ORGANISTES A TRAVERS LES SIECLES


Il y a bien sûr un grand nombre d'organistes, de pays différents, qui ont eu beaucoup d'importance. Nous ne parlerons donc pas de tous, mais de quelques musiciens d'époques musicales différentes - du Moyen Age à la musique contemporaine. Mais avant de nous y lancer, regardons brièvement le début de la musique écrite pour l'orgue.

On sait que l'orgue était souvent utilisé dans la vie musicale de l'époque romaine et du bas Moyen Age, et aussi dans les églises, mais il ne reste aucun document antérieur au 14e siècle qui permettrait de définir le répertoire de l'organiste à ces époques. Le premier document que l'on a trouvé date de 1320, vient de Robertsbridge et est probablement d'origine française. Il contenait 6 pièces, estampies, motets isorythmiques et une hymne. On a remarqué que l'improvisation tenait une grande place dans cet oeuvre.
Ensuite il faut attendre plus d'un siècle avant d'assister à une plus riche floraison où l'Italie, l'Allemagne et l'Angleterre sont représentées. Parmi ces pays, c'est surtout l'Allemagne qui retient l'attention. Là il y a par exemple le Buxheimer Orgelbuch d'environ 1470 contenant quelque 250 pièces écrites principalement à trois voix et partagées entre clavier et pédalier.
Les premières sources d'une musique écrite pour l'orgue en France ne viennent qu'en 1531.

Regardons maintenant les musiciens suivants.

  • William Byrd 1543-1623
  • Jan Pieterszoon Sweelinck 1562-1621
  • Henry Purcell 1659-1695
  • Dieterich Buxtehude 1637-1707
  • Jean-Sébastien Bach 1685-1750
  • César Franck 1822-1890
  • Charles-Marie Widor 1844-1937
  • Léon Boëllmann 1862-1897
  • Louis Vierne 1870-1937
  • Marcel Dupré 1886-1971
  • Olivier Messiaen 1908-1992
  • Bengt Hambraeus 1928-
  • Naji Hakim 1955-



  • William Byrd 1543-1623
    Ce compositeur et organiste anglais est présenté comme un des plus grands compositeurs de la fin de la Renaissance. Ces oeuvres sont individuelles et caractérisées par une grande virtuosité. Dans sa production, grande et universelle contenant des messes, des motets, du chant polyphonique, des oeuvres pour clavier et des compositions pour la musique de chambre, on trouve des oeuvres comme Psalmes, Sonets and Songs de 1588 et Cantiones Sacrae de 1589 et 1591.




    Jan Pieterszoon Sweelinck 1562-1621
    Sweelinck est le compositeur qui, par le rayonnement et l'originalité de son écriture, a favorisé le passage du style de la Renaissance à celui du Baroque. Il était organiste, compositeur et professeur d'orgue et déjà en 1580, il est devenu organiste à Oude Kerk à Amsterdam. Parmi ses élèves on retrouve plusieurs organistes plus tard connus pour fonder l'école d'orgue du nord de l'Allemagne, ainsi que A. Düben, P. Siefert, G. et S. Scheidt, H. Scheidemann et M. Schildt.
    Parmi ses oeuvres pour orgue on trouve des toccatas, fantaisies et variations qui sont plus importantes que ses oeuvres vocales.




    Henry Purcell 1659-1695
    Vers 1660, parallèlement à l'Espagne mais avec un caractère beaucoup moins national, nous avons en Angleterre le principe d'individualisation d'une mélodie. Parmi les musiciens pratiquant ce style nous retrouvons Henry Purcell.
    Il a eu son éducation de chanteur et d'instrumentaliste à la cour anglaise. En 1677, ce garçon très doué est devenu compositeur pour l'ensemble de violons à la cour, en 1679, il est devenu l'organiste de Westminster Abbey et en 1682 au Chapel Royal. L'année suivante il est devenu constructeur d'orgues et nommé responsable des instruments royaux. Purcell est un des plus grands compositeurs durant le 16e siècle, et avec ses oeuvres pour voix et instruments il marque la fin d'une époque.
    Ce qui caractèrise sa musique est une expression souvent discrète mais intense et un soin du détail. Il était inspiré par Matthew Locke et son professeur John Blow mais aussi par la musique française et italienne contemporaine. Purcell à composé beaucoup de musique conçue pour l'église de la cour: Magnificat, Nunc dimittis, Te Deum et Jubilate. Il a aussi composé beaucoup d'oeuvres pour chant solo et des duos ainsi que la musique pour des oeuvres scéniques (par exemple l'opéra Dido et Aeneas de 1689). Il a travaillé avec facilité les techniques les plus difficiles du Baroque.




    Dieterich Buxtehude 1637-1707
    Danois ou allemand, on ne connait pas précisemment le lieu de naissance de Buxtehude. Il fut d'abord organiste à Helsingborg, (aujourd'hui) en Suède (1658-1660), puis à Helsingör au Danemark (1660-68). Ensuite il a travaillé à l'église de Marie à Lübeck, où il est resté jusqu'à sa mort. Buxtehude était réputé pour ses compositions et ses concerts dans l'église de Lübeck. Il était considéré comme un grand organiste, ses compositions pour orgue ont été étudiées par ses propres élèves et aussi à différents endroits en Scandinavie et en Allemagne (par exemple par Jean-Sébastien Bach).
    Elles sont le point culminant de la tradition allemande d'orgue du 17e siècle, et sont composées autant dans le style libre que dans le style le plus strict (des toccatas, des préludes, des fugues, des chorals etc.)
    Buxtehude a aussi composé de la musique de chant, surtout conçu pour l'église, des sonates en trio pour violon, viole de gambe et basse continue, ainsi que des suites pour clavier.
    En Allemagne du nord à cette époque, nous remarquons parmi les musiciens une recherche de virtuosité et l'introduction de la pédale obligée (Reincken). Buxtehude fait partie de ces musiciens qui ouvrent directement la voie au plus illustre maître allemand.




    Jean-Sébastien Bach 1685-1750
    Jean-Sébastien Bach né à Eisenach, était le plus jeune parmi 8 frères et soeurs. Orphelin à 10 ans, c'est son frère Jean-Chrétien (1671-1621) , organiste à Ohrdruf, qui s'est occupé de lui. En l'an 1700 il et devenu élève à l'internat à Lüneburg dans le nord de l'Allemagne où il a fait ses premières apparitions musicales (chant, clavier, violon). Il est allé à Hambourg, où il a entendu l'organiste réputé Reincken dans l'église Jacobi, et c'est à peu près à cette époque qu'il a acquis sa compétence musicale.
    A 18 ans il est encore à Thüringen et obtient son premier poste à la cour de Weimar. En 1703, il devient organiste à l'église de Bonifacius à Arnstadt. Sa première composition est un Capriccio pour clavier (environ 1705), probablement écrit au moment du départ de son frère Jean-Jacob à l'armé du roi suédois Charles XII en Pologne.
    En l'automne 1705, il a eu le droit d'aller à Lübeck où Buxtehude, maintenant agé, était organiste. Il a du être très influencé durant cette visite de trois mois, car après son retour il a été critiqué de rendre la musique de l'église trop moderne.
    En 1707-08, l'organiste de Mühlhausen a épousé sa cousine germaine Maria Barbara. Ensuite il est devenu organiste de la cour de Weimar et en 1714, il a été nommé Kapellmeister. C'est durant cette période de sa vie que Bach a composé une grande partie de ses oeuvres les plus importantes pour orgue et qu'il est devenu un organiste très apprécié. Pendant presque toute sa carrière Bach a eu la visite d'admirateurs et il a eu des élèves en composition et jeu de clavier.
    Le prochain étape de la carrière de Bach a commencé en 1717, quand le comte Leopold d'Anhalt-Köthen a pu l'engager comme ``maître d'orchestre'' à sa nouvelle chapelle de cour. Après la mort de sa femme Maria Barbara en 1720, il a épousé Anna Magdalena Wilcken.
    En 1723, préféré à Telemann, il a obtenu un poste réputé à l'école de Thomas de Leipzig où il est resté jusqu'à sa mort.

    Durant toute sa vie, Bach, essentiellement organiste et claveciniste, s'est consacré à la musique pour orgue et clavier. Dans sa musique il utilise souvent une forme contenant deux parties: une fugue à trois ou plusieurs voix, précédée d'une partie plus libre (prélude, fantaisie, toccata etc). On trouve ces exemples dans les grands oeuvres virtuoses pour orgue, ainsi que dans Das Wohltemperierte Clavier de 1722 et 1744. Orgelbüchlein (Weimar/Köthen 1713-19) est un exemple de son style expressif instrumental, tandis que Clavier-Büchlein (1720 et 1722-25, pour son fils Wilhelm Friedemann et sa femme Anna Magdalena) contient beaucoup d'indications de jeu surtout pour un emploi pédagogique. Bach travaillait aussi avec la partita en plusieurs volumes pour clavier, par exemple l'immense Clavierübung contenant par exemple le concert italien et les variations de Goldberg.
    Bach a aussi composé beaucoup de musique de chambre et de musique pour orchestre, par exemple les six concertos brandenbourgois (1721) qui sont un synthèse de concerto italien et concerto soliste, et les quatre suites pour orchestre écrits en style français de l'époque de Lully.
    Bach a aussi fait des remaniements de sa propre musique, ainsi que de la musique des autres (par exemple Vivaldi). Il a écrit également beaucoup de musique vocale.

    Les compositions de Bach ont été gardées presque uniquement en manuscrit, et beaucoup de partitions sont perdues. L'héritage a été transmis par ses fils et plusieurs de ses élèves à des compositeurs comme Haydn et Mozart. Durant sa vie Bach n'a jamais obtenu une renommée internationale comme celle de Händel, et on reprochait parfois à sa musique une trop grande complexité. Mais après l'exécution de la passion selon Mathieu par Mendelssohn en 1829, un plus grand intérêt pour sa musique s'est répandu. Pendant longtemps il a été considéré comme le plus grand musicien de l'église protestante. Un culte de Bach a ensuite été crée vers 1850 par Robert Schumann et Felix Mendelssohn qui ont commencé d'imprimer ses oeuvres.

    Après la mort de Bach, nous constatons un déclin de la musique religieuse en Europe, déclin qui caractérisera tout le 19e siècle. Maintenant, au contraire, l'orgue de concert tiendra une place de plus en plus importante, notamment après l'instauration de ce culte de Bach, que nous venons de mentionner. Une influence prononcée de la musique de piano introduit une recherche de plus grande virtuosité. Franz Liszt, bien qu'ayant peu composé pour orgue, impose une écriture orchestrale qui entraînera un changement total d'esthétique. C'est dans cet esprit, souvent inspiré par Liszt et Wagner, que César Franck a écrit sa musique.




    César Franck 1822-1890
    Franck était un compositeur et organiste belge-français qui, après une longue période à Paris comme pédagogue et organiste, petit à petit a eu une plus grande réputation notamment par ses improvisations pour orgue et ses compositions dans un style sérieux et romantique. La musique de Franck pour orgue deviendra le fond de la renaissance de l'orgue français, avec entre autres Widor et Tournemire. En 1872 il est devenu professeur titulaire d'une chaire au conservatoire de Paris. Parmi les élèves, sur lesquels il a eu une très grande influence, on retrouve Vincent d'Indy, Ernest Chausson, Louis Vierne et Henri Duparc.
    Les années 1870-80 marquent sa période de création la plus intéressante, avec plusieurs oeuvres de genres différents: des poèmes symphoniques comme par exemple Le chasseur maudit de 1882, la symphonie en ré mineur de 1889 et l'oratoire Les Béatitudes de 1879. Ses Trois Chorals de 1890 sont le sommet de sa composition.
    Sa musique est caractérisée par une forme cyclique, des modulations expressives et une grande fantaisie au point de vue des harmonies. Sa popularité est devenu encore plus grande après sa mort.

    Si, ensuite, Vierne et ses disciples - Fauchard, Bonnal, Bonnet, Marcel Dupré et Maurice Duruflé - continuent à écrire dans un style orchestral avec un sens poussée de l'architecture, les protagonistes de la pensée de L. Niedermeyer useront d'une écriture contraponctique fondée sur les modes ecclésiastiques en vue d'enrichir le répertoire liturgique. C'est le cas de Gigout et surtout de Tournemire et ses élèves. Parallèlement à ce mouvement, la musique à programme de caractère religieux se développe avec Marcel Dupré (Symphonie-Passion; Le Chemin de la Croix), Tournemire (7 poèmes-Chorals), Langlais (Trois poèmes évangéliques) et plus particulièrement avec Olivier Messiaen (Apparition de l'Eglise éternelle; L'Ascension; La Nativité; Les Corps glorieux). Ces musiciens, adeptes de l'orgue symphonique, n'en pratiquent pas moins une plus grande recherche de couleur par le truchement de la régistration. Nous allons regarder quelques uns de ces musiciens.



    Charles-Marie Widor 1844-1937
    Widor était un des pionniers pour la nouvelle musique d'orgue française qui utilisait les orgues symphoniques d'Aristide Cavaillé-Coll. Il était organiste à Saint-Sulpice à Paris 1870-1934 et professeur titulaire d'une chaire au conservatoire de Paris (comme son maître Franck) à partir de 1890. Parmi ses 10 symphonies pour orgue, on retrouve Symphonie gothique de 1895 et Symphonie Romane de 1900. Il a aussi composé beaucoup de musique pour orchestre et de la musique de chambre.




    Léon Boëllmann 1862-1897
    Léon Boëllmann ne vécut que 35 ans, mais réussit en si peu de temps à se gagner une solide réputation comme compositeur, organiste et pédagogue. Il s'immortalisa pour la postérité par une oeuvre de 1895, Suite Gothique op. 25. Le majestueux choral initial est suivi, après une cadence sur la dominante, d'un menuet "gothique" vif et dansante. Les deux derniers mouvements sont ceux qui ont le plus contribué à la popularité de l'oeuvre: la Prière à Notre Dame, intense et romantique, et l'imposante toccata, un des meilleurs exemples de la forme toccata développée en France à la fin du 19e siècle. Il appartenait, comme un grand nombre de musiciens célèbres, à l'école fameuse de Niedermeyer.



    Louis Vierne 1870-1937
    Vierne est un de ces prodigieux Français qui, dans les premières décennies après le tournant du siècle, ont donné à l'orgue un répertoire riche, captivant, propre aux cathédrales, au style influencé par Franck (aussi son professeur) et Debussy. En plus de six grandes symphonies, Vierne écrivit deux recueils de pièces de caractère où les 25 pièces de Fantaisie op. 52-55 occupent le premier rang. Parmi les pièces les plus connues de cette collection, nommons le virtuose et élégant Impromptu et l'exubérant Carillon de Westminster bâti à partir du célèbre carillon de la tour du Big Ben à Londres.
    A partir de 1900, Vierne fut organiste à Notre-Dame de Paris, et à part sa musique pour orgue il a aussi composé de la musique de chambre et musique pour orchestre.



    Marcel Dupré 1886-1971
    Marcel Dupré était un virtuose d'une grande réputation internationale, surtout après les dix concerts qu'il a donnés en 1920, où il a joué l'intégral de Bach pour orgue par coeur.
    Il était partisan d'une écriture souvent plus pianistique qu'organistique et il répandit l'emploi du "staccato". Il a aussi composé un grand nombre d'oeuvres pour orgue ainsi qu'une thèse sur l'improvisation à l'orgue. En 1926-54 il fut professeur titulaire d'une chaire au conservatoire de Paris.




    Olivier Messiaen 1908-1992
    Messiaen entrait à 11 ans au conservatoire de Paris. En 1931 il a eu un poste à l'église de La Trinité à Paris comme organiste, où il est resté pendant 40 ans et où il est devenu connu pour ses improvisations.
    C'était un grand catholique, et souvent ses oeuvres ont un noyau mystérieux et religieux. En 1936 il a, avec quelques autres musiciens, fondé le groupe de compositeurs Jeune France.
    Messiaen a cherché des idées pour ses compositions parmi les chants des oiseaux, les rythmes hindous et la poésie de la Grèce de l'Antique. Il utilise différentes manières de construire et de varier un rythme, ainsi que les modes à transposition limitée.

    Comme oeuvres importantes il a écrit Turangalîla-symphonie de 1948, où le rapport spécial entre couleur et timbre a joué un grand rôle, et Quatuor pour la fin du temps de 1940, qu'il a écrit dans un camp de prisionniers de guerre allemand. A la fin de sa vie il a écrit l'opéra Saint François d'Assise.




    Bengt Hambraeus 1928-
    Influencé par Messiaen, le compositeur et organiste suédois Bengt Hambraeus est un des pionniers à utiliser un style souvent dérivé du dodécaphonisme (méthode de composition musicale inventée par Schönberg, fondée sur l'organisation systématique des 12 sons de l'échelle chromatique) visant à la recherche de sonorités inouïes, spécifiques à l'instruments (recherches de timbres isolés ou combinés, usage des "clustres" ou grappes sonores) et d'effets multiples.

    Hambraeus est également chercheur de musique et producteur de musique, à partir de 1972 professeur titulaire d'une chaire à l'université McGill à Montreal, Canada. Il a appartenu à l'avantgarde des années 50, a participé aux cours de Darmstadt. Sa création est influencée par son intérêt pour la musique ancienne et un point de vue cosmo-politique sur la musique. Sa musique se caractèrise par son intensité, son expressivité et son originalité. Il a fait des oeuvres pour orchestre, orchestre et orgue, choeurs, musique de chambre, l'opéra et pour orgue seul. Pour le dernier, il y a par exemple Livre d'orgue en 4 volumes.



    Naji Hakim 1955-
    Nous allons terminer ce chapitre avec Naji Hakim, le plus important représentant de la grande tradition française d'organistes-compositeurs-improvisateurs des vingt dernières années. Né à Beyrouth, il fit ses études au Conservatoire de Paris, où il obtint de nombreux premiers prix, ainsi qu'avec Jean Langlais. A partir des années 1980, Hakim remporte de nombreux prix internationaux pour ses interprétations, improvisations ou compositions. Son oeuvre comprend des pièces instrumentales, symphoniques et vocales. En 1985 il fut l'organiste titulaire de la Basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, avant de succéder à Olivier Messiaen à l'église de la Trinité en 1983. Il est professeur d'analyse au Conservatoire de Boulogne-Billancourt et visiting professor à la Royal Academy of Music de Londres.