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Le remodelage des épis En préalable, il nous semble utile de replacer ce projet dans son contexte historique. Si le lit de la Loire a naturellement tendance à s'inciser, cette évolution s'est accélérée à partir des années 60 et c'est un rapport de la Fédération de pêche de Maine-et-Loire et de son ingénieur hydrobiologiste Pierre Steinbach, publié en 1990, qui a mis en évidence l'importance de la dégradation. A titre d'exemple, à La Possonnière, le fil de l'eau s'est abaissé de l'ordre de 40 cm entre 1900 et 1960 et de 90 cm de 1960 à 1985. Les causes et les conséquences en sont multiples et ont fait l'objet d'un article dans notre lettre d'information N°6 de janvier 93. En janvier 1994, le Gouvernement a adopté le Plan Loire Grandeur Nature qui définissait sa stratégie pour les années à venir. En particulier, il y était indiqué "Le gouvernement considère comme prioritaire le rehaussement de la ligne d'eau en étiage de la Basse Loire et de la Loire moyenne. /…../ Un programme de modification des ouvrages de navigation existants et de construction d'ouvrages de faible importance destinés a relever la ligne d'eau sera défini par l'Inspection Spécialisée de l'Environnement". La feuille de route était explicite ! Dans le cadre de ce P.L.G.N. apparaît une décision très novatrice qui est la création d'une Equipe pluridisciplinaire destinée à conduire des études approfondies sur le fonctionnement du fleuve et sur les possibilités d'interventions éventuelles pour minimiser, en particulier, les effets des crues importantes. La théorie du "y-a-qu'à" était enfin abandonnée au profit d'études scientifiques fondamentales et appliquées. En 1995, sous l'égide de l'Equipe pluridisciplinaire, une étude de modélisation du fonctionnement de la Loire estuarienne a été lancée. La Sauvegarde de la Loire angevine était membre du comité de suivi. Les premières conclusions de cette étude sont résumées dans la Lettre d'information N°18 de juin 1997 et les résultats quantifiés de l'étude sont publiés dans la Lettre d'information N°20 de mars 1998. Mi avril 2002, était adopté un programme de travail consistant, entre autre, en la réalisation de cinq seuils entre Chalonnes-sur-Loire et Bellevue (lettre d'information N° 30 de mai 2002). Les compléments d'études réalisées sur ce projet de seuils ont conduit, compte tenu de leurs nombreux impacts négatifs, à l'abandon de ceux-ci au profit du rehaussement du fond du lit du fleuve, (Lettre d'information N° 32 de mai 2003). A partir d'une réunion du Comité consultatif, en janvier 2004, les travaux étaient programmés durant l'étiage 2005. Des tergiversations de toutes natures, mais nullement techniques, n'ont fait que retarder le programme de quatre ans !……… Rappelons que ces travaux consistent à modifier, en les raccourcissant et en les arasant, un certain nombre dʼépis pour diminuer la vitesse du courant et récupérer, en partie, le sable stocké entre ceux-ci pour engraisser le fond du lit et donc rehausser la ligne d'eau à l'étiage. Une première objection consiste à considérer que le rehaussement attendu, de 30 à 40cm, est insuffisant et qu'il faudrait atteindre le mètre, voir même plus. Sauf à raisonner en termes purement hydrauliques, en construisant une succession de seuils en travers du lit du fleuve, ce qui est totalement inacceptable, il est irresponsable de donner à croire que le rehaussement d'une telle importance est du domaine du possible. L'intervention envisagée s'inscrit dans le respect de tous les paramètres environnementaux d'un hydrosystème complexe d'une grande sensibilité. Il convient d'être prudent et de procéder par une étapeSans titre expérimentale préalable qui permettra d'analyser les effets attendus, de s'assurer qu'il n'y a pas de dérives excessives et que le processus de rehaussement, par transfert du sable, est effectif. Il sera alors peut-être possible de poursuivre dans ce sens, mais n'attendons pas des miracles. Il a aussi été souvent préconisé de mettre au fond du lit les 25000 m3 de matériaux qui seront extraits dans le but de rehausser immédiatement le fond du lit, en complément des apports de sable. Si l'on considère la largeur moyenne du lit égale à 100 m. pour le bief considéré, cela conduirait à une surépaisseur de l'ordre de 3 cm, sous réserve d'une répartition uniforme. L'augmentation de la rugosité du fond du lit, pour piéger le sable, deviendrait sans effet dès les premières couches de sable déposé. Rappelons d'ailleurs que, dès les premières études, il avait été envisagé la réalisation de “platures” (radier de pierres au fond du lit), que l'approfondissement des études a conduit à abandonner, car inefficaces. C'est l'exemple typique de solutions qui apparaissent de bon sens mais qui, en réalité, s'avèrent de peu d'effet. Au fil du dérapage calendaire de cette opération est apparue aussi une succession de propositions ne reposant sur aucune étude de spécialistes dans le domaine de la sédimentologie. Une démarche scientifique crédible doit être un peu plus nuancée. Des amalgames sans nuances sont aussi faits avec les doubles seuils expérimentaux d'Ingrandes/Le Fresne, qui correspondent à une topographie très spécifique (deux bras séparés par une île), ou, encore, en subordonnant cette expérimentation à la réalisation d'un ouvrage dans le secteur de Bellevue. Il s'agit là d'actions complémentaires qui ne s'opposent pas mais se complètent. A ce sujet, il y a un accord unanime pour considérer que le seuil de Bellevue est la clé de voûte de l'équilibre hydrosédimentaire entre la Loire fluviale et la Loire estuarienne et qu'il est impératif d'arriver à limiter les effets de ce bassin de marées et de ses 50 Mm3 d'eau qui vont et viennent toutes les douze heures. Il s'agit d'un problème d'une extrême complexité et nous nous gardons d'avoir la science infuse pour proposer des solutions, par contre, nous pensons qu'il serait opportun de lancer, au niveau européen, un concours d'idées. Ce brassage des idées permettrait de dégager les grands principes qu'il conviendrait de mettre en oeuvre pour résoudre le problème. Les monocultures sont toujours dangereuses et la confrontation des idées est toujours source de richesses. |