Saint Sorlin d'Arves, un livre sur la vie ancienne rurale.

Extraits du livre

"Les alpages avant l'or blanc"

de Olga NOVEL-TERRIER

quelques extraits du livre

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Les alpages avant l'or blanc 

de Olga NOVEL-TERRIER 

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CHAP. I: LE PRINTEMPS 

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Pour le paysan montagnard le printemps ne correspond nullement à une date du calendrier. Il  se manifeste par des phénomènes réels et météorologiques. 

Il se situe généralement au mois de Mai, c'est à ce moment que tout recommence, que la vie prend un autre rythme, plus soutenu. Il convient de préparer les labours......  

Alors apparaît un animal qui demeurait jusqu'à ce jour en écurie: le mulet. Examinons son identité et son curriculum vitae: 

  --------LE MULET--------  

  MULET né le .......à......... 

père:.... l'âne.... 

mère:.... la jument..... 

sexe masculin (mulet) ou féminin (mule). 

progéniture: aucune, il est stérile congénitalement. 

  Cet équidé résulte du croisement de la jument avec l'âne. Par sa taille et par son aspect il est bien l'héritier de ses parents d'origine. Disons, pour ceux qui n'en ont jamais vu, qu'il ressemble à un cheval dont les oreilles seraient longues.  Sa taille, quoique inférieure à celle de sa mère, est bien plus impressionnante que celle d'un âne ou d'un poney. Il est bien équilibré, d'un caractère assez doux infiniment moins têtu qu'un âne !...).  

Sa qualité primordiale, qu'il porte jusque dans son aspect physique, est l'équilibre. Le mulet a le pied montagnard, tout comme son père (l'âne) il ignore le vertige, il sait poser correctement son sabot là où il faut, il trébuche rarement, même dans des pentes ou sur des terrains très accidentés. Dans les montagnes il sera aussi fort qu'un cheval et d'une endurance très honorable.  

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LA SORTIE DU BETAIL  

  Nous avons relaté précédemment la sortie du mulet et son travail, dès l'apparition des premiers beaux jours.  

Mais l'étable est encore pleine d'animaux qui attendent leur tour de sortie, les réserves de foin accumulées dans les granges sont presque épuisées et pendant ce temps, l'herbe nouvelle croit.  

Alors le paysan commence à faire sortir les moutons et les chèvres. Ceux-ci iront paître sur les "communaux". Les communaux sont des pâturages n'appartenant pas à l'exploitant mais à la commune. 

Leurs surfaces ne font pas l'objet d'un entretien, mais les sentiers qui les desservent sont régulièrement remis en état par les ressortissants de la commune qui utilisent ces pâtures. 

L'organisation de ces travaux de réfection et nettoyage est effectuée à l'initiative concertée des intéressés. la périodicité de ces tâches (corvées) varie selon les lieux, leur fréquentation et les dégâts causés par les intempéries. 

Les moutons et les chèvres paissent sous la surveillance habituelle des enfants. Ceux-ci doivent veiller à ce que leurs bêtes broutent progressivement les surfaces, sans dégrader ou manger l'herbe des propriétés privées contiguës. La non observation de cette dernière règle, constitutive de faute grave, serait pour le jeune berger l'occasion d'encourir les foudres de ses parents, vexés par la plainte d'un voisin. A la campagne on ne badine jamais avec les questions de limites et de propriété privée et tout être humain, quel que soit son âge, sait où il peut et doit conduire ses troupeaux. Les garçons et filles ont une connaissance précise de ces choses dès l'âge de 6 ou 7 ans. 

Après le travail, cité précédemment, nous entrevoyons un deuxième élément constitutif de cette civilisation rurale: la propriété et ses limites. Le paysan connaît le droit foncier et ses subtilités: les termes propriété privée, propriété communale, domaine public, servitude, bornage, etc, etc, font partie de son vocabulaire ordinaire. Dès son plus jeune âge il connaît les parcelles de la famille et bien d'autres, il connaît également toutes les servitudes qui grèvent son domaine ainsi que les bornes qui le .....................................

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  LA VIE EN PRABEL  

  Comme je vous l'avais expliqué précédemment, PRABEL est le lieu-dit où ma famille dispose de prés d'alpage de première altitude ou premier alpage. Je suis certaine que vous avez bien assimilé ces notions relatives aux trois niveaux de transhumance et maintenant décrivons comment nous vivions en PRABEL.  

Prabel est situé à trois quarts d'heure de marche du village. La garde des troupeaux était toujours confiée aux enfants et adolescents en raison de l'occupation intensive des adultes au village.  

Bien que le chalet d'alpage soit complètement équipé pour un séjour continu, nous ne dormions jamais à Prabel: En effet la distance qui sépare ces hauts pâturages de nôtre maison était suffisamment courte pour que les jeunes bergers rejoignent chaque soir le domicile familial. 

Les quelques familles qui transhumaient sur le lieudit Prabel avaient un mode de vie identique. Je pense, que pour donner à l'exposé un vécu plus concret il convient que je vous raconte comment je passais une journée de bergère: 

Nous sommes déjà en 1954, mais je sais que depuis quelques décennies rien n'a changé dans la façon d'ordonner sa journée. Chaque matin vers 6 heures, je me levais, je prenais mon petit déjeuner avec mes parents et je partais rejoindre Prabel.  Lorsque j'arrivais, vers 7 heures, je rentrais dans l'étable et j'effectuais la traite des trois ou quatre chèvres. Ensuite, je les détachais ( très exactement je les déchaînais ) ainsi que les génisses et les veaux, pour les faire sortir.  

Je libérais les moutons qui couchaient dans un petit cabanon attenant à la maison. 

Je me dois de vous préciser qu'en cette période printanière, les moutons couchent encore sous abri, alors que l'été ils passent la nuit à la belle étoile. La raison de cette différence de mode de vie a pour cause l'état de leur toison de laine: en effet cette dernière est assez courte au printemps car ces honorables bêtes furent tondues à l'automne avant qu'elles ne prissent leurs quartiers d'hiver.  

Mon troupeau était composé d'une quarantaine de ruminants. Avec l'habitude, le berger ..................................................................

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extraits du livre "Les Alpages Avant l'Or Blanc" de Olga NOVEL-TERRIER

 

  CHAPITRE II: L'ÉTÉ 

   DEUXIÈME ALPAGE: LES SAGNIERES:  

Un mois est passé, nous sommes généralement vers la fin JUIN. L'été, à la différence du Printemps, n'est pas une saison marquée par un changement rapide, mais un passage progressif vers un climat plus chaud.

Certaines personnes, de chaque famille exploitante, vont entreprendre la grande transhumance, la vraie, celle qui transformera pour quelque trois mois ces paysannes ou paysans sédentaires en semi-nomades. Ce sera "l'enmontagnage": terme patois dont la traduction est inutile tant il est significatif.

Depuis plusieurs jours, chaque famille s'agite et se tourmente dans les préparatifs: linge, habits, nourriture humaine, nourriture animale, gros sel pour les ruminants, outillage, écrémeuse...

Toutes ces "choses" sont rangées dans des sacs en toile blanche qui seront placés, à leur tour, dans de grands sacs en toile de jute.

Le jour du départ, à huit heures, le mulet est bâté puis chargé, la plus ancienne vache est dotée d'une cloche que l'on nomme en patois "s`naille", du vieux français -sonnaille- (cloche).

Tout ce troupeau s'ébranle en direction du premier alpage, qui est situé sur le trajet.

Un enfant ou adolescent marche en tête, juste devant les bêtes, pour

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   ET LE LAIT..... 

   Le lait ...matière noble...source de vie...est un produit que l'agriculteur, que l'on devrait plus justement appeler éleveur, travaille quotidiennement. 

Je dois vous décrire les opérations relatives au lait et à ses dérivés car elles peuvent différer de celles qui se pratiquent en plaine ou dans d'autres régions. 

   J'ai connu deux périodes: avant et après l'arrivée de l'écrèmeuse mécanique. 

   --AVANT. Le lait de la traite était placé dans de    grands chaudrons en cuivre et remisé dans la cave, utilisée, au sens propre, en chambre froide.    Le lait, après la traite, était immédiatement placé dans la cave où il devait reposer durant une douzaine d'heures au moins. Durant ce temps la crème remontait à la surface. 

   L'écrémage, que je nommerai plus volontiers ramassage de la crème, était pratiqué en rasant la surface liquide avec une louche plate en bois, appelée en patois "pôche". En vieux Français, tout comme en dialecte savoyard, "pochon" désigne une louche. 

   Pour écrémer correctement il faut avoir acquis le tour de main, qui consiste à prendre la crème et seulement la crème, sans la mélanger au lait. Les deux produits diffèrent par leur couleur, leur viscosité et densité. 

   Cette crème était stockée dans un pot en terre........................

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 LA TONTE DES MOUTONS, LA LAINE.

  Nous sommes au coeur d'un automne, maintenant très avancé, les jours sont courts, les enfants depuis deux mois fréquentent l'école, le cochon est splendide, presque trop gras (devinez son avenir proche ?), les moutons sont "vêtus" d'une épaisse toison laineuse. 

Ce serait gaspillage que de laisser ces ovins s'installer à l'étable, tels quels: ils souilleraient leur belle laine. Or cette dernière est une matière noble dont la gent montagnarde a grand besoin: elle seule permettait, en ces temps, d'obtenir facilement un produit textile de haute qualité, apte à nous aider dans notre lutte contre les rigueurs climatiques. 

    Nous plaçons une grande toile carrée (chanvre) sur le sol. Sur cette dernière, nous posons sur le flanc un mouton dont nous avons préalablement attaché les pattes (pauvre bête! Rassurez-vous elle ne souffrira pas). A l'aide d'une tondeuse à main, grand modèle, et de ciseaux, nous débarrassons l'animal de son manteau laineux. La tonte de chaque bête dure environ une vingtaine de minutes, elle permet de tricoter environ deux pull-over.  

  La laine recueillie est lavée soigneusement à l'eau tiède et au savon de Marseille, puis elle est mise à sécher à plat, sur de grandes pièces de tissus qui sont placées sur le plus haut balcon de la maison. 

  Lorsqu'elle sera sèche, elle sera stockée dans des sacs en toile qui seront accrochés dans la grange, en .....................

  

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FIN