Marek Halter s'impose comme une figure à part dans le paysage littéraire international : tour à tour écrivain, peintre, médiateur, président de plusieurs instituts et de l'association SOS racisme, philosophe ... l'homme ne cesse de surprendre par la multiplicité de ses talents !
 

Vos récits ont une indéniable portée allégorique et l'intrigue de vos romans se situe fréquemment en des temps reculés. Vous situez-vous dans la millénaire tradition des conteurs ?

Marek Halter: Oui, bien sûr, je suis plus un conteur qu'un écrivain. Le résultat est souvent le même, puisque cela donne lieu à des livres, mais un écrivain écrit d'abord pour lui et soumet seulement ensuite ce qu'il a écrit à l'appréciation des autres, tandis qu'un conteur parle directement aux autres, un peu comme ceux que l'on trouve encore aujourd'hui sur les places publiques en Orient. Je parle beaucoup d'histoires anciennes mais en même temps j'introduis toujours des événements contemporains, pour faire comprendre au lecteur que même ce qui a pu arriver à nos ancêtres nous concerne, car l'Homme est universel : il était, est et sera toujours travaillé par les même pulsions, les même passions. Le thème central de votre oeuvre est l'histoire et le destin du peuple juif. Envisagez-vous un jour de traiter un autre thème, d'écrire par exemple une pure fiction ?Marek Halter: On parle toujours de ce qu'on connaît le mieux. Moi je connais plus cette histoire que d'autres, mais j'ai déjà traité d'autres thèmes dans deux de mes livres. Par exemple dans La vie incertaine de Marco Mahler je traite des aventures en Argentine d'un jeune peintre mêlé à des groupes terroristes, c'est une histoire contemporaine qui prend pour cadre l'Amérique du temps de Che Gevara. Il y a des personnages juifs, mais pas particulièrement : la plupart sont de vrais Argentins. Il n'est pas impossible qu'en ce moment j'écrive un roman d'amour qui aura pour cadre Paris et Deauville, villes que nous connaissons et que nous aimons. Dans vos romans vous mélangez événements historiques et fiction. Il me semble que l'Histoire est pour vous un matériau de base que vous modelez de manière à faire passer des idées universelles sur l'homme, la religion, la loi ... Cette interprétation de vos textes est elle juste, et si oui jusqu'où êtes vous prêt à "adapter" l'Histoire pour servir vos récits ?Marek Halter: Cette analyse est juste, mais je n'arrange pas l'Histoire. L'Histoire je la donne telle que je l'ai découverte, dans des livres ou chez des historiens. Ensuite j'en donne une interprétation, j'en tire une leçon, et c'est pour cela que je préfère la Bible à l'Histoire de Hérodote. Hérodote nous donne des faits tandis que dans la Bible on a déjà une sélection par rapport à une référence morale à laquelle nous adhérons tous, que l'on soit juifs, catholiques, protestants, musulman.

Dans une interview au journal "L'Humanité" vous avez déclaré : "Nous partons du principe qu'il existe une universalité de l'homme et de toute expression humaine qui est la culture. Dés lors que l'on essaye de nous persuader qu'il est une autre culture, nationale, du terroir, tout doucement on nous prépare à nous couper du monde, de cette solidarité, à nous replier sur nous-mêmes, à rejeter tout ce qui pourra paraître différent dans notre entourage; la culture maghrébine, juive, russe, latino-américaine et que sais-je encore." Ne craignez-vous pas qu'en suivant une telle voie une seule culture s'impose et écrase les autres, comme ce peut être le cas avec la culture américaine en ce moment ?

Marek Halter: J'ai dû mal m'exprimer. Ce que je voulais dire c'est que même quand nous parlons de notre village, en Alsace, en Auvergne, en Bretagne, peu importe, il faut déjà le vivre comme la vie d'un village qui aurait pu aussi exister ailleurs. Si on ne donne pas aux personnages que nous connaissons, à nos voisins, une dimension universelle, si on les limite à leurs faits et gestes quotidiens attachés à une particularité de village, de religion, nous nous coupons du monde. Quand on prend les personnages des auteurs de la littérature classique, de Victor Hugo à Joyce, tout homme à travers le monde s'y reconnaît même si Joyce parle des Irlandais et Victor Hugo des Français. Je voudrais que notre culture de terroir ne se limite pas au terroir et que celui qui apprend à ses enfants une danse auvergnate sache qu'en Ecosse ou ailleurs dans les régions du monde les plus éloignées quelqu'un d'autre fait exactement la même chose avec ses propres enfants. Ainsi on se rapproche des autres au lieu de se couper du monde..

Vous déclarez souvent préférer la Loi à l'Amour. Pourriez vous nous expliquer la raison de cette prise de position ?

Marek Halter: C'est un débat qui anime mes discussions avec un certain nombre de mes amis philosophes d'origine catholique, comme André Comte-Sponville ou Luc Ferry, qui sans être vraiment pratiquants mettent en avant la notion d'amour et lisent dans cette perspective les autres philosophes, de Pascal à Nietszche. La notion d'amour telle qu'elle apparaît dans les Evangiles est centrée autour du personnage du Christ, qui est un personnage extraordinaire et unique. S'il parvient à aimer son ennemi, je comprend la réaction de Freud dans Malaise dans la civilisation lorsqu'il dit " Pourquoi aimerai-je cet ennemi qui ne pense qu'à me tuer ? ". On n'a aucune raison de le faire, sauf si on est animé par une grâce divine. Comme ni vous ni moi n'avons reçu cette grâce il est plus sûr de s'appuyer sur la loi, car elle est égale pour tous qu'on soit petit, grand, jaune, noir, brun, riche, pauvre … Devant la morale minimale des dix commandements nous sommes égaux, et c'est cette égalité devant notre devoir d'homme qui me plaît dans la notion de loi

Vous évoquez souvent dans vos textes l'importance de la mémoire pour la construction des sociétés et vous vous définissez comme un "passeur" de savoir. Quels sont les principes ou les idées qu'il vous semble important de faire passer aux générations qui nous suivront ?

Marek Halter: La mémoire est la source de tout enseignement, de tout apprentissage, et en même temps c'est un élément extrêmement dangereux s'il est mal compris, mal vécu, mal explicité. Haroun Tazief, le vulcanologue, aimait me dire que la mémoire est un peu comme un volcan. On croit que le volcan est éteint, on construit des villages autour et lorsque le volcan se réveille les villages sont écrasés sous des coulées de lave. Il faut donc faire très attention : toutes les guerres auxquelles on assiste, depuis Sarajevo jusqu'à la Macédoine, le Rwanda … sont des guerres basées sur la confrontation de deux mémoires antagonistes qui ressurgissent quatre ou cinq siècles plus tard. Il faut apprendre à gérer la mémoire, à en tirer ce qu'il y a de plus universel, ce qui nous rapproche au lieu de nous éloigner, de manière à prévenir ces explosions. Si on avait pu expliquer aux Albanais et aux Serbes que cette bataille qui a opposé les orthodoxes et les musulmans il y a quelques siècles au Kosovo est dépassée, et qu'aujourd'hui on peut peut-être construire quelque chose ensemble à partir de cette expérience, il n'y aurait pas eu cette guerre qui pointe déjà en Macédoine. Je n'aime pas l'expression " devoir de mémoire ", parce qu'elle ne prend pas en considération le rapport critique à la mémoire. Dans " devoir " il y a l'idée d'un ordre à exécuter sans réfléchir, or ce n'est pas comme cela qu'il faut se conduire avec la mémoire. Si j'ai raison, ce dont je ne suis pas sûr à cent pour cent, je n'ai dans cette affaire qu'un rôle de " passeur ". Je rassemble toutes ces mémoires et les utilise pour avertir les générations qui me suivent, en disant " Regardez, là il y a un volcan qui risque d'entrer en éruption. Faites en sorte que personne ne construise de maison autour. "

Bien que croyant vous êtes un fervent défenseur de la laïcité. Est-ce par souci de la liberté de penser d'autrui ?

Marek Halter: Tout d'abord je ne suis pas croyant, même si je ne suis pas non plus agnostique. Je ne veux pas partir en guerre contre les religions et je respecte profondément ceux qui croient. Je les admire, d'une certaine manière, car c'est tout de même extraordinaire de pouvoir croire malgré tout, en sachant qu'on va mourir et qu'on peut être écrasé par une voiture en traversant la rue. Je ne suis pas vraiment croyant mais je suis tolérant, car si je n'acceptais pas l'idée que mon voisin n'ait pas les mêmes opinions que moi je ne pourrais jamais cohabiter avec lui. A partir du moment ou un individu croit vraiment en ce qu'il dit ou ce qu'il fait il ne peut que susciter mon admiration et mon respect. Je suis profondément pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat. J'appartiens à une Tradition qui est souvent mal comprise par les juifs eux-même, mais déjà à l'époque de Moïse on avait une séparation entre Moïse qui s'occupait de la politique et son frère Aaron qui s'occupait de la religion, du tabernacle, des rites, etc … Quand Jésus dit " Ce qui es à Dieu est à Dieu, ce qui est à César est à César " il est encore juif, son cri est vraiment la base même de toute société tolérante et qui permet toutes les expressions. Sans cela on va très vite dans la direction des Talibans …

L'une des théses qui apparait le plus fréquemment dans vos ouvrages est le problème du Mal. Vous évoquez l'idée que tout un chacun obéit à une double postulation, vers le Bien et vers le Mal, et choisit de quel coté il va pencher. Vous considérez vous comme une sorte d'existentialiste juif ?

Marek Halter: Il est vrai que le livre de Sartre m'avait séduit, ou même celui de Kirkegaard avant lui. L'idée du choix et de l'angoisse permanente que ce choix provoque m'est agréable, car cette angoisse me rappelle que je suis un homme libre et que je prend mes responsabilité. Le choix entre le Bien et le Mal s'offre à tout individu et je pense que chacun est capable du meilleur comme du pire. Nous pouvons tuer, je ne sais pas comment j'aurais réagi si j'avais été au goulag ou dans un camp de concentration, ou au contraire faire preuve d'une générosité infinie, comme ces gens qui pendant la guerre ont risqué leur vie et celle de leurs propres enfants pour sauver un ou deux enfants juifs. C'est pour cela que j'ai fais un film sur les justes, pour montrer que la générosité existe aussi, qu'il n'y a pas que ce mal que Lanzmann a essayé de montrer dans Shoah.

Lorsque vous écrivez, avez-vous en tête l'image du lecteur auquel vous destinez vos textes et si oui quel est le profil de ce lecteur ?

Marek Halter: Non, je ne cherche pas à visualiser ce lecteur. Les conteurs, par exemple ceux de la place publique de Marrakech, racontent tant qu'il y a quelqu'un pour les écouter. Quant il n'y a plus personne ils rentrent chez eux. Un écrivain par contre continue à écrire même si personne ne le lit. Je suis plutôt un conteur : je parle aux autres mais je ne fais pas de distinction entre eux. Je parle à tous les humains, à tous ceux qui veulent bien me lire.

Le fou du roi est-il votre premier livre ou y-a-t' il encore dans vos tiroirs des essais, des brouillons, des textes non-publiés ?

Marek Halter: C'était mon premier livre. J'étais peintre à l'époque et c'est Pierre Vianson-Ponté, alors rédacteur en chef du Monde, qui m'a poussé à raconter ma vie. Je lui dois beaucoup car il l'a corrigé et l'a lancé avec un papier magnifique à la une du Monde qui s'appelait " Un homme, un cri ", titre que j'ai repris pour l'un de mes livres quelques années plus tard. En revanche j'ai dans mes tiroirs des notes et des projets pour cent ans.

Etes-vous membre d'un comité de lecture ou d'un jury littéraire, et si oui qu'est ce que cela vous apporte ?

Marek Halter: Non. Je suis uniquement conseiller chez Robert-Laffont mais plutôt pour participer à l'élaboration de tendances ou l'analyse de lectorat. Le lectorat change, certains thèmes apparaissent, et j'aime bien essayer de comprendre ce que désire le public, quelles sont les préoccupations des lecteurs de demain, de ceux qui grandissent et qui, peut être, deviendront des lecteurs. J'aurais eu quelques difficultés à devenir un juré. Cela m'aurait fait mal au cœur d'éliminer tel ou tel livre, parce que tous les livres que l'on aurait choisi auraient certainement eu des qualités. Je n'aime pas le mot " éliminer " …

Dans les premières pages de votre dernier roman en date, Le vent des Khazars, l'écrivain Sofer se souvient avec nostalgie "de l'époque où il croyait dur comme fer qu'écrire pouvait changer la face du monde et, surtout, apporter la paix (...)". La littérature vous a-t-elle déçue de ce point de vue ?

Marek Halter: Déçu, non. Je crois toujours que les mots, le langage, sont des armes formidables. Le problème est que parfois j'oublie que le langage charrie autant le Mal que le Bien : Hitler a écrit, il y a eu quelqu'un pour le publier et ses mots ont portés puisqu'il y a eu des millions d'individus pour l'applaudir. Le langage est donc un pouvoir fabuleux, j'aime l'idée d'être ancré dans le langage. Il y a parfois des désillusions. Nous étions quelques-uns à parler du Proche Orient, à essayer de rapprocher les juifs et les arabes, nous pensions que ça marchait et puis au dernier moment nous nous sommes retrouvés comme ce pauvre Sisyphe avec notre pierre au bas de la montagne après l'avoir poussé presque jusqu'au sommet.

Quelques pages plus loin, le même personnage pense : " Même un romancier doit reconnaître, un jour, qu'il n'est pas Dieu. Il ne façonne que des personnages de poussière dispersés par la première bourrasque. " Vous posez-vous la question de la pérennité de votre œuvre ?

Marek Halter: Tout ceux qui ont un jour publié un livre se posent un jour cette question. Ils se regardent dans la glace et se disent " Et alors ? " , et comme ils n'ont pas de réponse ils tirent la langue à la glace comme l'a fait Einstein sur cette fameuse photo. On s'est toujours demandé à qui il tirait la langue, mais c'est à lui-même bien sûr. Mieux vaut se tirer la langue qu'une balle. Je vais continuer à écrire, à raconter des histoires, à inventer des personnages que je ferais vivre, parce que je pense qu'il n'y a pas d'autre moyen de faire passer les choses. C'est vrai que l'invention de personnages, de visages, de corps nous rapproche du travail de Dieu. Quand on lit la Bible on a l'impression d'être des dieux, des tout petits dieux. On ne sait pas si nos personnages vont rester. Quand on parle des Karamazov, du Colonel Chabert, de Jean Valjean ou d'Esmeralda, dans le monde entier tout le monde sait de quoi on parle. Certains auteurs ont su créer des personnages qui transcendent et qui traversent les siècles. Alors est-ce que mes personnages suivront la cohorte de ceux qui se promènent déjà à travers la littérature mondiale, ça je n'en sais rien.

Quels sont vos romans préférés, ceux qui vous ont marqué, ceux qui vous ont permis de vous construire en tant qu'homme et en tant qu'écrivain ?

Marek Halter: Le premier qui m'a aidé à aimer la littérature et plus encore, à vivre, c'est Alexandre Dumas. Tout gosse, petit voleur d'Asie Centrale, je racontais Alexandre Dumas (c'est à dire Les trois mousquetaires, Vingt ans après et Le Vicomte de Bragelonne) à mes petits camarades voleurs qui m'ont nourri en échange et on sauvés mes parents, qui sans cela seraient mort de faim comme ma petite sœur. Voilà donc la littérature qui m'a véritablement sauvé la vie, au sens littéral, et je serais jusqu'à ma mort reconnaissant envers Alexandre Dumas. Après j'ai commencé à lire en polonais et en russe les écrivains Français, comme Victor Hugo et Maupassant qui étaient très aimés en Russie. Bien entendu parallèlement j'ai lu les écrivains Russes comme Dostoïevsky et Tolstoï. La Guerre et la Paix m'a fait comprendre comment on interprète l'Histoire sur le plan littéraire, comment on fait passer des idées à travers des événements connus de tous en les faisant redécouvrir grâce au talent d'un écrivain. La Guerre et la Paix c'est vraiment une lecture extraordinaire, une grande leçon qui m'aide aujourd'hui encore. Et puis bien sûr tous les soirs je relis deux ou trois pages de Proust, je n'écrirais jamais comme lui mais c'est vraiment fabuleux. C'est l'un des premiers écrivains qui est vraiment dans le temps et non pas dans l'espace. Il raconte trois ou quatre petites gares inconnues, deux ou trois domaines : il ne voyage pas beaucoup, ce n'est pas Homère… et pourtant à partir de ce petit monde très restreint on apprend plus sur la nature humaine que dans des livres qui traversent les espaces des mers et des océans. C'est une leçon fabuleuse que malheureusement je ne pourrais jamais suivre mais qui correspond à cette idée que je me fais du monde, à savoir l'enracinement dans le temps plutôt que dans l'espace.
Vous prenez trés régulièrement position sur la situation politique internationale, notamment sur le conflit Israelo-palestinien, de part vos articles dans la presse et vos conférences de presse. Vos romans sont quant à eux fréquemment ancrés dans des périodes temporellement lointaines. Parlez-vous du passé pour expliquer le présent ?
Marek Halter: Bien entendu. L'homme est universel, même si la nature change. Il n'est pas impossible que d'ici cinquante ans on voit des palmiers pousser Place de la Concorde mais l'Homme lui restera toujours le même. Pour comprendre l'amour on lira toujours Roméo et Juliette, pour comprendre la volonté de puissance on lira toujours Mc Beth et pour comprendre la folie de la jalousie on lira toujours Othello, et pourtant ces œuvres ont été écrites il y a six siècles par Shakespare. Quand je parle des événements anciens j'essaye bien entendu d'intercaler des liens avec le monde d'aujourd'hui.

En quel sens poursuivez-vous votre lutte pour le rapprochement des peuples Juif et Arabe ? La paix au Proche-Orient vous paraît elle une utopie ou une réalité en devenir ?

Marek Halter: Ce sera une réalité, et j'espère même une banalité. Toute guerre finit toujours par la paix. Nous même en Europe avons connu des guerres de cent ans, des guerres de religion atroces, et pourtant nous avons fini par trouver un compromis. La même chose se passera là bas. Bien sûr j'aimerais que ça se passe vite et avec le moins de victimes possibles, donc je fais modestement ce que je peux. Je parle aux uns et aux autres puisque j'ai l'impression qu'ils m'écoutent. Ils n'ont pas l'air de suivre ce que je leurs dis mais au moins ils ont l'air de m'écouter, alors je sème des mots comme des grains sans être sûr que tous les grains vont produire des plantes. Je ne peux qu'espérer que tel ou tel mot suscitera chez un Araft, chez un Ehud Barrak, chez un Charron, une réaction humaine.

Quelle patrie considérez vous comme étant la votre ? La France qui vous a accueilli dans votre enfance ou Israël qui est la terre de vos ancêtres ?

Marek Halter: Non, je suis français. Il y a d'ailleurs une règle qui a été votée par un synode de rabbins juifs vers le 11e siècle à Troie, à l'occasion de la foire de Champagne puisque la plupart des vignerons champenois étaient juifs à cette époque, qui dit " la loi du pays où tu vis est ta loi ". Je trouve cette règle très belle et je pense que beaucoup de nos amis réfugiés ou qui cherchent le refuge en France devraient la méditer. Pour moi à partir du moment où la France m'a accueillie, à partir du moment où la langue française est devenue mienne, à partir du moment ou je rêve en français et où par conséquent j'écris en français, je considère la France comme mon pays. D'autant que en plus de tout cela j'ai retrouvé mes ancêtres en Alsace, puisque mon nom est Alsacien, et si vous faites une recherche vous trouverez des centaines d'Halter, catholiques, protestants, mes cousins qui sont des juifs qui ont été convertis il y a deux siècles et qui habitent tous l'Alsace. " Halter " signifiait " gardien des registres " à l'époque, c'était un métier dont je suis fier. Quant à Israël, bien sûr que j'y suis attaché : c'est ma liberté d'individu vivant en France et qui a le droit de choisir ses amours, ses identifications, son idéologie, sa pensée, sa relation à autrui … C'est vrai qu'Israël fait partie de ma mémoire mais si vous lisez Chateaubriand, et il n'y a pas plus français que Chateaubriand, son petit livre Itinéraire de Paris à Jérusalem véhicule des idées semblables aux miennes.

Pourriez vous nous dire ce que vous pensez d'Internet et des changements que ce nouveau média va être amené à apporter à la manière dont nous communiquerons à l'avenir ?

Marek Halter: Je trouve que c'est un média fabuleux. Contrairement à beaucoup je pense que les seules révolutions qui ont changées la pensée humaine sont des révolutions technologiques, et non pas des révolutions économiques contrairement à ce que pensait Marx. Les avancées technologiques peuvent bien entendu avoir une répercussion sur l'économie mais c'est d'abord la technologie qui évolue. La révolution a laquelle nous assistons, l'apparition de ces nouveaux moyens de communication, de transmission, je trouve cela génial. Contrairement à ce que certains de mes amis écrivains redoutent je ne pense pas que cela va détruire la littérature, je pense que l'on va utiliser un langage différent mais nous écrivons déjà différemment d'un Rabelais. La construction de la phrase sera peut être plus rapide, plus courte, mais on aura toujours des personnages qui parleront, qui essayeront de transmettre certaines valeurs et qui aimeront, haïront, etc … C'est tout de même fabuleux que l'on puisse parler en même temps à des gens qui sont au Caire, à Tel Aviv, à Sidney, à New York ou à Moscou et recevoir des réactions immédiate. Sur le " mur pour la paix " qui se trouve sur le Champ de mars, ma femme, Clara Halter, a incorporé des écrans sur lesquels défilent des messages qui passent par le net du monde entier. Elle a déjà recueilli plus de 3 620 000 messages ! Aucun monument au monde n'a parlé a autant de gens à la fois que celui là. A partir de cela nous allons lancer les " portails pour la paix " sur lesquels je vais appeler à manifester pour telle ou telle cause. On peut sauver des vies humaines avec ce potentiel de millions d'individus prêts à se mobiliser pour vous sur un simple S.O.S ! Le net n'a pas encore utilisé toutes ces possibilités.

De nombreux jeunes auteurs s'expriment sur ce 2e salon du livre en ligne et pour certain d'entre eux cherchent encore à être publiés. Quel conseil pourriez vous leurs donner ?

Marek Halter: Oh, je me garderais bien de donner des conseils ! (rires) Vous savez moi je pense que quand quelqu'un a quelque chose à dire il trouve toujours le moyen de le dire. Si on est sûr d'avoir quelque chose à dire on s'accroche . Ce n'est pas simple d'écrire, c'est un travail particulier : se trouver en face d'une page blanche, la remplir, sans toujours savoir si ça vaut la peine d'être écrit et si quelqu'un un jour le lira. C'est un travail extrêmement angoissant. Après on envoie le texte à un éditeur, qui nous renvoie à un autre éditeur … on peut très vite êtres découragé. Mais si on est découragé c'est que l'on n'était pas sûr d'avoir quelque chose à dire. Tout ceux qui avaient quelque chose à dire ont à ma connaissance réussis à faire passer leur message. Il faut simplement s'accrocher.

http://www.planetexpo.fr/interview3.php3

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