Bandeau site
ACCUEIL
 EXPOSITIONS 39-45 DANS LES YVELINES LIEUX DE MEMOIRE
TEMOIGNAGES RESSOURCES

Contact


 Rencontre avec l'un des derniers "Poilus" de France : M. Lazarre Ponticelli


Monsieur Lazarre Ponticelli, 110 ans, décédé le 12 mars 2008, était le dernier combattant, acteur et témoin de la Grande guerre en France. Voici son témoignage:


Entretien réalisé par M. Benoît Hopquin, journaliste du quotidien « Le Monde », le 20 octobre 2005.

L'exploitation de cet article et des photos à des fins publiques ou commerciales est interdite.
L'utilisation de cet article et des photos à des fins privées est autorisée.







M. Lazarre Ponticelli

M. Lazarre Ponticelli


Monsieur Lazarre Ponticelli vivait encore chez lui, en 2005, dans un pavillon de la proche banlieue de Paris (département du Val-de-Marne/ 94).


Monsieur Lazare Ponticelli en octobre 2005. 






 Son enfance :

Lazarre Ponticelli est né le 7 décembre 1897 à Bettola en Emilie-Romagne (Italie). Son enfance est empreinte de misère. A l’âge de 10 ans, il décide de rejoindre ses frères, déjà installés en France. Seul, il rejoint la gare de Plaisance d’où, il prend un train en direction de Paris. Arrivé dans la capitale, il va de petits boulots en petits boulots jusqu’à la déclaration de guerre (août 1914). Il s’engage alors dans la Légion étrangère.

 La Guerre :

« J’étais Italien mais je voulais défendre la France qui m’avait accueilli. C’était ma manière de dire merci. Je me suis alors porté volontaire en me présentant à la caserne du Boulevard Richard Lenoir où on m’a incorporé dans le Premier Régiment étranger (La Légion étrangère). Je suis parti dans l’Argonne. Au début, nous savions à peine nous battre et nous n’avions presque pas de munitions. Chaque fois que l’un d’entre nous mourait, on se taisait et on attendait son tour ».


Un souvenir fort de ces combats de 1915 en Argonne, précisément  sur la côte 707 :
« J’ai secouru un type qui avait perdu sa jambe. Je l’ai tiré jusqu’à notre tranchée sous les balles allemandes. Et, avant que les infirmiers ne se précipitent sur lui pour le soigner et l’évacuer à l’arrière du front, il a voulu me serrer dans les bras et m’a dit : « Merci pour mes quatre enfants ». Je ne sais pas ce qu’il est devenu ».

« Je suis resté sur ce front jusqu’en 1915 puis, comme l’Italie était entrée en guerre et que j’avais la nationalité italienne, j’ai été enrôlé de force dans l’armée italienne. Mais je  ne voulais pas quitter la France. J’avais passé ma jeunesse à Paris, mes frères s’y étaient installés et les quelques mois dans la Légion avait fait de moi un Français. Il a alors fallu une escorte de deux gendarmes français pour faire le trajet Paris-Turin et m’incorporer dans le Troisième régiment de Chasseurs alpins italiens. J’ai été affecté à la 159ème compagnie de mitrailleuse, dans le premier contingent pour aller au front. J’ai combattu jusqu’à la fin de la guerre sous l’uniforme italien. Nous nous battions contre les Autrichiens dans le Tyrol ».







M. Lazarre Ponticelli

M. Lazarre Ponticelli


Vif dans ses propos et dans le regard, conservant une importante mémoire des noms et des lieux, capable de parler clairement et de participer à une discussion longue et relevée, Lazarre Ponticelli aime témoigner de ce qu’il a vécu.


Dans ces propos, il n’y a aucune rancœur à l’égard des « ennemis » du front, Allemands en Argonne puis Autrichiens dans le Tyrol. Européen convaincu, il porte un sentiment de fraternité à l‘égard des Allemands. Lazarre Ponticelli met volontiers l’accent sur l’absurdité de certaines scènes de guerre : Pourquoi se battaient-ils entre soldats italiens et autrichiens dans le Tyrol puisqu’ils conversaient d’une tranchée à l’autre et s’échangeaient des denrées ? A travers cet exemple, il souligne l’humanité des soldats.
Ici, en compagnie  d'un journaliste.







« Dans le Tyrol, face aux Autrichiens, c’était une pagaille noire. Notre propre artillerie nous a sans doute bombardés. On a été décimés. Mais copains tombaient un à un. Ils étaient morts ou blessés. J’étais à la mitrailleuse. L’ordre m’a été donné de tirer sur la sortie d’une galerie. Je l’ai fait. Une balle autrichienne m’a atteint à la face. Le sang me coulait dans les yeux. Je me suis dit que si je m’arrêtais, j’étais mort. J’ai continué à tirer malgré ma blessure. Et tout à coup, les Autrichiens sont sortis, ils agitaient des torchons blancs… Un peu plus tard, j’ai été transféré dans un hôpital à Naples. Blessé au visage, Lazarre Ponticelli reviendra vite se battre.

« Mon meilleur souvenir en Italie, ce sont les lettres que ma marraine de guerre, une porteuse de lait que j’avais rencontrée avant de partir au front, m’envoyait. Ne sachant à l’époque ni lire et écrire, ce sont des copains qui m’aidaient à correspondre avec elle ».

« Dans le Tyrol, nous étions dans les tranchées à quelques mètres de l’armée autrichienne. Nos rangs étaient composés de soldats italiens germanophones, ce qui facilita les contacts avec « l’ennemi ». On en venait même à échanger nos boules de pain contre leur tabac. On a ainsi fraternisé. Mais au bout de quelques jours, n’entendant plus de bruits de balles, les états majors se sont méfiés et ont changé les bataillons des premières lignes ».







M. Lazarre Ponticelli

M. Lazarre Ponticelli


Jusqu’à en 2004, à l’âge de 106 ans, il partait, avec son cabas, faire son marché de produits frais.


Monsieur Lazzare Ponticelli a été fait en 1996 chevalier de la Légion d’Honneur.






« On a appris l’armistice du 11 novembre sur le front. Tous les gars levaient les bras en l’air. Mais les chasseurs alpins italiens m’ont gardé jusqu’en 1920. Démobilisé, je ne voulais pas être libéré comme Italien en Italie car cela signifiait que je devais y rester. Moi, j’étais sûr d’une chose, je souhaitais retourner en France, il fallait donc que je sois libéré de mes obligations militaires par la France ». Aidé par un « gradé » italien, Lazarre Ponticelli se  présente au consulat de France à Milan : « j’ai montré mon livret militaire français que j’avais précieusement gardé et on m’a reconnu en tant que soldat français et donc libéré pour la France ». Dès lors, Lazarre pouvait regagner Paris pour bâtir, avec ses frères également rescapés du conflit, une nouvelle vie.









L'entreprise Ponticelli frères




L'entreprise Ponticelli frères

L'entreprise Ponticelli


source des images : www.ponticelli.com






En 1921, Lazarre fonde avec ses deux frères l’entreprise « Ponticelli frères » qui se spécialise dans le travail délicat du montage et du ramonage des cheminées d’usine. Aujourd’hui, l’entreprise s’est diversifiée et a pris une envergure internationale. Elle effectue le montage, le levage, l’entretien et la fabrication d’éléments de tuyauterie, en particulier dans l’industrie des hydrocarbures.

 Le travail de transmission de la mémoire :

 Rendre hommage aux disparus :

« L’horreur de cette guerre, je ne l’ai pas oubliée, ni pour moi ni pour ceux qui sont morts.
C’est pourquoi je vais le 11 novembre au monument aux morts »

Lazarre Ponticelli, "poilu" âgé aujourd’hui de 110 ans, participe, chaque année, le 11 novembre à la cérémonie commémorative de la fin de la Grande guerre, devant le monument aux morts de sa commune, le Kremlin-Bicêtre, près de Paris. C’est sa façon à lui de ne pas oublier la boucherie de 14-18 et ces millions de vies européennes fauchées à la fleur de l’âge.


 La cérémonie du 11 novembre 2005 : 






Cérémonie du 11 novembre 2005

Cérémonie du 11 novembre 2005


Cérémonie commémorative de l'armistice de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre 2005 dans une commune proche de Paris en présence de M. Lazare Ponticelli, le dernier "Poilu" de France. (coll. ONAC 78 et  94)

Cérémonie du 11 novembre 2005 au Kremlin-Bicêtre, près de Paris. M. Lazare Ponticelli entouré d'élus, de l'autorité militaire et des représentants des associations d'Anciens Combattants. (coll.Onac 78 et  94)













Cérémonie du 11 novembre 2005. M. Lazarre Ponticelli



Cérémonie du 11 novembre 2005.


M. Lazare Ponticelli est présent à la cérémonie
du 11 novembre 2005 dans sa commune.
 (coll.onac 78 et  94)

Dépôt de gerbe de la jeune génération. Les élus locaux, les enseignants  et l'ONAC font participer aux cérémonies commémoratives les jeunes pour transmettre l'Histoire et la mémoire des douloureux conflits du XXème siècle. (Coll. ONAC 78 et 94)







 La cérémonie du 11 novembre 2006 :

M. Lazare Ponticelli à la cérémonie du 11 novembre 2006 dans sa commune.

Lazare Ponticelli dépose un bouquet de fleurs au monument aux morts de sa commune, le 11 novembre 2006


M. Lazare Ponticelli était au centre de la cérémonie
du 11 novembre 2006 au monuments aux morts du Kremlin-Bicêtre dans le Val-de-Marne.
(coll. ONAC 78)

M. Lazare Ponticelli dépose un bouquet d'oeillets au monument aux morts de sa ville en compagnie des autorités,
le 11 novembre 2006. (Coll. ONAC 78)




M. Lazare Ponticelli en compagnie de journalistes, le 11 novembre 2006

M. Lazare Ponticelli interviewé par la presse, le 11 novembre 2006


M. Lazare Ponticelli participe à la cérémonie du 11 novembre 2006. Ici, avec la Presse. (Coll. ONAC 78)

M. Lazare Ponticelli, le 11 novembre 2006, au Kremlin-Bicêtre.
(coll. ONAC 78)


 La cérémonie du 11 novembre 2007 :


Lazare Ponticelli à la cérémonie du 11 novembre 2007 au Kremlin-Bicêtre

Lazare Ponticelli et les autorités à la cérémonie du 11 novembre 2007 au Kremlin-Bicêtre


89ème. commémoration de la fin de la Première Guerre mondiale,
 le 11 novembre 1918 en présence de M. Lazare Ponticelli, le dernier combattant français de la Grande Guerre.
(Photo ONAC 78)


M. Lazare Ponticelli, à 110 ans, assiste à la cérémonie du 11 novembre 2007 au Kremlin-Bicêtre dans le Val-de-Marne près de Paris. (Photo ONAC 78)



Lazare Ponticelli, le 11 novembre 2007

Lazare Ponticelli, le 11 novembre 2007


M. Lazare Ponticelli en présence des journalistes.
(photo ONAC 78)






Le Monument aux Morts du Kremlin-Bicêtre, le 11 novembre 2007

Le monument aux Morts du Kremlin-Bicêtre




Le monument aux Morts du Kremlin-Bicêtre,
le 11 novembre 2007 (photo ONAC 78)




Lazarre Ponticelli au Kremlin-Bicêtre le 11 novembre 2007


Dépôt d'un bouquet de fleurs au pied du monument aux Morts du Kremlin-Bicêtre.
(photo ONAC 78)




Lazare Ponticelli, le 11 novembre 2007

Lazare Ponticelli, le 11 novembre 2007


M. Lazarre Ponticcelli à la cérémonie du 11 novembre 2007
(Photo ONAC 78)


M. Lazare Ponticelli, le 11 novembre 2007
(Photo ONAC 78)



 Témoigner et sensibiliser :
Monsieur Ponticelli participe activement au travail de mémoire en acceptant très gentiment de recevoir chez lui, régulièrement, des journalistes venus du monde entier. Jusqu’à une date récente, il allait aussi témoigner de son expérience dans les classes auprès du public scolaire et, à chaque fois, dans ces discussions, il n’oublie pas de rappeler à ces interlocuteurs l’horreur des combats dans la tranchée, l’abomination de cette guerre. 







M. Lazarre Ponticelli

M. Lazarre Ponticelli


Monsieur Lazarre Ponticelli semble apprécier la présence de journalistes qui viennent le voir de partout (France-Allemagne-Australie…). Lorsqu’on lui demande s’il n’est pas surpris que l’on s’intéresse autant à lui et à son histoire depuis quelques années, il répond avec beaucoup de malice que l’on s’intéresse maintenant aux derniers Poilus parce qu’il n’y en a plus !

Monsieur Lazarre Ponticelli lors d’un entretien avec des journalistes d’un quotidien du soir, le 20 octobre 2005.








 Sources :
Entretien de Monsieur Lazarre Ponticelli avec des journalistes du quotidien « Le Monde »
et des représentants de L’ONAC- service du Val-de-Marne et service des Yvelines, le 20 octobre 2005.


Dossier de presse de l’ONAC : « Ils avaient 18 ans pendant la Première Guerre mondiale », 2004.

Une autobiographie intitulée "Ponticelli Frères, les premières années", 2005
Edition Ville du Kremlin-Bicêtre.

 Bibliographie :

Les derniers Poilus français racontent :
Jean-Pierre BIOT, « Les Derniers Poilus ».
Paris, éditions de la Martinière, 2004.

Un livre de poche écrit par un spécialiste de la Grande guerre :
 Pierre Miquel, « Les Poilus »,
éd. Presse-Pocket, 2002.

Une encyclopédie :
Sd. Jean Jacques Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau : "L'Encyclopédie de la Grande guerre 1914-1918"
Paris, éd. Bayard, 2004.

Une BD de référence :
Jacques Tardi, « C’était la guerre des tranchées ».
Bruxelles, éd. Casterman, 1993.

 Sur le Web :

Site recensant les derniers combattants de 14-18 encore en vie dans le monde + biographies et actualité des "Poilus"
»lien
http://dersdesders.free.fr/

 Autre témoignage de "Poilu" sur ce site :

Témoignage de Monsieur Léon Weil
»Cliquez-ici pour lire son témoignage



M. Léon Weil


 RETOUR TEMOIGNAGES

ACCUEIL
 EXPOSITIONS 39-45 DANS LES YVELINES LIEUX DE MEMOIRE
TEMOIGNAGES RESSOURCES

» Contact 
» Qui sommes nous ?
» Où sommes nous ?
» Audience du site


Enregistrement, reproduction et copie interdits à des fins autres que privées
Site optimisé pour être visualisé en 800 x 600 pixels sur un navigateur récent
© Mémoire 78 - SL- 2005-2008