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DANSEUR

Colum McCANN

 

 
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« Quand j'ai commencé à aller au ballet, j'ai été surpris, c'est fantastique comme c'est beau et viscéral. La danse classique est extraordinairement violente. Un médecin m'a dit qu'après la boxe, c'est l'activité la plus destructrice pour le corps, mais la danse comme l'écriture sont fondamentales à l'être humain. Nous avons tous le besoin, le désir de raconter une histoire comme nous avons celui de danser. Noureïev cristallisait ce désir profond. » Colum McCann

 

Fiche :

Auteur Colum McCann
Traduction : Jean-Luc Piningre
Editeur 10/18
Collection 10/18 Domaine Etranger, numéro 3740
Format 11 cm x 18 cm
ISBN 226404067X

 

Résumé :

Présentation du magazine Lire :

A travers une personnalité aussi attachante que destructrice, Colum McCann brosse également un portrait de l'Europe. La Russie d'abord, où Noureïev est né en 1938 et où il mène une existence de privations, de froid et de faim. Seule le sauve la danse, pratiquée dans une chambre miteuse ou sur un fleuve gelé, envers et contre tout. Contre surtout la volonté du père qui rêvait d'un fils médecin et mourra sans l'avoir jamais vu danser. L'Europe de l'Ouest ensuite, où s'enfuit le jeune homme pour pouvoir se produire sur des scènes à la mesure de son génie. Désespéré d'avoir laissé sa mère et sa soeur derrière lui, Rudi n'éprouve cependant aucun regret. Tous les grands théâtres des capitales l'ovationnent. Il est devenu une star, le plus beau danseur de tous les temps qui aime partager ses succès avec Margot Fonteyn, son âme soeur. Il claque son argent en toutes sortes de choses inutiles et grille la vie par les deux bouts. Il est fou à lier, et génial.

 

Extrait :

L’harmonie trouve le chemin de ses muscles, l’éclairage tourbillonne, il regarde, furieux, le chef d’orchestre qui corrige son tempo, et il poursuit, en toute maîtrise d’abord, chaque figure précise et soignée, les pièces commencent à s’assembler, son corps est élastique, trois jetés tournés, prendre garde en retombant, il allonge sa ligne, le beau mouvement ici oui violoncelle vas-y. Les lumières fusionnent, les chemises se fondent. Pirouettes enchaînées. Il respire l’aise, le corps sculpté par la musique, une épaule à la recherche de l’autre, orteil droit distingue genou gauche, stature, profondeur, forme, contrôle, la souplesse du poignent, la courbure du coude, l’inclinaison du cou, les notes qui fouillent dans ses artères et il est soudain suspendu en l’air, pousse ses jambes au-delà des mémoires gestuelles, un dernier développé des cuisses, prolongement de figure dansée, galbe humain dénoué, il vole plus haut encore et le ciel le retient.

Le public se penche, nuque tendue, bouche ouverte. Lui redescend, atterrit, repart aussitôt, une brise sous l’oreille, voile d’énergie vierge qui converge vers elle – qui attend tête baissée. Il plane ses deux pieds devant elle, elle l’accepte, il l’élève, elle est lumière légère, il évite bien ses côtes, meurtries à l’étude. Une perle de sueur se détache de ses cheveux. Sa tête effleure sa cuisse, sa hanche, son ventre. Ils s’embrasent l’un l’autre, ne forment qu’une flamme, dans la nation du corps. Il la pose doucement. Halètement dans la salle qui les retrouve vivants. (…) et le danseur absorbe sa cavalière, son parfum, sa peau humide, son agrément, et disparaît côté jardin. (…)

A peine quitté la coulisse, il vole déjà, c’est une deux, trois, quatre cabrioles, il allonge sa ligne jusqu’à ce que l’orchestre le rattrape, un instant de communion, puis le muscle, la détente, il balaie toute la scène de son seul corps, la saisit, la possède. Huit entrechats-dix parfaits, merveille ou prodige, le public reste coi, il n’y a plus personne la pensée la conscience se sont tues ce doit être l’instant que les autres appellent dieu comme si toutes les portes étaient partout ouvertes et vers d’autres encore rien qu’elles à jamais béantes ni gonds ni cadres ni montants ni bords ni ombres et voici mon âme qui vole née dans pesanteur née atemporelle horloge sans rouage il pourrait rester ainsi éternel son regard plonge dans une brume de colliers lunettes boutons de manchettes plastrons il le sait tout ça lui appartient.

Après, dans les loges, les reproches, exagérés, fusent, car on ne se laisse pas aller (…) et les revoilà à l’entrée des artistes, bras dessus bras dessous, riant, souriant, la foule attend, avec fleurs, cris et invitations, ils signent autographes, programmes, chaussons, et, tandis qu’ils s’éloignent, la danse est toujours dans leurs corps, ils cherchent le point de silence et d’immobilité où il n’y a plus ni espace ni temps mais la pureté en marche. (Pages 239 à 241)

Critique/Presse :

Il y a ceux qui prennent le parti de l'ignorer pour ne plus penser qu'à lui, ceux qui se laissent subjuguer par son ardeur, ceux qui le haïssent et le vilipendent à la première occasion. Face à Rudolf Noureev, nul ne peut rester indifférent. Léger, vif, souple, contrôlé, composé, aérien, ce fils de paysan qui devient le danseur étoile du plus célèbre corps de ballet russe, le Kirov de Leningrad, charme ou agace. Outrancier, excentrique, obsédé par l'art de la performance et par le sexe, Noureev est une personnalité unique dont les talents d'orateur et les surprenantes prouesses physiques en ont troublé plus d'un. Robuste, parcourant toute la scène, dévorant l'espace, à la fois gracieux et rageur, Noureev danse avec une énergie extraordinaire. Son caractère violent, exacerbé, produit l'effet d'un choc. Rien d'étonnant à ce qu'il domine non seulement les danseurs de sa génération, mais également ceux qui suivent. Si certains s'accordent à dire qu'il danse pour un monde meilleur, d'autres rétorquent qu'il a trahi sa patrie. Passé à l'Ouest en 1961, l'artiste du Peuple attise les rancœurs…

Ébloui par le danseur, attentif à l'homme, séduit par le mythe, Colum McCann fait de la vie de Rudolf Noureev son matériau romanesque. En prenant la liberté de réinventer son sujet, en donnant forme à des destins fictifs, en faisant se côtoyer personnages de son invention et figures publiques, en mêlant événements réels et pure spéculation, il offre un roman poignant, ambitieux, d'une profonde générosité. L'avis de la FNAC

Petite remarque perso : Encore un de ces livres que l’on referme à regret.

Noureïev… bien plus qu’une biographie, une histoire qui pénètre au coeur de la légende, jusque dans ses imaginaires, faisant la part belle à l’homme, à l’âme toute entière capturée dans la flamboyance d'un pas de danse. Mais aussi dans la blessure de l'exil.

Bien au delà de la danse ou du danseur. Son appétit, sa grandeur, mais surtout, sa liberté, celle qu’il prend déjà tout jeune, compensant le manque de technique par un appétit immense, un « vivant » presque violent qui ne laisse personne indifférent.

J'ai particulièrement aimé la manière dont McCann aborde la vie de Noureïev, non directement, mais à travers des voix qui lui ont été proches et qui, par leur résonance émotionnelle, dessinent un portrait différent et participent à sa complexité.

Des années de privation en Union Soviétique jusqu'à la célébrité internationale, on assiste à une fuite en avant infernale soulignant davantage encore la fragilité de l'homme. Odieux et génial, généreux et égocentrique, il est de tous les paradoxes et de tous les excès. Et sur scène, toujours, la pureté de l'art poussé à son paroxisme. Violent et merveilleux. Magique.

Cependant sa quête l'entraîne irrémédiablement vers ce passé qui le hante... ce miroir vers lequel il se penche espérant peut-être retrouver "la part manquante" qui comblera enfin ce vide glacial laissé par l'exil.

Epoustoufflant !


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