PROGRAMME
26 Mai 2003
9h00 Ouverture
9h30 Bas Van Fraassen (Princeton) : Empiricism as a Stance
11h00 Pause
11h30 Michel Bitbol (CREA, Paris) : About the dissolution of materialism
12h00 Frédéric Nef (Institut Jean Nicod, Paris): Sémantique et empirisme
12h30 Déjeuner
14h30 Guillaume Garreta (Université Bordeaux III) : Bas van Fraassen's pragmatic account of observation
15h00 Lydia Jaeger (IBN, Nogent): Foundationalist illusion or bridled irrationality - is there a third way ?
15h30 Pause
16h00 Anouk Barberousse & Paul Egré Empiricism, vagueness and probability.
17h00 Discussion Générale (sous forme de table ronde informelle)
18h00 Fin des travaux
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Projet : En développant son
« empirisme constructif », Bas Van Fraassen est devenu
une référence incontournable pour la philosophie
des sciences contemporaine. Après la vague de critiques
qui, vers les années 1960, avait fait perdre à l'empirisme
logique sa prédominance dans le champ des idées,
le réalisme scientifique semblait s'être imposé
comme le seul compte rendu acceptable du travail et des orientations
de la recherche. Quine avait beau énoncer ce que pourrait
être un empirisme affranchi de ses deux « dogmes »
(l'intangibilité de la distinction vérités
analytiques / vérités synthétiques, et la
réduction des constructions aux « faits »),
le programme d'une philosophie des sciences empiriste renouvelée
restait à l'état d'esquisse. Mais par trois ouvrages
successifs, Scientific Image (1980), Laws and symmetry
(1989), et Quantum mechanics an empiricist view
(1991), Van Fraassen a posé les bases d'un empirisme viable,
parce que capable de prendre en charge la plupart des spécificités
dont se prévaut le réalisme contre l'empirisme classique
ou logique, et de rendre raison des développements les
plus actuels de la physique.
Contre l'empirisme classique ou logique, les réalistes
font d'abord valoir que la réduction de toute réalité
et de tout acte de référence aux phénomènes,
ne rend justice ni à la pratique du langage courant ni
à celle des sciences. Lorsque quelqu'un procède
à une dénomination, il ne cherche pas à désigner
par là une tranche d'apparaître, ou quelque ensemble
fini et répertorié d'apparitions; il pointe vers
"quelque chose" dont les modalités de manifestation
sans fin assignable sont pour partie anticipées et pour
partie ouvertes. De même, quand un chercheur scientifique
parle de l'objet de ses investigations, il ne limite pas son discours
à un ensemble fini de résultats d'expérience
obtenus sous des conditions instrumentales actuellement disponibles;
il renvoie à une entité dont la variété
des manifestations futures est prévue aussi complètement
que possible (et avec un succès croissant) par des cadres
conceptuels et théoriques révisables. Face à
cette objection, Van Fraassen fait jouer un rôle capital
aux modèles dans sa version de l'empirisme. Mais
à la différence des réalistes, il pense que
l'engagement dans la recherche ne commande pas de prendre les
implications ontologiques des modèles au pied de la lettre
; seulement de travailler dans la direction qu'ils indiquent.
Contre les empiristes classiques ou logiques, les philosophes
des sciences réalistes ont également souligné
le caractère secondaire de la référence aux
phénomènes par rapport à la référence
aux corps matériels de l'environnement. Ici encore, Van
Fraassen répond en se réappropriant l'argument de
ses adversaires au bénéfice de l'empirisme. Le phénomène
doit précisément selon lui (conformément
à une inspiration bohrienne) être défini comme
altération des corps matériels mésoscopiques
de l'environnement humain. Tout le reste, en particulier les processus
microscopiques, a un statut dérivé par rapport à
ces « phénomènes » : le statut de modèles
construits.
Enfin, les philosophes des sciences réalistes se sont prévalus
de la relative stabilité de certains contenus de connaissance
: leur permanence n'est-elle pas le signe qu'au moins en certains
points on a atteint une parfaite correspondance avec le réel
? Van Fraassen a opposé une explication alternative, de
type historique, de cette stabilité : il est irrationnel
de changer une croyance aussi longtemps que rien ne la
rend intenable et qu'aucune croyance de rechange n'est venue la
remplacer.
Dans une série de conférences récentes, publiées
en 2002 sous le titre The Empirical Stance, Van
Fraassen prend du recul et propose une méta-analyse de
la différence de position entre réalisme et empirisme.
Pour diverses raisons, il n'est pas opportun selon lui de former
des croyances sur ce dont le monde est fait, mais seulement
des attitudes sur comment se comporter dans le monde. En
tant qu'attitudes, le réalisme scientifique et l'empirisme
s'opposent : l'un est entièrement tendu vers le contenu
des sciences (au risque d'une dérive métaphysique),
mais l'autre se focalise sur les méthodes (à la
manière du pragmatisme). Le résultat de cette différence
fondamentale d'orientation est que l'empirisme examine toutes
les proclamations d'existence propres à une lecture crypto-métaphysique
des sciences à l'aune des buts, des engagements, et des
valeurs des sciences. En particulier, la tentative de naturaliser
l'épistémologie en transformant le processus d'élaboration
des connaissances en objet d'une science (cognitive) apparaît
à Van Fraassen comme une tentative de figer les présuppositions
d'une science (qui relèvent des choix, voire de l'émotion)
en autant d'énoncés d'existence (qui relèvent
d'un contenu dogmatisé).
Une autre différence entre les deux attitudes concerne
la question de la complétude de l'« image scientifique
du monde ». Alors que pour un réalisme métaphysique,
cette image doit épuiser (à court ou à long
terme) tout ce qu'il y a, l'empiriste reste ouvert à la
possibilité de son incomplétude principielle. Il
n'exclut pas, en particulier, que l'absence dans cette image de
« nous-mêmes » en tant qu'êtres capables
d'expérience et de jugement éthique ou esthétique
ne soit une lacune constitutive, et que cela fasse signe vers
la nécessité de recourir à d'autres formes
de pensée pour couvrir le champ de la personne.
Ce colloque, centré sur The Empirical Stance,
a pour but de procéder à un examen critique
détaillé de la philosophie des sciences de Van Fraassen
avec la participation active de ce dernier. Les divers intervenants
poseront les questions suivantes à son propos :
-L'empirisme constructif rend-il raison de la totalité
des raisons, sémantiques et motivationnelles, qui rendent
le réalisme crédible comme philosophie des sciences
?
-Le matérialisme est-il une thèse ou, là
encore, une attitude générale ? Qu'est-ce qui définit
de nos jours cette attitude: la référence historiquement
glissante à la "matière", le primat hiérarchique
des sciences physiques, ou simplement une inquiétude idéologisée
face aux affaiblissements possibles de l'idéal régulateur
d'objectivation?
-Quels sont les points communs et les différences entre
l'empirisme constructif et certaines versions de pragmatisme ?
La critique de la naturalisation de l'épistémologie
ne va-t-elle pas au-delà de ses buts initiaux pour ressembler
à un dogmatisme inversé ?
-Dans quelle mesure l'empirisme constructif se sert-il de schémas
de pensée empruntés à la philosophie transcendantale
? Le rejet de la naturalisation de l'épistémologie,
l'insistance sur une classe de présuppositions non-objectivables,
sont-ils un corrélat nécessaire de la part transcendantale
de la pensée de Van Fraassen ?
-Quel rôle particulier joue le concept de probabilité
dans la définition d'une épistémologie empiriste
adaptée à la physique quantique?
-Que penser des arrière-plans religieux de l'attitude empiriste,
évoqués sur un mode tantôt ironique tantôt
affirmatif dans les livres de Van Fraassen ?