![]() |
|||
Daniel Pennac est né, en 1944, au Maroc, dans une famille de militaire. Il as passé son enfance au gré de garnisons en Afrique et en Asie du Sud-Est, avant d'obtenir, à Nice, une maîtrise de lettres et d'opter pour l'enseignement. Ses premiers
romans étaient des romans burlesques et des livres pour enfants.
Lors d'un séjour au Brésil et à la suite d'un pari,
il découvrit la "Série noire". C'est ainsi qu'en
1985 son premier livre, Au bonheur des ogres, de cette série d'aventure
de Benjamin Malaussène fit sa sortie. Il vit ensuite dans le sud de la France, obtient son premier poste d’enseignant en 1970 à Soissons, avant de s’installer définitivement à Belleville, quartier populaire et cosmopolite de Paris qui constitue le cadre de sa saga des Malaucène qui a établit sa notoriété. Il était jusqu’à récemment professeur de lettres, et tient à garder un contact avec l’école en allant y présenter ses romans. Daniel PENNAC fut pensionnaire de la cinquième à la terminale, et acquiert très tôt le goût de la littérature, encouragé en cela par son père et son grand frère. Il évoque régulièrement le souvenir de ses lectures de jeunesse, parmi lesquelles figurent La saga de Gösta Berling de Selma Lagerlof, Guerre et paix de Tolstoï, ainsi que les oeuvres de Dostoïevski, Lermontov, Thomas Hardy et Shakespeare. Il publie son premier livre à l’âge de 25 ans, un essai sur le service militaire pour lequel il prend le pseudonyme de PENNAC pour ne pas « gêner son père ». Il écrit ensuite des livres pour enfants, après avoir décidé de privilégier le plaisir du récit par rapport à la volonté de faire "sens". « Quand on veut être romancier, il faut raconter des histoires. (...) Qu’ensuite ces histoires génèrent du sens ou pas, c’est l’affaire du lecteur et éventuellement celle de l’auteur de distiller le sens qu’il veut. Mais ce qui me plaît, c’est de faire plaisir en racontant des histoires. » (Les Inrockuptibles, janvier-février 1992, n°33, p.128-133).
Portrait par Gérard Meudal Loin des polémiques et des règlements de compte qui occupent le devant de la scène littéraire, Daniel Pennac est de ces rares écrivains pour qui le plaisir de lire est avant tout communicatif. Souvenez-vous : il avait déjà sévi une première fois en énonçant les droits imprescriptibles du lecteur. Face au livre et à la lecture, les attitudes pourraient se classer en deux catégories : il y a en effet les passeurs et les gardiens du temple, deux états d'esprit antagonistes que l'on peut retrouver dans toutes les professions liées de près ou de loin au livre : éditeur, libraire, critique, enseignant, bibliothécaire, etc. Les gardiens du temple décrètent la nécessité de lire mais déplorent la mort de la littérature, les passeurs considèrent le livre comme quelque chose de vivant, un enthousiasme à partager. "Aux passeurs, je dois tout, écrit Daniel Pennac dans une brochure Gardiens et passeurs qu'il vient de publier, non seulement mon travail d'écrivain qui est allé de bouche en oreille mais aussi mes bonheurs de lecture." Lui-même ne cesse de jouer ce rôle de passeur, par son œuvre de romancier d'abord mais aussi par ses réflexions sur la lecture et par la générosité avec laquelle il partage les livres et les auteurs qu'il aime. Car "le verbe lire, rappelle Pennac dans Comme un roman, ne supporte pas l'impératif. Aversion qu'il partage avec quelques autres : le verbe "aimer"... le verbe "rêver". Les livres qui lui ont donné le goût de la lecture - "les romans de mon enfance, ceux qui m'ont permis de me faire une vie en marge de ma vie de pensionnaire" - c'est à des gens qu'il aime qu'il les doit. "Parents, amis, c'est comme ça que les livres circulent", et aujourd'hui encore quand il choisit ses livres c'est souvent sur les conseils d'amis. "Des libraires aussi. Parfois de la critique. Surtout en fonction des livres eux-mêmes. On aime un roman, un essai, on retient le nom de l'auteur, on lit ce qu'il a écrit ou écrira d'autre. Ce fut le cas récemment avec le romancier anglais Jonathan Coe. J'attends ses prochains livres." Ces bonheurs de lecture, ces romans de l'enfance c'est d'abord une extraordinaire liberté "à commencer par celle de foutre le camp en restant là et d'aller voir ailleurs si j'y suis (ce qui est souvent le cas). On en revient moins bête."Mais éprouver le bonheur de lire est une chose, le partager est plus difficile, et quand on demande à Daniel Pennac quel livre il sauverait de sa bibliothèque en flammes, il répond : "Je sauverais le livre qui est le plus près de la fenêtre et je sauterais." Non pas que pour lui tous les livres se valent mais il est difficile d'établir une liste de préférences sans tomber dans la sacro-sainte ordonnance des lectures prescrites qu'affectionnent tant les gardiens du temple. Le livre est avant tout affaire de passion et d'échange. À ses meilleurs amis, le cadeau que ferait Pennac, c'est sa bibliothèque. Quant à son pire ennemi, ce qu'il pourrait lui souhaiter de plus terrible : "l'empêcher de lire !" Peu d'écrivains, et c'est une de ses forces, associent comme lui aussi clairement l'écriture à l'envie de partager le bonheur de lire, et si on lui demande quel est le livre qui l'a récemment tenu en haleine tard dans la nuit, Daniel Pennac répond sans hésiter : "Celui que je suis en train d'écrire... Parce que, comme tous les livres qu'on écrit, il se défend." Entretien avec Mariane Payot du magazine Lire Le grand
Rex Editions du Centurion 1980
|