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 Rencontre avec l'un des derniers "Poilus" de France : M. Léon Weil


Monsieur Léon Weil,  décédé le 6 juin 2006 à l'âge de 109 ans, était l'un des derniers combattants survivants, acteur et témoin de la Grande guerre. Voici son témoignage :


Entretien réalisé par M. Benoît Hopquin, journaliste du quotidien « Le Monde », le 14 novembre 2005.

L'exploitation de cet article et des photos à des fins publiques ou commerciales est interdite.
L'utilisation de cet article et des photos à des fins privées est autorisée.









M. Léon Weil

M. Léon Weil

M. Léon Weil


M. Léon Roger Weil.













Monsieur Léon Roger Weil est né le 16 juillet 1896 à Paris dans le 10ème arrondissement. Fils de boucher, il fréquente l’école communale. Longtemps domicilié dans le Val-de-Marne, il vit aujourd’hui entouré par sa famille à Paris.

 La Grande guerre :

Mobilisé en août 1916 à l’âge de 20 ans, M. Léon Weil est appelé au dépôt de Lons-le-Saunier dans le Jura et incorporé dans la 66ème Division de Chasseurs-Alpins-5ème Bataillon.







M. Léon Weil

M. Léon Weil


M. Léon Roger Weil.

M. Léon Roger Weil en novembre 2005. 






Il participe au calvaire du Chemin des Dames puis aux batailles du Grand Ballon dans les Vosges. Il se souvient :
 
(…) « Il fallait sortir de la tranchée et partir à la baïonnette ou au pas de guerre, voilà comment cela se passait. Puis,
il fallait revenir vivant, cela c’était encore le plus dur parce que ça tombait…les mitrailleuses ça claquait. »

 
(…) « J’étais dans un trou dans la tranchée et j’ai eu l’idée de changer de trou et me mettre en face et j’ai vu le gars qui a pris ma place. Au bout d’un moment, je lui dis : « Viens avec moi, ne reste pas ici ». Il ne m’a pas répondu.
Il a été tué là où j’aurai du l’être moi-même. S’il m’avait écouté, il serait encore en vie ! Curieux quand-même … »

 
(…) « Cela me fait penser toujours à un copain lors d’une attaque, qui a été blessé, qui se sentait mourir et qui m’a dit « n’écris pas ». Quand j’ai écrit j’ai pas dit à ses parents qu’il était mort. Il sera toujours assez temps que le bataillon le fasse lui-même. »
 
Léon Weil ne s’étend pas sur ses souvenir au front. Il répond brièvement aux questions des journalistes. Il préfère mettre l’accent sur l’horreur de cette guerre. Quand on l’interroge sur l’offensive de Craonne, il répond laconiquement : « Ce  ne sont pas des souvenirs très beaux, des morts et des blessés…Il vaut mieux parler d’amour ! »
Il est vrai que ces faits remontent maintenant à près de 90 ans et qu’un homme de plus de 109 ans peut avoir la mémoire défaillante !







M. Léon Weil



M. Léon Weil, Chasseur Alpin





Monsieur Léon Weil, Chasseur Alpin (1916-1917). A droite, avec le sourire  sur cette photographie. (coll. Weil)

M. Léon Weil, Chasseur Alpin 1916-1917. (Coll. Weil)











Les Chasseurs Alpins dans les Vosges, 1916


Des Chasseurs Alpins dans les Vosges en 1916.
Photo extraite de la revue "Lecture pour tous", 15 avril 1917. Texte de la légende : "Les Chasseurs Alpins dans la neige, derrière leur réseau de fils de fer."
Photo qui sert ici à illustrer le propos.












Le Grand Ballon et le monument des Diables Bleus

Le Grand Ballon et le monument des Diables Bleus


Sommet  du Grand Ballon des Vosges (1424 m d'alt.) et au premier plan monument dédié à la gloire  des "Diables-Bleus", surnom donné aux valeureux Chasseurs Alpins, dont Monsieur Léon Weil, qui ont participé aux combats acharnés de la montagne vosgienne durant la Première Guerre mondiale, porte d'entrée vers la plaine alsacienne tant convoitée.
Le monument des Diables Bleus  avec sa statue en bronze de Chasseur Alpin au sommet du Grand Ballon des Vosges,  symbole des luttes et sacrifices des troupes alpines pendant la Première Guerre mondiale.






A l’égard des ennemis désignés, il n’a aucune animosité :
 
(…) « C’est que les Allemands, ils étaient comme nous, des pauvres types qui se faisaient casser la gueule pour rien. »
 
(…) « J’ai causé avec des soldats allemands qui étaient prisonniers, il y en a même un qui était devant nous, j’étais en train de manger, je lui ai donné du pain, du saucisson, il était content le gars, un prisonnier quoi ».
 
Dans ses propos, Léon Weil insiste encore et toujours sur l’absurdité de cette guerre :
 
(…) « Cette guerre n’a servi à rien, d’un côté comme de l’autre et il a fallu recommencer en 1940 (…) Cela n’a servi à rien, la preuve, avec l’Allemagne, on est copain aujourd’hui ».
Les seuls qui ont su tirer profit de cette guerre sont, selon Monsieur Weil, les industriels de l’armement :

(…) « Les marchands de canons se sont, à l’arrière du front, bien remplis les poches, c’est toujours comme cela
les guerres… ».


M. Weil conclut sur ce sujet en récitant une sentence pacifiste de l’époque : « La guerre, c’est la misère pour le pays et la chaumière ».




Photos anciennes de M. Léon Weil


Souvenirs de la Grande Guerre de Monsieur Léon Weil.
Photos en uniforme et camarades de régiment.






Au printemps 1918, il se porte volontaire pour être dans les chars d’assaut :

(…) « Un gradé est passé dans les tranchées et j’ai levé la main. Trois jours après, on m’a dit : tu pars dans les tanks, en formation, à Orléans. Je n’y croyais pas et le capitaine m’a dit : « Si, Weil tu t’en vas ! »
C’est comme cela que j’ai quitté le front.

Léon Weil apprend la fin des combats et la signature de l’Armistice du 11 novembre  à Orléans, chez les tankistes,
au camp militaire de Sercotte.


Pendant la Grande guerre, Léon Weil n’a pas été blessé mais il a perdu deux frères au combat, Maxime et Désiré.

 La Seconde Guerre mondiale :

Sous l’Occupation, Monsieur Léon Weil est un résistant. Il est membre d’un réseau de renseignements de la France Libre (FFL), actif en 1943-1944 dans la zone sud : le réseau Gallia.

Connu au sein du réseau sous le pseudonyme de « Victor », il est un agent de renseignements qui glane, à Lyon, de précieuses informations pour Londres. Il est également en contact avec des fonctionnaires de police-résistants et diffuse aussi de vrais-faux papiers pour les membres de son réseau.

Lorsqu’on l’interroge sur les motifs de son engagement dans « l’Armée des ombres », sa réponse est évasive.
La lutte contre le nazisme semble être le mobile premier.


La proportion d’anciens combattants de 14-18 qui ont participé à la Résistance est très limitée. La majorité des anciens « Poilus » sont, en 1940, maréchalistes, sans être automatiquement pétainistes, c’est-à-dire partisan de « la révolution nationale ». Ils ont été aveuglés par la figure paternelle de Pétain,  présenté comme le sauveur de la France à Verdun en 1916. Ainsi, ils ont attendu passivement la délivrance de l’été 1944.

Monsieur Léon Weil, lui, ne l’entendait pas ainsi et il garde encore aujourd’hui une grande fierté de s’être engagé dans la Résistance. Contrairement à 14-18, cette guerre clandestine de 40, il l’a choisie. Pour mieux convaincre son auditoire de l’importance de son choix, il prononce, mots pour mots, soixante après, la citation officielle signée du Maréchal Juin qui accompagnait la remise de sa seconde Croix de guerre, après celle de 14-18, une Croix de guerre délivrée au titre de son action dans la Résistance :

(…)  « Excellent agent de renseignement en territoire occupé par l’ennemi chargé des liaisons avec les commissariats de police pour le S.R. S’est toujours acquitté de sa tâche avec compétence malgré toutes les vicissitudes de la clandestinité ».

Parmi nos derniers "Poilus" encore en vie aujourd'hui (novembre 2005), Monsieur Ferdinand Gilson a également fait de la Résistance. Il travaillait pour les services du Renseignement britannique. (N.B. M. Ferdinand Gilson, le dernier Poilu du Loiret, est décédé le 26 février 2006).


Souvenirs et décorations de M. Léon Weil


Monsieur Léon Weil est titulaire de la médaille militaire, des Croix de guerre 14-18 et 39-45 avec une étoile de bronze, de la croix du Combattant Volontaire de la Résistance et il a été fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1996. Ici, la Croix de guerre au titre de la Première guerre et sa Légion d'honneur avec des photos souvenirs.


 La vie civile :





M. Léon Weil


Léon Weil, ancien boxeur amateur !





Dans l’entre deux guerre et jusqu'à sa retraite prise avant les années 60, Monsieur Weil est vendeur-représentant textile dans un grand magasin à Paris.

Une passion, le théâtre :

Durant ces temps de loisirs , il se passionne pour le théâtre. Il confie avoir assisté à des milliers de pièces.
(…) « J’ai vu Sarah Bernhardt, les frères Coquelin, j’ai vu tout les cracks du moment ! J’allais aux théâtres de la Porte Saint-Martin, à la Renaissance, au Vaudeville…j’allais partout et puis voir aussi l’Opérette :« Minette,  les cloches de Cordeville… »

Un grand sportif :

Léon Weil est également un grand sportif. Il a pratiqué la boxe et la natation. Jusqu’à l’âge de 102 ans, il faisait ses longueurs de nage libre dans le bassin de la piscine de Créteil !

(...) « J’ai été un des premiers en France à nager le crawl. Ce sont les soldats américains venus faire la guerre à nos côtés en 1917, qui m’ont appris les gestes techniques de cette nouvelle nage en Europe ».

Bon nageur, M. Weil est aussi un ancien boxeur amateur. Aujourd’hui, pour les besoins des photographes et journalistes, il monte volontiers sa garde les poings fermés devant les objectifs !







M. Léon Weil

M. Léon Weil


Lorsqu'on lui demande s'il n'est pas surpris que l'on s'intéresse autant à lui et à son histoire depuis quelques années, il répond qu'il faut bien parler un petit peu, si cela peut servir à quelque chose... et puis cela donne du travail aux journalistes !

M. Léon Weil, ici en présence de journalistes.







 Sources :

Entretien avec des journalistes du quotidien « Le Monde » et des représentants de l’ONAC du Val-de-Marne
et des Yvelines, le 14 novembre 2005.


Dossiers de presse « Ils avaient 18 ans en 14-18 », 2004 et 2005
ONAC-Direction générale/Département de la Communication.

 Bibliographie :

Les derniers Poilus français racontent :
Jean-Pierre BIOT, « Les Derniers Poilus ».
Paris, éditions de la Martinière, 2004.

Un livre de poche écrit par un spécialiste de la Grande guerre :
 Pierre Miquel, « Les Poilus »,
éd. Presse-Pocket, 2002.

Une encyclopédie :
Sd. Jean Jacques Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau : "L'Encyclopédie de la Grande guerre 1914-1918"
Paris, éd. Bayard, 2004.

Une BD de référence :
Jacques Tardi, « C’était la guerre des tranchées ».
Bruxelles, éd. Casterman, 1993.

 Sur le Web :

 Site recensant les derniers combattants de 14-18 encore en vie dans le monde + biographies et actualité des "Poilus"
»lien
http://dersdesders.free.fr/

 Autre témoignage de "Poilu" sur ce site :


Témoignage de Monsieur Lazarre Ponticelli
»Cliquez-ici pour lire son témoignage


M. Lazarre Ponticelli


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