LA
LOIRE ANGEVINE
Capricieuse, tantôt en crue, tantôt filet d’eau sur un océan de sable, la Loire coule au gré du temps et des saisons.
A l'aval d'Angers la Loire reçoit la Maine nous sommes ici à Bouchemaine.
En Anjou, qui correspond en grande
partie au département du Maine et Loire, elle divague paisiblement entre des
haies de peupliers, de saules, de frênes têtards. Çà et là, des plages de
sable blond apportent encore plus de lumière sous le chaud soleil de l’été.
Le Thouet modeste affluent, se fond en Loire sur la rive gauche. Tout proche
Montreuil-Bellay est fier de son élégant et hétéroclite château. Non loin,
Cunault possède une des plus belles églises romane de la région, avec ses 223
chapiteaux richement sculptés. St Clément des levées, se distingue par son
panorama sur la Loire, ses chapelles de marinier ainsi que son péage restauré
qui servait pour le commerce des vins avec les Hollandais.
Parfois un maigre bras d’eau se détache et semble s’égarer
au milieu des champs, presque à sec il semble tout à coup pris de remords et
revient vers le fleuve formant une île en son milieu. Ces bras, sont appelés
« boires » ils sont une véritable aubaine pour les riverains qui
s’en servent comme d’un port naturel pour y amarrer leur barques.
L’hiver ou dans les périodes
pluvieuses, il arrive également que le fleuve se fâche. Alors, cette indolence
naturelle se transforme en furie. Gonflée des eaux du haut bassin et de la
Loire moyenne, elle subit l’influence du climat océanique qui gorge d’eau
ses principaux affluents de la plaine : l’Indre, la Vienne, le Cher, la
Maine qui draine le Loir, la Sarthe, la Mayenne, l’Huisne et l’Oudon. Alors
Loire sauvage, elle déborde, modifiant son lit et ses îles éphémères, mais
heureusement elle reste le plus souvent prisonnière de digues élevées par les
hommes.
La vallée de l’Anjou s’étale au
nord de la Loire sur une zone d’environ 40 000 hectares sur une longueur de 70
kilomètres qui englobe l’Authion. Reconnues terres très fertiles elles sont
exploitées dès l’antiquité, certaines peuplades s’y fixent au moyen âge.
Des petites digues de terre protègent les habitants.
C’est ici en Anjou vers 1160-1170 à
l’initiative d’Henri II Plantagenêt, que naît l’idée d’une digue
continue qui deviendra « la grande levée d’Anjou ». Il s’agit,
d’étendre les terres labourables en protégeant la vallée de l’Authion. Au
XIIe siècle, la grande levée borde le fleuve de St Patrice (Indre
et Loire) jusqu'à St Martin de la Place.
Constituée de remblais de terre entremêlés de « fascines », gros fagots maintenus par des pieux, elle sera sans cesse rallongée rehaussée et réparée. A partir de la fin du XVe siècle le rôle de la levée d’Anjou n’est plus seulement de permettre l’exploitation de la plaine alluviale : il faut également améliorer la navigabilité du fleuve, chenal, ponts, et ports. Aujourd’hui, se pose parfois le problème de savoir à qui appartient la digue ? Certaines sont dites « syndicales » et dépendent d’anciennes corporations. Souvent les travaux de réfections sont pris en charges par les collectivités locales, les conseils généraux ou l’état suivant l’importance du chantier.
Malgré les efforts des hommes la grande levée d’Anjou a connu des échecs d’endiguement des eaux. Le lit du fleuve parfois trop étroit n’a pu contenir la Loire en furie, ces crues exceptionnelles ont provoqué des dégâts très importants dans la vallée de l’Authion. En 1856, une vague rompt la digue, le flot se précipite à Trélazé elle s’engouffre dans les bouches des mines d’ardoises exploitées à ciel ouvert, causant de graves dommages.
En
vallée de Loire on trouve ici en Anjou une opposition entre les habitants de
villages de basses terres que se nomment les « vallerots » par
rapport à ceux qui vivent au sec sur le coteau de la berge opposée et qui sont
les « berlots ».
Dans le Saumurois, le Layon, Chalonnes, Montjean-chateaupanne, la production de
chaux à partir des calcaires locaux cuits avec le charbon de pays atteignait
jusqu'à 60 000 tonnes dans les années 1850, dont les 2/3 était expédiée
vers les grands chantiers de la ville de Nantes ou les campagnes Bretonnes en
bateaux (engrais). C’est ainsi que des ports spécialisés virent le jour sur
la Loire. Chaufourniers (chaux), tuffeliers (tuffeau), chanvriers (chanvre),
certains perrés sont en cours de réfection (quai en pierres). Parfois ils sont
hors d’eau du fait de l’abaissement du lit du fleuve.
Angers, la capitale est un peu
à l’écart à l’abri des caprices de la Loire. C’est la ville du Roi René,
la forteresse aux dix-sept tours de cinquante mètres de haut, ceinturée
d’assises en grès blanc qui tranchent avec la maçonnerie de schiste sombre.
Les anciennes douves asséchées ont été transformées en un superbe jardin de
style Louis XIII. Edifiée par St Louis de 1228 à 1238, elle abrite une
tapisserie médiévale qui est le véritable trésor du château, sur plus de
cent mètres de long la fameuse « apocalypse » de Saint-Jean
illustre les visions que celui-ci reçu de Dieu.
Angers, ville bourgeoise et moderne,
regarde couler la Maine, dont le département tire la moitié de son nom. Sur
ses rives, les toits d’ardoises fines se mirent dans ses eaux.
Dans la région se pratique un jeu la boule de fort.
Par la Loire
des cépages Bourguignons arrivèrent jusqu’ici, du Bordelais d’autres cépages
remontèrent par Nantes, c’est ainsi qu’il est possible de déguster dans
la cave de chaque vigneron : le
Pineau de Loire, le Cabernet blanc, l’Anjou rouge, ou bien les rosés qui sont
des cépages Grolleau. Certains vignobles sont réputés, tel un Quart de
chaume, une coulée de Serrant, ou un Bonnezeaux sans oublier les coteaux de
l’Aubance. Le petit vignoble de Savennières possède également une réputation,
son plant est un cépage Chenin Blanc qui est déjà connu en Anjou dès 845.
ne pas oublier les coteaux du layon.
Nous voici à St Florent le
vieil, un belvédère permet de découvrir le fleuve calme et majestueux qui
s’écoule à nos pieds.
Ici, il est difficile de s’imaginer
en un endroit si tranquille ce qui s’est passé en 1793. Voici un aperçu
condensé de la première guerre de
Vendée.
Car c’est à Saint Florent le vieil que jaillit l’étincelle de la révolte
qui couvait déjà dans LES
MAUGES depuis un certain temps.
Sur le coteau, rive gauche, voici Liré où l’on peut visiter le musée
de Joachim du Bellay installé dans
le Grand Logis, élégante demeure à tourelle du XVIe siècle.
En barque sur la Loire ou bien sur une
île en son milieu, le pêcheur contemple l’eau qui inlassablement poursuit sa
course vers l’océan. Les lignes sont tendues, que va t’il mordre ?
Pour les rares professionnels peut-être une alose ou un brochet. L’amateur
lui se contentera de pêcher le mulet au lancer, « à la cuillère »,
un ver de mer fixé au bout de l’hameçon. Quelquefois c’est la surprise,
monté des fonds vaseux le poisson-chat originaire d’Amérique du Nord,
particulièrement vorace se jette sur l'appât, et se fait prendre au grand
regret du pêcheur. Plantée dans le sable, ou bien entre deux cailloux une
autre ligne est tendue, son bouchon parfois s’agite, et attire l’œil de
l’aficionado lui assurant ainsi une prise meilleure. Dans l’épuisette
saisie à la hâte, c’est une anguille qui se débat.