Monument aux chasseurs français
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Localisation : Monument élevé à l’emplacement
des Ouvrages Blancs
Conflit commémoré
: 1914-1918
Date d'inauguration
: 10 juin 1935 en présence du Général
Somon, général Samois, lieutenant colonel de réserve
Violet qui commanda le 1er bataillon. Inauguré à
nouveau en juillet 1945 sous la présidence du général
Harduin de Grosville (délégué général su
Souvenir Français), après sa remise en état par le Souvenir
Français (le monument avait été détérioré
pendant l'Occupation)
Texte de la dédicace
:
A
la mémoire des 29 officiers, 67 sous-officiers et 1300 caporaux et
chasseurs du 1er bataillon, tombés sur le front d’Artois,
du mois d’août 1914 au mois de janvier 1916
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Voici comment le Courrier du
Pas-de-Calais relate l'inauguration du monument dans son édition
du 11-12 juin 1935 :
A Lorette et à Angres, les chasseurs à pied rendent hommage
à leurs morts
En cette belle journée du 10 juin, notre terre d’Artois a encore
assisté à l’exaltation de ceux qui, il y a vingt ans, ont
contribué par le sacrifice de leur vie au maintien de son inviolabilité.
Cette fois, c’est l’amicale des chasseurs à pied anciens combattants
des 1er et 41e BCP Saint-Blaise venus à Angres
inaugurer le monument élevé à l’emplacement même
des Ouvrages Blancs, où plus de 1300 des leurs y ont succombé.
A 9h30, le rassemblement a lieu aux abords de la basilique de Notre-Dame
de Lorette où le général de division Somon, qui préside
la cérémonie, tint à rendre hommage au capitaine Moreau
et au chasseur Valette, en déposant une gerbe sur leurs tombes, non
loin de la chapelle, dans laquelle pénétrèrent aussitôt
les officiers, les anciens chasseurs et toutes les délégations
invitées.
Au premier rang, le général Somon qui fut commandant du
1er BCP du 21 novembre 1914 au 31 mai 1915 ; le général
Camors, qui devint également le commandant de ce bataillon du 5 juin
1915 au 4 février 1916 ; M. Gaston Gouin, président de l’amicale
Saint-Blaise ; viennent ensuite les représentants des compagnies minières,
parmi lesquels nous apercevons M. Roi, ingénieur et président
du Souvenir Français de Liévin ; M. Edmond Macquaire, président
du Souvenir Français d’Arras ; le commandant Schimpf ; M. Roger, président
de l’union nationale des combattants de Liévin ; puis toutes les
délégations avec leurs présidents.
Dans le chœur sont placés les drapeaux de ces délégations,
en avant desquels se trouve le fanion du 1er BCP porté par l’adjudant
chef Porcher, entouré de sa garde. Puis viennent le fanion de l’amicale
Saint-Blaise, les drapeaux des gardes d’honneur de Notre-Dame de Lorette,
du Souvenir Français d’Arras, d’Angres et de Liévin, de l’UNC
d’Angres, de Liévin et de Bully-les-Mines.
La cérémonie commence par la bénédiction d’une
plaque commémorative pour les morts de ces bataillons 1er et 41e,
apposée dans la chapelle, transept de gauche, derrière la chaire.
M. l’abbé Briche, chapelain de Notre-Dame de Lorette bénit lui-même
cet ex-voto. C’est ensuite la messe, dite par l’abbé Charles Caron,
professeur à l’institution Saint-Joseph d’Arras, qui fut aspirant
au 1er BCP. Les servants sont un sous-lieutenant et le lieutenant
de réserve Favelle.
Après la messe, le général Somon, au pied de la statue
du général Maistre, en un récit succinct, fit l’historique
de la bataille de l’Artois ; et commença son entretien par flétrir
« le geste odieux et sectaire qui a bouté hors du cimetière
la statue de ce grand chef, sous un prétexte mesquin ». c’est
pourquoi il veut, à cette place même, faire acte de réparation
, en prononçant l’éloge des troupes, faire celui du chef. Ces
paroles produisirent sur l’assistance la plus grande impression.
Cette causerie terminée, tout le monde se met en route pour Angres,
à l’emplacement du monument en bordure du chemin de Souchez à
Angres.
Ce monument de modeste apparence est composé d’un bloc de granit
d’environ 1m50 de hauteur sur lesquel se trouve gravée l’inscription
suivante : « A la mémoire des 29 officiers, 67 sous-officiers
et 1300 caporaux et chasseurs du 1er bataillon, tombés sur le front
d’Artois, du mois d’août 1914 au mois de janvier 1916 ».
Il est érigé sur un terrain mis gracieusement à la
disposition de l’association par M. J-B. Louard, cultivateur à Angres.
Ce monument est bénit par M. l’abbé Jean Penin, curé
d’Angres.
La sonnerie aux morts exécutée par la clique de la société
l’Espérance, se fait entendre, puis c’est la minute de recueillement
traditionnelle, après quoi la Marseillaise retentit sous la direction
de Victor Marie, chef de la fanfare d’Angres.
Quatre discours furent prononcés par MM. Gouin, président
de la Saint-Blaise ; Leclercq, maire d’Angres ; le lieutenant-colonel de
Violet, alors capitaine à la 4ème compagnie du 1er BCP, qui
lit ses notes de guerre, et le général Camors. Pendant ces
discours, le général Somon, à côté duquel
se trouve M. Paul Théry, secrétaire général du
Pas-de-Calais, qui représente M. Rochard, préfet, sont entourés
par tous les anciens chasseurs qui ont combattu dans ce secteur, ainsi que
par les enfants des écoles d’Angres.
Des gerbes de fleurs sont ensuite déposés au pied du monument
par la Saint-Blaise, par l’UNC d’Angres, par M. François Dupommier,
président de la fédération des chasseurs à pied
du Pas-de-Calais, la Sidi Brahim. L’harmonie des mines de Liévin sous
l’habile direction de son chef, M. Bougamon, exécuta la fameuse marche
Sidi Brahim des chasseurs à pied et la dislocation eut lieu.
Comme résumé des discours qui furent prononcés, nous
nous bornerons à donner quelques points principaux sur les faits d’armes
accomplis pendant la guerre par ce beau bataillon.
L’amicale des 1er et 41e bataillons de chasseurs à pied, dénommé
Saint-Blaise tient ce titre de l’un des plus beaux faits d’armes qu’une unité
puisse ambitionner, et qui valut au drapeau des chasseurs à pied
la haute distinction dont il est l’objet. le 31 juillet 1914, sous les ordres
du commandant Tabouis, le bataillon quitte Senones (Vosges) pour aller prendre
ses positions de couverture, franchit la frontière à Saales
et le 14 août se trouve en position d’avant-garde dans la plaine Saint-Blaise
gardant ainsi les débouchés de la vallée de la Bruche.
La bataille est engagé et le combat est des plus violents. Le 1er
bataillon, dans un élan irrésistible, culbute toutes les positions
ennemies et à la nuit est le maître du plateau jusqu’en avant
de Diespach.
Dans la panique, le 132e Poméranien abandonne son drapeau,
dont se saisit le sergent Foulfoin, et l’apporte au commandant du bataillon,
qui s’écrie : « vous vouliez de la gloire, mes petits, en voilà
». les prises sont bonnes. 1 drapeau, 8 canons, 400 prisonniers et
un matériel important, la vallée de la Bruche est libre. Ce
haut fait d’armes vaut au drapeau des chasseurs à pied la médaille
militaire, et au bataillon, sa première citation à l’ordre
de l’armée ainsi conçue : « sous le commandement du commandant
Tabouis a brillamment contribué le 14 août 1914 au succès
du combat de la plaine Saint-Blaise au cours duquel il a enlevé à
l’ennemi le premier drapeau, ce qui a valu au drapeau des chasseurs l’attribution
de la médaille militaire ».
Le 1er octobre, le bataillon est embarqué pour l’Artois, et vient
prendre position au bois de la Haie.
Le 7, pendant un bombardement, le lieutenant-colonel Tabouis est grièvement
blessé ; le commandant d’Origny prend le commandement du 1er bataillon.
Le caporal Bon est tué au cours d’une audacieuse reconnaissance dans
Ablain. Le sous-lieutenant Collinet tombe avec 70 chasseurs. C’est à
cette époque, entre deux relèves, que le général
de Maud’huy vient remettre au drapeau des chasseurs la médaille militaire
gagnée à Saint-Blaise.
Le 21 novembre 1914, le commandement du bataillon passe au commandant
Somon qui restera à la tête de cette glorieuse unité
jusqu’au 31 mai 1915, c’est-à-dire tout le temps que ce bataillon
d’élite est resté accroché au fameux éperon
de Notre-Dame de Lorette, dans une alternative de repos au cantonnements
de Noeux-les-Mines et du fond de Sains, et de combats aux tranchées
de premières lignes sur le plateau.
Le commandant Somon ayant décidé une attaque qui fut préparée
par le capitaine Moreau est exécutée avec un plein succès
et vaut à cette unité une nouvelle citation à l’ordre
de l’armée : « le 3 mars, s’est emparée par une attaque
de nuit, de tranchées solidement fortifiées défendus
par des mitrailleuses et contre lesquelles plusieurs attaques de jour avaient
échoué. S’est avancée sur les retranchements ennemis
avec un tel élan qu’elle a fait 15 prisonniers et pris deux mitrailleuses
».dès le début de mai, la bataillon est admirable d’enthousiasme
et se trouve en parfait état pour l’effort qui va lui être demandé
le 9 mai dans l’attaque générale. C’est alors que va s’allonger
la longue liste des héros, simples chasseurs comme officiers, qui
vont s’immoler pour le salut de notre France. Ils sont trop pour que nous
les énumérions tous ici.
Cependant nous pouvons citer le cas du capitaine Moreau qui, le 28 mai,
sentant la situation critique, s’empare d’un fusil et monte sur le parapet
pour entraîner ses hommes et tombe tué net d’une balle au front.
Ce ne fut qu’un cri de douleur et de vengeance dans toute la tranchée
quand les chasseurs apprirent la mort de cet admirable chef, aimé
par tous comme un père. L’effort inouï fourni par le bataillon
dans ce coin des Ouvrages Blancs fut apprécié par le commandement
en cette troisième citation à l’ordre de l’armée :
« Xème armée, n°81 du 25 juin 1915. Commandé
et entraîné par son chef, le commandant Somon, avec une admirable
maîtrise, s’est emparé le 25 mai d’un ouvrage allemand très
fortement organisé et vaillament défendu. S’y est maintenue
trois jours malgré un bombardement intense et des contre-attaques
incessantes. Attaqué de trois côté par des forces supérieures,
à défendu le terrain pied à pied et est arrivé,
malgré des pertes sensibles à se maintenir au saillant de
l’ouvrage ».
L’offensive du 16 juin 1915 trouve encore nos mêmes héros
sur leurs même positions, toujours animé du même entrain,
c’est ainsi qu’avec d’autres chasseurs du 3ème BCP, ils
encerclèrent tout un bataillon ennemi qui se rendit avec un commandant
, 5 officiers et 244 hommes.
C’est pour commémorer ces faits d’armes glorieux, et les 1396 héros
qui s’y illustrèrent, qu’aujourd’hui l’amicale Saint-Blaise composée
des survivants de ces combats homériques, a tenu à fixer sur
l’emplacement même de leur sacrifice, un souvenir durable dictant ainsi
aux générations qui suivent, le chemin du Devoir et de l’Honneur.
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Sources :
- Le Courrier du Pas-de-Calais des 11-12/06/1935
- A propos de l'inauguration de 1945, voir Nord-Matin du 21/07/1945
- Remerciement à Jean-Claude Poncet pour sa photographie du monument.
Voir son blog consacré entre autres au bataillon de chasseurs à
pied http://chamois.canalblog.com/
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