Le continent d’Alcade
 

Cinquième descriptif séculaire –

Établi en l’an 604 de l’ère Atonie.

 

Berceau du règne des Vestales séléniennes en terres de Syrtes et véritable fer de lance dans bien des domaines, Alcade est considéré comme le continent clef de voûte de la civilisation. Propice à la perpétuation de la vie, son climat est tempéré et ses terres aisément cultivables. Malgré le fait que l’agriculture et l’élevage soient davantage répandus sur le continent d’« Alfénide », il n’est pas impossible de trouver en Alcade d’importantes sources de matières premières et diverses sortes d’exploitations agricoles. De nombreux cours d’eau jalonnent le pays, mais ce sont le Pavois et le Pelte qui restent, de par leur étendue, les deux principaux fleuves du continent. Ces derniers, principalement utilisés pour le transport, permettent d’importants échanges par le biais du commerce fluvial.

 

Bien que la science et le progrès se soient majoritairement développés sur le continent d’Acutangle, les Scientistes n’hésitent pas à louer leurs services aux régents d’Alcade pour proposer les miracles de leurs travaux aux plus offrants. De manière très similaire, la Thaumaturgie réunit ses plus grands pratiquants sur le continent d’« Alcine ». Les Thaumaturges sont les premiers responsables des grandes prouesses en terre de Syrtes ; l’imposante statue de la première Vestale sélénienne, « l’Efficientia », demeure un important témoignage de la coalition des différents pouvoirs. Suite au grand nombre de morts humaines survenues dans le rang des hommes voués à son édification, ce monument se pare difficilement de prestige aux yeux des basses couches sociales du continent, et ce n’est pas sans une certaine amertume que les anciens narrent encore les sacrifices qui permirent jadis la conception de l’édifice. Dans l’esprit populaire, la statue de « Séléné A. de La Rosière » représente la vanité du pouvoir dans toute sa splendeur.

 

C’est sur le continent d'« Abyssin » que les mythes et autres mystères attirent en majeure partie les guerriers en quête de grandeur. Pourtant, l’histoire d’Alcade relate un nombre respectable de faits héroïques et l’on dit encore nombreux les sites renfermant des objets de valeur. C’est la raison pour laquelle on peut encore de nos jours croiser divers groupes d’aventuriers en herbe bien décidés à s’aventurer dans les contrées reculées du pays pour prouver leur bravoure. Si d’antan la notoriété était la principale motivation de ces compagnons d’armes téméraires, aujourd’hui le désir de faire fortune a supplanté toute autre raison dans l’esprit de la plupart d’entre eux. Désormais, les hauts faits d’armes et autres quêtes de gloire sont relégués au rang d’archaïques fantasmes oubliés. Le Cénacle, ne pouvant surveiller toutes les activités aventureuses se déroulant dans le pays, dut prendre des mesures draconiennes. Ainsi, une loi fut proclamée afin d’enrayer l’utilisation abusive d’armes de conception thaumaturgique dont l’action s’étendrait au-delà de la superficie désormais autorisée – certaines d’entre-elles se révélant trop efficaces dans l’art d’endommager un terrain sur des lieux à la ronde et d’envoyer ad patres toute vie se trouvant dans le périmètre, l’utilisateur y compris.

 

Les castes militaristes évoluant sur Alcade n’hésitent pas à réguler les affrontements éclatant sur la surface de Syrtes. Le continent d’Amalthée demeure la principale source de conflits. Les jeunes Reîtres promus à un bel avenir sont bien souvent envoyés sur place afin de faire leurs preuves dans l'un des bastions éternellement confinés dans les guerres intestines du continent d’Amalthée. Le continent d’Alcade n’est pas non plus exempt de conflits intérieurs, bien que la plupart s’apparentent davantage à des guerres éclair. Ces luttes semblent une perpétuation quasiment héréditaire découlant de l’époque où les hommes importants entretenaient leurs armées dans le principal but d’étendre leurs terres. Cette concurrence était utilisée afin d’évaluer le talent militaire des différents étendards du continent. Par ailleurs, voir reconnue sa valeur de stratège aux yeux de la souveraine était un trophée au-delà de toute récompense, car la Vestale sélénienne tarissait rarement de bienfaits sur la personne du Seigneur belliciste le plus efficace. Ainsi, lors des conflits intercontinentaux, l’heureux élu se voyait remettre, à titre honorifique, le commandement de la totalité des armées, sous le titre patronymique de Belligérant (l’arbre généalogique de la famille « de Sardar » porte sur ses branches les plus éminents Belligérants apparus dans l’histoire de Syrtes).

 

Fondé, capitale d’Alcade, est la plus grande et la plus importante ville de Syrtes. Ses murs abritent le principal temple d’Aranelle, et pour cette raison, beaucoup d’hommes et de femmes venus d'autres continents y séjournent afin de quémander les faveurs de la Dive du pouvoir ; ceci explique en partie la coexistence interethnique pour le moins fluctuante qui ponctue périodiquement le paisible quotidien des habitants. Au cœur de la cité se trouve le siège des Vestales séléniennes, l’« Oppidum ». Au nord de la ville se dressent deux établissements scolaires de renom : « Blitzkrieg », la faculté de polémologie et d’hoplologie, ainsi que « Coronis », l’académie des arcanes où l’on enseigne essentiellement les sciences thaumaturgiques. Dans cette même ville se trouve l’« Omnium », l’arène de jeux où se déroulent les rencontres intercontinentales de « Khôl » (le Khôl est une compétition violente opposant deux équipes de quatre membres). Lors de l’apaisement des guerres intestines d’Alcade, le Khôl devint rapidement la nouvelle catharsis des Seigneurs bellicistes en mal de conflits. Son succès dépassant les limites du continent, on eut tôt-fait d’instaurer une rencontre annuelle de type intercontinental ; l’ampleur de la compétition n’eut dès lors de cesse d’enfler. Sa popularité ne s’est toujours pas affaiblie avec le temps. Le continent d’« Arantèle », de par la constitution et la dextérité de ses habitants, domina le tournoi plus que de raison. C’est pourquoi, afin de rendre les rencontres plus équitables, une règle de jeu n’autorise pas plus de deux joueurs natifs de ce continents par équipe.

 

Dans les annales relatant les diverses rencontres de Khôl, la première et dernière équipe uniquement composée d'habitants du continent d’Arantèle ne rencontra la défaite qu’une seule fois dans toute sa carrière ; curieusement, aucun livre ne mentionne précisément la composition de l’équipe adverse, ni même l’identité des joueurs la composant. Vous l’aurez compris, la ville de Fondé, outre le fait d’être un important carrefour ethnique, regroupe quelques-uns des lieux les plus importants du paysage de Syrtes, mais aussi bon nombre de castes et de grandes familles.

 

Non loin de Fondé se trouve Argoussin, la place forte des Reîtres. Elle accueille les élèves les plus doués de la faculté de polémologie et abrite les troupes armées au service de la Vestale sélénienne. Les quelques auberges parsemant les ruelles du lieu regorgent de soldats. Après avoir prouvé leurs capacités dans les classes de Blitzkrieg, beaucoup d’entre eux éliront domicile un temps au sein de cette ville avant de servir sous les couleurs de l’étendard qu’ils auront choisi. Il est fort courant pour les jeunes recrues de rencontrer la future mère de leurs enfants à Fondé. La loi empêchant un Reître de se lier avec une femme transforme bien souvent les idylles passagères en passions ardentes, et cela malgré la mort prématurée qui clôt bien souvent le douloureux itinéraire de ces porteurs d’armes. Les camps d’entraînements militaires sont très répandus aux alentours de la ville, ainsi que bon nombre de casernes. Il est rare de s’aventurer dans les ruelles d’Argoussin sans croiser au détour d’une place le bruyant défilé d’une garnison d’hommes armés.

 

Plus au sud se trouve Comite ; petite ville à forte activité commerciale abritant de nombreux Manouvriers. Aux abords de la cité s’élève un temple érigé à la gloire d’Orbitèle. Comite est une ville de premier ordre en ce qui concerne l’ouvrage du bois et du métal. Elle côtoie la forêt de Baviolet, un important site d’exploitation renfermant de profondes mines capables de fournir diverses matières premières. La guilde des Mercantis y est fortement implantée, ce qui explique la forte présence de Camelots dans la place. Afin d’empêcher la naissance d’un monopole marchand, la loi interdit aux Mercantis l’exploitation de plus d’un matériau par famille, ainsi chaque communauté marchande est-elle passée maîtresse dans l’art de travailler une matière spécifique. De grands noms tels ceux de Rixdale Thaler ou Mark Lats – Mercantis émérites – témoignent de la grande qualité d’un produit, pour peu que leur sceau soit présent sur ce dernier. De nombreux membres de la guilde des Mercantis sont désireux d’entrer dans la caste des Ethnarques (la caste des Ethnarques est constituée d’anciens Mercantis parvenus à acquérir la richesse nécessaire à l’obtention d’un important titre de noblesse). Cette caste possède ses propres représentants au sein du Cénacle, et si jadis son pouvoir semblait illusoire, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Avec des noms comme Effendi Thaler de Burgrave ou Shekel Piéfort d'Esterlin, les Mercantis ont désormais une importante influence sur les décisions seigneuriales. Au grand dam de bien des castes, les Ethnarques s’imposent davantage avec les années et confirment le pouvoir de l’argent comme indissociable de la politique, de la guerre ou de la religion.

 

Palladia, ville sacrée, abrite la caste des Chevaliers gnostiques ainsi que leurs brillants élèves : les « Pareas ». Cette communauté est des plus restreintes en nombre bien qu'elle soit fortement convoitée par les pratiquants en Thaumaturgie s’orientant vers la Théosophie gnostique. Le chevalier Sapience Douance de Cirein Crôin est le doyen de cette ville. Il est considéré comme le père des applications philosophiques liées à la Thaumaturgie. Il n’existe aucune école enseignant la Gnose, seul un Chevalier gnostique peut enseigner son art. L’ordre de la Chevalerie gnostique se divise en six classes représentées par six emblèmes portant chacun le nom d’une ville du continent d’Amalthée. C’est avec beaucoup de fierté que les habitants considèrent le chevalier arborant le nom de leur cité. Les conseils avisés offerts par les soins de ces chevaliers, bien que rarement du goût du Cénacle, sont très appréciés de la Vestale sélénienne qui porte le plus grand intérêt à la neutralité de leur jugement.

 

Soulte est une grande ville portuaire, un important passage pour les Camelots, mais aussi un lieu symbolique. À l'instar de Fondé, son port est une véritable croisée des chemins où il n’est pas rare de croiser des vendeurs d’esclaves s’enrichissant en toute illégalité. Certains d’entre eux n’hésitent pas à braver la loi pour convaincre la bourse du plus offrant ; ainsi, des enfants en bas âge se côtoient parfois sur les étalages les moins publics. L’établissement le plus réputé de cette ville est une enseigne de renom : l’auberge « La douce sinécure ». Non moins célèbre, véritable moulin à parole et mine d’informations, Jactance de Palabre en est le tenancier. Ancien guerrier reconverti, il possède un passé héroïque teinté de hauts-faits divers. Jactance est très respecté malgré sa tendance à divulguer des informations qui ne concernent pas l’attention publique. Son établissement est un lieu de rencontre très fréquenté qui accueille toutes les couches sociales sans distinction aucune. Si l’on cherche un chevalier servant dans l’idée de lui confier une noble cause, c’est ici qu’il faut s’adresser. C’est aussi là que circulent toutes les rumeurs et tous les commérages du royaume, Jactance aidant grandement en cela. À quelques lieux de là se trouve l'enseigne de « l’Hyménée », une luxueuse maison de plaisir plus communément appelée « le refuge de la renommée » ; cet établissement discret tient souvent lieu de gîte aux voyageurs en mal de compagnie.

 

Broquel, ville de grande importance, est le siège de la caste des Magistères, dont la principale fondatrice est la famille « de l’Édile » (la caste des Magistères représente le pouvoir législatif, exécutif et l'autorité judiciaire dévolue à la Vestale sélénienne). Margrave de l’Édile est le doyen de cette ville, un homme droit et rigide, peu adepte de la loi du compromis. Un temple édifié au nom d’Agélène trône aux abords de la cité à proximité du Pavois, le plus long fleuve du continent. Dans cette ville se trouve le « Iudicum », le palais des sentences. C’est après avoir été jugés entre ses murs que les condamnés sont envoyés dans les latomies d’Amalthée, le principal centre de détention. C’est aussi au Iudicum que ceux qui ont écoulé leur peine se voient affranchis de leur condamnation par la liberté ou la mort. La grande majorité des condamnations commencent et prennent fin dans le palais des sentences de la ville de Broquel.

 

Sergot est une ville de moindre importance, elle accueille le temple d’Épeire. Construite en bordure des plaines d’Incallide, elle est très souvent utilisée lors d’entraînements et autres manœuvres militaires. La ville de Sergot est périodiquement envahie par les étudiants de l’école de Blitzkrieg. Commandeur des forces armées du pays, le Belligérant actuel, Dracon de Sardar, vient lui-même de temps en temps enseigner ses propres techniques militaires aux jeunes pratiquants, pour la plus grande fierté mais aussi le plus grand effroi des futurs combattants. Un membre brisé est très souvent le prix à payer pour l’honneur d’une passe d’arme avec ce légendaire Seigneur belliciste.

 

Les plaines d’Incallide, vastes étendues désertes, étaient jadis utilisées par les phratries d’Alcade afin de permettre la mise en place d’affrontements équitables où la stratégie primait avant toute chose. De grands noms et de mythiques étendards ont combattu sur ce terrain. Même si le sang coulait à flot lors des multiples conflits, les phratries se défiant sur ces plaines affirmaient de la sorte leur volonté de préserver leurs domaines et leurs demeures des ravages de la guerre. Bien que ces plaines furent le théâtre d’un grand nombre de conflits armés, elles sont aujourd’hui synonymes de civilité et témoignent d’une période où l’ambition n’empêchait pas le dialogue. Encore de nos jours, il n’est pas impossible qu’un seigneur veuille régler ses différends sur les plaines d’Incallide. Aujourd’hui, la méthode la plus répandue consiste à aligner davantage de cohortes que son adversaire dans une intention purement dissuasive, ce qui ne laisse plus beaucoup de place à la stratégie. Dans la conscience populaire, les grands stratèges furent ceux qui favorisèrent l’utilisation de la Thaumaturgie contre la supériorité numérique. L’écho de lointaines légendes mentionne encore les prouesses de l’unique stratège qui fut capable de renverser des légions entières de Reîtres à l’aide d'un petit nombre de prodigieux combattants. Les anciens voient dans ce mythe la raison de l’interdiction d’armes de type thaumaturgique jugées trop dangereuses.

 

Pleige est la seconde ville portuaire d’Alcade. Moins importante que Soulte, elle accueille en grande partie les denrées introuvables sur le continent d’Alcade. Petite ville paisible, son rythme de vie n’est pas comparable à celui des grandes cités ; on trouve en son centre un temple construit à la gloire de Dolomède. Pleige est moins accessible que Soulte, d’où son apparente tranquillité. La forêt de Gabion borde les alentours de la ville, sa proximité des habitations est en partie responsable de l’isolement du lieu. Afin d’éviter la cohue du grand port, les marins transportant d’importantes personnalités ou de riches attirails préfèreront celui de Pleige. Il faut une cargaison de premier choix ou de rigoureuses consignes pour contraindre les marins à préférer le morne calme de ce port à l’attrayante activité de la ville de Soulte. Les habitants de Pleige sont peu curieux de nature, ils n’hésiteront pas à vous enjoindre au silence si d’aventure vous vous risquiez à les questionner sur l’identité d’un étrange passager ou sur le nom d’un navire mystérieux. Comme tout bon port, Pleige possède une auberge de renom : « l’Accalmie du Pèlerin ». Bien qu’elle ne soit pas aussi populaire que l’enseigne de Jactance, les fins gourmets recommandent fortement le lieu pour ses qualités gastronomiques. Son tenancier, Kief, ou Calmir de Bonace, de son vrai nom, est un grand ami de Rixdale Thaler, un Mercanti devenu célèbre pour avoir rebâti une fortune après avoir été déshérité alors qu’il n’était encore qu’un enfant.

 

Tutela, quant à elle, fut construite aux abords du Pelte, ce qui lui confère une position tout à fait stratégique dans la pratique du commerce fluvial. De par sa grande superficie et la proximité d’une importante étendue d’eau, cette ville est très florissante. Tutela est une escale quasiment inévitable pour tout voyageur désireux d’arpenter les hauteurs du mont Alitis. L’histoire de la ville présente un grand nombre de mythes, cela inspire aux aubergistes des prix exorbitants qu’ils affichent sans honte, mais ce n’est pas là l’unique raison de la notoriété touristique du lieu. Tutela accueille périodiquement les habitants d’un village voisin qui utilisent la place centrale du lieu à des fins marchandes. Essentiellement versé dans le commerce maritime, ce marché est très prisé pour la qualité de ses produits, même si, pour des raisons expliquées plus loin, ses visiteurs sont davantage attirés par les célèbres montures des vendeurs que par le contenu de leurs étalages.

 

Affactare est un petit village reclus dans les paysages rocheux et boisés du principal mont du continent d'Alcade. Il accueille les élèves désireux d’épouser la respectueuse vocation de « Shore » (cavalier émérite dressant et montant une race de chevaux sacrés appelée Éopus ou plus communément « cheval des rivages »). Le village d’Affactare sert de lien marchand entre la ville de Tutela et l’école de dressage. Les Shores pratiquent couramment le mareyage, ils sont grandement aidés dans cette pratique par leurs talentueuses montures et la proximité du Pelte. C’est de cette manière que les habitants du mont Alitis subviennent aux besoins de la communauté. De la sorte, tout en inculquant leur art et leurs secrets aux nouveaux arrivants, ces talentueux cavaliers perpétuent sereinement le savoir-faire des dresseurs d’antan.

 

Le mont Alitis est peu visible à l’œil nu, et sa silhouette semble toujours irréelle de par la constante présence d’une épaisse brume entourant son sommet. Un temple célébrant Galéode se dresse fièrement sur ses hauteurs ; d’aucuns y voient une quelconque corrélation avec l’atmosphère brumeuse. Le site est encerclé par la grande forêt d’Antébois, lieu fort célèbre pour ses arbres fruitiers et la sérénité de ses vastes clairières. La proximité des rives du Pelte et de son entourage forestier est indispensable au bon fonctionnement de l’établissement de « Brid », l’école de dressage qui forme les futurs cavaliers, aussi l’endroit fut-il naturellement désigné pour accueillir l’élevage de ces nobles montures. Il est très courant de rencontrer des gardians Shores œuvrant dans les environs, mais le site reste tout de même extrêmement protégé. Les rares personnes osant s’y aventurer sans y avoir été conviées sont invitées à revenir d’elles-mêmes sur leurs pas. Les cas récalcitrants sont parfois raccompagnés à dos d'Éopus, le temps d’une brève et peu agréable descente vers les contreforts rocheux délimitant le territoire naturel de l’animal.

 

À la lisière de la forêt de Rondache, quelque peu en retrait des lieux précédemment décrits, se trouve le lac d’Agonothète. Il possède une vaste surface sur laquelle flottent constamment de légères volutes de fumée. L’histoire de l’apparition de ce lac est aussi trouble que ses eaux et au moins aussi obscure que ses profondeurs. La rumeur populaire raconte, à qui veut lui prêter l’oreille, que les tombes d’une vaillante armée tapissent les fonds aquatiques du lieu depuis l’aube des temps. Ce macabre cimetière serait le résultat d’un conflit meurtrier dans lequel des armes thaumaturgiques dévastatrices, utilisées plus que de raison, auraient causé le déséquilibre naturel responsable de l’apparition de cette étendue d’eau. De leur côté, les anciens affirment que, jadis, se trouvait là une ville maudite anciennement connue sous le nom de « Adamas » ; à en croire le folklore, les Dives elles-mêmes auraient rayé cette cité des cartes du monde pour entraver les ambitions d’un homme et décourager ses partisans. D’autres encore racontent que ce lac aurait été creusé par le formidable impact du coup de poing d’un Chevalier apotropaïque. Les livres d’histoire ne relatent aucun fait appuyant l’une où l’autre de ces légendes, et beaucoup s’accordent à dire que la taille des espèces aquatiques qui hantent les profondeurs du lac est amplement suffisante pour attiser la curiosité sans que d’aucuns n’aient à broder de légendes plus douteuses les unes que les autres.