Petite histoire de la protection d'une pelouse sèche calcaire

 

  Dans les années 50, les pelouses sèches du Gâtinais constituaient un vaste ensemble couvert d'herbacées et piqueté d'arbustes, donnant un maigre pâturage, dévolu aux moutons, comme la plupart des coteaux calcaires du sud de l'Essonne.

  Par la suite, le pastoralisme a disparu. Progressivement, la Nature a repris ses droits. De nombreux buissons d'aubépines ou de prunelliers, puis les pins sylvestres à croissance rapide et des chênes pubescents à croissance lente ont conquis le milieu. "Les Grandes Friches" se sont transformées en un ensemble de bosquets plus ou moins dense entrecoupé de clairières, recouvrant à peine 5% des anciennes pelouses.

  Le 14 mai 1991, dans chaque région, est créé un CSRPN, auquel NaturEssonne va participer. L'une des missions du CSRPN-Ile de France est de rechercher les milieux naturels essonniens éligibles pour le projet de protection européen des milieux naturels Natura 2000, en particulier quelques pelouses sèches calcaires riches et caractéristiques, formant un ensemble homogène représentatif, pouvant ainsi apparaître comme un site Natura 2000 spécifique aux formations herbacées calcicoles sub-atlantiques, suivant la définition de l'annexe 1 de la Directive Habitats (OUF !).

 Après de nombreuses visites, de nombreux inventaires écologiques de sites, souvent décevants vu l'avancé de la dégradation, nous avons soumis quelques sites au CSRPN et aux institutions européennes.
Après quelques ajustements, la proposition est acceptée par le CSRPN. Le site Natura 2000 "IDF 08", "Pelouses calcaires du Gâtinais", est né, composé maintenant de 9 noyaux pour une surface totale d'environ 330 ha. Son inscription préfigure sa reconnaissance européenne et le distingue déjà régionalement.

  La problématique de la gestion du site est alors posée, avec comme objectif de conserver un ensemble représentatif d'une forme de milieux naturels fortement menacés, et surtout maintenir sa richesse floristique ou la faire renaître dans les zones potentielles. Après de nombreuses déconvenues administratives ou financières, de longues recherches des propriétaires, NaturEssonne à décider de choisir quelques hectares gérables par une association.

NaturEssonne, dès l'apparition début 1995 du Fonds de Gestion de l'Espace Rural(FGER) s'empare de ce nouvel outil réglementaire et financier, servant notamment à la gestion de milieux naturels. L'agriculteur, propriétaire des "Rochettes", accepte les subventions pour faire le gros de l'entretien et préserver le site contre la dégradation. Pendant que des bénévoles de NaturEssonne font l'entretien annuel.

Certains propriétaires ne sont malheureusement pas préoccupés par la protection des milieux, mais l'un d'entre eux a accepté de vendre. En décembre 97, PRO-NATURA achète la "pelouse à Maïté" avec ses propres fonds, des fonds de NaturEssonne et un don du CORIF et en confie la gestion à NaturEssonne. Après un travail bénévole de bornage joyeux, mais long et compliqué, les limites du terrain sont définies. Le gros du travail de réouverture et la gestion du site par des bénévoles, paraissent difficiles. Heureusement NaturEssonne a pu monter un projet européen LIFE, destiné à financer l'achat et la gestion de pelouses du site IDF 08. Ainsi, pour les trois années à venir (1999/2001), la gestion de la "pelouse à Maïté" se développera dans le cadre du programme LIFE en cohérence avec d'autres pelouses concernées, comprenant l'établissement de plans de gestion similaires et la réalisation des travaux lourds par des prestataires volontaires. Mais l’association cherche d’autre financement car le programme LIFE ne finance que 50% des dépenses et ne fait que rembourser après travaux. Ce financement pourrait ce faire en particulier à travers le conservatoire PRO NATURA. Mais certains propriétaires restent encore à convaincre.

Les bons contacts développés avec les propriétaires et les agriculteurs locaux dans le cadre du Fonds de Gestion de l'Espace Rural ont permis d'obtenir leur accord de principe pour que le site soit partiellement transmis dans le cadre de Natura 2000 à l'Europe par la France, celle-ci n'acceptant que des sites consensuels (eh oui!).

Pour conclure, chaque milieu a une histoire. Notre action sur des milieux contribue aussi maintenant à écrire leur histoire. Rentrons-nous dans l'histoire ? Sûrement, mais, rassurons-nous, de manière impersonnelle (sinon notre modestie en souffrirait!). Avec le temps et les nouveaux enjeux environnementaux de nouvelles générations d'acteurs se profilent, dont il est possible que nous fassions partie. La protection de la nature s'inscrit dans la durée comme l'histoire. Ainsi, par le fait du hasard, puis, au fil des ans, de successions d'initiatives et d'opportunités, qui à force se sont révélées concluantes, la conservation de la "Pelouse à Maïté" et des pelouses des "Rochettes" constitue maintenant une évidence. Pour d'autres sites naturels, cet exemple représente un bel essai, qui reste néanmoins encore à transformer.