Brian Wilson Aldiss


18/8/1925 -

Brian Aldiss

 
Bibliographie francaise
Bibliographie anglaise
Pseudonymes : Jael Cracken, Arch Medicant, Doc. Peristyle, Peter Pica, John Runciman, C. C. Shackleton.
 
Vous, qui découvrez ces lignes et qui n'êtes peut être pas un immense spécialiste de la science-fiction, seriez vous prêt à jurer honnêtement que, sans Spielberg et A.I., vous saviez que Brian Aldiss est un auteur de SF et que c'est l'un de ces textes qui a inspiré le scénario du film précité. Je vous laisse avec votre conscience pour la réponse et malgré tout avec le bénéfice du doute, car Brian Aldiss est un authentique géant dans le domaine de la science-fiction et, qui plus est, un vieux géant, ce qui est souvent une preuve d'excellence dans l'art de l'écriture et de la bonification qu'apporte le temps qui passe.
 
Voyons donc ce qui motive ce propos : Brian Wilson Aldiss est né le 18 août 1295 à Dereham dans le Norfolk, Angleterre. En ce temps là, son père Bill, fils d'un drapier, tentait d'échapper à un destin de drapier tout tracé que la mort de son propre père et la sollicitude intéressée d'un frère aîné, allaient lui éviter. Sa mère, Dot, avait perdu une fille avant la naissance de Brian. La naissance en 1930 d'une nouvelle fille qui survivra, n'écartera jamais les fantômes que l'absence de l'aînée laissera dans l'imaginaire de Brian, d'autant plus que pour cette naissance il sera exilé pendant 6 mois chez ses grands-parents. Son retour à la maison provoque de considérables effets somatiques qui ne se résorberont que progressivement alors qu'il entre comme pensionnaire , à l'age de 6 ans , dans une école de Bacton.
 
Il suivra ensuite des études au Framligham College dans le Suffolk, puis à la West Buckland School dans le Devon. De son enfance et de ce qui s'en suivit, il rédigera ensuite une autobiographie réinventée, en trois volumes, qui fera scandale par sa crudité. Le premier tome " un petit garçon élevé à la main " sortira en 1970. Il s'y invente une famille avec un frère aîné, deux sœurs dont une morte à la naissance (sic) et surtout décrit une quête effrénée du plaisir sexuel, par la masturbation dans un premier temps, puis à travers les femmes dont l'emblématique Virginia " Sister Traven ".
 
Dans le mois qui suit son 18eme anniversaire, il est enrôlé dans l'armée anglaise et expédié , après formation au sein du Royal Corps of Signals , à Burma. Malgré le danger, même s'il n'est pas en confrontation directe avec les japonais, Brian vit une période intéressante, allant même à Sumatra échafauder des projets de mariage avec une chinoise. Si le mariage ne se fait pas, la faute est à l'actif de l 'armée qui l'envoie à Hong Kong et Macau, plutôt qu'à Singapour où l'attend sa belle qu'il ne reverra jamais.
 
Brian Aldiss (photo retouchée) Il est démobilisé en 1947 et rentre à Oxford où il trouve un travail chez un libraire dont il épouse, en 1948, la secrétaire, Olive Fortescue. Il est alors déterminé à écrire, utilisant les matériaux de ses récentes expériences asiatiques. Son premier texte publié " A book in time " paraît en février 1954, suivi en juillet de la parution de son premier texte SF " Criminal Record " dans Science Fantasy.
L'année suivante avec la publication de son premier livre " The Brightfount diaries ", une série de nouvelles sur la vie d'une librairie, intervient également la naissance de Clive, son premier enfant. Le succès de ce livre lui permet de quitter la librairie et d'intégrer l'Oxford Mail. Le gain du prix de l'Observer le pousse à devenir écrivain à plein temps, et, donc de rester chez lui à demeure ce qui crée de fortes tensions avec Olive. La naissance en 1957 de Caroline le renvoie aux démons de sa propre enfance, et l'amène à abandonner son foyer, revivant sous une autre forme l'exclusion liée à la naissance d'une fille.
 
Malgré des tentatives de réconciliation, le mariage prend définitivement l'eau en 1959 et se conclut par un divorce prononcé en 1965. Pendant cette période, où sa femme éloigne sur l'île de Wight, ses enfants, il vit d'errance, d'alcool, de solitude et d'écriture. Son premier roman de science-fiction " Non Stop " ( Croisière sans escale) lui vaut le titre de l'auteur débutant le plus prometteur à la 16eme convention.
Brian Aldiss
 
En 1962, il décroche un Hugo pour la meilleure nouvelle ; c'est également à cette époque qu'il rencontre Margaret Manson qui rédige la première version d'une bibliographie de Brian. Les années qui suivent voient une grande production, " Barbe grise ", " les années noires lumière "…, sa désignation comme invité d'honneur à la convention de 1965 qui se déroule à Londres et son mariage, la même année, avec Margaret .
 
Brian Aldiss, l'année de son premier Hugo A cette époque, les auteurs américains issus ou non de l'âge d'or ( Heinlein, Asimov, Clarke…) dominent le monde de la science-fiction. Toutefois, c'est dans les années 60, autour de Michael Moorcock, que la SF anglaise se révèle au monde. Hormis Aldiss, on trouve John Brunner, JG Ballard. Aussi bien dans sa vie professionnelle que personnelle, Timothy naît en 1967, Charlotte en 1969, les années 60 sont des années heureuses pendant lesquelles il est reconnu, invité, honoré et par conséquent voyage à travers le monde. C'est aussi à ce moment qu'il commence une collaboration avec Harry Harrison qui se poursuivra sur plus de 10 ans.
 
 
La décennie suivante continue à voir une production importante où sortant des sentiers battus, il revisite des mythes de la littérature avec " Frankestein délivré " en 1973, " L'autre île du docteur Moreau " en 1980, suivi plus tard en 1991 d'un " Dracula unbound " . Les années 80 commencent avec la découverte des malversations de son comptable qui l'oblige pour payer des arriérés d'impôts à vendre sa maison, sa fabuleuse collection de livres de SF.
 
Il entre alors dans une période de dépression et de perte de mémoire, liée au syndrome de fatigue post-virale (PVFS) . Et en même temps, il travaille sur la trilogie d'Helliconia. Helliconia, planète de type terrestre, surveillée depuis des siècles par un satellite terrien, tourne autour de deux soleils, Batalix et Freyr qui induisent des saisons extrêmement marqué entre l'été et l'hiver, d'une durée de chacune plusieurs centaine d'années ; Le printemps qui est comparativement très court, est la période intermédiaire pendant laquelle démarre cette saga. Et c'est bien de saga, au sens nordique, pleine de bruit et de fureur qu'il s'agit et où, avec un rare talent, Aldiss crée de toutes pièces, un monde crédible, qui s'adapte à son environnement et dans lequel les hommes parcourent leur destin avec grandeur et humanité.
 
Avec ces trois livres, Brian Aldiss se hisse définitivement au niveau des plus grands, de ces créateurs de monde où chaque détail sonne vrai et où le souffle épique de l'auteur vous emmène sans heurt aux confins de la galaxie et de nos rêves. Avec le succès de sa série, les honneurs affluent à nouveau, nominations aux plus grands prix SF, invités d'honneur dans de nombreuses conventions , voyages incessants ( France, Finlande, Canada, Egypte, Italie). Certains de ses livres sont adaptés au cinéma ( Frankenstein délivré en 1989 par Roger Corman, par exemple).
 
 
En 1990, il commence à travailler avec Stanley Kubrick sur le script adapté de " Super Toys last all summer ", dont tout le monde doit savoir aujourd'hui, que le tournage ne sera réalisé que 11 ans plus tard par Spielberg. Il continue ses voyages avec Margaret, retournant en Malaisie et à Singapour, en Chine, découvrant l'Albanie. En 1995, il publie son premier livre de poèmes " At the Caligula Hotel ". En 1992, Margaret fait paraître une bibliographie et un guide de l'œuvre de son mari. Il écrit un livre " White Mars " en collaboration avec Roger Penrose à qui il vend sa maison d'Oxford, pour aller s'installer à proximité à Headington.
 
Brian Aldiss révèle que pendant l'écriture de " White mars ", sa femme était en phase terminale d'un cancer qui l'emporte en quelques mois durant l'année 1997, et il précise qu' écrire ce livre a été pour lui une thérapie pour lutter contre les idées noires ce qui explique le ton ironique, faussement gaie de son utopie martienne, en contraste avec le ton plus noir de ses ouvrages précédents. Le décès de sa femme est un arrachement qu'il surmonte en continuant à parcourir le monde et surtout en étant toujours aussi fécond dans l'écriture.
 
En 2000, il est désigné grand maître par la SFWA (science-fiction writers of america) qui récompense 50 ans d'écriture et qui justifie amplement, le qualificatif de vieux géant de l'introduction.
 

Brian Aldiss en 2000

" L'utopie est nécessaire à la mémoire du peuple des humains " Brian W. Aldiss
 
Brian Aldiss nous a donné et continue à nous donner le moyen de vivre dans des utopies que notre mémoire n'est pas en mesure de créer. Notre reconnaissance lui est donc acquise, car sans lui nous serions destinés à disparaître de la mémoire des hommes, comme nous avons vécu, sans bruit, sans imagination, sans rêves.
 
Merci à Jean Asselin qui m'a procuré cet exemplaire de la signature de Brian Aldiss