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Auteur Christian
Bobin
"Il nous faut mener double vie dans nos vies, double sang dans nos coeurs, la joie avec la peine, le rire avec les ombres, deux chevaux dans le même attelage, chacun tirant de son côté, à folle allure. Ainsi allons-nous, cavaliers sur un chemin de neige, cherchant la bonne foulée, cherchant la pensée juste, et la beauté parfois nous brûle, comme une branche basse giflant notre visage, et la beauté parfois nous mord, comme un loup merveilleux sautant à notre gorge". C. B. Portrait d'une fugueuse et d'une figurante. De deux à vingt-sept ans, la vie d'une femme mariée sept ans avec un écrivain, découvrant l'amour avec un ogre violoncelliste et écologiste. Lucie a été élevée dans un cirque. Elle est une enfant rêveuse et a la bougeotte : elle court à folle allure après la vie, à moins que ce ne soit après l'amour ou le rêve ou, pourquoi pas, les trois à la fois. La musique est partout dans l'écriture de l'auteur, très giralducien "frère convers de la plume".
« Mon premier amour a les dents jaunes. Il entre dans mes yeux de deux ans, deux ans et demi. Il se glisse par la prunelle de mes yeux jusqu'à mon cœur de petite fille où il fait son trou, son nid, sa tanière. Il y est encore à l'heure où je vous parle. Aucun n'a su prendre sa place. Aucun n'a su descendre aussi loin. J'ai entamé ma carrière d'amoureuse à deux ans avec le plus fier amant qui soit : les suivants ne seraient jamais à la hauteur, ne pourraient jamais l'être. Mon premier amour est un loup. Un vrai loup avec fourrure, odeur, dents jaune ivoire, yeux jaune mimosa. Des taches d'étoiles jaunes dans une montagne de pelage noir ». La fatigue, la lenteur et le sommeil ont toujours été de mes amis. La plus petite action dans cette vie m’a toujours demandé une force énorme, insensée, comme si, pour l’accomplir, il me fallait soulever le monde entier, naître à chaque fois. Je comprends très bien que les nourrissons passent leur temps à dormir. Ils font un travail proprement exténuant : ils tètent une goutte de réel, une goutte seulement, ils la tètent de tout leur corps froissé et rose, ils la gobent avec leurs petits yeux ronds, ils la lèchent avec leur petite langue de chat, une goutte de réel, de rien, un soupçon, une larme de réel qui tombe sur leur âme blanche comme de l’huile sur le feu – et ils sont aussitôt exténués, accablés, obligés de tout arrêter, tout suspendre, repartir pour des heures de sommeil. Les nourrissons grandissent en dormant. Petit à petit, insensiblement, ils prennent taille, poids et force, les oreilles s’épaississent, les lèvres deviennent moins tremblées et les yeux s’affolent moins, les lèvres deviennent moins tremblées et les yeux s’affolent moins, regardent plus posément autour d ‘eux. (Page 164)
Les internautes en palent : 05/03/2003, par Alix : Si on finit tout de même par se lasser un peu des péripéties de Lucie - qui doivent parler aux adolescents, professeurs de lettres, ce livre est une mine ! - ce qui ne lasse guère, c'est l'écriture de Christian Bobin, ce grand enchanteur de la littérature contemporaine, l'un des écrivains les plus sensibles de langue française dont les écrits, véritables petits joyaux, oscillent toujours entre prose et poésie. Un tourbillon
de fraicheur et d'emotions, 18 /09/ 2002 - Commentaire de : Un lecteur
de Paris : A lire absolument,
24 mai 2002 - Commentaire de : Emma de Paris Un internaute,
Montbéliard, le 8 juin 2003 - Un livre dont on sort léger,
aussi léger que la légèreté sur la trace de
laquelle est toujours Christian Bobin, cette légèreté
dans la gravité, dans la beauté, dans l'amour, dans la vie.
Chasse permanente à ce qui sonne faux, à ce qui en éloigne. Petite remarque perso : Une jeune femme écorchée vive, des fugues et des fuites incessantes, devant les autres, devant la vie. Sa révolte, ses avancées et ses réplis, son besoin de sommeil comme ultime échappatoire, son amour de la musique, Bethoven. Un parler franc, un parler à vif et toujours la poésie du style de Bobin, comme en contraste. |
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