V.
Neirinck
Bulletin Mountain Wilderness n°54, 4ème trimestre 2002
« L’or
blanc : un paradis perdu ? », « Une saison sauvée par le
canons à neige », deux des titres de journaux qui ont illustré la saison
96/97, mais qui soulignent une situation dans laquelle l’enneigement
artificiel apparaît comme la panacée absolue contre les aléas météorologique.
En effet, il suffit d’un peu de froid et la technique pallie les manquements
du ciel : c’est la fin des saisons sans neige. Mais les stations de ski,
qui ont besoin de rentabiliser des investissements en remontées mécaniques de
plus en plus coûteux, peuvent également ouvrir leurs pistes de plus en plus tôt
en saison, et surtout les maintenir ouvertes tout l’hiver. La neige
artificielle permet également de garantir un retour à la station durant toute
la saison de ski.
L’exemple
de ce qui s’est passé aux Orres à Noël 98 conforte cette vision : une noria
de cars a amené les skieurs en manque de neige de tous les coins des
Hautes-Alpes afin de profiter de la neige de culture de cette station.
Serre-Chevalier n’a pas tardé à réagir et s’est depuis équipée de manière
conséquente, offrant en 2001 300 canons à neige pour 30 km de pistes enneigées
artificiellement, chiffres portés cette année respectivement à 350 et 45
km… Ce schéma se reproduit dans
toutes les montagnes de France.
Tout
cela a évidemment un coût, en particulier du point de vue de l'environnement.
L'alimentation des canons à neige nécessite énormément d'eau, au point que
cela peut amener à poser des problèmes d'approvisionnement en eau potable :
en hiver, l’eau, prisonnière du gel, est rare en montagne. Paradoxalement,
c’est dans ces périodes de déficit de la ressource que l’eau est sollicité
pour les canons à neige. Début 2002, on est passé très près de la pénurie
dans les Hautes-Alpes, la station des Orres se faisant même taper sur les
doigts pour avoir puisé dans sa réserve d’eau potable…
La solution : créer de plus en plus de retenues collinaires, ces lacs
artificiels au fond recouvert d'une bâche en plastique qui stockent l'eau nécessaire
à la fabrication de la neige.
Leur multiplication et l'importance des travaux nécessaire à leur mise en
place —en particulier pistes d'accès pour les engins de chantiers— tend à
modifier profondément les paysages de montagnes (voir photos des travaux dans
le bulletin n°51). La
condition sine qua non de l'utilisation de neige de culture est de
constituer les réserves en période d'eau abondante et d'interdire absolument
les pompages dans les ruisseaux ou les nappes en hiver ; c'est la responsabilité
de la police des eaux (Mission Interservices de l'Eau dans chaque département)
d'y veiller. Mais les contrôles sont-ils exercés ? Las, cette condition pousse
à des lacs artificiels gigantesques, aux berges abruptes et donc barricadés,
une horreur absolue dans le paysage estival de la montagne ; décidément, dans
tous les cas le coût des politiques des stations est exorbitant...
L'impact sur les paysages est d'autant plus grand que pour réduire la
consommation en énergie —un autre gros problème des canons à neige—, on
est amené à utiliser de plus en plus des canons à neige fixes, moins
gourmands en électricité que les canons mobiles.

De plus, en augmentant de manière artificielle la durée
d'enneigement, on réduit d'autant la période au cours de laquelle la végétation,
déjà à rude épreuve du fait de l'altitude, peut se développer. Cette
neige, plus humide, et donc plus compacte, fond beaucoup moins vite et peut
favoriser, au printemps, l'apparition de mousses susceptible d’empêcher le
fourrage et certaines plantes de pousser (Les stations nient ce problème,
mais certaines étalent leur neige artificielle en fin de saison pour accélérer
la fonte). Le paradoxe est que la présence du
manteau végétal est garant de la bonne tenue de la neige artificielle. De plus
en plus, les pistes sont donc "lissées" au maximum, pour permettre le
passage de la dameuse avec une couche minimale de neige sans racler le sol, ce
qui augmente évidemment leur impact visuel en été… qui même en hiver peut
être important : les langues de neige dévalant les pentes au milieu de
l'herbe ne sont pas très naturelles !
Et n’oublions pas, dans ce numéro dont le dossier est
consacré à l’opération « Silence ! », de parler du bruit.
Chaque canon émet en effet entre 60 et 80 décibels, créant donc une gêne
pour la faune —qui n’est sans doute plus à cela près au sein d’un
domaine skiable !—, mais aussi pour les résidents, les installations étant
souvent situées au bas des pistes, dans les secteurs habités, et utilisées la
nuit.
Des craintes pour l’avenir
Ces inconvénients environnementaux ne font évidemment
pas le poids face aux enjeux économiques et à l’assurance neige fournie par
les canons. Le même phénomène publicitaire qui prévaut à l’augmentation
du kilométrage de piste offert par une station joue aussi avec le km de pistes
enneigées artificiellement. On assiste donc à un développement tout azimut,
à une fuite en avant, y compris vers le haut (en Suisse, certains glaciers sont
équipés pour garantir un bon ski d’été !).
On pouvait espérer que les canons à neige ne servent qu’à
garantir l’enneigement des domaines existants ; ils deviennent aussi une
garantie pour la création de pistes —voire de stations— en moyenne
montagne... jouant ainsi leur rôle dans la course à l’or blanc observée ces
dernières années.
Ce qui aurait du rester une assurance de dernier recours est
devenu la bête noire des Alpes.
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Comment
ça marche ? Un
canon à neige fonctionne en appliquant les effets du phénomène
thermodynamique de la détente adiabatique sur de l'eau vaporisée.
Lorsque l'air s'échappe par des buses de très petit diamètre, tout en
aspirant et pulvérisant l'eau comme dans un vaporisateur, il subit un
fort refroidissement qui amène sa température bien en dessous de 0°.
Les gouttelettes portées par ce jet d'air glacé se transforment
instantanément en petits cristaux de glace qui font raisonnablement
office de neige, si la température ambiante est suffisamment basse. Des
additifs permettent de produire de la neige à des températures de plus
en plus élevées. Les
canons peuvent être installés à demeure ou être mobiles. Dans le
premier cas, l'impact paysager est énorme, mais les consommations d'eau
et d'énergie sont plus faibles. Puissance d'un canon de l'ordre de 20 kW,
débits d'eau environ 40 m3/h, bruit 70 décibels à 50 m. Le
poids d'un canon mobile avoisine les 650 à 800 kg, hauteur 2,4 m,
longueur 3m. |
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Installation
de canons à neige : quelles autorisations ? En France, il n'y a pas de réglementation spécifique aux
installations d'enneigement artificiel. |
Mountain Wilderness France