
Souvenirs coloniaux au bois de
Vincennes - le Jardin tropical de Paris :
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Le Jardin tropical de
Paris
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Entrée du
Jardin tropical lors de l'exposition coloniale de 1907.
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Entrée du
Jardin tropical aujourd'hui
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C’est un jardin situé au
nord-est du Bois de Vincennes, dans le XIIème arrondissement de
Paris, à
proximité de la commune de Nogent-sur-Marne (Département
du
Val-de-Marne/94). Autrefois
propriété de l’Etat, ce site forestier est resté
longtemps fermé au public pour
des raisons de sécurité, les bâtiments et monuments
du site étant dans
l’ensemble très délabrés. Concédé
à la Mairie de Paris en 2003, ce jardin de
4,5 hectares a fait depuis l’objet de travaux de sécurisation et
d’aménagement.
Des allées piétonnes ont été
délimitées, des périmètres de
sécurité ont été
dressés autour des vieux bâtiments et des
panneaux qui portent des explications
historiques jalonnent le
parcours. Le Jardin tropical de Paris
a réouvert ses portes au public.
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"Bambouseraie" dans
un petit étang aménagé près de la
terrasse du "Dinh" dans le village indochinois. (coll.baudelet.net)
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"Bambouseraie"
Photos coll.baudelet.net |
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A l'origine, un jardin d'essai
d'agronomie tropicale :
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A la fin du XIXème
siècle, la France cherche à accroître les
productions agricoles de ses colonies
pour améliorer son approvisionnement en thé, café,
cacao, épices… Un jardin
d’essai colonial est créé en 1899 dans le bois de
Vincennes pour coordonner les
expériences agronomiques et multiplier les
végétaux afin de les introduire sur
de nouveaux sites de production outre-mer.
Des
serres et différents bâtiments abritent bureaux,
laboratoires et bibliothèque.
Le travail quotidien permet la réception de plants en provenance
des colonies, leur culture, leur multiplication puis leur
expédition vers de
nouvelles
colonies.
On cultive des
plants de caféiers, de cacaoyers, de vanilliers, de
muscadiers, de bananiers.
Chaque
année le jardin colonial publie un catalogue de plantes
disponibles et expédie
40 000 graines et plus de 10 000 boutures, semis et greffons dans des
serres
portatives vers les exploitations agricoles des différentes
colonies.
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Les serres : Les
serres étaient
nombreuses au sein du Jardin tropical. Ces serres étaient
destinées à des
cultures diverses, à des fins expérimentales, mais aussi
à la multiplication
des plants de café, thé, vanille, noix
de
muscade, hévéa, coton... Chaque année, des petites
serres portatives étaient
expédiées dans les colonies contribuant ainsi à la
diffusion de nouvelles
cultures. Les serres étaient le cœur de l’activité
d’échange du jardin. (Coll. ONAC 78)
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Aujourd’hui,
la plupart
de ces serres ont disparu. Seules les plus récentes (construite
dans les années
70) sont encore debout.
(Coll.photo baudelet.net) |
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L'exposition
coloniale de 1907 :
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Un
village indochinois reconstitué avec ses occupants pendant
l'exposition coloniale de 1907.
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De
mai à octobre 1907, l’organisation d’une exposition coloniale transforme le jardin. Une transformation
à
la fois matérielle mais aussi symbolique: Cinq
villages exotiques sont construits. Villages indochinois, malgache,
congolais,
ferme soudanaise et campement touareg. Le jardin est divisé en
deux
parties : l’Asie et l’Afrique.
Pour
faire vivre ce décor, on fit venir des
« indigènes ». Ils devaient
faire vivre les villages, mettre en scène leurs gestes du
quotidien, endossés
des tenues traditionnelles souvent inadaptées au climat
parisien, participer
à heures fixes à des
« spectacles
ethnographiques » tels que des danses rituelles ou la
reconstitution de
combats guerriers.
L’agriculture
et l’artisanat ne sont pas en reste. Les productions locales typiques
sont
exposées et commercialisées dans les pavillons des
contrées : tapis, café,
chocolat, thé à déguster sur place…
Ainsi
le jardin n’est plus seulement voué à l’agronomie
tropicale, il est, le temps
de l’exposition, une vitrine vivante des colonies dans la capitale, une
reconstitution grandeur nature de la splendeur de l’Empire. Et le
succès est au
rendez-vous. L’exposition accueille, en six mois, près de deux
millions de
visiteurs.
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Exposition de 1907
Visiteurs de
l'exposition intéressés et femmes des colonies
exhibées et dévétues !
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Grande exhibition des
Touaregs dans "Le journal des voyages", 19 mai 1907.
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Exposition coloniale
de 1907 au Jardin tropical. Reconstitution d'une attaque fictive du
courrier par des vrais Touaregs du Sahara avec chameaux, habits
traditionnels et lances. On
présente au public des spectacles du type "combats coloniaux"
entre "blancs et indigènes" pour créer un climat de
terreur et de fascination à l'égard de ces "peuples
exotiques".
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Les vestiges de
l'exposition :
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Les cinq villages
qui
symbolisaient les colonies de l’Empire français (Indochine,
Madagascar, Congo,
Soudan, Tunisie, Maroc) ont aujourd’hui disparu. Ne subsistent que
quelques
vestiges souvent en mauvais état de conservation et
camouflés par une végétation
envahissante. Il règne dans ce
jardin une atmosphère de palais abandonné, c’est aussi
cela qui en fait son
charme. Voici quelques vestiges de l'exposition de 1907 en photos :
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Cette
porte en bois pourrait provenir de l'Exposition coloniale de 1906 au
Grand-Palais. Elle marque l'entrée actuelle du Jardin tropical.
Elle
matérialise l'axe de symétrie du jardin : à gauche
de cette porte se
trouve la partie africaine de l'exposition coloniale et à
droite, la
partie asiatique. (coll.ONAC78)
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Carte postale
ancienne présentant des Laotiens devant la Porte chinoise lors
de l'exposition coloniale de 1907.
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Cette
porte est composée de nombreux bas-reliefs en bois
sculpté qui
représentent des décors floraux, des dragons, des
animaux, des scènes
théâtrales, le travail des paysans dans les champs ou des
motifs
géométriques.
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Cette porte a
été abîmée par la tempête de
décembre 1999.
(Photos collection Baudelet.net)
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Le pavillon de
la
Tunisie :
Autre
bâtiment construit
pour l’exposition coloniale de 1907, le pavillon de Tunisie. Comme
l’écrit un
journal de l’époque, « c’est une jolie construction
mauresque toute
blanche au milieu de la verdure ». Aujourd’hui,
l’édifice est
particulièrement abîmé. On ne peut pas s’en
approcher car un périmètre de
sécurité est marqué par des grillages et des
bâches en plastique font office de
toiture…De loin, on peut tout de même visuellement
l’apprécier. Dans ce
pavillon était présenté la production artisanale
de luxe de la Tunisie (tapis, broderies,
soieries, costumes, tentures, meubles en marqueterie et bijoux) et
aussi des
produits agricoles méditerranéens (huiles d’olive, miel,
vins, céréales…) 0NAC78
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Pavillon du Maroc :
Durant l’exposition
coloniale, ce bâtiment présente aux visiteurs les
caractéristiques de la
religion musulmane mais c’est surtout après l’exposition
coloniale que
l’édifice acquiert sa particularité. Le pavillon du Maroc
devient une mosquée,
certainement la première de Paris et de France. En effet, dans
ce bâtiment
était aménagé un lieu de prière où
deux Imams officiaient. Le bâtiment sert
aussi pendant la guerre à recevoir les soldats maghrébins
convalescents après
une blessure au front. Il faudra
attendre 1926 et l’inauguration de la Grande Mosquée de Paris
près de la place Monge,
pour que disparaisse ce premier lieu de prière de l’Islam
improvisé dans un
jardin du bois de Vincennes !
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Le
pavillon de
l’Indochine :
Bâtiment
imposant
construit pour l’exposition de 1907. Lieu de
présentation des
matières premières et produits manufacturés de la
colonie indochinoise.
(coll. ONAC 78) |
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La serre du
Dahomey :
Cette
serre provient de la partie coloniale consacrée au Dahomey
(aujourd’hui le
Bénin) à l’Exposition universelle de 1900 au
Trocadéro. Cette serre chauffée
est dite d’acclimatation pour les plantes tropicales. Elle est
implantée sur le
site du Jardin d’agronomie tropical en 1901.
(coll. photo baudelet.net)
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| A
la rencontre de l’Autre : |
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Les parisiens
découvrent
l’exposition coloniale en famille, lors d’une promenade, après
un repas
dominical,
un après-midi ensoleillé avec les enfants… Que
découvrent-ils ?
C’est
d’abord un spectacle fantastique qui s’offre à eux. Pour saisir
l’importance de
cette manifestation, on doit se plonger dans le bain de
l’époque. Les occasions
de s’évader sont rares au début du XXème.
siècle. Le cinéma n’en n’est qu’à ses
débuts et la télévision n’existe évidemment
pas. La découverte d’autres
cultures et civilisations grâce aux livres ou aux voyages est un
privilège
réservé à une élite aristocratique
ou
bourgeoise, curieuse et aventurière. D’un seul coup, avec ces
exhibitions de
« populations exotiques » dans les grandes foires
et expositions,
coloniales ou universelles, on touchait le grand public.
Au
jardin tropical, les visiteurs découvraient des chameliers en
habits d’apparat.
Ils pouvaient faire une tour dans le souk reconstitué du
pavillon tunisien. Ils
appréciaient les spectacles donnés par des danseuses
malgaches et ils
observaient les rites des fidèles dans le temple indochinois… Un
grand voyage
dans le monde des colonies et de l’outre-mer, reconstituées en
miniature,
s’offrait aux yeux ébahis du petit peuple de Paris. Le spectacle
et le
dépaysement étaient garantis !
Un
objectif de l’exposition coloniale est ainsi rempli : donner
à voir aux
visiteurs l’Empire dans son immensité et sa diversité et
rendre familières les
populations indigènes à une époque où les
français se les représentaient mal.
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Quelles
images des colonisés les colonisateurs ont-ils construites ?
Les
peuples sont présentés dans leurs villages respectifs.
Ainsi, l’exposition
coloniale s’apparente
à un zoo humain. Comme dans un parc zoologique, les
indigènes sont rassemblés
dans un enclos. Comme dans un zoo, les
indigènes exhibés doivent être rares, singuliers et
exotiques et enfin comme
dans un parc animalier, le public vient à l’exposition coloniale
pour voir, non
pas les bêtes mais « des êtres
sauvages ».
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Carte postale.
Exposition coloniale de 1907.
Jeunes femmes laotiennes.
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Carte postale.
Exposition coloniale de 1907.
Famille des îles Loyauté (Nouvelle-Calédonie)
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L’objectif
de ce type de manifestation est de construire une frontière
invisible mais
tangible entre l’homme blanc et les peuples des colonies. Il y a
« eux », sous-entendu « les bons
sauvages » et nous, les
visiteurs, qui sommes « les civilisés ».
D’un côté, les peuples
montrés et, de l’autre, les visiteurs qui entendent domestiquer
l’Autre – c’est
le colonialisme- et finalement dominer
l’ensemble du monde.
Ces
images construites lors de la visite des grandes expositions ne sont
pas
anecdotiques.
D’abord,
parce qu’elles touchent beaucoup de monde. De la fin du XIXème
siècle jusqu’aux
années trente, ces manifestations connaissent un grand
succès populaire. C’est
par millions que l’on se presse à ces fêtes ( deux
millions de visiteurs pour
l’exposition coloniale de 1907 au Jardin tropical ). Tout Paris va voir « les
sauvages ! » On estime
à 100
millions le nombre total de visiteurs de ces exhibitions en France
entre 1870
et 1930. C’est un phénomène culturel de masse.
Ensuite,
ces images ont marqué des générations dans leur
rencontre avec l’Autre. Le
premier contact réel entre l’Occident et
« l’ailleurs-exotique » se
conclut par une différenciation nette des hommes et des
cultures. Les peuples
et les cultures présentés dans ces manifestations sont
« infériorisés ».
Ces reconstitutions « pseudo-ethnographiques »
des vies rurales
africaines et asiatiques révèlent peu de choses sur les
populations autochtones
car les peuples présentés sont contraints de jouer des
rôles stéréotypés
(danseuses, musiciens, petits artisans, guerriers). Par contre, elles
permettent de construire un imaginaire social et une
hiérarchisation des
peuples et des cultures qui justifient les conquêtes et la
mission
civilisatrice de l’entreprise coloniale européenne.
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| Des
esclaves ou des acteurs salariés ? |
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Les
populations indigènes qui animaient l’exposition coloniale de
1907 n’étaient
pas des esclaves. Si certains consentaient à participer à
cette mise en scène
grossière et caricaturale de leurs modes de vie, c’était
contre une
rémunération. Ils jouaient contre un salaire le jeu que
la France coloniale
leur demander de jouer.
Mais
il n’en n’a pas toujours été ainsi.
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On se souvient du geste fort accompli par
le footballeur d’origine calédonienne Christian Karembeu lors de
la Coupe du Monde de Foot en 1998 en France. Pendant la
présentation de l’équipe dans un stade plein, Il
avait refusé de chanter
« La Marseillaise », en souvenir de son ancêtre
exhibé en 1931 au Jardin d’Acclimatation, au bois de Boulogne,
en marge de l’exposition coloniale.
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Une "troupe de
Kanaks" exhibée au Jardin d'Acclimatation du bois de Boulogne en
marge de l'Exposition coloniale de 1931. (coll. L'Illustration)
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Christian Karembeu en
Equipe de France. (photo L'Equipe)
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Ces Kanaks avaient été
« kidnappés »
chez eux par des français de métropole et
amenés à Paris pour être exhibés dans un
spectacle particulièrement humiliant. Ils avaient
été présentés au public avec,
accrochés aux cous, des pancartes où l’on pouvait lire le
mot « anthropophage ». D’autres devaient nager dans une
marre en poussant des cris de bêtes. Enfin, sous le climat
parisien hivernal, les femmes devaient danser « le pilou pilou
» poitrines nues…
A leur retour en Nouvelle-Calédonie, ces hommes et ces femmes
avaient confié à leurs familles leur amertume à
l’égard des Français. Parmi ce groupe de Kanaks, se
trouvait le grand-père de Christian Karembeu qui se souvenait
que son aïeul avait eu « la haine ».
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