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Alexandra LAPIERRE

 

Fanny Stevenson Entre passion et liberté

 

INTERVIEW:

Depuis votre doctorat d’Etat sur “ La Femme fatale dans la littérature française du XIXè siècle ” jusqu’à votre dernier roman Artemisia, la féminité semble omniprésente dans votre œuvre. Avez-vous un combat de femme à mener dans la littérature française contemporaine ?

Alexandra LAPIERRE : On ne peut pas dire que j’ai un combat de femme à mener mais je pense qu’il faut porter témoignage de femmes qui ont eu un destin tout à fait hors du commun et qui sont souvent très émouvantes. Artémisia était une femme peintre au début du XVIIè siècle italien, à un moment où les femmes appartenaient à leur père. Elle va être violée, porter cela devant les tribunaux, gagner le procès au sein de la société très « machiste » qu’était l’Italie de l’époque. Elle va vraiment se battre pour son intégrité et ce combat humain va déboucher sur une œuvre très improbable. A une époque où les femmes ne pouvaient pas même vendre un tableau, où il fallait qu’il y ait toujours un homme qui serve d’intermédiaire, Artémisia va peindre sur les murs des cathédrales et qui plus est pour les Papes. Il y a eu des femmes peintre de tous temps, mais elles peignaient des portraits ou des bouquets de fleurs, alors que l’œuvre d’Artémisia prend une dimension épique. Devant la beauté de ses tableaux j’ai eu très envie de raconter l’histoire de cette femme, de tout ce que l’on pouvait glaner autour d’elle. Etant donné que les administrations des Papes ont tout conservé au Vatican, j’ai pu suivre à la trace l’œuvre de cette femme à quatre siècles de distance, à ma propre indicible stupéfaction !

Quelles sont pour vous les femmes qui ont marqué l’Histoire de France ?

Alexandra LAPIERRE : Un personnage qui a beaucoup compté dans la littérature à mon sens, bien qu’elle soit très peu connue, c’est Christine de Pisan, qui a d’ailleurs beaucoup écrit sur les femmes. J’invite les lecteurs ou les chercheurs à la découvrir car il y a beaucoup d’histoires passionnantes à raconter qui gravitent autour d’elle. Ce qui est très intéressant dans la plupart des grandes femmes de l’Histoire c’est qu’elles incarnent souvent le pouvoir derrière le trône. Ce qui m’intéresse c’est de retrouver derrière un homme célèbre la femme qui l’a fait. C’était le cas de Fanny Stevenson, femme de l’écrivain Roberto Stevenson, une pyramide de la littérature anglo-saxonne : j’ai découvert que beaucoup de biographies consacrées à cet écrivain parlaient d’elle plus que de lui ! Les grandes figures féminines de l’Histoire de France ? Il y a évidemment Jeanne D’arc, un personnage extraordinaire, un chef de guerre ! Mais c’est assez terrible car je crois que tout reste à faire pour faire découvrir les femmes… et que la parité, c’est pas mal !

Quelles sont les “ grandes dames ” incontournables de la littérature française ?

Alexandra LAPIERRE : Je suis une grande admiratrice de Georges Sand. Je trouve que c’est un personnage d’une modernité et d’une liberté qu’on mesure même mal aujourd’hui. Georges Sand étaient absolument étonnante : elle s’habillait en homme, avec des pantalons à une époque où c’était complètement inconcevable… sans parler de sa créativité exceptionnelle. Je suis en admiration devant ces femmes qui sont arrivées à casser toutes les barrières. Je pense que les femmes qui sont parvenues à se faire reconnaître à l’époque étaient capables de tout !

Votre expérience dans le cinéma vous est-elle précieuse pour l’écriture romanesque ?

Alexandra LAPIERRE : Très précieuse. Ça a toujours été une double casquette : mes études de lettres ont été très formatrices pour moi parce que la littérature est mon premier amour, mais dans le même temps, j’ai une passion pour les images. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si j’ai écrit sur Artémisia qui crée des images ! Le côté visuel est très important pour moi et mon expérience cinématographique m’a aussi appris à raconter des histoires. En faisant des études sur le cinéma aux Etats-Unis, j’ai appris à construire la narration du point A jusqu’au point Z. C’est une expérience sans prix. Cependant, comme toutes les formations, il faut les casser : on vous apprend quelque chose, vous l’intégrez et ensuite vous cassez tout pour créer autre chose. C’est cela que je tente tous les jours.

Que pensez-vous de la littérature sur Internet ?

Alexandra LAPIERRE : Je suis encore complètement néophyte. J’ai écrit Artémisia avec un stylo à plume et de l’encre : 2000 pages de manuscrit ! Cependant je suis en train de m’initier à Internet car je trouve cela sensationnel ! Pour quelqu’un comme moi, qui fait des recherches, c’est un univers merveilleux. Alors qu’il fallait se déplacer, farfouiller et perdre un temps fou dans les bibliothèques, avec Internet les informations viennent à vous. Je suis encore à l’orée de ce nouveau monde et je ne mesure pas encore tout ce qu’il va pouvoir m’apprendre et m’offrir.

Propos recueillis (Extrait) par Françoise Rico (France Loisirs) Mars 1999

BIBLIOGRAPHIE :

ARTEMISA - FANNY STEVENSON - L'ABSENT - LA LIONNE DU BOULEVARD - LE CINQUIEME CAVALIER - LE SALON DES PETITES VERTUS -

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