miracles contemporains vécus en Transrubiconie. Vous allez les vivre aussi dans une  demi-minute -si vous y consentez. Mais deux mots doivent être dits encore sur l'infaillibilité de la PENSEE mathématique opposée à celle, mécanique, des AUTOMATISMES mathématiques.

La pénsée mathématique élabore des équations. Elle est humaine, vivante, sensible, hésitante. Ses produits sont poétiques, humains, émouvants. Les automatismes mathématiques sont secs, durs, froids, péremptoires, insensibles à tout, inhumains.  Leur infaillibilité est celle des ordinateurs  qui ont envahi et conquis une planète désarmée par la trahison des clercs scientifiques. Ces hommes infortunés ont confié  à d'impitoyables machines le soin  de réaliser leurs rêves de gloire,  de domination, de puissance sans limites, et elles y sont parvenues. Il n'est pas besoin d'explications pour savoir ce que cela signifie en pratique : il suffit de regarder ce qui se passe autour de nous.  Les ordinateurs ne se sont pas gênés pour montrer à quiconque consent à ouvrir les yeux qu'ils ont chassé, supplanté et détruit, mais sans la remplacer, l'intelligence huamine.  Une prochaine leçon montrera jusqu'où ils sont allés. Il n'est aucun besoin de théories pour comprendre jusqu'où ils peuvent aller : il suffit de se représenter la persévérance dans l'erreur d'un ordinateur méprogrammé. Et, pour dissiper nos doutes sur l'infaillibilité de leur malfaisance, rien ne saurait l'illustrer plus clairement que les recettes crachées et recrachées à longueur de journées par une armée d'ordinateurs méprogrammés par un homme compétent et soucieux de guérir le chômage. Cet homme ultra-compétent les a si bien méprogrammés que, touchées (semble-til) à ce qui leur tient lieu de coeur, ces prodigieuses machines  l'ont super-méprogrammé à leur tour et l'ont rendu hyper-insensible à la cascade de désastres qui naissent de la copulation des humains avec leurs machines. Ces hybridations (parfois dites «croisements») ne sont ni stériles ni abortives : il en naît des monstres dévorants.

Enfin, pour saisir la vraie signification de ces choses, il suffit de se laisser saisir à la gorge par la PERFECTION qui, au contraire, est la conséquence infaillible de la pensée soustraite à la dénaturation  des humains assujettis à nos traditions scolaires.(Aux étudiants) Lavez-vous  les yeux des poussières du passé et observez d'un oeil limpide la pluie de miracles renaturés qui se sont donnés rendez-vous dans cette leçon. (A ses collègues)  Peut-être serait-il bon de commencer par une rétrospective ? A l'intentioion des personnes allergiques à la naïveté des bondieuseries qui adoucissaient la férocité de nos pères et la cruauté de leur sort, il pourrait être  utile que PIERRE étale sous nos yeux la PERFECTION SURHUMAINE -»plus naturelle que nature»- des puérilités qui sont des soeurs jumelles des «tigres herbivores» dont s'agrémente la Genèse. Ces animaux surnaturels se laissent admirer dans les pages 191 à 196 du Rubicon et aident ses lecteurs à le franchir.

    PIERRE
 La nécessité -l'irremplaçable valeur de survie- de la naïveté et de la puérilité des religions nous crève les yeux quand nous prenons conscience de la redoutable puissance de notre LOGIQUE. L'humanité doit à la logique deux privilèges qui semblent peu enviables : le monopole de la faillibilité, et celui du malheur. Elle lui doit aussi trois merveilles : notre conscience, nos philosophies et nos sciences, qui ont fait de l'Homme un demi-dieu.

Mais, depuis l'intervention du «Démon de Maxwell» -c'est lui-même qui l'a baptisé ainsi- les demi-dieux que nous sommes devenus semblent s'être enfoncés et s'enfoncer toujours plus dans une mégalomanie délirante. Ils ne jouent pas seulement avec le feu mais à mille jeux, plus destructeurs l'un que l'autre, qui vont de la fission nucléaire à la psychanalyse en passant par la guerre universelle. Pour couronner le tout, ces jeux ont abouti à une déclaration de guerre à l'Univers entier par des demi-dieux scientifiques. Dans une envolée de superbe, ils se proclament en mots, en actes et d'égaux à égal, «aussi incosmiques que le Cosmos est inhumain !…» (Le Rubicon, p.2011). Que serait-ce à dire sinon que leurs sciences leur ont montées à la tête et les ont rendus fous ?

Deux explications sont possibles. L'une est manichéenne, puérile et punitive. Issue de la pensée poétique sous-jacente à la religion judéo-chrétienne, elle répond à merveille aux besoins des primitifs que sont encore l'immense majorité de nos contemporains même, et presque surtout, lorsqu'ils ont été intensément «cultivés».

La deuxxième explication possible est fondée sur les «roueries» de la pensée scientifique primitive qui a résulté et résulte encore tous les jours de l'IMMATURITE d'une LOGIQUE restée dure, froide, sèche, et curieusement «inhumaine».

Ces forces primitives faisaient quelques «roseaux pensants» parmi les rares humains qui étaient sensibles à l'un ou à l'auttre des univers intérieurs qu'elles explorent. La lumière qui nous rend SENSIBLES en même temps qu'INTELLIGIBLES ces deux univers naguère incompatibles n'a pas jailli de la confrontation de ces forces, mais de leur coordination, de leurs interactions,  et de leur AUTOREGULATION. Et la pensée transcendantale qui a mûri la logique n'a eu d'origine que celle-là. C'est elle qui nous permet d'inviter nos étudiants à assister, sans explications interminables, à la «pluie de miracles» qu'un seul pas franchi sur le terrain d'une logique mûrie suffit à provoquer.

L'inconscient indéfiniment faillible a valu à notre espèce, et à elle seulement, le désastreux privilège de croire vraies des choses fausses et de croire fausses des choses vraies. Ce pouvoir est indéniablement le nôtre, et nul ne saurait contester que les humains n'ont jamais cessé d'en user libéralement.  Substitué à l'instinct qui dote toutes les autres espèces d'une infaillibilité innée, l'INCONSCIENT EST LE MAL SOUVERAIN : celui qui a valu aux humains TOUTES LEURS ERREURS ET TOUS LEURS MALHEURS sans aucune exception. L'inconscient est notre bourreau, notre ennemi numéro 1, notre seul ennemi.

Mais, selon BERNARD, «prendre conscience d'une chose, c'est cesser d'en être inconscient» (P. 6/?).  Puis il demande : «en bonne logique (sous entendu en logique «mûre») qu'est-on bel et bien CONTRAINT d'en conclure ?…» A lui de nous montrer en images les conclusions qui s'imposent à tous ceux qui consentent à mûrir. Mais, à ceux qui préfèrent rester des enfants aveuglés par nos traditions, ces images restent invisibles et les conclusions qu'elles entraînent ne se laissent pas embrasser.

    BERNARD
Quelques «déductions» s'imposent en effet à ceux qui prettent leur attention aux «données» d'un problème. Une «chaîne logique» se forge en eux, dont les maillons ne peuvent être -si leur logique est bonne- que des évidences primaires, des «lapalissades». Cette démarche est solide, mais ce n'est pas à ce niveau -à cette ALTITUDE- que jaillissent les miracles.

Les CONCLUSIONS de ceux qui réfléchissent la tragédie, dite «EVOLUTION», que les hommes ont vécue et dont nous vivons en ce moment une phase critique, ne s'imposent  à personne. Elles emportent l'ADHESION des hommes «réfléchis» aussi irrésistiblement qu'un raz de marée transporte un fétu de paille. Elles les emportent tout entiers : tête, coeur, âme et tripes unifiés au point de se confondre et de former ensemble un homme à part entière d'humanité, un homme achevé, un homme original, qui diffère de tous les autres dans chacune de ses pensées  autant que dans ses empreintes digitales. Rien de pareil ne s'étant jamais produit, toute discussion qui prendrait appui sur une logique périmée ou sur des précédents inexistants serait vaine.

    MEDICUS
Le cas des mystiques semble apparenté à celui-là. D'autres aventures intérieures éblouissantes, dites «paroxystiques», ont reçu une grande attention aux Etats Unis depuis qu'Abraham MASLOW en a souligné l'importance et la fréquence. Toutes ont deux caractères constants : elles «emportent l'adhésion» de ceux qui les ont vécues, et leur laissent le souvenir d'un «jaillissement de lumière cosmique»  accompagné d'une «exploration du bonheur». Leur cas est manifestement très voisin de celui des personnes que vous dites «réfléchies» sans nous apprendre pourquoi elles le sont et comment elles le sont devenues.

    BERNARD
Ces similitudes superficielles mettent en relief la différence qui OPPOSE la «réflexion transcendantale», phénomène spécifique, aux «illuminations» individuelles restées inexpliquées. Personne n'invite les psychologues à nous apprendre pourquoi un mystique est mystique ni comment il l'est devenu. Les stimuli chimiques utilisés pour obtenir des effets similaires (L.S.D., mescaline et autres stupéfiants) ne nous ont rien appris, sinon qu'il est imprudent d'y recourir. En posant cette question, MEDICUS s'est trouvé mettre le doigt sur une plaie qui n'a céssé de s'envenimer depuis que nos religions ont cessé de pourvoir à nos besoins d'ABSOLU SUBJECTIF : nous sommes restés seuls, abandonnés à nous-mêmes, impuissants à nous défendre du mal dont l'humanité se meurt dans les convulsions auxquelles nous assistons, désespérément impuissants à comprendre ce qui nous arrive.

«Faites-nous comprendre, Seigneur, les voies de la Providence !» suppliait Marmeladov. Le ciel était sourd à ses prières, mais il restait assez de religion à cet homme malheureux pour lui laisser de l'espoir : «Un jour nous comprendrons TOUT !»

Aux temps où un Père omnipuissant, omniscient, et OMNIPRESENT veillait sur eux, les hommes n'étaient jamais seuls, jamais abandonnés. Leurs mérites étaient récompensés au ciel. Leurs «péchés» étaient punis et pardonnés. Leurs souffrances étaient des «épreuves» dont le ciel les dédommageait. Tout avait un sens. Rien n'était désespérant.

Aujourd'hui rien ne saurait avoir aucun sens et tout est si désespéré qu'il devient chaque jour plus impossible d'espérer quoi que ce soit de l'information scientifique aberrante (issue des travaux de Maxwell et Boltzmann) qui a substitué le HASARD (*4) -c'est-à-dire le NEANT- à l'ORDRE UNIVERSEL. Cette substitution, qui nous a valu une avalanche de calamités, est si ABSURDE qu'il est stupide de prendre appui sur elle pour  DESESPERER de quoi que ce soit et, par-dessus tout, des destins d'une espèce dotée du cerveau d'Homo sapiens. C'est parce que Léon-David Steiner s'est rendu à cette évidence que, dès 193O, il était devenu possible aux humains de commencer à se servir de leur intelligence au lieu de l'anéantir ou de s'en désservir.

Mais les temps sont changés. En 1979 le ciel a cessé d'être sourd à nos prières. Le «silence effrayant des espaces infinis» a pris fin en même temps que l'indifférence à nos souffrances d'un univers devenu plus humain qu'aucun homme. Et les merveilles que les poètes et les prêtres DEVAIENT être seuls à chanter -la liberté des hommes était à ce prix- éclatent dans une polyphonie où prennent part toutes les choses intemporelles qui SONT et ont toujours été, et toutes celles qui existent et qui existeront : PREVISIBLES désormais, elles peuvent être pré-vues, pré-senties, pré-imaginées et pré-VECUES en imagination.

    HUBERT
Bravo ! Vous avez fait naître en moi une pure merveille :  un solide dégoût de l'Utopie, c'est-à-dire des «Merveilles à Venir». Je n'en pourrais avaler une de plus tant que vous n'en aurez montré d'actuelles, qui puissent se mettre sous la dent.

    BERNARD
Le moment est venu de regarder la première. Elle est à la portée de toutes les bourses : ««Prendre conscience d'une chose, c'est cesser d'en être inconscient». Nous devrions cette découverte à M. de La Palisse si l'inconscient avait été à la mode au XVIe siècle. Mais, lorsque -sans penser à autre chose en même temps- nous accordons à cette lapalissade ne serait-ce qu'une minute d'attention, une chaîne logique s'impose à nous en se forgeant elle-même dans notre conscience : «Prendre conscience de quoi que ce soit, c'est étrécir d'autant l'empire -l'EMPRISE sur nous- de la pensée inconsciente et c'est ELARGIR d'autant le royaume de la CONSCIENCE HUMAINE. C'est donc faire un pas vers le REGNE DE L'HOMME SUR LUI-MEME. Bref vers la LIBERTE.

    HUBERT
J'admets que le «règne de l'Homme sur lui-même» serait une grande merveille. Mais dans combien de millions d'années est-il «à Venir» ?

    PHILIPPE
Pour répondre à cette question, voici une merveille à déguster chaude. Depuis que Freud a découvert l'INCONSCIENT et l'a mis à la mode, PERSONNE ne s'est montré capable de gagner une ALTITUDE favorable à la germination des lapalissades, et M. de La Palisse N'A PAS EU D'HERITIERS LEGITIMES. Cet homme immortel n'a pu se reproduire honorablement faute de s'être trouvé  une femme légitime. Après avoir dégusté cette merveille, hâtons-nous d'admirer celles qui, sous forme de déductions fausses, sont nées d'un commerce furtif de  ce célibataire avec des prostituées dont le père était Sigmund Freud. Il appartient à PIERRE, qui s'est spécialisé dans le dépistage des affaires louches  et l'identification des personnes qui ont eu soin de s'en rendre ELLES-MEMES merveilleusement coupables.

    PIERRE
La plus merveilleuse des merveillles est l'aptitude, acquise au cours des âges par une espèce née infaillible, à croire vraies des choses fausses , puis à multiplier ses erreurs en ELABORANT SES CROYANCES. C'est donc dans ses erreurs que son génie devait se révéler le plus merveilleusement. Nous pouvons admirer sans crainte de nous tromper l'enchaînement de déductions plus ou moins conscientes (et critiquées beaucoup moins que plus) qui nous ont entraînés dans le marécage de nos folies. Elles ont résulté d'une INATTENTION CREATRICE DE SOUFFRANCES QUI ONT MURI LES HOMMES, MAIS NE PEUVENT PLUS QUE LES POURRIR. Voici comment, faute d'une minute d'attention accordée -sans penser à autre chose en même temps- à la signification précise du mot «inconscient», les théoriciens de la psychanalyse ont emprisonné l'Occident dans une «situation intolérable qui met en fuite les hommes et les chats s'ils en découvrent l'issue» (Rubicon, p.210).

«Schopenhauer avait découvert avant Freud (déclarent-ils) que notre conscience ne commande ni à nos actes ni à notre pensée. Nous sommes inconscients de ce qu nous faisons, pensons, sentons et, par-dessus tous, de ce que nous voulons VRAIMENT. Loin de régner sur les hommes, la conscience est la servante de l'INCONSCIENT. Elle sert à DEGUISER en être humain l''animal cruel et libidineux qui nous habite. Elle le flatte, le trompe et le cajole pour le «posséder» mieux. Mais notre vrai maître est l'INCONSCIENT. C'est l''inconscient  qui nous fait faire ce que nous faisons, penser ce que nous pensons, vouloir ce que nous voulons, et nous plaire aux choses qui LUI plaisent …»
Qu'est-on bel et bien contraint d'en déduire ?

    PHILIPPE
Que notre Inconscient est le Diable en personne : la substitution du HASARD au BON DIEU lui a plu. Et il se délecte de nos progrès dans l'art de tuer tout ce qui vit et de détruire tout le reste.

    PIERRE
Aucune superstition dévoreuse d'hommes sacrifiés  aux dieux pour apaiser leur colère et acheter leur bienveillance n'est venue à la cheville de la religion synthétique qui CONSACRE les hommes au pire Diable possible. L'INCONSCIENT ne se contente pas de nous hanter, nous envoûter, nous posséder et de nous habiter : il nous CONSTITUE ! Il fait de nous le diable lui-même, le créateur du Mal dans un monde créé par le Hasard qui nous tient lieu de Dieu protecteur. Puis, un beau matin, on nous apprend -Freud ne le savait pas encore- ce que l'INCONSCIENT nous veut.  Il ne lui suffit pas de nous dévoyer, de nous «perdre» et de nous torturer. Ce qu'il veut, c'est notre disparition, c'est l'extinction de notre espèce. Ni plus, ni moins. Que peut signifier cette histoire de fous ? De quoi peut-il s'agir ?

    PHILIPPE
Vous l'avez dit  vous-même : d'un rien d'INATTENTION. Mais, au train où nous allons, nous disparaîtrions quelques milliers de siècles avant de l'avoir appris si notre ami La Palisse ne nous l'avait dit quelques trois siècles avant de l'avoir su lui-même. Il prodiguait à tous ceux qu'il rencontrait une information intemporelle valable pour l'Eternité : «L'INTEMPERANT» (disait-il) «est une personne  qui jouit et patît d'une absence de tempérance». Il est douloureux d'avoir à constater que cet enseignement s'est perdu. Si un seul psychologue avait conservé le souvenir de cette vérité éternelle ou l'avait découverte lui-même, Homo sapiens aurait échappé à une acculturation destructive, meurtrière et suicidaire. Nous ne tuerions pas tout ce qui vit, ne détruirions pas tout le reste et n'éprouverions aucun besoin de faire de la science une machine à créer d'abord, puis à déifier un néant plus nul et plus nocif que le hasard : l'ABSENCE DU REEL.

En déifiant le néant, les sciences dites «naturelles», la physique en tête, ont détruit en nous non seulement tout espoir d'acquérir une sensibilité naturelle aux signaux de notre environnement EXTERIEUR, mais de retrouver le peu qu'en avaient les générations nourries des religions naïves de nos pères au lieu de celles, synthétiques, qui se veulent (et se croient) scientifiques. En déifiant l'ABSENCE d'une conscience qui n'est et ne peut jamais être absente, nos sciences dites «humaines», psychologie en tête, ont détruit tout entier notre univers INTERIEUR. Elles ont prétendu à apaiser notre soif de PERFECTION en contraignant les hommes à se prosterner devant la stupidité PARFAITE, la stupidité ABSOLUE. Elles ont fait de nous DES DIEUX A PART ENTIERE DE STUPIDITE-PLUS-QUE-PARFAITE : LA STUPIDITE SCIENTIFORME (*5) CUMULATIVE ET AUTOPERFECTIONNANTE PAR ACCUMULATION.

    MEDICUS
D'accord sur votre «lapalissade» mais cette discussion ne m'intéresse pas. Je n'ai pas le goût des vues de l'esprit ni le temps de m'y amuser. Psychothérapeute de métier, j'envie les optimistes capables de croire qu'une définition de l'inconscient puisse  guérir  des  malades.  La plupart  des miens se moquent si bien des définitions qu'ils ignorent leur existence. Ils savent qu'une table est une table, une brique une brique, et ça leur suffit.   
     
    BERNARD
C'est dire combien la prudence s'impose. Malades ou bien portants, les hommes attentifs à préciser le contenu de nos mots sont si rares que ce souci incombe nécessairement aux éducateurs et aux médecins. Dire, comme font couramment les psychologues : «L'inconscient -voire notre (!) inconscient- nous trompe, nous joue des tours,  nous fait faire ceci ou cela, c'est installer chez ceux qui écoutent ce langage une personnalité étrangère à eux. C'est en faire des obsédés, des «possédés», réduits, comme au temps des «diableries» médiévales, à exorciser des démons qui ne se laissent pas déloger par une psychanalyse qui, après les avoir créés, les a installés en nous, et contre lesquels les malades et les adolescents sont sans défense.               

Or la définition attentive d'un seul mot suffit à faire un «miracle» triple. Définie : «Absence de conscience d'une part plus ou moins grande du réel», l'INCONSCIENCE exorcise l'INCONSCIENT, met en fuite ses démons, et nous impose d'elle-même, sans autre autorité que celle des mots, en deux déductions inévitables, la solution à la fois infaillible, immédiate et définitive de tous nos problèmes psychologiques et pédagogiques, le tout au prix de cinq minutes d'une attention attentive. Pourrait-on souhaiter plus de la définitoin d'un seul mot ?

    PHILIPPE
C'était tout aussi vrai hier qu'aujourd'hui. Mais ce triple miracle semblait si lointain qu'il y avait de quoi hurler de rire ! C'était le seul moyen de tenir le coup, de faire face à une tragédie trop cruelle pour être vécue «sérieusement» sans en mourrir de tristesse et de dégoût, mais assez cocasse pour se transformer d'elle-même en farce énorme lorsqu'on la regarde attentivement. Le spectacle offert par la poignée d'inconscients qui mènent ce jeu cruel est irrésistible. Enflés comme les grenouilles de la fable, ils se réunissent en «sommets» pour se répandre, avec toute la pompe imaginable, en discours sincèrement absurdes et en actes ostensiblement idiots ! Pour n'en citer qu'un exemple bénin, on les a vus «organiser» la lutte de l'Occident contre le chômage. On les a vus se donner des airs doctes, graves, soucieux, et «faire l'important» tout leur soûl pour se rallier comme un seul homme à une «politique économique» dont l'effet à la fois infaillible, immédiat et permanent est la multiplication d'un nombre indéfiniment croissant de chômeurs professionnels. (Aux étudiants) Le moyen, s'il vous plaît, de n'en pas hurler de rire pour échapper au risque d'étouffer de rage ? Encore est-ce moins que rien. Si nous osions accorder une minute d'attention aux activités de n'importe quel ministre, président, recteur ou professeur penché sur les problèmes de l'Education (nationale ou  non), nous tomberions en pâmoison.

Depuis l'émergence de la pensée transcendantale, nous n'en sommes plus là. La puissance des MOYENS D'ACTION de ceux qui s'opposent à ces pitreries est centuplée, et il n'y a plus à faire qu'une chose : nous retrousser les manches et nous mettre à la besogne : donner tout de suite et redonner tous les jours tout ce que nous possédons pour abréger les souffrances IMBECILES infligées en toute innocence à QUATRE MILLIARDS D'ORPHELINS par une poignée d'inconscients rompus aux techniques du génocide technologique. Or il existe désormais un nombre illimité de moyens de rendre impossible la poursuite de ce programme. Il ne reste qu'à provoquer leur diffusion   rapide et, avec la complicité de nos étudiants, ce problème-ci a cessé d'être à peu près insoluble. Retroussons-nous, (aux étudiants) retroussez-vous les manches, et mettons-nous à l'ouvrage.

    BERNARD
Jetons-nous y hic et nunc, à tête, à corps et à coeur perdus ! Regardons s'IMAGER elles-mêmes, au prix d'une définition attentive suivie de quelques déductions inévitables, et sans avoir à lever le petit doigt, l'élucidation et la solution simultanées d'un problème qui n'a jamais reçu le moindre début de solution ni de défition supportable : celui de l'EDUCATION. Nous assisterons en même temps au PIRE DESASTRE POSSIBLE, mais sans lequel les «voies de la Providence» seraient restées impénétrables, et les destins qu'«Elle» a machinés pour nous inaccessibles. Les animaux atteignent les «fins» de la nature sans les connaître et sans le savoir. Les hommes ne seraient ni libres ni «humains» s'ils le pouvaient.

La substitution de l'inconscienCE à l'inconscienT suffit à contraindre l'éducateur -qu'est aussi le psychothérapeute- à faire face aux réalités de son métier : l'enfant (ou le patient) JOUISSENT et PATISSENT de leur INCONSCIENCE d'une part plus ou moins grande du REEL. Si l'éducateur n'est pas le pire abruti imaginable, il se voit bel et bien  contraint de se poser deux questions initiales :

1.    Quels sont les éléments d'information qui manquent le plus à ses élèves pour être rendus capables d'apprendre, et de retenir les choses qui lui sont enseignées ? Ou, dans le cas du thérapeute, qui manquent le plus à ses patients pour qu'ils se laissent guérir ? Il n'en faut pas davantage pour soupçonner élèves et patients d'une tendance à rejeter l'information qui les prive d'une jouissance, et à accueillir celle qui les soulage d'une souffrance.

2.    Quelles choses convient-il d'enseigner ? De quelles absurdités est-il le plus urgent d'expurger nos programmes scolaires pour surmonter les résistances croissantes, le mépris et même les haines opposées à ses éducateurs (qui les attisent eux-mêmes) par la jeunesse contemporaine ?

    BERNARD
    Les réponses qui s'imposent à ces deux questions ne sont que trop certaines. L'Educateur qui leur accorde quelques minutes de réflexion attentive se voit catapulté séance tenante au pied d'un mur que rien n'ébranlera jamais. S'il a la moindre connaissance de ce qui distingue les humains des autres organismes vivants, il sait que deux HERITIERS cohabitent en ses élèves. Le premier a reçu dans ses gènes l'infomation innée, accumulée au cours des âges  par tous les organismes dont il est issu. Accumulée, en un mot, par la Vie. Ce patrimoine génétique est indestructible.  C'est lui qui a valu à Müllerchen une imprégnation (holographique) de ses réponses automatiques aux stimuli de son environnement et les comportements stéréotypés qui la conduisaient à «bon port». Mais, si incroyable que ce puisse sembler, des expériences réalisées aux Etats-Unis ont montré que l'information culturelle peut être  plus puissante, plus déterminante, que l'information innée. L'information imprimée  a quelques milliers de rats par le biologiste qui s'est chargé de leur EDUCATION s'est révélé le pouvoir d'imposer le silence à la nature !

    EDUQUER un enfant, un humain adulte ou un animal, c'est lui communiquer de l'information culturelle en provoquant en lui une IMPRESSION. Or l'information culturelle imprimée dans la MEMOIRE de l'EDUQUE est rendue durable par la  REPETITION, par l'HABITUATION.

    La catastrophe finale
    EDUQUER, C'EST PROVOQUER L'ACQUISITION D'HABITUDES. TOUT CE QUI PROVOQUE L'ACQUISITION D'HABITUDES EST UNE EDUCATION. CULTIVER, C'EST EXPLOITER DES HABITUDES.

Comme tous ceux qui entrent dans cet enfer, laissons toute espérance : le patrimoine culturel des humains est fait tout entier d'habitudes dont ils sont aussi impuissants à se dépouiller eux-mêmes qu'à se laisser dépouiller : vingt ans ne nous ont pas suffi pour nous déshabituer de nos minables «anciens francs», si vierges soient-ils d'attaches passionnelles. Quelle ombre de chance y aurait-il  pour qui que ce soit de déshabituer en moins de vingt ans, quatre milliards d'orphelins de leurs réflexes multimillénaires ? De substituer en eux les habitudes de la symbiose à celles de l'antibiose, l'amour à la haine, le goût d'aider à celui de tuer, le besoin de collaborer à celui de rivaliser ?

Le plus «surdivin» des miracles possibles et impossibles n'y suffirait pas. Il ne nous reste à faire que trois choses : laisser toute espérance, cesser de dormir debout et aller nous coucher !

    PIERRE
Dressons-nous, au contraire, sur la pointe des pieds pour montrer que cet impossible miracle s'est fait sans qu'aucun homme n'y ait été pour rien : LA PENSEE TRANSCENDANTALE ANEANTIT LES SERVITUDES DE L'HABITUDE COMME NOS CAUCHEMARS S'EVANOUISSENT DES L'AURORE.

    PHILIPPE
Pour éviter à nos étudiants le désagrément de se mettre au garde à vous, ou à genoux, il faut les préparer à ce qui pourrait être, pour certains, une déconvenue : ce miracle «surdivin» n'a rien  de solennel, de «sacré», de pompeux, de propre à inspirer la révérence ni imposer le respect : l'émergence de la pensée transcendantale est celle du «BETE COMME CHOU» ! Elle se produit spontanément aux ALTITUDES favorables à la germination et la croissance des lapalissades.

    PIERRE
Cela n'y change rien. Cette forme infaillible de la pensée est à peu près inaccessible à ceux qui n'ont pas gagné ces altitudes. Mais, dès à présent, la plupart de nos étudiants peuvent voir, comprendre et sentir, dans leur propre réponses au 6e questionnaire, des choses qu'ils ne pourraient saisir s'ils wqne les avaient vécues, même malgré eux. Qu'ils veuillent bien jeter d'abord un coup d'oeil sur un miracle SENSIBLE que, la logique, à elle-seule, fait pour nous lorsque, réfléchie, elle reflète la plus grandiose et PARFAITE histoire d'amour jamais contée : l'histoire naturelle de l'amour universel.

Reprenons une lapalissade qui, comme les autres, a germé et s'est enracinée sur le terrain de l'absolu. C'est pourquoi elles sont toujours infaillibles, incontestables. Mais celle-ci nous a crevé les yeux tous les jours sans que nul ne l'ait jamais vue : prendre conscience d'une chose, c'est cesser d'en être inconscient». Or prendre conscience de cette vérité absolue, n'est-ce pas se voir «bel et bien contraint» d'en conclure que la nature a taillé le Malheur, et tous les malheurs de l'humanité, dans une «Peau de Chagrin» ? Chaque fois qu'un homme prend conscience d'une chose, il étrécit l'empire du Malheur, élargit le royaume du Bonheur, et réduit le temps qui nous sépare du «paradis trouvé». L'inconscience des hommes est donc évanescente. Notre vrai, notre seul cauchemar se dissipe lorsque l'enfance de l'humanité cède la place à sa maturité (*6). Et nous voilà  bel et bien contraints par une logique qui, loin d'être «froide», est douce et assez chaude pour nous réchauffer le coeur, de constater que, dès le PRINCIPE de toutes choses, leur  PERFECTION  -leur imperfectibilité- exclut toute amélioration, toute intervention.  La nature s'est condamnée elle-même à imposer aux humains la nécessité, et à leur donner la possibilité, de se libérer eux-mêmes en ELABORANRT leurs propres «miracles».

     PHILIPPE
    «De par Lui-même, défense à Dieu
    De faire miracle sous Nos cieux …»

    PIERRE
Sans doute la PERFECTION de l'Univers a-t-elle commencé à devenir non seulement évidente à la plupart de nos étudiants, mais perceptible. Leur sensibilité au réel s'est éveillée et les signaux de l'Univers humain commencent à leur parvenir.  Bref une destinée humaine consciente -et dès lors le BONHEUR- ont commencé à leur devenir accessibles. La «pensée transcendantale» est le premier fruit de la maturation de notre espèce. Aucun de nous n'est pour rien dans son émergence, mais quiconque mûrit y gagne TOUT, cependant que l'immense majorité de nos contemporains peuvent encore -PAR HABITUDE- se refuser tout, se refuser à tout, se refuser à tous.

    PHILIPPE
La plupart peuvent si bien se refuser tout et tout refuser à tout le monde dans l'exercice d'habitudes tenaces comme le diable qu'ils offrent un spectacle hallucinant à ceux qui les regardent faire. Par habitude, des organismes riches de neurones par milliards restent bêtes et méchants comme le diable. Par habitude, ils vivent en imbéciles et meurent idiots. Par habitude, ils vivent mille morts plutôt qu'une et meurent sans avoir vécu. Brouillés par habitude avec M. de La Palisse, ils ne comprennent rien, ne voient rien, ne sentent rien. Ne sachant pas (notamment) que, «prendre conscience d'une chose c'est cesser d'en être inconscient», ils ne prennent conscience de rien et restent inconscients de tout. (Aux étudiants) Ne vous y trompez pas, ç'a été votre cas comme celui de nous tous. Pendant des mois encore, vous resterez exposés aux envoûtements de l'HABITUDE. Ceux qui ne parviennent pas à s'y soustraire restent toute leur vie les esclaves de leurs toutes-puissantes habitudes. Ne vous effrayez pas : il y a des antidotes à ce poison. L'heure de la libération de notre espèce a sonné et les moyens d'échapper à nos servitudes spécifiques se renforcent de jour en jour. Le plus infaillible est l'HABITUATION qui -ne l'oublions pas- est le mécanisme unique  de l'éducation et de l'autoéducation. Ce cours vous habituera à prendre l'habitude de ne pas PENSER PAR HABITUDE (*7).  Chaque fois que nous pensons à une chose, il nous faut OUBLIER ce que nous en pensions la fois d'avant. Est-il besoin de dire que l'ORIGINALITE et la LIBERTE, qui font tout le prix, toutes les joies, tout l'amour et tout le bonheur de la vie, sont à ce prix ? Si vous ne le saviez pas, réfléchissez-y attentivement : vous serez bel et bien CONTRAINTS de VOUS l'apprendre, de vous l'enseigner à vous-mêmes.

    PIERRE
C'est l'histoire parfaite de l'amour parfait. Nous sommes -enfin- prêts à la raconter. Mais pour la comprendre, il faut en VOIR l'image. Il faut gagner assez l'altitude pour la prendre tout entière dans le champ de sa vision . Autrement dit, en prendre une vue panoramique. Débarrassés aussitôt de toute nécessité de s'attacher aux détails de l'IMAGE GLOBALE qui frappe nos yeux, nous ne pouvons plus nous empêcher d'en percevoir le sens dans la double acception de ce mot : la direction et la signification (*8). (Aux étudiants) En jetant un coup d'oeil panoramique sur les anecdotes qui viennnent d'être racontées, vous constaterez que la compréhension et les savoirs résultent spontanément de l'interpénétration de ces éléments d'information lorsqu'ils sont réunis dans une seule et même image. Ils se clarifient et se renforcent l'un l'autre.

    HUBERT    Je m'en pourlèche d'avance les babines. Comptez sur moi pour applaudir des pieds et des mains lorsqu'un panorama des mathématiques de Boltzmann et Maxwell m'aura valu la compréhension et la connaissance de ces merveilles.

    PHILIPPE
Bravo ! Vous avez mis dans le mille. L'irrésistible attrait et le pouvoir corrupteur de ces mathématiques probabilistes est la plus significative des merveilles scientifiques du siècle dernier. Qu'on me tranche le col si, après en avoir pris un aperçu panoramique, vous parvenez à vous empêcher d'en VOIR la signification sans nul besoin de vous embarrasser des équations qui, aujourd'hui encore, règnent en souveraines légitimes sur la mécanique des fluides.

Un coup d'oeil sur les joyeusetés et les horreurs qui se sont abattues sur nos sciences au siècle dernier pour aboutir aux rigolades énormes et aux abominations sans nom qu'il aura fallu pour faire lâcher prise à l'aristocratie de la stupidité-plus-que-parfaite  est une chose instructive. Cette poignée d'aristocrates sont parvenus à faire crever de misère quelques dizaines de millions d'hommes en créant une pénurie artificielle au sein de l'abondance. Mais cet exploit est négligeable.  Les  regarder  faire  ces  temps-ci,  c'est  constater qu'ils s'emploient à la préparation d'un immense écrabouillis d'hommes, de femmes et d'enfants par centaines de millions, voire d'un peu plus de quatre milliards si rien ne foire dans leurs mécaniques et si les ordinateurs prêtent vie à cette minuscule aristocratie.

Mais un deuxième coup d'oeil révèle QU'ELLE NE SAIT PAS CE QU'ELLE FAIT ET QU'ELLE NE LE FERAIT PAS SI ELLE LE SAVAIT, PAR LA PUISSANTE RAISON QU'ELLE S'ECRABOUILLERAIT ELLE-MEME EN TOUTE PRIORITE. Or, CELA, oui, beaucoup le savent déjà. Il n'est jusqu'à Sa Majesté l'Empereur Bokassa que ce soupçon n'ait effleuré. Les derniers  aristocrates qui en soient indemnes sont ceux qui ont mis Allah dans leur camp. On comprend la perplexité de Montesquieu : «Comment peut-on être Persan ?» La leçon 3 bis a répondu à cette question. Mais celle qui compte est restée sans réponse : «Comment pouvons-nous CESSER d'être ce que nous sommes» ? Ou plus  précisément, «Comment puis-je cesser d'être MOI ? « L'objet de la présente leçon est d'apporter à nos étudiants une réponse pratique à cette question-ci : comment acquérir une HABITUDE merveilleusement «goûteuse» ? Comment «prendre goût» aux panoramas ?

    BERNARD
Jetons un coup d'oeil sur ce qui s'est passé sur notre planète il y a quelque deux cent ans. A peine né, l'Homme industrialisé a été soumis à des pressions sociales intolérables. Il lui a fallu s'adapter à une guerre à mort contre des machines qu'il avait inventées mais dont il ne soupçonnait pas la prépondérance, pourtant spectaculaire au siècle dernier. Elles brutalisaient ostensiblement les classes dominées, mais celles-ci étaient seules à s'en plaindre. Les dominants s'en félicitaient et semblaient avoir de bonnes raisons d'en être satisfaits : elles multipliaient leur puissance avant d'avoir multiplié assez la leur propre pour anéantir celles des industriels, comme elles ont fait bientôt derrière les rideaux de fer, et semblent prêtes à faire partout ailleurs.

Très coûteuse au siècle dernier, les machines étaient entourées d'égards et de soins que nul n'aurait rêvé donner à des hommes dont le travail ne coûtait presque rien. C'est au «prix» des choses que se mesurait leur «valeur», et c'est à leurs «prix de revient» que le rapport des forces des classes dominantes et dominées s'est mesuré jusqu'au jour où ces dernières se sont trouvées en état de contre-attaquer leurs employeurs -pour leur malheur à tous- sur le terrain politique au lieu de biologique.

Mais ce n'est pas au niveau où «valeur» et «prix» sont synonymes que se situe la tragédie dont nous semblons être les acteurs et les spectateurs : l'adaptation de l'Homme à la puissance des machines  qu'il a inventées en obéissant à ses instincts animaux, et dans sa méconnaissance -son inconscience- des besoins de l'espèce humaine. Le «Grand Spectacle» que nous nous offrons est fait de ce contraste, et c'est ce spectacle qu'il nous faut regarder pour VOIR ce qui nous est arrivé et pour COMPRENDRE en une fraction de seconde les péripéties -incompréhensibles quand elles sont racontées sous forme d'anecdotes- de l'AVENTURE FEERIQUE vécue tous les jours de leur vie par tous les Occidentaux sans qu'ils en récoltent la moindre joie.

    PHILIPPE
Comment en récolteraient-ils ? Un rien d'inattention suffit pour déguiser en menaces les promesses d'une aventure catractérisée par l'énormité des forces qu'elle utilise  (au sens de «rendre utile»). Sollicités de tous côtés par mille faux-semblants chatoyants -la «créativité» des publicitaires est torentielle et leur insensibilité à la vérité himalayenne- les Occidentaux ne peuvent arrêter leur attention sur RIEN. Comment n'auraient-ils peur de TOUT ? Ils ont peur avant tout de manquer de tout, même de PETROLE !! (Aux étudiants) Nous vous promettons, comme nous avons promis à Ambroise il y a onze ans, qu'on ne vous y prendra plus ! Vous serez débarrassés à jamais de vos peurs quand vous aurez admiré, toutes nues, les TROIS PERSONNES responsables du Grand Spectacle que nous nous jouons sans cesse, et ne récoltons jamais que des coups, et la peur de coups toujours pires. Regardons faire ces trois personnes lorsque, au siècle dernier, elles ont machiné un spectacle qui dure encore : la trahison de toutes les sciences par tous les hommes de science.

    BERNARD
Cet évènement, et les péripéties du drame qui est à son origine, doivent être dits «historiques» bien qu'ils soient restés trop vivants pour s'être accomodés d'une place dans les comptes rendus nécrologiques que sont la plupart des manuels d'histoire. Les historiens n'y font aucune allusion et peu de scientifiques prennent un recul suffisant -gagnent assez d'altitude-  pour embrasser dans le champ de leur vision un aperçu compréhensif (*9) des personnes en cause. Même les physiciens familiarisés avec les mathématiques du probabilisme n'en voient pas les limites et sont inconscients de leur impact sur l'Histoire de l'Humanité.

    PHILIPPE
A ma connaisance Prigogine a été seul a rendre justice à Boltzmann et Maxwell. Mais il n'a pas, que je sache, identifié les coupables de la trahison scandaleuse des clercs scientifiques.

    BERNARD
Nul n'aurait pu les identifier avant d'avoir pris conscience de la CAUSE UNIQUE de la «crise de croissance» qui se dénoue aujourd'hui après avoir entraîné l'humanité à un cheveu du suicide. Un FAIT brutal et grossier, visible à des milliers de lieues - mais qui se voit mal sur les lieux  où il se produit- a brutalisé l'Occident. Il exige, sous peine de mort immédiate, l'INVERSION d'habitudes mentales acquises par tous les humains sous tous les cieux depuis des millénaires, et entretenues pendant des centaines de millénaires ! Ce phénomène perturbateur ne pourrait passer inaperçu d'aucun observateur qui ait   pris une altitude suffisante pour échapper au  risque d'éveiller ses passions en prenant  parti pour les «bons» et contre les «méchants» ou vice versa. Aussi semble-t-il incroyable qu'il ait pu se trouver UN SEUL économiste,  sociologue ou psychologue professionnels pour ne PAS s'apercevoir qu'en quelques années, l'humanité s'est enrichie  d'un nombre potentiellement illimité d'ESCLAVES MECANIQUES. Ce qui , en revanche est hautement significatif, c'est qu'il ne s'en soit trouvé AUCUN -pas un seul- pour ouvrir les yeux  à cette innovation ! Les statistiques, qui portent sur des centaines de milliers de personnes et significatives à cent pour cent, ont mis les chercheurs du C.I.E.B.S. sur la piste des «coupables». Qu'on ne s'en étonne pas : il était peu probable que la significativité  de ces statistiques fût dépourvue de toute … signification !

    BERNARD
Sans un aperçu de ce qu'il advint à l'Homme le jour où naquit une espèce «maudite», dépouilléee des instincts sociaux de ses ancêtres animaux et acculée à la nécessité de se socialiser elle-même du moins mal qu'elle pourrait, les mésaventures des savants, des psychologues et des industriels du siècle dernier sont incompréhensibles.

A peine née, l'humanité s'est trouvée dans la nécessité, pour  survivre, de politiser ses sociétés par les moyens, devenus classiques, mais qu'il lui a fallu découvrir, perfectionner, infliger et subir, de la politique dite «humaine» : la force, la ruse, l'intimidation, la tromperie, la corruption, l'excitation des convoitises, des rancoeurs et des haines, l'exploitation de la stupidité et du sado-masochisme des masses, la culture de l'éloquence émotionnelle, le contrôle des mass-media, etc. Bref par tous les moyens que nos yeux voient et nos oreilles entendent tous les jours.

    PHILIPPE
Ce premier coup d'oeil panoramique éclaire le cas de l'Homme industrialisé : en dotant notre espèce d'esclaves qui obéissent à des ordinateurs, il a déchargé les puissants de toute nécessité -sans les débarrasser dugoût- de traiter leurs contemporains par la force pour en faire des forçats ou par la ruse pour en faire des endoctrinés, des intoxiqués, des crétins conditionnés. En revanche, l'utilité des prouesses des savants qui ont propagé le probabilisme est beaucoup moins visible, comme aussi celle des performances d'un Sigmund Freud victime d'une passion dévorante pour l'Inconscient, qui ravage notre époque en lui infligeant, en guise de thérapeutique, une crise d'inconscience aiguë  des propriétés de la conscience humaine.

    BERNARD
L'effet de ces anomalies a été de contraindre quelques biologistes  à corriger la grave erreur commise par ceux qui constatèrent que l'Homme est vierge  des instincts qui hiérarchisent les sociétés animales et excluent les insubordinations et les guerres intestines -intraspécifiques- qui compromettent notre survie. Ils en conclurent qu'Homo sapiens est dépourvu d'INSTINCTS SOCIAUX, sans s'apercevoir que, loin d'avoir fait une constatation objective, ils avaient énoncé une hypothèse assez absurde pour rendre invisibles les trois «COUPABLES» qui éclairent la bestialité des humains, leur «divinité» et, la chose la plus énorme, la plus inouïe, la plus omniprésente qui ait jamais été : leur ouverture à l'information transrationnelle qui provoque les démences individuelles et, en vertu d'une régulation homéostatique dont les mécanismes sont encore mal connus, les ajuste aux nécessités de la survie de l'espèce.

    PIERRE
Victimes et bénéficiaires de leurs passions, les savants du siècle dernier s'en mirent plein la vue les uns aux autres et se rendirent aveugles à la plus éclatante des merveilles : LA PERFECTION «SUR-ANIMALE» DES INSTINCTS DU DERNIER-NE DE L'EVOLUTION, QUI ALLAIT AVOIR A FAIRE FACE A DES PROBLEMES SOCIAUX INSOLUBLES ET LES RESOUDRAIT TOUS MALGRE LUI ET CONTRE LUI, MALGRE TOUT ET CONTRE TOUT, MALGRE TOUS ET CONTRE TOUS, PUIS -ENFIN !- AVEC L'UNIVERS ET POUR  L'UNIVERS : AVEC TOUS ET POUR TOUS.

    BERNARD
C'est sans profit apparent  que les clercs scientifiques ont commis l'erreur qui les a conduits à une trahison de la science. Est-il besoin d'ajouter que ce ne fut pas sans profit réel ? La nature serait une marâtre si une seule des erreurs qu'elle a fait faire (ou laissé faire) au dernier-né de ses fils ne lui avait été profitable. Il s'agissait cette fois d'une erreur immense et immensément dangereuse. Elle ne pouvait nous être qu'immensément profitable. Or aucune erreur ne lui est venue à la cheville pour la richesse de ses moissons. Elle nous a livré la clé d'un monde intelligible où, TELEGUIDE PAR DES INSTINCTS SOCIAUX PLUS INFAILLIBLES, PLUS UNIVERSELS ET PLUS RAFFINES QUE CEUX DES ANIMAUX, L'HOMME QUI PREND CONSCIENCE DE SES POUVOIRS DE CO-CREATEUR RECREE SON PROPRE UNIVERS ET REUNIT LES CONDITIONS D'UNE VIE PLUS HUMAINE, PLUS GENEREUSE ET PLUS BELLE : UNE VIE ASSEZ HUMAINE POUR ETRE BELLE ET ASSEZ BELLE POUR ETRE VRAIE.

Cette erreur immense nous aura libérés en même temps d'un cauchemar : l'inégalité des intelligences et des aptitudes. Elle réhabilite nos erreurs, et ceux qui les commettent, et ceux qui les font commettre, et ceux qui les multiplient et les grossissent en les ELABORANT.

La plus merveilleuse des merveilles est l'aptitude, acquise au cours des âges par une espèce née infaillible, à multiplier et grandir ses erreurs en les élaborant puis à prendre conscience de l'universalité de son propre génie en mesurant l'envergure de ses propres erreurs.

    PIERRE
Est-il besoin d'ajouter que cette splendide erreur réhabilite l'élitisme  en élargissant sa définition ?

    HUBERT
Pour un trouble-fête obstiné à garder les pieds sur terre, «l'homme-qui-prend-conscience-de-ses-pouvoirs-de-cocréateur» a un petit défaut : il est invisible ! Montrez-le-moi s'il vous plaît. Il me suffira d'en voir un seul pour croire à l'existence de tous les autres.

    PHILIPPE
Vive Hubert ! Il me rend une lueur d'espoir. Si nous ne découvrions aucun co-créateur parmi nos étudiants, nous pourrions échapper aux conséquences d'une réhabilitation des «crétins sanguinaires» et de bien d'autres andouilles pittoresques dont nous avons fait nos choux gras. Les voilà devenus des petits saints et même des grands, déguisés en crétins de toute forme et de toute couleur. Si c'était vrai, notre cours volerait en éclats, nos leçons exigeraient une re-re-rénovation et nous nous verrions contraints de prendre conscience de la nécessité de ré-ré-réajuster nos habitudes mentales aux exigences de notre propre stupidité sainte. Après l'éloge de la Folie, puis celuide la Stupidité Scientifique, il nous faudrait chanter celui de la Connerie Pure et Simple ! (A ses collègues) De grâce, gardez-vous de débusquer parmi nos étudiants le moindre spécimen d'homme-qui-a-pris-conscience- de-ses-pouvoirs-de-co-créateur !

    PIERRE
Nous n'y sommes pour rien et n'y pouvons rien : ce co-créateur est en train d'émerger chez tous les hommes. Il n'existe pas encore mais il est déjà omniprésent. Nul n'échappera longtemps à la nécessité, aux peines et aux joies d'un enfantement permanent de soi-même, d'une rénovation continue. Or, en grec, novo =  jeune. Il s'agit d'une jeunesse éternelle qui, tous les matins et tous les soirs, nous remet à neuf, aussi vierge d'impuretés surimposées et aussi original que l'étaient, au jour de notre naissance, les empreintes innées -digitales notamment- héritées de nos pères. Tout peut les enrichir et compléter. Mais rien ne les altère jamais. (A ses collègues et aux étudiants)  Ainsi en ont décidé nos destins. Pour vous comme pour nous, le seul choix qui survit à l'émergence de la pensée transcendantale est de rajeunir tant qu'il nous reste  un souffle de vie. Ou de récolter les fruits amers de la sénilité avant de mourir de regrets, d'ennui et d'inutilité.

    MEDICUS
Je regrette de devoir admettre qu'il y a du vrai dans le deuxième terme de cette alternative. La retraite forcée et la médecine obligatoire se sont prêté main-forte, l'une pour devancer l'heure de notre inutilisation, l'autre pour prolonger sans pitié la douloureuse vie des inutiles. Bref pour nous faire crever d'ennui avant de mourir d'inutilité. Mais je ne vois nulle part le moindre indice d'une «remontée» substituée à une «retombée en enfance»! Comme Hubert, je vous demande de nous en montrer un cas.

Entre-temps, expliquez-nous, s'il vous plaît, pourquoi vous avez jugé bon de laisser retomber, comme un soufflé servi froid, un «suspense» laborieusement monté. Vos trois «coupables», qui allaient projeter une lumière dramatique sur des drames terribles, m'avaient émoustillé. Mais vous semblez avoir oublié autant et même plus que moi vos coupables et leurs drames !

    BERNARD
Nul n'oubliera jamais les coupables après les avoir vus. Mais nous avons failli oublier de nous les rappeler au bon moment, qui est le dénouement de la crise de croissance d'une humanité qui n'a jamais vécu qu'un seul et même drame et n'a cessé de le vivre à aucun  moment : l'expulsion du PARADIS DES ANIMAUUX  d'une espèce restée riche d'instincts animaux, et ENRICHIE D'UN INSTINCT D'EVOLUTION qui lui interdit de se SOUMETTRE à ses instincts. Il ne peut pas leur désobéir : ils sont plus forts que lui. Mais il ne peut leur obéir qu'au prix de son humanité, en devenant «bestial». Sa seule ressource est la révolte : il doit les vaincre, s'emparer d'eux en faire des savoirs. Bref  les  hominiser. Chassé du paradis des animaux, qui est celui de la SOUMISSION à l'instinct, il est le révolutionnaire prégénital dont le terrible destin est de VAINCRE ses instincts;  Il doit SE vaincre et vaincre TOUT pour devenir humain !

    PHILIPPE
A dire vrai, nous avons fait semblant d'oublier ces affreux coupables, afin de les garder pour la bonne bouche. (Aux étudiants) Vous avez deviné, bien sûr, que ce sont nos INSTINCTS. Quelques-uns sont petits et timides et leurs dégâts sont négligeables. Les grands coupables sont le trio de malfaiteurs bipolaires qui nous habitent tous, ne nous quittent jamais, et dont les forces animent nos actes et déterminent nos moindres gestes. Ils sont responsables de tout ce qui s'est passé et de ce qui va se passer chez les humains. Regardez-les. Vous comprendrez en une fraction de seconde nos «anecdotes  historiques». Qu'on m'étripe avant de m'avoir désossé  si vous parvenez à oublier ce trio quand vous l'aurez vu.

1.    Il faut citer en premier celui que vous connaissez assez, j'espère, pour vivre avec lui en (presque) bonne intelligence : un vieux singe malin comme un singe, vorace, cruel et dominateur, mais assez déguisé en homme pour n'avoir pas à être  l'humain qu'il lui suffit de paraître pour se croire (presque) vrai. Nous lui devons une énergie motrice  élémentaire qui manque cruellement à ceux qui maltraitent cet innocent animal. 

2.    Vient ensuite un innocent vierge de duplicité. Humain de haut en bas, il extériorise la «divinité» de l'Homme dans tous ses gestes et dans ses moindres mots. Mais il attend son heure. Il dort d'un sommeil que rien ne trouble. Il lui arrive, dans ses rêves, de faire entendre la voix de Jean-Sébastien Bach et d'eveiller en nous la vision du monde qu'il habitait déjà à Altamira et qu'ont entrevu quelques visionnaires comme Rembrandt, Cézanne et quelques autres «anormaux». Nous lui devons la preuve d'une chose difficile à croire et impossible à voir : du premier au dernier, tous les humains sont des «fils de  Dieu». Oui, même Mme Thatcher, même Raymond Barre et Georges Marchais, même feu Staline et le regretté Adolf ! Convenez que c'est une impure merveille.

3.    Enfin, voici le géant tout-puissant : Homo  transrationalis. Il est capable de tout, coupable de tout, plus grand et plus fort que tout. Nul ne sait ni ne saura jamais jusqu'où peuvent aller la prodigieuse bêtise des hommes et les pouvoirs d'une stupidité qui s'enrichit tous les jours de tous nos savoirs et savoir-faire. C'est pourquoi il aura fallu attendre aujourd'hui pour comprendre et admirer la simplicité des moyens employés par nos trois coupables pour faire trahir la science par les scientifiques et faire livrer l'Homme au Diable-en-Personne par un psychologue qui, comme Karl Marx, se croyait et se faisait croire scientifique.

Le seul crime de l'Homme «divin», qui dormait d'un sommeil bienheureux, est de n'avoir rien vu ni entendu. Quand au vieux singe, c'est à peine s'il lui a fallu lever le petit doigt. Les peurs et les rancoeurs héréditaires des clercs scientifiques étaient et sont restées vives sans qu'aucun singe n'ait eu à s'en mêler : ils ont été  brûlés vifs pendant des siècles par des clercs encore plus avides qu'eux, qui tenaient de DIEU EN PERSONNE le monopole de la seule Vérité vraiment vraie -la Vérité Révélée- et le monopole du droit d'enseigner. Il allait de soi qu'aucun clerc scientifique  ne pourrait dormir tranquille tant que la science n'aurait substitué son propre Dieu à celui et à ceux des autres. C'est à ce prix seulement qu'elle pourrait à son tour jouir d'un monopole, combler les voeux du vieux singe et vivre en repos : voyez ce qui se passe en Iranie. Qu'y pèserait n'importe quelle science opposée à la Vérité révélée ? Tous les prix Nobel du monde s'y feraient décapiter dans l'enthousiasme général pour peu qu'Allah juge bon de récompenser les fidèles en leur offrant ce beau spectacle en guise d'avertissement aux héritiers d'Alfred Nobel : qu'ils confient à des théologiens islamiques le soin de choisir leurs lauréats s'ils veulent éviter ces incidents.

Jusqu'ici, point de problèmes. Tout s'est passé le plus NORMALEMENT -et normativement- du monde. La prépondérance du singe et l'effacement de l'Homme ont toujours été jugés normales et toujours plus normatives.  Les empêcheurs de singifier en rond ont toujours été décapités, et les révolutions ont été singifiées toujours plus rondement. Tout naturellement, les dominés se sont mis dominateurs et vise versa. Rien n'aurait jamais changé nulle part si, au siècle dernier, le TROISIEME COUPABLE n'avait révélé l'immensité de ses ressources en mettant la Science et la Psychologie au serviece de l'Ayatollah Khomeiny et de tous les théologiens présents et futurs. Rien n'a jamais été si vite fait, ni si bien. Le Dieu des savants a été remplacé par le Néant déifié. Et le diable en Personne a été ressuscité, installé en nous, puis substitué à nous.. Ces résultats fantastiques ont été obtenus au prix de deux erreurs minuscules. (Aux étudiants) Mes chers amis, faites le signe de la croix. Songez que ce TROISIEME COUPABLE dispose du pouvoir d'exploiter à ses fins  toutes les erreurs possibles.  Songez aussi que, à l'origine, le nombre des erreurs possibles était égal à l'infini multiplié par sa propre infinitude ! Songez enfin que ce tout-puissant TROISIEME HOMME est le contraire d'un étranger : il nous habite et il EST nous ! Vous pouvez nouer avec lui un commerce familier, d'abord amusant : les erreurs que nous commettons le plus volontiers sont irrésistiblement drôles. Mais ce commerce devient bientôt presque insupportablement émouvant : les erreurs que nous commettons et recommettons indéfiniment malgré-nous sont dramatiques et même poignantes.

    PIERRE
Pour chacun des humains qui peuplent notre planète, la plus désirable de toutes les aventures possibles est l'acquisition d'une PART ENTIERE D'HUMANITE. Autrement dit : le pouvoir d'accueillir et de fêter le compagnon de route qui a toujours cheminé avec eux et s'est acquitté à leur place d'une tâche dont l'Homme a toujours été désespérément incapable : veiller à la survie de sa propre espèce. Sauf une poignée d'écologistes, c'est à peine si un homme sur un million a une vague conscience de l'existence de son espèce, et si un sur cent millions a le moindre soupçon des conditions de cette survie spécifique.

Mais les temps sont changés : le «troisième homme», qui sait tout et peut tout, s'est enfin décidé à IMPOSER une part entière d'humanité à TOUS les humains. L'Homme transrationel, qui sait extraire le vrai du faux, est la dernière en date des richesses héritées des héritiers de Léon-David Steiner avec l'ordre d'en enrichir les nôtres, le tout en vertu du régime successoral spécifiquement humain qui commence -enfin !- à fonctionner normativement ! A peine âgé de quelques semaines, cet INSTINCT SOCIAL SPECIFIQUEMENT HUMAIN, qui commence -enfin !- à se montrer à visage découvert, nous a déjà été si utile qu'il aurait été IMPENSABLE de différer d'un seul jour son introduction dans ce cours. C'est pourquoi nous n'avons pu nous dispenser de l'«injecter» dans la présente leçon, si intempestivement qu'il l'ait fallu. Faute de toute préparation, ce personnage pourra sembler insolite, rébarbatif, incompréhensible, impropre à éveiller la sympathie. Ceux qui le verraient ainsi n'en peuvent blâmer que nous : ce ne pourrait être que notre faute. Qu'ils veuillent bien nous en excuser aussi : cet apport est si récent que nous avons à peine eu le temps de nous y adapter nous-mêmes. Et pas du tout celui du moindre début d'adaptation pédagogique.

    PHILIPPE
Faudrait voir à ne pas abuser ! Ça va s'arranger puisque, comme chacun sait, nous sommes des types épatants. Pas plus tard qu'à la prochaine leçon -c'est à dire la dixième- tous nos étudiants et leurs troisièmes larrons s'entre-donneront de grandes claques sur les cuisses en hurlant de rire : ils auront compris comment l'excellent Sigmund Freud s'y est pris pour emprunter à son troisième larron une couche de bêtise assez épaisse pour ressusciter le diable en personne, et aussi pourquoi ce prêt lui a été consenti : c'était histoire d'empêcher Homo sapiens de se casser la gueule depuis le diable en personne sait quand … Ils comprendront aussi pourquoi les scientifiques du siècle dernier sont parvenus à se mettre «probabilistes» en méprisant le calcul des IMprobabilités. Rien de plus joliment transrationnel ne naîtra jamais sous le crâne d'aucun homme né d'aucune femme.

    PIERRE
Nous ne pouvons prolonger une leçon déjà trop longue. Revenons en arrière pour nous raccorder à une 7 bis rédigée l'an dernier pour faire entendre un chant d'AMOUR TRANSCENDANTAL.


    L ' A M O U R     T R A N S C E N D A N T A L


    PIERRE
La pensée transcendantale avait pris son départ sur une évidence grandiose et grandissante qui contient tout. Elle était, en 1978, un des plus récents produits -qui nous semblait presque un «produit fini»- des travaux du C.I.E.B.S. Nous avions extrait, d'une note d'information intermembres, son élément d'information fondamental : les servitudes naturelles et antinaturelles d'Homo sapiens. Nous en avons fait la thème central d'une notice imprimée. Mais,dès janvier 1979, nous avons tenté d'en mesurer les effets, sur quelques étudiants du premier cycle.

    PHLIPPE
Il s'agissait de tirer au clair une affaire qui nous taquine depuis longtemps : comment nos femmes perviennent-elles à mettre à profit la «stupidité féminine» pour comprendre des choses auxquelles elles n'entendent rien et dont elles se soucient moins ?  Coment vont-elles droit au but sans avoir à emprunter de moyens honorables pour y parvenir ? Pour en avoir le coeur net, nous avions glissé une tricherie dans le premier alinéa utilisé en janvier 1979 pour soumettre une soixantaine de cobayes des deux sexes à une épreuve malhonnête. La vertu est rarement récompensée., (aux étudiants)  mais vous savez sans doute que la vraie malhonnêteté l'est toujours. Je doute qu'elle l'ait jamais été aussi bien que cette fois. Sans altérer la rigueur de son exposé et sans risque de se faire «pincer», l'approche logique du sujet traité avait été rendue impossible. Un spécialiste de la critique épistémologique aurait pu flairer un «lapsus», mais aucun de nos cobayes féminins n'était en danger d'y «entraver» quoi que ce soit.

Ça n'a pas fait un pli : les plus désarmées (intellectuellement) sont celles qui ont compris la pensée transcendantale le plus facilement et le plus naturellement. A leurs yeux, le préambule logique était un des jeux auxquels les petits garçons s'amusent sans faire grand mal à personne. Mais les femmes ne sont pas assez sottes pour mêler la «raison» aux affaires sérieuses. Elles n'ont garde de s'y laisser prendre. Elles sont si habituées à ne pas essayer d'y comprendre un seul mot que cela ne les incommode aucunement. Mais voici venir «Müllerchen» et elles aiment cette fauvette. Il n'en faut pas davantage pour éveiller leur attention. Puis lorsque apparaît enfin le»malheur originel dont le SENTIMENT pèse sur notre espèce, comme une malédiction et un remords, depuis l'origine des temps», elles le SENTENT vrai, et le tour est joué.

Il reste aux éducateurs à déshabituer certaines petites filles de penser que la nature nous a mis dans la tête des milliards de neurones pour amuser les petits garçons ; à déshabituer quelques jeunes femmes de penser qu'il leur faut cesser de jouer à la maman et à l'épouse aimante pour faire rentrer sous terre les vilains mâles et jouir d'une solitude qu'elles ne désirent pas et d'une amertume qui ne les rend désirable ni aux autres ni à elles-mêmes. Quant aux petits garçons, il s'agit de leur faire perdre beaucoup de mauvaises habitudes et de leur en faire prendre quelques bonnes. Voilà tout. Mais il s'agit surtout de faire prendre à TOUS l'habitude de constater que notre cerveau a été fait pour nous valoir à tous l'INFAILLIBILITE qui remédie à tous nos maux ; que nous la possédons déjà et qu'il ne nous reste à prendre qu'une chose : l'HABITUDE  de nous en servir.

Le texte communiqué à nos cobayes était austère, mais il s'achevait sur ces mots : la nature a créé l'Homme POUR qu'il la vainque, se substitue à elle et la recrée en lui en obéissance à un ordre transcendantal dont il est le dépositaire, le bénéficiaire, le co-créateur et le gardien. Ces choses-là donnent à réfléchir !

    HUBERT
Mais encore ? Où est l'amour universel dans cette discussion glaciale ? Où y a-t-il un seul mot qui réchauffe le coeur ?

    PIERRE
Les FAITS sont seuls à refléter l'amour universel, les hommes sont seuls à pouvoir l'exprimer  en mots, les poètes et les artistes peuvent seuls le sentir  et le représenter en chants et en images sensibles, et il arrive à quelques hommes de le ressentir au cours d'aventures intérieures vécues. L'orthologique tend à les susciter de plus en plus fréquemment. La première a été celle qu'AMBROISE a vécue en Cisrubiconie, c'est-à-dire à faible altitude : «D'où vient cette lumière qui m'envahit, cette joie qui m'a tenue éveillé fort tard la nuit dernière ? J'ai eu la SENSATION PHYSIQUE de naître à l'amour, à un amour désincarné pour tous et pour toutes … «

Dix ans après, un étudiant âgé de trente ans, IM.1527, inscrit à ce cours depuis trois mois, fait l'irrécusable expérience intérieure d'une orthologique vécue en TRANSRUBICONIE. Qu'il en ait ou n'en ait pas eu pleine conscience n'y saurait rien changer : ses mots en attestent l'authenticité, l'envergure et l'altitude. Il est un des étudiants auxquels la première version de l'«Emergence» avait été envoyée sans autre explication qu'une prière de vouloir bien accepter le rôle de cobaye bénévole en nous faisant part des effets sur lui, de l'impact de ce texte austère et difficile. C'est alors que s'est produit le «miracle de l'amour» : SA REPONSE ETAIT COMMUNICABLE !

L'IMPOSSIBLE ETAIT DEVENU POSSIBLE.

    ATLAS (*10)
Malgré le découpage et les titres, ce texte est difficile à mémoriser. Il donne la synthèse de la finalité des cours. La méthode consistant à vérifier des découvertes scientifiques par d'autres recoupements y fait de nouveau ses preuves. Je comprends très bien ce que vous entendez par perfection concrète et spontanée pour l'avoir sentie en moi-même comme exigence et vue à l'oeuvre dans les lois des ensembles économiques, le test de la 4 S p.? etc.
Je suis convaincu moi aussi que la difficulté principale réside dans notre incompétence à savoir poser les problèmes hors de «nos servitudes naturelles et anti-naturelles», et qu'il nous faut nécessairement trouver en nous-mêmes, au-delà des peurs et des désirs, cette conscience absolument libre de toute vicissitude que vous appelez pensée transcendantale.
Je suis très impressionné par la justification du mal et la démonstration de son existence par l'obligation faite à l'homme de se soustraire aux autorégulations naturelles. Ses actes trouvent enfin leur cohérence. Son destin est vu, sa culpabilité tombe d'elle-même comme un fruit mûr. Parce qu'il est un tueur qui rêve d'innocence, il est promis à l'amour. La Nature a créé son amant. La possibilité de la détruire totalement la dévoile. L'homme n'est plus seul. C'est l'amour inventé.
J'éprouve un amour inépuisable, lié à une jouissance complète, JOUISSANCE PHYSIQUE DU SPIRITUEL, et je comprends que les preuves n'apportent rien. Tous les humains ont la nostalgie de ce monde d'amour.

    PIERRE
La vérité multiple des images évoquées par ATLAS révèle l'ALTITUDE à laquelle ses réactions à la pensée transcendantale ont entraîné la sienne. A ce niveau, la tête, le coeur et les entrailles ne font qu'«un seul homme». Un homme affranchi, qui a pris sa place dans l'univers humain. Ses réponses sont si PARFAITES qu'elles tendent à passer inaperçues. Nos yeux ne voient que les choses déjà vues et ne reconnaissent que le connu. Or la pensée transcendantale émerge à peine. Jamais vue ni connue, elle nous échappe à «première vue». Nous ne pouvons la reconnaître avant de la connaître. Il en va autrement aux altitudes où la pensée, les sentiments et les sensations s'unifient et font leurs miracles ensemble. Leurs «résultantes», qui sont nos ACTES, y trouvent leur cohérence, leurs cohésions, leurs unions et NOS amours. Notre culpabilité, qui était le plus coûteux et précieux de nos biens, y trouve sa place : quel être humain aurait donné son amour et sa foi à un Dieu impitoyable aux innocents ? Notre culpabilité (dit ATLAS) tombe comme un fuit mûr, et sa chute, qui rappelle la nôtre -notre «péché originel»- est comparable à une récompense tombée du ciel. «L'homme n'est plus seul. C'est l'amour INVENTE (*11)», l'amour ACHEVE. Bref l'AMOUR TRANSCENDANTAL.

Rien de si vrai, de si vivant, de si vécu n'avait été, ni n'aurait pu être dit si simplement, si PARFAITEMENT.

L'IMPOSSIBLE AUX SINGES EST DEVENU COMMUNICABLE AUX HUMAINS.

    PHILIPPE (aux étudiants)
Se pourrait-il que ce soit vrai ?

    BERNARD
C'est une question qu'il faut se poser avec la prudence du serpent. Elle exige toute notre attention. Répondez-y en commençant par préciser les données du «problème humain» qu'elle implique :
1.    Un homme -ATLAS- a vécu en SYMBIOSE (en harmonie et en sympathie avec LUI-MEME (c'est-à-dire avec toutes les personnes qui cohabitent en lui).
2.Cette métamorphose sans pécédent a été vécue par Homo sapiens.
3.    Elle fait partie des potentialités d'une espèce dont la survie est conditionnée par l'actualisation immédiate de ses «potentialités symbiotiques».  
4.    Notre survie dépendrait donc de l'actualisation d'INNEITES dormantes, que nous ne nous connaissons pas.
5.Quelles pourraient être nos aptitudes innées mais inconnues ?
6.    Il en est une qui, sous forme d'inaptitude, nous crève les yeux depuis le XVIe siècle sans que nous l'ayons jamais vue : notre impuissance à nous communiquer l'INFORMATION AUTO-EVIDENTE. Notre La Palisse inné sommeille en nous à poings fermés, mais nous avons appris qu'il peut s'éveiller lorsqu'on le réveille.
7.    PEUT-IL ETRE REVEILLE EN SURSAUT, A TEMPS POUR NOUS SAUVER LA VIE ? C'est notre SEUL «problème humain» et notre seul problème : aucun autre n'a la moindre trace d'importance : pas plus que la diététique pour le condamné qui sera fusillé à jeûn demain matin.

    PIERRE
Aussi est-ce de ce problème brûlant qu'il s'est agi depuis la première ligne de cette leçon improvisée, mais la nécessité de l'écourter aura retardé son intelligibilité Mais elle pourrait avoir augmenté sa valeur pédagogique. Aucune explication n'ayant pu être fournie sur l'ALTITUDE favorable à la germination des lapalissades et aux floraisons de l'amour, nos étudiants devront faire fond sur leurs propres ressources pour découvrir ou DEVINER la signification de ces mots. Il importe peu qu'ils y parviennent. Ce qui importe c'est qu'ils s'interrogent. Celui qui se pose une question se met en question. Il prend envers lui-même un recul propre à ébranler les automatismes culturels qu'il oppose à ses besoins naturels (*12). Il peut commencer à se regarder faire, à comprendre ce qui se passe en lui et en NOUS. Il n'est plus sacrifié aux besoins d'une espèce condamnée, pour réunir les conditions de sa maturation, à se composer d'individus surdoués et auto-imbécillisés.

    HUBERT
En prévision du cas où vous ne vous en seriez pas aperçus, je me permets de vous signaler que notre espèce a compté et compte encore quelques personnes intelligentes …

    BERNARD
Leur cas était inexplicable naguère. On n'a jamais su pourquoi certains individus issus des mêmes parents, et éduqués de même, étaient plus «intelligents» que leurs frères et soeurs. Ils sont devenus révélateurs de l'extrème fragilité de notre stupidité culturelle. Il a fallu des siècles pour la bâtir et l'accumuler. Le moindre incident peut l'anéantir en une fraction de seconde. Mais, au point où nous en sommes, le cas des hommes dits «intelligents» relève encore de la tératologie : ce sont des «monstres», des ANORMAUX.
Dans l'état présent de nos cultures, l'homme normal est celui qui ne voit, n'entend , ne sent, ne sait et ne comprend rien. La «norme», c'est l'ignorance et la bêtise crasse (*13) de ceux qui se sont vu refuser depuis toujours le droit et le pouvoir de s'interroger sur leur propre intelligence ou celle des autres. Pour l'homme dit «normal», l'homme intelligent est celui qui REUSSIT à jeter ses contemporains en pâture aux lions quand ça «rapporte» ! C'est ce que nos écoles enseignent à FAIRE SANS LE SAVOIR ET SANS Y PENSER : si elles y pensaient elles le sauraient et ne le FERAIENT PAS.

Mais l'homme est soumis à des servitudes naturelles qui ont fait de lui un prédateur congénital par atavisme, et à d'antinaturelles qui en ont fait un révolté prégénital par nécessité. De plus, ce double héritier d'une agressivité sans limites naturelles renforcée par des stimuli antinaturels  a acquis le pouvoir et développé le besoin de tuer tout ce qui vit et de détruire tout le reste. Voilà donc ce que les enseignés VEULENT apprendre et ce que les enseignants DOIVENT enseigner : c'est pour faire ce métier-là qu'ils ont été formés, et c'est en le faisant qu'ils répondent aux BESOINS de leurs élèves et à leurs propres ambitions. On voit combien c'était fatal, infaillible. On voit aussi combien une volte-face était IMPOSSIBLE avant la découverte des servitudes antinaturelles qui font de nous des ennemis prégénitaux de la nature, des «anti-écologistes» innés, des amants forcenés du malheur ! Avant de l'avoir compris, comment y aurait-on remédié ? Homo sapiens restant incompréhensible, tous les «problèmes humains» étaient insolubles.

    PHILIPPE
Grâce au ciel, nous n'en sommes plus là. Il ne nous reste qu'un problème : éviter d'être, du premier au dernier, fusillés à jeûn demain matin. Si nous ne le résolvons pas, nos problèmes disparaîtrons demain au petit jour. Si nous le résolvons, les autres»problèmes humains» seront devenus de la rigolade, des amusements. On s'amusera beaucoup demain soir -si Dieu nous prête vie.

    BERNARD
Regardons de plus près le cas des enseignants. Ils sont pris entre deux feux. Il leur faudrait plus de courage que les hommes n'en ont et plus d'information que celle dont ils disposent pour faire face aux exigences toutes nouvelles de leur métier. Pour répondre aux besoins du passé, il leur fallait faire ce que tous les éducateurs ont fait depuis toujours : prévenir l'éclosion de la liberté chez leurs élèves. Pour répondre à la NECESSITE d'aujpurd'hui, il leur faudrait INVERSER LES HABITUDES MENTALES DE L'HUMANITE TOUT ENTIERE EN COMMENÇANT PAR LES LEURS PROPRES. Autant vaudrait leur demander d'inverser la course des galaxies.

    PHILIPPE
Faut-il en conclure qu'on ne peut rien espérer d'eux ?

    BERNARD
Au contraire : c'est grâce à eux que nous ne serons pas -car nous ne le serons pas- fusillés demain matin.  Souvenons-nous des propos de PIERRE (p.7bis/ ?) : «Au prix d'un TRAUMATISME POSITIF, tout deviendrait possible aux éducateurs et la planète pourrait commencer à tourner à l'endroit dans bien moins de vingt ans».

    HUBERT
J'en serais fort aise si, avec la meilleure volonté du monde, je pouvais y croire. Mais, même avec l'assistance  du père Noël et du grand Saint-Nicolas, comment y croirait-on ? Où cela s'est-il vu ? Comment serait-ce concevable ? Ne nous demandez pas de croire à des sornettes pareilles !

    PIERRE
Nous nous refusons le droit de rien croire nous-mêmes. Nous n'aurions garde d'encourager ou d'inviter nos étudiants à croire quoi que ce soit. Mais cela s'est passé mille fois sans être jamais compris parce que, comme vous l'observez, c'était inconcevable et imprévisible. Nous ne voyons jamais que le «déjà vu» et ne concevons que le conçu. Mais, dès la septième leçon d'un ridicule petit cours par correspondance, écrit à bâtons rompus, qui papillonne d'un sujet à l'autre et n'approfondit rien, plusieurs étudiants en ont été touchés et la plupart s'en sont aperçus plus ou moins confusément. . Pourquoi ? Rien n'est moins mystérieux : procédant par anecdotes  pittoresques suivies d'«instantanés» singuliers pour éveiller leur curiosité et retenir leur attention, ce cours les a entraînés à une ALTITUDE où une image panoramique commence à se laisser entrevoir. Or, voir  tout, c'est tout comprendre, comprendre tout, c'est tout aimer et aimer tout, c'est être TRANSPORTE (de joie) dans un monde où l'on ne peut ni tuer ni détruire.

    BERNARD
Ç'a toujours été vrai. Mais nul n'a jamais su que la MATURATION INSTANTANEE d'une espèce à la fois SURDOUEE et AUTO-INFORMEE est aussi NORMALE que la métamorphose des hyménoptères à la saison propice aux activités des papillons. Lorsque nos écoles et nos universités tiendront compte des NORMES BIOLOGIQUES  qui conditionnent la naissance et la croissance de la sensibilité de leurs élèves en même temps que la maturation de notre espèce, AUCUN  HOMME NE SERA MIS A MORT PAR AUCUN HOMME, PAR LA SIMPLE RAISON QUE RIEN NE SAURAIT ETRE PLUS ANORMAL.

J'ajouterai que cela DOIT être vrai. La nature a assuré dans ses moindres détails l'évolution orthogénétique de toutes les espèces. Elle a fait des «prodiges» pour les moindres insectes. Il est IMPENSABLE qu'elle n'ait veillé à la métamorphose de son chef-d'oeuvre, Homo sapiens, après l'avoir doté d'un cerveau prévu pour  en faire un créateur. Il serait encore plus absurde de le croire que d'attribuer au hasard la carte du ciel et les ordinateurs qui imprègnent les gènes de Müllerchen POUR la conduire à ses destins.
Notes leçon 7bis

(*1)     L'immunomnésie protège notre espèce de toute information nuisible à sa survie par des moyens biochimiques apparentés à ceux qui nous immunisent contre certains agents pathogènes (dits antigènes).

(*2)     Aux temps récents encore où l'usaage était de «catéchiser» les enfants, des images comme la «paille et la poutre», les «perles aux pourceaux» et les «lys des champs qui ne peinent ni ne filent, mais Salomon dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu comme eux» (Math.6, 25-33 et Luc 12, 23-31) étaient familières. Elles semblent avoir cessé de faire partie de notre mince patrimoine d'expression imagées accessibles à tous.

(*3)     Aujourd'hui,  pour voiler ou minimiser l'acuité de ces conflits, économistes et sociologues ont recours à une astuce : ils disent «partenaires sociaux» les armées d'hommes engagés dans une guerre à mort.

(*4) Le HASARD est un concept dont la définition précise nous semble si importante que trois leçons de ce cours lui ont été consacrées. Mais, dans l'acception (floue et molle) que lui prêtent sans trace de définition acceptable les scientifiques qui déifient le hasard, les statisticiens qui s'en servent, et les fabricants d'ordinateurs qui l'exploitent à des fins «hasardeuses», il est «statistiquement significatif d'uneABSENCE de toutes corrélations significatives de quoi que ce soit». Il désigne donc un néant plus nul que zéro : une absence de toute cohérence et de toute cohésion possibles. Si notre univers obéissait aux «lois(!)» de ce hasard-là, il disparaîtrait, se désagrégerait en un milliardième de seconde. Mais le hasard devient condition sine qua non de l'ordre universel lorsqu'on prend la peine (qui n'est pas légère) de le définir attentivement.

(*5)     Depuis que la statistique a délogé la critique, le «scientiforme» a envahi nos facultés. Il revêt d'oripeaux scientifiques la pensée insoumise aux rigueurs de la science.

(*6)     «Prendre conscience d'une chose (écrit un «ancien» : IM.930) c'est cesser d'en être inconscient». Nous voilà bien contraint de faire le dernier pas : celui que nous n'osions pas faire. Les pas qui nous ont contraints à conclure que le MAl (puéril) et le Hasard (infantile) n'ont jamais existé étaient déjà définitifs. Celui qu'il nous faut faire cette fois est FINAL : l'inconscience ne peut être l'inconscient que s'il reste … inconscient ! Lorsqu'on en est conscient, l'inconscient n'existe PLUS et l'enfance de l'humanité cède la place à sa maturité.

(*7) Notre cerveau a été organisé pour meubler les «têtes chercheuses» créatrices d'originalité, qui font les individus originaux, comme les artistes «géniaux». Impuissants à se refuser aux «fantaisies» imprévues et imprévisibles de leur propre originalité, ils ne peuvent cesser de créer du nouveau. C'est ce que font spontanément les enfants avant d'être «cultivés». Nous le faisons aussi lorsque nous cessons de nous en empêcher. Les conditionnements imprimés en nous par nos éducateurs finissent par s'affaiblir si nous ne les entretenons pas. Ils disparaissent vite lorsque nous en sur-imprimons d'autres. C'est ce que, jusqu'à présent, nous n'avons pas fait assez pour nos étudiants. Un des objectifs poursuivis avec succés par nos questionnaires était et restera l'affaiblissement de leurs conditionnements culturels. Ils ont été rendus difficiles à beaucoup d'étudiants -jusqu'à ce qu'ils s'y habituent ! Après quoi la plupart y prennent goût. Nous nous efforcerons désormais de les habituer à substituer des habitudes désirables à leurs «mauvaises habitudes». La distinction est facile : les bonnes habitudes sont celles qui développent les automatismes qui nous affranchissent de la nécessité de penser à nos gestes. Les mauvaises habitudes sont celles qui, en automatisant nos pensées, nous ôtent la liberté de les choisir.

(*8) La valeur sémantique de ce mot-ci est triple : il évoque en même temps le signe, le signal  et la significativité  (statistique).

(*9)     Au sens anglais de ce mot. Une chose est dite «compréhensive» en anglais lorsqu'elle n'omet  rien, ou prétend à ne rien omettre.

(*10) *Héros mythologique qui portait le Monde sur ses épaules, ATLAS symbolisait la Force. Au contraire, ATLAS adulte est porté, mûri et guidé par sa propre humanité.

(*11)     A lui seul ce mot contient -et prévoit avant la 6e leçon- l'amour conquis  (au prix de nos larmes), le droit d'aimer ce qui est au lieu de désirer ce qui sera, l'amour élaboré dans la sueur et trouvé dans la joie : un «amour inépuisable lié à la jouissance complète : la jouissance physique du spirituel. Nul n'aurait trouvé ces mots qui n'eut vécu cette aventure. Enfin, ATLAS a vu «se réaliser spontanément la synthèse des pensées discursive et affective» pronostiquée, au scandale de beaucoup d'étudiants, dans notre 3e leçon.

(*12)     Rémy Chauvin a observé chez des cancrelats un «théotropisme» fait du besoin d'explorer le monde et d'interpréter leurs découvertes …

(*13) Utilisé adjectivement pour remplacer «crasseux», et en anglais où n'existent ni la crasse ni le crasseux mais où  l'ignorance et la bêtise peuvent être «crasses», ce mot exprime la complaisance du Docteur Cauchon qui brûle Jeanne d'Arc et des physiciens qui s'apprêtent à en faire autant à l'humanité.


     
    Cours d'Initiation à l'Orthologique
    Questionnaire N° 7 bis

    Avant-Propos

L'importance de ce questionnaire est totale. Votre savoir, votre bonheur, l'avenir et le bonheur des vôtres dependent TOTALEMENT des réponses que VOUS VOUS y ferez à VOUS-MEME. Tous les humains ont été DENATURES par leur éducation. Pour devenir humains, ils dépendent TOTALEMENT d'une AUTOrééducation. Peut-être vous est-il difficile de le croire, mais vous n'avez et n'aurez jamais à y CROIRE : vous le SAUREZ lorsque, ayant fait le devoir unique qui incombe aux humains, vous vous découvrirez METAMORPHOSE(E) EN ETRE HUMAIN. Pardonnez-nous de devoir ajouter que la seule alternative restée ouverte à ceux qui s'y refusent est un désespoir sans limites tempéré par une hébétude sans nom et sans visage.

1.    Nom et prénom, adresse postale complète, N° de ce questionnaire et votre N° d'inscription.

2.    DEVOIR UNIQUE
1. la liberté est la condition sine qua non de l'originalité ;

2.     la liberté des hommes est conditionnée par une prise de possession  des déterminismes de leurs propres comportements ;

3.     la liberté et l'originalité font toutes les joies, tout l'amour et tout le bonheur de la vie.

    Réfléchissez et réfléchissez encore. Opposez à cette thèse tout ce que vous pensez, convoitez, aimez, voulez, voudriez aimer et voudriez vouloir. Faites-en un «devoir de philisophie» et envoyez-le nous.

    Question unique : vous êtes-vous trouvé(e) bel et bien contraint(e) de VOUS enseigner quelques choses à vous-même ? Quelles choses ?


3.    La lecture de la leçon 7 bis rénovée vous a-t-elle été agréable ou désagréable ?

4.    S'il se trouve un ou plusieurs passages de cette leçon que vous n'ayez pas le sentiment d'avoir bien compris, dites-nous lesquels ? Nous ferons l'IMPOSSIBLE pour vous le(s) clarifier.

5.    La substitution des inconsciences de la jeunesse à l'INCONSCIENT qui a fait de nous le «diable en personne» vous a-t-elle procuré un soulagement ?

6.    Si vous êtes en désaccord sur quoi que ce soit, dites-nous sur quoi et pourquoi.

7.    DETAILLEZ MINUTIEUSEMENT -c'est plus important que jamais- (a) CE QUI VOUS A PLU, DEPLU OU PAS PLU. (b) VOS OBJECTIONS, VOS COMMENTAIRES, VOS QUESTIONS.


Prière d'adresser vos réponses à I.F.O.-ETUDES.


INFORMATIONS AUX ÉTUDIANTS INSCRITS AUX 1er, 2ème CYCLES ET AUX CYCLES SUIVANTS

Aux étudiants du 1er Cycle :
    Introduction aux leçons 8 et 9 ci-jointes

Les deux dernières leçons du premier cycle de ce cours ne peuvent être rénovées avant qu’il soit possible de mesurer (aux réponses suscitées par la leçon 7bis) l’altitude qui peut y être maintenue sans les rendre inaccessibles à un trop grand nombre d’étudiants. D’où la nécessité de les livrer vieillies au lieu de rajeunies. Plusieurs passages y sont assez dépassés, par rapport à la présente leçon, pour avoir cessé d’être vraies sans cesser d’être justes. Les étudiants qui les recevront, cette année pour la dernière fois, n’en seront aucunement désavantagés. Il s’y produit des effets de perspective qui ne s’obtiendraient pas autrement. Leur attention doit être attirée sur “LA LEÇON D’UN FIASCO” ajouté l’an dernier à la page 9 de la 9e leçon. Ils y trouveront l’occasion de vivre eux-mêmes, et de faire vivre autour d’eux, une minuscule expérience intérieure de MATURATION INSTANTANÉE et de constater qu’il en résulte un TRAUMATISME POSITIF et, à une très petite échelle, une explosion psychologique : la joie de voir SOUDAIN une image déjà globale et de constater que voir, entendre et sentir, c’est comprendre, c’est être vivant, et vice versa. La “joie de vivre” veut dire cela.

Mais il leur faudra attendre la 10e leçon pour le modus operandi : il exige plus d’explications que n’en pourrait contenir une leçon déjà trop longue. Entre-temps, rien ne vous presse. Vous avez tout l’été pour répondre à ces deux questionnaires. Cependant, veuillez bien nous envoyer vos réponses quand vous les aurez écrites pour nous laisser le temps de les lire avant le coup de feu de la rentrée.

Aux étudiants du 2e Cycle :
Les dernières leçons de ce cycle vous sont remises ci-joint. Même remarque que ci-dessus pour vos réponses aux questionnaires. Quant aux leçons “bis” du même cycle, une série de contre-temps, d’imprévus et de tâches dont la toute-priorité s’est imposée à nous – vous nous pardonnerez de la leur avoir accordée quand nous pourrons vous révéler leur nature – en ont retardé la rédaction. Veuillez nous en excuser. Elles vous seront envoyées en une ou plusieurs fois à la rentrée.

Aux étudiants des 3e, 4e et 5e cycles : la leçon 7bis ci-jointe, complétée par la notice imprimée qui vous parviendra prochainement, suffiront sans doute à vous conduire presque au terme de l’aventure orthologique. Les leçons bis du 2e cycle, qui vous seront envoyées en octobre, achèveront un voyage qui aura été plus laborieux que nous ne l’avions pensé, mais nous aura conduits plus loin et plus haut que nous n’osions espérer.
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION A L'ORTHOLOGIQUE
    Huitième leçon

    CARTES  SUR  TABLE


    PIERRE
Notre cas est embarrassant : il est difficile d'adapter un cours aux réactions d'étudiants qui ne réagissent pas. Or nous voici en mai, et nos étudiants les plus doués ont été presque seuls à répondre au questionnaire de la septième leçon.  Peut-être les vacances de Pâques sont-elles pour quelque chose dans l'abstention des autres. Mais il se peut que la septième leçon, qui ouvrait la phase formative de ce cours, ait été maladroite. Qu'elle ait découragé nos étudiants au lieu de les stimuler.   

    BERNARD
Les réponses reçues donnent à penser que nous avons été trop vite en besogne. Nous avons invité nos étudiants à courir avant de leur apprendre à marcher. Même les meilleurs ont montré qu'ils n'étaient pas pleinement préparés à confier à des Pierre, Bernard, Hubert, Medicus et Philippe trop peu mûris en  eux le soin de guider leur pensée.

    PHILIPPE
Mea culpa : j'en porte l'entière responsabilité, mais je ne m'en repens qu'à demi. Ma bévue aua été instructive. Chargé de rédiger le questionnaire de notre 7è leçon, je voulais inviter nos étudiants à critiquer les arguments d'ALFRED sous les angles divers que nous sommes censés incarner sur cette scène. Mais, faute d'explications suffisantes -mea culpa !- ils se sont crus invités à nous mettre en scène, à rédiger des pédagodrames. C'était bien entendu, prématuré

    HUBERT
Je ne trouve pas : plusieurs l'ont fait excellement, avec vivacité et humour. D'autres y ont mis de la gravité, mais c'était toujours très animé. A mon avis, ils s'en sont tirés bien mieux que nous : ils nous ont prêté plus de vie et de consistance psychologique que nous ne sommes capables d'en montrer.

    PHILIPPE
Précisément : ils ont animé nos personnes au détriment de leur pensée. C'est d'ailleurs notre faute : nous ne cessons de leur montrer le plus mauvais exemple. Nos personnes sont bien trop encombrantes. Ce n'est pas en s'embarrassant de personnalités, celle des autres pas plus que la sienne propre, que l'on apprend à penser : c'est en faisant le contraire.

La pensée, quand elle est pure, est la seule chose parfaitement impersonnelle que nous possédions. Imprégnée si peu que ce soit de la personnalité de son auteur, une pensée est impure. Toute pensée qui embaume sent mauvais. Toute pensée généreuse est trompeuse. Une pensée pure ne pouvant être que juste ou fausse, toute qualification autre dénote une impureté, avec une exception capitale : une pensée  à la fois pure et juste est belle. C'est le critère suprême, mais il est difficile à manier. Il ne se perçoit guère aux premiers échelons de la logique primaire : Monsieur de La Palisse est plus rigolo qu'émerveillant -sauf aux épistémologues admis dans son secret : il est pour eux (et restera à jamais) le plus éblouissant des penseurs.

Nos étudiants n'en sont pas encore là, et pour cause : nous n'avons pas commencé à leur apprendre à penser. Nous n'avons même pas prêché d'exemple. Mais ils viennent, eux, de nous donner une leçon fructueuse : en s'encombrant de nos personnalités (pis encore : en les embellissant), ils ne se sont pas désencombrés de la leur. N'en faut-il pas tirer  d'urgentes conclusions ? Il semble nécessaire de rectifier le tir : si nous nous obstinions, nos étudiants seraient bientôt perdants sur les deux tableaux. Je me range aux avis d'IF.124, qui écrivait:  «Ne serait-il plus rationnel de désincarner au maximum les personnages pour les réduire aux idées dont ils sont les  supports ?»

    MEDICUS
Prenons garde : il me semble y avoir du vrai et du faux dans ce point de vue. Les propos de Pierre à la page 51 du Rubicon me reviennent : «Quelques excursions dans le domaine des relations humaines intimes et privées sont un moyen de caractériser nos personnages, de leur insuffler quelque semblance de chair et d'os. On évitera ainsi l'écueil qui rend si ennuyeuses la plupart des «tables rondes» : l'absence de vie …» Cet avis me semble bon. Je crois que peu d'étudiants nous auraient accompagnés jusqu'aujourd'hui si nous avions fait figure de théorèmes géométriques.

    PIERRE
Au contraire de Philippe, je me demande si nous n'avons pas péché par insuffisance plutôt que par excès de personnalité, de consistance psychologique et de vie. Comparées à leurs premières réponses, celles que nous venons de recevoir révèlent que, si nos étudiants ont pu se laisser encombrer par nos personnes sans se distancer beaucoup de la leur propre, il s'en faut que ç'ait été sans profit : l'élargissement de leurs vues, qui est toujours l'indice d'une libération, dépasse franchement nos prévisions.

Une chose, enfin, est significative : plusieurs étudiants ont fait la même remarque sur notre «colossale outrecuidance» : à leur propre surprise, ils en ont été peu incommodés. Pourtant, nous n'y sommes pas allés de main morte. Quelques faciles précautions oratoires nous auraient parés de la fausse modestie qu'exigent les usages, mais nous nous en sommes interdit le profit. Nous n'avons manqué aucune occasion de forcer la note comme les coqs de basse-cour, quittes à nous rendre plus horripilants que nature.
   
    HUBERT
Si vous vous êtes voulu horripilants -mais c'est vite dit-  de chaudes félicitations vous sont dues. Mais que dire des étudiants ? Comment ont-ils pu vous supporter? C'est eux d'abord qu'il faut féliciter !

    PIERRE
Ils ont certes été mis à rude épreuve, mais le moment est venu de jouer cartes sur table.  Les deux dernières leçons de ce cycle se situent sur le terrain de la seule conscience et ne s'accomodent d'aucune obscurité. Les arrière-pensée, les doubles sens et les mises en condition sont proscrits. Tout doit être clair, intelligible, logique, au risque de sembler froid. Bien entendu, pour la neuvième leçon, qui est celle de l'intellection , je partage le sentiment de Philippe : nous devons laisser au vestiaire nos sentiments, nos goûts, nos espoirs, nos motivations, et je dirais presque : notre humanité ! Nous les retrouverons à la rentrée d'octobre. Jusque là, nous devrons faire figure de théorèmes géométriques.

    HUBERT
Charmante soirée ! Nos étudiants n'auront jamais été à pareille fête !  Jusqu'à présent, vous étiez horripilants à souhait, mais on vous supportait parce que vous n'étiez pas ennuyeux -enfin, pas très ! (Aux étudiants) Réjouissons-nous : les voilà décidés à devenir inhumains et assomants !!

    BERNARD (aux étudiants)
C'est vous qui fournirez l'élément humain dans ces leçons, et c'est en vous que devra se jouer un drame bien plus réel qu'aucun pédagodrame. C'est pourquoi l'intérêt de ce cours ne fléchira pas. Il y a de l'Ambroise, de la Rosalinde, et de l'Alfred en chacun de nous. Le premier  s'est libéré remarquablement vite, et tous peuvent faire comme lui. Les deux autres sont restés accrochés à leurs programmations affectives et intellectuelles. Chacun de nous, quand il dépiste en lui-même ces déterminismes, peut s'y soustraire et devenir un homme ou une femme libre. Voilà de quoi il s'agit.

    PIERRE
Nous essayerons de rendre clair le cas de ces trois personnes en mettant leurs cartes sur la table.  Mais nous devons commencer  par les y mettre toutes : celles de nos étudiants afin d'éclairer l'aventure qu'ils ont vécue, puis les nôtres pour mettre en lumière celle que nous voulons leur faire vivre . (Aux étudiants) Que vous est-il arrivé jusqu'ici ? Nous pensons que vraisemblablement, ce cours vous a intéressés, étonnés et déçus. Nous vous avons fait, dès la première leçon, d'extravagantes promesses, et vous pensez sans doute que nous ne les avons ni tenues ni complètement déçues. Vous vous dites que ce cours finira peut-être -on ne sait jamais- par déboucher sur quelque chose qui vaille son prix et vos peines. Et vous avez été indulgents à notre outrecuidance pour deux raisons :
1. Il n'est pas certain qu'elle n'ait, en foin de compte, ses raisons d'être.
2.     Nous sommes des personnages fictifs, assez impersonnels pour concurrencer fort peu vos personnes. Vous éprouvez d'autant moins le besoin de vous opposer à nous que nous nous le faisons déjà passablement les uns aux autres. Enfin vous avez compris ou senti que, passionnés par notre sujet et soucieux de vérité seulement, nous ne cherchons pas à nous mettre en valeur. S'il nous a été insufflé quelque semblance de chair et d'os, c'en fut trop peu pour nous faire choir dans cette plus universelle des tentations.
Nous trompons-nous beaucoup en disposant ainsi vos premières cartes ?

    MEDICUS
J'imagine qu'à quelques nuances près tel  a dû être le cas d'à peu près tous. Mais les réponses au questionnaire nous renseigneront sur celui de chacun.

    PIERRE
Abattons notre jeu à présent. (Aux étudiants) Ce cours vous a déçus parce que nous avons dû vous jeter à l'eau -dans le Rubicon- avant de vous apprendre à nager. Nous n'avons pu vous enseigner l'orthologique. Malgré quoi plusieurs étudiants ont fait de très belles brasses, mais Ambroise seul a gagné l'autre rive parce qu'il n'avait aucun choix. Quoique riche, il n'avait pas de  bien à défendre. Ses brillants succès universitaires avaient répondu aux désirs d'un père dont il voulait l'approbation (sans qu'elle pût rien lui apporter : elle se fondait sur des valeurs  fausses pour lui);, mais ils ne satisfaisaient pas à ses propres besoins. Ambroise s'est donc trouvé dans un cas singulier : son plus urgent besoin était de se défaire de «biens» qui n'étaient pas les siens, mais dont il n'était pas parvenu à se débarrasser tou à fait, faute de pouvoir les remplacer : il en voulait de tout autres !

    BERNARD
En trois mots, Ambroise était «pauvre en esprit».

    PIERRE
Son cas éclaire la nature des richesses qu'on ne peut emporter  sur l'autre rive du Rubicon. Les biens matériels, en soi, ne pèsent guère, sauf quand ilss nous engendrent un besoin de nous en justifier, d'avoir raison d'être riches. Mais il peut être pire d'avoir raison d'être pauvre.

    PHILIPPE
Il est bien plus facile à des chameaux de traverser d'un bond gracieux une aiguille qu'aux humains d'AVOIR RAISON en Transrubiconie. Mais le besoin d'avoir raison n'est jaamais que la minifestation d'une crainte dont l'outrecuidance nous délivre : la crainte d'avoir tort, qui est une sorte d'humilité inavouée dont l'orthologique a aisément raison. Ainsi , l'orthologique se distingue de l'enseignement chrétien en ce qu'elle SUBSTITUE L'OUTRECUIDANCE A L'HUMILITE. Or, croyez-m'en, l'outrecuidance est plus facile à pratiquer. (Aux étudiants) Il y a dans cette voie de bonnes chances même pour ceux d'entre vous qui n'êtes pas particulièrement héroïques. Que les héros nous pardonnent cet assaut contre un monopole naguère inexpugnable.

    PIERRE
Cette carte-ci vient trop tôt : c'est l'an prochain seulement que nous pourrons enseigner la forme d'outrecuidance qui conduit en Transrubiconie et qui y règne. C'est celle qui, substituant la bipolarité à l'ambivalence, exploite l'ego au lieu de le brimer. Sans doute est-ce parce que nos étudiants ont subodoré les pouvoirs de cette outrecuidance qu'ils se sont peu formalisés de la nôtre. Mais revenons au cas d'Ambroise qui, vierge d'entraves motivationnelles, a pu nager. Il n'a pas eu besoin de leçons.

    HUBERT
A la bonne heure ! Pour échapper à vos leçons, je suis prêt à sacrifier mes «entraves motivationnelles». Allez-y rondement : débarrassez-m'en! (Aux étudiants) Que l plaisir de jouer cartes sur table ! On comprend tout : leurs leçons furent ce qu'elles sont pour n,nous engendrer un désir si vif d'y échapper que nous nous laisserions arracher nos motivations !

    PIERRE
J'en suis navré, mon cher Hubert, mais ce n'est pas ainsi que ces choses se font. Pour nous débarrasser des entraves qui nous empêchent de nager, il faut … nager ! Nous semblons donc tourner en rond, mais nous nous en tirerons en observant le cas d'Ambroise.

    HUBERT
Parbleu ! Nous sommes entravés et Ambroise ne l'est pas. Il suffira donc que nous soyons comme lui sans entraves pour n'être plus entravés : c'est signé La Palisse. (Aux étudiants) Vive l'orthologique !

    PIERRE
Vierge d'entraves, Ambroise a gagné l'autre rive du Rubicon sans apprendre à nager. Ceux qui ne sont pas dans son cas doivent apprendre, et ils le peuvent en observant ce qu'il a fait. On sait déjà ce qu'il n'a pas fait : il ne s'est pas défendu. Mais qu'a-t-il fait ?

    PHILIPPE
Si un homme s'est expliqué clairement, c'est Ambroise. Reprenons à la page ? de la septième leçon sa réponse à cette question : «Avez-vous accepté, à titre d'hypothèse, la théorie de Bernard ?» «Je l'ai acceptée à titre de vérité fondamentale et criante : tous les points SE RECOUPENT pour former une IMAGE GLOBALE avec laquelle je suis entièrement d'accord …»

Qu'a fait Ambroise ? C'est facile : il a ouvert les yeux. (Aux étudiants) Qu'avez-vous à faire ? C'est facile : apprendre à les ouvrir. C'est ce que nous allons essayer de commencer à vous enseigner aujourd'hui.

    PIERRE
Mettons d'abord toutes les cartes sur la table : les nôtres, celles d'Alfred et celles de Rosalinde, pour éclairer notre jeu et le leur. (Aux étudiants) Notre cours, pensons-nous, vous a intéressés, étonnés et peut-être irrités. Pourquoi ?

    HUBERT
Pour l'irritation , la réponse est facile : non contents de prendre un malin plaisir à contredire tout le monde, vous démolissez tout et ne construisez rien. Assaisonnés d'une âcre sauce dialectique, vous nous servez des sophismes entrelardés de paradoxes. Puis, je me demande comment, vous parvenez à nous les faire ingurgiter ! Ce qui m'intrigue, c'est votre moyen de nous faire avaler vos menus. Je me promets tous les jours de vous envoyer au diable, mais j'attends chaque fois la leçon suivante, et nos étudiants en font autant. Il y a de la sorcellerie dans votre affaire. Mettez, s'il vous plaît, ces cartes-là sur la table.

    BERNARD
Rien de plus simple : ces plats sont ceux dont notre âme a besoin, ceux que notre âme veut. Ces aliments noobiologiques répondent à un besoin vital : ils apportent la vie de l'âme à ceux qui, comme nous tous, s'étiolent dans un monde malade, psychologisé à outrance, et qui, ne voulant connaître que la psyché, a exilé l'âme des hommes. Quiconque goûte à la vie de l'âme ne peut plus s'en passer. (Aux étudiants)  Sans doute n'en êtes-vous pas conscients, mais quelque chose en vous le sait. Aussi n'est-ce pas nous qui vous enseignons l'orthologique. C'est vous seuls qui pouvez céder à vos besoins en l'absorbant. Vous obéissez à un ordre inconscient qui vous fait avancer dans la direction d'un bonheur que vous ne connaissez pas encore, mais que vous poursuivez depuis toujours : le bonheur orthogénétique. C'est le seul vrai : l'orthogenèse est le SEUL sens de la vie. Elle est aussi son sens unique.

    PIERRE
Malgré quoi les reproches d'Hubert sont fondés : nous démolissons tout et n'avons pas commencé à reconstruire. Mais nous ne démolissons pas, comme il croit, «à malin plaisir». Jouant cartes sur table, nous ne cacherons plus rien et nos étudiants vont comprendre ce qui leur est arrivé. Ce cours les a entraînés dans un monde où tout est différent. Nous contredisons tout parce que RIEN n'y survit de ce qui existe dans le monde préhumain où les hommes sont encore obligés d'exercer leurs activités périmées. (Aux étudiants) Le monde nouveau où nous vous avons entraînés -par le moyen des ruses, je l'admets- est celui de la PSYCHOLOGIE DES GRANDS FONDS. Je laisse à Bernard, dont c'est le territoire, le soin d'expliquer ces mots-là.

    BERNARD
C'est la psychologie de l'âme, et l'âme est l'ensemble des déterminismes de la pensée essentielle. Dans notre jeu, cette carte-là est l'As d'atout. Le voici sur la table, mais j'ai peur que nos étudiants n'y voient pour l'instant que du feu. Sa signification et ses pouvoirs seront montrés l'année prochaine.

    PIERRE
En attendant, ceux qui ont fait leurs premiers pas dans un monde où l'âme humaine a le droit de vivre peuvent s'en faire une idée : ils ont pris conscience d'une force enfouie dans leurs grandes profondeurs : l'atavisme. En sont-ils libérés ? Pas encore, mais ils le seront bientôt et quelque chose en eux le sait. Ai-je besoin d'ajouter qu'il y a, dans nos «grands fonds», bien d'autres choses ? Peut-on douter qu'il s'y cache des forces bénéfiques, faites pour nous transporter -quand nous nous laissons faire- vers le vrai, vers le beau, vers la joie, vers l'amour, vers le bonheur ? C'est dans nos ultimes profondeurs que, à l'abri des déformations existentielles (*1), les trésors de la spiritualité essentielle sont préservés. Contre vents et marées elle s'est toujours frayé, même à travers le Singe, un passage jusqu'à l'Homme, mais elle ne parvenait naguère qu'à quelques héros, quelques «saints». Bref aux quelques privilégiés de la «grâce». Elle s'offre à tous aujourd'hui. (Aux étudiants) C'est parce qu'en vous quelque chose le sait qu'en dépit de ses défauts et de nos maladresses ce cours vous a  -peut-être- accrochés malgré vous.

    HUBERT (aux étudiants)
Je ne sais si vous pensez comme moi, mais ces explications m'échauffent la bile. Il y aurait dans nos «grands fonds» de purs trésors. Il s'y cache, prétend-on, tous les secrets du vrai bonheur, et gratis !  A nous la joie, le beau, le vrai et caetera. La sainteté ? Allez vous coucher : c'est périmé. L'héroïsme ? Rangez-moi cette vieille lune au Museum, parmi les iguanodons. Nous n'avons plus à faire d'efforts : tout est offert à tous, je le répète, gratis. Personne ne dit mieux ? Admettons quand même, histoire de rire, que ce puisse être vrai. Revêtus d'un scaphandre, accompagnons nos amis à la pêche au bonheur dans les «grands fonds». Qu'en ramenons-nous ? L'ATAVISME SIMIESQUE !! La pire des choses imaginables !  (A ses collègues) Mes chers amis, si vous croyez vous-mêmes ce que vous dites, une seule  explication : vous êtes sadiques !

    PHILIPPE
Certainement : tous les hommes le sont plus ou moins. Mais il y a, dans le Rubicon, à la page 92, une autre explication : «Lorsque nous observons chez nos semblables ou en nous-mêmes des traits contradictoires, ceux que nous réprouvons nous semblent seuls authentiques …» Or les effets de l'atavisme simiesque sont assez moches pour puer l'authentique à plein nez. Ils se repèrent commodément.

Cette mise à profit des ressources olfactives de nos étudiants résultait d'une des «ruses» dont Pierre revendique pour nous les mérites. (Aux étudiants, avec sévérité) Ne vous avisez pas de nous les contester : nous ne tolérons pas la plaisanterie sur cet article. Tout comme Hubert, nous ne voulons rien devoir à personne. La nature ou Dieu croient pouvoir nous combler de dons gratuits ? Pouah ! Où serait notre mérite ? Qu'ils se les gardent : nous sommes assez grands garçons pour ne compter que sur nous-mêmes. Nous méprisons la grâce, et c'est ce qui fait Notre Grandeur. (Il prend l'attitude boursouflée du matamore) Ah mais ! Ah mais ! Le cosmos va voir de quel bois, Nous, on se chauffe !

    PIERRE
Plus qu'à une «ruse», notre choix de ce fâcheux échantillon des contenus de nos grandes profondeurs obéissait à un ordre chronologique. L'atavisme simiesquie est celui dont il faut se libérer pour pouvoir s'abandonner aux forces bénéfiques qui sont en nous. Cet atavisme nous domine, elles nous libèrent.  Mais, tant que nous sommes dominés, nous ne pouvons nous libérer. C'est donc par là qu'il fallait commencer. Mais le moment est venu de mettre sur la table les cartes d'Alfred et celles de Rosalinde. Philippe, il me semble, a déjà commencé : je le soupçonne d'avoir retourné, par le moyen de son plaisant petit «sketch», une carte maîtresse du jeu d'Alfred, qui voit la grandeur de l'Homme dans le refus de la vérité : la grâce, si elle n'est vérité, ne saurait être que moquerie.

    BERNARD
Alfred n'ayant pas réagi à notre septième leçon, nous ne pouvons affirmer que tel est réellement son cas. Mais nous pouvons le supposer en espérant qu'il nous détrompera si nous le mésinterprétons. Regardons ses cartes l'une après l'autre, comme nous avions invité nos étudiants à le faire :

1.    Nos deux premières questions sont saugrenues à ses yeux. Qu'est-ce à  dire ? Tout simplement ceci : Alfred est de mauvaise humeur. Notre sixième leçon prédisait sa «défenestration», sa disqualification pour le rôle de réfractaire-modèle, c'est-à-dire sa prochaine réceptivité à l'enseignement orthologique. Mais, prenant cette promesse optimiste pour une menace, il était légitimement indisposé contre nous : nous serions des professeurs abominables si nous faisions chanter nos étudiants !

    PIERRE
Prenons-y garde : c'est peut-être un rien notre tendance. Cette carte existe dans notre jeu. Mettons-la sur la table : passionnément attachés à nos étudiants et soucieux de leurs progrès, un zèle indiscret nous pousse parfois à exercer sur eux certaines petites pressions.

    PHILIPPE
Ah qu'en termes délicats !… (Aux étudiants) Je mets les pieds dans le plat : nous les engueulons comme du poisson pourri et leur appliquons à tout propos un martinet impitoyable, mais c'est pour le bon motif : nous sommes entêtés de peupler la Transrubiconie.

    BERNARD
Revenons à nos moutons :  il est clair que les deux questions incriminées par Alfred n'étaient pas saugrenues. Elles l'étaient si peu qu'un tiers des étudiants y ont répondu négativement. Or Alfred sait certainement qu'il n'est pas seul sur cette Terre. Mais il était assez mécontent pour dire n'importe quoi, pourvu qu'il y trouvât son compte. C'est sous cet éclairage seulement que ses réponses devienent importantes et méritent l'attention de nos étudiants.

    HUBERT
Au contraire : si Alfred était en colère, ses réponses ne sauraient mériter aucune attention. J'en puis parler savamment : il m'arrive souvent, quand la mouche me monte au nez, de dire et même de penser des choses irréfléchies, puis de ne plus les penser le lendemain. C'est sans doute le cas d'Alfred.

    PHILIPPE
Je n'en doute pas, mais il s'agit d'autre chose. Alfred s'est servi de ses armes pour parvenir à ses fins : il avait manifestement tort et il voulait avoir raison. Ce qui importe, c'est d'observer comment il s'y est pris, car nous faisons tous comme lui. Chaque fois que nous avons tort, et c'est neuf fois sur dix, nous nous servons des mêmes armes qu'Alfred -si nous avons le malheur de vouloir nous donner raison, et c'est dix fois sur dix !! J'ai qualifié de «remarquables» les objections d'Alfred parce qu'elles contiennent un échantillon d'à peu près toutes les ressources dont disposent les humains pour se tromper et pour tromper. Nous ne l'en remercierons jamais assez. Mais, avant d'en extraire la leçon, voyons une à une ses réponses.

    BERNARD
Les voici dans l'ordre :

1.    «D'accord sur tous les points avec Bernard, qui est seul à fournir des matériaux constructifs». Il se trouve, comme on va voir, qu'Alfred est en désaccord total avec moi sur le point fondamental de la doctrine exposée, celui sur lequel repose tout entier le concept d'une morale biologique. Alfred illustre ainsi un moyen infaillible de se tromper : choisir ce qui nous plaît et laisser dans l'ombre ce qui compte.

2.    «Philippe est naïf : il pense que les puissants d'aujourd'hui ont meilleure conscience que ceux d'autrefois». Philippe  ayant dit exactement le contraire, c'est un moyen parfait de se tromper : rejeter une théorie en déformant (ou pis encore : en inversant) sa première donnée.

3.    «Pas d'accord avec Pierre : à l'en croire la fin justifie les moyens et l'Eglise a le droit de s'appuyer sur les puissants pour survivre». Cette pensée est à l'opposé de celle de Pierre,  mais Alfred se trouve exprimer ici le seul point de vue dont puisse s'accomoder un biologiste. C'est celui que j'ai fait mien pour justifier la morale simiesque et la carotte judaïque : l'une et l'autre ont une VALEUR DE SURVIE. Du point de vue biologique, ce n'est pas la seule mais c'est assurément la première de toutes les valeurs : c'est celle dont dépend, pour toutes les autres, la possibilité d'exister. Arrêtons-nous un instant pour regarder le cas de l'Eglise sous cet angle. L'Eglise, tout d'abord, a survécu elle-même. Nous devons donc lui décerner, à cet égard au moins, un brevet de bonnes moeurs biologiques. Etait-il important qu'elle survive ? Alfred déclare que non : ce qui importe à ses yeux, c'est que «les Chrétiens vivent l'Evangile en sachant ce qu'ils font» (A ses collègues) Qu'en dites-vous ?

    PHILIPPE
Que, ce coup-ci, notre bon Alfred s'est fait prendre les deux  mains dans un sac cousu-main ! Les communistes eux-mêmes n'ont jamais trouvé mieux. Il n'y a pas de moyen plus infaillible de se tromper et de tromper : supposer un problème résolu, se déclarer «pour» sa solution, et accuser ceux qui la cherchent d'être «contre» : nous sommes pour le bonheur universel, et vous voyez bien que les salauds qui gouvernent sont contre : il y a encore des malheureux !…

    BERNARD
C'est bien cela : il ne saurait exister un Chrétien qui ne souhaite aux humains de vivre l'Evangile en sachant ce qu'ils font. Tout le monde est d'accord là-dessus, et Alfred peut être sûr de cette recette, de récolter, comme les Communistes, des suffrages naïfs. Mais quelles sont les conditions à réaliser pour obtenir ce résultat ? Toute la question est là. Ce n'est pas le moment d'en discuter, mais la survie de l'Eglise pourrait fort bien être l'une d'elles. Et il s'en faut que ce soit tout : l'Eglise s'est acquittée d'une fonction dont l'importance biologique est  capitale. Je cite la RUBICON : «La subordination des individus à leur culture était autrefois un mal social nécessaire. Elle était condition d'unité nationale et, dès lors, de SURVIE DES NATIONS. C'était une loi sociologique implacable, inhérente au régime de la thésaurisation intellectuelle, qui implique le règne d'idées toujours discutables et généralement fausses. Pour obtenir l'unité indispensable à la survie des nations, il FALLAIT BIEN que les hommes fussent contraints de s'adapter aux idées. Il fallait bien, en d'autres mots, en faire des MUTILES du cerveau, INCAPABLES DE RIEN CRITIQUER …» Peut-on contester que, pendant près de vingt siècles, l'Eglise s'est acquittée de cette INDISPENSABLE tâche avec une férocité et un succès également fantastiques ? Moralité : ici encore Alfred nous a édifiés : Il a ignoré superbement ce qu'il savait mais ne voulait pas savoir :  il aurait été contraint de se donner tort.

5.    «A force de marcher avec des béquilles, les muscles s'atrophient». Voilà qui est vrai, mais cette image est aberrante : l'Eglise n'avait pas affaire à des vieillards paresseux, elle avait à guider - vers l'Evangile ?- les pas d'enfants qui, n'ayant pas appris à marcher, ne pouvaient se passer ni de morale ni -peut-être- d'églises. A-t-elle bien fait ce métier-là ? Je n'en sais rien. Il se peut que des sociétés de gymnastique eussent fait mieux, mais je n'oserais l'affirmer. Cependant, pour ceux qui veulent se tromper et tromper, la recette d'Alfred est parfaite : se réclamer d'une image ou d'une notion juste pour prouver des choses qu'elle ne prouve pas .

6.    «L'orthologique est une religion». Faite par Hubert dans le Défi Européen, cette objection y est réfutée à la page 50, mais, si Alfred s'en est souvenu, les raisons invoquées ont dû lui sembler mauvaises. Ajoutons-y ceci : si Steiner était sans conteste un homme très effacé, ses successeurs le sont tout autant. Trente-et-un membres du C.I.E.B.S. sont anonymes statutairement, et le trente-deuxième, Jacques Dartan, est un pseudonyme porté ex officio par un septuagénaire choisi pour sa spectaculaire et définitive insignifiance. Les seuls porte-parole de cette religion sont des personnages fictifs.  Un de leur crédo est l'humour (qu'on nous en montre dans quelque religion que ce soit), et leur constant souci est d'exhorter leurs «fidèles» à ne CROIRE RIEN NI PERSONNE, à commencer par ce qu'ils disent ! Non, s'il est possible de porter contre l'orthologique une accusation ridicule, c'est bien celle-là. Autre recette infaillible : ignorer systématiquement tous les faits pour pouvoir porter des accusations fausses. Alfred récidive dans la remarque suivante :

7.    «Je ne nie pas votre science, mais je refuse de me prosterner devant elle». A la page 86 du «Défi», il avait lu cette remarque : «On tombe d'accord avec un scientifique, on ne se prosterne pas devant lui …» Alfred savait mais ne voulait pas savoir que, loin de souhaiter sa prosternation, nous ne la souffririons pas.

    PHILIPPE
Tu-tu-tut !  Je m'en délecterais volontiers -n'était le risque d'en mourir de rire ! Mais le bouquet est la «logique primaire» d'Alfred, empruntée à un homme de génie : «Pourquoi donnerais-je douze francs pour un parapluie», disait un héros de Courteline, «quand je puis avoir un verre de bière pour huit sous ?…» Un cours n'est pas un livre. Ce que vous avez acheté à l'I.F.O., mon cher Alfred, c'est le privilège de vous faire engueuler comme du poisson pourri, et quand vous prêtez à Courteline l'infaillibilité qui appartient à Monsieur de La Palisse, de recevoir d'énormes cinglées de martinert !

    PIERRE
Tirons la leçon contenue dans les réponses d'Alfred. Dans un moment d'humeur, il a montré ses armes sans précautions ni pudeur. Son plaidoyer pro domo, en conséquence, est plus que remarquable : la tromperie systématique y est éclatante, éblouissante. Mais nous faisons chaque jour, un peu plus pudiquement, ce qu'Alfred a fait au grand jour. (Aux étudiants) Beaucoup de vos réponses à nos questions étaient entachées  d'alfrédismes. Découvrez-les, s'il vous plaît. Prenez-vous la main dans le sac. Soyez vigilants. Prenez l'indispensable habitude de vous critiquer vous-mêmes. Certes au point où en sont restés beaucoup d'entre vous, l'autocritique est difficile, mais nous vous en fournirons bientôt des moyens aussi pénétrants que puissants.

    PHILIPPE
Hélas ! Ces moyens ont, comme la bicyclette, un terrible défaut : ils ne sont utiles qu'à ceux qui s'en servent.

    PIERRE
En effet, et s'il est vrai que, comme pense Alfred, nous partageons nos étudiants en deux catégories, nous les distinguons à ce critère : ceux qui se servent de la bicyclette orthologique pour avancer et ceux, devenus rares, qui n'essaient pas de s'en servir et restent sur place. (Aux étudiants) Je vous adresse une prière : pour l'amour de tout ce qu'il y a d'heureux au monde, ESSAYEZ de vous servir de cette bicyclette. Son maniement, au début, peut sembler difficile, mais il ne l'est aucunement : ce n'est qu'une habitude à prendre. L'intelligence n'est guère qu'une habitude. Commencez tout petitement par une «chasse» aux alfrédismes dont vous vous faites l'offrande pour satisfaire à l'ignoble besoin qui nous asservit tous : le besoin ultra-simiesque d'avoir raison même et surtout quand nous avons tort.

    PHILIPPE
Il faut se faire un sport de cette chasse, qui devient vite amusante, puis passionnante. Quant au besoin d'avoir raison, il est bien pis qu'ignoble. Nous le regarderons de près tout à  l'heure : rien n'est plus édifiant.

    PIERRE
La chasse qu'il reste à faire avant de mettre sur la table les cartes d'Ambroise est celle qui nous libère  des programmations affectives. Il y a en chacun de nous de l'Alfred, de la Rosalinde et de l'Ambroise. Il va falloir arracher à Rosalinde le jeu de cartes auquel, désespérément accrochée (la pauvre enfant n'a rien d'autre), elle s'apprête à sacrifier toutes ses chances de bonheur. Il va falloir montrer à Rosalinde non pas ce qu'elle est, mais ce qu'elle FAIT malgré ce qu'elle est. Ou plutôt malgré ce qu'elle serait si elle avait commencé à devenir une vraie femme et une personne vraie. Ce sera douloureux, je crois, bien moins pour Rosalinde elle-même (qui est solide et douée) que pour nous tous: son cas éclaire trop celui des milliers d'enfants dont l'Education Nationale saccage irrémédiablement l'intelligence et l'aptitude au bonheur, et qui resteront à jamais subhumains.

    BERNARD
Comparé au leur, le sort des enfants biafrais ou pakistanais morts de faim est enviable : leurs souffrances auront duré quelques mois. Le traitement de nos écoles est bien pire : les enfants qui le subissent sont appelés à en souffrir tous les jours de leur vie. Les malheureux sont condamnés à un désespoir inconscient !  Ils n'ont pas trace d'espérance, mais ne se savent pas désespérés. Il est impossible de regarder ces choses sans en avoir le coeur meurtri - et la rage au ventre !

    PIERRE
Rosalinde, enfant chérie de l'I.F.O., soyez sans crainte : votre cas n'est pas tout à fait celui-là. Grâce à vos dons, vous êtes déjà l'ouvrière de votre propre salut : vous vous dites totalement insatisfaite. Le désespoir, chez vous, n'est donc pas inconscient, et vous êtes révoltée. Soyez-en félicitée : c'est la seule chose que vous puissiez faire pour toutes les victimes du génocide psychique qui se consomme dans nos écoles. Vous n'acceptez ni pour vous ni pour les autres le sort auprès duquel celui des enfants biafrais est enviable. Or il ne tient qu'à vous que cette horreur prenne fin : apprenez à vous révolter efficacement. (Aux étudiants) Voici les réponses de Rosalinde à cinq questions auxquelles des réponses justes sont la première condition d'une révolte efficace : 

1.    (a) : Pourquoi me révolté-je ? Contre une impossibilité d'épanouissement individuel causée, sur le terrain visible (donc au 2e degré) par le goût qu'on nous inculque de «savourer des opinions» et du savoir ultra-sucré, et par l'asservissement de l'homme à l'économie.

1.    (b) : Quels sont mes objectifs ? Tenter une libération sociologique, psychologique et économique.

2.    (a) : Contre qui cette révolte ? Contre l'Etat (y compris partis et syndicats), les professeurs, les prêtres, les parents, les militaires, les despotes en tout genre. Contre tout ce qui est autorité et inorganisation (par rapport à l'organisation naturelle, biologique si vous préférez).

2.    (b) : Qui sont mes vrais ennemis ? Il n'y a  pas, au fin fond des hommes, de «vrais ennemis» : un homme est un homme, victime d'une situation imprévue. Il n'y a ni bons ni méchants, ni héros ni vilains. Ce sont des traits caractériels comme le désir de domination, de prestige, de mystique, qui existent chez chacun. Ce qu'il faut, c'est empêcher qu'ils se concrétisent. Nos ennemis, pour le moment, sont les gens que j'ai cités.

3.    Pour qui me révolté-je ? Qui sont mes vrais  amis ? Pour tout le monde. Là encore, il n'y a ni vrais amis ni vrais ennemis. Les gens qui nous aliènent pour leur profit s'aliènent à leur tour, à force de croire ce qu'ils disent. Dans le cas présent, les jeunes étudiants (qui se rendent comptent de leur pourrissement intellectuel) et les travailleurs( ouvriers, chercheurs, employés de bureau …, qui sont soumis aux plus mauvaises conditions matérielles et morales) sont alliés, quoi qu'on dise.

4.    Comment me révolter ?  Quels sont mes moyens et ceux de mes alliés ?  Nos seuls et infimes moyens sont une critique constante de l'université, du travail, de la société, de l'Etat, avec information réciproque entre travailleurs et étudiants, de façon à établir une jonction dans la lutte. Matériellement, nous n'avons ni services d'ordre ni armée permanente.

5.    Où mes ennemis sont-ils vulnérables ?  Quels sont les défauts de leur cuirasse ? La fausseté de leurs affirmations et de leurs informations peut être démontrée (on masque les besoins vitaux de l'homme : voir presse, université, publicité, Etat, Messe, religion). Il faut faire prendre conscience aux gens de l'aliénation que cela engendre.

Il était évident que, faute de connaissances et de moyens d'en acquérir, Rosalinde ne pourrait donner de réponses sensées à ces questions. Malgré quoi elle aurait pu chercher à exercer des choix. Non : elle fait une épouvantable salade du vrai et du faux, et elle met tous les humains dans le même sac. Elle se révolte contre tout et contre tous, mais elle croit que c'est pour tous. Cette indiscrimination trahit le désordre et l'ignorance qui règne dans sa tête. Elle sera réinvitée à répondre aux mêmes questions après s'être enrichie de quelques structures intellectuelles et mnésiques élémentaires, et je crois pouvoir prédire de grands progrès : Rosalinde saura comment faire porter à sa révolte les fruits de l'ordre naturel qu'elle invoque. Mais nous n'avons pas à critiquer, pour l'instant, les vues de Rosalinde, qui sont les conséquences d'une incohérence intellectuelle dont il faut commencer par découvrir les causes .

    PHILIPPE
C'est facile : la mélasse universitaire a privé Rosalinde de tout moyen de distinguer le vrai du faux. Faute de critères, il lui a bien fallu choisir ses «idées-force» en fonction d'autre chose. Elle a obéi à des déterminismes affectifs aggravés d'un conventionalisme dont elle est l'esclave inconsciente. La pauvre enfant est aussi conventionnelle qu'un ordinateur électronique, et cela veut dire bien plus qu'aucune nonne enfermée dans aucun couvent. Elle n'a jamais joui d'aucune sorte de liberté.  Elle n'a jamais eu aucun choix. Rien de ce qui lui est arrivé n'a dépendu d'elle : on ne lui a jamais toléré le droit d'acquérir aucune autonomie. De toute évidence, donc, c'est hors d'elle que doivent être cherchés les éléments de sa personnalité, ou plutôt de ce qui lui en tient lieu.

    PIERRE
Elle a quand même une tête et un coeur. Qu'a-t-il pu s'y passer ? Privée d'autonomie, elle n'a pu que répondre à des stimuli. Elle n'a jamais agi, elle a toujours réagi. Mais par quels mécanismes ? A défaut de motivations vraies, elle s'est laissé engendrer des moteurs. Essayons de découvrir comment ces choses ont dû se passer chez Rosalinde. Bien entendu, nous sommes exposés à nous tromper. Qu'elle veuille bien nous reprendre si nous nous fourvoyons.

    BERNARD
Pour aborder le cas de Rosalinde, représentons-nous celui d'une femme tombée amoureuse d'un mauvais sujet. Elle le «gobe». Elle épouse ses querelles et ses rancoeurs. Les faits ne lui ouvrent pas les yeux. Elle accepte ou invente les plus sottes excuses, contradictoires quand il faut, pourvu qu'elles justifient les actes de son amant, quitte à en blâmer le monde entier. La malheureuse n'a plus d'yeux, plus d'oreilles,  plus d'intelligence, plus de bon sens. Ensorcelée par lui, elle n'est plus libre : les déterminismes de son autonomie sont bloqués. Le mal dont souffre Rosalinde n'a pas les mêmes causes, mais ses effets sont pires : les déterminismes de son autonomie ayant été détruits par ses maîtres, la pauvre enfant est envoûtée. Elle ruine toutes ses chances comme si elle était mue par une passion dévorante, mais sans compensations, sans jouissance !! On lui a tout  dérobé sans rien lui donner en échange.  On conviendra qu'elle se révolte à bon droit.

    PHILIPPE
Bref notre gentille Rosalinde a été emmélassée d'importance. Nous ne pourrons rien pour elle tant qu'elle le restera. Nous pourrons tout pour elle sitôt qu'elle aura vomi sa mélasse. (A ses collègues) Vous voyez ce qu'il nous reste à faire : nous n'avons aucun choix.

    MEDICUS
Quoi ?

    PHILIPPE
Faire vomir Rosalinde.

    MEDICUS
Prenons garde : Rosalinde, qui n'a absorbé rien d'autre, s'identifie nécessairement à cette mélasse.

    PHILIPPE
Nous avons donc de moins en moins de choix : nous devons la faire se vomir elle-même ! Mais ce devrait être facile : son dossier  est bourré d'émétiques si puissants qu'il suffira sans doute de l'inviter à en renifler quelques passages pour obtenir ce résultat.

    MEDICUS
Vous vous proposez de lui faire voir ce qu'elle montre d'elle-même dans ce dossier ? Ce serait aussi cruel qu'inefficace. Vous la blesseriez sans l'éclairer, et elle prendrait la fuite. C'est le seul résultat que vous obtiendriez.

    PIERRE
Ce danger la menace en effet, mais nous n'avons pas le choix : il n'y a pas d'autre espoir pour Rosalinde. Si elle poursuit sa route, son sort sera le pire de tous : la défaite totale, la misère définitive. Tout doit être fait pour l'en préserver. La seule thérapeutique quui lui soit applicable est cruelle, mais la pire des cruautés serait de ne pas la lui appliquer.

    PHILIPPE
Ce sera vite fait : le cas de Rosalinde est fantastique parce que, douée et dynamique, elle réagit violemment, et les propriétés de la mélasse universitaire en sont rendues spectaculaires. Rosalinde est une enfant à grand spectacle : un «Grand Guignol» de l'autodestuction. Tout comme la femme amoureuse évoquée par Bernard, une passion l'ensorcelle : le besoin de vengeances, de vivre ses rancoeurs. Et, s'il est au monde une chose qu'elle abomine, c'est la morale conventionnelle, la «vertu», le culte des «valeurs morales». Elle est allergique à ces choses au point d'en perdre tout jugement. C'est pourquoi elle incrimine dans notre quatrième leçon le passage suivant : «Nous vivons entourés de malfaiteurs tantôt sincères et bien intentionnés, tantôt insincères et malveillants». Halte-là, s'écrie Rosalinde : que voulez-vous dire par «bien (ou mal) intentionnés», par bon, méchant, et autres jugements de valeur ? Petite Rosalinde, nous vous l'expliquerons au bon moment, en projetant la lumière sur vos propres intentions, mais, pour l'instant, ayez la bonté de jeter un coup d'oeil sur ce texte :

J'ai oublé de dire combien me révolte votre façon d'attirer les gens à l'orthologique en disant : «Venez : nous allons faire de vous des dirigeants qui gagnerez plein d'argent !…» Belle morale, belle motivation en effet !! Voilà de quoi changer l'homme !!

Cette noble leçon de morale est signée Rosalinde. Hésitera-t-elle à la vomir ? Ce texte nauséabond est empreint d'un moralisme plus imbécile et plus méchant que celui de M.M. Huisman, Barthélémy-Madaule et Feinberg à leurs meilleurs moments. Est-il possible, petite Rosalinde, que vous ne vomissiez pas la répugnante Rosalinde qui condamne vertueusement ceux qui veulent enseigner ou apprendre à gagner de l'argent ? C'est, pour la plupart d'entre eux, une condition d'existence !!

    PIERRE
Vomissez cette Rosalinde-là, petite Rosalinde, sans le moindre regret : elle n'est pas vous. Elle est faite toute entière de mélasse.

    PHILIPPE (à Rosalinde)
Cela suffira pour aujourd'hui. Certes il vous reste à vomir bien pis que la Rosalinde moraliste conventionnelle : c'est le moindre de vos péchés de mélasse. La psychologue conventionnelle et plusieurs Rosalinde fanatiquement conventionnelles sont plus stupides et plus malfaisantes encore. Nous vous inviterons à les regarder lorsque, disposant de moyens de distinguer le vrai du faux, il vous deviendra possible de les voir. Les structures élémentaires de l'intellect vous manquent. Notre prochaine leçon vous les apportera.

    BERNARD
Je voudrais citer un passage dans «Les Jeux» : «Lorsque nous nous laissons saduire aux promesses de bonheur qui  auréolent la jeune fille, puis, peu après, avons à nos côtés une mégère venimeuse, n'en accusons ni la nature (sauf la nôtre) ni Dieu. Elle n'était pas bâtie comme cela : c'est notre ouvrage …» Rassurez-vous, petie Rosalinde : vous n'êtes pas bâtie comme ça !

    PHILIPPE
C'est l'ouvrage de l'Education Nationale, qui a rendu ignorante et stupide à miracle notre petite Rosalinde. Ce crime n'est pas tout à fait consommé, mais il n'y a plus une minute à perdre. Si elle tardait à vomir sa mélasse, elle serait bientôt irrécupérable pour l'humanité : il lui deviendrait aussi impossible d'aimer aucun être humain qu'à aucun être humain de l'aimer. Ce serait, comme dit Pierre, la défaite totale, la faillite, la misère à jamais! (Aux étudiants) Vomira-t-elle ? (A Rosalinde) Vomis, enfant chérie de l'I.F.O. !

    MEDICUS
Plutôt que sa mélasse, je crains qu'elle vous vomisse ! Vos brutalités sont odieuses et vos propos d'autant plus injurieux et blessants que vous dites plus vrai ! (A Pierre) Pourquoi l'avez-vous laissé faire ? Vous savez combien Rosalinde a besoin de douceur et de tendresse.

    PIERRE
Je sais hélas ! que nous pouvons nous tromper sur son cas, mais nous ne nous trompons pas sur celui de Philippe : jamais propos ne furent plus chargés de tendresse vraie que les siens. J'ose espérer (et je crois presque) que cette tendresse acérée traversera la cuirasse de Rosalinde. Il deviendra alors possible de l'entourer d'une tendresse toute faite de cette douceur qui, dans son état présent, lui serait nauséeuse : elle n'y croit pas  et n'y verrait qu'hypocrisie. Philippe s'est épris d'une chaude affection pour Rosalinde qui, d'ailleurs, la lui rend peut-être un rien : il est son «favori»  et il est de ces hommes insupportables auxquels, Dieu sait pourquoi, on pardonne tout. Il ne nous reste qu'à toucher du bois en espérant de ne pas nous être trompés.

    HUBERT
Vous vous trompez à coup sûr, il me semble, en affirmant qu'il y a de la Rosalinde en chacun de nous. Avec la meilleure volonté, je n'en puis trouver aucune trace en moi. Expliquez-vous.

    PIERRE
Le cas de Rosalinde est le plus universel qui soit. Nul n'y a jamais échappé parce que, avant l'émergence de l'orthologique,, il était impossible d'échapper aux programmations affectives. C'est dans leur contexte épistémologique que l'on observe le plus commodément leurs mécanismes. Que Philippe nous les fasse voir le plus simplement qu'il pourra.

    PHILIPPE
Rosalinde aidera tout le monde à les voir parce que la programmation affective a pris chez elle des proportions si caricaturales qu'elle est visible à des lieues. Mais il s'en faut que ce processus soit toujours néfaste et grotesque : l'attrait du beau, par exemple, peut résulter d'une programmation affective. Un pélerinage aux sources de l'épistémologie facilitera la compréhension de ce sujet. L'amibe sait choisir ses aliments, l'oiseau sait choisir les matériaux de son nid, la chienne sait choisir les comportements de ses tâches maternelles. Vivre  c'est choisir, et L'INTELLIGENCE EST UNE APTITUDE AUX CHOIX JUSTES.

Il va de soi, dès lors,  qu'aucun organisme vivant ne saurait être dépourvu d'intelligence : sans aptitudes à des choix justes, aucun ne survivrait une heure. Mais les choses se sont compliquées avec l'émergence de la conscience : devenue autonome, l'intelligence CONSCIENTE allait nous engendrer des aptitudes aux CHOIX FAUX !! Nous allions jouir de la liberté de devenir stupides. Ai-je besoin d'ajouter que les aptitudes aux choix faux sont celles que cultivent et exploitent nos écoles et nos universités pour faire de nous des théologiens, des docteurs Cauchon, des «chiens savants», et, dans les cas les plus navrants, des Rosalinde privées (paradoxalement) de toute autonomie : les choix qu'elles ne peuvent pas ne pas faire, quand leurs maîtres les ont ainsi traitées, ne sont jamais les leurs. L'intelligence se mesurant à l'aptitude aux choix, il reste, pour y voir clair, à se poser deux questions :

1. Pourquoi choisissons-nous ?
2. Comment choisissons-nous ?

La première de ces questions relève de la psychologie, qui dévoile nos motivations, la seconde de l'épistémologie, qui nous révèle les moyens  de notre pensée consciente. Nos actes sont les résultantes de ces deux catégories de déterminismes. Il serait laborieux et très long d'entrer dans les détails de ces mécanismes. Contentons-nous aujourd'hui de les regarder en nous-mêmes depuis Sirius. (Aux étudiants) Veuillez bien, mes chers amis, observer les raisons de nos choix intellectuels. Vous allez constater que neuf fois sur dix, ce sont celles d'Alfred : vouloir avoir raison aux moindres frais, nous rationalisons au plus vite ce besoin-là. D'autres fois nous prenons la peine de plaider notre cause avec plus ou moins de soin, comme fit Antoine un jour que la révolte grondait en lui. Mais, la dixième fois, nous nous lançons à la poursuite de satisfactions plus profondes : nous voilà partis à la recherche du VRAI. Que va-t-il, que doit-il se passer ? Eh bien, nous devenons des Rosalinde jusqu'à ce que nous devenions des Ambroise.

    MEDICUS
Je ne vous suis pas : affligée, comme a dit Pierre, d'un phototropisme négatif, Rosalinde tourne le dos au vrai. Elle a horreur du vrai. Un instinct semble la contraindre à porter ses choix sur ce qu'elle peut trouver de plus faux !

    PHILIPPE
Détrompez-vous : ses instincts la poussent à la révolte, et rien ne saurait être moins faux. Ce qui la contraint à faire des choix déplorables, c'est son éducation. Rosalinde est l'enfant chérie de l'I.F.O. parce que, totalement insatisfaite, elle est partie à la recherche du vrai. C'est ce qui la sauvera et c'est pourquoi nous l'avons prise en si chaude affection. Ceux qui sont partis à la recherche du vrai se trouvent tous dans le même cas : ils doivent chercher à le distinguer du faux. Ils doivent se servir de leurs moyens. Or quels sont nos moyens ? Nous en avons deux et n'en aurons jamais trois :

1. La thésaurisation intellectuelle, qui nous engendre des opinions.
2. La capitalisation intellectuelle, qui nous procure des savoirs.

    (Aux étudiants)
Nous regarderons de très près, en temps et lieu, ces deux choses, mais un coup d'oeil sur la première suffit à nos besoins présents. Prenez la peine, s'il vous plaît, de démonter soigneusement quelqu'une de vos opinions, quelqu'une des idées (non scientifiques) qui vous sont chères. Si vous faites attention, vous constaterez qu'elle repose -c'est inévitable- sur une ou plusieurs préférences, dont vous vous êtes fait un système par le moyen d'une ou de plusieurs logiques bonnes ou mauvaises. Après quoi vous vivez -c'est tout aussi inévitable- dans un microcosme bâti sur vos préférences. Or nul n'accepte de vivre dans une incohérence dont il serait conscient. Une préférence acceptée (et a fortiori choisie) en détermine cent autres, et toute liberté de choix disparaît. Nous nous enfermons, seuls ou à cent mille, dans un monde dont nous ne pouvons plus nous évader. Pour s'en sortir, il faut que, comme dans le cas d'Ambroise, «tout vole en éclats».

    MEDICUS
Ce schéma a cessé d'être juste au siècle où nous sommes. La thésaurisation intellectuelle pure, dont les religions offraient autrefois une illustration parfaite, est devenue impossible. La capitalisation, que les sciences illustrent fort bien, a pénétré partout. Elle a même envahi -et peut-être entamé- la religion. La surprenante vogue de Teilhard de Chardin montre combien les humains, même religieux, sont devenus avides de vérités scientifiques. Peut-être serait-il exagéré de prétendre que les microcosmes fondés sur la thésaurisation des préférences ont volé en éclats, mais ils sont en train de se désagréger.

    PHILIPPE
Mon cher Médicus, vous avez mis le doigt sur la plaie qui meurtrit notre époque : les sciences désagrègent, mais elles ne construisent pas. La raison en est claire : elles ne se prêtent pas aux synthèses sans lesquelles aucun microcosme n'est habitable à des hommes. Un monde scientifique serait inhabitable parce qu'il ne pourrait satisfaire au tout premier de nos besoins :  la coordination de nos automatismes. La science n'y pourvoit pas mieux qu'un métronome ne peut rythmer la démarche d'un mille pattes. La science, dès lors, ne nous satisfait pas. Elle n'est pas plus humaine que les mathématiques. Il y a place pour elle dans l'Homme, mais pas pour l'Homme dans la science : l'Homme est plus grand. S'il en fallait une preuve, l'Art à lui seul la fournirait.

Puis c'est le coup de théâtre : ce que ne pouvaient les  sciences, l'orthologique le fait ! Rosalinde, tout à coup, devient Ambroise. Qu'est-il arrivé à Ambroise ? Nous en avons fait sommairement le récit dans notre dernière leçon. Ecoutons-le lui-même à présent. Voici l'aventure d'Ambroise vue par Ambroise :


    AMBROISE VU PAR LUI-MEME


C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu votre interprétation de l'aventure d'Ambroise. Cela m'a permis de faire le point. Tout s'est déroulé si vite après la quatrième leçon que j'en avais bien besoin. Vous ne pouviez présenter un récit complet de cette aventure, faute de place certes, mais aussi parce que mes réponses aux questionnaires ne disaient pas les divers tâtonnements et ajustements qui ont marqué ma progression. Il y a, à côté de ce qui peut s'écrire, l'immense part indicible du fonctionnement des petits mécanismes intellectuels qui contribuèrent à éclairer tel ou tel point particulier de ce qui formera ensuite une image globale. Je crois que ce qu'Ambroise a fait, dans le calme, c'est bien de rechercher les diverses manières qu'il avait de se prendre la main dans le sac.

Il est exact que mon seul choix était d'apprendre à penser ou sombrer. En réalité, j'avais sombré depuis longtemps et n'étais retenu vaille que vaille à la surface  que par cet instinct que nous portons en nous et qui nous fait savoir que le bonheur est dû aux humains. Le malheur laisse infiniment moins de traces que le bonheur.

Mon aventure, vous en connaissez mieux que moi les causes : j'ai suivi votre cours. Après avoir lu vos livres, je disposais d'assez d'«amorces de preuves» pur savoir que je pouvais vous faire confiance. Je n'ai donc cherché à vous opposer aucune résistance : vous n'avez cessé de répéter que vous ne nous imposeriez aucune opinion et que vous nous fourniriez les moyens de nous comprendre nous-mêmes. Mon seul souci a été d'appréhender ces instruments.  Je pense notamment à la logique primaire, qui me déconcerte encore un peu par sa simplicité, et surtout à la logique cruciale, à la quelle j'ai eu moins de mal à m'adapter.

J'ai lu et relu chacune de vos leçons en cherchant à la réduire à sa plus simple expression. Après ces lectures, je m'installais confortablement pour la recomposer moi-même GLOBALEMENT sans m'attarder aux détails. Me prendre la main dans le sac a été un jeu d'enfants après avoir acquis les moyens de le faire. Et je crois que le moment crucial, celui dont tout a dépendu, a été celui où j'ai vu à quel point je pouvais être singe ! Je vous l'avez dit : ça m'a fait mal ! Mais pourquoi refuser cette évidence-là ? Je l'ai acceptée et la sérénité s'et installée en moi. J'ai été peiné de voir Antoine, parvenu au même point, se raccrocher aux branches sur lesquelles il vivait. Vous m'avez montré où est la «Terre des Hommes», et j'ai ouvert les mains pur m'y laisser tomber. Le choc de l'atterissage passé, j'ai découvert un monde extraordinaire, qu'il suffisait de VOIR pour être heureux.

Autant dire avec vous que je n'ai pas fait grand chose. Je me suis contenté d'aller jusqu'au fond de certaines évidences, d'accepter l'incontestable et d'ouvrir les yeux. Je crois que mon fauteuil a joué un plus grand rôle que moi dans tout ceci !  J'ajoute cependant que je n'avais rien à perdre au départ, ce qui explique que je n'aie jamais cherché à défendre mes idées ou mes opinions.  Au plus aurais-je sans doute préféré avoir quelque chose à perdre et n'avoir pas vécu dix années d'angoisse. Ces explications pourront paraître bien minces, mais je ne vois pas pourquoi en rajouter : tout y est, et tout se trouvait dans vos leçons et dans vos livres, notamment dans  les pages 223 à 236 du Rubicon.

    PIERRE
Vus par lui-même, l'aventure d'Ambroise est un bréviaire de l'apprenti orthologicien. Il a fait d'instinct tout ce qu'il fallait :

1.    Très vite, extraordinairement vite, il a dépassé la phase critique de son approche de l'orthologique : les «amorces de preuves» lui ayant paru bonnes, il lui a fait confiance. Pourquoi l'a-t-il pu alors que d'autres ne le peuvent pas ?

2.    Il a mis en jeu les mécanismes intellectuels qui contribuent à éclairer les «points» de l'image globale.

3.    En réduisant le contenu des leçons à leur plus simple expression, il s'est trouvé chercher -et il a découvert- l'extraordinaire simplicité de l'orthologique, qui est en effet ce qu'elle a de plus déconcertant : il est par trop invraisemblable, et il semble donc inacceptable, que des moyens «bêtes comme chou» obtiennent des résultats fantastiques, qu'ils nous procurent la vision de TOUT !! On ne peut en croire ses yeux. Pourquoi Ambroise a-t-il pu accepter que tout lui soit donné sans qu'il lui en revînt le moindre mérite ? C'est «son fauteuil qui a tout fait» !

4.    Bref Ambroise a ouvert les yeux et il a vu. Moins encore qu'à la logique primaire, il n'a eu aucune peine à s'adapter à la logique cruciale, visuelle, qui est en effet la plus facile.

L'aventure d'Ambroise est la chose la plus normale, la plus banale même, qui soit au monde. Ce qui ne l'est pas, ce qui est incroyable, c'est que tous nos étudiants, du premier au dernier, ne l'aient pas vécue tout comme lui.

    BERNARD
La raison de cette différence est claire : comme vous l'avez observé, c'est d'instinct qu'Ambroise s'est abandonné à l'orthologique. C'est d'instinct aussi que d'autres lui résistent. Tous sont mus par l'instinct de conservation. Mais Ambroise, qui se noyait, s'est appliqué à conserver la vie, les autres à conserver leur biens, leurs trésors culturels, auxquels les humains sont plus attachés qu'à leur vie -sauf lorsqu'une mort immédiate les menace : dans un naufrage, les hommes lâchent un sac d@'or pour agripper une bouée.

    MEDICUS
Si cette explication est juste, elle laisse peu de place aux illusions : les réactions instinctives échappent sans doute à toute éducation. Or si, pour devenir orthologicien, il faut se trouver (ou  pis encore : se mettre soi-même) en danger de «mort immédiate», je doute que beaucoup de candidats à l'orthologique soient prêts à la payer ce prix-là ! Il semble que, rétrospectivement, Ambroise lui-même n'y consentirait pas.

    PIERRE
Si l'orthologique n'avait d'autre pouvoir que d'apporter le bonheur, l'intelligence et la joie à ceux qui ont perdu tout espoir, elle serait déjà un don du ciel. Mais elle est accessible à tous, bien que l'instinct de conservation y joue en effet un rôle important, favorable dans certains cas, défavorable plus souvent.

    BERNARD
S'il est vrai que l'instinct n'est pas éducable, l'Homme se distingue de l'animal par un caractère fondamental : il peut se soustraire aux emprises de l'instinct. Il peut leur substituer des déterminismes conscients. C'est cela qu'il faut faire pour devenir orthologicien.

    PHILIPPE
Nous voici au bon moment pour déposer sur la table nos cartes maîtresses. Nous avons cherché à entraîner nos étudiants (par le moyen de ruses dont nous dévoilerons plus tard les mystères) dans un monde où il leur devienne possible dse COMMENCER à se soustraire aux emprises de l'instinct. Dans un monde où ils puissent faire exprès ce qu'Ambroise a fait d'instinct. Reprenons l'une après l'autre les choses qu'il a  faites :

1.    Le dépassement de la phase critique  s'est faite chez Ambroise à la vitesse de l'éclair. Mais, contrairement à ce que pensent plusieurs étudiants, la plupart se sont mis eux aussi, quoique plus lentement, dans le même cas. Nous avons beau inviter les objections et exhorter à la vigilance, ils ne critiquent plus les acquisitions de l'orthologique. Quelques-uns discutaillent pour la forme, sur la forme ou sur un mot. Mais, à très peu d'exceptions, tous se sont ralliés au fond, souvent à contrecoeur et parfois de mauvaise grâce. Mais ce travail préliminaire et totalement indispensable est très avancé chez la plupart, à ce qu'il nous semble. Nous comptons sur notre questionnaire pour nous renseigner sur le cas de chacun.

2.    La mise en jeu des mécanismes de l'intellection n'a commencé que chez ceux qui jouissent déjà d'une autonomie, et ils sont peu nombreux. Or nous n'avons pas encore abordé ce sujet, qui exige une structuration intellectuelle adéquate. Rien d'approchant n'étant enseigné dans nos écoles, ces structures font défaut à beaucoup d'étudiants presque autant qu'à Rosalinde. En conséquence ils n'ont pu, comme Ambroise, éclairer les points de l'image globale. Ne voyant  pas les points, comment verraient-ils l'image ? Ces indispensables structures seront apportées dans notre prochaine leçon.

3.    La réduction à leur plus simple expression  des contenus de nos leçons se fait chaque fois que, élisant domicile à Sirius, nous ne conservons dans notre champ visuel que ce qui se voit de là-haut. Nous en avons fourni plusieurs exemples, mais n'avons pas formé  nos étudiants à cette technique macroscopique. Il était trop tôt, mais ils ne perdront rien pour avoir attendu.

4.    La logique cruciale, qui est la plus facile de toutes, émerge spontanément lorsque ses conditions sont réunies, et cet instrument réalise idéalement la coordination de nos automatismes. Quiconque ouvre les yeux au réel en recueille les bénéfices, et c'est ce qu'a fait Ambroise. Voilà pourquoi, sans plus d'explications que tous n'en ont reçu, il s'est trouvé disposer de cet admirable outil

    PIERRE (aux étudiants)
Ce qui est arrivé à Ambroise vous arrivera à tous, du premier au dernier, mais à une condition dont la réalisation ne dépend que de vous. Nous n'y pouvons rien. Il vous faut consentir à substituer des déterminismes conscients à ceux qui vous meuvent à votre insu.  Ne vous récriez pas ! Ne dites pas que vous y êtes tout prêts, que vous ne demandez que cela : c'est sans doute vrai, mais, dans la majorité des cas, ce ne l'est pas assez. N'invoquez pas non plus l'impossibilité de cette tâche, qui désespère (combien légitimement)) les psychanalysés. Vous n'êtes pas invités à poursuivre vos motivations souterraines : vous n'en finiriez jamais. De grâce, laissez en paix vos «complexes». C'est à remplacer vos motivations ataviques préhumaines par des motivations humaines, c'est à transcender le Singe qui vous habite nécessairement, et vous habitera toujours, que nous vous convions. Bien entendu, nous vous y aiderons. Consacré à la «nature humaine», le deuxième cycle de ce cours mettra en lumière les motivations transcendantales des humains.

    PHILIPPE
En attendant, et pour conclure cette leçon-ci, voici un «tuyau» déjà fort utile. Il suffira, pour s'en servir, d'accorder une dernière minute d'attention au cas de notre Alfred, l'homme- qui- veut- avoir- raison-même- et- surtout- quand- il- a-tort. Pourquoi veut-il avoir raison ? Pourquoi voulons-nous tous avoir raison ? C'est à Hubert qu'il faut poser cette question.

    HUBERT
Heu - votre question  est saugrenue : qui au monde aimerait d'avoir tort ?

    PHILIPPE
Nous en avons eu sous les yeux un exemple éclatant : le cas d'Ambroise. Avant même de s'inscrire à ce cours, il a exprimé sa crainte d'avoir raison ! Qu'on se rappelle, à la page 106 du «Défi», le passage suivant :

«L'orthologique comble les voeux des savants. Qu'on se représente la vie intérieure  d'hommes qui n'ont jamais le droit de rien accueillir sans y être contraints. Les savants ne pouvant jamais s'enrichir  ni s'évader que contraints, la contrainte est leur bien souverain : c'est la seule chose dont ils aient rien à attendre …»

Les savants ne peuvent s'enrichir ou s'évader que s'ils se laissent contraindre à autre chose que ce qu'ils savent ou croient savoir. En d'autres mots, s'ils ont la chance insigne de n'avoir PAS raison. (Aux étudiants)  C'est votre cas tout autant. Vous ne vous enrichirez jamais si vous n'avez la bonne fortune d'avoir tort. Priez le ciel d'avoir tort. Que ce soit votre constant souci, votre constant espoir.  Celui qui veut avoir raison veut se fermer à tout. Il préfère son minuscule amour-propre à TOUT. Il est un SINGE DEFINITIF !!


    COURRIER DES ETUDIANTS
    LE CAS D'AMBROISE, ou L'ECOLE DES SORCIERS


    PHILIPPE
Une fois de plus, notre empressement à rendre compte du cas d'Ambroise a choqué quelques étudiants sainement allergiques à la littérature obscène qui crée de profitables corrélations entre l'abêtissement du bon peuple, la couleur de son linge, et la fortune des producteurs de lessives. «Regardez-moi l'äme de notre Ambroise», avons-nous semblé dire, «et constatez que l'orthologique lave plus blanc…» Hélas ! sur le chemin de Damas, Saint Paul a été blanchi plus vite sinon mieux qu'Ambroise. Plus près de nous, le «Cavalier Seul» du FIGARO, André Frossard, s'est suffi d'une seconde pour «rencontrer Dieu» et en conclure qu'Il existe. Puis il nous a proposé cette «preuve»  dans un plaisant petit livre ainsi intitulé. Enfin, comment comparerions-nous sans rougir la performance d'Ambroise à celle d'une Simone Weil ? Non, l'orthologique n'aurait garde de se laisser inscrire dans une course de cette sorte, et c'est de plusieurs autres choses qu'il s'est agi.

Le cas d'Ambroise a été évoqué tout d'abord au bénéfice de ceux de nos étudiants qui, sensibles à leurs seules émotions, ne veulent connaître de preuves que vécues, ressenties. Ambroise nous a fait toucher du doigt l'énormité de cette erreur : rien ne prouve que l'orthologique ait été pour rien dans son aventure ? Peut-être avait-il avalé sans le savoir quelque chose d'hallucinogène ce soir-là ; peut-être le travail avait-il été fait à retardement par la physiothérapeute «Vittoz», par les médecins de la Sorbonne ou même par le prêtre janséniste. Sans doute le diable lui-même ignore-t-il ce qui a pu se passer, mais pourquoi nous frapperions-nous ?  Même si elle est due tout entière à l'orthologique, l'aventure d'Ambroise doit être récusée en tant que preuve  par la forte raison qu'elle a été vécue. Il s'est donc agi d'une EXPERIENCE INTERIEURE. Or ces choses-là relèvent de la sorcellerie. Quel imprudent oserait demander des preuves  à un sorcier ?

    PIERRE
Jusqu'à l'émergence de l'orthologique, l'art de susciter des «expériences intérieures» relevait en effet de moyens «magiques» ou ésotériques qui échappaient à toutes preuves. Mais ces sujets délicats ne pourront être abordés que dans plusieurs leçons. Entre-temps, nous pouvons en dire ceci : 1. L'expérience intérieure des autres ne convainquant jamais qu'eux-mêmes, elle ne peut avoir aucun caractère probant. 2. Nos expériences intérieures ne sauraient prétendre -même à nos propres yeux- à aucun caractère probant, si convaincantes puissions-nous les juger. Nous sommes donc les victimes -ou les bénéficiaires- d'une hérésie méthodologique quand nous tenons leurs significations pour prouvées.

    BERNARD
C'est ce qu'a vu et compris un des plus prestigieux précurseurs de l'orthologique : KRISHNAMURTI. Il a tenté -sans grand succès d'ailleurs- d'engendrer à chacun une expérience intérieure unique, incommunicable et suprême en nous libérant tous de la tyrannie de celles des autres. C'est pourquoi il a fait à toutes les expériences intérieures de tous les autres un procès cruel mais irrésistible d'orthologicien en herbe. Quand ce sujet pourra être abordé dans ce cours, on verra cependant que la cruauté de l'orthologique disparaît à sa maturité.    

    PHILIPPE
L'évocation du cas d'Ambroise nous a semblée utile pour une deuxième raison : bien que non probant il est merveilleusement démonstratif de la valeur thérapeutique de l'orthologique. Cette démonstration réside dans la colossale outrecuidance de l'I.F.O., qui a pu prédire son aventure à Ambroise, puis lui prédire une stabilité bien vérifiée  dans les faits elle aussi. L'aptitude à prédire, qui est un des meilleurs critères de la valeur d'une théorie scientifique, est acquise en psychologie, et ceux de nos étudiants qui le souhaitent peuvent devenir des «sorciers» de la psychothérapie.  La pédagogie, en revanche, ne saurait s'accomoder de sorcières : il y faut des femmes féminines, qui sachent allier  l'intelligence à une douceur qui  n'appartient qu'à elles. Nos étudiantes sont invitées à se mettre à l'Ecole des Sorciers pour y trouver l'occasion  de constater, de leçon en leçon, que rien n'a jamais été moins magique, moins ésotérique, bref moins «sorcier» que la psychologie et la pédagogie enfin vraies, enfin humaines.  


    QUERELLE DE MOTS


    PIERRE
Cette année comme les précédentes, peu d'étudiants ont précisé leurs griefs dans cette querelle. Mais s'agit-il bien d'une querelle de mots ? Certes, nos propos sont souvent irritants, déconcertants et même horripilants. Mais je doute que leur forme y soit pour grand chose. Deux étudiants semblent en avoir été vraiment gênés, dont un musicien de 19 ans, IM.466, qui en juge le style médiocre mais ne s'en explique pas davantage. IM.486 est plus précis. Il relève l'emploi systématique d'expressions comme «prétendre à» et «satisfaire à», qu'il juge inutilement emphatiques. Sur ce détail, nous pouvons nous expliquer facilement : l'emploi de ces expressions répond à un souci de justesse. «Prétendre à» exprime non pas une prétention, mais une ambition, «satisfaire à» signifie pourvoir à des besoins sans procurer nécessairement une satisfaction. Mais, ce qu'IM.486 nous reproche surtout, c'est de parler tous le même langage, d'user des mêmes mots  privilégiés et des mêmes tournures de style. Ainsi, quoique les idées exprimées diffèrent, «c'est», dit-il, «toujours le même personnage qui s'exprime …»

Cette remarque m'a éberlué parce que, pour la première fois depuis que ce cours est diffusé, elle atteste chez un de nos étudiants un réel souci de la forme. La chose est d'autant plus surprenante que son cas n'est pas celui du dilettante ou de l'esthète : il n'est nullement insensible au fond. Bien entendu, la vérité de ce qu'il dit crève les yeux : nous avons tous cinq les mêmes tics, les mêmes manies, les mêmes faiblesses verbales. Nous sommes donc cinq à faire les mêmes grimaces !! Cela devrait être insupportable. Mais, s'il n'est pas douteux que tous l'ont remarqué, seul IM.486 en a fait la remarque?. Pourquoi ? Sans doute apprendrions-nous quelque chose d'utile si nous en découvrions les raisons.

    PHILIPPE
Le cas d'IM.447 pourrait nous aider à y voir clair. Son commentaire sur notre langage est laconique : «Tout est O.K.». Mais la note attribuée à la 7ème leçon en dit plus long : «10/20 - Enseignement au compte-gouttes». A mes yeux, plutôt que celle d'IM.486, cette remarque est la plus surprenante qui ait été faite sur ce cours. Car celui-ci s'apparente à un roman policier série ultra-noire, où des victimes chaque jour plus sophistiquées se font massacrer de plus en plus diaboliquement par des assassins de moins en moins étonnés par la nature de leurs activités. Or, selon IM.486, «ces gens-là n'ont vraiment pas le sens des tons pastel…». Et IM.447 : «Quatre cent soixante-dix cadavres ? C'est du travail au compte-gouttes !…»

    BERNARD
Il est clair que la plupart de nos étudiants ne s'aperçooivent pas des monceaux de cadavres qui gisent à leurs pieds après chaque leçon. Mais ils semblent les subodorer. D'où les réactions qu'ils ne s'expliquent pas eux-mêmes. Ils croient pouvoir incriminer la forme, mais parviennent rarement à préciser leurs griefs, sans doute parce que ce ne sont ni nos mots ni notre style qui les rebutent vraiment. En revanche , des amoncellements de cadavres même clandestins sont difficiles à tolérer.

    PHILIPPE
Cette leçon étant celle des cartes sur table, pourquoi ne ferions-nous pas un étalage de ces cadavres ? Le moins qu'on puisse en dire est qu'ils sont pittoresques. Au risque de me faire arracher les yeux par des personnes dont le coeur est particulièrement bon et sensible, j'avouerai tout de suite que je les trouve surtout, quant à moi, franchement amusants.

    PIERRE
Heureux qui peut les regarder ainsi, mais ce n'est pas facile. Nous sommes trop impliqués dans cette tragégie. Et les choses vont trop vite aujourd'hui pour nous laisser le temps de prendre les distances nécessaires à une juste perspective de nous-mêmes.

    PHILIPPE
Le cas de Freud illustre bien ce phénomène d'«accélération de l'histoire». Il fut notre premier grossiste en cadavres vraiment très pittoresques : les «Gens Bien». Il mit en lumière, par exemple, la comédie imposée aux grands-pères de son temps, tenus de jouer les vieillards nobles, et de se prendre pour Victor Hugo. Mais il fallut quelque cinquante ans au bon Freud pour les promouvoir au rang reconnu aux grands-pères aujourd'hui : celui de bouches-inutiles-en-même- temps- qu'emmerdeurs- patentés. Quant à nos pères, Freud mit le même temps pour leur assurer les avantages dont bénéficient ceux qui ont appris à se prendre pour d'irrémédiables dégoûtants : la double satisfaction de vérifier grassement ce diagnostic dans leurs actes et de s'en désolidariser dans leurs jugements. Convenons que tout cela était grisant, et qu'il n'y avait pas de quoi fouetter un chat ! Les choses vont autrement vite aujourd'hui, mais nos étudiants ont été soumis à un régime franchement abusif :

En janvier, dans la quatrième leçon, un ploutocrate leur ouvre son coeur. Il est si hurlant de vérité qu'aucun mâle de notre espèce ne peut le renier : pareil à une femme enceinte, il le sent bouger dans son sein ! Et le voilà qui SAIT pourquoi, au lieu de servir les humains, le Machine les broie à un train d'enfer -dans le train  de l'enfer ! Cela fait combien de cadavres à nos pieds ? Une bagatelle : tous les seigneurs hauts et puissants -et tous ceux qui le seraient devenus ou le deviendraient s'ils l'avaient pu ou le pouvaient.

En février, des hommes graves et austères cette fois : des professeurs, des théoriciens, des penseurs de toute sorte, font sous nos yeux un pacte avec le diable : ils mobilisent leurs ressources conscientes (celles de leur conscience) pour perpétuer inconsciemment le règne de la faim sur une planète saccagée inconsciemment par leurs soins. Force nous est de constater qu'il se cache dans les grands fonds de leur inconscient -et du nôtre !!- des forces ténébreuses douées du pouvoir de fausser les mécanismes de leur pensée discursive -et de la nôtre !!- et même de les détraquer assez pour la rendre idéalement absurde : l'argent, par exemple, a été donné pour comestible par tous les économistes du monde !! Combien de personnes augustes à nos pieds à l'état de cadavres, dont quelques-uns nous ressemblent désagréablement.

Le mois suivant, c'est le désastre : nos menus quotidiens s'enrichissent d'une carotte : la morale, et les satisfactions que nous pouvions prendre à censurer nos contemporains en qualité de Juges, c'est au titre de Goinfres qu'il nous devient vraiment difficile d'en tirer une grande dignité ! Où sont nos gloires d'antan ? Mais ce n'est pas le plus grave : IF.433, qui a des antennes, l'a fort bien pressenti : «Où est l'amour  là-dedans?…» s'écrie-t-elle. L'amour ? Où diable serait-il ? CeuX qui se trouvent savoir ce que peut vouloir dire le mot «amour» répondront sans peine à cette question. Mais, quand nous ne faisons que le sentir, nous n'avons pas la plus petite chance de découvrir où l'amour se tient caché. Et, quand nous ne savons ni ce qu'est l'amour ni où il est, nos chances d'en rien dire de vrai sont singulièrement minces ! En revanche, un infini de liberté -qui repose sur les «droits imprescriptibles de l'ignorance»- s'offre à ceux qui éprouvent le besoin d'en dire du faux. Aussi n'est-il rien de si faux qui n'en ait été dit, puis redit et redit et re-redit de plus en plus souvent et facilement : c'est la vertu de nos «cultures».

Sur ces entrefaites, voici qu'au cours de notre sixième leçon L'AMOUR DU PROCHAIN (tel que le travestit la culture infligée aux Chrétiens)  cède  la place à un ciment social de meilleure prise : le MEPRIS MUTUEL !!!

Combien de cadavres à nos pieds ce coup-ci ?

La vérité toute crue, c'est  que la dureté et la brutalité de ce cours sont abominables. Elles n'ont, que je sache, été approchées nulle part. Loin d'y aller au compte-gouttes, nous avons défoncé les mythes régnants en Cisrubiconie à gigantesques coups de boutoir, et sans compensations d'aucune sorte. Les reconstructions ne commencent qu'à la prochaine leçon. L'incroyable, ce n'est pas que nos étudiants nous résistent, c'est qu'ils nous aient supportés.

    PIERRE
C'est d'autant plus étonnant que nous ne les y avons pas aidés. Nous les décourageons sans cesse et ne ménageons pas leur amour-propre. Cela nous a valu, on s'en doute, de nombreuses défections, dont celle d'ALFRED. Nous devrions y être indifférents, mais nous ne le sommes pas plus que nos étudiants, j'ai bien peur, ne parviendront à le devenir eux non plus : l'orthologique n'obtient pas ce résultat. Ainsi quand, asservi à la toute-puissance de son amour-propre, un fonctionnaire de 52 ans comme Alfred prend la fuite et se voue aux amertumes attachées à l'état de fonctionnaire vieillissant et débordant d'amour-propre, nous en sommes navrés. Et, quand une fille ou un garçon de vingt ans s'abandonne au destin qui l'attend en Cisrubiconie parce que nous ne sommes pas fichus d'éveiller son intérêt, cela nous est autrement douloureux qu'aucune blessure d'amour-propre. Mais nous n'y pouvons rien : toute concession aux goûts du siècle serait tricherie, et toute tricherie anéantirait ce cours.

    PHILIPPE
Il est triste mais bougrement vrai que chez des personnages fictifs comme nous, la sensibilité du coeur reste égale à celle des statues de bronze et de granit qu'on a vues verser des pleurs sur notre Adélaïde. Pour éviter que feu Alfred soit humecté des nôtres sans profit pour personne, hâtons-nous d'écouter deux étudiants, l'un favorable, l'autre réticente :

    IM.430
En relisant vos leçons et vos livres, des choses neuves apparaissent à chaque nouvelle lecture. Je suis souvent surpris que telle ou telle phrase m'ait échappé à la lecture précédente. J'ai découvert aujourd'hui, par exemple, que les premières leçons, plus particulièrement les 4ème et 5ème, ont des portées bien plus lointaines que je ne les avais vues.

    BERNARD
Le cas d'IM.430 s'apparente à celui d'Ambroise : il s'est lui aussi transformé mais progressivement au lieu d'explosivement. Son cas éclaire une grave difficulté inhérente à l'enseignement orthologique : la nécessité d'une sorte de symphonie à deux voix, dont l'une a cours en Cisrubiconie et l'autre en Transrubiconie ! A mesure que nos étudiants se transforment, ils perçoivent puis entendent cette seconde voix, alors qu'au début elle tend à brouiller et parfois à étouffer la première. Nous devons faire l'impossible pour atténuer ces effets de «brouillage», mais aucune illusion n'est permise : notre langage ne sera jamais facile aux étudiants du premier cycle. Cette difficulté disparaît dans le courant du deuxième : à partir de la quatorzième leçon TOUS se sont révélés entendre la  langage…transrubiconien, et beaucoup commencent à le parler eux-mêmes.

    IF.438
Pour ce qui concerne les mots, j'ai peu apprécié, dans la 7ème leçon, votre «catabolisme». Le dictionnaire m'en a appris le sens, mais il est agaçant d'y recourir et cela fait perdre du temps. N'oubliez pas que vos élèves ont dû insérer votre cours dans des horaires déjà surchargés. Pour catabolisme, il semble n'y avoir pas de synonymes plus doux à nos oreilles. Mais, pour ce mot et d'autres de la même veine, ne pourriez-vous donner l'explication entre parenthèses -et même la redonner si le terme a été expliqué dans vos livres ou dans une leçon précédente, pour aider ceux dont la mémoire n'est pas infaillible ? Enfin, le discours de Philippe (pp. ? et ?) semble avoir été composé tout exprès pour nous dérouter ! Pourtant, j'apprécie son style. Je le comprends généralement mieux que Pierre ou Bernard. Cette fois, chaque paragraphe pris isolément m'intéresse et m'apprend quelque chose. Il a même réussi à clarifier l'histoire des particules ! Mais, passer des particules à la choucroute et, sans prendre la peine d'agiter le mélange, en conclure que l'instant présent est éternel, et que cela nous délivre de notre peur de mourir (!!!) ressemble à un tour de prestidigitation. Je n'ai rien vu, rien compris  ! Est-ce de la logique cruciale ? Puis vous affirmez sans sourciller qu'orthos veut dire droit, après nous avoir fait faire plus de bonds en zig-zag qu'un lièvre poursuivi ! Permettez-moi d'en retirer la choucroute : je préférerais m'en régaler à un autre moment. Ainsi, je pourrai peut-être absorber le reste …

    PIERRE
Jouant cartes sur table, je ne chercherai pas à cacher nos perfidies cousues de fil blanc ! Tous ont dû s'apercevoir que, loin de faciliter la tâche de nos étudiants, nous avons soin de la leur rendre aussi difficile que nous croyons le pouvoir. Nous cherchons à leur engendrer l'habitude de surmonter des difficultés de plus en plus grandes. Un de nos objectifs, par exemple, est de fortifier leur mémoire, et nous n'avons garde de leur en rendre l'exercice inutile. Nous sommes soucieux, d'autre part, d'enrichir leur vocabulaire actif -celui dont ils se servent eux-mêmes- et nous pouvons rassurer IF.438 sur un point : le temps consacré à la découverte du «catabolisme» dans son dictionnaire n'aura pas été PERDU : ce mot important se sera gravé dans sa mémoire bien mieux que si elle n'avait pas eu à lever le petit doigt pour en découvrir le sens.

    BERNARD
Puisque nous sommes entrés dans la voie des aveux, allons-y jusqu'au bout. Dès notre première leçon, nos étudiants ont été avertis que l'I.F.O. n'est nullement désintéressé. Cet organisme poursuit des fins précises, qui rendent nécessaire la formation d'un groupe d'hommes et de femmes d'ELITE (*2). Nous devons subordonner TOUT à cet objectif prioritaire, même le confort de nos étudiants, même leur approbation, même leurs satisfactions : nous les trahirions et nous trahirions nous-mêmes si nous faisions autrement. Mais il va de soi que ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas s'intégrer dans cette «élite» ne sauraient se plaire à un cours qui ne peut tenir aucun compte de leurs goûts. Des moyens de voir clair dans leur propre cas leur seront fournis dans la prochaine leçon.

    HUBERT
Tout cela est très joli, mais rien ne peut vous obliger à maltraiter vos étudiants avec un sadisme qu'aggrave le soin pris par Philippe pour  affirmer que ce n'est pas par sadisme ! Servie seule, sa choucroute n'eût été qu'indigeste. Assaisonnée comme il l'a fait, je conviens avec IF.438 qu'elle était indigérable. De plus, je souscris de grand coeur aux protestations d'une autre étudiante :

    IF.440
Le cas d'Ambroise m'ayant touchée, j'ai frôlé le danger de voir naître en moi la «méchanceté de vous trouver séduisants» ! Mais le cynisme de Philippe m'en a préservée. Des «raffinements» comme «Chérie, tu es unique pour la choucroute…» (hommage auquel ADOLPHINE répond en «frétillant» !!), puis les fiancés qui «attendaient le mariage pour commencer à s'entre-désillusionner» sont-ils bien nécessaires ? Ne pourrait-on mettre en cause des époux moins grossiers, et commenter nos déconvenues en termes moins brutaux ?

    PIERRE
On le pourrait certes, mais serait-ce opportun ? Nos étudiants sont invités à se poser cette question et à nous dire ce  qu'ils pensent des reproches d'IF.438 et de ceux d'IF.440. Philippe, bien sûr, est un type impossible, mais  je doute qu'il soit complètement idiot. Aurait-il eu quelque idée derrière la tête quand il s'est servi de moyens culinaires aussi précisément opposés à ceux de l'Education Nationale ? Mais une objection bien plus grave et beaucoup plus fréquente est faite à notre cours. Elle est commune à la plupart des femmes, mais plusieurs étudiants masculins l'ont faite et refaite plusieurs fois : à leur gré, notre cours est TROP INTELLECTUEL.
Qu'est-ce que cela peut vouloir dire ?

    PHILIPPE
Plusieurs choses. Mais, au point où nous en sommes dans ce cours, l'analyse en serait jugée «trop intellectuelle» par ceux qui se sont servis de cette curieuse expression -aussi curieuse que celle qui accuserait un tissu d'être trop … textile ! Mais, dans leur bouche, «trop intellectuel» a une autre signification : c'est une façon courtoise de dire l'une de ces choses :

1. «Causez toujours, mon bon ami, mais je me fous de ces trucs-là…»

2.     «Mettons que ce soit vrai. Et puis après ? Cela ne parle qu'à notre tête. Or nos organes génitaux et notre coeur commandent seuls à nos sentiments et à nos actes. Pourquoi nous torturer la cervelle? Parlez-nous un langage «spirituel» qui résonne dans nos coeurs, ou psychanalytique qui éveille en nous des réponses libidineuses non affadies ni dénaturées par la pensée réflexive…»

Tel est le sens des mots «trop intellectuel» dans la bouche de la plupart de ceux qui les prononcent, mais, heureusement pour lui, Ambroise n'était pas de ceux-là. Faute de s'aviser que son intellect pût être trop intellectuel, son esprit trop spirituel, ses viscères trop viscéraux, ni trop aqueuse l'eau dont il se désaltérait, Ambroise a trouvé la santé mentale et le bonheur -ils vont toujours de pair, ces mots étant synonymes- dans le temps d'un éclair.

Nos compagnes, au contraire, sont unanimes à juger l'intellect triop intellectuel, et cela suffit à expliquer que mille siècles d'un apprentissage singulièrement fertile en souffrances n'aient pas suffi à leur faire découvrir les chemins du bonheur. (Aux étudiantes) Trop intellectuel, votre intellect ? O Arielle, ô toutes les Arielle du monde, cessez de vous matraquer à coups de cette idée «marteau» : c'est vous payer votre propre tête et la nôtre à … plus cher qu'elles ne valent !

Il en faudrait bien plus long sur ces choses, et nous y reviendrons. Mais cette leçon s'éternise et nous avons pris un retard scandaleux. Les minutes nous sont si comptées ce mois-ci qu'il nous en reste à peine une pour effleurer le cas de notre Arielle. Or cent pages ne rendraient pas justice à la place qu'elle s'est creusée dans le granit de nos coeurs !


    LE CAS D'ARIELLE , ou l'E. D. F.


    PHILIPPE
S'étant partagé la besogne, les hommes et les femmes n'auraient rien à s'envier ni à se reprocher. Les deux sexes exerceraient leurs ravages sur le terrain que chacun s'est choisi pour prolonger l'infantilité de notre espèce. Se pourrait-il -je vous l'ai demandé et le redemande- se pourrait-il que ce soit vrai ?

Pour en avoir le coeur net à l'instar des physiciens, il nous faut commencer par déterminer ce qu'aurait été, dans cette troublante affaire, le point d'impact de nos idées sur nous-mêmes si notre pensée avait décrit une trajectoire rectiligne.

    HUBERT
Je vous souhaite bien du plaisir, mais vous engage à écouter ce qu'en pense une de nos étudiantes :

    IF.404
Philippe nous invite à comparer deux points d'impact. Fort bien, mais l'une et l'autre trajectoire se décrivent nécessairement entre deux points, dont le premier est celui de départ. S'il se situe dans notre pensée, il peut être faussé autant que celui d'arrivée. Comment savoir, ensuite, si la trajectoire est rectiligne ? Par la logique primaire ? Enfin, selon Philippe toujours, l'écart entre ces deux points d'impact devrait «mesurer  les forces de la pesanteur atavique». Fort bien, mais comment se fier à une mesure nécessairement fondée sur un jugement subjectif ? Nous n'en saurions obtenir qu'une idée bien vague de la «pesanteur atavique» ! Pourtant, je suis d'accord sur l'idée suggérée : je la «sens» juste. La comparaison avec les forces exercées par un champ magnétique m'a paru excellente, et la pensée analogique est toujours lumineuse. Mais, même avec les ressources de l'orthologique, elle semble bien difficile à expliquer en termes «logiques» !

    PHILIPPE
Mille félicitations sont dues à IF.404 : son analyse ferait honneur à un critique scientifique chevronné. Aussi nous a-t-elle tracé la voie. Il est clair, en effet, que le départ des idées dont il faut observer le point d'impact sur nous-mêmes ne peut être pris que dans les FAITS, et que le soin de leur imposer une trajectoire rectiligne doit être confié à la logique primaire.

Or le fait saillant de la cause dont nous avons à nous soucier, c'est que l'Homme se distingue des autres organismes vivants par un caractère qu'il est seul -absolument seul- à posséder : la CONSCIENCE . Il s'ensuit qu'il réalise ses potentialités spécifiques dans la mesure où il exploite les caractéristiques de son espèce. «S'HOMINISER», disait Monsieur de La Palisse, «C'EST DEVENIR PLUS HOMME…» A Bernard de nous éclairer sur ce que peuvent signifier ces trois mots.

    BERNARD
Notre ami La Palisse s'en est chargé. Devenir plus conscient, disait-il, c'est devenir moins inconscient ! C'est donc donner le pas à la conscience  spécifiquement humaine sur l'inconscient généralement animal que désigne le mot «instinct». C'est substituer l'émotion (cortico-) cérébralisée à l'émotion brute, qui commande d'autant plus inflexiblement aux comportements des organismes vivants que ceux-ci sont plus primitifs : dans le superphylum des «Hominifères», les poissons sont plus émotifs que les oiseaux, et ceux-ci plus que les mammifères. Bref, devenir plus Homme, c'est se soustraire aux servitudes de l'émotion instinctuelle.

    PHILIPPE
On voit donc que les points d'impact sur nous-mêmes d'idées issues des faits s'opposent exactement lorsque la trajectoire de notre pensée est prise en charge par nos sentiments ou par la logique primaire. Dans l'affaire qui nous occupe ici tout au moins, l'écart est de 180 degrés, et la pesanteur atavique s'est manifestée par un délire d'INVERSION. C'est pourquoi il en a résulté des théories exactement anti-humaines, propres à nous engendrer des comportements précisément inhumains.!

Dans le cas des femmes tel que l'ont mis en lumière les premières réactions d'Arielle à ce cours, cette inversion est indéniable : c'est à leurs sentiments que toutes les Arielle du monde entendent se fier. C'est des emotions brutes de la FEMELLE qu'elles attendent la FEMINITE de leurs comportements. Elles misent sur l'amour tout ce qu'elles possèdent, puis, en vertu d'une erreur d'orientation de 180 degrés, elles tournent le dos à l'amour. Comment s'étonnerait-on de la faillite de l'amour cultivé, fruit d'une culture qui contraint nos filles à «jouer les femelles» (nécessairement manquées, notre «civilisation» ne pouvant s'accomoder de femelles réussies) ? Et s'étonnera-t-on qu'ainsi informées les femmes ne sachent ni ce qu'est l'amour, ni d'où il vient, ni où il va ? Enfin que, ne sachant RIEN  de l'amour, -si douées soient-elles pour le sentir- les femmes soient douloureusement impuissantes à rien donner à ceux qu'elles aiment ?

    HUBERT
Vous avouerai-je, mon cher Philippe, que je tends peut-être un rien à mettre en doute la compétence de Monsieur de La Palisse en cette matière ? Ce n'est pas à lui que je me fierais pour nous apprendre ce qui se passe dans le coeur des femmes, et le mot «donner» dont vous venez de vous servir en apporte le témoignage. Toutes les femmes éprouvent le besoin de donner. Les hommes, eux, préfèrent recevoir ou même prendre ! Dans lequel de ces deux camps l'amour serait-il ?

    PHILIPPE
Il est trop vrai que les femmes éprouvent le besoin de donner, mais au mépris des besoins de ceux sur qui elles veulent l'assouvir. L'assouvissement d'un besoin au détriment des êtres que l'on aime peut-il être une manifestation d'amour ? Une réponse affirmative ne saurait être mise en doute, mais l'amour qui s'exprime ainsi est dévoyé par un délire d'inversion d'autant plus effrayant qu'est plus profond, plus senti, plus réel cet amour, et plus riche de promesses qui pourraient être tenues -s'il décrivait une «trajectoire rectiligne»…

    (Aux étudiants)
Qu'en pensez-vous ? Se pourrait-il que, victimes les uns et les autres d'un délire d'inversion, les hommes et les femmes soient également impuissants à situer leurs unions sur un terrain autre que celui du mépris mutuel, chacun assouvissant sur la dévalorisation de son conjoint le besoin -incoercible tant qu'il est inconscient- d'un sentiment de supériorité ? (Aux étudiantes) Ce tableau  me fait saigner le coeur pour vous, Mesdames et Mesdemoiselles, mais pas trop : l'analyse du cas d'Arielle prendra fin à la prochaine leçon, et, comme tous les contes de fées, celui-ci finit bien. Il finit grandement et curieusement à votre honneur. (Ma tête à couper que vous en frétillerez comme Adolphine). Il finit bien pour vous, bien pour nous, bien pour tous !


    FARDEAU OU MONTE-CHARGE ?


    PIERRE
Nous avons eu la bonne fortune d'accueillir le mois dernier, à bord de notre fusée, un homme peu ordinaire : athlète, ingénieur chimiste, musicien et yoguin, ses activités sont rarement le fait  d'une seule personne. Mais elles semblent faire bon ménage en lui s'il est possible d'en juger  par ses «performances» d'étudiant de l'I.F.O.  Il a pulvérisé les records : un de ses amis lui prête le RUBICON le 20 février 1973 ; il le lit en deux jours, se procure le Défi Européen et Les Jeux, et s'inscrit à notre cours le 18 mars. Puis, le 12 Avril, il nous fait parvenir (en une fois), à nos sept premiers questionnaires, des réponses qui attestent l'assimilation de la plupart des matières traitées. Quelques osmoses n'ont pas eu le temps de se faire, mais, sur le terrain de la pensée discursive, il semble s'être installé en Transrubiconie avec une exceptionnelle aisance. Un passage extrait de ses réponses au 7ème questionnaire a une valeur «psychotechnique» qu'on ne peut négliger :

    IM.597
Dans la bouche des hommes de loi, le «fardeau» de la preuve est une expression légitime. Les accusés n'ont pas à prouver leur innocence. Un «fardeau» pèse dont en effet sur l'accusation, qui, pour parvenir à ses fins, doit prouver leur culpabilité. En dehors de ce cas, loin de peser sur eux, les preuves sont des «monte-charge», des machines à soulager les humains des fardeaux qui les accablent. L'humanité doit à des «preuves» TOUT ce qu'elle sait de «science sûre», même la théorie des ensembles économiques et celle de la ««non comestibilité de l'argent» ! Et les étudiants de ce cours n'en veulent plus entendre parler alors que l'orthologique en apporte une moisson qui, assortie de «démonstrations» enfin différenciées des preuves, leur vaut une valeur probante dont il n'y a jamais eu, que je sache, l'équivalent nulle part ! J'ai été particulièrement frappé, dans le RUBICON, par le passage suivant :

Ce qu'il s'agit de prouver à la satisfaction de tous, c'est que les pouvoirs de l'orthologique sont supérieurs. Et il faudrait faire mieux que le prouver, la majorité des humains étant peu sensibles aux preuves.  Il faudrait le «démontrer» comme se démontrent les mérites d'une machine à laver : en faisant voir que le linge en sort propre… Puis, dans les pages 276 à280, il suit une cascade de «démonstrations» plus probantes l'une que l'autre. En vertu de quelle fantastique «insensibilité aux preuves» a-t-il pu se trouver quelqu'un pour ne trouver dans ce livre aucune «amorce (sic) de preuve» de l'efficacité de l'orthologique ? Pour ma part, le passage consacré aux «Amorces de Preuve»  dans la cinquième leçon (pages 5/ ? à ?) m'a semblé si parfait  qu'il m'a ému à l'égal d'une grande oeuvre d'art !! Serais-je en train de rêver ? Peut-il y avoir un humain sain d'esprit qui ne tienne pour prouvée la jutesse, par exemple, du «code» de Champollion ? Le décodage des messages hiéroglyphiques n'en constituerait donc pas une démonstration définitive ? De quelle effrayante aberration suis-je la victime si un doute le moins du monde légitime peut subsister dans l'esprit de qui que ce puisse être sur la valeur des preuves dont je dirai, tant elles sont percutantes, qu'elles nous ont été assénées plutôt que données ? Rassurez ou éclairez-moi s'il vous plaît !

    PHILIPPE
Il est aussi facile de rassurer que d'éclairer IM.597 : chacun de ses mots est épouvantablement vrai ! Mais les humains ont toujours dû être insensibles aux preuves. Tel a toujours été le prix de leur survie dans un monde où il fallait mentir chaque fois qu'on ouvre la bouche, tricher chaque fois qu'on pose un acte. Or quiconque devient sensible aux preuves ne peut plus mentir qu'en sachant qu'il ment, tricher sans savoir qu'il triche, tuer si ce n'est en sachant qu'il tue. S'il était sensible aux preuves, le Président NIXON lui-même n'aurait pas assez de force d'âme pour mettre à mort les peuples d'Amérique. Ceux parmi nos étudiants qui ne veulent plus entendre parler de preuves ont bien raison : au point où ils en sont, il leur nuirait de voir clair en eux-mêmes. Mais, quand ils auront acquis les éléments d'information qui permettent aux humains d'être honnêtes impunément, ils se seront ouverts à toutes les preuves sans nul besoin d'explications. Entre-tempps, ils doivent être félicités : ils auraient tort de se laisser charger des responsabilités de l'adulte avant de pouvoir s'en acquitter. 
Notes leçon 8

(*1)     Philippe, qui a tendance a être fâcheusement direct, aurait dit : «à l'abri de notre connerie» …

(*2)     On verra que, dans son acceptation biologique, ce mot ne dénote aucune supériorité :  il désigne des individus dotés d'aptitudes spécialisées.

 
    Cours d'Initiation à l'Orthologique
    Questionnaire N° 8


1. Nom et adresse

2.     Votre «jeu de cartes» a-t-il été, à quelques nuances près, celui que décrit Pierre à la page  ? Dans l'affirmative, exprimez ces nuances. Dans la négative, décrivez votre jeu .

3.     (a) La «colossale outrecuidance» de nos héros vous a-t-elle incommodé(e) ?
    (b) Vous incommode-t-elle moins après les explications fournies dans cette leçon ?

4.     Entrevoyez-vous l'utilité d'une substitutuiion de l'outrecuidance, qui exploite l'égo, à l'humilité qui le brime ?

5.     L'importance d'une substitution d'un espoir d'avoir  tort au besoin d'avoir raison vous est-elle claire ? Pensez-vous pouvoir vous orienter dans cette voie ?

6.     S'il vous est arrivé de vivre des moments assez exaltants pour être vraiment convaincants, suivis de dépressions assez profondes pour l'être tout autant, vous aurez certainement constaté que, si elle atteste la réalité et les pouvoirs des sentiments éprouvés, l'expérience vécue  ne PROUVE pas la vérité des idées ou des concepts qui nous l'ont engendrée. La funeste griserie que le racisme a valu à Hitler en atteste les dangers mais n'en prouve ni la justesse  ni la fausseté. Mais certaines expériences vécues (par vous-même ou par d'autres) vous semblent-elles avoir eu une valeur  probante ?  Dans l'affirmative, quelles sortes d'expériences, et que vous ont-elles semblé prouver ?

7.     Estimez-vous avec Philippe (page ?) que les mythes régnants en Cisrubiconie ont été défoncés dans ce cours à gigantesques coups de boutoir ? Dans l'affirmative :
(a) Cela vous a-t-il été pénible ?
(b) Cela vous est-il resté pénible ?

8.     (a) Des choses neuves vous sont-elles apparues à chaque relecture de nos leçons ou de nos livres ?
    (b) Dans l'affirmative, vous a-t-il semblé que la meilleure accessibilité des textes pourrait être due  à une transformation qui se serait faite en vous ?

9. (a) Avez-vous jugé ou jugez-vous encore ce cours «trop intellectuel» ?
(b) que signifient pour vous les mots «trop intellectuel» ?

10.     Se pourrait-il que la tendance des mères primitives était d'assouvir leur besoin de prolonger leur règne de mère au mépris des besoins d'indépendance de leurs enfants ? Que la tendance des femmes revendicatrices issues de nos cultures  soit de substituer leurs «légitimes» rancunes à l'amour en perdant de vue que toutes les revendications, même absurdes, sont «légitimes» aux yeux de tous les revendicateurs ?

11.     IMPORTANT : Relisez d'abord les pages 276 et suivantes dans le RUBICON, puis 5/ ? à ? dans la 5e leçon. Faites-nous part de vos réactions aux propos d'IM.597 (page ? ) et à la réponse de Philippe en ce qui VOUS concerne.

12.     Notez cette leçon et dites-nous ce qui vous a PLU, DEPLU et PAS PLU.

13.     Votre critique, vos commentaires, objections, suggestions. Numérotez vos questions et adressez-les nous sous forme de questionnaire.



Prière d'envoyer vos réponses à I.F.O.-ETUDES.
    Institut Français d'Orthologique

    COURS D'INITIATION A L'ORTHOLOGIQUE
    Neuvième leçon

    A X I O M E S    H U M A I N S


    PIERRE
Notre tâche, aujourd'hui, est d'une importance capitale : nous devons apporter à nos étudiants quelques structures élémentaires de l'intellect. C'est un sujet tout à la fois immense et minuscule. Il se réduit à si peu de choses que c'en est outrageux : comment une clé si petite prétendrait-elle à ouvrir un portail sur l'immense ? Comment accèderait-on, à partir d'autant dire rien, à la connaissance de TOUT ?

    HUBERT
Hé ! Hé ! C'est ici qu'on vous attend. (Aux étudiants)  Nos amis ont la modeste ambition de faire de nous des Einstein en quelques leçons. Frottons-nous les mains : à nous la Relativité Générale en guise de récréation. Sans doute possible, puisqu'elle conduit à la connaissance de tout, leur petite clé nous donnera accès, entre autres choses, à cette bagatelle.

    PHILIPPE (aux étudiants)
N'ayez crainte : rien ne permet de penser que Dieu, s'il existe, est un imbécile. Or Dieu n'a jamais manqué de manifester sa partialité pour les médiocres, pour les vulgaires. S'il s'est laissé aller parfois à fabriquer ci et là quelques hommes supérieurs, c'est en produisant des médiocres par milliards qu'il a fait éclater sa scandaleuse obstination à les préférer aux grands hommes.

    BERNARD
Ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'il soit devenu possible de comprendre qu'à sa place nous aurions fait comme lui : ses raisons sont l'évidence même ! Décidément, les voies de la Providence ont cessé d'être impénétrables.

    PHILIPPE
Encore n'avons-nous rien dit des femmes, que Dieu s'entête à sortir depuis longtemps en quantités appréciables. Or il a toujours pris soin de modérer, sinon leurs ambitions intellectuelles, au moins leurs aptitudes à les justifier, peut-être afin qu'elles restent aimables. (Aux étudiants) Je vous le dis en vérité : si telles ont été ses visées, il a bougrement réussi son coup !

Il se trouve que, parmi nos étudiants, une poignée seulement -qu'ils me pardonnent- ont extériorisé des dons intellectuels d'une qualité dite  «supérieure». Les autres  -je leur demande pardon- sont ce qu'on appelait hier encore des «médiocres». En d'autres mots, ils auraient été condamnés hier encore, comme l'immense majorité des humains, à une existence dépourvue de signification autre qu'animale, dépourvue de sens humain ! (Aux étudiants) Je vous fiche mon billet que, du premier au dernier, chacun de vous échappera à cette disgrâce. Aucun de vous n'est médiocre par la toute-puissante raison qu'Homo sapiens ne l'est pas. Non, Dieu, même s'il n'existe pas, est tout ce qu'on veut sauf un Imbécile ou un Méchant Homme. Tout au plus peut-on lui faire grief de ses penchants pour l'humour noir : il prend plaisir à se bidonner parfois un rien. C'est un exemple à suivre : si elles n'étaient aussi drôles, certaines des choses qui nous arrivent seraient trop tristes, trop lugubres !

    PIERRE
Il serait bon de rassurer ceux qui se croient médiocrement doués pour l'intellect alors qu'ils ne sont que médiocrement structurés. Avant d'aborder l'examen de ces structures, il faudrait essayer de leur montrer ce qui les différencie de ceux que l'on dit «supérieurement» intelligents.

    PHILIPPE
Un article récent dans une revue américaine vient à point pour éclairer cette affaire. Son auteur est un homme étonnant : Isaac Asimov. Sa culture scientifique tient du prodige. Il sait tout, absolument tout. Il est le Pic de la Mirandolle de notre siècle. Après avoir composé une encyclopédie des acquisitions de la science à travers les âges (Biographical Encyclopedia of Science and Technology, Doubleday 1964),  où sont passées en revue la vie et l'oeuvre de plus de mille savants d'envergure mondiale, il s'est avisé d'en faire un choix : il a décerné un «Oscar» aux soixante hommes de science les plus géniaux que la Terre ait portés.

Il prend son départ à Thalès pour aboutir à F.C.H.Crick en passant par Archimède, Broglie, Cavendish, Marie Curie, Darwin, Einstein, Fermi, Galilée, Laplace, Lavoisier, Linné, Maxwell, Mendéléev, Newton, Planck, Rutherford et autres géants de ce calibre.  Que vous approuviez ou non ses choix, une chose est  sûre : chacun de ces hommes disposait d'un intellect éblouissant.
Chacun ?
Eh bien, non : il y a une exception.
Les soixante «Oscar» élus par Asimov étaient physiciens, astronomes, mathématiciens, chimistes, biochimistes, et tout ce que vous pouvez rêver. Mais, à une exception près, vous n'y trouverez pas de représentants des sciences humaines.
A une exception près : celle de Freud.
Or, s'il est au monde une chose sûre, c'est que Freud n'était PAS encombré d'un intellect supérieur.

    BERNARD
Nul n'a pu lire Freud sans constater qu'il était fort loin de disposer de facultés intellectuelles supérieures. Adler et Jung étaient mieux armés sur ce plan. Malgré quoi on ne peut qu'approuver l'inclusion de Freud dans la liste des plus grands hommes que la Terre ait portés, alors que nul ne songerait à y inscrire Adler ni Jung.
   
    PHILIPPE
Faut-il en conclure qu'il ne faut pas disposer d'un intellect supérieur pour réussir en sciences humaines ?

    BERNARD
Je dirais plus : pour comprendre les hommes, un intellect dit supérieur est un handicap. Un handicap qui, hier encore, était peut-être insurmontable.

    PHILIPPE
Patatras !
Nous, qui avons nos petites prétentions, nous voilà propres ! Il est tout juste temps de prendre un virage sur l'aile pour mettre le cap sur le poteau d'arrivée au lieu de lui tourner le dos.. Ouvrons les yeux aux faits : c'est la seule façon qu'on ait trouvée de les voir. Prenons le cas d'Inaudi, cet homme aux dons intellectuels fantastiques. En se jouant, il calculait mentalement la racine cubique de nombres de dix chiffres, puis en donnait les «restes», exacts à l'unité près. Comparé à lui -pour faire ce travail-là- Einstein était un minus habens. Malgré quoi nul n'a jamais tenu Inaudi pour un grand homme. On le montrait à la foire entre le veau à cinq pattes et la femme à barbe. Quelle criante injustice ! De quelle aberration le pauvre Inaudi a-t-il été victime ?

    MEDICUS
Au contraire : c'était justice ! En dehors de ses dons pour le calcul mental, Inaudi n'était bon à  rien. Il relevait, comme le veau à cinq pattes, de la tératologie. Sa place était à la foire !

    PHILIPPE
Inaudi, donc, était un «monstre», c'est-à-dire une «chose qu'on montre». Mais il me vient une pensée impie : serait-ce aussi le cas des cinquante-neuf lauréats d'Asimov ? Bien qu'elle soit irrévérencieuse, cette hypothèse pourrait être fructueuse. Il peut valoir la peine de la regarder de près.

    BERNARD
Si cette hypothèse se vérifiait, les voies de la Providence en seraient rendues très facilement compréhensibles : à la place de la nature, nous aussi nous serions peu souciés de produire des monstres en grand nombre. Notre partialité aurait éclaté dans notre obstination à leur préférer les hommes normaux.

    PHILIPPE
Surtout si, comme de certains indices donnent à le supposer, les hommes et les femmes dits normaux sont aptes (et appelés) à jouer un rôle à la fois plus «grand» et plus utile -plus humain en un mot- que les Grands  Hommes ! Soupçonner qu'il pourrait être plus humain, et même plus utile, de comprendre et d'aimer les hommes que de faire à la Lune des visites courtoises, c'est se voir exposé à une tentation sacrilège  : celle d'accorder à la ménagère dont le chien a volé un bifteck la préséance sur Leverrier ! (Aux étudiantes) Prenez garde, Mesdames et Mesdemoiselles : l'heure pourrait être proche où, sans cesser d'être aimables, il vous sera permis d'extérioriser votre intelligence. Et j'ai bien peur que l'intelligence féminine, vraiment féminine, soit une chose immense ! Nous la regarderons de près l'année prochaine.

    PIERRE
La question qu'il faut élucider pour comparer les hommes de science aux gens normaux est celle du «niveau intellectuel».

    PHILIPPE
S'il y eut jamais une expression simiesque à pleurer, c'est bien celle-là ! Il y aurait plusieurs niveaux de pensée ! ! Et les grands hommes seraient ceux qui, comme nos professeurs d'université, pensent à un niveau élevé !! Le degré de cette élévation, bien entendu, c'est eux qui en décident, et le tour est joué : ils s'élèvent, et s'élèvent, et s'élèvent encore, et les voilà juchés au sommet ; les voilà dévoués aux seules méthodologies supérieures, et grisés d'altitude. Ai-je besoin d'ajouter qu'ils ne sont pas très pressés d'ouvrir les yeux à une chose navrante : c'est aucune méthodologie n'est sup&ea