7 - Les années Belmondo
Quand Jean Paul Belmondo est présenté à Georges Lautner, par l'intermédiaire de Michel Audiard, le comédien n'a pas tourné depuis un an (depuis "L'Animal", de Claude Zidi). Ayant probablement remarqué le talent du metteur en scène à travers le polar "Mort d'un pourri", Bébel soumet à Lautner son désir de tourner une comédie policière. Le projet atterrit très vite chez Gaumont, principale maison de production du réalisateur. Avec Audiard (avec qui il a déjà fait 9 films), Lautner et Gaumont aux commandes, Belmondo se sent en confiance et signe pour "Flic ou voyou".
"Flic ou voyou" (1978)

A partir du roman de Michel Grisola "L'Inspecteur de la Mer", dont ils ne gardent qu'un bout de l'intrigue, Lautner, Audiard et Jean Vautrin (qui prend pour le cinéma le pseudonyme de Jean Herman) composent pour Bébel un personnage sur mesure. Leur ambition est de créer un flic qui sort un peu de l'ordinaire, aux méthodes de voyou, d'où le titre. Ainsi Belmondo va pouvoir passer du policier au truand et du charmeur au papa gâteau, une aubaine pour le comédien. Comme ce fut le cas avec Gabin et Delon, Lautner appréhende les premiers pas de Belmondo devant sa caméra, qui officie également en tant que producteur partenaire de Gaumont. Pourtant les deux hommes ne tardent pas à s'entendre et c'est surtout hors plateaux, durant les discussions de fin de journée, que va naître entre eux une solide amitié.

Lautner comprend très vite qu'il a trouvé là un interprète de choix pour donner vie aux personnages délirants qu'il affectionne, tandis que Belmondo voit en ce metteur en scène l'occasion de donner libre cours à sa fantaisie. Malgré tout, le tournage n'est pas de tout repos pour Lautner qui découvre chez ce comédien une passion pour la cascade. Belmondo veut effectuer ses cascades lui-même ! Or, déjà vis-à-vis des productions l'enjeu est de taille, puisque si la star du film se blesse le film est arrêté. Mais c'est en plus dans la manière de filmer l'action qu'il va falloir innover car en principe quand une cascade est filmée l'objectif est de ne pas montrer le visage de celui qui la fait. Dans le cas présent, il est important de bien montrer le visage de Bébel en pleine action, il est dés lors impossible de le casquer. Si l'idée d'être suspendu à un filin au-dessus du vide réjouit Belmondo, cela se traduit par des sueurs froides chez Lautner. Néanmoins le film se tourne sans encombre, de mai à septembre 1978 entre Paris et Nice. Il sort sur les écrans le 28 mars 1979 et la formule action/humour décalé du trio Lautner/Audiard/Belmondo se révèle fructueuse puisque dés la première semaine le film fait un score impressionnant.
Tout auréolé de succès, le trio décide de renouveler l'aventure. Lautner, Audiard et Herman partent à Venise écrire le scénario du "Guignolo" avec un seul objectif : faire rire le spectateur. Ils se laissent donc aller dans le délire le plus complet en concoctant à nouveau pour Belmondo un personnage sur mesure, sujet à n'importe quelle métamorphose excentrique. Le tournage débute en octobre 1979 et, selon Lautner, est un régal de bout en bout. L'équipe passe son temps à se marrer et Bébel effectue pour ce film une des plus grandes cascades de sa carrière : survoler la cité des Doges de Venise, suspendu à un hélicoptère. Arrive la sortie du film. Sur l'affiche apparaît Belmondo en caleçon à pois, ce que la critique perçoit comme une provocation. Cela réjouit Lautner qui admet que le titre du film ainsi que les facéties du personnage sont là pour provoquer les critiques les plus réticentes à un cinéma populaire qui a fait son succès. Le film sort sur les écrans en 1980 et rassemble pas loin de 2 900 000 spectateurs à l'arrivée.

"Le Guignolo" (1980)

Néanmoins, même si l'avalanche de gags et les pitreries de la star font mouche, le film a du mal à tenir le rythme. Comme ce fut le cas sur "Les Barbouzes" en 1964, le cinéaste a voulu rebondir sur son succès précédent en poussant le bouchon de la comédie encore plus loin. Si bien que le film s'appuie sur une structure un peu bancale pour mettre en valeur les délires de Belmondo.
"Le Professionnel" (1981)

Toujours sur le ton de la comédie, la Bande à Lautner enchaîne avec "Est-ce bien raisonnable ?", la même année. Le réalisateur y retrouve Miou-Miou, Michel Galabru, Renée St Cyr et Henri Guybet. Ce film reste l'unique collaboration entre Gérard Lanvin et Georges Lautner, au grand regret du metteur en scène. En effet Lautner apprécie beaucoup et croit en ce jeune comédien qui deviendra une star par la suite, le public allant même jusqu'à l'identifier comme étant le nouveau Lino Ventura. Malheureusement l'occasion de retravailler ensemble ne se présentera pas. Directement après ce film, Lautner s'attelle à sa troisième collaboration avec Jean Paul Belmondo. En 1981, il adapte la Série noire "Mort d'une bête à la peau fragile", de Patrick Alexander, avec l'aide de Michel Audiard et son fils Jacques. De tous les scénarios que Lautner a porté à l'écran, celui-ci fut le plus long à écrire, le plus complexe. Quinze jours avant que le premier tour de manivelle soit donné, l'équipe hésite entre tout abandonner ou alors corriger dans la longueur, car pour l'instant l'histoire dévie sur une fausse route. D'autant que la fin est longuement discutée par les producteurs, tuer le héros leur paraît impensable. Au final, Lautner, appuyé par Audiard et Belmondo, obtient gain de cause car même si le scénario est livré en retard, la fin est telle qu'ils la désiraient. Le tournage du film "Le Professionnel" peut donc débuter, en mai 1981, entre Paris et la Camargue.

La bande originale est composée par le fabuleux Ennio Morricone, qui travaille pour la première fois avec Georges Lautner, et le magnifique thème principal "Chï Mai" lui vaut à la sortie du film une seconde nomination aux Césars. Lors de la première projection du film, c'est la catastrophe. Les partenaires financiers sont horrifiés par la fin, l'agent de Belmondo veut empêcher le film de sortir et même Audiard hésite à laisser son nom au générique. Il n'y a que Lautner, Belmondo et le producteur Mnouchkine qui osent parier sur le succès commercial. Et les scores lors de la sortie du film, en 1982, leur donnent raison puisque le film totalise plus de 5 millions d'entrées. Bien que cette fois le personnage de Bébel et le ton du film tranchent radicalement avec les précédentes collaborations Lautner/Belmondo, le public suit.

Le mettteur en scène se tourne ensuite vers la comédie romantique et dirige pour la dernière fois Miou-Miou aux côtés d'Eddy Mitchell et Roger Hanin dans "Attention, une femme peut en cacher une autre !". L'écriture du scénario est déléguée à Jean-Loup Dabadie, un écrivain aussi talentueux que pointilleux, pour qui la construction de ce triangle amoureux se révèle être un vrai casse-tête. Le film sort sur les écrans le 21 septembre 1983.

L'année suivante, Lautner retrouve Jean Paul Belmondo pour "Joyeuses Pâques". Après le succès d'un film noir comme "Le Professionnel", les deux hommes ont envie de changer de registre et de s'éclater à travers une comédie. Jean Poiret, l'auteur de la pièce de théâtre dont le film est tiré, en signe lui-même l'adaptation. Mais "Bébel touch" oblige, l'histoire originale se voit légèrement liftée pour permettre l'insertion de deux ou trois cascades signées Belmondo. Le film devient alors un vaudeville décapant où même Lautner corrige la mise en scène initiale afin que Bébel puisse se donner à fond ! Encadré par deux partenaires féminines de charme, Marie Laforêt et la jeune Sophie Marceau, le comédien est littéralement déchaîné. A sa sortie le film fait un triomphe et seul Jean Poiret se trouve un peu peiné de voir sa pièce dénaturée de la sorte, sans pour autant en vouloir à Lautner ou Belmondo.

"Joyeuses Pâques" (1984)

Le réalisateur enchaîne avec "Le Cowboy", sur un scénario du dessinateur Georges Wolinski, créateur de Paulette, Georges le tueur et d'autres personnages qui ont fait son succès dans la presse, notamment à Charlie Hebdo. Malgré un beau casting réunissant Aldo Maccione, Renée St Cyr, Henri Guybet, Michel Beaune et Corinne Touzet, le film fait un bide à sa sortie.

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