"Politiquement, on a l'impression qu'on attend la prochaine explosion", après la vague de violences de 2005, estime Christophe Robert, directeur des études de la fondation.
Fadela Amara, la secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville, a jugé elle-même fin janvier que son plan méritait à peine la moyenne compte tenu de nombreux retards.
La crise des banlieues est renforcée par la crise du logement", assure Christophe Robert.
Il souligne que plus de 4,5 millions de personnes vivent dans 750 quartiers dits sensibles faute d'avoir le choix et que leurs problèmes sont aggravés par une forme d'exclusion territoriale.
Le rapport déplore un mouvement qui "tend à regrouper les plus modestes" dans des territoires d'exclusion dont ils ne peuvent plus sortir, sans pouvoir y vivre dignement.
FICTION D'UNE LARGE CLASSE MOYENNE
Il épingle également le "caractère paradoxal" d'un gouvernement qui d'un côté affiche le droit au logement opposable avec la loi Dalo et de l'autre ne se donne pas les moyens de le mettre en oeuvre.
Seulement 70.000 dossiers avaient été déposés fin décembre, mais "il y a eu un déficit d'information extraordinaire", estime Patrick Doutreligne, le délégué général de la fondation.
Il déplore "l'auto-censure" générale qui a suivi cette avancée, en particulier du gouvernement "surpris de sa propre audace."
Plus largement, le rapport estime que la crise immobilière qui se profile avec la crise financière ne peut masquer les "insuffisances" des mesures adoptées et "une action qui nie les besoins sociaux."
Le Premier ministre François Fillon avait pourtant bien commencé en fixant en juin 2007 un cap ambitieux : construire 500.000 logements par an, dont 120.000 sociaux.
Mais les mesures retenues, souligne-t-il, semblent écartelées entre des exigences diverses, d'une part le développement de l'accession à la propriété voulu par Nicolas Sarkozy et de l'autre la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement, qui impose de coûteuses contraintes.
Des contraintes budgétaires ont accentué ce "sentiment de brouillage", d'autant que les mesures prises contre les effets de la crise immobilière risquent paradoxalement, selon la fondation, d'aggraver la crise du logement.
Principal grief: les mesures du plan de relance s'obstinent à développer "une offre totalement décalée par rapport à la demande sociale."
Si l'effort financier de l'Etat s'était redressé à la fin des années 1990 pour dépasser le seuil des 2% du PIB, il n'a pas cessé de diminuer depuis 2001 pour se situer en 2008 à 1,79%, bien que la dépense de l'Etat ait augmenté en valeur absolue.
Alors que les effets de la crise du logement touchent une plus large part de la population, le gouvernement "semble privilégier la fiction d'une société française constituée d'une vaste classe moyenne aisée", peut-on lire dans le rapport.
"Sans mesures spécifiques, c'est 2009 et 2010 qui seront l'annus horribilis", estime Patrick Doutreligne.
Comme chaque année, la fondation Abbé Pierre formule une série de propositions visant à réformer en profondeur la politique suivie, en premier lieu le fait d'imposer dans tous les programmes de plus de 10 logements un quota de 20% de logements à loyer accessibles.
Gérard Bon, édité par Yves Clarisse