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Laurent Joubert était le
fils de Jean Joubert et de Catherine Genas. Il est né
à valence le 16 décembre 1529. Il est possible
qu'il ait commencé des études à la
faculté de médecine de cette ville. En tous
cas, il se fit immatriculer à l'Université de
Médecine de Montpellier le 1er mars 1550. Bachelier
le 27 février 1552, il fit alors un stage de pratique
à Aubenas et à Montbrizon puis il
fréquenta en Italie les facultés de Padoue, de
Ferrare et de Bologne ainsi que la ville de Turin. Revenu
à Montpellier, il fut reçu docteur le 5
juillet 1558. la date de sa licence ne nous est pas connue.
Il remplaça aussitôt le professeur
Honoré Castellan dans ses cours universitaires, avec
un succès retentissant si bien que, à la mort
de Rondelet en 1566, les étudiants firent une
pétition pour qu'il soit nommé à sa
place. Un concours eut lieu néanmoins dont il sortit
vainqueur.
Son succès en
clientèle fut aussi grand. On l'appelait de toute
part. L'armée fit appel à lui ainsi que
Marguerite de Valois, jeune épouse du roi de Navarre
qui, lui aussi fut de ses clients. Plus tard, il sera encore
appelé en consultation auprès de Louise de
Savoie, épouse d'Henri III, atteinte de
stérilité. Il sera enfin médecin
ordinaire d'Henri IV.
Nommé chancelier de
l'Université de médecine au mois de
décembre 1573 jusqu'en 1582, il sut faire preuve de
fermeté dans ses nouvelles fonctions, notamment lors
du concours ouvert à la mort de François
Feynes. Il sut aussi tenir tête aux incessantes
tracasseries du doyen Jean Blézin comme par exemple
dans l'affaire qui l'opposa à l'apothicaire Louis
Bosc. Vis-à-vis des chirurgiens il exerça une
grande vigilance pourchassant sans pitié les
empiriques tout en veillant à ce que les
véritables chirurgiens, parmi lesquels il comptait
plusieurs amis, restent sous la dépendance des
médecins. IL vécut aussi l'affrontement qui
opposa en 1574 les étudiants en médecine aux
apothicaires de la ville au sujet de la visite des
officines. Ce conflit ne sera réglé que plus
tard. Il est mort à Lombers dans le Tarn au retour
d'un voyage à Toulouse, le 21 octobre 1582. Il avait
toute sa vie professé la religion protestante. Bien
que vivement sollicité par Rondelet pour qu'il
épousât une de ses filles, il leur
préféra Louise Guichard, dille du
médecin Pierre Guichard de qui il eut un fils Isaac
qui fut médecin à son tour. Une de ses filles,
Anne épousa le médecin François
Auzière.
Remarquable pour la
diversité de ses intérêts et de ses
publications, il se passionna pour l'histoire naturelle,
pour la pharmacopée. Il publia aussi un ouvrage sur
la réforme de l'orthographe, un traité sur le
rire et surtout un livre intitulé " Erreurs
populaires au fait de la médecine et régime de
santé " en 1578. Il écrivit un traité
sur les arquebusades. Très précieux, il
relève les pratiques curatives et les superstitions
en usage dans les campagnes montpelliéraines qu XVIe
siècle.
Joubert avait constitué
chez lui un cabinet d'histoire naturelle d'une certaine
valeur. Négligé après sa mort, il fut
vendu par son fils Isaac.Laurent J. Joubert (1529-1582),
originaire de Valence, étudia au milieu du XVIe
siècle à Montpellier puis à Paris,
Turin, Padoue, Ferrare et Bologne [parcours typique de
l'italianisme de la médecine européenne
à l'époque et tout juste teintée d'un
peu de " montpelliéranité "
supplémentaire ; la " nordisation " des études
de médecine sera en revanche le fait des XVIIe et
plus encore XVIIIe siècles]. En 1558, Joubert
obtint son doctorat à Montpellier. Gendre du grand
médecin, Guillaume Rondelet (lui-même mort en
1566, il succéda à ce personnage (dont il
avait été l'élève) dans sa
chaire professorale, à Montpellier toujours. Son
enseignement coïncida avec les guerres de Religion, qui
localement eurent des effets dévastateurs pour
l'université montpelliéraine. En 1580, et
jusqu'en mai 1581, l'enseignement y fut totalement
arrêté : le nombre des inscriptions
estudiantines annuelles tomba de cinq en 1575 à
zéro en 1580 [il s'agit d'une donnée
intéressante pour une chronologie des malheurs des
guerres de Religion, beaucoup plus effectifs en 1580 dans le
Languedoc que dans telle ou telle région de la France
du Nord, celle-ci étant nettement plus calme.
Après la mort de Laurent Joubert, aucun professeur
entièrement indigène n'était
susceptible d'assumer le poste de chancelier. Un
médecin venu de l'extérieur, mais
montpelliérain d'étude et d'adoption, Jean
Hucher fut nommé à cette
charge.
Le livre recueil de toutes les
spécialités pharmaceutiques ou Dispensatorium,
le " Vidal " de l'époque n'est autre que la "
pharmacopée de Laurent Joubert, professeur
régent de l'art de médecine, chancelier et
modérateur de l'université, autrement dit,
académie de Montpellier ", ouvrage paru à Lyon
en 1578 .
Dans la journée du 9
août 1596, le plus jeune fils de monsieur Laurent
Joubert, le grand savant, me prit avec lui et m'emmena
jusque dans sa maison pour me faire voir la cabinet de
curiosités de son défunt père . Depuis
le décès de ce monsieur, sa collection se
trouvait en débandade complète. Des
personnages forts distingués, tels que le
connétable et Monsieur de la Fin [d'Auvergne]
, étaient parfaitement informés ; ils savaient
que de son vivant, ce savant Joubert avait fait venir des
pays étrangers, à grands frais divers objets
de collection fort curieux. Ils ont donc inspecté ce
cabinet de visu, après la mort du propriétaire
; et puis ils se sont emparés de ce qui leur plaisait
; ils ont donné en échange quelques petits
cadeaux tout au plus. Ces notables ont fait main basse en
particulier sur les uvres d'art, les pierres
précieuses et les antiquités que Joubert,
à ce qu'on dit, avait rassemblées en grand
nombre.
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Néanmoins tout n'a pas
disparu et, parmi bien d'autres choses remarquables, j'ai vu
là des animaux empaillés qui étaient
vraiment exotiques, étranges ; des plantes
monstrueusement déformées, des objets d'art et
autres vieilles choses que je vais décrire l'une
après l'autre, celles en tout cas dont j'ai pris
particulièrement connaissance :
1. D'abord était
accroché au plafond, en plein milieu du cabinet de
ces collections, un oiseau empaillé blanc,
très grand (et même plus grand qu'un aigle),
appelé en latin Onocrotalus. [Pelanus
onocrotalus, le pélican commun : la zoologie
helvétique tant platterienne que gesnérienne
s'est intéressée à cet oiseau (K.
Gesner, Historia animalium, livre III, De la nature
des oiseaux (De avium natura), 1555, p. 605, sq. : au
sujet d'un pélican trouvé près de
Zurich, en situation lacustre effectivement.] De son
vivant, sa voix eût tenu du braire chez un âne.
L'oiseau en question est doté d'une grosse poche sous
le bec, on dirait un estomac, et elle peut contenir environ
trois litres d'eau où cet oiseau conserve les
poissons
Il vole au-dessus de la mer ou d'autres plans
d'eau, et là, il plonge comme un canard sauvage
jusqu'à ce qu'il ait effectué une bonne
pêche. Il n'a plus ensuite qu'à se poser en
terre ferme et à se repaître de ses prises. Ce
volatile, à ce qu'on dit, avait été
apporté d'Alexandrie jusqu'à Marseille ; et de
là, on l'avait expédié à
Montpellier en tant que cadeau. J'en ai vu un tout
semblable, en peinture à Lucerne, dans la salle de la
corporation du Fridolin [La Fritschi-Stube, corporation
dite " Fritschi " du Fridolin ou du Safran, est celle des
épiciers, des charpentiers et des maçons de
Lucerne. De 1453 à 1586, elle avait son siège
dans la Kleinstadt sur la place ; et depuis 1586 jusqu'en
1836, dans la Grosstadt entre le marché au vin et la
Reuss. Les médecins, les administrateurs et les
pasteurs avaient eux aussi leurs entrées dans la "
Fritschi ". Les apothicaires y détenaient
également des droits. " Frère Fritschi " ou
Fridolin, mannequin bourré de paille, personnifiait
la joie des Confédérés après
leur victoire de Ragaz le 6 mars 1446, qui décida de
l'issue de la guerre de Zurich en faveur des Eidgenossen,
confédérés. Frère Fritschi
était promené dans le cortège du
Carnaval, le jeudi avant le jour d'Esto Mihi ; on le faisait
également participer à des festivités
dans des localités amies. Les Bâlois firent
main basse sur ce mannequin en 1508, ce qui donna l'occasion
aux gens de Lucerne de se rendre à Bâle, et de
le récupérer [HBLS, III, 342] : le
tableau portait une inscription comme quoi l'oiseau
était en provenance du lac de Zurich, au-dessus
duquel on l'avait abattu.
2. Il y avait également
dans la cabinet de Joubert, deux oiseaux marins
étranges ; à en croire leurs appellations,
l'un était un Alcyon, l'autre un Cordilis.
[Alcyon autrement dit Martin-pêcheur ? Voir
à ce propos K. Geisner, Historia animalium, livre
III, éd. 1555, p. 550, texte illustré. Quant
à Cordilis, nous n'en savons pas plus sur cet oiseau
de mer.]
3. J'ai vu des coquilles
tirées de la mer, qu'on appelle Concha anatifera :
c'est là que naissent les oies sauvages. [Concha
anatifera autrement dit " bernache " : genre de
crustacés cirripèdes qui vivaient fixés
sur les bois flottants en mer, sur les coques des navires,
sur les troncs d'arbres immergés près des
côtes ; c'est pourquoi l'on pensait qu'à partir
de ces bernaches (vivant disait-on sur les arbres) faisaient
éclosion les oiseaux ou " oies marines "
appelées elles aussi " bernaches " ou " oies d'arbre
" (baumgänse). Sébastien Münster
évoque ces diverses espèces de
crustacés et d'oiseaux, ainis que la
métamorphose des uns aux autres ( !), à propos
de l'Écosse et d'arbres écossais proches de la
mer. Voir la Cosmographey de S. Münster, éd.
1544, p. 40 et éd. 1598, p. 55 et sq. ; il cite
à ce propos Saxo Grammaticus. Quant à K.
Gesner (op. cit., p. 108 sq.), il s'appuie à ce sujet
sur S. Münster, bien que personnellement, ce même
Gesner n'ait pas vu de Bernaches. Il mentionne incidemment,
sur ce poibt, le Ringelgand alias Branta Bernicla. Voir
aussi Nemnich, Polyglottes Wörterbuch der
Naturgeschichte, op. cit., I, p. 264,
sq.]
4. En quatrième lieu, une
petite bestiole à quatre pattes, de la taille de nos
lézards et qui se nourrit d'air : cela s'appelle un
caméléon.
5. Un veau marin, aussi grand
que nos veaux terrestres.
6. Un petit crapaud de mer
[Meerkrot : crapaud de mer, ou Thalassophryne maculosa.
En ce qui concerne Gesner, dans son " Livre des poissons "
(Fischbuch, traduit du latin en Allemand par Forer, 1598, p.
64 et 64b), il nomme cet animal Rana piscatrix ou marina,
autrement dit grenouille halieutique ou marine " une
bête spécialement horrifique et affreuse ". Le
dessin qu'il en donne s'inspire d'une illustration de
Guillaume Rondelet, le grand zoologue et médecin
montpelliérain. Quant au veau marin,
précédemment mentionné, c'est
vraisemblablement un phoque.]
7. Un coq de mer ; c'est une
espèce de poisson. [Meerhan, autrement dit Zeus
Gallus, coq de mérou ou poisson-miroir ( ?) (allemand
Spielgezlfisch). Gesner (Historia animalium, IV, 439 sq.)
l'appelle Faber (artisan, forgeron?) à cause de sa
couleur noire, d'après Pline, Hist. Nat, 9, 68 ; ou
encore Gallus marinus. En raison de ses lueurs
dorées, les anciens Grecs le dénommaient Zeus,
et les chrétiens Christ [ou saint Pierre]. Ce
poisson fut dessiné lui aussi par
Rondelet.]
8. Un tout petit poisson rond
(qui ressemble à un limaçon rouge),
appelé Remora. [Remora, Echeneis remora,
poisson-pilote] On prétend qu'il est capable de
stopper net un navire en pleine mer. Il suffit qu'un matelot
tienne une rame, et que le rémora la touche : la main
du marinier en aurait une entorse telle qu'elle deviendrait
soit-disant inutilisable, jusqu'à ce que la
bête lâche prise. Tout cela me paraît bien
difficile à croire, et pourtant de nombreux
vieillards très distingués ont accepté
cette croyance.
9. Un énorme crocodile
qui avait bien dix pieds de long.
10. Pour le numéro 10,
j'ai vu quelques échantillons d'individus difformes,
produits de naissances monstrueuses. Ainsi la tête
d'un enfant de quatorze ans : elle était
énorme, ayant quatre empans [80
centimétres] de
circonférence.
11. Un cochon à huit
pattes, dont quatre à l'emplacement normal, deux
par-devant sur la poitrine et deux sur le
dos.
12. Une grande chèvre
à deux têtes
13. Idem pour le n° 13 :
diverses plantes rares, parmi lesquelles une mandragore
[Mandragora officinalis, mandragore ou pomme de sommeil,
pomme de chien, herbe à sorcière, expressions
notamment alémaniques, ici traduites.
Déjà connue dans l'antiquité comme
plante médicinale ou magique (Nemrich, op. cit., I,
p. 535. Félix Platter dans sa Suppellex
médica, fait état d'une douzaine
d'échantillons de mandragore.] en forme d'homme
minuscule (dont on dit qu'elle pousse sous la potence), mais
selon moi, il s'agit ou d'une mandragora, ou d'une monotropa
; on lui a planté des millets à la place de la
chevelure.
14. De la gomme ou de la
résine qui a coulé de la pierre très
dure d'un diamant.
15. De l'écume de mer
desséchée. [Écume de mer : il ne
s'agit nullement en l'occurrence de ce qui sera la
matière première de nos pipes, mais
plutôt d'un composé de diverses substances que
les flots de mer ont roulées ensemble et
déposées sur le rivage. Les chercheurs et
collectionneurs au temps de la Renaissance et de la
post-Renaissance, ne s'expliquaient pas clairement la nature
de cette " écume " marine qu'ils appelaient à
la mode antique, Halcyoneum (Pline l'Ancien, 32, 86).
Félix Platter (Suppellex medica, fol. 14 v°) en
possédait dix échantillons, se rattachant
eux-mêmes tantôt à une espèce de
corail, tantôt effectivement à la terre de
pipe, etc. Konrad Gesner (Vogelbuch, trad. Allemande, 1600,
p. 31 sq.) en trouve cinq espèces et il renvoie, en
ce qui les concerne à Dioscoride, Galien et Pline. Le
nom " alcyon " attribué à cette matière
viendrait, selon cet auteur, du fait que la matière
en question est pêchée dans la mer par l'oiseau
appelé alcyon (le martin-pêcheur ?), qui s'en
sert pour fabriquer son nid ( ?). Voyez aussi K. Gesner,
Historia animalium liv. III, p. 566 ; Joh. Gottschalk
Wallerius (Mineralogia ou Mineralreich, trad. Allemande, 2e
édition 1763, p. 446) considère,
contestablement, que l'écume de mer est la
pétrification d'une espèce de résidu de
corail, à base de spongiosités ou de
fongosités appelées Alcyonia
Voir
également Nemnich, op. cit. I, p.
101.]
16. De nombreuses pierres
d'aigle, qui sont tombées du ciel à en croire
certaines personnes. [Pierre d'aigle, dite aussi en
termes germaniques, ici traduits, pierre-hochet ou
pierre-crécelle. Autrement dit aéttite,
variété de peroxyde de fer ou d'ocre jaune ;
pierre creuse à l'intérieur de laquelle se
trouve, sonore, un petit caillou (voir Nemnich, op. cit., I,
p. 101)]
17. De belles dents de
lion.
18. Idem pour le numéro
18, des calculs pierreux, de la grosseur tantôt d'un
uf, tantôt d'une noix muscade, qu'on a extrait
de la vessie d'un homme de soixante ans.
19. Une grosse pierre blanche,
quadrangulaire, qu'on a tiré des reins d'un homme
après sa mort.
20. Le tibia d'un homme mort du
mal français [maladie
vénérienne], dont les eaux de la jambe
s'étaient de son vivant corrompus et pourris à
même le corps de la personne en question. [Le mal
français c'est en d'autres termes la syphilis. Cette
maladie vraisemblablement importée d'Amérique
par des participants au premier voyage de Christophe Colomb,
fut diffusée en zone méditerranéenne,
puis colportée au nord par les soldats
français de Charles VIII revenus de Naples en 1495
(A.-J. Stofer, Wörter und ihre Schicksale (les mots et
leurs destins), 1937, p. 337-347)]
21. Quelques petits os ou
osselets attachés avec un fil de coton, que les
Américains, autrement dit Anthropophagi,
c'est-à-dire mangeurs d'hommes, ont coutume de
composer en forme de colliers avec les ossements des hommes
qu'ils ont mangés ; il se les suspendent ensuite
à la cuisse ou au cou en guise de parure. On m'a
donné divers exemplaires de ces ornements que j'ai
expédiés à Bâle par la
suite.
22. J'ai vu aussi beaucoup de
pierres précieuses qui étaient en effet de
grande valeur, et plusieurs portraits de personnages
importants, l'un ou l'autre joliment moulés en
plâtre.
23. Une grosse paire de gants,
qu'on avait enfermée artistement dans une
noix.
24. Une vieille lampe, pourvue
d'une mèche en amiante, et dont on prétendait
qu'une lumière éternelle y avait
brûlé. [amianthus ou amiante, Asbestus
fragilis. Dans son catalogue en langue latine
intitulé suppelex medica, fol. 12 v°,
Félix Platter signale un échantillon d'amiante
( ?) ou Federweiss des fours, fornace (J.G. Wallerius,
Mineralogia, op. cit. p. 193)]
25. On m'a montré aussi
un manuscrit dont la matière était de
l'épaisseur de nos cartes à jouer ;
c'était un rouleau très long, d'une quinzaine
d'empans me semble-t-il [trois mètres de
longueur], couvert entièrement et uniquement de
caractères chaldéens, et qu'on a trouvé
dans le corps embaumé d'une momie. On avait inscrit
en ce texte, selon l'opinion de certaines personnes, le
récit des exploits du défunt. La fait est que
dans les momies ou dans les corps embaumés on
découvre souvent des objets bizarres, comme des
idoles égyptiennes ou d'autres choses du même
genre (que les intéressés affectionnaient
quand ils étaient encore envie), et cela grâce
au fait qu'on enlevait les boyaux de leurs corps une fois
décédés. Ce qui laissait à
l'intérieur du cadavre une grande place vide dans
laquelle on pouvait fourrer ces paperasses, statuettes,
etc.
26. Enfin au numéro 26,
qui est le dernier de ma liste, j'ai vu dans cette "
collection Joubert " un couteau de la même forme que
ceux qui chez nous peuvent se replier [en marge de son
manuscrit, Thomas Platter II a dessiné un couteau
avec manche et lame. Dessin reproduit par Rut Keiser dans
son édition bâloise de la Beischreibung de
Thomas Platter II, p. 269], mais celui-ci était
tout d'une pièce comme on peut voir par l'esquisse
que j'ai dessinée ci-jointe. Voici son histoire :
dans la campagne des environs de Lunel, à la suite
d'une querelle entre deux paysans, l'un d'eux s'étant
pris de colère contre son adversaire, lui fourra de
force ce couteau dans la bouche, s'étant borné
tout au plus à envelopper la pointe d'icelui dans un
chiffon. Le malheureux qui avait eu le dessous dans la lutte
fut même contraint d'avaler cet objet, l'autre le
menaçant de le tuer de ses propres mains s'il ne
s'exécutait pas. Et de ce fait, il y eut
déglutition de la chose. Peu après, la victime
de ce procédé ressentit de terribles douleurs
d'entrailles ; il fit donc venir le docteur, messire Laurent
Joubert, et lui raconta toute l'affaire - comment il avait
été contraint d'avaler le couteau. Joubert
désespérait de la thérapeutique, car il
pensait que le diable s'était présenté
à ce malheureux sous la forme d'un paysan, ce qui
paraissait vraisemblable en effet, et que le démon,
par quelque sortilège, lui avait fourré la
chose dans le ventre. On ne pouvait concevoir qu'un long
couteau comme ça fut avalé de façon
naturelle. Toutefois, le grand médecin finit par
céder aux pressantes instances de la victime, vu
l'état de détresse aiguë où
celle-ci se trouvait. Il lui fit donc donner, par
l'ordonnance, des purgations et des vulnéraires. De
sorte que peu après, dans l'aine droite (in inguine),
un abcès se forma ; puis on l'ouvrit, et le docteur
Joubert, de ses propres mains, à travers cette
apostume ouverte, en retira le couteau. Le paysan a
survécu en pleine forme et en bonne santé,
après cette aventure, pendant de nombreuses
années encore. Cette anecdote m'a été
racontée dans tous ses détails par le fils de
Monsieur Laurent Joubert, et ce Monsieur Laurent a
lui-même consigné l'aventure dans ses
Observationes. Il pensait que le couteau était si
l'on peut dire passé par l'appendice (caecum
intestinum), car il n'en était résulté
aucun dommage.
À l'étage
inférieur, dans cette même maison, on pouvait
encore apercevoir plusieurs grandes côtes de baleine
que, de Bordeaux on avait envoyées à Joubert.
Parmi elles quelques unes avaient dans les vingt empans de
longueur et deux empans d'épaisseur
[respectivement quatre mètres de longueur et
quarante centimètres d'épaisseur]. Par le
biais d'un échange, j'acquis du fils Joubert une
petite côte de baleine d'environ douze empans de long
[2,40 mètres], que je devais expédier
à Bâle ultérieurement.
Il y avait encore, à
proximité de ces ossements de baleine une tortue de
mer accrochée au plafond ; sa carapace était
aussi vaste qu'un dessus de table autour duquel six
messieurs auraient pu, sans problèmes, trouver place
assises pour chacun d'entre eux.
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