Une catastrophe évitée aux Ponts-de-Cé
Le titre n'est pas trop fort, s'agissant du projet Eiffage sur le site de l'ancienne usine Cannelle. Dans la précédente lettre, l'article consacré au sujet exprimait de sérieuses réserves à l'égard de ce projet dont le programme apparaissait peu compatible avec l'espace disponible et le type d'usage peu conforme aux orientations du Plan de Prévention des Risques d'inondation. Faute d'informations précises, il était difficile de conduire une analyse plus fine du dossier car même lors d'une rencontre avec un adjoint et deux hauts fonctionnaires de la commune, le 30 octobre 2007, le président Zeimert n'avait eu droit qu'à du verbiage sans aucune présentation de plans.
Il a fallu attendre la réunion de la Commission départementale des sites et paysage, où J. Zeimert représente la Sauvegarde de l'Anjou, pour découvrir que les craintes étaient hélas fondées. A l'exception de la Maison Bourgeoise du XIX siècle conservée pour être un restaurant de grand standing, des immeubles conséquents devaient abriter 113 unités d'hébergement et les services associés de remise en forme, de salles de séminaire, de piscine sans compter quelques locaux de servitudes. Le résultat était des immeubles de 4 étages, entassés les uns sur les autres avec une densité au sol telle qu'il n'y avait pas place pour un parking.
Du seul point de vue des préoccupations de la Sauvegarde de la Loire angevine, ce projet était irrecevable pour trois raisons majeures.
- Les orientations du SDAGE et du PPRi, à savoir que pour les zones concernées par le projet l'objectif est la limitation de la densité de population et des biens exposés, sont bafouées
- Le respect des hauteurs de construction hors inondation entraîne des remblaiements incompatibles avec le SDAGE et le PPRi
- Le parti pris architectural, le volume des constructions et leur hauteur ne s'intègrent pas du tout dans l'environnement architectural urbain de ce front de Loire
Le résultat, que chacun pourra apprécier, avec les photographies suivantes, est des bâtiments imposants et banals que l'on peut trouver dans n'importe quelle centre d'agglomération et complètement étrangers à leur environnement ligérien. Le bâtiment, en bordure du Port des Noues, emprisonne complètement la maison du XIX en lui ôtant tout son intérêt et démontre les limites de l'exercice.

Avec quelques autres motifs gardés en réserve, le principe d'un recours en annulation du permis de construire avait été décidé par la Sauvegarde de La Loire angevine.
La campagne électorale et le résultat des élections ont porté aux responsabilités communales une équipe qui était opposée à ce projet et qui, conformément à ses engagements, n’a pas l’intention de donner suite à celui-ci. Nous ne pouvons que nous en réjouir.
Ce projet, dès l'origine, était hypothéqué par des contraintes qui ont été ignorées ou pas voulu être prises en compte par les partenaires associés à cette affaire. En premier lieu, le programme retenu (113 unités logement, restaurant de standing, salles de conférence, piscine, etc…) conduisait, dans l'absolu, à un volume à construire incompressible et la surface disponible, compte tenu des coefficients d'occupation du sol, imposait des bâtiments de grande hauteur. La première question à se poser était l'intégration dans l'environnement urbain de l'île et dans le paysage du front de Loire, à cet endroit. Ce dernier se caractérise par une horizontalité des constructions de faible hauteur, à l'image d'ailleurs de ce qui peut être observé dans tous les autres villages des bords de Loire. Saint Mathurin, La Daguenière, etc en sont des exemples caractéristiques qui illustrent l'identité spécifique de ces paysages urbains ligériens. Adopter des constructions de quatre étages en prétextant qu'ils sont acceptables au motif qu'ils sont de même hauteur que la maison bourgeoise existante est vouloir assimiler des bâtiments importants à une construction de faible volume qui est, en quelque sorte, un point fort dans l'équilibre volumique actuel du site.

Dès lors, il aurait été nécessaire de revoir, en diminution, le programme et inverser le raisonnement en étudiant ce qui était volumétriquement possible. Contrainte très forte que l'investisseur n'était sans doute pas disposé à accepter au prétexte que le programme, tel quel, conditionnait la rentabilité. Arguments bien connus.
Une analyse plus fine aurait conduit à se poser des questions au sujet de la compatibilité avec le SDAGE et le PPRi dont il faut rappeler qu'un des objectifs est une limitation stricte des constructions et l'arrêt de l'extension de l'urbanisation en zones inondables, sans oublier les autres restrictions.
Les habitants du quartier ont fait observer, non sans raisons, que le stationnement des voitures (environ 120 places) qui ne pouvait être réalisé in situ, le serait sur l'espace communal ; que la tranquillité de la maison de retraite serait gravement perturbée, etc.
Au total, les inconvénients apparaissent donc bien importants par rapport au seul avantage mis en valeur, à savoir la création d'emplois à un niveau paraissant d'ailleurs largement surestimé. La municipalité s'est arc-boutée à ce programme, encouragée par Angers Loire Métropole, le Comité départemental du tourisme, la Mission Val de Loire UNESCO, au motif de l'intérêt touristico-économique sans se soucier de la dégradation irréversible du paysage. Face à une démarche de développement touristique Il faudrait quand même bien se poser un jour la question primordiale de savoir si les projets en question ne sont pas destructeurs de ce qui fait, avec juste raison, l'intérêt touristique. Cela relève d'une bonne et élémentaire gestion de projet et l'ignorer c'est tuer la poule aux œufs d'or.
Il ne nous appartient pas de définir le devenir de cette friche industrielle qui ne peut rester en l’état. Il faut que, par contre, la Municipalité se donne le temps de la réflexion et examine quel type d’occupation de cet espace correspond le mieux à ses besoins. Au terme de cette approche, une analyse plus fine sera vraisemblablement nécessaire et le recours à un cabinet d’étude extérieur indépendant judicieux ce qui suppose étranger au département compte tenu des connivences existantes.
Enfin, pour répondre au programme adopté, le recours à un concours d’architecture serait le meilleur garant d’un projet de grande qualité où l’excellence remplacerait la banalité.