BIOGRAPHIE
/ BIBLIOGRAPHIE
:
Henriette
Walter est professeur émérite de linguistique à l'Université
de Haute Bretagne (Rennes) et directrice du laboratoire de phonologie
à l'école pratique des Hautes Etudes à la Sorbonne.
Elle a rédigé
des ouvrages de linguistique très spécialisés comme
: " Le dictionnaire de la prononciation française dans son
usage réel " (en collaboration avec le linguiste André
Martinez, Droz, 1973) ; ou " La phonologie du français "
(PUF, 1977).
On lui doit
également des ouvrages destinés à un public plus
vaste comme :
" Le français dans tous les sens " (grand prix de l'Académie
Française, Robert Laffont, 1988),
" Des mots sans-culottes " (Robert Laffont, 1989),
" Le dictionnaire des mots d'origine érangère "
(avec Gérard Walter, Larousse , 1991),
ou " L'aventure des langues en occident " (prix spécial
de la société des Gens de Lettres et grand prix des lectrices
de Elle, Robert Laffont, 1994)
." L'aventure des mots
français venus d'ailleurs ", toujours cher Robert Laffont
"Honni soit qui mal y
pense" 2001 - Robert Laffont
ENTRETIEN
A PROPOS DE SON DERNIER LIVRE
Questions
à... Henriette Walter
par Alexie Lorca
Lire, mars 2001
Henriette
Walter est une linguiste qui a le chic pour rendre passionnante et accessible
au grand public l'épopée du langage. Après, entre
autres ouvrages, L'aventure des mots en Occident et L'aventure des mots
français venus d'ailleurs, elle relate l'incroyable histoire d'amour
entre le français et l'anglais. Honni soit qui mal y pense (Robert
Laffont), qui remet à l'heure quelques pendules, est ponctué
d'anecdotes et de jeux.
A
quand remonte la première rencontre entre la langue anglaise et
la langue française?
H.W.
Au début du XIe siècle. Mais le commencement d'une véritable
relation intime date de la victoire de Hastings en 1066. Le Normand Guillaume
le Conquérant ravit alors la Couronne britannique, chasse la noblesse
anglaise de la Cour et la remplace par des nobles français. Dès
lors, la langue anglaise ne va plus cesser de puiser dans le lexique français.
Mais il faut attendre le XVIIIe siècle pour que s'opère
la réciprocité de ce phénomène.
Il
y a donc plus de mots anglais d'origine française que l'inverse?
H.W.
C'est incomparable. Plus des deux tiers du vocabulaire anglais sont d'origine
française alors que les emprunts de notre langue à l'anglais
sont de l'ordre de 4%. On relève dans le lexique britannique des
centaines de mots empruntés au français et qui sont d'ailleurs
de parfaits homographes, comme abolition, bosquet, boudoir, doyen, impertinent...
Quels
sont les premiers mots à avoir franchi la Manche?
H.W.
Il y a proud, qui signifie aujourd'hui «fier» mais qui signifiait
«vaillant» au Moyen Age; tower (tour); prison, mais aussi
bacon que l'on prend, comme beaucoup d'autres mots, pour un anglicisme.
C'est, au contraire, une forme que l'anglais a empruntée à
l'ancien français bacon (viande de porc, flèche de lard
salé), mot que le français avait d'ailleurs lui-même
emprunté au germanique ancien! Ces mots ont souvent gardé
en anglais le sens qu'ils avaient en ancien français.
Ce
qui vous fait dire qu'un étudiant anglais comprend plus facilement
le vieux français que son homologue français...
H.W.
Absolument! Comment dit-on étranger et chagrin en anglais? Foreign
et grief, deux mots empruntés au vieux français forain et
grief qui signifiaient alors... «étranger» et «chagrin»!
On constate le même parcours pour rental (loyer), qui vient du vieil
adjectif français rental (soumis à une redevance annuelle).
Ou encore pour faint (faible, léger), dérivé du vieux
français feint (mou, sans ardeur).
Que
se passe-t-il à partir de la Révolution française?
H.W.
L'anglais continue à emprunter au français, mais la France
connaît une première vague d'anglomanie qui ne cessera de
s'affirmer. Notez qu'il s'agit bien souvent de mots français qui
réapparaissent dans leur patrie sous de nouveaux habits. Ainsi
du mot rail, par exemple, emprunté par les Anglais au Moyen Age
à l'ancien français raille (barre). Certains semblent même
relever du franglais. Comme computer ou toast, respectivement issus des
verbes computer et toster qui signifiaient calculer et griller en ancien
français.
Où
en sont aujourd'hui les échanges lexicaux entre l'anglais et le
français?
H.W.
Nous puisons dans le lexique anglais, principalement pour ce qui touche
aux nouvelles technologies. Quant aux Anglais, ils continuent à
nous emprunter des mots «qui font chic»! Il y a, concernant
ces emprunts, un énorme fossé de comportement entre les
Français et les Anglais. Si, en France, vous voulez vous attirer
les foudres des puristes, il vous suffit d'utiliser des mots comme booster,
casting ou fast-food. Alors qu'un Anglais, qui veut paraître brillant
et cultivé, ponctuera sa conversation de «déjà
vu», «à propos» ou «joie de vivre»
!
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