Revue
Autour de Vallès
Appel
d’articles
Les débuts du reportage 1865-1918
Ce numéro d’Autour de Vallès,
dirigé par Guillaume Pinson (Université Laval, Québec)
et Marie-Eve Thérenty (Université de Montpellier III) souhaite
explorer les débuts du reportage dans la presse française du
XIXe siècle, du second Empire à la Grande Guerre. Il s’agira
d’envisager l’essor de ce genre journalistique qui en quelques
années détrône la chronique. Nous proposons d’approcher
la question selon deux perspectives complémentaires:
1. Il s’agira tout d’abord d’explorer l’immense
apport de Jules Vallès dans la naissance du reportage et notamment
du petit reportage qu’il pratique et théorise très tôt,
dès 1865 à l’occasion de sa collaboration à L’Epoque.
Vallès préconise une esthétique de la chose vue définie
par le déplacement sur le terrain, l’observation sensorielle
et notamment oculaire, et la restitution complète de l’événement
sous la forme d’une description, voire d’une hypotypose: «Je
n’aurai pour émouvoir qu’à bien regarder et à
tout dire». Un nouveau paradigme apparaît: voir/écouter,
peut-être suscité par le journalisme anglo-saxon. En tout cas
chez Vallès, cette nouvelle exigence est effectivement explicitée
à l’occasion d’un voyage en Angleterre. Il s’agira
donc d’abord d’étudier le développement de ce paradigme
chez Vallès, dans les journaux qu’il dirige, et dans les séries
qu’il invente, de La Rue au Tableau de Paris, l’ethos
paradoxal qui lui est lié et de le comparer à d’autres
réflexions précoces et fécondes comme la théorisation
de la chose vue chez Hugo ou la question de l’universel reportage mallarméen.
2. En quelques années, cet impératif de la
chose vue affecte l’ensemble de la presse. La lecture des grands journaux
dans les années 1880, et notamment des grands journaux populaires comme
Le Matin ou Le Petit Journal atteste de la domination de
ce nouveau journalisme : la plupart des articles y sont des enquêtes
de terrain à la première personne où le sujet journaliste
est en charge de la vision des événements. Lorsque Pierre Giffard,
en 1880, fait l’histoire du journalisme de reportage, il propose avec
son héros-reporter, le Sieur de Va-Partout, l’apologie d’un
nouveau genre qui s’est installé dans toutes les rédactions.
Même s’il prétend se passer de l’imaginaire, s’appuyer
sur un nouveau dispositif objectif, le reportage ne rompt pas avec la littérature
mais invente de nouvelles modalités poétiques de retranscription
du réel dont la littérature s’inspire au même moment
– mais il est vrai également que la littérature et notamment
le roman naturaliste nourrit le reportage. Une mythologie du reporter se développe
en quelques années, réhabilitant l’image de l’écrivain-journaliste
méprisé au XIXe siècle: «Être celui qui passe,
l’hôte qu’on retient un instant, l’étranger
que toujours on aime dans ces pays d’Orient, le bateau sans amarres,
l’homme qui a rompu avec tous les soins quotidiens !» écriront
ainsi les frères Tharaud. La littérature populaire, avec les
personnages de Rouletabille, d’Isidore Beautrelet et de Jérôme
Fandor, s’empare aussi du mythe. Le deuxième objectif de ce numéro,
au-delà de l’étude de l’apport spécifique
de Vallès, sera donc de s’intéresser aux multiples modalités
du reportage, à ses sous-genres, à sa poétique, à
son imaginaire et à ses contradictions, jusqu’à la Première
Guerre mondiale inclusivement.
Nous attendons donc des articles sur:
• Vallès et ses multiples relations et pratiques du reportage.
On pourra également s’intéresser à son héritage
poétique en prenant en compte la pratique et la poétique de
disciples comme Séverine;
• la poétique du reportage, le renouvellement esthétique
qu’il introduit dans le lien fondamental entre littérature et
journalisme;
• la pratique du reportage, l’organisation des rédactions,
les précautions prises par les gouvernements contre les reporters,
la mise en place de la carte de presse, la naissance d’une déontologie
du reportage, l’ethos du reporter, les rapports entre reportage
et démocratie;
• Les liens du reportage avec d’autres genres comme le tableau
de Paris, le journal intime, le roman naturaliste, les faits divers, la chronique,
la correspondance de guerre, l’interview;
• les rapports entre petit et grand reportage;
• Les genres du reportage : le reportage urbain (bas-fonds) dans le
monde entier, les reportages de tour du monde (Nellie Bly, Gaston Stiegler,
Henri Turot), le reportage sportif, le reportage colonial, le reportage illustré,
les reportages parodiques, les reportages en chansons, les reportages de la
grande guerre;
- les femmes-reporters comme Séverine, Colette, Andrée Théry
(Viollis), etc.;
• les reporters à l’intérieur de la fiction et les
fictions du reportage;
• Les grands reporters de cette époque: Pierre Giffard, Gaston
Leroux, Jules Huret, les frères Tharaud, Ferdinand Xau, etc.;
• les grandes figures contemporaines du reportage à l’étranger:
Grande-Bretagne, Etats-Unis, etc.;
• les anti-reporters: George Sand, Théophile Gautier, certains
chroniqueurs qui sentent leur travail menacé, etc.;
D’autres suggestions seront les bienvenues si elles respectent le cadre
général du dossier. Les perspectives seront pluridisciplinaires
puisque ce numéro alliera les compétences d’historiens,
de spécialistes de l’information et de littéraires.
Chronologiquement, nous attendons des études qui porteront du début
des années 1860 à la fin de la Première Guerre mondiale.
Nous souhaitons prolonger la réflexion entreprise dans le dossier «Vallès
et le sens de l’information» de la revue Autour de Vallès
sous la direction de Corinne Saminadayar-Perrin (2008), cela afin de porter
la réflexion pratiquement jusqu’au champ exploré par Myriam
Boucharenc dans son ouvrage, L’Ecrivain-reporter des années
trente (2004).
Les articles (max. 30 000 signes) seront rendus pour mars 2010 à Guillaume
Pinson (Guillaume.Pinson@lit.ulaval.ca) et Marie-Eve Thérenty
(met@club-internet.fr).