5 - De Gabin à Hollywood
Sa collaboration avec Vahé Katcha sur "Galia" s'étant montrée efficace, Georges Lautner a de nouveau envie de travailler avec cet écrivain. Michel Audiard rejoint les deux hommes pour donner vie au scénario de "La grande sauterelle". Sortie en 1967, cette comédie réunit à l'écran Mireille Darc, Hardy Kruger, Francis Blanche, Maurice Biraud et Venantino Venantini. Lautner poursuit avec "Fleur d'oseille" la même année avant de mettre en scène un des monstres sacrés du cinéma français : Jean Gabin dans "Le Pacha" !
Michel Audiard & Georges Lautner durant le tournage du "Pacha" (1968)

Cette fois le comédien a accepté d'évoluer auprès d'une bande de jeunes gars qui lui sont complètement étrangers. Les débuts de tournage s'avèrent complexes puisque Gabin se retrouve complètement désarçonné par le style Lautner : des gros plans à répétition, de nombreuses coupes, etc... Pour arranger le tout, Lautner, timide par nature, est très impressionné par le comédien. Durant les premiers temps, l'ambiance est assez lourde sur les plateaux. Jusqu'au jour où les premières rushes sont montées et musiquées. Dés la projection Gabin comprend alors le style et le ton du film, cela le décide à faire confiance à son réalisateur pour le reste du tournage. Si bien qu'une certaine complicité va naître entre le comédien et l'équipe, il va prendre en affection ces jeunes techniciens du nouveau cinéma et se laisser porter par Lautner, qui retrouve en cet homme une sorte de père qu'il n'a pas eu. A sa sortie, le film se heurte à la censure et Lautner est contraint d'en réviser le montage pour retirer deux coups de poing de Gabin. Néanmoins, une fois sorti en salles "Le Pacha" est bien accueilli par la critique, généralement réticente à ce genre de films. L'année 1968, Georges Lautner ne tourne pas. Lorsque la révolte étudiante éclate à Paris il est à Rome, où il collabore durant un temps à l'écriture de "Michel Strogoff", qui se fera finalement sans lui. Arrive le projet de porter à l'écran le roman de Maurice Cury "La route de Salina". 

L'adaptation n'est pas une mince affaire puisque quatre réécritures sont nécessaires, avec l'aide de deux co-scénaristes, avant que Lautner débouche enfin sur la version finale du scénario. Les producteurs Robert Dorfman et Yvon Guézel, désireux d'avoir des acteurs américains, envoient Lautner à Hollywood pour faire son casting. Il y trouve, entre autres, Rita Hayworth, Robert Walker, Mimsy Farmer et Marc Porel. Ne souhaitant pas effecteur les prises de vue aux Etats-Unis, la Bande à Lautner part tourner le film sur une île aux Canaries. A sa sortie en 1970, le film ne trouve pas son public. Il paraît trop différent des précédentes réalisations de Lautner et son caractère hybride (mi-américain, mi-français) en déstabilise plus d'un. Malgré ses qualités, le film se fait descendre par la critique alors qu'il reçoit un accueil favorable à l'étranger. Il n'en reste pas moins que c'est un de ses films que Georges Lautner affectionne le plus. Après avoir encaissé cet échec, il se voit proposé par Alain Poiré l'adaptation d'une Série noire, en collaboration avec Bertrand Blier. Le livre se révèle vite inadaptable et tandis que les deux hommes tournent en rond, Blier raconte à Lautner une histoire triste qu'il a en tête.

"La route de Salina" (1970)

"Laisse aller... c'est une valse !" (1971)

Celle d'un homme qui sort de prison et que tout le monde veut tuer pour récupérer son butin caché. Lautner suggère d'inverser le ton pour en faire une comédie, c'est ainsi que naît le scénario de "Laisse aller... c'est une valse !". Le film se tourne dans la plaine de la Beauce, par grand froid, et réunit au casting Mireille Darc, Bernard Blier et Jean Yanne. C'est la première et unique fois que Lautner dirige le comédien. Ce film marque aussi sa dernière collaboration avec Bertrand Blier, parti tourner "Les valseuses" pour ensuite faire la grande carrière qu'on lui connaît. A noter dans ce film une courte apparition de Coluche, débutant à l'époque. Comme disait Philippe Castelli dans "Les Barbouzes" : "un client part, un autre arrive", Georges Lautner trouve durant les années 70 deux nouveaux partenaires de choix pour l'aider à écrire ses scénarios : Francis Veber et Jean Marie Poiré. Avec le premier il adapte "TTX 75 en famille", de Richard Caron, qui devient "Il était une fois un flic". Avec le second il détourne une nouvelle Série noire qui devient "Quelques messieurs trop tranquilles", où Miou-Miou apparaît pour la première fois devant sa caméra. Lautner poursuit en 1973 dans le genre comédie/aventures avec "La valise", sur un scénario de Francis Veber.


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