Pour ne pas glisser comme des bêêêtes...
Apprendre à s'arrêter
| Table des matières : | [Intro] | [Techniques] [Position d'arrêt] [Traversée ou descente raide] [Traversée peu raide] [Traversée tranquille] [Progression frontale] |
[Equipements] | [Conclusion] |
Que la montagne est belle et pourtant rude quelquefois...
Humanum est
Que l'on soit baroudeur épris de folles aventures ou tendre
promeneur abonné au GR10, maîtriser une difficulté fera
plaisir. La subir sera une torture. Tout ira bien si on reste cohérent
entre les risques que l'on prend et les moyens que l'on se donne.
Il ne faut pas confondre être rassuré et être en sécurité,
les deux conditions sont nécessaires.
Contrairement à des bruits qui courent, savoir marcher sur un
terrain glissant (neige, herbe), savoir se servir d'un piolet ou
de crampons n'est pas affaire de gros muscles ni de nombre de
sommets "conquis".
Il n'y a rien d'inné, de génétique dans le fait de savoir se
rattraper dans une situation de glissade. Cela s'apprend. Il y a
deux voies pour cela, soit y réfléchir intensément et procéder
par essai-erreur, soit en recevoir une explication claire. C'est
ce que je me suis efforcé de faire ici.
Tout le monde peut savoir
Il s'agit de techniques simples, ce qui ne veut pas dire évidentes.
Dans une situation difficile, ce qu'on a lu, vu ou entendu dire s'évapore.
C'est ce que vous aurez compris par vous-mêmes, c'est à dire
avec votre corps, avec vos émotions et avec votre tête qui vous
sera utile.
Connaître ne suffit pas, il faut comprendre.
Il est normal d'être effrayé par ce que l'on ignore; il est
donc nécessaire de "faire connaissance" en douceur
avec les difficultés pour les apprivoiser.
Lorsqu'on glisse ou qu'on trébuche, ne compter ni sur Maman, ni
sur Superman, réagir ! Si on n'a plus son piolet, se servir de
ses ongles, il y a toujours quelque chose à faire.
Un entraînement fait de quelques cabrioles dans une pente de
neige raide mais non dangereuse est le meilleur moyen de faire
taire l'angoisse qui paralyse.
Etat des lieux
Les terrains
Contrairement au rocher, la neige et l'herbe "n'adhèrent
pas". Pour que les chaussures y tiennent, il faut s'y faire
des marches ou y mordre avec les bords de la semelle.
La montagne "à vaches" est rassurante mais trompeuse.
Souvent les sentiers tranquilles traversent des pentes d'herbe
vertigineuses. Du gispet mouillé, quelques feuilles mortes, une
pierre qui roule et vous voilà aux prises avec une montagne de
vacheries.
Pour une même inclinaison de la pente, la difficulté change
complètement selon l'état du terrain, selon que l'herbe est sèche
ou mouillée, selon que la neige est molle ou gelée. Cet état
lui-même peut changer d'une heure à l'autre, ou selon l'exposition
au soleil.
Toutes les techniques décrites ici s'appliquent de la même
manière sur neige, glace, herbe, terre et éboulis.
Les techniques
On distingue l'amont (vers le haut de la pente)
et l'aval. Le côté amont et aval du corps sont définis selon la situation préalable.
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Position d'arrêt
Son but n'est pas forcément de s'arrêter, mais de contrôler sa
glissade : direction, vitesse et position du corps, puis de se
freiner.
Quelle que soit la situation, prévoir de pouvoir se ramener le
plus vite possible en position d'arrêt. Cela nécessite de s'y
être entraîné au préalable.
Sans accessoires Tête en haut, pieds en bas, couché, face au sol. La jambe amont tendue, la jambe aval demi-repliée (on n'est donc pas complètement à plat ventre, mais un peu sur le côté de la jambe amont).Les mains s'agrippent au sol. On plante les griffes et les dents aussi si on a de l'ambition. Prendre des carres aussi avec les chaussures. Tout est mis à contribution pour se freiner et se maintenir pieds en bas. Seuls les pieds pourront encaisser une mauvaise rencontre (rocher). |
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Position d'arrêt avec bâton(s) Si on a deux bâtons, les prendre ensemble.La main amont tient les bâtons par leur milieu pour les maintenir perpendiculaires au terrain. On s'efforce de labourer le sol avec les piques. |
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Position d'arrêt avec piolet La main amont tient la tête du piolet pouce sous le col de la panne, les autres doigts sur la tête et la lame. Cette main encaisse l'effort principal et maintient la lame perpendiculaire au sol pour qu'elle le laboure... Le bras amont est replié, la main amont est près de l'oreille amont ; ainsi le poids du corps est mis sur la lame pour qu'elle s'accroche au terrain. Le bras replié encaisse plus facilement les chocs. La main aval tient le manche près de la pique pour éviter qu'elle ne se plante dans le sol... ou dans le nombril.
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Position d'arrêt avec piolet et crampons
Idem, mais se méfier des crampons qui peuvent bloquer brusquement : lever les pieds pour éviter qu'ils ne s'accrochent. Avec des crampons aux pieds, seul le piolet peut freiner ; les crampons servent dès qu'on est arrêté.
Traversée ou descente raide (ramasse)
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Les techniques de ramasse peuvent s'utiliser sur tous les
terrains (pierriers, herbe, neige), que ce soit à pied, à
raquettes ou à skis (rando, fond, patinettes). Distinguer :
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Traversée
Sans accessoires
(Ce n'est pas de la ramasse, mais ça y ressemble !) Prendre
des carres avec les chaussures. Planter les doigts ou les poings
dans la neige : si on est sur l'herbe, s'y aggripper en tournant
les touffes pour répartir l'effort sur tous les brins d'herbe.
En neige, frapper "hargneusement" la neige avec les
chaussures pour s'y faire des marches.
Avec un bâton (ou des bâtons) Si on a 2 bâtons, les prendre ensemble.Prendre le bâton avec la main amont en appui près de la rondelle (pique). La main aval soutient le bâton près de la poignée. Les deux mains sont disposées pouce vers la poignée. Tenir le bâton incliné entre l'horizontale et la perpendiculaire au sol. Avec un piolet Même principe qu'avec le bâton, mais la main aval tient le piolet par la tête (ou même par la panne), de manière à ce que la lame soit orientée à l'opposé du corps. La main amont est ici aussi disposée pouce vers la tête du piolet.En cas de chute, il faudra reprendre la tête correctement pour passer en position d'arrêt. Bien sûr, c'est une perte de temps, mais tenir le piolet dans l'autre sens serait dans ce cas trop dangereux pour la jambe amont. |
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Descente
Sans accessoires
C'est comme du ski "tout schuss". On tourne le corps et les pieds vers la pente pour glisser.
Avec un bâton ou un piolet
Appuyer la moitié de son poids sur le piolet (bâton).
Pour ralentir,
prendre des carres avec les pieds et transférer le poids du corps sur
le piolet (bâton).
Cette technique permet de descendre sur neige et
sur tout autre terrain. Se tenir prêt à encaisser un passage de glace
ou de rocher affleurant sans changer de cap. Peu importe la vitesse si
on garde l'équilibre.
(Ne pas tenir la main trop près de la pique
à cause des pierres éventuelles).
Traversée peu raide mais avec risque de glissade (canne)
Cette situation est de loin la plus courante.
Avec bâton(s)
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Avec piolet La main amont tient le piolet, pouce sous le col de la panne, paume sur la tête,
autres doigts sous la lame. La lame est tournée vers l'amont, donc écartée du corps,
à la perpendiculaire du bras. Remarque : On voit couramment utilisée la technique inverse, qui consiste à poser la main sur la panne comme si c'était un repose-main*. Je déconseille formellement cette méthode pour les raisons suivantes :
* La panne n'est là que pour tailler des marches dans la glace.
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Traversée tranquille
Avec piolet On ne ressent pas ici le besoin de s'appuyer sur le piolet pour se stabiliser. Voici deux autres manières de s'y prendre. Prêt pour position d'arrêt Tenir le piolet pour la position d'arrêt, mais rester debout ! La main amont tient la tête du piolet; la main aval tient le manche près de la pique. |
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D'une seule main Tenir le piolet par son centre de gravité, dans la main aval. La lame du piolet est orientée pour être écartée du corps (au cas où on trébucherait). Si besoin est, on retrouve immédiatement la position d'arrêt en attrapant la tête dans la main amont. |
Progression frontale (montée ou descente)
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La progression frontale est adaptée seulement dans le cas de pentes raides (>45°)
que l'on ne rencontre pas tous les jours !
Avec 1 piolet Progresser face à l'amont, selon le terrain- soit en tenant le piolet en position d'arrêt - soit lame vers l'avant, la main s'appuyant sur le piolet en le tenant par la panne (c'est le seul cas où il y a lieu de tenir le piolet de cette manière). - soit en enfonçant verticalement tout le manche du piolet à chaque pas. Avec 2 piolets Piolet traction : c'est cette technique spectaculaire, valable uniquement en glace verticale, qui a fait croire aux novices qu'en cas de chute il faut tenir le piolet par le manche. |
Au relais (ou à l'arrêt)

Equipements
Le principal outil du Pyrénéiste, c'est sa tête, ensuite viennent ses pieds (bien chaussés), ses mains et son piolet.
Comment choisir parmi les outils ?
Selon la course envisagée, on cherchera légitimement à économiser du poids... Une paire de bâtons, une paire de crampons, un piolet pèsent sensiblement le même poids, mais l'un ne remplace pas l'autre.
Bâtons (un ou deux)
Soulagent les jambes. Permettent de faire de la ramasse en terrain facile. Sur terrain dangereux, c'est inadapté.
Piolet
Avantages
Quel que soit le terrain, on pourra toujours tenir le piolet à la main, donc il sera
toujours disponible.
Si on rencontre un passage de glace, il est toujours possible de
tailler des marches pour passer. Si le passage est long, il est préférable de chausser
les crampons.
Limites
Ne permet la ramasse que sur pente raide. Trop court pour servir de canne sur un chemin plat.
Remarque : Le piolet est contondant !
Si vous utilisez le piolet comme canne en terrain facile, placez un embout sur la lame.
Le piolet sur le sac est très dangereux pour les copains; s'il vous plaît, placez un embout
caoutchouc sur la pique et sur la lame et tournez la lame vers l'intérieur (un bouchon de
liège est trop fragile).
Crampons : toujours avec un piolet
Cas d'utilisation
Glace vive, neige très dure, rochers verglacés (bords de torrent).
Progression sur glacier :
Même si le glacier est enneigé, il est judicieux de mettre les crampons. Penser que la
découverte d'une crevasse peut obliger à manoeuvrer dans les parois verticales de glace bleue !
Avantages
Procurent une sensation de sécurité, évitent des dérapages pénibles. Ils sont irremplaçables sur glace.
Inconvénients
Cette sensation de sécurité est illusoire si on s'en sert mal. Ils augmentent le risque de trébucher, car on se les accroche facilement dans les mollets. En outre, ils peuvent botter (accumuler de la neige).
Conclusion
Il faut donc les utiliser à bon escient et en tout cas jamais sans un piolet à la main. Pourquoi ?
...
Sur un terrain de glace ou de neige dure, marcher en crampons est rassurant : C'est facile,
ça tient. Alors, on s'engage toujours plus loin... Mais si on vient à trébucher, se servir de ses
mains pour essayer de se freiner est alors dérisoire. Si on essaie de planter les crampons, on
est... catapulté !
Remarque : Les crampons sont acérés !
Ne les mettez pas hors du sac si vous n'avez pas de housse ou de "pieuvre" en caoutchouc.
Choix du modèle de piolet
Hauteur
Debout bras pendant, le piolet est posé au sol, la paume de la main touche la tête du piolet. On est tenté de prendre un piolet court pour gagner du poids mais alors il n'est pas utilisable en ramasse ou en canne, or c'est le besoin principal !
Forme de la tête
Simple ! Se souvenir que l'usage fondamental (position d'arrêt) nécessite que le col de la panne puisse pivoter entre le pouce et l'index.
Lame
Doit être suffisamment longue (15 cm) pour être efficace.
Pique
En pointe ou tubulaire, cela n'a pas d'importance.
Dragonne
Utilité discutable en randonnée...
Conclusion et suites
Ces explications peuvent sembler indigestes : D'ailleurs, elles ne servent à rien... en
elles-mêmes. C'est seulement votre réflexion personnelle et une mise en pratique ("école
de neige") qui vous permettra de vous approprier ces techniques et d'apprivoiser les
situations délicates. Une journée d'exercices judicieux vous apportera plus que 20 ans
"d'expérience".
Bonnes ballades en montagne en liberté, lucidité, sûreté et sérénité...
Toulouse, le 27 mai 1998, Yves SALIBA
Dessins par Jean-Pierre CONDAT et Yves SALIBA, 1998.
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