Anna GAVALDA

 

 

 

Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

Ensemble, c'est tout

 
Liste des auteurs

 

BIOGRAPHIE :

«J’écris parce que je suis faite pour ça. Le bon Dieu m’a faite ainsi, et je m’incline modestement ! Je sais raconter des histoires, c’est mon petit don à moi.»«[Mes personnages] sont plutôt des gens cabossés. J’aime quand la vie déraille un peu. En l’espace de peu de pages, il faut qu’ils changent. Ce ne sont plus les mêmes à la fin. J’ai de l’affection pour les gens qui ratent et qui le disent…»

 

9 décembre 1970 Naissance d’Anna Gavalda à Boulogne-Billancourt.

1974-1980 Anna Gavalda grandit à la campagne, à Nogent-le-Roi, en Eure-et-Loir, dans une atmosphère «folklorique» entre un père, vendeur de systèmes informatiques auprès de banques, et une mère qui dessine des foulards. Entourée de ses deux frères et de sa sœur Marianne, elle lit les bandes dessinées de Goscinny et écoute les albums de Bobby Lapointe.

1985 Elle est envoyée dans une institution pour jeunes filles tenues par des dominicaines du Saint-Esprit à Saint-Cloud.

1987 Dans une salle d’examens, alors qu’elle est en train d’échouer au concours d’entrée à Sciences-Po, elle rédige sa première nouvelle.

1990-1993 Elle fait une hypokhâgne au lycée Molière et obtient une maîtrise de lettres à la Sorbonne.

1992 Collectionnant les petits boulots, de fleuriste à ouvreuse de cinéma, en passant par vendeuse de vêtements et préceptrice pour enfants, elle souhaite faire du journalisme et envoie sa candidature à Madame Figaro. Elle y témoigne pour un dossier sur les enfants de parents divorcés.

1993-2002 Elle est professeur de lettres dans un collège catholique de Melun.

1996 Naissance de Louis, son premier enfant. Elle est la lauréate de "la plus belle lettre d’amour" sur France Inter. Résultat, Anna Gavalda écrit pour les autres des lettres en tout genre : de motivation, d’amour, de rupture...

1997 Anna Gavalda gagne un concours de nouvelles policières organisées par la bibliothèque municipale de Melun. A cette occasion, elle achète un ordinateur chez un soldeur à Villejuif, et ne s’arrête plus d’écrire.

1999 L’année de la naissance de sa fille Félicité, elle signe son premier ouvrage, un recueil de nouvelles, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part aux éditions Le Dilettante. En douze nouvelles, l’écrivain traverse la société, croise des gens dont elle s’inspire et auxquels elle «pense pendant des heures voire des années». Dans Libération, elle tient une rubrique sur l’actualité de la semaine.

2000 Elle reçoit le grand prix RTL-Lire pour Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, qui ne quitte pas les classements des meilleures ventes et est traduit dans 19 langues. «Mon manuscrit a été refusé partout. Je ne m’attendais absolument pas à ce succès, mais je suis une fille assez fataliste, alors, je savoure», avoue-t-elle amusée.

2002 Elle signe son premier roman Je l’aimais, un huis-clos entre une femme, que son mari vient de quitter, et son beau-père. Avec ce roman, écrit dans une cellule de religieuse, Gavalda reste fidèle à son éditeur bien que plusieurs maisons lui aient fait les yeux doux. «Je dois énormément au patron du Dilettante […] Et puis j’aime bien cette maison à taille humaine, aux couvertures kitsch, qui ose publier des auteurs oubliés, sans se soucier de la mode.» Pour le cahier Paris-Ile-de-France du Journal du Dimanche, la romancière tient une chronique hebdomadaire, où elle fait dialoguer deux amies un peu futiles et snobs.

Portrait :

Anna Gavalda conteuse de la vie ordinaire par Pascale Frey - Lire, février 2002

Elle, qui a si bien croqué la vie des autres dans son recueil de nouvelles Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, raconte aujourd'hui son amour défait.Elle ressemble à ses livres. Mélange d'humour et de perspicacité, de tristesse et d'insouciance, de lucidité et de gaieté. Anna Gavalda n'est pas qu'un phénomène littéraire, c'est aussi une drôle de bonne femme.

Elle est née dans une des cliniques les plus chics de Paris il y a trente et un ans.

Elle vit aujourd'hui à Melun, dans la banlieue parisienne.

Entre les deux, un parcours peu traditionnel qui déboucha il y a deux ans sur un délectable recueil de nouvelles. Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part (J'ai lu) séduisit et continue à séduire des centaines de milliers de lecteurs.

Son roman qui paraît aujourd'hui, excellent lui aussi, s'intitule Je l'aimais. Le premier livre sonnait comme un plaidoyer, le second résonne comme un regret.Pourtant, Anna Gavalda n'engendre ni la mélancolie ni la nostalgie.

Ses parents, «Parisiens bourgeois éclairés», ont fait le grand saut en 1968: «Ils ont décidé de quitter la ville pour aller vivre dans une abbaye non chauffée. J'ai vécu une superbe enfance bucolique, avec mes trois frère et sœurs qui restent aussi mes meilleurs amis.»

Quand elle a quatorze ans, ses parents se séparent. Anna est envoyée dans une école catholique avec jupe bleu marine et prière à tous les repas. Le choc est rude.

Une fois sortie de ce quasi-couvent, elle a davantage envie de liberté que d'études.Elle tente mille petits boulots, devient professeur de français dans une école privée, traduit des romans Harlequin, écrit de profonds articles sur les fraises pour le magazine de Carrefour et lit beaucoup. Elle observe aussi énormément.

«J'ai toujours aimé écrire. Quand j'étais petite, je préparais des discours pour les réunions de famille, je faisais des one woman shows. Mais ce serait prétentieux et impudique d'affirmer que je voulais devenir écrivain.»

Elle prend comme prétexte les concours de nouvelles pour donner ses textes à lire. Concours qu'elle gagne régulièrement. Pourquoi ne pas les envoyer à des éditeurs? «Je n'espérais même pas être publiée. Je voulais juste que l'on m'aide, que l'on me fasse des remarques sur mon travail. J'ai arrosé le Tout-Paris éditorial de mes photocopies. Je n'ai pas reçu un seul mot personnel, que des lettres types. Puis j'ai envoyé mon manuscrit au Dilettante, dont j'aimais les couvertures. Deux jours après, Dominique Gaultier m'a appelée pour signer un contrat. C'est une belle histoire.»Dans ses rêves les plus fous, Anna Gavalda imaginait dix mille exemplaires. Mais il y eut la presse, unanime; le prix Lire-RTL; un passage chez Ruquier; le coup de foudre des libraires... «Le succès m'est passé un peu au-dessus, car au même moment je vivais un divorce douloureux.»

Aujourd'hui, Anna Gavalda peut s'offrir le luxe de rejeter les propositions mirobolantes de grands éditeurs. Elle leur préfère un artisan, Le Dilettante, dont elle a aussi refusé les à-valoir. Et si elle y reste, c'est parce qu'elle pense «que les beaux textes valent mieux que les beaux chèques».Après le premier livre et la séparation, Anna Gavalda a décidé de continuer à vivre à Melun, pour que Louis, six ans, et Félicité, trois ans, voient leur père régulièrement. Elle a atterri dans cet appartement qui ne l'enthousiasme guère, à l'exception de la vue imprenable sur l'église.

Elle s'est d'abord offert une année de congé parental où elle tenait une chronique chaque semaine dans Télérama. Puis elle s'est attaquée à ce premier roman, qui est un long dialogue entre une jeune femme, que son mari vient de quitter, et son beau-père. Tout au long d'une nuit de discussion, ils apprennent à se connaître. C'est un texte simple, proche, sans artifice littéraire. Un texte travaillé, ciselé, mais qui coule de source. «Je l'aime ce livre, j'en suis fière», s'exclame la jeune femme.

«Lorsque je lis, j'entends l'auteur me parler. Là, j'ai testé chaque mot au diapason presque obsessionnellement, pour que l'on écoute ces dialogues. Et la moindre des politesses, c'est qu'un lecteur se sente accueilli dans votre livre.»

Chez elle, peu de bibliothèques, mais trois ordinateurs. Un PC pour les CD-Rom des enfants et deux Macintosh pour elle, son seul luxe avec une gouvernante qui lui a changé la vie. «J'ai assez peu d'emprise sur la vie matérielle. J'avais commencé à accrocher des rideaux et je ne suis pas allée jusqu'au bout. Je voulais repeindre la pièce, je n'ai même pas commencé.»

Ce lieu n'est pas luxueux, mais confortable.

Dans le salon, un ouvrage d'art trône sur un lutrin. «Je trouve que c'est le meilleur moyen de regarder un beau livre. En ce moment, je tourne tous les jours une page des dessins de Dürer.»

Sur la table, des bandes dessinées qu'elle lit pour le festival d'Angoulême dont elle est membre du jury. «Je suis enthousiasmée par Pilules bleues de Frederik Peeters. Cela a été pour moi le choc émotionnel de ces derniers mois.»

Dans la chambre des enfants, il y a beaucoup d'albums. Ceux qu'elle achète, ceux qu'elle reçoit pour sa chronique dans Elle.

Enfin, dans sa chambre, qui lui sert aussi de bureau, une télévision sans antenne, juste pour les vidéos de Tex Avery. Peu de livres, car elle ne garde presque rien. Juste Lent dehors de Philippe Djian, Sylvia de Howard Fast, Accidents de Laurie Colwin, Le petit musée pour les enfants et Le livre du point de croix de Régine Deforges.

«Je n'aime pas les objets, je n'aime pas posséder. Tout ce qui fait ma fortune et ma force est dans ma tête. Les seules choses qui me font vraiment rêver? Elles sont si luxueuses que je ne peux pas me les offrir. Ce sont de l'espace et du temps», conclut-elle dans un sourire. Oui, Anna Gavalda ressemble vraiment à ses livres. Irrésistible.

Préface de Anna Gavalda accordé à la Maison de la presse pour leur guide magazine 2002 L’amour des livres :

On me demande souvent des conseils pour devenir écrivain.

Comme si je savais …

Je ne sais même pas ce que c’est, un écrivain.

C’est quoi ?

Moi, par exemple, je ne me dis pas que je suis un écrivain. Je n’oserai jamais. Alors, de là à donner un conseil …
En plus, ceux qui me le demandent se discréditent du même coup : on n’a pas idée de poser une question aussi cul-cul. "Des conseils pour devenir écrivain …" Pfff, que c’est ringard. La honte. Mais, bon, comme je suis bien élevée, j’envoie à ces péquenots une feuille que j’ai photocopiée à cent cinquante exemplaires et qui fait très bien l’affaire. En général, j’ajoute "bonne chance !" à la fin et je signe.

(Très important la signature. Je forme bien mes lettres parce qu’une signature appréciée est une signature bien lisible. Sinon ça ne sert à rien, vous vous en doutez bien …)

Sur cette feuille, on peut lire : Les dix conseils d’Hemmingway à tout jeune auteur. C’est d’ailleurs toute la différence entre Hemmingway et moi : ce gros vantard se permettait de donner des conseils, lui !

Les voici :

1. Crevez-vous à écrire.
2. Regardez le monde.
3. Fréquentez les écrivains du "bâtiment" ( ???).
4. Ne perdez pas votre temps.
5. Ecoutez la musique.
6. Regardez la peinture.
7. Lisez sans cesse.
8. Ne cherchez pas à vous expliquer.
9. Ecoutez votre bon plaisir.
10. Taisez-vous.

Ca me plaît.

Je trouve que c’est bien trouvé.

Même si ça me paraît difficile à suivre …

Comment être amoureux et se crever à écrire en même temps ? (Quand fait-on l’amour alors ?)
Et comment s’y prend-on pour être amoureux quand on n’a pas d’amoureux,
Et pourquoi fréquenter d’autres écrivains ? Pour dire du mal de nos éditeurs respectifs ?
Et comment regarder le monde quand on habite la banlieue parisienne et qu’on a deux enfants non encore sevrés ?
Et peut-on écouter son bon plaisir quand le voisin du dessus préfère la techno ? Et, etc..
Mais, bon, je le reconnais : c’est bien trouvé.

Après, chacun y ajoute son grain de sel. Certains diront qu’il manque des choses et d’autres trouveront cette liste complètement idiote (hélas oui, il y a beaucoup de gens prétentieux parmi les écrivains …)

Si l’on me demandait mon avis, je mettrais le conseil n°7 en début de liste.

Parce qu’on peut très bien écrire sans être amoureux ( sauf Helen Fielding, bien sûr … l’auteur de l’inoubliable journal de la grosse Bridget Jones) et puis on peut être un grand écrivain sans s’être usé à la tâche (voir Giuseppe di Lampedua : un seul livre, un chef d’œuvre), on doit aussi pouvoir s’en sortir sans être allé emmerder les éléphants en Afrique du Sud (Tchékhov n’aimait pas tellement les éléphants …). On peut y arriver sans écouter de musique, sans traîner au Louvre tous les quatre matins et sans fréquenter ses collègues (cf. Salinger, Beckett et quelques autres). C’est possible aussi d’y arriver sans minauder avec son bon plaisir ( Carver écrivait sur ses genoux dans sa voiture pour ne pas entendre ses gosses brailler après une journée de boulot). Sans compter qu’il y a sûrement de grands écrivains qui sont aussi de grands bavards … par contre, par contre, je ne crois pas qu’on puisse aller très loin sans lire.

Je suis même sûre du contraire.

Il faut lire pour écrire. Amoureux ou pas, à Montrouge ou en Tanzanie, au Flore ou à la cantine, IL FAUT LIRE !!!

Ceux qui écrivent et qui ne lisent pas ne font pas illusion longtemps. Il arrive toujours un moment où l’on s’en rend compte et ça ne passe plus. Voyez Minou Drouet, elle était trop jeune pour avoir lu la pauvre enfant, et bien, on s’en est rendu compte vers la fin. Eh oui …

Après c’est affaire de goût. Moi, j’ai remarqué que j’aimais surtout les écrivains qui parlent des livres des autres : Françoise Sagan est émouvante quand elle parle de Proust ou de Flaubert, c’est même le seul moment où elle articule intelligiblement ; et je n’aurais jamais connu Brautigan ou Fante si Philippe Djian ne les avait pas cités dans ses romans.

Pourtant, je n’ai pas beaucoup lu … Je le dis sans honte ni fausse coquetterie, comparée à mes amis et à beaucoup de mes collègues, je suis vide. Pas creuse. Vide.

Mais ce que je peux dire pour ma défense, c’est que les livres que j’ai lus, même s’ils tiennent tous dans une petite étagère Billy de chez Ikéa, je les ai vraiment lus. Ces livres-là, ceux dont je me souviens spontanément quand on me demande des titres, ce n’est pas moi qui les ai lus, ce sont eux qui m’ont faite.

Le rapport que j’ai aux livres est une des rares choses pour lesquelles je m’accorde un peu de crédit et de bienveillance.

C’est vrai. Je trouve que rien ne va chez moi, rien ne me plaît et rien ne me rassure. Et d’ailleurs, si je crève de faim un jour, vêtue de hardes en acrylique, si je dois animer des ateliers d’écriture ou pérorer dans des médiathèques et autres Maisons de la Culture, cela ne m’étonnera pas plus que ça. Fin du quiproquo, me dirais-je …

Fin du quiproquo.

Mais avec les livres, ça va.

J’assure.

Interview d'Anna sur Evève

 

BIBLIOGRAPHIE :

Romans
Ensemble, c'est tout, éd.Le Dillétante, 2004

Je l'aimais, éd. Le Dilettante, 2002

Nouvelles
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, éd. Le Dilettante, 2000

Jeunesse
35 kilos d'espoir, éd. Bayard jeunesse, 2002

 

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